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HOLD-UP À LA CASBAH DE TARIK DJERROUD

12 avril 2012

Kaddour M'Hamsadji

HOLD-UP À LA CASBAH DE TARIK DJERROUD dans Kaddour M'Hamsadji Hold-up-à-la-Casbah-170x300

«La Casbah s’attaquera par le dos…» Mercredi 11 Avril 2012

Par Kaddour M’HAMSADJI

En attendant l’historien, voici l’histoire que racontent les mémoires simples mais capables de tirer le bon bout, sans jeu de mots, du fil d’Ariane. Que de niaiseries parsèment les longs chemins de l’histoire d’un pays lorsque ce pays n’a pas d’historiens militants de sa cause d’existence! Il ne s’agit pas de leçons d’histoire à faire devant des élèves ignorants et sages comme des images, de tels élèves que, peut-être, certains croiraient que nous accepterions d’être, – nous, les Algériens! Il ne s’agit pas, non plus, d’enseigner l’Histoire – et d’abord laquelle, avec quel moyen et comment? – mais d’agir contre les idées reçues, aller aux sources et les faire bruire de leurs sons limpides et justes sortis de leur terre de naissance! Un exemple? J’ai lu Hold-up à la Casbah (*) de Tarik Djerroud. Lui n’est pas historien, puisqu’il est éditeur et journaliste et a fait des études universitaires en électronique. Par contre, à trente-huit ans, il a déjà tant bien que mal développé quelques recherches dans la charpente des événements de l’Histoire de son pays; il a déjà fait paraître aux jeunes Éditions Belles-Lettres de Béjaïa, quatre romans: Le Sang de mars, 2009; J’ai oublié de t’aimer, 2010 et Au nom de Zizou, 2011, – ce sont des promesses de pensées très éclectiques et suaves. Et Hold-up à la Casbah, ce tout dernier roman, et parce que c’est un roman, est la résonance transcrite d’un enchantement de rêve, d’idée et d’écriture à propos d’un événement historique majeur marquant de la conquête de l’Algérie. Outre qu’il tient, par son titre, du roman policier historique, cet ouvrage s’apparente aussi, par son style, au genre «thriller» politique et militaire, ce qui permet à Tarik Djerroud, s’inspirant de l’Histoire, de concevoir une suite de tensions, de dialogues et d’événements sciemment mis en scène. Passons donc sur les quelques maladresses d’un auteur passionné par son sujet et qui se passionne pour l’Histoire de son pays et qui fonce, heureux et fier, avec ses verbes enflammés et ses trouvailles, ses descriptions et ses jugements, son enthousiasme et ses petites vérités découvertes à portée de la main, loin et largement sur l’immense scène du théâtre où s’est jouée une énorme tragédie que nul n’oublie: la prise d’Alger par le corps expéditionnaire français en 1830. Entrée à Alger par la Casbah, par le dos insouciant de Fort l’Empereur et des hauteurs de la colline des Tagarins (immigrants chassés des villes d’Espagne: Valence, Aragon, Catalogne), l’armée de la conquête a commencé par pilonner la Cité pour ouvrir une brèche dans ses remparts puis elle a pénétré dans la Citadelle dont elle a pillé le Trésor tout en continuant de détruire une partie des constructions environnantes. Ces «grands soldats», venus d’une France en proie à une grande détresse de règne attaquer la paisible Cité algérienne, ont accompli leur monstrueuse tâche préparatoire à la colonisation militaire. Ils ont fini par laisser des vestiges, autant de «crève-coeur» pour les gens de la Casbah jusqu’aujourd’hui. Dans un ouvrage précieux, M. Merle, secrétaire particulier du Maréchal de Bourmont, a établi que «Derrière ce mur [de la salle d'audience et de justice du Dey], étaient l’appartement du Ministre des Finances et le Trésor». On peut encore lire, entre autres détails, dans le rapport de Merle: «Quand le Dey Ali quitta, en 1817, la Jenîna pour habiter la Casbah, le transfert du trésor nécessita soixante-seize voyages de mulets pour l’or et mille quatre cents pour l’argent. La charge de chaque bête était de trois quintaux; la somme transportée fut, en or, de 34.492.000 francs et, en argent, de 3544.000, ce qui donna environ soixante-cinq millions. Si de ce chiffre on défalque les dépenses effectuées par le beylik au cours des treize dernières années de son administration, on arrive très sensiblement à la somme de quarante-neuf millions qu’on trouva en 1830 [soit: au bas mot l'équivalant de 4 milliards d'euros].» (V. notre El Qaçbah, zemân, p. 202, éd.OPU). Pour écrire son livre, Tarik Djerroud a puisé dans des documents sûrs, et il n’y a rien qui puisse être évidemment comparé au magnifique travail intitulé Main basse sur Alger de Pierre Péan. Chez Djerroud, ce sont des «récits», des «personnages», des «actions», des «dialogues», un certain lyrisme et même un certain humour: c’est un jeune Algérien qui se débarrasse de ses complexes. De toute façon, quel romancier inventif et averti n’irait-il pas s’instruire aux sources? Que s’est-il alors passé lorsque le général de Bourmont, ministre secrétaire d’État de la Guerre, chargé du commandement en chef de l’armée d’expédition en Afrique, est tombé en arrêt devant ce qu’il est venu chercher, entre autres fortunes, le fabuleux Trésor de la Casbah d’Alger? La réponse nous la connaissons tous, mais Tarik Djerroud, nous la raconte, nous la détaille, nous l’explique avec la vision d’un bon réalisateur de film documentaire, tout en tableaux expressifs, cadrés et agencés, chargés d’une succession logique de plans animés par des personnages moulés dans la sève de l’histoire. Il remonte loin dans le récit; l’aventure est préparée de longue main… Les scènes défilent: Napoléon Bonaparte, captif à l’île de Sainte-Hélène, pense à sa revanche contre le destin trop sévère. L’intrigant, le boiteux, le terrible Talleyrand lui avait prescrit un bon remède: la lecture de son livre «Essai sur les avantages à retirer sur les nouvelles colonies» pour se refaire une santé de gloire. Mais l’ambition ne suffit pas. Il y a une grande distance de temps entre 1798 et 1801, et la route reste longue encore pour ne pas se défaire de soi-même dans les conquêtes d’Égypte et d’Italie, et de l’Europe entière, cependant que la Régence d’Alger, avec le Dey Hussein (1818), est une entité forte et tenace au service de la Sublime Porte. Napoléon meurt en 1821. Le Dey d’Alger décide coûte que coûte de se faire payer la dette que doit la France à l’Algérie. L’affaire traîne, agace le Dey. En 1827, plein de dépit, il porte un coup d’éventail à Deval, le consul de France, qui s’était présenté à lui pour une visite de courtoisie, mais qui avait eu la maladresse de marmonner une indélicatesse à propos de la créance évoquée par le Dey. La France s’est sentie profondément humiliée. Sa réplique couvre ses anciennes intentions de conquête coloniale. Et puis, le prétexte est trouvé, préparé et mis en oeuvre. De plus, Charles X, au pouvoir en France et «dont le règne a été incolore», disent ses biographes, a pris ses motifs dans la situation intérieure troublée pour redonner quelque solidité à son trône chancelant». Aidé par son ministre Polignac, totalement séduit par l’aventure et ayant choisi le général de Bourmont pour commander l’expédition, il réplique à l’Angleterre qui lui demande des explications, «Pour prendre Alger, je n’ai considéré que la dignité de la France; pour le garder ou le rendre, je ne consulterai que son intérêt». L’Histoire, des récits faits par les généraux de la conquête, retient: «Le corps expéditionnaire, fort de plus de 37.000 hommes, avec 4000 chevaux, de l’artillerie lourde et légère, et un matériel considérable, s’embarqua à Toulon, sur 647 bâtiments, la plus grande partie, affrétés. Cette énorme flotte, de composition peu homogène, mit à la voile le 25 mai 1830; elle dut aller s’abriter quelques jours aux îles Baléares, à Palma, contre le mauvais temps, et, grâce à l’habileté et à la prudence de Duperré, arriva sans encombre le 13 juin dans la baie de Sidi Ferruch. Le débarquement des troupes commença le 14 juin avant le jour. Bourmont constitua aussitôt dans la presqu’île de Sidi Ferruch une base bien approvisionnée; de là, il marcha sur Alger. Il mena fort bien ses opérations, ne laissant rien au hasard, avançant d’une façon relativement lente, mais absolument sûre; il arriva au but en vingt jours, forçant la ville à capituler le 4 juillet 1830, avec le minimum de pertes pour les vainqueurs comme pour les vaincus.» Tarik Djerroud nous retrace, à sa façon romancée, et bien que fortement documentée, l’aventure guerrière point par point pour mettre en lumière le grand mensonge de «l’expédition» qui s’était secrètement donnée pour but le hold-up du trésor de la Casbah d’Alger et, cela devait aller de soi, la conquête de l’Algérie. Avec son Hold-up à la Casbah, je pense que Tarik Djerroud a judicieusement rafraîchi la mémoire de ceux qui ont oublié de douter des vérités de la parole humaine adverse lorsqu’elle soumet l’Histoire à ses strictes ambitions (*) Hold-up à la Casbah de Tarik Djerroud, Belles-Lettres Éditions, Bejaïa, 2012, 160 pages.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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