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Les algériens au café De Leïla Sebbar

2 mars 2012

Leïla Sebbar

Les algériens au café - Leïla Sebbar
Paru le :01/01/2003
Editeur : Al Manar
Collection : 
ISBN :2913896189
EAN :9782913896185
Nb. de pages : 80

Quatrième de couverture

Les Algériens de la première génération immigrée en France se rencontrent encore dans les cafés où ils bavardent et jouent aux cartes et aux dominos, entre hommes, sans famille ni enfants, après des années de travail en France.

Algériens de la première génération, grands-pères, pères, oncles, cousins des jeunes nés en France.
Ceux qui ont donné au pays d’accueil jeunesse, énergie, savoir-faire,

Ceux qui ont choisi de rester dans le pays de leur travail, de leurs amours heureuses ou malheureuses, de leur famille, reconnaissante ou ingrate,

Ceux qui ont observé modestie, réserve, discrétion, durant des décennies, dans l’exil,

Ceux-là, souvent seuls aujourd’hui, on ne les a pas vus (ils travaillaient pourtant au vu de tous, chantiers, bâtiment, voierie…) parce qu’ils se sont rendus invisibles, contrairement à leurs enfants.

Ils se retrouvent dans les cafés, ils bavardent, ils rient, ils crient, ils jouent aux cartes, aux dominos, ils boivent du café, du thé, de la bière, loin de la maison de leur mère, de leur femme, ils sont nostalgiques ou non.

Des écrivains leur donnent une place dans la littérature, on les entend, on les écoute, on s’émeut…
Des dessins donnent à voir, sur le vif, dans leurs lieux de vie, les cafés, leur maison désormais, des hommes qui vivent et qui mourront en France, leur pays, avec l’Algérie comme terre imaginaire.

Leïla Sebbar a rassemblé dans ce livre huit textes brefs de huit écrivains algériens :

Azouz BEGAG,J-E. BENCHEIKH,Albert BENSOUSSAN, Maïssa BEY,Vincent COLONNA,Mohamed KACIMI,Noureddine SAÂDI, Leïla SEBBAR.

Le peintre Sébastien Pignon les a accompagnés de ses dessins croqués sur le vif du côté de La Chapelle, de Barbès et des quais de Javel…

Dans la presse

Libération, jeudi 3 juillet 2003

Sébastien Pignon illustre huit nouvelles inédites d’écrivains algériens : Azouz Begag, Jamel-Eddine Bencheikh, Albert Bensoussan, Malika Bey, Vincent Colonna, Mohammed Kacimi, Noureddine Saâdi, Leïla Sebbar. Les cafés sont en France, et les Algériens fatigués, vieillis d’y être venus jadis pour y travailler. Pignon donne à leurs visages tristesse, douceur et dignité.

Encres vagabondes, n° 28

Leïla Sebbar a regroupé huit textes d’écrivains algériens sur le thème Les Algériens au café avec des dessins de Sébastien Pignon. Le temps du premier texte, sur les pas d’Azouz Begag, nous voyageons dans les cafés algériens de Lyon, où se mêlent les ambiances algérienne et française. Ensuite, Jamel-Eddine Bencheikh, d’une écriture très poétique, retrace une partie de l’histoire politique algérienne, assis dans un café désert alors que les cafés très fréquentés permettent de bavarder, de boire et de jouer. Les dominos sont omniprésents au café ainsi que le jacquet, objets de plaisir ou de disputes. Albert Bensoussan nous parle d’un café maure d’Alger. Maïssa Bey, enfant, a longuement été intriguée par les cafés morts : « Je pensais que cette appellation était en relation avec les cimetières, lieux où se rendaient les femmes chaque fois qu’elles en avaient l’occasion, pas seulement pour se recueillir sur les tombes de leurs chers disparus, mais aussi pour rencontrer d’autres femmes (…) Pendant longtemps ces deux endroits ont été, pour moi, intimement liés. Les hommes allaient au café mort et les femmes au cimetière, voilà tout. » Les femmes ne pouvaient aller qu’au cimetière et au hammam, lieux où elles allaient aux nouvelles. Cafés réservés aux hommes et non aux enfants et ayx adolescents, Vincent Colonna le souligne ainsi que les regards des hommes qui se posent sur les formes naissantes des jeunes filles qui passent devant eux. Les cafés de Mohammed Kacimi sont les lieux des rivalités entre ceux qui sont restés au pays et ceux qui ont émigré et qui reviennent l’été, pour les vacances. Et pour ceux qui ont quitté le pays, le Café de la Scarpe permet d’échanger leurs souvenirs et de discuter des événements quand ils s’y retrouvent le soir. Noureddine Saâdi aborde aussi le problème du lieu où sont enterrés ceux qui ont quitté leur terre d’attache. Le djebel Amour, est le café qui termine le recueil. Leïla Sebbar nous entraîne sur les pas d’une jeune femme que la guerre et la vie n’épargnent pas.

Un recueil de huit nouvelles passionnantes et fortes. Les écritures de chaque écrivain se côtoient avec bonheur pour découvrir des lieux aux émotions marquées par la tradition, par la complexité des ambiguïtés, par les épreuves, l’exil, les jalousies. Les dessins donnent chair à ces hommes qui attendent, jouent, discutent, se taisent, se surveillent, se regardent…

CONFLUENCES Méditerranée n° 47, automne 2003

Les Algériens au café est un bel objet : le livre, composé sur papier ivoire, rassemble huit nouvelles originales d’écrivains algériens (Azouz Begag, Jamel-Eddine Bencheikh, Albert Bensoussan, Maïssa Bey, Vincent Colonna, Mohamed Kacimi, Nourredine Saadi et Leïla Sebbar) et des dessins à l’encre de Sébastien Pignon.
Tous les récits, qu’ils soient autobiographiques ou de fiction, se situent autour du café, endroit à la fois familier et mythique, lieu de rassemblement irremplaçable des hommes d’Afrique du Nord. En quelques pages, les auteurs esquissent un moment particulier et cependant toujours répété, car le café est le lieu de la routine, de l’habitude mais aussi du fantasme pour ceux qui ne peuvent y entrer. La petite fille de l’histoire de Vincent Colonna s’imagine pénétrant dans le café, Maïssa Bey crut longtemps que le café maure était un « cajé mort », qu’ainsi le lieu de rendez-vous des hommes correspondait au cimetière, lieu de rencontre des femmes. Dans le café, tout se sait et tout se colporte, avec cet humour pince sans rire typique, familier, transporté avec soi partout, même et surtout dans la misère. Car il y a le café en Algérie, où les hommes voient revenir ceux qui vivent « labachinou », dans l’Isère, avec leur pauvre arrogance comme le raconte Mohamed Kacimi et puis il y a aussi le café en France, qui devient la maison des Algériens de la première génération, le café qui est pour eux ce qui reste du pays natal.
Les huit écritures sont différentes et pourtant réitèrent un ensemble de mouvements immémoriaux, comme le geste de poser les dominos ou de boire lentement un café. De même les dessins croquent, de quelques traits à l’encre de Chine, les attitudes, les postures qui semblent avoir été prises sur le vif. Ils n’illustrent pas précisément les nouvelles mais en forment un contrepoint émouvant, ils saisissent ces hommes, vieux pour la plupart, intemporels et retrouvant où qu’ils soient, chez eux, en Algérie ou en France, les mêmes habitudes et la même solitude, le même bruit et le même silence.

Catherine Dana

Extrait du livre

 » Les femmes m’ont tout appris, la danse, le chant, la musique et l’amour. L’alcool et le kif. La jalousie. Si je ne m’étais pas enfuie, la favorite de la Maîtresse m’aurait assassinée, poignardée ou empoisonnée. J’en suis persuadée, aujourd’hui encore, où je danse dans Le djebel Amour, pour des hommes pauvres, sans femme, ni famille, ni tribu. Je danse pour eux et je chante, ils sont heureux. Les billets froissés, sales, qu’ils glissent, timides, sous le feston de dentelles de ma robe, collent à ma sueur. La mousseline rose tremble sous leurs doigts ouvriers. Je souris. Assis sur les bancs de bois posés le long des murs, en carré, ils sont dans le patio
et ils entendent l’eau de la faïence verte et bleue. « 

Leïla Sebbar,  » Le djebel Amour « , in Les Algériens au café, Al Manar, 2003, p. 93

 » Quand j’arrive à leur hauteur avec mes copines, nos jambes tremblent, notre cœur bat plus vite, car nous savons qu’ils inspectent notre allure. Parfois, le vent rapporte des bouts de phrases : il est question de réputation et de dévergondage, mais aussi de dents blanches, de seins fermes et de cuisses rondes. Le loup est un mammifère carnivore. D’après ma mère, leurs mots sont corrects si un membre de nos familles se trouve parmi eux, vulgaires s’ils se sentent libres de causer à leur guise.
La place d’un homme n’étant pas à la maison, ce café est la plaque tournante de la ville : les hommes y passent entre midi et la tombée de la nuit. En début d’après-midi, quand il fait 45° à l’ombre et que toute la population somnole, assommée par la chaleur, c’est la seule place animée de la ville.

Vincent Colonna,  » Doublet d’as  » in Les Algériens au café, Al Manar, 2003, p. 58

 » Et d’un geste machinal il tassa une cigarette sur l’ongle du pouce. Silencieux jusque là, il saisit l’occasion pour engager la conversation, il aimait beaucoup discuter avec le docteur :  » Vous fumez toujours autant, c’est pas bon pour les dents.  »  » Tu vas pas faire le coup à un vieil anar ?  »  » Tu sais, j’ai appris par mon métier que les bouches seront toujours plus sales que les culs. Regarde-les tous dans la salle, je connais la bouche de chacun, les langues noires, les gorges chargées de houille, les chicots pourris de chique, les dents macérées de bière, les haleines putrides, les gencives ulcérées, les lèvres qui sucent les cons sales des bordels, alors tu crois que le tabac c’est pire que la mine ? Monde aujourd’hui têtu, tragique et blême. Emile Verhaeren. C’est comme ça.  » Et il tira la langue au miroir derrière le comptoir.  » Sacré docteur, va ! « 
Le laissant se replonger dans son journal, il se tourna vers la salle, un panorama circulaire comme s’il voulait vérifier que chacun était bien là, comme chaque soir. « 
(…) Dire que je ne sais même pas comment est l’intérieur du café, sa décoration, son mobilier. Nawel m’a juré que c’était quelconque, avec des traces de doigts sur les murs et les portes. Mais c’est une envieuse, qui critique toujours ce qui lui est inaccessible. Pour moi, c’est la vie interdite, c’est la vie rêvée. Comme mon envie de danser au cinéma, si le film m’émeut. Le loup est un animal fascinant. « 

Nourredine Saadi,  » Au Café de la Scarpe, le soir « , in Les Algériens au café, Al Manar, 2003, p. 80.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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