Reste la question: comment faire pour fermer Alger ? En y important un nombre plus important de policiers que de locataires. Alger la bleue est visible à partir de Google-Earth à chaque annonce de marche de protestation. C’est la couleur de la capitale algérienne. La seconde solution est la chasse: à la peau noire quand ce sont les chômeurs du Sud qui veulent y marcher. Aux gens blancs et roses quand ce sont les médecins. Aux gens aux yeux clairs quand ce sont les Kabyles. Aux gens bruns à moitié cuits par le soleil quand ce sont les gardes communaux. Il y a chaque fois une recette et la police (toute la différence entre Biomatraque et pas biométrique) ne recourt pas aux détails mais à la génétique du faciès.
Dernièrement, ce sont les gardes communaux qui ont tenté de revenir marcher sur Alger. Comment a-t-on fait pour les empêcher de marcher dans la seule ville interdite aux Algériens 50 ans après le départ des colons? On les a attendus aux gares routières et aux portes des petits hôtels. Là, les confrères rapportent que tous ceux qui portaient un petit sac ou un cabas étaient fouillés puis embarqués. La raison ? Les gardes communaux sont venus avec leurs tenues cachées et tous les Algérois et les Algériens qui portaient de petits sacs étaient soumis à la fouille sévère. Ensuite ? Les indésirables ont été embarqués dans des fourgons et ramenés avers l’Algérie. C’est-à-dire leurs villes d’origine. Le geste aurait sûrement provoqué la fascination de Frantz Fanon. Lui qui analysait si bien les mimétismes colon/colonisé. Alger n’est plus la capitale de l’Algérie mais le sombre noeud d’une histoire de kidnapping, de vol, d’épousailles forcées, de libido et de désir. C’est le vrai butin de toute l’histoire algérienne des dix derniers siècles. Celui qui a Alger, n’a pas besoin du reste de l’Algérie, presque.













10 avril 2012
Kamel Daoud