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- Publié le Mercredi, 30 Novembre -0001 00:09
- Écrit par Super User
Par Didi Baracho
L’autre jour, en sortant d’un bar clandestin, je descendais l’avenue Didouche Mourad en titubant. J’étais énervé sans raisons et je méditais. Il devait être 18 heures. L’heure où la plupart des Indigènes vont à la mosquée pour se faire pardonner une journée de t’chipa, de médisance, de mensonges, de magouilles, d’affaires scabreuses, de masturbations discrètes assurées sous la djellaba, de regards inquisiteurs lancés en direction des femmes non voilées et non encore violées, enfin pour se faire pardonner tout simplement une journée ordinaire passée en Algérie. Je me disais, finalement Bouteflika, Ouyahia, Daho « la magouille », Belkhadem, les généraux M. dit T. et T. dit B., et tous les autres nous ont parachevé la construction d’une société bien particulière.
Nous aimons tout ce qui nous énerve. Nous aimons le Ramadhan, mais il nous énerve. Nous aimons les femmes, mais elles nous énervent, surtout quand elles veulent s’émanciper. Nous élisons notre président, officiellement à 90%, mais il nous énerve. Nous aimons les militaires quand ils nous permettent d’obtenir des passe-droits, mais ils nous énervent. Nous aimons l’équipe nationale, mais elle nous énerve. Nous aimons notre indépendance, même si cela fait 50 ans qu’elle nous énerve. Nous aimons l’Algérie, mais elle nous énerve. Nous nous aimons aussi beaucoup, même si chacun de nous s’emploie chaque matin, à s’énerver tout seul et sans raison contre lui-même et la société. Enfin voilà, nous sommes tous des nerveux.
Attention ! On sait détester aussi. Et souvent sans raison ! Allez savoir pourquoi nous détestons les Marocains, les Tunisiens, les Libyens, les Égyptiens, les Français, les Américains et même les Hindous. Nous détestons le chou-fleur, les artichauts et les cardons. Allez savoir pourquoi on préfère la pastèque au chou-fleur. On n’aime pas les gens des campagnes et des zones rurales alors que nous venons tous des campagnes et des zones rurales. On n’aime pas les Kabyles alors qu’on est tous des berbères, hormis les Algériens d’Oujda. Eux sont originaires de la fécondation in-vitro.
On déteste les programmes de l’ENTV, mais on les regarde. Surtout le Journal télévisé, histoire de nous énerver encore plus. Nous haïssons les riches, mais aussi les pauvres. On estime que les premiers sont des voleurs et que les seconds sont des cons ne sachant pas voler. On déteste celui qui se brosse les dents considérant qu’il se prend pour un acteur, mais en même temps, nous haïssons en le

s qualifiant de dégueulasses, ceux qui, comme H’mida Layachi, Lounès Guemmache ou Anis Rahmani, les trois journalistes que nous envient les publicitaires, n’ont jamais vu la couleur d’un tube de dentifrice. Nous détestons les filles avec lesquelles on peut coucher, les traitant de prostituées, mais aussi celles qui nous mènent vers la frustration sexuelle et ferment le djelbab à double tour. Voilà ! Je me suis énervé parce que je ne sais même pas pourquoi j’ai écrit ce billet. Khra ! Merde ! Izzan ! Je vous aime même si je vous déteste. Mais ça, c’est une autre histoire. Alors, malgré tout, vive les Indigènes !






14 mars 2012
Didi Baracho