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L’imprécateur et le commissaire Par Ahmed Halli

12 mars 2012

Ahmed Halli

Chronique du jour : KIOSQUE ARABE

halliahmed@hotmail.com
Faut-il se résigner à subir la dictature d’un clan familial, d’une bande de coupe-jarrets en complet veston, sous prétexte que leurs remplaçants pourraient être pires ? C’est la question qu’on peut se poser ces temps-ci, en observant ce qui se passe en Tunisie, en Égypte et en Syrie. Attention ! nous dit-on de partout, ne crions pas sus à Bachar, de crainte que les islamistes ne ramènent Muawya à Damas, réalisant ainsi un nouveau projet américain. 
Autrement dit, les «khalifats » qui se précisent un peu partout dans le monde arabe ne seraient que l’aboutissement d’un complot occidental visant à octroyer le pouvoir aux islamistes. Cela signifierait que pour avoir le droit de boire une bière, d’origine et de qualité douteuses, on devrait conjurer la peste à venir et coexister avec le choléra. On devrait ignorer les efforts que prodiguent nos mauvais gouvernements depuis des décennies pour nous fabriquer des citoyens et des électeurs en mesure de répondre présents. Pour éviter les barbus issus du FLN, on nous somme d’accepter un FLN, en proie à des poussées de barbe désordonnées, et flanqué de sigles à moustaches. Je voudrais bien qu’on m’explique comment je dois soutenir Assad, menacé par une déferlante islamiste, pendant que les pseudo- héritiers de Ben-Boulaïd se confondent déjà en courbettes devant le trône du khalifat. Quant aux Américains qui seraient derrière tout ça, autant avouer tout de suite qu’ils sont aussi responsables de tout ce qui nous arrive depuis la révolte d’El-Mokrani. Ce sont les Américains qui nous auraient concocté les programmes de l’École fondamentale et nous auraient poussés à construire des milliers de mosquées, devenues autant de tribunes électorales. Oui, il faut avoir des craintes pour l’avenir de la Syrie, surtout si les Kurdes se mettent aussi à croire que le salut est dans le khalifat. Les Kurdes, c’est sûr, peuvent être de vrais Arabes lorsqu’ils se piquent aux jeux islamistes et se découvrent des vocations de prophètes. Au demeurant, même les Syriens les plus tièdes, notamment ceux qui vivent en dehors de la Syrie, s’enhardissent peu à peu et s’engagent dans le combat en manifestant devant leurs ambassades à l’étranger. Ceux qui vivent dans les pays arabes n’ont pas eu droit au même traitement, et il y a des pays où la neutralité bienveillante est encore de règle. Le problème ne s’est pas posé apparemment à Alger où toutes les manifestations sont interdites, qu’elles soient de soutien ou d’hostilité. Ceci, en attendant que la plus grande mosquée du monde déverse ses milliers de fidèles, à la sortie de la prière du vendredi, après l’ouverture de la chasse aux laïcs et aux mécréants. A Dubaï, en revanche, les choses ont mal tourné pour les Syriens qui ont manifesté contre Assad. Cet émirat est resté dans une prudente expectative, contrairement au Qatar qui appelle ouvertement à une intervention militaire étrangère en Syrie. Aussi, les autorités de Dubaï ont-elles décidé d’expulser les protestataires vers leur pays d’origine, ce qui a provoqué l’inquiétude des dirigeants de l’insurrection. Et c’est le moment que choisit Karadhaoui pour se rappeler à notre bon souvenir, si l’expression est de mise. Selon le grand aumônier du Qatar et leader spirituel du mouvement des Frères musulmans, le laïc Borhane Ghalioune lui aurait demandé d’intervenir auprès du gouvernement de Dubaï pour empêcher l’expulsion des Syriens. Karadhaoui aurait répondu qu’il n’était pas en odeur de sainteté dans l’émirat, mais qu’il agirait par ses sermons sur Al Jazeera. Et il en fut ainsi. Karadhaoui a donc sommé les responsables de Dubaï de «craindre Dieu» et de faire revenir les Syriens expulsés, tout en suspendant les mesures en cours. Du coup, c’est le chef de la police de Dubaï, Dhahi Khelfane lui-même, qui est monté au créneau, et a lancé un mandat d’arrêt contre l’imprécateur qatari. Le policier qui s’était notamment rendu célèbre en démasquant le rôle du Mossad dans l’assassinat d’un leader du Hamas palestinien dans la capitale de l’émirat s’est lâché. «Karadhaoui, a-t-il dit, a insulté le monde entier et il n’a épargné personne. Il ne restait plus que nous. Il a oublié le jour où il est parti en secret avec une jeune fille (!!). Il a laissé un dossier noir en Algérie (??). Il a commis des actes inqualifiables ». (Les points d’exclamation et d’interrogation sont de notre cru et sont supposés exprimer à la fois l’étonnement et la frustration devant des propos qui en disent trop ou pas assez. A suivre donc). Dhahi Khelfane a lancé également une violente charge contre le mouvement des Frères musulmans. Il a affirmé que la police de Dubaï avait attrapé plusieurs membres du mouvement en flagrant délit de commerce avec des prostituées. «La méthode de Karadhaoui est simple, elle consiste à nous dire : ou vous laissez les Frères musulmans agir à leur guise à Dubaï, ou nous vous attaquons sur Al Jazeera. Il parle de Syriens expulsés, ce qui n’est pas vrai, mais il garde le silence sur la décision de Doha de retirer leur nationalité à des centaines de citoyens du Qatar», a lancé le policier à l’adresse du théologien préféré des Arabes. Les Frères musulmans d’Égypte ont été, évidemment, les premiers à réagir aux propos du commissaire Khelfane. L’un de leurs dirigeants a menacé de mobiliser tout le monde musulman contre les autorités de Dubaï. Ce à quoi le Conseil de coopération du Golfe (CCG) a réagi en condamnant les menaces des islamistes égyptiens, mais sans s’arrêter aux propos de KaradhaouI. Il y a quelques mois, Karadhaoui avait défrayé la chronique et suscité des protestations avec sa fatwa interdisant aux Arabes de se rendre à Jérusalem avec un visa israélien. Oubliant que la ville sainte était occupée par les Israéliens, le cheikh a ignoré le problème politique qu’elle représentait. Pour nombre de Palestiniens qui luttent quotidiennement contre la judaïsation progressive de la ville (l’objectif déclaré est de ramener la population à 15%), la fatwa est un appel à l’oubli. La fatwa de Karadhaoui demande purement et simplement aux Arabes de boycotter la ville occupée et de tourner le dos aux opérations qui s’y déroulent. Bref, en attendant que le chef de la police de Dubaï nos donne plus de détails sur les méfaits «algériens» de Karadhaoui, nous ne pouvons que lui dire merci pour cette sortie inattendue, mais édifiante.
A. H.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/03/12/article.php?sid=131459&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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