Chronique du jour : ICI MIEUX QUE LA-BAS
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On ne sait pas encore ce qui, ce soir, surgira des urnes françaises. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que jusqu’à ce jour, le président sortant, Nicolas Sarkozy, n’a pas réussi son tour de passe-passe qu’il prenait pour de la prestidigitation.
Les élections réservent par nature des surprises. Si Sarkozy l’emportait, ce qui semble fort incertain à l’heure où s’écrivent ces lignes, cela aura été pour le moins laborieux. Rien ne semble donc véritablement joué. Les stratèges optimistes de la droite n’excluent pas une campagne décisive pour le second tour qui profiterait à Sarkozy, dans le cas de figure où il serait ex-æquo avec François Hollande. Sarkozy lui-même y croit en prévision d’un duel contre le seul Hollande. Jouant les victimes, il résume la campagne du premier tour comme une scène où 9 adversaires concentrent leurs tirs sur sa personne. S’il est battu, que ce soit au premier ou au second tour le 6 mai prochain, il faudra lui reconnaître une hargne à s’accrocher qui, vu son bilan, ne peut s’expliquer que par la soif de pouvoir, plus que par le devoir de se mettre au service de son peuple. Cette analyse est partagée tant par une majorité de la classe politique française que par l’électorat. Quoi de plus naturel, dès lors, que d’assister au bal des repentis qui, il n’y a pas de hasard, concerne des personnalités politiques sans troupe et sans éclat. Exemples : Azouz Begag et Fadela Amara qui, dans leur courte carrière, ont déjà zigzagué du PS à l’UMP, en passant par le centre avant de revenir quelques jours avant le premier tour, sans honte ni dignité, vers un Hollande présumé triomphant. Il y a comme un pincement au cœur de les savoir d’origine algérienne. C’est une loi en politique que la perfidie des débauchages chez l’adversaire finit par se retourner contre celui qui l’utilise. Nicolas Sarkozy tout-puissant en avait oublié la teneur lorsqu’il avait voulu déstabiliser les rangs socialistes en appâtant certains d’entre eux au nom d’une ouverture fallacieuse. Tous les observateurs, journalistes, analystes français ou étrangers reconnaissent que la campagne électorale a été particulièrement âpre, et qu’elle s’est jouée pour l’essentiel hors terrain, derrière la ligne de touche. La dureté de la crise structurelle du capitalisme conjuguée à la politique ultralibérale et brouillonne menée par Nicolas Sarkozy au cours de son premier mandat, a fragilisé la France sur le plan économique et social, ainsi que son rang dans le monde. Cette situation a entraîné une campagne exceptionnellement glissante dans laquelle les coups bas, les formules assassines, les attaques ad hominem ont prédominé sur les arguments et les questions de fond. L’amovibilité des stratégies, notamment celle du président sortant, a plongé la campagne dans un festival de superficialités qui a vu, entre autres phénomènes, celui de l’agitation autour de la viande hallal censée être la principale préoccupation des Français. Ce débat surréaliste a été raillé par la presse internationale, et en particulier par la presse anglo-saxonne, bible du courant sarkozyste. Pour échapper à un bilan très peu reluisant, Nicolas Sarkozy aura souvent botté en touche, procédant à ce en quoi il semble être passé maître, la diversion agressive. Il en a fait montre à l’envi dans nombre de débats télévisés dans lesquels il a pris à partie ses contradicteurs, journalistes ou adversaires politiques, en les attaquant personnellement. Cette stratégie de la diversion vise à éluder les questions embarrassantes. Mais cette fois, les gris-gris sont demeurés inefficaces de même que les procès en sorcellerie qui devaient lui rallier des suffrages en dressant des groupes de la société française les uns contre les autres. Crises, morcellement, dévaluation de la confiance, c’est sur ce champ de bataille que s’est menée la campagne électorale. Autant dire que la mer était grosse d’une tempête à répétition. D’ailleurs la métaphore maritime a été largement utilisée lors de ce qui ressemble à une bataille navale. Touché ! Coulé ! L’une des formules les plus saillantes de cette campagne aura été le qualificatif de «capitaine de pédalo» attribué au candidat socialiste François Hollande par le leader du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon. Autre formule, celle consacrée par Nathalie Arthaud, la candidate de Lutte ouvrière, pour désigner Nicolas Sarkozy, «Capitaine du Costa Concordia», qualificatif faisant allusion au naufrage du paquebot de la compagnie Costa. En outre, on a pu remarquer que le succès inattendu du candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, vient de la radicalité de ses positions de rupture avec le système capitaliste. L’ampleur de ses meetings montre que les arguments de rupture trouvent un écho dans les classes populaires et ouvrières orphelines d’un grand mouvement de masse de gauche. Tandis que les candidats de droite et celui du Parti socialiste promettent au mieux de tempérer un peu les appétits capitalistes déchaînés, Mélenchon, lui, n’hésite pas à avancer comme condition d’émancipation des couches les plus vulnérables de la société, un affrontement avec les forces de la finance, une vraie révolution mais citoyenne. Le changement doit venir des urnes. Mais l’inspiration est évidente, ce sont les traditions révolutionnaires françaises, celles de 1789 jusqu’aux conquêtes du Front populaire, en passant par la Commune de Paris. Ces références sont également utilisées par ses adversaires dans le but, cette fois, d’effrayer l’électorat en agitant les spectres de la violence, tribut des révolutions. Ce à quoi le tribun du Front de gauche répond avec l’une des ces formules cinglantes qui sont sa marque de fabrique : «Je vous fais peur comme la lumière fait peur aux vampires.»
Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/04/22/article.php?sid=133210&cid=8













22 avril 2012
Arezki Metref