Mais qui décidera que tel est notable, l’autre potable et le reste jetable? Quels sont les critères de notabilité? Sont-ce les productions intellectuelles, la longueur de la barbe, le nombre de pèlerinages effectués aux Lieux Saints, la puissance des moteurs des carrosses, ou les comptes bancaires qui vont dicter ce choix notable? Est-ce un groupement d’habitants dos-ronds qui composera les «Amis d’Oran»?
Oran, celle où pullulent les carrosses à chaque coin de quartier, celle où font la loi les revendeurs de misère à la pièce ou au kilo. Oran, la cité où n’importe qui s’en fiche, collant des affiches sur les murs qui tombent en ruine, pour annoncer des activités de façade prouvant ainsi que l’autorité est absente. Oran où il n’existe pas une seule salle de cinéma et où se joue un film d’horreur aux ronds-points, à chaque carrefour, au vu et au su de tous. «Takhti rassi !». Oran qui voit des lieux et repères historiques, à défaut d’être restaurés, se transformer en chiche-kebab. Oran où l’enquête commodo-incommodo n’existe plus. Oran qui n’arrive plus à trouver une adresse et un nom aux cités construites en nombre et qui, une fois habitées, portent le nom de ce nombre. «Cité deux cents logements», cité des 400 coups fourrés, cité non citée, car il ne fait pas bon traîner le soir en son sein. Oran qui coupe ses arbres et qui plante des palmiers à l’occasion d’occasions. Oran, qui se paralyse après quelques larmes de pluies, a besoin d’amis. L’idée est effectivement noble. Pour l’instant, Oran, celle qui n’existe que pendant les visites d’officiels, vous dit: «Ya sidi el ouali, ya moul el meïda, préservez-moi de mes amis, mes ennemis sont notables».













13 mars 2012
El Guellil