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La nouvelle de Adila Katia – La cousine

26 avril 2012

Adila Katia, EXTRAITS

 

Par : Adila KATIALa nouvelle de Adila Katia  - La cousine  dans Adila Katia 266_200_150

Masilva hausse les sourcils tout en penchant sa jolie tête blonde sur le côté. Elle regarde sa cousine Warda. Celle-ci lui parlait de son travail d’experte-comptable.
- Je me demande pourquoi tu ramènes toujours du travail à finir à la maison, comme si les huit heures que tu y consacres durant la journée ne suffisent pas pour te fatiguer ?
Masilva fit la moue et ne répondit rien. Elle ne pouvait pas donner d’explications.
Elle ne voulait pas lui dire que si elle se donnait à fond ainsi, c’était pour oublier une partie de son passé.
- Tu n’as pas pris de vacances depuis deux années au moins, poursuivait Warda. Si tu m’écoutais, tu partirais te reposer à la campagne, chez nos oncles ! Cela te changerait… Tu n’aurais plus cette mine de condamnée innocente ! Vraiment Masilva, tu as besoin de t’éloigner de l’atmosphère d’Alger. Tu n’as pas l’impression d’étouffer parfois ?
- Si, avoue Masilva en pâlissant légèrement. Mais je ne peux pas bouger d’ici !
- Qu’est-ce qui te retient ? l’interroge la cousine, curieuse.
Jamais elles n’avaient eu de vraies conversations, faites de confidences et autres.
- Ne me dis pas que tu as un ami ? Car tu n’es jamais sortie avec quelqu’un à ma connaissance.
- Avant, murmura Masilva, en détournant ses yeux dorés de ceux de Warda, d’un marron chocolat. C’était avant que je vienne m’installer ici… Tes parents ont été très gentils de m’avoir accueillie ici ! Je leur serai reconnaissante toute ma vie ! Ils m’ont sauvée…
- C’était leur devoir, dit la cousine en haussant une épaule.
- Oui, mais de me garder aussi longtemps, remarque Masilva. Deux années déjà…
La jeune femme regarde autour d’elle, cette chambre meublée, avec un bureau rien que pour elle.
- J’ai l’impression d’être avec ma famille, murmura-t-elle, émue.
- Mais tu es avec ta famille, rectifie Warda.
- Je sais, dit Masilva en secouant la tête. Ils sont aussi gentils et aussi soucieux que les miens… Mes parents me manquent beaucoup !
- C’est normal. Mais ce qui compte, c’est que tu es en sécurité, n’est-ce pas ? Tu as de leurs nouvelles ?
Masilva pose les yeux sur le téléphone portable qu’elle avait récemment acheté. Elle les appelait régulièrement. Elle savait qu’ils allaient bien.
- Ton ami habite Alger ?
- Non, il vit à l’étranger, mais quand il est de passage au bled, nous nous voyons !
- C’est celui qui t’appelle la nuit ? insiste Warda, sachant qu’une pareille occasion ne se présenterait pas avant longtemps.
Masilva eut l’ébauche d’un sourire. Un court instant, Warda crut voir briller des larmes dans ses yeux.
- Oui, c’est bien lui. Il m’appelle aussi à mon travail quand il le peut. Son métier de journaliste n’est pas de repos !
- Il est journaliste ! s’écrie Warda. Tu en as de la chance ! Comme j’aurais aimé en connaître un !
Ces yeux brillaient d’envie, et cela n’échappa pas à Masilva. Elle comprenait sa cousine qui avait atteint la trentaine sans avoir eu de petit ami. Pas un prétendant à l’horizon. Pourtant, c’est une belle brune. Très charmante… Mais Masilva était un peu gênée quand elle sortait avec elle, car elle était le point de mire des regards d’hommes et de femmes. Au point où bien des fois sa cousine la boudait.
Elle ne lui pardonnait pas d’être plus belle qu’elle, d’être devenue au fil du temps la préférée à la maison. Ses parents la considéraient comme unique. Masilva avait beau essayer de s’effacer pour que sa cousine ne soit pas jalouse d’elle, rien ne pouvait changer la situation. à sa grande déception…
- Lui aussi est originaire de Jijel ? voulut savoir Warda. Où l’as-tu rencontré ? Ici ?
- Il est originaire de Jijel, dit Masilva. Mais c’est ici que nous nous sommes connus. Du temps où j’étais à l’université…
- Ah… Et vous vous aimez beaucoup ?
- Oui.
Masilva se tut, s’accoudant au bureau. Elle ferma les yeux, tentant de cacher les larmes qu’elle sentait monter.
Elle ne voulait pas pleurer devant elle. Parler ainsi de celui qui habitait son cœur soulevait d’autres questions en elle. Et ce qu’elle aurait voulu, c’était de ne pas se les poser. Sa situation, contrairement à ce que croyait sa cousine, était loin d’être enviable.
Aimer quelqu’un le temps de quelques minutes, de peur d’être vus et d’être surpris par ceux qui le traquaient depuis des années.


À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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8 Réponses à “La nouvelle de Adila Katia – La cousine”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Djamel habitait Bab El-Oued avant son départ pour la Belgique. Il avait failli payer de sa vie ses services rendus à la télévision. Au début, il passait les nuits chez des amis ou à l’hôtel. Au bout de quelques mois, à ne plus avoir de vie, de famille, d’intimité, il avait décidé de partir. Il avait eu la chance de trouver un poste dans l’audiovisuel, chez un privé. Il collaborait dans un hebdomadaire culturel. Il était revenu deux fois depuis. Il ne tardait pas, juste une semaine ou deux. La seule personne qu’il voyait était Masilva. Pour voir sa famille et ses amis, il aurait fallu qu’il les mette au courant de sa venue au pays. S’il venait, c’était pour elle. Ils s’aiment tellement. Mais qui sait comment leur histoire d’amour se terminerait ? Elle ne pouvait pas le rejoindre en Belgique. Du moins, pour l’instant… Sa cousine Warda continuait à la presser de partir en vacances.
    - Tu devrais suivre mon conseil, insista-t-elle. C’est uniquement pour ton bien que je te propose d’aller à la campagne. Cela te changera de la monotonie d’Alger !
    - C’est vrai que je suis à bout, reconnut Masilva. Et j’ignore si des vacances peuvent changer quoi que ce soit… En tout cas, merci de t’inquiéter pour moi !
    - Il le faut bien, murmura Warda. Depuis que tu es arrivée ici, tu te négliges… Tu travailles comme une acharnée pour aider ta famille et pour oublier ton ami ! Tu ne devrais pas… Papa et maman sont de mon avis !
    - Ah !
    - S’ils ne t’ont rien dit, c’est pour que tu ne te fasses pas d’idées, poursuivit la cousine. Ils craignaient que tu ne le prennes mal… Ils ne veulent pas que tu crois qu’on t’invite à partir, pour de bon !
    - Un jour ou l’autre, ça arrivera ! dit Masilva. Dans un mois, dans un an… Enfin, je reconnais que je suis une invitée qui s’est mise à l’aise !
    Warda ne répondit rien. Elle ne lâcha pas son idée de vacances.
    - Ce sera juste pour quelques jours !
    - Oui. C’est tentant !
    - Tu pourras prendre la voiture… Pas celle de papa mais la mienne, puisque je ne m’en sers pas ! C’est plus pratique pour se rendre à la campagne. Ainsi tu pourras revenir quand tu veux !
    Masilva venait d’écarquiller les yeux, n’en revenant pas devant sa gentillesse. Elle l’avait toujours connue égoïste et jalouse. Pourquoi ce revirement ?
    - Si papa est d’accord, je t’accompagnerai ! ajouta Warda, l’empêchant de se poser d’autres questions sur son comportement. C’est d’accord pour les vacances ?
    - Oui. Je vais déposer ma demande dès demain, répond Masilva en hochant la tête.
    Sans y réfléchir, elle venait d’accepter. Elle ne comprit pas pourquoi elle eut un pincement au cœur. Comme si elle venait de faire une erreur…
    Le lendemain, elle put obtenir sans aucune difficulté un congé de deux semaines. Elle aurait pu avoir tout un mois mais elle projetait de se rendre en Tunisie l’été prochain. Sa cousine décida de l’accompagner.
    Masilva prépara un petit sac de voyage et profita de la fin de la journée pour sortir acheter des cadeaux. Même Warda en avait préparé pour ses parents.
    - C’est trop de ta part, lui dit-elle.
    - Non, c’est avec plaisir, répliqua Warda. J’ai hâte d’être là-bas… Ils me manquent…
    Le fait de partir uniquement avec sa cousine donnait un goût d’aventure à leurs vacances à la campagne.
    Seulement au petit matin, son père se trouva mal. Il lui demanda de rester.
    - Maman prendra soin de toi, lui dit-elle, refusant de renoncer à son voyage.
    Mais son père avait secoué la tête.
    - Tu resteras parce que j’ai besoin de toi, à la boutique… Quelqu’un doit garder un œil sur les employés, dit-il. Tu es la seule en qui je peux faire confiance !
    - C’est la première fois que tu vas me confier cette tâche, remarqua-t-elle.
    - Il est temps que tu deviennes responsable, répliqua son père. Tu es mon unique enfant et je pense que tu es capable de gérer la boutique en mon absence ! Je ne suis pas éternel…
    - Tu m’en demandes trop, lui dit-elle doucement.
    Elle avait préféré abandonner les études parce que les mathématiques lui avaient toujours posé de graves problèmes.
    - Tu devrais confier cette tâche à quelqu’un d’autre ! Je ne crois pas être à la hauteur !
    - Je sais que tu peux l’être, rétorqua son père, lui donnant plus d’assurance. Avec le temps, tu comprendras tout…
    - J’essayerai de ne pas te décevoir, lui promit-elle, le cœur serré, devinant que son père était certain qu’elle ne se marierait jamais et qu’il lui fallait un travail pour l’occuper et lui assurer une entrée d’argent.
    Certes, il pourrait le demander à Masilva de le faire, mais il connaissait la jalousie légendaire de sa fille, et c’était pour qu’elle comprenne qu’elle pouvait être indépendante et assurer l’avenir de son commerce lorsqu’il voudra se retirer.

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Masilva était là lorsque son oncle avait proposé à sa fille d’être plus alerte. Quand elles se retrouvèrent seules, à la cuisine, elle en profita pour l’encourager.
    - Ce n’est pas aussi difficile que tu le crois… En restant à ses côtés, à l’observer, en le consultant, tu prendras la relève avec sa même méthode de travail.
    - Je le ferais puisqu’il me l’a demandé, réplique Warda. Je ne m’ennuierais plus… Cela va me changer et même donner un nouveau cours à ma vie !
    - Oui, reconnaît Masilva. Et tu te feras de nouveaux amis !
    - Au lieu de parler esthétique et coiffure, nous parlerons affaires et argent comptant !
    La sonnerie de son portable les interrompt. Masilva s’empressa de répondre. Ce n’était pas son ami Djamel mais une amie. Pour être à l’aise, elle se rendit à sa chambre. Mais Warda la suivit. Elle resta à écouter leur conversation. Il n’y avait rien de personnel. Son amie avait besoin de conseils dans le cadre du travail.
    Quand elle eut raccroché, sa cousine lui demanda :
    - Comment feras-tu lorsque tu seras en vacances ? Tu ne peux pas prendre ton téléphone… Les appels risquent de te gêner. Tes parents et tes oncles vont se poser des questions ! Et si tu l’éteins, tes amies et ton petit ami risquent de s’inquiéter !
    - Ils pourront se passer de mes nouvelles, le temps des vacances !
    - Si tu es d’accord, tu n’as qu’à laisser ton portable et je répondrais pour toi, proposa Warda. Comme ça, ils ne s’inquièteront pas et, à ton retour, je te mettrais au courant des appels.
    Masilva qui avait déjà été confrontée à ce problème, réfléchit à la proposition. Lors de sa dernière visite, chez sa famille, elle s’était rendu compte qu’il n’y avait pas de réseau dans leur région. Elle avait raté de nombreux appels.
    Elle décida d’accepter. Sa cousine faisait des efforts pour lui être agréable et être son amie. Pourquoi refuser ? Sa vie serait plus facile à vivre, avec son amitié…
    Masilva ne put partir que le surlendemain. Le matin où elle s’apprêtait à partir, il plut beaucoup et, suivant le conseil de son oncle, elle reporta au lendemain son départ. Et elle ne partira que si le temps était clément. Son oncle avait horreur des déplacements quand il pleut ou il neige.
    On était fin novembre et la pluie était au rendez-vous. À la grande joie des agriculteurs ! C’était bon signe. Avec un bon hiver, les récoltes n’en seront que meilleures. Dans la région où elle se rendait, les villageois vivaient de la terre. C’était la période des labours, et Masilva souhaita que la pluie cesse de tomber. Elle pourrait y assister. Elle ne supporterait pas de rester à la maison. Ce ne serait plus des vacances mais un calvaire.
    Ce jour-là, elle resta à la maison à tourner en rond. Impossible de sortir tant qu’il pleuvait. Elle aida sa tante à préparer des gâteaux puis tint compagnie à son oncle. Pour lui faire plaisir, elle lut à voix haute le journal du matin et fit quelques remarques sur certains articles.
    Durant la soirée, elle discuta avec Warda tout en regardant la télévision. Avant de se coucher, elle risqua un œil par la fenêtre et ressentit un vif soulagement en constatant qu’il ne pleuvait plus. Le ciel était dégagé. Elle pouvait même voir des étoiles.
    Elle était heureuse de partir se reposer à la campagne. Elle allait se mettre au lit lorsque son portable vibra. Elle avait supprimé le son, ne tenant pas à réveiller le reste de la maison. Elle manqua de sauter de joie quand elle reconnut la voix de Djamel.
    - Tu vas bien ?
    - Oui… puisque je suis au téléphone avec ma bien-aimée, dit il en riant doucement. Tu dormais ou avais-tu à faire ?
    - Hum… non, murmura-t-elle. Je me prépare à partir en vacances, chez mes parents puis chez des oncles… Et toi, quels sont tes projets ?
    - Je vais certainement venir au bled, dans deux semaines, lui apprend-il. Tu seras de retour d’ici-là ?
    - Oui, le rassura-t-elle. Je rentrerais avant. Ainsi je pourrais t’accueillir à l’aéroport !
    - Je t’appellerais pour confirmer, dit-il. Alors passe de bonnes vacances ! N’oublie pas de rentrer avant mon arrivée !
    - S’il le faut, je rentrerais plus tôt, le rassura-t-elle. Je vais écourter mes vacances…
    - Non, tu as eu une année difficile, profites-en pour te reposer ! Je ne viendrais pas avant quinze jours… je t’embrasse Masilva ! Au fait, comment t’y rendras-tu ?
    - Ma cousine me prête sa voiture pour l’occasion, lui apprit-elle. Je crois que je me suis trompée sur son compte…
    - S’il a fallu deux années pour que tu t’en rendes compte, c’est qu’elle n’était pas facile à approcher, lui dit Djamel. Souhaitons qu’elle s’améliorera toujours…
    Masilva l’interrompit, jugeant qu’il gaspillait son argent à parler de sa cousine.
    - Bonne nuit Djamel !
    - Tu ne me dis plus “je t’aime”, lui fit-il remarquer.
    - Je dois te le répéter à chaque appel ? répliqua-t-elle. Tu sais que je t’aime !
    - Ne t’énerve pas… Bonne nuit !
    Sur ce, il raccrocha. Masilva passa une très mauvaise nuit. Elle eut le sommeil dérangé par de mauvais rêves.
    Elle n’eut de repos qu’au petit matin, et ce fut la raison de son départ tardif.

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    04.Elle était une bonne conductrice et comme c’était un jour de semaine, la circulation était très fluide. Elle arriva au village en début d’après-midi.
    La jeune fille passa de très bonnes vacances auprès de ses parents. Comme prévu, elle rendit visite à ses oncles mais elle ne s’attarda pas. Elle en profita pour sortir. Elle avait été voir ses cousines et le soleil était présent durant les premiers jours de son séjour au village. Jusqu’au dernier jour…
    La veille de son départ, il s’était mis à pleuvoir et la pluie ne voulait pas cesser, même au petit matin. Lorsqu’elle prit le route, elle tenta d’être prudente mais à la sortie du village, la voiture échappa à son contrôle et elle percuta un tracteur venant en sens inverse. Masilva, surprise, ne réalisa pas. Elle n’eut pas le temps d’avoir peur…
    Lorsqu’elle ouvrit les yeux, ce fut sur une lumière aveuglante. Elle les referma aussitôt avec une grimace de douleur.
    - Ce n’est qu’une légère commotion, dit quelqu’un à côté d’elle.
    Pour Masilva, la douleur qu’elle avait lui faisait penser à une fracture du crâne. Elle rouvrit doucement les yeux puis embrassa du regard la pièce. Vu les appareils, les lits vides sur sa droite, elle était à l’hôpital.
    - Depuis quand suis-je ici ? murmura-t-elle à l’homme en blouse blanche qui se pencha vers elle.
    - Ce matin…
    - Est-ce grave ? demande-t-elle, très inquiète. J’ai si mal…
    - Non, la rassure-t-il. Ce n’est qu’une grosse bosse… D’ailleurs votre famille est là !
    - Je veux rester à la maison, dit-elle.
    - Normalement nous devons vous garder en observation, répliqua-t-il. Mais si vous promettez de garder le lit pendant quelques jours… De revenir au moindre vertige, à la moindre nausée, j’accepte de vous laisser sortir !
    - C’est promis docteur !
    Elle ne lui dit pas qu’elle devait rentrer à Alger. Elle devait reprendre le travail le lendemain.
    - Si la migraine persiste, il faudra prendre un médicament, poursuit-il.
    Il lui remet une ordonnance.
    - Il vous faut du repos, insista-t-il.
    Ce ne fut qu’une fois mise en position debout que Masilva comprit pourquoi le médecin insistait tant à ce qu’elle reste alitée.
    Son père et sa mère l’épaulèrent jusqu’à la voiture. Ils l’installèrent à l’arrière. La jeune fille crut plusieurs fois qu’elle allait vomir durant le trajet entre l’hôpital et le village.
    De nouveau dans sa chambre, elle prend les comprimés que lui avait administrés le médecin de garde. Elle s’endormit rapidement sous l’œil inquiet de sa mère.
    Taouès prépara une tisane et à son réveil, quelques heures plus tard, elle l’apporta à sa fille.
    - Bois un peu, lui dit-elle en lui remettant une tasse pleine. Cela te fera du bien…
    Masilva grommela quelque chose d’inaudible en entendant le grondement du ciel. Le mauvais temps allait encore durer. Elle refusa de goûter à la tisane. Elle se redressa doucement et en s’asseyant, elle fut soulagée de constater que l’intense douleur s’était dissipée, laissant place à un vague malaise.
    La porte de la chambre s’ouvrit et son père entra silencieusement, s’imaginant qu’elle était encore endormie.
    - Tu es réveillée ma fille, s’exclama-t-il.
    - Qu’est-ce que j’ai au front ?
    - Une bosse d’une jolie couleur, lui apprit-il. Mais tu peux te considérer comme sauve vu l’état dans lequel se trouve la voiture !
    Masilva devient livide tout en écarquillant les yeux.
    - Décris-moi son état ! le pressa-t-elle.
    - Elle a été emmenée au garage le plus proche. Le capot est tout froissé… Tu devras la réparer avant de rentrer. Sinon ta cousine…
    - Bien sûr ! Mais il faut que je téléphone au travail, dit-elle. Je devrais reprendre aujourd’hui…
    - Ils se douteront bien qu’il y a eu un imprévu, la rassura son père. Tu présenteras un certificat médical…
    Masilva dans un soupir exaspéré ferma les yeux pour qu’ils ne voient pas ses larmes. Elle regrettait d’être venue. Si elle n’avait pas cédé à la pression de sa cousine, elle n’aurait pas été dans cette situation. Elle n’aurait pas fait cet accident. Elle n’aurait pas dû laisser son téléphone portable. Djamel devait appeler et s’impatienter. Il n’était pas prévu cet accident qui lui faisait rater sa reprise au travail et son rendez-vous avec son amoureux…

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  4. Artisans de l'ombre Dit :

    05.Son père les avait mis au courant pour l’accident. Comme elle s’y attendait, ce fut sa tante qui répondit. Elle parut très heureuse de l’entendre.
    - Je peux conclure que tu vas mieux, puisque tu as pu te déplacer, dit-elle.
    - Oui, dans quelques jours, l’hématome que j’ai au front se dissipera. Comment vont mon oncle et Warda ?
    - Ils vont très bien, répondit-elle. Quand rentreras-tu ?
    - Je ne sais pas encore. Es-tu au courant pour la voiture ?
    - Oui.
    - Warda a dû se mettre en colère, ajoute Masilva.
    - C’était un accident. Son père lui en achètera une autre ! L’essentiel est que tu te portes bien !
    - Est-ce que je peux parler à Warda ?
    - Bien sûr, mais attends… Depuis qu’elle reçoit pour toi des coups de fil, elle s’enferme dans sa chambre !
    La jeune fille se sentit rougir, mais elle fit tout pour ne pas perdre son calme. Pourquoi ces frissons qui lui passaient sur le corps à chaque fois que Warda recevait les appels pour elle. Etait-ce de la jalousie ?
    Elle se le demandait. Elle n’aimerait pas partager ses amis ou que ces derniers deviennent ceux de sa cousine. Elle regrettait amèrement d’être partie en vacances. Connaissant le caractère de sa cousine, cette dernière ne se contenterait pas de prendre leurs appels, elle en profiterait pour en savoir plus sur eux.
    Masilva se mordit la lèvre quand sa cousine prit le combiné. Quelque chose dans la voix de Warda l’avertit et l’assura qu’elle ne s’était pas trompée sur son compte.
    - Comment vas-tu Masilva ?
    - Un peu mieux, répond celle-ci. J’ai pu sortir aujourd’hui. Et toi, ça va ?
    - Vraiment bien et je peux te dire que je ne m’ennuie pas, vu que tu reçois des appels chaque jour, lui dit-elle d’une voix mielleuse. Tu en connais des gens !
    - Des relations de travail et d’amitié, répliqua Masilva simplement. Est-ce que Djamel a appelé ?
    - Djamel… ?
    Warda eut un rire de gorge et sa voix prit un autre ton lorsqu’elle répondit :
    - Oui… Le pauvre appelle chaque jour. Comme il a l’air gentil… Il s’inquiétait beaucoup et j’ai tout fait pour le rassurer. Tu sais, nous avons beaucoup discuté…
    La cousine s’était tue comme pour bien apprécier l’effet que ferait cette nouvelle sur Masilva. Celle-ci sentit son cœur se serrer douloureusement.
    - Vous ne devez pas avoir beaucoup de sujets à aborder, lâcha-t-elle.
    - Oh que si, soupira Warda. Tu en as de la chance Masilva… Mais je ne crois pas qu’il soit fait pour toi !
    - Qu’est-ce qui te permets de juger notre relation ? Tu ne le connais pas !
    - Mais si ! s’écria Warda. Maintenant je le connais un peu… En tout cas, il a l’air sympa !
    Masilva eut la vision trouble le temps de quelques secondes. Elle ne put rien dire à Warda. Elle avait deviné. Elle en savait beaucoup plus sur elle maintenant. Sa cousine ne méritait pas sa confiance.
    Elle raccrocha sans dire au revoir et alla régler.
    Ce ne fut qu’une fois dehors qu’elle comprit pourquoi sa vision s’était troublée. Elle pleurait. Elle avait le sentiment d’avoir perdu quelque chose ou quelqu’un. Djamel. Il fallait qu’elle rentre vite…
    Masilva était tellement peinée par le comportement de sa cousine qu’elle ne put rien avaler ce soir-là ni le lendemain. Elle avait mal.
    Sa mère voyait bien ses yeux larmoyants, mais elle ne put tirer d’elle aucune explication.
    La jeune fille s’arrangea pour retourner à Alger avant la fin de la semaine. Elle rentra par le premier car en partance pour la capitale. De la gare routière, elle prit un taxi, ne voulant pas prendre le bus.
    Si son oncle Ali et sa tante se montrèrent surpris mais heureux de la revoir, ce ne fut pas le cas de sa cousine.
    - Hamdoullah, tu t’en es bien sortie ! Le violet te va bien…
    - Oui, je crois.
    Elle regarda Warda et son indifférence lui en dit beaucoup. Sa façon de la regarder et de se tenir loin d’elle. Elle ne tarda pas dans le salon. Pendant qu’elle échangeait des nouvelles du bled avec son oncle et sa tante, Warda alla préparer le déjeuner alors qu’il n’était que dix heures.

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  5. Artisans de l'ombre Dit :

    06.Sa cousine Warda est loin d’aimer faire la cuisine. Suivant le conseil de son oncle, elle alla se reposer dans sa chambre. Elle aurait voulu dormir un peu, étant presque rassurée, maintenant qu’elle était là, de recevoir des appels. Elle allait retrouver sa place parmi les siens. Cela aurait dû apaiser le tumulte de son cœur, mais rien n’y fit. Bien que l’accueil de celle qui était sa deuxième famille fût chaleureux en mettant une parenthèse sur le cas de sa cousine, Masilva ressentait encore le même malaise. Elle sentait qu’elle devait s’attendre à tout. Que Warda lui réservait de mauvaises surprises. Ne tenant plus en place, elle entreprit de ranger ses affaires, chose qu’elle fit en trois minutes. N’ayant plus de vertige, elle essuya le parterre de sa chambre, dépoussiéra les meubles avant de s’occuper de sa propre personne.
    Il faut reconnaître que la bosse violette au front ne l’embellissait pas. Mais elle réussit avec du front de teint à minimiser le contour de la blessure. Puis elle fit tomber quelques mèches sur son front.
    Elle prit le téléphone portable qui n’avait pas sonné une seule fois depuis son arrivée. Pourtant, si ses amis étaient au courant et inquiets, ils auraient dû se manifester.
    Surtout Djamel ! Mais était-il encore au pays ? Ou était-il reparti en Belgique ? L’unique personne qui pourrait répondre à ces questions était sa cousine. Masilva ne pouvait pas patienter une minute de plus. Elle alla la rejoindre à la cuisine. Une nouvelle fois, elle fut surprise par le revirement dans le comportement de sa cousine. Elle cuisinait, ce dont elle avait horreur. à part réchauffer une pizza, elle ne supportait pas de s’attarder devant une cuisinière.
    Warda ne lui dit rien, ne lui proposa même pas de prendre un café. Masilva resta debout, près de la cuisinière, à la regarder s’affairer.
    - Excuse-moi, mais je n’ai trouvé aucune note des appels, devinant que sa cousine ne lui parlerait pas d’elle-même. Tu avais promis de tout noter…
    Warda hausse une épaule et sans même la regarder, répondit presque avec indifférence. Comme si elle s’en contrefichait.
    - Des appels sans importance… d’hommes et de femmes…
    Elle s’était arrêtée le temps de quelques secondes, tout en fermant les yeux. Un léger sourire vint flotter sur ses lèvres et fit soulever le cœur de Masilva qui devina, qui y lit ce qu’elle allait ajouter.
    - Et il y a ce garçon, Djamel, c’est un garçon formidable !
    - Tu ne peux pas le juger au téléphone, lâcha Masilva, torturée par le fait qu’ils se soient parlés. Il ne faut pas se fier aux apparences !
    - Mais il paraît très bien, précisa Warda. Tu ne le sais pas, mais je l’ai vu !
    Pour la première fois depuis son retour, elle la regarda dans les yeux. Elle eut un étrange sourire en voyant le teint livide de Masilva.
    - Ah, soupira celle-ci.
    Elle n’en revenait pas. Sa cousine ne s’était pas contentée de discuter avec Djamel au téléphone. Elle était allée le voir. Voilà pourquoi elle était sûre de son jugement.
    Warda avait relevé la tête comme pour la défier. Ses yeux n’avaient pas perdu l’éclat étrange qui les faisait briller. Le pincement de ses lèvres était plein de mépris. Elle semblait vouloir la rabaisser ;
    - Oui, ajouta-t-elle en la regardant de haut. Nous avons pris un thé, discuté d’un tas de choses… C’était très instructif…
    - Ah, fit une nouvelle fois Masilva, toute étonnée. Tu as pu tenir une conversation avec lui ! Je n’en reviens pas ! Mais comment as-tu fait pour te trouver un prétexte, pour te libérer ?
    - Je sortais à la place de papa… J’en ai profité pour voir Djamel !
    - Comment as-tu fait pour le reconnaître ? s’enquit-elle toujours livide, ressentant subitement une sueur froide lui mouiller le dos.
    - Il m’avait dit qu’il portait un blouson en cuir marron et un cartable…
    Masilva ferma les yeux pour dissimuler la lueur meurtrière qu’elle sentait briller dans son regard. Elle se mordit la lèvre comme pour ne pas crier sa douleur quand elle les imagina dans le salon de thé en train de se regarder, de discuter de tout, de rien. Telle qu’elle connaissait sa cousine, elle s’était certainement empressée de lui attribuer des défauts, des mensonges. Comme pour le lui confirmer, elle ajouta avec un sourire en coin :
    - Nous avons parlé de toi… de tes problèmes…
    - Parce que j’ai des problèmes ? reprenait Masilva, la gorge nouée. Je le découvre…
    Warda se tint en face d’elle, les mains sur les hanches et appuyant chaque mot d’un hochement de tête, elle lui répliqua :
    - Que fais-tu ici alors ? Et ma voiture ?
    - Je suis ici parce que ton père insistait… Il me considère comme sa seconde fille, lui rappelle Masilva.
    - Certainement que tu vas hériter de la moitié de l’appartement et de la villa qu’il n’a pas encore fini de construire, rétorque Warda. Je préfère t’avertir. Tu n’auras rien et à la première occasion, je te jetterai dehors !

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  6. Artisans de l'ombre Dit :

    07.
    -Je ne suis pas surprise. Ton âme charitable est connue de tous, réplique Masilva en tentant d’ignorer les larmes qui lui brûlaient les paupières. Mais le contraire aurait surpris le monde entier !
    - Sois sans crainte, ça n’arrivera pas demain !
    Masilva décida de ne pas s’attarder sur ce sujet.
    - Est-ce que Djamel est parti ?
    - Oui, il ne pouvait pas attendre indéfiniment.
    - Il n’a pas rappelé depuis son départ ? insista-t-elle. A-t-il dit quand il reviendrait ?
    - Il a appelé à plusieurs reprises mais uniquement pour discuter avec moi.
    Masilva se détourna et quitta la cuisine. Elle ne voulait pas que sa cousine voit ses larmes couler sur ses joues. Elle avait conscience que Warda ne la laisserait plus jamais tranquille. Elle devait espérer s’approprier Djamel.
    Elle s’enferma dans sa chambre et pleura un bon coup. Après l’accident, où elle aurait pu y laisser la vie, Masilva se sentait encore bien faible. Elle n’aurait jamais dû croire au revirement de sa cousine, connue pour sa bassesse. Elle n’aurait pas dû lui accorder sa confiance. Elle regrettait de lui avoir laissé son portable. C’était de sa faute.
    Il était fréquent qu’une femme voit son mari la quitter pour sa meilleure amie. Si Djamel la quittait pour une inconnue, elle pourra le supporter, mais pour sa cousine… !
    Perdue dans ses pensées, elle sursauta lorsque le téléphone sonna.
    Masilva ne réagit pas tout de suite. Ce ne fut qu’à la quatrième sonnerie qu’elle décrocha. Le cœur serré, elle espéra de tout son être que ce fusse Djamel. Mais ce n’était qu’une collègue de travail.
    Elle voulait avoir de ses nouvelles. Elle la mit aussi au courant des petits changements au bureau. Masilva lui demanda de prévenir leur responsable qu’elle reprendrait dans deux jours. Elle voulait se donner le temps de se reprendre en mains.
    - Masilva, le déjeuner est prêt ! lui dit sa tante après avoir frappé à la porte.
    - J’arrive !
    Mais elle ne pourra rien avaler. Sa cousine lui souriait, heureuse de l’avoir bien eue.
    - Je dois voir un médecin, dit-elle à son oncle. Je rentrerais dans deux ou trois heures.
    Elle ne pouvait pas rester à la maison. Elle ne supportera pas sa présence une minute de plus. Elle se rendit chez le médecin du quartier. Il lui donna une autre pommade à appliquer.
    Sinon elle était presque guérie. Elle traîne un peu dehors. Elle n’a aucune envie de rentrer, mais comme elle marchait sans but précis, elle décida de rentrer. Warda la rejoignit dans la chambre.
    - Cinq minutes plus tôt, tu aurais parlé à Djamel !
    Masilva, qui se changeait, ne voulait pas lui dire qu’elle avait pris son portable avec elle.
    - Et ensuite ?
    - Il a demandé après toi. Il voulait de tes nouvelles…
    - Il n’a qu’à rappeler… pourquoi appeler sur le fixe ?
    - Je le lui ai donné… au cas où il ne te joindrait pas.
    Mais Djamel ne tenta pas de la joindre. À partir de ce jour-là, Masilva remarque un changement chez sa cousine.
    Dès que le téléphone sonnait, elle s’empressait d’aller répondre. Ou bien de venir écouter la conversation avant de ressortir sans dire un seul mot.
    Masilva reconnaissait qu’elle ne se ménageait pas de son côté. Elle avait tellement de peine qu’elle n’avait pas la force pour dépasser ce malaise. Même son oncle et sa tante, quelque chose avait changé en eux.
    Lorsqu’elle ne travaillait pas, elle restait dans sa chambre ou dans un coin du salon à travailler sans participer aux sujets qu’ils abordaient.
    Warda assistait son père dans son commerce. Elle rentrait en début de soirée et elle s’empressait d’aider sa mère à la cuisine.
    - On dirait que tu te prépares au mariage…
    - Peut-être… émit Warda en se tournant vers sa cousine, en souriant. Ou peut-être qu’on devrait laisser la place à Masilva ? Si elle a un petit ami quelque part, elle doit aussi apprendre !
    - Oui, tu as raison ! Mais qu’est-ce que j’ignore que tu sais déjà ?
    - Oh rien, lâcha Warda. Mais tu peux toujours l’interroger…
    Masilva s’efforça de sourire.
    - Il n’y a rien que tu ne saches pas, dit-elle à sa tante. Je n’ai pas de petit ami…
    Depuis que sa cousine avait sympathisé avec Djamel, ce dernier ne l’appelait plus. S’il y a quoi que ce soit entre eux, elle s’estimait heureuse d’avoir découvert à temps qu’il n’était pas digne de confiance. S’il était aussi mauvais que Warda, ils finiront la vie ensemble.
    Masilva gardait espoir. Le destin ne pouvait pas être aussi cruel. Car elle ne supportera jamais de les voir ensemble et heureux.
    Qu’adviendra-t-il d’elle ? Sa présence est indésirable depuis quelque temps. Sa cousine ne voudra plus d’elle ici une fois qu’elle aura officialisé.

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  7. Artisans de l'ombre Dit :

    08.
    -Qu’y a-t-il Masilva ? s’enquit son oncle, tout inquiet. Tu es si pâle ! Tu ne devrais pas travailler si tard après le choc que tu as eu !
    - Ce n’est rien, murmura-t-elle. Ça passera…
    Il avait aussi senti la tension qui régnait lorsqu’elles se retrouvaient dans la même pièce.
    - Qu’y a-t-il entre toi et Warda ? Vous ne vous parlez plus ?
    - Cela finira par passer, le rassura-t-elle tout en se levant pour abréger cette conversation. Bonne nuit mon oncle !
    Ce dernier hocha la tête. Il ne tenta pas de la retenir pour avoir plus d’explications. Il préféra s’adresser à sa fille.
    - Qu’est ce qui se passe entre vous deux ? l’interroge-t-il. Pourquoi vous boudez ?
    - J’ai l’impression qu’elle me reproche quelque chose depuis son retour, répondit-elle en feignant d’ignorer quoi.
    - Avec ton indélicatesse, tu as dû dire ou faire quelque chose qui l’a blessée !
    Warda était agacée.
    - À chaque fois qu’il y a quelque chose, on me tient pour responsable !
    - Ton mauvais caractère…
    - Tu n’as qu’à aller le lui demander, lui suggéra-t-elle.
    - Je ne veux pas de mésentente entre vous, martela-t-il. Vous êtes mes deux filles. À toi d’arranger la situation !
    - Je te dis qu’elle refuse de me parler ! cria presque sa fille. Et j’ignore pourquoi !
    - Puisque tu sembles avoir la conscience tranquille, va lui poser la question !
    Au ton ferme de son père, elle sut que c’était un ordre. D’ailleurs, lorsqu’elle se dirigea vers la chambre de sa cousine, il la suivit comme pour s’assurer qu’elle allait réellement le faire.

    Masilva sortait de la salle de bains où elle avait pris une douche au moment où celle-ci frappait à la porte et entrait.
    Elle la rejoignit. Elle ne lui demanda pas ce qu’elle voulait. Elle se peigna en se regardant dans la glace.
    - Pourquoi tu me boudes ?
    - Je ne te boude pas, répliqua Masilva en continuant à se peigner.
    - Pourtant tu m’en donnes l’impression au point de me culpabiliser… comme si j’avais fait quelque chose de mal.
    - Pourquoi te culpabiliser si tu as la conscience tranquille ? rétorqua Masilva en la regardant dans les yeux. Tu peux aller dormir tranquille…
    - Mais qu’est-ce que tu me reproches ? demanda-t-elle avec insistance, la surprenant.
    - Poses-toi la question !
    Masilva s’efforçait à garder son calme.
    - Qu’est-ce que j’ai fait qui t’ait blessée ?
    Masilva se demanda si elle ne s’était pas fait des idées.
    - Rien… tu peux aller dormir !
    - Je ne sortirais pas avant de savoir. Est-ce en relation avec Djamel ?
    - En effet, reconnut Masilva.
    - Je n’ai rien fait… je l’ai juste vu et nous avons seulement parlé, se défendit Warda.
    - Ce n’était pas suffisant ? répliqua la cousine en tentant d’oublier la douleur qui vrillait dans son cœur. Tu as été voir mon petit ami et tu trouves ça bien ?
    - C’était pour te faire plaisir ! s’écria Warda en appuyant sur chaque mot. Jamais je n’aurais cru que cela te peinerait !
    - Ah oui ! D’un, tu ne le connaissais pas et de deux, si tu avais eu un peu de considération pour moi tu aurais refusé toutes ses invitations ! Parce que c’est mon petit ami !
    - Je te dis que c’était pour toi ! fit Warda. Uniquement par respect pour toi ! Sinon, pourquoi y serais-je allée ?
    - Tu n’agis jamais naïvement ! Tu n’aurais jamais dû aller le voir ! Je ne te l’avais jamais présenté ! Tu aurais été consciencieuse, tu aurais su éviter une situation pareille ! Tu m’as beaucoup déçue Warda. Avant, tu avais des principes mais maintenant, je me rends compte que je m’étais complètement trompée à ton sujet !
    Warda poussa un cri comme si elle venait d’être frappée.
    Ses yeux écarquillés, au point où Masilva détourna le regard, ne supportant pas de la voir se comporter en victime.
    Tout de même ce n’était pas elle qui l’avait trahie, qui était allée voir son petit ami pour discuter alors qu’ils n’avaient rien à se dire…
    - J’y étais allée pour t’aider, reprenait Warda. Je n’avais aucune mauvaise intention !
    - Avec ou sans, le plus important est que tu m’as manqué de respect ! Tu as tout fait pour qu’on se fâche même si tu refuses de l’admettre !
    - Je te dis que non ! Je n’ai rien fait ! cria Warda qui n’avait pas vu son père ouvrir la porte. Je n’ai que faire de ton ami ! Il n’est même pas mon genre !
    - Ah oui…?
    Elle se tourne dans un sursaut. Elle devint aussi livide que Masilva. Son père avait tout entendu. À son visage fermé, il était évident que cela finirait mal…

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  8. Artisans de l'ombre Dit :

    09.

    -Tu es vraiment sûr qu’elle viendra aujourd’hui ?
    - Oui, répond Ibtissem tout en continuant à se maquiller. Et elle tient à ce qu’on se marie cet été, donc dans deux mois !
    - Et tes études ? s’inquiète à nouveau Yamina. Tu ne vas pas les abandonner ?
    - Sois rassurée maman… Je les poursuis tout en étant mariée… Fethi me donnera un coup de main lors des examens ! Il tient à ce que j’aie une vie professionnelle ! Cela nous évitera à moi et à sa mère de nous entretuer en son absence !
    - Ça, je veux bien le croire ! soupire Yamina. Jamais elle ne te pardonnera de lui avoir pris son fils !
    Mais Ibtissem n’en a cure. Quand Houria vient, une demi-heure plus tard, elle l’accueille chaleureusement, découvrant qu’elle pouvait être hypocrite.
    Elle la conduit au salon et la laisse avec sa mère un bon moment avant de leur apporter du café. Elle leur sert et dépose des gâteaux devant elles. Elle s’apprête à quitter le salon quand sa future belle-mère lui demande de rester.
    - Fethi m’a dit que le mariage est prévu pour cette année… Pourquoi êtes-vous si pressés ? Y aurait-il quelque chose que j’ignore ?
    Ibtissem la regarde sans comprendre. Elle ne voit pas où elle veut en venir, mais sa mère si. Cette dernière s’est levée, furieuse, elle s’en prend à Houria.
    - Comment osez-vous insinuer que ma fille n’est pas pure ? Qu’elle est peut-être enceinte ?
    - Si l’idée vous est venue à la tête, c’est parce que vous savez qu’elle en serait capable ! rétorque Houria. Avec elle, il faut s’attendre à tout !
    - Demandez à votre fils de passer me voir ! Je ne veux plus avoir à faire à vous…
    Ibtissem devine que la mère de Fethi veut un conflit entre elles, tout cela pour gâcher leur mariage.
    - Laisse-la dire maman ! Elle veut nous créer des problèmes, mais on n’entrera pas dans son jeu ! Fethi ne lui a pas laissé le choix. Elle est là de force !
    - Comment pourras-tu vivre heureuse avec Fethi alors que vous habiterez avec une sorcière ? Il n’est pas trop tard pour bien faire…
    Mais Ibtissem est sûre de ses sentiments, tout comme Fethi. Le mariage est prévu à la mi-juillet, dans un mois et demi. Le temps juste de tout préparer, le temps pour Ibtissem de terminer son dernier module et d’aller récupérer les résultats de fin d’année. Puis il lui faudra louer une robe de mariée et d’autres, peut-être, pour s’exhiber durant la fête. S’il ne tenait qu’à Ibtissem, elle se marierait en jeans et le problème serait réglé.
    Mais elle doit se plier aux traditions, pour faire plaisir à sa mère et pour boucler le bec à d’autres.
    Comme convenu, le mariage est fêté dans une salle du quartier, ce qui permet à leurs familles et leurs amis de se déplacer sans problème. Tout se passe dans la bonne humeur, même si le sourire de Houria ressemble souvent à une grimace…
    Le lendemain matin, ils partent en lune de miel à Béjaïa. Ils y restent seulement deux semaines. Ibtissem doit se préparer pour la rentrée et assister aux rattrapages. Elle n’avait pas réussi le dernier examen avant les vacances. Avec un peu de chance, elle pourrait l’améliorer. Elle aura ainsi deux ou trois points de plus. Elle pourra préparer sa licence cette année. Mais il faut qu’elle se concentre. Chose très difficile en la présence de sa belle-mère qui profite du moindre prétexte pour la déranger dans son travail.
    - Et le déjeuner, à quelle heure vas-tu le préparer ?
    - Fethi apportera une pizza en rentrant, répond Ibtissem, faisant un grand effort pour garder son calme. Et des fruits pour le dessert !
    - Tu n’as pas fait le ménage comme il se doit ! Le parterre doit être frotté chaque jour !
    - Je suis en plein examen ! Le ménage, je le ferai plus tard, soupire Ibtissem en se levant du bureau où des livres et des classeurs étaient ouverts. Maintenant j’aimerais que tu me fiches la paix !
    - C’est quoi cette façon de me parler ? crie Houria, mettant hors d’elle sa jeune belle-fille. Un peu de respect !
    Mais Ibtissem ne peut plus écouter la voix de la raison. Sa belle-mère lui cherchait la noise depuis leur retour de Béjaïa. Au début, elle avait bien voulu faire comme si de rien n’était. Mais maintenant qu’elle avait repris les cours, elle ne se laissera pas faire. Sa belle-mère fera tout pour qu’elle échoue dans ses études. Si elle pense pouvoir y parvenir, c’est qu’elle ne connaît vraiment pas Ibtissem.
    Celle-ci l’attrape par la dentelle de sa robe et la secoue deux fois, sans la lâcher.
    - écoute vieille grincheuse ! Soit tu me fiches la paix, soit je pars avec ton fils… Et tu peux être sûre de ne pas le revoir avant longtemps… Tu as compris ?
    - Oh ! … Oh …
    à peine qu’Ibtissem la libère qu’elle se met à crier comme si elle avait reçu des coups. Toute cette mise en scène pour que les voisins apprennent que rien ne va chez elle, depuis qu’elle a Ibtissem pour belle-fille. Et comme elle crie encore longtemps, Ibtissem sort son sac de son armoire et s’habille. Elle ne va pas rester ici plus longtemps. Cette guerre est insupportable. Il ne lui reste plus qu’à rentrer chez ses parents. Elle en profitera pour mieux se concentrer sur son examen et aussi pour voir si Fethi tient vraiment à elle et surtout s’il va la croire elle ou sa mère !

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