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TLEMCEN FACE À L’OCCUPATION COLONIALE DE DJILALI SARI Faire revivre des lieux de mémoire…

28 mars 2012

Non classé

Mercredi 28 Mars 2012

Par Kaddour M’HAMSADJI

Faire revivre des lieux de mémoire...

quand l’art de la géographie sert l’esprit de l’Histoire, l’oeuvre humaine est civilisation.

Mon propos fait allusion à la fois à la formation de géographe de l’auteur Djilali Sari et à sa vocation de nous conter l’histoire de «Tlemcen face à l’occupation coloniale (*). Professeur à l’Université d’Alger, cet ingénieux chercheur en patrimoine algérien a publié plusieurs livres aux titres très significatifs de cette ville de l’Ouest chargée d’histoire: Tlemcen, la cité-patrimoine à sauvegarder; Tlemcen et ses élites d’envergure nationale; Tlemcen, La Zyanide,… Les longs échos de la richesse de ce patrimoine figuré dans l’événement de «2011, Tlemcen capitale de la culture islamique» retentissent encore.
Dans le présent ouvrage, Djilali Sari place en épigraphe un extrait, traduit de l’arabe, du long et célèbre poème épique que l’émir Abdelkader a dédié à Tlemcen: «Tlemcen, en me voyant, m’a présenté sa main pour la baiser. J’enlevai le voile qui enveloppait sa longue figure; mon coeur palpita de joie et de bonheur. La bonté et la rougeur de ses joues étaient comme un charbon ardent, l’ennemi même, en s’en séparant, a dû verser des larmes amères… Elle a toujours été indifférente à ceux qui s’en sont rendus maîtres, elle baissait ses beaux et longs cils en détournant la tête. À moi seul elle m’a rendu le plus heureux des rois.» À la suite, le professeur Sari donne cette indication: «L’Émir Abdelkader glorifiant Tlemcen au lendemain de la ratification du traité de la Tafna conclu le 30 mai 1837 avec le général Bugeaud.» De fait, c’est un indispensable rappel du sentiment très expressif de l’émir Abdelkader pour Tlemcen, mêlant amour, exaltation de l’héroïsme guerrier et générosité; j’y ajouterais ces vers de son talentueux secrétaire Kaddour ben Mohammed ben Rouïlah auquel le poète-combattant avait confié le soin de continuer sa poésie sur Tlemcen, après l’évacuation de la ville par les Français, le 12 juillet 1837: «Longtemps les ennemis ont gardé le voile de sa beauté: elle ne pouvait avoir de pires ennemis.»
L’intitulé du travail de Djilali Sari est clair: Tlemcen face à l’occupation coloniale. Les considérations suivantes l’expliquent: «Comme partout ailleurs et comme tout projet visant à asseoir un nouvel ordre, à le consolider et à le fortifier – nécessairement aux dépens de la population autochtone, et en ciblant par prédilection ses fondements historiques et culturels -, le choc colonial a été des plus violents dans l’ancienne capitale, Tlemcen la zyanide, le royaume ayant préfiguré l’Algérie moderne. Aussi, la symbolique d’une métropole ayant abrité de prestigieux monuments, – non seulement ceux ayant symbolisé la souveraineté, mais également ceux considérés comme des joyaux de l’Occident musulman à l’instar de la Tachfiniya -, a-t-elle été visée et n’a pu échapper aux opérations de destruction systématique.» La juste orientation de l’étude du professeur Sari au sujet des richesses du patrimoine historique et culturel de Tlemcen et de sa région, con-siste à éveiller les consciences aussi sur «l’état physique» des monuments de toute l’Algérie… Son ouvrage, généreusement illustré par des photographies et des cartes, comprend quatre parties, une instructive annexe spécifiant «L’acte fondateur de Dar El Hadith» et des références bibliographiques intéressantes pour tous ceux qui souhaitent entreprendre une étude parallèle ou complémentaire à celle-ci.
Le professeur Djilali Sari s’attache méticuleusement à démontrer en quelque sorte la déconstruction violente de Tlemcen la zyanide par la colonisation. Il focalise l’intérêt sur l’exemple parmi les plus douloureux, celui de la destruction systématique de la Médersa Tachfiniya, celle qui «trônait sur l’espace occupé [à l'époque coloniale vers 1873] par une partie de la place de la Mairie et la Mairie elle-même». L’auteur conclut: «C’est bien le coeur palpitant de l’ancienne capitale zyanide qui a été ciblé.» L’ampleur des destructions s’étend aux lieux de mémoire: Les universités, les mosquées, les msallat, les forteresses, la prestigieuse mosquée d’Agadir construite en 790 par Idrissi I (788-791),… L’oeuvre de restauration, depuis l’indépendance, a néanmoins permis de sauver plusieurs monuments tels que la Grande mosquée édifiée par Youcef Ibn Tachfine l’Almoravide (1061-1107). Dans la deuxième partie de l’ouvrage, l’auteur fait au possible un rapport sur l’occupation des meilleures terres par l’administration coloniale, développant ainsi des centres de peuplement et renforçant le rôle de la colonisation officielle. L’accélération de la déculturation est décidée pour effacer toute trace de civilisation autochtone; elle apparaît par la perte considérable des manuscrits et particulièrement par l’exil des lettrés dont, parmi les plus édifiants, est celui du «alîm Abdelkrim Médjaoui».
Ensuite, dans la quatrième partie de son ouvrage, Djilali Sari s’évertue pleinement à décrire tout en l’analysant le renouveau de Tlemcen. Plus de cent quatre-vingt pages sont consacrées à ce qu’il appelle «L’éveil et la renaissance de Tlemcen». Reprenant une opinion de Kheireddine Merad Boudia (2009), il la cite pour la proposer à la réflexion: «De toutes les villes d’Algérie, elle [Tlemcen] mérite son titre de perle du Maghreb, elle est celle qui a gardé le plus de traces de notre civilisation arabe, berbère et musulmane.» Il cite également Néfissa Zerdoumi (1970), fille du professeur de droit musulman au lycée franco-musulman de la ville, qui, dans sa thèse intitulée L’enfant d’hier… l’éducation de l’enfant en milieu traditionnel algérien, écrit: «Tlemcen n’est pas la tête, ni même le coeur de l’Algérie: elle n’a pas de liens avec les régimes berbères de Kabylie, mais elle représente dignement aux yeux de tous la culture nationale avec une foi continue en ses valeurs authentiques.» De toute évidence, les deux points de vue sont complémentaires en bien des points, ainsi que le mentionne le professeur Sari. Au reste, il l’explique longuement dans la quatrième et dernière partie de son ouvrage Tlemcen face à l’occupation coloniale. On y trouve des développements riches en informations justifiées par des exemples marquants socio-éducatifs, économiques et politiques, détaillant le «renouveau», le «profil représentatif des fidayyine tlemcéniens» et rappelant, en les mettant à l’honneur, des personnages exceptionnels hommes et femmes, anciens et jeunes, dans tous les domaines, notamment culturels, artistiques et scientifiques de Tlemcen l’éternelle, aujourd’hui ville moderne ouverte au progrès et jalouse de son oeuvre inscrite historiquement dans l’esprit de l’unité nationale algérienne.

(*) Tlemcen face à l’occupation coloniale de Djilali Sari, Casbah-Éditions, Alger, 2011, 207 pages.

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À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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