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FEMMES COURAGE (Épisode de la Révolution algérienne dans la région d’Aokas)

10 avril 2012

Contribution

Voxpopuli : 50e ANNIVERSAIRE DE L’INDÉPENDANCE

La Révolution algérienne de Novembre 1954 souleva tout un peuple valeureux et digne. Et ce, dans toutes ses composantes. Hormis les renégats qui avaient renié leur patrie par trahison, par intérêt, ou par dépit, les autres, tous les autres, s’étaient pleinement engagés dans la lutte pour la liberté, chacun selon l’âge, la force et les moyens.
Dans cet affrontement sans merci, la femme occupa une place importante, et mena sa Révolution avec un esprit de sacrifice sans égal. Et au même titre que les hommes, elles furent de farouches partisanes. Guemat Baya, Lagha Zohra et Tahir Fatma, parmi bien d’autres, étaient de celles-là… Nous sommes en 1959. C’est un après-midi ensoleillé du mois d’août. L’opération «jumelles» (opération de ratissage à grande échelle dont le but était la liquidation de la Révolution dans les Wilayas I, II et IV.) est lancée depuis quelques semaines déjà. Et ce jour-là, depuis plusieurs heures, un grand accrochage entre l’armée française et l’ALN fait rage dans la montagne d’Aït Aïssa. Dans le feu de l’action, un combattant, Salah N’Tkitount, est touché. Il a reçu une balle dans la cuisse gauche. Le sang commence à couler abondamment, et une vive douleur fait grimacer le blessé. Au prix d’un effort intolérable, il réussit à se traîner en clopinant jusqu’au refuge des Aït Aïdali, tandis que les bombardements et les crépitements de mitraillettes emplissent l’espace alentour. A bout de forces, le moudjahid est sur le point de tomber et de perdre connaissance. Soudain, sorties de nulle part, trois femmes accourent vers le blessé. Hâtivement, deux d’entre elles le soutiennent par les aisselles. La troisième saisit le fusil, un mass 36, et défait la cartouchière. Entre deux souffles courts, la plus âgée rassure l’homme : «Courage, courage ! Nous allons te conduire en lieu sûr pour te faire soigner.» Les gestes rapides des trois femmes sont volontaires et parfaitement coordonnés, comme si elles répétaient cette action pour la énième fois. Dans leur tête, elles revoient l’itinéraire détourné, plusieurs fois emprunté, menant vers Achrit, massif montagneux assurant une complète sécurité. Pendant que deux des femmes remplissent la fonction de béquilles en aidant le blessé à marcher sur une seule jambe, l’autre part en éclaireur en devançant le petit groupe de quelques dizaines de mètres. Ils marchent dans les fourrés de broussailles depuis plusieurs minutes quand, aux environs du lieudit Tagoussimte, la femme de reconnaissance revient précipitamment sur ses pas pour alerter ses camarades. Une patrouille de soldats est dans les parages immédiats ! Avec une extraordinaire rapidité, insoupçonnable chez des êtres du sexe faible, les trois femmes s’affairent comme un seul homme. Un tas de bois coupé et rangé là par un bûcheron, dans l’attente d’être transporté dans un autre lieu, offre une cachette idéale pour le blessé. Quant à l’arme et à la cartouchière, elles sont enterrées en quelques secondes à quatre ou cinq mètres plus loin. En petites foulées, une des femmes fait le tour du périmètre en saupoudrant le sol avec du tabac à priser et du piment rouge en poudre, celui à saveur très forte qui brûle la bouche. Ce condiment a été préalablement mélangé à de la cendre grise pour ternir la couleur écarlate qui pourrait éveiller l’attention des soldats. Ces substances pulvérisées que les partisanes avaient toujours sur elles sont destinées à annihiler le flair des chiens de piste. Le détachement passe à une faible distance de la cachette sans soupçonner outre mesure la présence des résistants qui retiennent leur souffle. Dix minutes plus tard, l’arme et les munitions récupérées, Salah N’Tkitount et les trois femmes reprennent le chemin caillouteux qui les conduit à une sorte de casemate (ouvrage de fortune construit au début de la Révolution par le moudjahid Guemat Ali), où les premiers soins sont prodigués au blessé. A l’heure du crépuscule, des combattants transportent le blessé à dos de mulet vers les profondeurs du maquis, dans ce lieu inaccessible appelé Achrit. Fin de mission des trois valeureuses femmes. Par leur bravoure et leur détermination, combien ces partisanes ont-elles sauvé de vies ? Ces vies précieuses qui continueront, comme celle de Salah N’Tkitount, à intensifier la lutte pour l’indépendance. Sans ces créatures humaines, ces mères, épouses, sœurs, filles, ces femmes simples et admirables, pétries par le limon de la patrie, la Révolution pourrait-elle triompher ? Assurément, non. Mais la Révolution a triomphé ! Un peu beaucoup grâce à elles…
Khaled Lemnouer 

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/04/10/article.php?sid=132678&cid=49

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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