RSS

Kaddour Riad. Ecrivain : le titre de mon livre, en Algérie, posait problème…

21 avril 2012

Auteurs Algériens

le 20.04.12 | 10h00

Il parle vite, s’emporte facilement, mais cette colère est à l’image de son caractère : indéfectible ! Putain d’indépendance*, son premier roman, sonne comme une claque, et jette en pleine face des maux algériens. Kaddour Riad, un homme de parole !

-Putain d’indépendance sera publié en Algérie ?

Non. J’en avais parlé avec mon éditeur, et déjà le titre posait problème… Même s’il faut comprendre le terme «putain» comme quelque chose qui n’est pas une fatalité. On peut dire d’un beau paysage : «Putain, quel soleil !» J’aurais souhaité que ce livre soit édité en Algérie, mais cela ne s’est pas fait. J’avais essayé, par le biais d’un ami, de contacter des personnes, mais rien ne s’est produit. Tant pis !

-Depuis combien de temps accompagnez-vous ce projet ?

Dix ans ! J’ai beaucoup retravaillé le texte et puis un jour, j’en ai eu assez et je me suis lancé. Beaucoup d’éditeurs français refusèrent le manuscrit, mais je sentais déjà, dans leurs réponses, que ce livre prédisposait à quelque chose d’indéfinissable. Puis par hasard, le livre est tombé chez une petite société d’édition à Lille, et la suite vous la connaissez.

-Comment peut-on accoucher de Putain d’indépendance ?

C’est un cri de colère. J’en ai marre de voir ce pays sombrer dans ce marasme. Je voulais parler aussi de mes parents, de mon père, surtout, qui avait souffert de n’avoir pu poursuivre ses études. Le fait qu’il avait été brimé par cette colonisation, que nous en avions aussi souffert. Dans ce bouquin, pratiquement tout est vrai. J’ai enjolivé certains aspects, mais le récit est réel.
Une phrase extraite de Putain d’indépendance donne, selon moi, le ton du livre : «Si la colonisation revenait, je lui dirais ce que m’a fait l’indépendance !»Il ne faut surtout pas se voiler la face, mais beaucoup d’Algériens le pensent. En fait, c’est un célèbre chanteur de chaâbi qui avait dit cela. Personnellement, ça m’avait choqué, surtout que l’artiste en question militait pour le FLN, avait fait de la prison, s’était fait torturer. C’est pour dire que l’Algérie d’aujourd’hui l’avait bousillé ! Personnellement, ça me fait mal au cœur chaque fois que je remets les pieds dans ce pays. Tout est corruptible, les rues sont sales, je suis écœuré ! Alger était une belle ville et c’est devenu un village de misère.

-L’écriture de ce projet fut douloureuse ?

Oh que oui, même aventureuse ! Au début, je suis allé dans tous les sens, j’ai beaucoup retravaillé, j’écrivais un discours politique, et puis un jour je l’ai mis de côté. Je suis revenu timidement en y insérant plus d’humour et ça a donné ce que vous avez lu. Les retours, pour l’instant, sont bons. Quand j’écrivais, je pensais fortement à ma ville natale, Cherchell. Je ne comprenais pas pour quelles raisons, après l’indépendance, il y avait des endroits où j’avais l’habitude de me balader durant la colonisation, qui furent réquisitionnés par l’Etat. Le port, par exemple, est devenu un espace militarisé. Ils ont installé un barrage, des sentinelles… Tout cela m’a choqué ! Il y a même des lieux où l’on ne peut plus marcher sur les trottoirs, tout est inexistant. Pourquoi s’installer sur un port de pêche ? Voilà le genre d’image qui m’habitait… Avec Putain d’indépendance, je voulais un style qui soit à la portée de tous. Je voulais aussi que mon écriture soit ancrée dans une oralité conséquente. J’ai travaillé à la radio et pour moi, il était inconcevable de ne pas convoquer ce procédé. C’est une écriture radio, en somme !

-Est-ce que l’indépendance a été confisquée ?

Pire que ça, il n’y en a pas eu. Regardez la définition du terme et vous verrez qu’il y a un souci. Nous avons un passeport, une carte d’identité et nous sommes aux Nations unies… et alors ? Le peuple ne s’est pas sacrifié uniquement pour ça. Nous avons souffert quotidiennement, les gens ont tendance à l’oublier. Parfois, on subissait le FLN et les représailles du FLN. Sans le peuple, il n’y avait rien et il n’y aura jamais rien. Jusqu’à présent, nous n’avons pas de radio ni de télés privées. On est passés du colonialisme à la dictature. Trouvez-vous ça normal que je découvre des choses sur mon pays en étant en France ? Je lisais énormément et j’ai appris des aspects de l’histoire de mon pays en terre étrangère. Aujourd’hui, les Algériens n’ont qu’une seule chose : la mosquée ! Où sont les productions littéraires, cinématographiques, artistiques… Où ? Un livre comme Le Journal de Mouloud Feraoun devrait être connu par tous les Algériens ! On y apprend ce que fut la guerre au quotidien et que le FLN n’était pas un parti sain ! Si par exemple, un Algérien souhaite se convertir au judaïsme, qu’il le fasse, s’il veut devenir chrétien, qu’il le fasse, nous sommes une république démocratique ! L’identité en Algérie n’est pas complexe, il faut juste donner aux Algériens le moyen de se réapproprier leur histoire.

*Ed. La Contre allée, www.lacontreallee.com

Bio express :

 

Kaddour Riad est né le 3 mars 1952 à Cherchell. Après des études universitaires à Alger en sciences politiques et lettres françaises inachevées, il devient enseignant, puis assistant de recherches au musée archéologique de Cherchell. Il travaille ensuite à la radio Alger Chaîne III comme programmateur puis réalisateur pendant dix ans. Il y réalisera et coproduira une émission très populaire, Sans-pitié, au lendemain des émeutes du 5 octobre 1988. Il est exilé en France depuis 1991.

 

Samir Ardjoum

© El Watan

,

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

Voir tous les articles de Artisan de l'ombre

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Les livres de K79 |
liremapassion |
Le phaéton véloce |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Des histoires plein la tête.
| Oaristys
| jonathanjoyeux