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Quelle école demain ? par Abdelhamid Benzerari

6 avril 2012

Contribution

Contester ou consolider la société établie? Accéder à la culture (dominante) ou l’inhumer? Former l’homme nouveau pour la société socialiste ou former des hommes pour la société capitaliste? Apprendre des connaissances ou apprendre à apprendre? Acquérir l’esprit scientifique expérimental ou seulement l’usage des résultats de la science? Devenir apte à un métier, à un travail professionnel, utile à la nation, ou développer la libre expression de chaque personnalité?… Mondialisation oblige, l’éducation des hommes du XXIéme siècle doit nécessairement être pluraliste, pluridisciplinaire, elle doit être aussi complexe, aussi richement variée que les aptitudes, les facultés, les besoins, les désirs et les aspirations des populations algériennes. Elle ne peut plus se limiter à ce qui fut ces dernières décennies son objectif unique:l’instruction des enfants c’est-à-dire l’initiation à quelques techniques intellectuelles fondamentales. Elle a en charge l’éducation dans le monde moderne. Un effort permanent d’adaptation est nécessaire, qui caractérise la tâche éducative et conditionne son efficacité s’adressant tout à la fois, au corps, au coeur et à l’esprit.

L’enseignement de nos écoles élémentaires doit ouvrir toutes grandes au jeune enfant, les fenêtres du monde. Telle doit être la fonction des disciplines d’éveil, où l’on ne recherche pas systématiquement les connaissances , mais qui doivent éveiller la curiosité et susciter le désir de connaître. Cependant, il est loisible de concevoir et de mettre en pratique, en liaison permanente et logique avec celles qui sont synonymes de découverte, de conquête du langage, de l’écriture, de la lecture, des mathématiques puis de l’éducation morale et civique par des voies différentes, une pédagogie du discernement et de la réflexion.

L’école d’aujourd’hui, n’a pas trouvé l’équilibre entre la tendance encyclopédique et les besoins de la réflexion, de la méditation; entre l’accumulation des connaissances et les méthodes de leur acquisition, elle enseigne selon des procédures rationnelles, les résultats de la science formée, sans enseigner les méthodes de «découvertes», de connaissances nouvelles; elle confond le rationnel et l’expérimental; la plupart de nos adolescents sortent de l’école, de l’université, sans avoir l’esprit scientifique expérimental qui, pourtant, est le levain de la révolution économique et culturelle de notre temps.

L’initiation technologique conçue, non comme une discipline s’ajoutant aux autres, mais comme une activité d’éveil poursuivie à tous les niveaux de l’enseignement, s’impose comme un moyen d’ouvrir l’école sur la vie et de réconcilier l’élève avec son milieu naturel en développant chez lui dans un premier temps la maîtrise des instruments et des techniques dont les adultes usent traditionnellement autour de lui, avant de l’initier à des outillages et à des techniques plus modernes dont il aura demain sans doute à exploiter les possibilités au service du milieu. Cette recherche d’une meilleure adaptation de l’école à son environnement, qui est d’abord, dans notre monde, celui de la technique, n’affaiblira ni son prestige ni sa mission culturelle; bien au contraire, en créant les conditions d’un équilibre plus satisfaisant entre enseignement général et enseignement technique, entre aptitudes intellectuelles et savoir-faire, nous en ferons le lieu du plein épanouissement des personnalités, comme l’instrument privilégié de la promotion collective et, partant, du progrès de la société.

L’école algérienne laisse en friche les aptitudes artistiques, corporelles, manuelles des adolescents; elle ne développe aucunement les facultés de sensibilité, d’affectivité, d’émotion, d’enthousiasme, ni le sentiment, la cordialité, la fraternité…Aussi les critiques deviennent –elles plus vives encore quand il s’agit de l’épanouissement physique, de l’équilibre nerveux, de l’équilibre sensoriel, du caractère, de la sociabilité, d’un certain sens de l’optimisme et du bonheur.

On cultive la cérébralité discursive, l’aptitude verbo-conceptuelle; mais un «excellent» élève peut ne pas avoir une once de bon sens, une calorie de chaleur humaine, il peut être absolument incapable de comprendre cordialement, de ressentir affectueusement ses collègues, ses collaborateurs, ses inférieurs dans la hiérarchie professionnelle, ses voisins…Et que dire du respect d’autrui, de l’attention pour l’autre, de l’aménité, de la courtoisie, de la politesse?

Nous pouvons condamner le caractère figé, fermé, artificiel de l’école actuelle, le manque d’apport dans la formation morale et sociale de l’enfant, son éveil à l’objectivité, à la logique, l’accession aux langages rationnels, la préparation au travail sérieux.

LA DIVERSIFICATION DES MANUELS SCOLAIRES

Tous les élèves ne relèvent pas de la même pédagogie. Il est absurde de les mesurer tous à la même aulne. Vouloir les faire progresser en les coulant tous dans le même moule, alors qu’ils n’ont pas les mêmes aptitudes, la même forme d’esprit et le même rythme d’acquisition des connaissances, serait nuisible. Une différenciation pédagogique est indispensable si l’on veut respecter le principe de l’égalité des chances qui n’est pas de donner à tous la même chose, mais de donner à chacun selon les besoins qu’il a. Ce qui demande une diversité dans les manuels scolaires:lecture, calcul, histoire, géographie, français…Par exemple dans une même école, une classe de 5ème année peut utiliser un livre de lecture adapté au niveau réel de la classe, différent de celui de l’autre cours de même niveau et en conformité avec les programmes officiels. C’est ce qu’on appelle la vraie démocratisation de l’enseignement. Une véritable égalité des chances de développement intellectuel entre les enfants inégaux exige un enseignement lui-même inégal selon les individus, adapté à chaque cas pour être efficacement compensateur. Les sciences de l’éducation ont apporté une connaissance plus précise des données biologiques, psychogénétiques et sociales de cette diversité. L’enfant vivant existe, avec ses besoins physiologiques et biologiques. La mission de l’école algérienne, sa finalité est de former des hommes capables de s’accomplir personnellement et socialement. Au départ et tout le long de la scolarité, il faut donc tenter pour donner à tous, une égalité de chances. Et il est certainement plus important encore que ce système soit adapté à l’enfant que de contraindre l’enfant à s’adapter à l’école. C’est un être trop important pour que l’on néglige un atout qui peut être un capital pour son épanouissement. C’est aussi un être vivant qui a un corps exigeant. Chaque classe a sa physionomie, sa personnalité singulière. Et cette physionomie se renouvelle chaque année avec les élèves, elle évolue même en cours d’année. Elle tient compte des différences d’intelligence entre enfants d’une même classe, des différences d’aptitude chez un même individu, de son rythme de travail et des variations de celui-ci, de ses réactions affectives, de sa fatigabilité, de tous les facteurs personnels qui interviennent dans son activité et dans son comportement scolaire. Un même enseignement donné à tous, moyen hypothétique au détriment des élèves réels, lèse particulièrement les bons et les faibles, malgré les efforts que les maîtres peuvent faire pour donner à chacun sa part.

BESOINS ET INTERETS DE NOS ENFANTS

Le système éducatif dans notre pays doit d’abord reposer sur les besoins et les intérêts des enfants et des adolescents, avec ce souci primordial d’en faire des hommes et des femmes qui demain dirigeront et animeront la société, donc des citoyens comme on dit, conscients et lucides.

Ce que nous voulons, c’est jeter les bases d’un projet d’éducation, couvrant, non seulement la période de la scolarité obligatoire, mais également, car c’est très important, toute la période allant de la scolarité obligatoire, jusqu’à l’université. Il y aura naturellement toujours un pourcentage d’enfants et d’adolescents qui iront vers les enseignements longs, vers les universités en général. Il faudra augmenter ce pourcentage notamment en assurant l’égalité des chances. Mais ce qui pose d’abord le problème, c’est la masse d’enfants qui ne pourront pas suivre les études longues.

Il faut que nos enfants, nos adolescents, devenus adultes puissent vivre une vie normale, c’est-à-dire une vie digne et heureuse, dans laquelle ils seront des citoyens capables de comprendre, capables d’apprendre, capables de rechercher, capables d’échanger avec les autres hommes, les autres femmes, capables de curiosité, capables aussi de changer d’activité et de métier, car ce qui caractérisera sans doute cette époque, c’est que les jeunes que nous avons maintenant dans les établissements scolaires ne se préparent pas comme autrefois à un métier, mais à la vie. Et une vie dans laquelle ils auront peut être à accomplir plusieurs métiers.

Il faut donc que l’institution scolaire les prépare, non seulement à des activités économiques, mais à des changements d’activités économiques. C’est à dire, leur donner une formation initiale, une formation de base, avec toutes ses composantes de haut niveau, du plus haut niveau possible en fonction de l’intérêt, de la curiosité, de la capacité de réflexion et d’attention des jeunes. L’école, ce faisant, doit aussi atténuer les inégalités sociologiques, même si elle ne peut les supprimer totalement ; elle peut apporter le maximum, y compris dans le domaine du goût. Pensons à la musique, au dessin, aux œuvres d’art, à la lecture, à la poésie!Tout cela dépasse très largement le bachotage qu’on connaît, qu’on condamne.

La prolongation de la scolarité jusqu’à seize ans pourrait être conçue d’une manière tout à fait différente, avec une grande part de formation initiale, de formation générale adaptées aux adolescents et une partie de préapprentissage, de formation pré -professionnelle harmonisée avec cette formation générale, sans que jamais trop tôt, les enfants soient livrés directement à la rue. Dans ce projet éducatif, pour toute cette partie intermédiaire entre l’école de base et l’entrée dans la vie, nous voudrions mettre au point, en fonction de la société que nous voulons, tous les mécanismes d’»accrochage» à la vie active dans tous ses aspects! Agriculture, commerce, artisanat, industrie, etc. Ce sont là des idées générales qui traduisent une volonté d’explorer et d’étudier avec une perspective de propositions, un domaine capitale de l’éducation.

L’ELEVATION DES CONNAISSANCES.

L’élévation des connaissances est aujourd’hui indispensable, en fonction de l’évolution des technologies de pointe, des sciences, des techniques et du niveau des relations humaines et des moyens de communication, d’échanges et de culture. C’est un aspect de l’apprentissage et de la formation professionnelle. Mais au-delà des connaissances scientifiques, il y a indiscutablement, une formation humaine, une formation de citoyens, une formation civique, une formation de travailleurs. Le travailleur de demain, qui aura la responsabilité de ce pays dans vingt ou trente ans, doit être en mesure de dominer autant que possible le monde dans lequel il vivra, de remettre en cause pour la rendre meilleure ou plus juste, s’il le veut, s’il le souhaite, la société dans laquelle il sera. On ne peut donc pas bâtir un projet éducatif sans avoir quelques idées sur la société de demain et sur le rôle des hommes. Si l’on veut effectivement construire une société juste, authentique, respectueuse des droits de l’homme, et du premier d’entre eux, la liberté, ne faut-il pas concevoir non seulement une planification économique, mais aussi un très grand projet d’éducation qui respecte l’homme en lui-même, qui ne fasse pas un homme pour une société, qui commence par respecter l’enfant et qui prépare surtout l’adolescent à ses responsabilités futures?

Au fond, est-ce que la société algérienne de demain ne relève pas d’abord d’une éducation de responsabilité, donc d’une éducation responsable ouverte sur la vie et à la vie? C’est tout le problème d’une conception nouvelle de l’éducation et de l’école qu’on peut avoir. Cela signifie qu’il faut que» l’institution scolaire continue de changer d’âme». La difficulté, c’est que nous sommes conscients en réfléchissant à un projet éducatif, mais nous ne voulons pas que cet objectif enferme les enfants et les adolescents dans un carcan. Nous voulons former un homme qui soit capable de remettre en cause la société et capable de se remettre en cause lui-même.

L’ECOLE ET SON ENVIRONNEMENT

Autour de l’école le monde a évolué; on parle aujourd’hui d’école parallèle dont l’importance et l’influence ne cessent de croître et que la plus grande erreur pédagogique serait d’ignorer ou de rejeter. Le rôle de l’école n’est pas dès lors de se retrancher dans un univers clos, c’est d’aller au devant de la communication. Il est de donner aux élèves un cadre de connaissances et une capacité de jugement qui leur permettent de situer, d’interpréter et de mettre en ordre les informations disparates qui les assaillent de toutes parts.

Aujourd’hui, c’est l’école des moyens audiovisuels, c’est l’école des journaux de toutes sortes, c’est l’école de la radio, c’est l’école de la télévision, de la vidéo, de la parabole, d’Internet, de facebook, du fax, d’Ipad, du Nintendo, du Smart phone, du Playstation, ..

L’école, renforcée, programmes revus, corrigés, allégés, livres scolaires adaptés au niveau réel des élèves, doit fournir aux apprenants le goût et les moyens de l’éducation permanente, créer des appétits, assurer les divers langages, audiovisuels inclus, multiplier les formes d’activité, donner la faculté d’adaptation, le sens des initiatives et des responsabilités, l’esprit d’engagement, de ténacité, de créativité, de solidarité, apporter l’autonomie, offrir l’essai de vocation de loisirs…

A cette jeunesse, pour rompre la routine, la monotonie et vaincre l’oisiveté, mère de tous les vices, qui use, rouille puis avilit le jeune, (pensez au nombre inquiétant de suicides, aux 12 jeunes harraga interpellés près de Mostaganem, âgés entre 16 et 17 ans dont 4 collégiens: el-watan du 18.01.2011) ouvrez-lui les stades, les salles omnisports, les salles de cinéma, les bibliothèques, les théâtres, les piscines, les parcs de loisirs et de détente, multipliez les concerts de musique, les centres de vacances! …

Notre éducation doit répondre aux besoins exprimés par les jeunes dans un monde en mouvement, en évolution, avec toute l’évolution de la famille, avec le poids de l’école de la rue, avec le poids des moyens de l’information.

Pour conclure, la grande mission de l’école algérienne, la grande mission de tout notre système éducatif, est bien d’apporter aux jeunes ce qui est fondamental et essentiel pour qu’ils puissent, adultes, mener une vie digne et heureuse, une vie responsable, une vie de luttes pour des progrès toujours nouveaux et toujours nécessaires. Pour cela, il est nécessaire de rappeler l’importance que revêt à nos yeux, dans un univers où nous dépendons toujours plus étroitement les uns des autres, une large concertation sur la recherche de formes d’éducation mieux adaptées à l’attente des jeunes générations comme aux réalités qu’elles auront demain à affronter.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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