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Quelles perspectives historiques pour l’Algérie ? Par Soufiane Djilali*

20 mars 2012

Contribution

Contribution : 

jiljadid@ymail.com
Tous les peuples se renouvellent naturellement et à travers les âges, de génération en génération, apportant l’une après l’autre leur part à l’adaptation à un monde en continuelle évolution. Pour l’Algérie, les changements furent très lents, pratiquement insensibles, et ce, durant plusieurs générations.
Une société stagnante 
Depuis le «choc» de l’invasion française au début du XIXe et l’établissement de la colonisation, les Algériens ont connu plusieurs soubresauts politiques, mais, globalement, la société n’évoluait que très lentement, parfois présentant des régressions plus ou moins graves. Le pays étant vaste, les communications faibles, d’une génération à l’autre, les évolutions restaient insignifiantes. A l’entrée du XXe siècle, les choses étaient encore comme au Moyen Âge. On naissait à un endroit, on y grandissait puis on mourait toujours là, dans un espace figé, avec le même décor. Bien sûr, durant cette longue période, il y eut des moments de tensions, de troubles, de guerres… mais la vie avait la même apparence, avec ses mêmes contraintes, ses mêmes refrains, ses mêmes histoires. Pour les individus et pour l’ensemble de la société, il n’y avait pas de changement de sens. On éduquait les enfants de la même manière. On travaillait avec les mêmes principes. On avait le même sens de l’honneur, la même définition de la dignité. Les besoins variaient si peu d’une génération à l’autre ; ils faisaient référence aux mêmes idéaux, aux mêmes valeurs. 
La génération de Novembre

Cependant, pour les Algériens, l’idée de liberté et de souveraineté ne cessait de croître. Il est vrai que le peuple souffrait de misère matérielle mais plus encore de misère morale. Il était assujetti à une colonisation de peuplement venu d’ailleurs, d’un ailleurs lointain tant géographique que mental. Cette «anomalie» vécue comme une iniquité, une indignité, était une blessure profonde et vivante bien qu’intériorisée. Venue de la profondeur des temps, une nouvelle volonté collective montait progressivement à la surface et explosa un certain 1er Novembre 1954. La génération de Novembre est passée d’un coup, du statut de colonisé à celui d’un peuple souverain après une héroïque révolution. L’impact psychologique d’un tel changement a été immense. L’ampleur du succès a bouleversé les consciences et les psychologies. Des hommes aux mains nues avaient réussi à faire plier l’une des plus grandes puissances impériales mondiales. L’indépendance a été vécue comme une fulgurance. Chacun peut imaginer ce que ces hommes ont eu à porter comme charge émotionnelle. La révolution du 1er Novembre et son corollaire, l’indépendance du pays, auront marqué de façon indélébile cette génération d’hommes et de femmes d’exception au vu de la longue et cruelle histoire de la nation algérienne durant le XIXe et la première moitié du XXe siècle. Cette génération s’est illuminée elle-même de sa propre force psychologique. Elle venait de reprendre son pays, vaste et riche. Elle se voudra désormais singulière. Le régime politique qui s’en est alors suivi dès 1962, ne fut que l’expression d’un état d’esprit d’hommes, passant d’un extrême à l’autre, de celui d’être sans destin à celui de l’élu pour une destinée. Ces hommes ne pouvaient vivre que dans l’exceptionnalité. Leur pouvoir avait atteint la sacralité et ne pouvait souffrir la moindre remise en cause. Cette génération ne pouvait se résoudre à sa retraite aussi dorée qu’elle pouvait l’être. Elle a alors tenu d’une main de fer le pays, sans le moindre questionnement sur le devenir de la nation. Elle était à ses propres yeux, la plus légitime à gouverner la nation. Il est donc évident que cette génération allait «mortifier» celle qui la suivrait. Son niveau de conscience, sa propre évaluation de ses compétences et une forme d’aveuglement sur elle-même expliquent son acharnement narcissique à garder, coûte que coûte, le monopole du pouvoir. 
La transition générationnelle

Les choses auraient pu en rester là. La passation du pouvoir aurait pu se faire progressivement, avec le temps, par l’accès des plus jeunes aux responsabilités publiques. Le cours des choses, avec ses hauts et ses bas, comme pour toute nation et tout pays, aurait pu se prolonger ainsi pendant bien longtemps. Or, la génération actuelle a subi, elle aussi, une transformation tout aussi fondamentale que la précédente dans son propre contexte. Les Algériens de 2012 ne sont plus les mêmes que ceux de 1962. Ils sont peut être le résultat génétique de leurs parents, mais ils ont subi des changements très profonds qui les en différencient dans leurs valeurs. En effet, autant la génération précédente était sous-informée, autant l’actuelle est littéralement assaillie d’informations émanant du monde entier. Autant la précédente était submergée par la misère et l’ignorance autant celle-ci a goûté, peu ou prou, à la prospérité. Autant la superstition et la résignation sévissaient, autant l’ambition et l’audace s’imposent. Autant les valeurs communautaires, traditionnelles et ancestrales avaient cours, autant l’effet de la «modernité» a fait émerger des comportements nouveaux, individualistes, matérialistes et parfois égoïstes. Le sens du monde a changé. La perception de l’honneur et de la dignité est différente. L’individu veut exister au détriment de la tribu. Alors que l’homme de la génération de Novembre est issu pour une large part du terroir, du pays profond, enraciné qu’il était dans la société, l’Algérien d’aujourd’hui s’est formé dans les grands centres urbains où souvent l’anonymat ou à tout le moins les relations informelles, extrafamiliales ou extra-tribales ont constitué sa matrice nourricière. L’Algérie vit aujourd’hui la cohabitation de deux générations historiquement exceptionnelles. L’une s’est imposée au monde par une révolution mythique, l’autre parce qu’elle est la manifestation de changements d’ordre anthropologique. Le choc, brutal, frontal, sans concessions, s’est produit lors d’une décennie d’une violence inégalée, d’un spasme autodestructeur que peu d’analystes arrivent à comprendre dans ses racines. La génération de Novembre a, malgré tout, maintenu son pouvoir. Mais au prix d’une perte irrémédiable d’une grande partie du capital symbolique qu’elle détenait. La vie étant ainsi faite, aussi exceptionnelle qu’elle puisse être, cette génération est appelée à abandonner la scène, malgré tout, dans très peu de temps. Enfants de l’indépendance, nous devons rendre à ces femmes et à ses hommes un hommage exceptionnel et leur manifester une reconnaissance profonde et éternelle. Mais maintenant que la transition générationnelle est engagée, que va-t-il advenir de l’Algérie ? Comment va-t-elle négocier les changements capitaux qui vont intervenir dans le proche avenir ? Le sentiment nationaliste persistera t-il ? La souveraineté du pays sera-t-elle maintenue ? N’y a-t-il pas un risque que tout s’effondre de nouveau ? Ou bien, une nouvelle élite apparaîtra, portant en elle le sentiment patriotique et le sens de l’histoire pour consacrer l’indépendance acquise et assurer la continuité de la marche ? Les défis devant nous sont immenses. A commencer par l’état du monde dans lequel nous évoluons. 
L’Etat du monde

En effet, un monde nouveau est en train d’émerger. Notre capacité en tant que nation à le comprendre et à se donner les moyens pour y survivre est de ce fait capitale. L’ampleur des changements qui surviendront dans le proche avenir aura des conséquences à peine croyables sur la vie des hommes et des nations. Les multiples conflits chroniques et dévastateurs qui vont en résulter et qui s’étaleront sur quelques décennies ne seront pas la moindre des menaces. Pour l’observateur attentif, les signes précurseurs de bouleversements fondamentaux apparaissent, multiples, répétitifs, touchant à de nombreux domaines et le tout avec insistance. Des changements capitaux vont, à n’en pas douter, survenir et induire un remodelage des rapports internationaux et instituer une autre configuration géopolitique. L’évolution en cours affecte les racines du monde contemporain et imprimera un nouveau destin à l’Histoire des hommes : c’est d’une mutation paradigmatique dont il s’agit ! Il faut bien comprendre que la crise dans laquelle se débat l’économie-monde va au-delà d’une défaillance financière, de dettes souveraines insolvables, de chômage endémique ou d’une désindustrialisation. Tout cela n’est en fait que l’expression ultime d’un reflux civilisationnel des pays occidentaux. Les guerres et les tensions en divers points de la planète s’avèrent n’être qu’une tentative pour remédier au déclin implacable d’un système matérialiste à bout de souffle. Nous entrons dans une ère où progressivement les ressources vitales pour une croissance infinie s’amenuisent et que l’humanité prend, bien que trop lentement, conscience de l’inanité du modèle de développement en cours. Il faut bien saisir que toute la civilisation actuelle est fondée sur l’exploitation de la nature et qu’elle ne peut en aucun cas lui survivre, lorsque celle-ci sera épuisée. La civilisation occidentale a construit un modèle de vie qui non seulement est définitivement hors de portée de 90% de l’humanité mais qui bientôt deviendra impossible même pour les nations les plus riches. L’ironie du sort aura voulu que le matérialisme en tant que mode de vie, philosophie et idéologie de puissance, s’anéantisse, non pas sous les coups portés par un quelconque adversaire mais par épuisement… de matière. Le drame est que lorsque la puissance politique ne permettra plus d’assurer ce mode de fonctionnement, la puissance militaire prendra le relais, sans sourciller, pour le perpétuer le plus longtemps possible, c’est-à-dire malgré tout, très peu de temps encore. 
Mais qu’en sera-t-il pour l’Algérie ?

Notre nation n’est pas en reste de cette réalité. Les difficultés qui nous attendent pourraient nous submerger si la lucidité et l’intelligence ne se mettent pas en œuvre au cœur de l’Etat. Mais si les vertus et les compétences sont nécessaires pour notre salut, elles risquent d’être, malgré tout insuffisantes. C’est que l’Algérie sera confrontée à de multiples défis. Elle est toujours en butte à des problèmes de sécurité interne qu’elle n’a pas encore entièrement résolus d’autant plus qu’une déstabilisation aux frontières du Sud semble se profiler. Nos terres, tant pour la profondeur géostratégique que pour l’agriculture, l’eau et surtout les richesses fossiles, attisent les convoitises. Au plan économique, l’Algérie est toujours à la recherche de sa voie. Malheureusement, à part des décisions désordonnées et intempestives, les gouvernements successifs semblent incapables de mettre en place une stratégie économique apte à ordonner la maison. Ni imagination ni créativité ne sont à l’œuvre. Le prévisible déclin de la production des hydrocarbures, la faiblesse structurelle de la production agricole, le marasme industriel et les déficiences dans les services, restent tous, pour le moment, sans solution. Nous sommes encore et depuis trop longtemps d’ailleurs, pieds et poings liés à la rente des hydrocarbures. Et ici, la rente à ce niveau signifie tout simplement une corde autour de notre cou dont le bout est entre les mains actives des puissances étrangères. A cela, il faut rajouter les contraintes démographiques, sociales et culturelles qui sont autant de facteurs qui accablent les velléités de développement. Faut-il encore faire allusion à la gangrène de la corruption ? Elle est en train de dissoudre la nation ! Comment dans ces conditions, l’Algérie affrontera-t-elle ces défis mondiaux ? Quelle est notre sécurité stratégique concernant nos réserves de pétrole et de gaz ainsi que leurs revenus ? Quelles sont nos garanties d’intégrité territoriale alors que les grands de ce monde lorgnent d’une façon ou d’une autre sur ces richesses précieuses et pour ainsi dire vitales autant pour nous que pour elles ? Face à ces bouleversements mondiaux, comment le pays se comportera-t-il ? Aura-t-il les moyens de s’inscrire dans une nouvelle vision mondiale qui lui assurera sa sécurité et sa stabilité ? Pourra-t-il remédier à ses propres carences internes en vue de se déployer face à l’extérieur ? C’est là que la volonté de la Nation doit intervenir. Comme en 1954, le peuple devra être interpellé, mis au courant de ses affaires, préparé à affronter les dures réalités. Cela suppose une volonté collective puissante, maîtresse d’elle-même, dépassant ses conditionnements, ses peurs et ses contradictions. Mais d’où le peuple pourra t-il tirer cette énergie endogène, cette force en soi, qui pourrait l’aider à transcender ses intérêts individuels fugaces au profit de l’intérêt collectif durable ? 
Un régime politique en harmonie avec le peuple

Quels que soient le système politique et la doctrine que se donne un pays, il y a une base commune pour tous : l’homme est d’abord et avant tout l’expression d’un ensemble d’éléments de motivation, inscrit dans l’ordre biologique, dans la mémoire génétique de l’espèce. Pour avancer dans la vie, il a besoin des pulsions internes qui agissent en lui comme une source d’énergie pour lui insuffler la volonté nécessaire à sa lutte dans la vie. Ces pulsions sont donc constitutives de l’être biologique et sans elles, celui-ci sombrerait dans la dépression, l’inaction et… la mort. Cependant, lorsque ces énergies internes se trouvent bloquées, par des idéologies totalitaires, elles dégénèrent en expressions comportementales négatives. La créativité artistique, musicale, littéraire ; l’attrait pour l’accomplissement des œuvres d’art, l’esprit d’entreprise, le désir des exploits sportifs, la passion des découvertes scientifiques, en un mot toutes ces qualités qui font le soubassement des progrès multiformes de l’humanité ont une relation directe avec la puissance des motivations de l’individu et leur canalisation selon des modes élaborés. Le «bien» ne résulte pas de l’annulation des pulsions fondamentales de l’humain mais de leur délicat et fragile équilibre, et de leur sublimation en actes créateurs grâce à la raison, l’intelligence et l’intuition. C’est donc de l’harmonie de ces pulsions, de leur équilibre final que dépend la sérénité des rapports humains et non pas de leur négation ou leur illusoire neutralisation. Les grandes civilisations ont domestiqué les instincts. Elles les ont ordonnés, canalisés, sublimés grâce à un ordre religieux, moral ou éthique pour en faire une énergie positive et créatrice au profit de l’ensemble de la société, voire de l’humanité. Chaque être est le résultat d’une synthèse entre des composantes innées de sa personnalité et une vision du monde, une culture, qu’il a acquise. La liberté de conscience est donc inaliénable. Aucun système d’organisation politique, aucune doctrine, aucune idéologie ne peut convenir à tous les êtres à la fois et avec le même degré de satisfaction pour tous. La diversité de l’âme humaine est trop riche pour être contenue dans un seul moule. Non seulement la société est diverse mais l’individu lui-même est le plus souvent traversé par des sentiments, des convictions, des désirs, tous changeants, parfois contradictoires, au gré du temps, de l’humeur ou plus prosaïquement de l’intérêt. «Dis : chacun se comporte selon sa nature…» (Sourate 17, V84). Voilà pourquoi les doctrines totalitaires, qu’elles soient religieuses ou dites scientifiques, par essence réductrices, ne peuvent convenir à la nature humaine. Aucune volonté, aucun génie politique ne peut convaincre tout un peuple à croire en une même logique, à avoir le même objectif, à choisir le même chemin. «Si ton Seigneur l’avait voulu, l’humanité aurait été une seule nation. Or, les hommes ne cessent de se différencier… et c’est à cette fin que Dieu les a créés…» (Sourate 11, V118-119). Les hommes «uniques» comme les partis uniques, imposent à leur pays une rigidité qui ne permet aucune adaptation, ligotant l’intelligence et coupant la sève nourricière de l’initiative créatrice. L’Algérie est, espérons-le, définitivement sortie de l’ère de la pensée unique. Elle n’est cependant pas encore entrée dans l’ère de la démocratie. C’est pourtant par là qu’il faudra passer. La démocratie est le seul mode de fonctionnement qui ne soit pas en réalité un système. La démocratie permet l’expression de la variabilité et fait place aux idées contradictoires. Les différentes idées s’équilibrent entre elles. La société démocratique s’adapte continuellement au vu des nouveaux besoins, des nouvelles techniques, des nouveaux modes de vie. Une tendance politique, un courant d’idées, un discours politique peuvent être un jour majoritaires mais ils resteront composites et jamais hégémoniques ni définitifs. 
Mais quelle idéologie donc pour Jil Jadid ?

Dans le monde du réel, la faim ne s’apaise pas avec les mots, la misère sociale et morale reste une souffrance humaine incommensurable, que le régime politique soit de droite ou de gauche. Lorsque les idéologies deviennent plus puissantes que les peuples, alors il faut s’interroger très sérieusement sur leur origine. Alors que la démocratie chez les puissants départage les candidats à l’accès au pouvoir sur la base de programmes objectifs, les peuples colonisables s’entretuent au nom d’idoles et de croyances idéologiques. Pendant que les musulmans se déchirent en sunnites et chiites, en salafistes wahhabites et en «ikhwane», en jihadistes et en laïcs, en gauchistes et en libéraux, pendant ce temps, leurs immenses richesses sont aspirées par les puissants du monde. Les idéologies ont été offertes aux peuples comme des os à ronger. Plus les peuples s’occupent d’idéologies et moins ils réfléchissent à leurs problèmes objectifs et plus leur immunité interne s’affaiblit. N’est-ce pas là l’origine de la colonisabilité ? A chacun donc d’en tirer les conséquences. Mais heureusement, l’Algérien d’aujourd’hui commence à prendre conscience des véritables enjeux. Les Algériens mûrissent dans leur relation à leur patrie. Une conscience nouvelle se fraie un chemin. Ils découvrent au détour d’un drame ou à l’occasion d’un match de football, comme par enchantement, qu’ils sont plus Algériens qu’ils ne le pensaient. Leur sentiment identitaire s’est recentré sur le Maghreb avec une incontestable dimension amazigh. La femme algérienne a pour sa part gagné sa place dans l’espace public et sa présence est devenue naturelle. L’islam devient un élément identitaire et spirituel agissant dans le sens de la solidarité et de la cohésion sociale et de moins en moins comme argument de division et d’exclusion idéologique et politique. Les nouvelles générations vivent sans complexes et sans névroses leur identité, leur religion, leur relation à l’autre. Si les rapports homme/femme dans le couple n’ont pas encore trouvé leur point d’équilibre, l’espace public et économique quant à lui s’ouvre désormais sans psychodrames à la gent féminine. Dans ses dimensions anthropologiques, le peuple algérien s’apaise, raffermit ses repères et prend confiance en lui-même. Maintenant, c’est aux élites de se mettre au diapason du peuple. Il est impératif d’avoir une nouvelle classe politique, un nouveau régime politique. Il est vital d’engager une action adaptée au monde post-moderne qui se profile. Les hommes politiques ou ceux qui aspirent à l’être devront renouveler avec le peuple un contrat moral fondé sur la légitimité et la confiance. 
Mais par où commencer pour construire cet avenir ?

Dans une perspective historique, l’idée nationaliste aura été l’impulsion nécessaire pour donner vie à la nation. Sans croyances collectives, il n’y a pas de nation, sans nation il n’y a pas d’Etat ; du moins au sens moderne du terme. Or, l’Etat algérien contemporain s’est érigé de façon consubstantielle avec l’idée nationaliste. Croyance idéelle qui est vouée à l’apaisement et au reflux, le pays subissant avec la mondialisation, l’érosion lente mais sûre de ses vanités particularistes. A défaut d’une nouvelle croyance collective forte et consensuelle qui relayera un nationalisme vieillissant, la nation s’affaiblira et entraînera l’Etat dans son sillage. Auquel cas, nous assisterons à la résurgence des identités et des atavismes ancestraux un moment estompés par l’idée et le combat nationalistes. C’est que l’Etat est de plus en plus perçu par la communauté nationale, comme un instrument artificiel, extérieur à elle, car «plaqué» sur la réalité au lieu d’en être l’émanation. Ne reflétant pas fidèlement la «conscience collective», l’Etat reste peu légitime. Il polarise par contre les enjeux de pouvoir et exacerbe les tensions car il est, malgré tout, le lieu où l’autorité politique et économique s’exerce, le centre de distribution d’une rente sans contrôle social. Pour l’avenir, toutes les hypothèses d’évolution sont ouvertes, y compris, qu’à Dieu ne plaise, celle du délitement de la cohésion nationale avec un réveil des multiples fractures, tribales, ethniques et régionalistes qui traversent le corps de la société. Bien qu’occultées par le discours officiel, elles sont visibles ici ou là, dès que les conditions politiques locales s’y prêtent, dès que les tensions s’exacerbent. L’Etat a, pour l’instant, compensé sa fragilité et ses perversions par une prodigalité dans la redistribution de la rente et par la répression des libertés. Qu’en sera-t-il dans deux décennies, lorsque les réserves de pétrole seront pour l’essentiel épuisées, que l’idée nationaliste aura été liquéfiée ? Il est à craindre que, si entre-temps l’Etat de droit et la démocratie n’auront pas été mis en œuvre comme ambition nationale, seul le recours à la force brutale et multiforme pourra maintenir en place les structures et les institutions du pays. Pour combien de temps le désordre inéluctable sera-t-il alors contenu ? Les révolutions arabes sont là pour montrer l’inanité de la force pour maintenir des régimes autocratiques. A l’ombre d’une liberté politique en voie d’être gagnée et en attendant une véritable démocratie, nous devons nous atteler très sérieusement à construire l’Etat de droit, pierre angulaire de l’œuvre à réaliser. Il faut également s’atteler à construire la démocratie et le multipartisme dans notre système de vie. «Si Dieu ne repoussait pas les hommes les uns par les autres, la terre en serait gâtée» (Sourate 2 V 251). Quels que soient leurs défauts, les hommes politiques et les partis politiques restent nécessaires pour la vitalité et l’évolution de la société. Rétablir l’image de la politique en général en tant qu’instrument au service de la nation, créer le sentiment du devoir envers l’intérêt public, organiser le débat d’idées, établir et respecter les règles du jeu de la concurrence loyale et transparente, enfin établir de véritables institutions avec les contre-pouvoirs nécessaires ; voilà quelques motifs qui devraient convaincre de nombreux citoyens du bien-fondé de l’action politique. 
Jil Jadid

Aujourd’hui, les militants de Jil Jadid doivent apprécier à sa juste valeur l’importance d’une construction humaine la plus qualitative qui soit. Nous devons ensemble proposer à notre pays une nouvelle voie. Pour cela, en plus d’une vision et d’un programme politique de qualité, nous devons construire une organisation politique apte à assumer ses responsabilités. Une véritable pratique démocratique à l’intérieur des structures du parti, ancrera le réflexe du recours à la règle pour trancher les différends, canalisera les ambitions, permettra l’émergence des meilleurs au sens politique du terme, c’est-à-dire dans le contexte de la pratique politique. C’est à la construction d’un véritable projet de société qu’il faut s’atteler. Cela suppose des convictions solides, des objectifs ambitieux, des règles de fonctionnement efficaces. Cela suppose également, que chacun doive accepter de se remettre en cause, d’écouter les autres, et de contribuer à forger un esprit d’équipe. Ici, la compétence, l’intelligence, le sens politique… n’existent pas en soi, dans l’absolu. Ils s’imposent en s’exerçant à travers l’action collective, après avoir été acquis, assimilés et développés par tout un chacun. Nul n’est compétent a priori et rares sont ceux qui peuvent l’être durant toute leur vie. Bien pratiquées, ces règles offriront à chacun l’occasion d’exercer ses talents, mais si ces derniers s’avèrent insuffisants ou si à l’épreuve du temps, ils s’amenuisent, alors des énergies nouvelles les remplaceront. En tout état de cause, l’Algérie est mûre pour concevoir un tel mouvement politique qui soit populaire et porteur de nouvelles valeurs et de nouveaux espoirs et qui puisse être rassembleur au point de cristalliser une possibilité réelle d’alternative. Un grand courant démocratique devenant le creuset pour la formation d’une nouvelle génération politique, d’une nouvelle élite, doit devenir notre priorité.
S. D.

* Soufiane Djilali a été élu président de Jil Jadid pour un mandat renouvelable une seule fois, lors du congrès constitutif le 03.03.2012. à Alger. Ce texte a été adopté lors de ce congrès comme préambule au programme du parti.


Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/03/20/article.php?sid=131764&cid=41

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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