

Par Didi Baracho
On a gagné un match ! C’est magnifique. On avait vraiment besoin de cette victoire contre la Gambie. Débouchons le champagne, buvons du petit lait, sortons nos vieilles bouteilles de vin, décapsulons nos canettes de bières, savourons notre Cognac.
J’ai appelé tous mes amis pour leur demander de sortir dans la rue. Mais les Indigènes sont restés chez eux. Plus personne ne veut manifester. Alors que je m’attendais à une explosion de joie dans toutes les villes et dans tous les villages de notre chère Corée Saoudite, je n’ai eu droit qu’à un coup de fil de Seddik Chihab, le plus grand supporter des petits hommes verts. Dès que j’ai entendu sa voix au bout du fil, je lui ai crié « Yahia ! Yahia ! ». Mais il m’a raccroché au nez. Allez comprendre pourquoi ?
J’ai donc décidé d’inviter chez moi H’mida Layachi et Anis Rahmani, les deux professionnels des médias que nous envie y compris le Canard enchaîné. Eux, au moins, savent décortiquer un match de football. Le premier m’a expliqué que cette victoire n’a été possible que parce que le ministre de l’Intérieur s’est personnellement impliqué en envoyant un texto aux joueurs leur demandant de gagner contre la Gambie. Le second, Anis Rahmani, avait, quant à lui, d’autres informations. Il nous a montré, en exclusivité, la copie du message envoyé aux joueurs de notre Équipe Nationale. Il était écrit : « Si vous perdez, vous serez accueillis à l’aéroport d’Alger par les généraux M. dit T. et T. dit B. »
Je suis fier de nos couleurs, de nos généraux, de nos ministres, de nos joueurs, de notre président, de nos députés, du RND, du FLN, du MSP et de l’USMA. Nous sommes quand même mieux que la Gambie. Nous sommes une grande nation. Nous avons plus de téléphones portables qu’eux, nous avons une population 35 fois plus importante, nous allons avoir un lieu de culte à près d’un milliard de dollars et nous avons plus de filles voilées et de garçons barbus que ces sous-développés. En plus chez nous, on le répète aux Indigènes depuis l’indépendance : nos dirigeants nous ont mis des poteaux électriques, des robinets d’eau, du goudron, des trémies, des mosquées, des élections truquées, des autoroutes et ils comptent nous en mettre encore surtout au cours des semaines et des mois à venir. Mais au fait, j’ai envie de rappeler Seddik Chihab et lui dire : « aujourd’hui nous sommes tous des Yahia ! À commencer par Bouteflika ! » Mais ça, c’est une autre histoire. Alors, malgré tout, vive les Indigènes !














11 janvier 2015 à 2:04
incroyable post, merci beaucoup.
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