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L.A. trip De Mohammed Dib

2 mars 2012

EXTRAITS, Mohammed Dib

L.A. trip - Mohammed Dib
Paru le :08/01/2003
Editeur :D ifférence
Collection :Littera.francaise
ISBN :2729114432
EAN :9782729114435
Nb. de pages : 128

Quatrième de couverture

« L.A. Trip est un roman en vers. Il conte les tribulations au Nouveau Monde d’un homme de l’Ancien Monde et renoue ainsi avec une tradition un peu perdue (de vue). Mais pourquoi en vers ? Mais d’abord pourquoi faut-il que cela soit un roman ? À cette dernière question, une réponse simple : pour donner corps à une poésie devenue de nos jours ectoplasmique, languissante, épuisée par des impressionnismes à bout de souffle. Le réalisme du roman est le meilleur antidépresseur dans ce cas. Mais alors pourquoi un roman en vers ? C’est évident : le vers est là pour corseter une langue à la fois souffrant de diarrhées chroniques et croulant sous des adiposités depuis qu’elle a cessé de fréquenter l’école du “Nouveau Roman”. C’est aussi simple que ça. »
Mohammed Dib

Extrait du livre

20

Migrant

Ce qu’il a. Avoir quitté.
Etre allé ailleurs prendre
acte de son existence.

Et rien: serments jurés,
souvenirs, mises en garde
qu’on ne foule aux pieds.

Migrant, le serait-on
de seconde main déjà.
Toujours aller prendre acte.

La vie, une migration
serait-elle de dixième main.
Ou de millième main.

21

La meute

Dormir lui fait
encore moins mal.
Et ce depuis cent ans
qu’il a fermé l’oeil.

Monday’s child is fair of face.
Tuesday’s child was full of grace.
Wednesday’s, fin de mémoire.

L’éclat du silence. Et tout
au bord, son chaos. Ne remue
que la meute hâve entre eux.
Hâtive elle pour mieux voir.

Du visage qu’elle aurait
au visage qu’elle n’a pas,
lequel devrait apparaître?

La meute accourue disant
avec sa portée de bouches:
Monday’s child is fair of face.

25

L’autre

Dit y avoir pensé. Dit:
ça l’aurait fait revenir
d’entre les monstres.

Dit y avoir cru.
Et il a fermé les yeux.
Dit le mot impiété.

On est face à l’ange
occupé à vous observer
Face rasée, lunaire.

N’y croyant pas
on a repris l’entretien.
Tout depuis le début.

Miroir sans déchirure
Invibible City pousse ahi!
Un soupir de soulagement.

26

Jessamyn

Brosse entre les dents, nue
tu arrivas, te mis à pouffer
du dentifrice. Aux éclats.
Rappelle-toi, Jessamyn.

Surgie de la salle d’eau
tu restas à crachoter blanc.
Puis comme tu étais apparue,
retournas à la salle de bains
et Ciel te mis à crier Fred!

A rire, éclabousser la glace
d’étoiles blanches, et crier
Fred à travers ton dentifrice.

Criant simplement fredfred.
Pas comme si c’était un appel.
Tu criais simplement: Fred!
Et je revois le jour. Ce jour
où entré seul au Biltmore Bar
j’en sortis avec toi au bras.

Mais sans me rappeler que
Fred ait jamais été mon nom.
Qui, Jessamyn, était Fred?

Ou criais-tu: friend friend?

56

Jeux

Eux, sont le public.
Et nous, nous jouons notre vie
pour Eux. Un public qui change.
Mais nous, non. Nous les mêmes.
Nous jouons notre vie pour Eux.

Ces mines entendues. Ces rires.
Ces regards qu’ils ont. Et qui
parlent pour Eux. tandis que…
Nous: pensez, nous jouons enfin!

Jouons notre vie pour Eux.
Et dès lors qu’arrive la fin
c’est bien la fin. En ont-ils
en pour leur argent? Contents?

57

Party

Pots à feu dédiés aux étoiles
les verres que nous levons puis,
vidons. Et pas les premiers non.

Pas davantage les derniers non.
Nous à quelques-uns si heureux
de vivre ce miracle, ce moment.

Nous tous au long de la soirée
heureux, feeling so pretty good
et pas près d’aller dormir non.

Pas précisément bordel de Dieu!
Et c’est déjà le matin, presque,
Fantôme lâché entre les arbres.

Quasi le matin sur Mt Washington.
Que va-t-il se passer à présent?
L.A. où es-tu? Où Invisible City?

81

Pays

Il tira le pays sur lui,
s’endormit, espéra bien
en atteindre le fond.

Le chemin enfin retrouvé.
Confiant, il le reconnut.
Tout y est, dit-il, tout.

Même les gens. Lui aussi
se reconnut. Il tira plus
encore le pays sur lui.

Le chemin était trace.
Il en atteindrait le fond
et chaque point de vue.

82

Ces choses calmes

S’il fallait partir?
Les enfants jouent dehors.
Ils ne cessent de crier.

How many girls,
how many boys!

Et les gens ni oeil
ni face à face de monter
de descendre, remonter.

How many people,
how unhappy fools!

Et un de rester. Un,
que les choses fixent
très calmes, en cercle.

How unwise a guy,
how quiet a guy is he!

Un, comme elles. Un
qu’une poignante envie
brûle de rester calme.

How legless,
how lousy a guy is he!

Insolation dévorante,
banana-split lapé à deux.
Souviens-toi, Jessa.

83

Les regards

La vérité. Si proche.
Si intensément tranquille.
On ne se sent pas être.

Eux, sont là aussi Eux
dans une sorte d’attente.
Ils ne peuvent s’empêcher.

Le soleil susurre et,
Eux à peine en sont-ils
à entrouvrir les yeux.

Qui parle d’entrouvrir
lorsque le monde et soi
on est tout ouverts!

Lorsque sans quitter
sa place on a décampé!
Et Eux gèlent sur pied.

Et comme tout gelés,
un bruissement de sable
use leurs regards.

89

Freeway

Freeway freeway freeway.
Bâtisses, immeubles, tours,
tout yeux. Il y a eu tuerie.
Du cinéma en images réelles.
Balles réelles, morts réels.

Peur. Et On. Et On.
On attend que le mot Fin
s’affiche sur l’écran. Mais
pas d’écran, pas un mot. Et
On n’attend que le mot Fin.

Corps balancés par une fenêtre.
Sang déjà sec au sol. Cauchemar.
On ne s’en réveillera pas et On.
Pas de caméra pour filmer. Et On.
Pas de metteur en scène. Mais
On s’en réveillera. Et ça.

Vous êtes loin et, et, et
en train de battre des paupières.
Freeway freeway freeway. Traîner.
S’arrêter. Il ferait beau voir.
Roulez. Vous avez intérêt. Rou-
lez. La vie a repris son souffle.

La vie. T’occupe. De sa fenêtre
Un mec a tout filmé. T’occupe et,
à ce soir, devant la télé.

93

Cinéma

Le personnage, -là sur un plateau
hollywoodien OK il a tout de moi.
OK, il traduit sa joie du moment:
il n’a pas eu à répéter son rôle.

Il a sa vraie figure pour masque.
Pas de trac. Aucun trouble. Même,
dit-il, je m’amuse comme un jack.
J’incarne, je le donne en mille.

Un enfant noir de dix à douze ans.
Et je terrifie les gens en silence
sans le moindre couteau à la main.
Les femmes se voient déjà violées.

J’ai pris ses traits pour survivre.
Et de moi à l’enfant, les sunlights
n’ont installé que terres vierges.

94

D’aussi loin

S’accomoder d’une chose,
d’une autre. S’accomoder.
Le temps qu’on y passe!

Mais qu’une chose y passe
du temps elle du diable si
elle-même semble y penser.

Et qu’y gagnerait-elle?
Il n’y a que lui ici, lui
avec son haleine d’ombre.

Lui donc au premier rang
et que sa vie embarrasse,
en surnombre parmi elles.

Leur faisant face en privé.
Jardin, guéridon, chaises.
TV et frigo à l’intérieur.

95

La raison ailleurs

Qu’on se promène arme au poing.
C’est la ville du cinéma. Mais lui.
Il n’est pas tenté. Pas d’ici.

Lui, si tout respire la sécurité.
Chaque chose dans sa lumière blonde.
Pourquoi? Il n’y a aucune raison.

Lui, en chacun ayant confiance.
Comment ne partagerait-il à la fin
ce qui vaut plus cher que la vie.

Orbites immobiles du jour parlez
des images que vous lui cachez et,
parfois montrez entre les feuilles.

96

Solitude

Sa solitude vient d’eux tous
qui ne vivent comme ils le font
qu’avec leur portable en main.

Et plus seuls sont-ils encore
à côté les uns des autres. Seuls
et qui se laissent vivre seuls.

Mais il en connaît une. Une,
elle qui n’en a cure. Elle sait
Jessamyn, elle trouve ça silly.

Marchander là-dessus pour elle
n’est pas digne. Elle crie: non
ça n’est pas digne! De personne!

Et occupe tout juste la place
qu’eux laissent vide. Mais qui,
à ses côtés, lui fait place.

97

Trop humain

Jouer la partie sans vous,
exister sans vous: eux non.
Une chance de vous avoir.

Ce qui vous arrive, alien
dit-il. Les gens, leur pays.
Vous faites leur bonheur.

Ils ne seraient pas eux.
Eux seulement merveilleux,
une chance, et vous juste
parfait, habillé de clair.

Pour sûr, vous les sauvez
des bons gardes sans corps
ces gardes au pas de l’oie
qui leur emboîtent le pas.

Nouveau monde si nouveau
qu’on ne sait si on l’aime.
Mais où, si ça vous arrive
il vous sied d’être humain.

Et comme habillé de clair
ça vous ira mieux d’aller
dans votre peau humaine.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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