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BEN BELLA-KAFI-BENNABI CONTRE ABANE, DE BÉLAÏD ABANE Des pourfendeurs à la rancune tenace

Culture : EN LIBRAIRIE

«Que de nains couronnés paraissent des géants», disait Voltaire. Il est vrai que, dans le champ de la mémoire et de l’imaginaire collectif, certains personnages se sont élevés des trônes à la mesure de leur ambition et de leu ego. 
Quand ce ne sont pas d’autres qui les ont sur-dimensionnés et placés en trompe-l’œil. Mais, à chacun ses vérités… Le livre Ben Bella-Kafi-Bennabi contre Abane, les raisons occultes de la haine, que vient de publier Bélaïd Abane aux éditions Koukou, se veut précisément une contribution à confondre les faussaires. L’auteur y accouche ses vérités sur les squatters, ceux qui ont voulu pénétrer par effraction dans le panthéon de l’histoire pour y inscrire leur nom à la place de celui des véritables héros de la révolution algérienne. Un ouvrage dont le ton est très vite donné par son titre qui sonne comme le premier coup de poing du boxeur face à son adversaire. L’avant-propos confirme que le combat sera long, acharné et sans répit. Bélaïd Abane avertit qu’il veut rendre coup pour coup, mais à la régulière, sans tricher. Pour ce patient et minutieux travail de mise à nu (de déboulonnage), l’auteur a d’ailleurs opté pour l’arme du pamphlet («à certains égards», tient-il à préciser), une technique d’écriture qu’il dit assumer. Tout cela serait donc «de bonne guerre» (sic), d’autant que le livre est né d’un coup de colère, rappelle encore l’auteur. Il est une réponse cinglante à ceux qui se sont attaqués «de la manière la plus éhontée à la mémoire d’Abane Ramdane ». Toutefois sans tomber dans le piège de l’invective et de l’anathème comme l’on fait les contempteurs d’Abane et tous ceux qui ont trahi les idéaux de la Soummam. Il se dit, au contraire, sans haine, et surtout désireux de proposer un ouvrage d’historien. C’est pourquoi, ajoute-til, «Je décidai (…) d’élargir le champ de ma démarche et de replacer Abane Ramdane dans cette formidable lame de fond que fut la révolution algérienne.» Et c’est ainsi qu’il revisite l’histoire. Dans son avantpropos, l’auteur pose la problématique du livre : Abane Ramdane ayant légitimement retrouvé son rang parmi les «grandes figures de l’histoire de l’Algérie contemporaine », cela a pour effet de susciter, parmi ses adversaires d’hier, envie chez les uns et désir de vengeance chez d’autres. Bien plus, fait-il observer, «la cible est exposée et facile. Elle est médiatiquement payante». Parmi les dénigreurs qui ne se sont pas gênés pour aller cracher sur la tombe du martyr, rappelle Bélaïd Abane, le colonel Mostefa Benaouda (dit Ammar) qui, en novembre 1989, «est venu troubler la solennité des retrouvailles d’Abane avec l’histoire nationale». Une attitude fort peu respectable. Mais comme l’homme «est de peu de crédit », il aime afficher ses tartarinades, préférant «être du bon côté du manche : être toujours aux côtés de l’homme ou du clan le plus fort du moment, au mépris de tous les principes ». Après cela, Malek Bennabi, Ali Kafi et Ahmed Ben Bella ont, chacun, droit à un chapitre du livre. Dans une cinquantaine de pages, c’est d’abord «Malek Bennabi, un martien dans la révolution algérienne», qui est démystifié et remis à sa place. Le lecteur découvre le portrait d’un «personnage marginal du mouvement national », voire un «lilliputien de la révolution algérienne plein d’une suffisance médisante». Et comme il «avait la rancune particulièrement tenace (…), la première attaque malveillante » est venue de lui dix ans après l’indépendance. Que faut-il retenir de lui sinon que sa «mixture islamo-moderniste abreuvera certains cercles d’intellectuels et séduira des velléitaires de la politique, tentés par la compétition électorale »? En somme, constate l’auteur, Malek Bennabi ne trouvera écho que chez «quelques marges de la société en mal de doctrine, à la recherche d’un maître à penser». Le deuxième contempteur d’Abane Ramdane ? Il s’agit d’un autre personnage «insignifiant » (sic) qui veut «jouer dans la cour des grands» (le titre du chapitre suivant) ? En l’occurrence, Ali Kafi a droit lui aussi à un portrait très peu flatteur, sur une cinquantaine de pages également. Son attaque contre Abane Ramdane a été déclenchée en 1999, l’ancien président du HCE (Haut- Comité d’Etat) ayant publié ses «mémoires», livre dans lequel il s’en prend, entre autres, au héros de la Révolution. Cet homme, nous apprend l’auteur, est en réalité un «personnage infatué, sans envergure et sans stature ». Il a surtout «la rancune tenace », n’ayant jamais pardonné d’avoir été «éloigné de la cour des grands, expulsé de l’espace et du temps». Parce que le contentieux historique avec Abane est, ici, le plus lourd, Ahmed Ben Bella a droit à un plus gros chapitre (le troisième, une centaine de pages). Parce que, aussi, Ben Bella est considéré comme un poids lourd. Dans «Abane, Ben Bella et la révolution» (l’intitulé de cette partie du livre), l’auteur nous dit ses vérités sur la vraie personnalité de cette figure emblématique de la Révolution. Il dissèque son parcours en multipliant les témoignages, les références bibliographiques et autres documents (dont la publication du document portant PV d’audition de Ben Bella devant la police, en date du 5 avril 1950). Tout en proposant un certain éclairage sur de nombreuses zones d’ombre ayant entouré le personnage, Bélaïd Abane s’évertue à mettre en lumière, en filigrane, cette même «blessure narcissique » qui affecte Ben Bella, lui aussi se nourrissant d’une haine qui a son explication. Certes, il «cherche désespérément à refaire surface», mais le passif est trop lourd. La gloire est impossible pour celui qui ne peut plus rien revendiquer «pour prétendre à sa place sur le podium de l’histoire nationale». Pour paraphraser Graham Greene, la haine ne serait donc qu’une défaite de l’imagination. Aussi, le proche parent d’Abane Ramdane peut quitter le ring, enfin serein : pour conclure, il salue le geste du premier président de la République algérienne indépendante qui avait arraché «les jeunes cireurs à la rue pour leur donner une formation». L’hommage est rendu parce que, dans ce livre, il a voulu d’abord faire œuvre d’historien et non pas polémiquer. Le prochain ouvrage de Bélaïd Abane, «entièrement consacré à la crise post-soummamienne qui débouchera sur la liquidation d’Abane » (assassiné le 27 décembre 1957), paraîtra au courant de cette année. «Il apportera, précise l’auteur, toutes les réponses aux interrogations que se pose le public algérien depuis plus d’un demi-siècle. Les principaux protagonistes n’étant plus de ce monde, je souhaite aussi qu’il contribue, à sa manière, à l’apaisement de la mémoire nationale.» L’essai a pour titre Abane Ramdane. Vérités sur un assassinat programmé.
Hocine T.
Ben Bella-Kafi-Bennabi contre Abane, les raisons occultes de la haine, de Bélaïd Abane Editions Koukou, Alger, février 2012, 214 pages, 600 DA

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/03/19/article.php?sid=131715&cid=16

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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