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L’armée du salut De Abdellah Taïa

L'armée du salut - Abdellah Taïa
Paru le :02/03/2006
Editeur : Seuil
Collection :Cadre Rouge
ISBN :2020859459
EAN :9782020859455
Nb. de pages : 153

Quatrième de couverture

Dans la maison où il est né, au Maroc, le père a sa chambre, le frère aîné la sienne. Lui dort avec sa mère et ses soeurs. Cocon familial chaleureux et sensuel. Les enfants savent tout des amours de leurs parents. Mais, par pudeur, on n’en parle pas.

Il est adolescent lorsque son grand frère l’emmène à Tanger. Premier voyage qui lui révèle la vraie nature de ses désirs. Il se prend de passion pour cet aîné qu’il vénère et qui, tombant amoureux d’une femme, l’abandonne à son désespoir.

Il a vingt ans. Il débarque à Genève pour poursuivre ses brillantes études. Il a tant rêvé d’Europe, de livres, de cinéma, de liberté ! C’est la solitude qu’il découvre, loin des siens. Il est séduisant, il en joue. Dès lors, comment échapper à l’image d’objet sexuel que lui renvoient les hommes qu’il rencontre, y compris ceux qui veulent son bien ?

Abdellah Taïa a écrit l’itinéraire d’un enfant de notre siècle, en recherche d’équilibre entre la tradition marocaine et la culture occidentale, entre le désarroi et l’ambition de réussir. Il brave les hypocrisies, à la fois cru et délicat, naïf et malin, drôle et émouvant.

Extrait du livre

Elle dormait toujours avec nous, au milieu de nous, entre mon petit frère Mustapha et ma soeur Rabiaa.
Elle s’endormait très rapidement, et ses ronflements rythmaient nuit après nuit et de façon naturelle, presque harmonieuse, son sommeil. Au début, cela nous dérangeait, nous empêchait d’entrer tranquillement dans les rêves. Avec le temps, sa musique nocturne, pour ne pas dire ses bruits, était devenue un souffle bienveillant qui accompagnait nos nuits et qui, même, nous rassurait quand les cauchemars s’emparaient de nous et ne nous lâchaient qu’une fois que nous étions vidés, à bout.
Longtemps notre maison de Hay Salam, à Salé, n’a été qu’un rez-de-chaussée de trois pièces, une pour mon père, une autre pour mon grand frère Abdelkébir et la dernière pour nous, le reste de la famille : mes six soeurs, Mustapha, ma mère et moi. Il n’y avait pas de lits dans cette pièce-là, juste trois banquettes qui servaient, le jour, de canapés de salon. On vivait tout le temps dans cette pièce, où il y avait aussi une vieille armoire gigantesque, monstrueuse, les uns sur les autres : on y mangeait, on y préparait parfois le thé à la menthe, on y révisait les cours, on y recevait les voisines, on s’y racontait des histoires qui ne finissaient jamais, et bien sûr on s’y disputait, gentiment ou violemment, cela dépendait des jours, de notre état d’esprit et surtout de la façon dont ma mère réagissait.
Pendant plusieurs années, mon enfance, mon adoles­cence, l’essentiel de ma vie s’est déroulé dans cette pièce qui donnait sur la rue. Quatre murs qui ne protégeaient pas vraiment des bruits de l’extérieur. Un petit toit pour vivre, enregistrer dans sa mémoire, dans sa peau, ce qui faisait notre vie, tout expérimenter, tout sentir et plus tard tout se remémorer.
Les deux autres pièces nous étaient presque inaccessibles, surtout celle d’Abdelkébir. Il était l’aîné, presque le roi de la famille. Celle de mon père était à la fois le salon des grandes occasions, la bibliothèque où il rangeait soigneusement ses livres en arabe magnifiquement reliés et son nid d’amour. C’est là que mes parents faisaient l’amour. Cela leur arrivait au moins une fois par semaine. On le savait. On savait tout à la maison.
Pour dire à ma mère son désir sexuel, mon père avait mis au point ses propres techniques, ses stratégies. L’une d’elles consistait tout simplement à passer la soirée avec nous, dans notre pièce. Lui qui était un grand parleur, lui qui aimait tout commenter, il devenait soudain silen­cieux. Il ne disait plus rien, pas un mot, pas un son ne sortait de sa bouche. Il ne fumait même pas. Il se recroquevillait dans un coin de la pièce, seul avec les tourments de son désir, dans les prémices de l’acte sexuel, déjà dans la jouissance, les bras autour de son corps. Son silence était éloquent, pesant, et rien ne pouvait le briser.
Ma mère comprenait assez vite, et nous aussi.
Quand elle acceptait ses propositions silencieuses, c’était elle qui animait la soirée par ses histoires du bled et par ses éclats de rire. Fatiguée ou bien en colère, elle se taisait elle aussi. Ses refus étaient clairs, mon père alors n’insistait pas. Mais une fois, vexé, il se vengea d’elle, et de nous par la même occasion (alors que nous étions complètement neutres dans leurs histoires sexuelles, du moins nous essayions de l’être), en coupant l’électricité dans toute la maison. Il nous priva ainsi cruellement de la soirée hebdomadaire des variétés internationales que nous suivions avec beaucoup d’attention à la télévision. Il nous mettait dans le même état de frustration que lui. Personne ne protesta. Nous le comprenions très bien. Pas de plaisir pour lui : pas de plaisir pour nous.

Présentation de : Abdellah Taïa

Abdellah TaïaAbdellah Taïa est né en 1973 à Rabat (Maroc).

Il a publié au Seuil L’Armée du salut (2006), Une mélancolie arabe (2008), Lettres à un jeune marocain(2009). Il a co-écrit avec Frédéric Mitterrand Maroc 1900-1961, Un certain regard (éditions Actes-Sud, 2007). Ses livres sont traduits dans plusieurs langues. Il vit à Paris depuis 1999.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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