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Danielle Michel Chich vs Zohra Drif par Farouk Zahi

12 avril 2012

Farouk Zahi

Les vieux démons de «l’Algérie de Papa» semblent toujours hanter les esprits de certains intellectuels français, puisque cinquante après «La déchirure», tel était le titre du documentaire écrit par Benjamin Stora et réalisé par Gabriel Le Bomin qui a servi de trame au débat sur la Guerre d’Algérie, initié par France 2, la chaîne de télévision publique, on continue de dénier aux «terroristes» leur qualité de combattants de la liberté. 

Pour ce faire, on use du symbole des liens communs, notamment celui du sang en invitant Kad Merad, pur produit des deux cultures et narrateur des faits dans le documentaire, ou du sol : Benjamin Stora, historien issu d’une vieille famille juive de Constantine, Jean Jacques Jordi, historien et juif algérois, Danielle Michel Chich, née juive algérienne, victime civile de la guerre, journaliste, essayiste, Dalila Kerchouche, née en France, journaliste et fille de harki qui n’est, semble-il, là que pour présenter son livre intitulé : « Mon père, ce harki ». Un autre alibi de plus pour évoquer, le massacre des harkis abandonnés à leur sort par l’armée d’occupation. Il faut bien que des faits macabres se répètent, la déportation des juifs n’aura pas été ce simple « incident de l’histoire » qu’un ancien tortionnaire lui attribue. Ali Haroun, probablement le seul, qui pouvait parler de la sale guerre pour l’avoir vécue dans l’angoisse, était mis en posture minoritaire sur le plateau et David Pujadas n’y fera rien en dépit de ses déclarations d’intention. Le père Guy Gilbert, le loubard de l’Eglise, écrivain et éducateur spécialisé n’apportera au débat que de lointains souvenirs sur sa conscription à l’âge de 25 ans et son séminaire d’Alger entre 1965 et 1970. Consensuel ou amnésique, il place le bourreau et la victime sur le même pied d’égalité.

Le documentaire, de bonne facture technique, nous fait entrer de plain-pied dans les faits d’arme sans préambule aucun. Benjamin Stora aurait pu y greffer, la présentation introductive de l’Algérie coloniale qu’il a développée à la question de Pujadas sur la différence entre la colonisation du Maroc, de Tunisie ou même du Sénégal avec celle de l’Algérie. Ce particularisme algérien, résidait dans le fait que le pays était rattaché administrativement à la Métropole, qu’il a fait l’objet de massives dépossessions foncières, de peuplement par des transfuges venus d’Espagne, d’Italie, de Malte, de Suisse et bien entendu de France et qu’en plein milieu de la guerre, on découvrait les champs pétrolifères du Sahara. Ces immensités désertiques serviront, à la fin de la guerre, de banc d’essai à l’armement nucléaire qui fera de la France, la quatrième puissance militaire mondiale. Pour revenir au document filmé lui-même, la voix feutrée de Kad Merad qui se voulait neutre, introduisait le sujet par un acte de sabotage pratiqué sur un train de marchandises qui abordait un ouvrage d’art; on suggérait déjà que l’insurrection armée s’attaquait au symbole de la civilisation. La vérité, était tout autre bien sûr. Le commentaire, habilement juxtaposé à l’image, se veut solennel : «Toussaint 1954: Les Français d’Algérie pleurent leurs morts assassinés la veille. La communauté française vient d’être la cible d’attentats meurtriers…des hommes, des femmes, des militaires, des civils… une action violente et concertée. Ce sont les premiers morts de cette guerre qui commence… elle va durer presque huit ans, huit ans de violence inouïe dans laquelle 1 million de jeunes soldats vont y être projetés, 30.000 ne reviendront pas. Une guerre qui va provoquer la mort des centaines de milliers d’Algériens, le déplacement de 1 million et demi de paysans et la destruction de centaines de villages ». Il est remarquable de constater que si pour le coté français, les chiffres sont plus ou moins précis, pour le côté algérien, il ne s’agit que d’approximation. Le seul chiffre qu’on veuille bien arrêter est celui des morts algériens à la fin du conflit et qui s’élèverait, selon Stora à 400.000.

Le commentateur, achèvera son introduction par cette note de dépit qui lui fait dire : « Une guerre qui va déraciner 1 million de Pieds Noirs de leur terre natale, entrainer l’abandon et le massacre de milliers de harkis (encore, une approximation). Une guerre qui ne dira jamais son nom et qui provoquera la chute d’une république et la naissance de la Ve république et pour l’Algérie l’arrachement de son indépendance » (Le soulignage est de l’auteur). Pour ceux et celles qui pensent encore que c’est sous le gouvernement de de Gaulle que les choses se sont améliorées, ils se trompent encore une fois. La guerre a connu son apogée avec la venue du général dont l’arrière pensée était d’affaiblir militairement la résistance armée, pour négocier en position de force avec le FLN quand le moment sera venu. Affaiblie militairement par le plan Challe dont la machine de guerre ne pouvait être contenue, que par une autre puissance militaire de même taille, elle fit entendre sa voix sur les forums internationaux par des manifestations populaires massives. Ainsi, J.J Jordi, reconnait-il la victoire médiatique du FLN sur la machine de guerre coloniale. Commentant la violence inouïe de cette guerre, il s’appesantira plus sur la violence du FLN que sur celle qui a été générée lors de l’occupation. Ali Haroun qui évoquera à ce titre, les palmarès peu glorieux des coupeurs d’oreilles du Général de St Arnaud et consorts, sera apostrophé gentiment par M Pujadas qui semblait reprocher à l’intervenant son recul dans l’histoire. M Jordi l’historien, estime pour sa part, qu’aucune violence ne peut justifier une autre… il faut reconnaître aussi que la France a joué un rôle civilisateur en Algérie qui n’existait pas en tant qu’Etat. Il est à se demander sur quelles peuplades toutes les campagnes de Charles Le Quint se sont-elles disloquées ?

Le clou de la soirée était et sans nul doute, l’histoire de la petite Danielle, pied noire juive âgée de cinq ans au moment des faits (30 septembre 1956) et victime d’un attentat à la bombe déposée au Milk Bar dans un sac de plage par une poseuse de bombes. A l’âge de raison, Danielle Michel Chich interpelle Zohra Drif (la poseuse de bombes) plus d’un demi-siècle après, par un livre intitulé « Lettre à Zohra D. ». Il faut reconnaître cependant à cette auteure, l’honnêteté intellectuelle qu’elle a manifestée lors du débat sur la violence et qui a consisté à dire « Il faut reconnaître que la série d’attentats contre les Européens a été inaugurée par l’attentat meurtrier de la Casbah perpétré par des radicaux français (1)». Quant au reste, il n’y pas lieu de monter cette banale affaire en épingle, car le jour où se trouvait par hasard cette petite juive de modeste extraction au Milk Bar, de petits algériens subissaient dans leurs douars, le pilonnage d’une artillerie ou d’une aviation aveugles et ne se sont jamais trompés d’endroit. M. J.J Jordi, estime enfin, que pour amender un tant soi peu ce déchirement, si la France doit reconnaître les méfaits du colonialisme, elle ne doit nullement s’en excuser…merci du peu M. l’historien !

Ce conflit sanglant qui traîne encore ses relents haineux, n’a été qualifié par l’Assemblée nationale française que le 10 juin 1999, soit 37 ans après son terme. Dans une ultime déclaration, ce jour là, un député annonçait: «Elle, (la guerre) n’a pas mis fin, seulement, à 130 ans de colonisation, mais elle fut aussi, à bien des égards, une déchirure». La France fera-elle, un jour, amende honorable comme l’a fait avec elle l’Allemagne au bout de 3 conflits armés ? Rien n’est moins sur, en regard des récentes tentatives de stigmatisation induites par l’affaire du tueur de Toulouse.

(1) Les plus radicaux des militants de l’Algérie française, s’organisent en groupuscules paramilitaires sous la direction d’André Achiary, ex-officier du SDECE qui fut sous-préfet dans le Constantinois au moment des massacres de Sétif (1945). Avec les membres de l’Union française nord-africaine, créée par Robert Martel, Achiary monte l’attentat de la rue de Thèbes, dans la Casbah d’Alger, dans la nuit du 10 août 1956 qui fait 16 morts et 57 blessés et marque un tournant dans la guerre d’Algérie.(source: wikipédia)

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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