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LES CONTRE-VÉRITÉS HISTORIQUES Chadli Bendjedid n’était ni mobilisé, ni engagé volontaire dans l’armée française

16 avril 2012

Chadli Bendjedid

Voxpopuli : 

Force est de constater que jusqu’à ce jour, une grande partie de notre passé, c’est-à-dire notre mémoire et notre histoire, celle de notre peuple dont le génie premier est d’avoir enfanté des femmes et des hommes qui, à un moment donné, ont incarné sa profonde volonté et ses aspirations à vouloir se libérer du joug colonialiste, nous est essentiellement racontée par des étrangers. 
L’exemple nous est donné dans le cinquantenaire de l’Indépendance. Le regard de l’étranger, au-delà de toute accusation de propos xénophobe, est réducteur et peu opératoire, souvent marqué du sceau de l’européocentrisme. Mais il est aussi avéré que l’œil de l’acteur, traversé de subjectivité, n’est lui aussi nullement libre ni autonome, c’est-à-dire pouvant prendre une certaine distance avec l’objet et éviter ainsi une plongée trop subjective. Observer l’histoire demeure, malgré tout, un espace peu propice à une véritable lecture rationnelle et scientifique, quoiqu’en disent les néo-positivistes et les néo-scientistes peuplant cette discipline trop investie du diadème de l’indicible. Les différents règlements de comptes (Abane, Ali Kafi, Ben Bella à titre d’exemple), les jeux clientélistes et claniques, les tendances régionalistes et les chapelles idéologiques, les discours officiels empêchent la mise en lumière sérieuse de pans entiers de notre Histoire réduite le plus souvent à l’inventaire d’actes guerriers ou à une attaque en règle des symboles de notre révolution, ne pouvant communiquer objectivement les dimensions de grandeur de la génération de Novembre. L’écriture de l’Histoire et son inculcation à la société et sa frange la plus sensible qu’est la jeunesse est indispensable pour forger l’âme d’un peuple et reconstituer sa mémoire, la jeunesse algérienne qui n’as pas connu l’immense élan d’une société pour se libérer n’a eu droit qu’à quelques écrits diffusés çà et là à l’occasion de la célébration d’une bataille ou d’un anniversaire et à moult écrits de Français regardant toujours l’Algérie comme un pays encore soumis, dénudé de toute dimension historique. Le mythe prend ainsi le dessus sur l’histoire. Cette histoire millénaire d’un peuple régulièrement agressé reste peu connue, sinon folklorisée à l’extrême, donnant ainsi à lire un pays ayant certes acquis son indépendance, mais restant encore orphelin de son histoire et de sa mémoire. L’une et l’autre se regardent impuissantes et peu loquace pour s’y reconnaître. L’Histoire du mouvement national et de la révolution de Novembre pour lesquels des générations entières se sont sacrifiées reste marquée du sceau de l’étrangeté et de l’ignorance pour une grande partie de notre jeunesse. Cette méconnaissance est tellement épaisse qu’on observe depuis quelque temps des pratiques inconcevables d’atteinte à notre Histoire. Ainsi, des héros nationaux de l’une des plus grandes révolutions de l’Histoire universelle contemporaine ne sont évoqués que dans leur douar d’origine, à l’occasion de l’anniversaire de leur mort. Cette situation concerne également des figures emblématiques de l’Histoire nationale tels l’émir Abdelkader, Ibn Badis, Cheikh El Hadad et bien d’autres illustres noms, souvent convoqués pour servir de faire-valoir à des discours de circonstance. Sous d’autres cieux et en d’autres pays respectueux et fiers de leurs mémoires, «de vulgaires criminels », de notre point de vue, font partie intégrante de la grande Histoire de leur peuple car il est vrai qu’il n’y a que la foule qui n’a pas de leader. Durant les années 1980, souvenons- nous, la classe politique française, presque tous courants confondus, intellectuels de gauche comme de droite, historiens, écrivains, artistes, journalistes, c’est-à-dire ceux et celles qui réfléchissent, s’étaient mobilisés dans un débat public contradictoire, opposant tout simplement la vérité au mensonge à certains de leurs concitoyens qui suspectaient et reprochaient à feu François Mitterrand, président de la République à l’époque, d’avoir été travailleur volontaire en Allemagne nazie. Chez nous en Algérie, d’éminents spécialistes, professeurs de grandes universités françaises, docteurs et agrégés d’histoire du Maghreb, dont les écrits sont des références bibliographiques en la matière pour les étudiants, se permettent avec une aisance déconcertante de falsifier notre Histoire et de semer le trouble et le doute au sujet de certains acteurs de la révolution encore vivants, Dieu merci. L’exemple le plus frappant de cette contre-vérité historique, a été révélé dans l’entretien accordé par l’ancien président de la République, Chadli Bendjedid, à l’hebdomadaire arabophone El Mohaqeq, dans son édition du 19 mars 2006. Remettant en cause ainsi une certaine lecture de l’Histoire contemporaine, en effet, M. Chadli Bendjedid a, dans l’entretien accordé au journaliste Hanachi Habet, démenti catégoriquement avoir appartenu avant la révolution de Novembre 54 à l’armée française ni en tant que mobilisé dans le cadre du service militaire obligatoire, ni comme engagé volontaire comme rapporté dans plusieurs ouvrages de référence édités en France et réédités en Algérie. La vérité historique avait ainsi pris la clé des champs, la question qui se pose est comment des écrits d’universitaires spécialistes de la question algérienne et d’auteurs renommés tels le professeur agrégé Gilbert Meynier, auteur de L’Histoire intérieur du FLN(page 150), édité initialement chez Fayard et réédité en Algérie par les Editions Casbah ; l’historien universitaire spécialiste de l’Algérie Benjamin Stora, auteur de Algérie histoire contemporaine 1830- 1988 (pages 296 et 323 paru également aux Editions Casbah Algérie) ; Achour Cheurfi, journaliste à El Moudjahid et auteur du dictionnaire de la classe politique algérienne de 1900 à nos jours (page 76) édité par les Editions Casbah ; Mohamed Harbi, professeur d’université, historien et, comble de l’histoire, acteur privilégié de la Révolution auteur d’ Une vie debout (page 150), paru aux Editions Casbah, ont pu reproduire une contrevérité historique ne prenant pas la peine de vérifier l’information ni la soumettre à l’indispensable questionnement en soutenant, trop confortablement et paresseusement, que «Chadli Bendjedid a fait partie de l’armée française et qu’il n’a rejoint la révolution qu’après sa démobilisation». Comment d’éminents historiens d’envergure universitaire internationale, connus et reconnus dont la renommée n’est plus à faire, se sont donnés le droit de distiller par écrit et pour l’éternité (ne dit-on pas que les paroles s’envolent et les écrits restent) de fausses informations sur le passé d’un homme et de quel homme s’agi-til, un homme qui a gouverné un pays, l’Algérie pendant plus de treize années ? La déontologie, l’intégrité et l’honnêteté intellectuelle ne recommandent- elles pas à ces historiens, à ces chercheurs spécialistes de vérifier avant d’informer ? Il était pourtant aisé et facile pour ces chercheurs de l’autre rive d’accéder aux archives françaises, alors pourquoi ? Pourquoi cette falsification ? Cette information si elle était venue de la plèbe adepte de la politique vulgaire de la rue dans des discussions autour d’un café aurait été compréhensible, ne dit-on pas que science sans conscience n’est que ruine de l’âme ? Ces spécialistes, ces historiens ont-ils conscience des dégâts occasionnés à notre mémoire ? L’autre question qu’on est en droit de poser, pourquoi nos historiques, nos historiens, nos chercheurs, nos intellectuels, nos moudjahidine, nos associations, nos journalistes, espaces éclaireurs de la société, n’ont pas réagi à ce mensonge ? Pourtant, l’histoire de Chadli Bendjedid, c’est aussi notre histoire, que l’on soit d’accord ou pas avec sa politique, il a, pendant treize années, incarné la souveraineté nationale. Il y a dans tout cela et ce qui se passe actuellement au niveau des plateaux de télévision français relatif à notre Histoire une impression amère et douloureuse de viol, le viol de notre conscience et de notre mémoire collective par des intrus, il y va de la crédibilité de notre mémoire et de l’Histoire qu’on léguera aux générations futures.
Bachir Chebli d’Annaba

Ancien étudiant de l’université Paris VIII


Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/04/16/article.php?sid=132918&cid=49

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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