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Marsien et martien Par Arezki Metref

18 mars 2012

Non classé


arezkimetref@free.fr
1962 nous aura donné coup sur coup une nouvelle tribu et un nom pour la désigner : les marsiens. Avec un S pas avec un T. Plutôt drôle comme générique. Il nomme les traînards du nationalisme, ceux-là qui au dernier moment pressent le pas, les ralliés du dernier quart d’heure, qui enfilent vite fait l’habit révolutionnaire quand les armes ont cessé de tonner. Et quand le seul courage efficace est de se précipiter sur les sièges vacants du pouvoir. Les sièges intermédiaires, évidemment. Les sièges du haut, eux, sont déjà pris, depuis belle lurette, objet de luttes féroces impliquant des moyens immenses et le sang froid idoine. 
Le 19 Mars, journée d’entrée en vigueur du cessez-le-feu décidé dans le cadre des accords d’Evian, a forgé les marsiens. Une espèce de mecs qui n’ont pas froid aux yeux, fonceurs en diable, maniant l’opportunité avec la dextérité de soudards faisant de la broderie. Une espèce prolifique qui a prospéré dans les trois mois qui séparent le cessez-le-feu de l’indépendance, le 5 juillet. Qui sont les marsiens ? Par élimination. Ce ne sont pas des maquisards qui ont donné du fil à retordre à l’armée d’occupation. Ce ne sont pas ces moussabilines qui ont risqué leur vie pour une cause qui leur paraissait au-dessus de tout. Ce ne sont pas non plus les militants citadins du FLN, ces clandestins cloisonnés dans des structures qui faisaient battre les pulsations d’un peuple tendu vers l’indépendance. Ce ne sont pas enfin tous ces gars propres sur eux en costume cravate accourant de l’étranger pour s’approprier ce pouvoir qui leur revient comme de droit divin. Eux, au moins, ils ont risqué quelque chose. Tandis que les marsiens… Alors qui sont-ils, ces fameux marsiens ? D’où sortent-ils ? Que voulaient-ils ? A croire qu’une soucoupe volante, une immense plateforme intersidérale, a atterri dans quelque terrain vague à l’orée de l’indépendance qui les a libérés. Petits hommes verts qui se sont partout répandus, dans les moins recoins, les moindres interstices de l’Etat qui se mettait laborieusement en place ? Oui on croirait qu’ils ne sortaient de nulle part, qu’ils étaient là embusqués, camouflés, déguisés en passe-murailles, depuis toujours, attendant patiemment que la bataille se termine pour se parer de la toge du vainqueur, se fondre dans la foule de la masse jubilatoire d’un peuple arrivé à la force de sa volonté et de son combat au bout de la nuit coloniale. Et, eux, les marsiens, ils étaient là et ils continuaient à être là, voilà tout ! Ils seront, comme il se doit, les plus zélés, les plus intolérants, les plus obtus des nouveaux occupants d’un pouvoir neuf. Pour sûr que nos marsiens ont quelque chose à voir avec les autres, leurs homonymes, les habitants possibles, en tout cas fantasmés en veux-tu en voilà de la planète Mars. Sans doute, partagent-ils avec leurs homonymes venus de l’autre côté de l’univers l’étrangeté, la face cachée, la distance. S’agissant du marsien, le nôtre donc pas le petit bonhomme vert avec des antennes de coléoptère, son étrangeté réside dans cette capacité d’acclimatation zélée et somme toute ordinaire qui s’appelle opportunisme. Je me place ni vu ni connu ! Ils s’englobent dans cette vérité prévisible qui veut qu’il y ait toujours plus de combattants après la guerre que pendant. La face cachée, c’est ce mystère qui, cinquante ans après, demeure plus que jamais entier ; mystère de leur capacité d’adaptation si grande et si rusée qu’ils ont failli finir par faire oublier qu’il y a eu de vrais combattants, des fonceurs de la première heure, des patriotes ombrageux qui ont foncé dans le chou du colonialisme sans attendre de se garantir la sécurité sociale et la retraite. Enfin, la distance ! Ils la cultivent comme une plante vénéneuse en un jardin secret, ne se sentant concernés que par ce qui les intéresse. Comme dans le verbe intéresser, il y a le mot intérêt, ça leur colle juste bon. Distance, contraire de l’implication. Le marsien a débarqué de si loin que la distance est son vaisseau. Cinquante ans donc que l’espèce marsienne existe. S’est-elle décomposée dans le magma ? Peut-être qu’elle a fini par conditionner ce qu’elle a infiltré au point qu’on en oublie l’origine. Mais elle a beau muter, se confondre avec son nouveau milieu, s’accaparer de nouveaux espaces de conquête, ça n’enlève rien, achama, walou, à la grande aura de ce 19 mars 1962, jour où les armes ont cessé de tonner parce que le combat séculaire d’un peuple héroïque et humble a abouti. Ça n’enlève rien au souvenir de toutes celles et tous ceux qui ont tout sacrifié pour libérer ce pays et qui n’ont pas attendu des récompenses sonnantes et trébuchantes en retour. Au fond, la différence entre marsien et martien, c’est que ce dernier, s’il existe, il y a au moins une chance qu’il reparte. Tandis que le marsien, lui, il s’est incrusté dans le calendrier. Rien ni personne ne l’en délogera. Sacré marsien, va ! Je crois que l’avenir est encore devant toi.
A. M.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/03/18/article.php?sid=131677&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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