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PRINTEMPS BERBERE Un demi-siècle de lutte

24 avril 2012

Contribution

Voxpopuli : 

L’espoir apparaît de l’autre côté, chez ces Amazighs de l’Afrique du Nord qui revendiquent leur amazighité et le droit à l’existence… 
Le peuple algérien, nord-africain en général, a subi des invasions successives par les différentes vagues de colonisateurs qui sont passés par cette chère patrie au cours des siècles. Les Amazighs ont subi des blessures profondes provoquées par toutes ces conquêtes, qui se sont succédé l’une après l’autre et qui ont rendu l’Amazigh marginal dans sa terre ancestrale. 1962, l’indépendance est proclamée, l’Algérie de Massinissa, de Dihia, de Abane et de Ben M’hidi, qui croyait à la fin des ténèbres et des longs siècles d’obscurité durant lesquels les lumières s’étaient éteintes sur son sol et qui croyait aussi à un avenir lumineux pour les futures générations qui vont vivre l’unité dans leurs diversité et bénéficier du progrès et de la justice. Mais, les prédateurs sont là, ils guettent le trône, la liberté promise et tellement recherchée par le peuple est confisquée. 1963, la Kabylie, région historique, connue pour sa résistance féroce au colonialisme français, se révolte contre l’injustice de Ben Bella. Aït Ahmed, figure emblématique de la révolution nationale, devient le meneur de cette grande insurrection qui a entraîné la mort de 500 Kabyles. C’est le début d’une opposition qui se constituera au cours des générations et qui remettra en cause le système en place. Les années 70 où l’époque de la terreur sous la dictature du «Franco» algérien atteint son apogée : dans ce climat tendu, une élite politique et intellectuelle particulièrement kabyle émerge. Des voix féeriques à l’image de Ferhat Imazighen Imoula, Aït Menguellet, Ideflaouen et Matoub Lounes exhortent le peuple à revoir ses racines, ses valeurs authentiques, son identité et prendre conscience de la nécessité de se libérer de ses séquestreurs en l’occurrence du régime en place. La chanson n’était pas le seul moyen de lutte, le théâtre aussi était présent avec l’éternel Kateb Yacine et Mohya qui voulaient inscrire l’Algérie et l’Algérien dans l’universalité tout en restant authentique pour ne pas s’aliéner. Des travaux de recherches commencent à voir le jour sur la langue berbère, Mouloud Mammeri, auteur d’un livre de référence sur la grammaire amazighe et l’Académie berbère qui apparaît en France par la volonté de certains animateurs du Mouvement culturel berbère, à l’image de Bessaoud Mohand Aarab. Devant un système paranoïaque qui ne jure que par lui-même et par ses idées et convictions idéologiques et face à un pouvoir qui s’est drapé d’une certaine légitimité révolutionnaire et un régime économique soi-disant socialiste par lequel on a leurré le peuple, une partie des enfants de ce peuple s’insurge et jure de ne jamais capituler devant l’ordre établi. Une autre génération qui apporte des nouvelles conceptions qui remettent en cause toutes les pensées du système, jugées désuètes et incompatibles avec la réalité sociale, politique et culturelle du pays. C’est le 20 Avril 1980, après l’interdiction de la conférence de Mouloud Mammeri sur les poèmes kabyles anciens prévue à l’Université de Tizi-Ouzou, le peuple se révolte. Le pouvoir est en furie, des forfaits ont été commis, des filles violées dans des résidences universitaires, la nuit du 20 Avril, des animateurs de cette révolte ont été interpellés et emprisonnés, la Kabylie est désormais classée zone rouge. La génération de 80 a frayé la voie à d’autres générations de militants et c’est grâce à elle que des tabous sont cassés, la peur recule, le débat sur l’identité et la démocratie s’ouvre. La Kabylie va servir comme une locomotive qui guidera la machine militante en Algérie, naissance de mouvements et de groupes de militants qui vont prendre en charge des revendications diverses, identitaires, justice sociale, égalité entre les sexes, etc. Après les évènements d’Octobre 1988, le pouvoir commence à s’étioler devant la volonté du peuple qui voulait un changement. Dans cette conjoncture, le pouvoir engage une série de réformes qui consacrent le multipartisme, un regain d’espoir pour un pays soumis au régime du parti unique depuis 1962. Entre la peste islamiste qui mobilise des foules désespérées et le choléra d’une junte militaire qui s’est cramponnée au pouvoir d’une manière obstinée, la démocratie est étouffée. Le FFS et le RCD, censés faire une alliance démocratique, sont malheureusement divisés et récupérés soit par les islamistes soit par les militaires. Le MCB, qui portait haut et fort la revendication culturelle berbère, est scindé en deux partis. Hélas, le combat de toute une génération est parti en fumée. L’Algérie sombre dans une guerre civile qui fait 200 000 morts, des disparus et des intellectuels qui seront des boucs émissaires, le rêve démocratique s’éclipse dans les cieux de l’Algérie. Face à cette calamité, une élite préfère rester, résister et combattre sur deux fronts. Matoub Lounes est l’exemple de toute cette frange. Il était la voix du peuple, l’expression d’un malaise social et d’une quête identitaire. La chanteur rebelle paye cher son engagement, il fut assassiné le 25 juin 1998 à Tizi-Ouzou. Trois ans plus tard, un autre printemps en Kabylie, mais cette fois-ci il est noir, un printemps qui laisse des tumeurs difficile à guérir. Des centaines de jeunes assassinés, sans aucune réaction nationale ou internationale. Les Archs, qui ont mené cette révolte et qui ont été les représentants du peuple, ont échoué dans leur mission, faute de maturité politique pour certains et de connivence pour d’autres. Le Printemps noir de 2001 et contrairement au Printemps berbère de 1980 a laissé plus de négatif que de positif.
- Un désespoir qui s’enracine de plus en plus dans la société.
- La politique et le politique ont perdu leur place chez les citoyens, aucun discours n’est écouté et aucune personne n’est intègre pour les gens.
- Apparition du banditisme, de la délinquance et du sectarisme religieux qui prend de l’ampleur entre intégristes islamistes et les nouvelles vagues de chrétiens kabyles.
Face à cette situation désespérante, l’espoir apparaît de l’autre côté, chez ces Amazighs de l’Afrique du Nord qui revendiquent leur amazighité et le droit à l’existence. La Kabylie, qui a échoué dans son terrain, récolte les fruits de ses sacrifices dans d’autres régions berbérophones, au Maroc, en Libye et en Azawad. Certes, la Kabylie vit l’impasse, mais l’espoir nous est permis et comme dit l’adage allemand «ce qu’on ne peut pas atteindre en volant, il faut l’atteindre en boitant».
Amar Benhamouche, étudiant en psychologie clinique, Université de Béjaïa.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/04/24/article.php?sid=133277&cid=49


À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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