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Tout ce que nous avons fait de mieux date de l’ère Boumediène

14 mars 2012

Maamar Farah

Voxpopuli : 

Tous ces agissements sont condamnables et s’il est prouvé que Boumediène en est le commanditaire, il faut aussi le dire et le redire pour que l’Histoire, toute l’Histoire ne souffre d’aucune omission.
Mais il y a toujours de l’exagération : on est allé jusqu’à dire que Boumediène avait trahi Amirouche et Si El Haouès en les livrant à la France. Il a été prouvé scientifiquement, c’est-à-dire en se basant sur des éléments objectifs de l’Histoire, qu’à la date de la mort des deux martyrs, Boumediène n’occupait pas encore le poste qui lui aurait permis d’être au courant des déplacements de ces colonels. Quant aux accusations postindépendance, il faut se mettre dans l’atmosphère «révolutionnaire» de l’époque où chaque remise en cause de l’unanimisme était considérée comme une action contre-révolutionnaire qui méritait des sanctions. C’était une logique valable dans beaucoup de pays. En réduisant au silence l’opposition, on pensait mettre un terme à toute forme de contestation et on a le sentiment d’agir pour le «bien du peuple». Evidemment que c’est faux, évidemment que c’est blâmable. Tout ce que vous dites à propos de la Kabylie doit être mesuré à l’aune de la Vérité historique. Ce que je sais et que j’ai vécu directement est que la Kabylie a été au centre des préoccupations de Boumediène qui lui consacra l’un des premiers programmes spéciaux de développement en réunissant le Conseil des ministres à Tizi-Ouzou. Cette région était souséquipée et ses populations démunies : pour Boumediène, la Kabylie méritait mieux pour tous les sacrifices de ses habitants dont il disait le plus grand bien. Un jour à Oum T’boul, dans l’actuelle wilaya d’El Tarf, où il inaugurait un village socialiste, il était en colère contre certains agriculteurs qui passaient leur temps à jouer aux cartes et aux dominos alors que la terre, une très bonne terre, n’était pas travaillée et que leurs familles continuaient de vivre dans des baraques. Il dira dans son discours : «Faites comme les Kabyles. Ils n’ont ni bonne terre, ni riches troupeaux. Juste quelques oliviers, mais la première chose à laquelle ils pensent, c’est de construire une maison en dur !» Boumediène avait de très nombreux Kabyles dans son gouvernement car il faisait une grande confiance aux gens de cette région, fiers comme lui et patriotes sur le bout des ongles. Pour un pouvoir que l’on dit dictatorial, la sécurité militaire était plus qu’une simple police politique ; elle avait son mot à dire sur tout et c’est à un Kabyle, feu Kasdi Merbah, qu’il confiera la direction de cette institution. Juste pour l’anecdote : il y avait même un Kabyle chrétien dans le gouvernement de Boumediène, ministre des Finances. Quant aux cadres supérieurs qui ont fait la renommée de l’Algérie dans les hydrocarbures, beaucoup venaient de cette région chère à nos cœurs et toutes les victoires remportées par ce secteur se sont faites au prix de lourds sacrifices, de nuits blanches, de larmes et de sueurs ; les Algériens du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest étaient unis plus que jamais et ces défis gigantesques cimentaient encore davantage leur unité. J’ai en souvenir les reportages que j’effectuais dans les régions reculées de la Kabylie où l’on construisait les premiers dispensaires, les premières routes, les premiers lycées… J’ai vu monter des hôtels et des auberges touristiques qui recevaient des touristes venus du monde entier à Tizi-Ouzou, à Beni Yenni, à Aïn-El-Hammam, à Yakouren, à Larbâa-Nath-Irathen, à Béjaïa… J’ai vu s’édifier le stade du 1er-Novembre pour permettre à la JSK d’évoluer dans de bonnes conditions et j’ai vu aussi s’édifier, tout près, la piscine olympique. Sur les hauteurs de Lakhdaria, derrière la montagne, j’ai découvert des tribus qui vivaient à l’âge de la pierre et que la révolution agraire – mal comprise jusqu’à présent – éjectait au XXe siècle. L’Etat venait vers eux avec des logements, des ruches d’abeilles, du matériel agricole… J’ai vu se construire l’un des tout premiers villages agricoles socialistes à Ras Bouira, où des familles s’installaient après avoir brûlé leurs gourbis — geste ô combien symbolique ! Vous ne pouvez pas imaginer leur joie… J’ai vu s’ériger le pôle industriel de Oued Aïssi et nous étions fiers des premières cuisinières, des premiers frigos et des premiers climatiseurs made in Algeria. J’en ai un qui marche jusqu’à aujourd’hui, un 18.000 BTU ; et j’ai toujours un réfrigérateur Sonelec datant de plus de 30 années, qui fonctionne sans problème. Et l’industrie textile de Draâ-Ben-Khedda… Et l’usine de peinture de Lakhdaria, fière sous les immenses paraboles qui installaient l’un des premiers systèmes domestiques de liaison TV par satellite au monde ! Bien sûr, toutes ces réalisations ne peuvent cacher la répression qui s’est abattue sur les élites berbéristes et qu’il faut faire connaître parce que l’Histoire, toute l’Histoire doit être dite, mais pour avoir mal vécu la couverture par notre journal, El Moudjahid, du printemps berbère de 1980 (nous étions 18 journalistes à signer une pétition au nez et à la barbe de la sécurité militaire), permettez-moi de vous rappeler que ces événements ont eu lieu après la mort de Boumediène ! Les chars de l’ANP ne sont entrés en Kabylie pour mater les manifestations qu’après la disparition du colonel Boukharouba, comme vous l’appelez !
(A suivre dans «Vox» de demain) Maâmar Farah


Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/03/14/article.php?sid=131529&cid=49

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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