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La nouvelle de Adila Katia Une autre chance

26 avril 2012

Adila Katia, EXTRAITS

 

La nouvelle de Adila Katia     Une autre chance    dans Adila Katia 20_200_150

Lorsque  Ibtissem rencontre Fethi, elle ne s’attend pas à vivre une histoire d’amour et encore moins à ce qu’il soit sérieux avec elle au point de lui parler de mariage dès leur deuxième rendez-vous.
Âgée de vingt ans, fille unique d’un vieux couple, elle n’en a toujours fait qu’à sa tête. Ses parents, heureux d’avoir été bénis par sa venue au monde, même tardive, se laissaient mener par le bout du nez depuis qu’elle savait parler et dire ce qu’elle voulait. Ses moindres désirs étaient des ordres indiscutables. 
Cela aurait été un garçon que leur joie aurait été la même. Ibtissem est une belle fille. Aussi studieuse que charmeuse. Dans le quartier où elle habite avec ses parents, à l’est d’Alger, pour ne pas les nommer, elle est très connue pour sa beauté et sa gentillesse.
Grande brune au charme fou, avec des yeux verts rêveurs, nombreux sont les garçons du quartier à lui faire la cour. Sans parler des étudiants qu’elle fréquente à l’université. Elle est trop belle pour qu’on la laisse tranquillement étudier.
Aussi, depuis qu’elle a pour amie Fella, étudiante tout comme elle en économie, originaire de M’sila, son comportement a changé. Elle aspire à être plus libre et à vivre comme les filles de là-bas. Fella, résidante à la cité de jeunes filles, mène sa vie comme elle l’entend. Elle n’a de compte à rendre à personne. Chaque jeudi soir, elle se prépare à partir en boîte. Et chaque fois, elle invitait Ibtissem à l’accompagner.
- Tu ne peux pas savoir ce que tu rates en refusant, lui dit-elle, la veille d’un anniversaire qui sera fêté en boîte. C’est vraiment dommage !  J’aurais aimé que tu sois avec moi … On s’amuserait bien !
- Une autre fois peut-être, répond Ibtissem.
- Il n’y en aura pas, dit Fella d’une voix très sûre. Soit tu m’accompagnes demain soit on renonce à notre amitié !
- Pourquoi tiens-tu tant à ma présence à cette fête ? … J’ai le sentiment que tu me caches quelque chose. Est-ce que je me trompe ?
- J’ai un copain qui veut à tout prix te connaître, lui révèle Fella. Tu lui plais beaucoup et il est beau garçon … Je lui ai promis de tout faire pour t’amener à cette fête … Tu pourrais faire un petit effort, Ibtissem … Rien que cette fois ! la prie-t-elle. Après, tu n’entendras plus jamais parler de boîte, de sortie nocturne !
- Fella, je n’ai rien à porter … Tu vois que mes habits ne sont jamais de la dernière mode ! Je dois toujours attendre les soldes ou racheter aux copines ce dont elles n’ont plus envie !
- Si la tenue est le seul motif qui te retient de me répondre par oui, je peux te rassurer ! Dis seulement oui et je m’arrange pour que tu portes la plus belle robe de la soirée, lui promet Fella. D’ailleurs, tu n’as jamais eu recours aux artifices pour plaire … Dame nature a été très généreuse avec toi !
- Tu n’en serais pas jalouse ? émet Ibtissem. Cette lueur d’envie dans ton regard ne me rassure pas, plaisante-t-elle. Aurais-tu quelque mystérieux dessein à mon égard ?
- Mystérieux ? Non … Je t’ai parlé du garçon et il n’y a rien d’autre de ma part, soupire Fella. Ce sera à vous de m’apprendre la suite … C’est OK, pour la fête ?
- Appelle moi demain matin pour le savoir … Il me faut l’autorisation de mes parents !
Ibtissem est bien tentée de se rendre à cette fête. Elle sait que son père ne lui refusera pas cette sortie mais sa mère sera difficile à convaincre. Elle allait trouver mille et un prétextes pour la retenir. Et Ibtissem est décidée à y aller, rien que par curiosité. Non pas pour la fête mais pour le garçon. Avec un peu de chance, elle ne s’ennuiera pas avec.  Mais il faut avoir le consentement de sa mère pour imaginer ce que sera cette fête.


(À suivre)
A. K.

Vos réactions  et vos témoignages  sont les bienvenus : adilaliberte@yahoo.fr

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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26 Réponses à “La nouvelle de Adila Katia Une autre chance”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Lorsque Ibtissem rencontre Fethi, elle ne s’attend pas à vivre une histoire d’amour et encore moins à ce qu’il soit sérieux avec elle au point de lui parler de mariage dès leur deuxième rendez-vous.
    Âgée de vingt ans, fille unique d’un vieux couple, elle n’en a toujours fait qu’à sa tête. Ses parents, heureux d’avoir été bénis par sa venue au monde, même tardive, se laissaient mener par le bout du nez depuis qu’elle savait parler et dire ce qu’elle voulait. Ses moindres désirs étaient des ordres indiscutables.
    Cela aurait été un garçon que leur joie aurait été la même. Ibtissem est une belle fille. Aussi studieuse que charmeuse. Dans le quartier où elle habite avec ses parents, à l’est d’Alger, pour ne pas les nommer, elle est très connue pour sa beauté et sa gentillesse.
    Grande brune au charme fou, avec des yeux verts rêveurs, nombreux sont les garçons du quartier à lui faire la cour. Sans parler des étudiants qu’elle fréquente à l’université. Elle est trop belle pour qu’on la laisse tranquillement étudier.
    Aussi, depuis qu’elle a pour amie Fella, étudiante tout comme elle en économie, originaire de M’sila, son comportement a changé. Elle aspire à être plus libre et à vivre comme les filles de là-bas. Fella, résidante à la cité de jeunes filles, mène sa vie comme elle l’entend. Elle n’a de compte à rendre à personne. Chaque jeudi soir, elle se prépare à partir en boîte. Et chaque fois, elle invitait Ibtissem à l’accompagner.
    - Tu ne peux pas savoir ce que tu rates en refusant, lui dit-elle, la veille d’un anniversaire qui sera fêté en boîte. C’est vraiment dommage ! J’aurais aimé que tu sois avec moi … On s’amuserait bien !
    - Une autre fois peut-être, répond Ibtissem.
    - Il n’y en aura pas, dit Fella d’une voix très sûre. Soit tu m’accompagnes demain soit on renonce à notre amitié !
    - Pourquoi tiens-tu tant à ma présence à cette fête ? … J’ai le sentiment que tu me caches quelque chose. Est-ce que je me trompe ?
    - J’ai un copain qui veut à tout prix te connaître, lui révèle Fella. Tu lui plais beaucoup et il est beau garçon … Je lui ai promis de tout faire pour t’amener à cette fête … Tu pourrais faire un petit effort, Ibtissem … Rien que cette fois ! la prie-t-elle. Après, tu n’entendras plus jamais parler de boîte, de sortie nocturne !
    - Fella, je n’ai rien à porter … Tu vois que mes habits ne sont jamais de la dernière mode ! Je dois toujours attendre les soldes ou racheter aux copines ce dont elles n’ont plus envie !
    - Si la tenue est le seul motif qui te retient de me répondre par oui, je peux te rassurer ! Dis seulement oui et je m’arrange pour que tu portes la plus belle robe de la soirée, lui promet Fella. D’ailleurs, tu n’as jamais eu recours aux artifices pour plaire … Dame nature a été très généreuse avec toi !
    - Tu n’en serais pas jalouse ? émet Ibtissem. Cette lueur d’envie dans ton regard ne me rassure pas, plaisante-t-elle. Aurais-tu quelque mystérieux dessein à mon égard ?
    - Mystérieux ? Non … Je t’ai parlé du garçon et il n’y a rien d’autre de ma part, soupire Fella. Ce sera à vous de m’apprendre la suite … C’est OK, pour la fête ?
    - Appelle moi demain matin pour le savoir … Il me faut l’autorisation de mes parents !
    Ibtissem est bien tentée de se rendre à cette fête. Elle sait que son père ne lui refusera pas cette sortie mais sa mère sera difficile à convaincre. Elle allait trouver mille et un prétextes pour la retenir. Et Ibtissem est décidée à y aller, rien que par curiosité. Non pas pour la fête mais pour le garçon. Avec un peu de chance, elle ne s’ennuiera pas avec. Mais il faut avoir le consentement de sa mère pour imaginer ce que sera cette fête.

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    -Maman, je ne sortirai plus, je veux juste me rendre à cette fête, lui promet Ibtissem. Et je rentrerai avant minuit !
    - Je refuse ! Pour qui te prends-tu pour te rendre en discothèque ? s’écrie Yamina. Une fille de bonne famille ne songerait pas à sortir la nuit ! Quand tu te marieras, personne ne pourra te retenir… Mais tant que tu es jeune fille, inutile d’espérer une sortie nocturne !
    Comme du temps où elle était enfant, Ibtissem ne se met pas à pleurer quand on lui refuse ce qu’elle veut. Elle se met à crier et à casser ce qu’il y a à portée de main. Plusieurs bibelots sont saccagés contre le mur, pour ce premier éclat de colère.
    - Hacène ! Hacène ! appelle Yamina. Viens donc raisonner ta fille… Elle veut sortir demain soir et ne rentrer qu’au matin !
    - Pourquoi tout ce tapage et ameuter les voisins ? s’écrie son mari. Toutes les filles maintenant sortent s’amuser… Elle peut très bien le faire de temps à autre… Une fois tous les trois mois !
    Yamina se laisse tomber dans un fauteuil, une main appuyée sur le cœur. Le visage blême, elle s’en prend à son mari. Elle aurait voulu qu’il appuie ses dires, au moins pour une fois. Qui sait sur qui leur fille Ibtissem tombera ?
    - Inutile de te rendre malade, dit Ibtissem. Car rien ne pourra me retenir… Je pars avec Fella !
    - Hacène ! Cette Fella est une débauchée ! Notre fille est tombée sur la pire des garces… Que va-t-il advenir d’elle si elle continue à la fréquenter ? Si tu continues à tout lui autoriser !
    - Ce que tu peux être étouffante ! crie Ibtissem. Tu m’ennuies à la fin ! S’il en sera toujours ainsi à l’avenir, j’irai m’installer à la cité de jeunes filles !
    Pour que la menace fasse un peu plus d’effet, elle sort de la maison et reste absente près d’une heure. Yamina en profite pour reprocher à son mari son laxisme. Depuis toujours, le moindre désir de leur fille est à ses yeux un ordre indiscutable.
    - Comment peux-tu être aussi inconscient Hacène ? Ibtissem est sur la mauvaise voie et tu ne fais rien pour empêcher la catastrophe !
    - Tant qu’elle aura tout ce qu’elle veut, elle ne nous quittera pas, répond Hacène. Elle a toujours eu ce qu’elle voulait, avec ou sans consentement. Pourquoi provoquer un conflit où on serait les seuls perdants ?
    - Depuis qu’elle fréquente cette Fella, je ne la reconnais plus. Elle voit plus haut et plus grand alors qu’elle n’est qu’une étudiante et aussi issue d’une famille modeste, qui n’a qu’une pension de retraite pour subvenir à tous ses besoins !
    Si Yamina connaissait toutes les personnes que fréquente sa fille, elle aurait pu être rassurée. Mais elle ne les connaît pas. Depuis qu’Ibtissem fréquentait Fella, elle n’a plus aucun droit de regard sur sa vie. Ibtissem était devenue imperméable à ses conseils. Et s’il lui arrivait quelque chose, elle en mourrait de chagrin. Sa fille est l’unique trésor qu’elle possède en ce bas monde. Si elle l’entoure d’attention et si elle se montre parfois un peu dure, c’est pour lui éviter de souffrir. Elle l’aime à un point qu’Ibtissem ne pourrait jamais l’imaginer.
    - Si elle ne m’écoute plus, c’est de ta faute, reproche-t-elle à son mari. Elle a toujours trouvé un appui en toi. Vois le résultat !
    - Yamina, si je me montre tolérant avec elle, c’est pour ne pas la perdre. Nous avons eu la mauvaise idée de la gâter. Aujourd’hui, si nous allons contre ses volontés, nous risquons de la voir partir pour de bon. Tu sais que rien ne l’arrête quand elle veut quelque chose !
    Le retour de leur fille ne leur permet pas de poursuivre la conversation. Ibtissem est allée chez la voisine du dessous pour lui emprunter une robe. Ibtissem la montre à sa mère qui s’écrie :
    - Autant partir en sous-vêtements ! Elle ne cachera rien de ton corps. Pourquoi ne pas porter un jean ?
    - En discothèque, il fait chaud… très chaud même, répond Ibtissem. Tu n’aurais pas un bijou qui pourrait aller avec ?
    - Non… Ibtissem, cette robe est indécente pour une fille de bonne famille, insiste Yamina, mais elle doit abandonner la partie.
    Son mari approuve tout ce qui vient de leur fille. Il ne trouve rien à redire à la mini robe, très décolletée. Il sait mieux que quiconque qu’à la moindre contrariété elle pourrait prendre de graves décisions et qu’elle ne reviendrait jamais là-dessus, même si elle le regrettait. Elle est trop obstinée et trop têtue pour reconnaître ses erreurs.
    En son for intérieur, il prie pour qu’il n’ait jamais à regretter l’éducation qu’il lui a donnée. Il ne se pardonnera jamais d’être la raison de sa perte…

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    Lorsqu’Ibtissem part le lendemain en boîte, en compagnie de Fella, Hacène fait tout pour rassurer sa femme.
    - Cette fille n’a rien du diable que tu me décrivais hier soir, lui dit-il. Tu as vu qu’elle portait une tenue simple et aucun maquillage… à mon avis, tu t’es trompée sur son compte !
    - J’aimerais bien te croire, soupire Yamina. Elle ne me plaît pas du tout. Quelque chose dans son regard peut-être ? Je n’ai pas la conscience tranquille… En la fréquentant, elle finira mal !
    - Avec la protection de Dieu, cela ne lui arrivera jamais, insiste Hacène. C’est tout à fait normal qu’elle veuille s’amuser. C’est de son âge… Les filles sont plus libres maintenant par rapport à l’époque où tu avais vingt ans ! Tu as passé ta jeunesse enfermée jusqu’au jour de notre mariage. Les jeunes d’aujourd’hui vivent leur vie pleinement. On ne peut pas le leur reprocher !
    - Tu sais quoi, s’écrie-t-elle, c’est ta tolérance qui la perdra !
    - En lui accordant ma confiance, elle ne me décevra pas, dit Hacène. Pourquoi nous quitterait-elle pour être plus libre quand elle a toute la liberté qu’elle veut ?
    - à quelle heure a-t-elle dit qu’elle rentrerait ? s’enquit Yamina.
    - Elle sera ici à minuit… Peut-être que sa copine viendra aussi passer la nuit chez nous…
    Yamina est convaincue que sa fille ne rentrera pas avant le matin. La fête ne battrait son plein qu’à partir de minuit. Comment aura-t-elle le cœur à rentrer se coucher à peine la fête commencée ?
    Yamina est persuadée que sa fille allait devenir le sujet favori des vieilles mégères du quartier. La robe qu’elle avait empruntée n’avait rien caché de son corps.
    Et ce soir, pour la première fois de sa vie, elle avait pris conscience que sa fille a un corps épanoui. La robe le lui a révélé. Même si Ibtissem lui a affirmé toujours qu’elle n’avait pas de petit ami, elle est convaincue du contraire. Sinon, pourquoi se serait-elle fait belle au point d’être séduisante et désirable surtout ?
    Hacène remarque qu’elle ne suit plus le film. Perdue dans ses sombres pensées, elle se tenait le front.
    - Yamina ? Qu’est-ce qui ne va pas ?
    Un long soupir échappe à la vieille mère.
    - Je pense à Ibtissem..
    - Pourquoi faire une fixation sur elle ? lui reproche son mari. à cette heure, elle doit être en train de s’amuser… Elle nous reviendra de bonne humeur !
    - Je ne sais pas pourquoi mais j’ai très peur, lui confie-t-elle. Mon cœur me dit qu’il va lui arriver quelque chose. Je me sens si impuissante !
    - Prions pour que Dieu garde un œil protecteur sur elle, lui répond Hacène, et pour que rien ne vienne confirmer tes craintes !
    - Je l’espère autant que toi !
    Une fois le film terminé, ils vont se mettre au lit. Mais Yamina n’arrive pas à s’endormir. Pour ne pas communiquer son inquiétude à son mari, elle attend qu’il se soit endormi pour sortir du lit.
    Elle se rend au salon. Elle est déçue de constater qu’il est moins de onze heures, qu’il y a seulement un quart d’heure depuis qu’ils s’étaient mis au lit.
    Comme son cœur n’était pas tranquille, elle décide d’attendre le retour d’Ibtissem. Si elle tient parole, elle sera de retour dans une heure ou un peu plus tard. Les taxieurs ne devaient pas être nombreux à travailler la nuit. Avec un peu de chance, Ibtissem en trouvera un pour rentrer.
    Ibtissem sera surprise de la trouver encore debout, à une heure aussi tardive. Yamina est décidée à lui parler. Elle tentera de se faire comprendre. Elle espère que ce qu’elle lui dira, elle ne le prendra pas mal. Plus que jamais, elle devra tout faire pour que sa fille entende la voix de la raison. Elle n’est plus une enfant mais une jeune fille, très belle et au corps épanoui. Elle devrait faire attention à elle. Qui ne serait pas tenté d’en profiter ?
    Les heures s’écoulent lentement. L’estomac noué par l’angoisse, Yamina voit le matin arriver sans que sa fille ne soit de retour de la fête. Qu’est-ce qui peut la retenir ? N’avait-elle pas dit minuit ? Et il est bientôt six heures…
    Tous les quarts d’heure, elle avait appelé sur le portable de sa fille mais il était hors ligne.
    Yamina prie pour que ses craintes ne soient pas fondées. Elle s’en voudrait s’il lui arrivait quelque chose, car elle n’a pas su la retenir et le lui éviter…

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  4. Artisans de l'ombre Dit :

    -C’est aussi de ta faute, reproche Yamina à son mari quand elle le réveille. Il est presque 7h et Ibtissem n’est pas rentrée… Qu’est-ce qui peut la retenir ?
    - Elle a dû se rendre à la cité de jeunes filles, émet Hacène, se refusant de dramatiser.
    - Mais elle a dit qu’elle rentrerait à la maison, lui rappelle-t-elle. Cela fait quatorze heures qu’elle est partie… Mon Dieu ! On ignore même dans quelle boîte elles se sont rendues !
    - Tu te fais du souci pour rien ! Elle va rentrer d’un instant à l’autre, la rassure Hacène. Elle ne voulait pas nous déranger en pleine nuit… Elle va arriver, le temps de trouver un taxi !
    - Je voudrais bien te croire… Le café est prêt si tu veux en prendre, dit Yamina à son mari. Tout est sur la table !
    Elle arrête de faire les cent pas dans le salon et va se poster à la fenêtre. Elle observe le mouvement des passants dans la rue. Ils ne sont pas nombreux. Le quartier se réveille à peine. Quelques minutes passent mais aucune trace de sa fille parmi les rares femmes qui traversent la rue pour se rendre à leur travail ou au marché.
    Elle est prise d’une subite envie d’aller faire le tour du quartier. Mais est-ce nécessaire ? Comment pourrait-elle tomber sur elle quand elle la sait du côté de Sidi Fredj ?
    Enfin, elle devait y être hier soir. Mais elle ignore où elle peut être à l’heure actuelle. Qui sait si elle n’a pas été agressée ? Si elle n’est pas à l’hôpital ? Encore une fois, elle compose son numéro. Le téléphone est encore hors ligne. L’a-t-elle désactivé pour ne pas recevoir ces appels ? La mère pense au pire.
    Ibtissem est si belle qu’elle a pu réveiller des sentiments violents chez son petit ami, si elle s’est refusée à lui. La tenue qu’elle a portée la veille est un vrai appel au viol. Ibtissem aurait dû s’y attendre.
    Sans avoir de preuves, Yamina est convaincue qu’il est arrivé malheur à sa fille. Elle va prendre son manteau et son foulard. Elle va se préparer devant la glace de l’entrée. Hacène qui sort de la cuisine est surpris par son intention. Mais il ne peut que la comprendre.
    - Attendons encore un peu ! la prie-t-il alors que l’inquiétude le gagnait à son tour. Elle va sûrement arriver d’une minute à l’autre… On est vendredi, il n’y a pas beaucoup de taxis !
    - Je sais, murmure Yamina, mais mon cœur ne me dit rien qui puisse me rassurer… Je sors. Avec un peu de chance, je tomberai sur elle !
    - Moi, je me rends à Ben Aknoun, décide Hacène. S’il n’y a rien, on se retrouve dans une heure et demie ! Prends ton portable…
    Yamina sort avant lui et fait tout le quartier. Les voisines qu’elles croisent et qui se rendent soit au marché ou au hammam semblent surprises de la voir aussi matinale. Il est très rare de voir Yamina dehors, un vendredi marin. Son visage fermé par l’inquiétude ne les invite pas à assouvir leur curiosité. Yamina s’éloigne d’elles, après un bref bonjour, ne leur donnant pas le temps de s’accrocher. à l’expression de leur visage, elle sait qu’elles ont vu sa fille partir la veille. Ses craintes se confirment. Ibtissem allait devenir leur sujet favori. épuisée à force de marcher et de scruter tous les visages qu’elle croise, Yamina rebrousse chemin et rentre chez elle. Et c’est là qu’elle trouve Ibtissem, attablée devant un copieux petit-déjeuner.
    - Mais qu’est-ce que tu fais ici ? demande-t-elle.
    - Je prends mon petit-déjeuner, répond Ibtissem en souriant. J’étais surprise en rentrant… Où êtes vous partis ?
    - On te cherche ! Tu devais rentrer hier soir, lui rappelle sa mère en se débarrassant de son foulard et de son manteau. Qu’est-ce qui t’a retenue ? Je me suis fait du souci ! Je n’ai pas dormi de la nuit…Qu’est-ce qui t’as retenue ? Puisque tu avais un empêchement, tu aurais pu nous appeler, lui reproche-t-elle. J’ai cru qu’il t’était arrivé quelque chose… J’allais appeler la police dès que ton père serait rentré ! Pourquoi as-tu fermé ton portable ?
    - On s’est vus ! Il sait que je vais bien, répond Ibtissem.
    - Comment était-il ? s’enquit sa mère.
    - Heureux ! Enfin, il a trouvé bonne mon idée de passer la nuit à la cité de jeunes filles au lieu de rentrer tard… Ce qui n’est pas de ton goût, bien sûr !
    - Mon Dieu ! s’écrie Yamina. Ce que vous pouvez être inconscients ! Il ne peut y avoir pire père que celui qui envoie sa fille en enfer ! Comme s’il ne sait pas qu’avec toi, il faut s’attendre au pire !
    Ibtissem a un étrange sourire, tout en murmurant.
    - Je ne vais pas te contredire… Tu es ma mère, tu me connais mieux que personne.

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  5. Artisans de l'ombre Dit :

    L’étrange sourire ne rassure pas Yamina. Elle refoule la colère qui l’habite et tente de savoir la raison, enfin, pourquoi elle n’est pas rentrée directement à la maison.
    - Tu sais que tu es notre trésor… Un rien nous inquiète… J’avais même pensé que tu pouvais être blessée, quelque part… J’allais appeler la police… J’ai tellement eu peur !
    Ibtissem faillit s’étrangler en avalant son café quand elle est prise d’un fou rire.
    - Comme si j’étais une enfant de dix ans ! s’écrie-t-elle quand elle parvient à reprendre son souffle. Heureusement que tu ne l’as pas fait… Tout le monde l’aurait su et il se serait bien moqués de nous !
    - Il y a d’autres moyens pour provoquer un scandale et s’attirer les railleries des autres…
    Les voisins t’ont sûrement vue hier… Tu leur as donné l’occasion rêvée de parler de toi pendant des jours et des jours… J’espère que tu ne nous referas plus ce coup !
    - Désolée maman, mais c’est prévu pour chaque jeudi, répond Ibtissem. Mais tu n’auras plus à te soucier au cas où je ne rentrerais pas, puisque tu me sauras à la cité de jeunes filles !
    - Chaque jeudi ! reprend Yamina qui sentait que depuis hier soir, elle n’a plus aucun pouvoir sur sa fille. Et tes études ?
    - Je les poursuis, bien sûr ! la rassure la jeune fille. Tout en m’amusant…
    - Comment était-ce hier soir ?
    - Extra… Tu ne peux même pas t’imaginer comme on s’y amuse ! Tu vois, c’est comme dans les films, à la parabole… Il y a de la bonne musique, de beaux garçons, des filles, une ambiance très cool, lui confie Ibtissem en rejetant la tête en arrière, laissant un soupir s’échapper, comme si elle regrettait quelque chose. J’aurais voulu que la fête ne finisse pas !
    - Tu m’inquiètes ! lui dit sa mère. Depuis que tu fréquentes Fella, tu as changé au point où je ne te reconnais presque plus !
    - J’ai vingt ans maman… S’il y a des changements en ma personne, tu peux être sûre que Fella n’y est pour rien.
    Elle ne peut pas m’influencer, on a le même âge !
    Ibtissem boit son café et prend un morceau de gâteau avant de se diriger vers sa chambre.
    - Ne me dérangez pas ! Je vais profiter de la matinée pour réviser. Que vas-tu faire pour le déjeuner ?
    - Comme chaque vendredi, un couscous, répond Yamina qui était surprise par la question. Pourquoi ?
    - Peut-être qu’on aura une ou deux invitées ce midi, lui apprend Ibtissem. Si elles passent par le quartier…
    Le téléphone portable sonne à cet instant, elle décroche sans attendre et a un grand sourire. Elle fait un petit geste vers sa mère, l’embrassant tant elle est heureuse de ce coup de fil. Elle se rend dans sa chambre et s’enferme à clef.
    - Comment vas-tu Fethi ?
    - Depuis que je te connais, j’ai l’impression d’être sur un nuage… Je n’ai pas cessé de penser à toi depuis qu’on s’est quittés… Je crois que je t’aime déjà !
    - Tu exagères Fethi… On se connaît à peine, répond Ibtissem, heureuse d’avoir éveillé un sentiment aussi fort chez lui. Tu es rentré directement chez toi ?
    - Il n’y avait pas de taxi vers mon quartier, j’ai dû passer la nuit chez un copain… Quand est-ce qu’on se revoie ?
    - Après les cours, dimanche après-midi, propose-t-elle. Si tu n’es pas pris, bien sûr !
    - Je suis libre à partir de quinze heures… Es-tu partante pour une promenade en voiture ?
    Ibtissem ne peut refuser. La perspective d’une sortie la rend encore plus joyeuse une fois qu’elle a raccroché.
    Même si elle ne le lui a pas avoué, elle reconnaît au fond qu’il l’a beaucoup impressionnée et elle ne se sent plus la même depuis qu’elle lui a été présentée.
    Fethi est un beau brun aux yeux clairs, petit de taille, ce qui est vite oublié quand il se met à parler. Il a une voix si chaude et mélodieuse que c’est un plaisir que de l’entendre parler de géographie et d’histoire, deux matières qu’il enseigne au lycée à Alger-Centre.
    Ibtissem sait qu’il a vingt-huit ans et qu’il vit avec sa mère, une veuve de guerre qui a consacré toute sa vie pour lui. Et elle l’a bien éduqué, pense la jeune fille. Très respectueux, il n’a pas cherché à profiter des slows pour l’attirer vers lui. Elle a aussi remarqué qu’il n’a pas pris une seule bière, alors qu’il y avait même de l’alcool pour qui en voulait. Mais rien ne l’a tenté, ni l’alcool ni les joints de haschisch.
    Demain, elle sortira avec lui et elle lui découvrira peut-être d’autres qualités. Ce ne serait pas sa première sortie avec un garçon, mais c’est le seul qui soit digne d’être présenté à ses parents. Avec un peu de chance, il leur plaira…

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  6. Artisans de l'ombre Dit :

    Ibtissem a l’impression qu’une année s’est écoulée depuis qu’ils se sont séparés. Pourtant, c’était juste avant-hier. Toute la nuit, elle n’a pas cessé de penser à lui, à aspirer à être avec lui. Elle s’entend si bien avec lui. Parfois elle n’avait pas eu à terminer ses phrases qu’il comprenait déjà ce qu’elle voulait dire ou ce qu’elle voulait tout simplement.
    Quand ils se retrouvent dimanche après-midi, ils se rendent à Bouchaoui et y passent deux heures à discuter, se découvrant des affinités. Et si Ibtissem ne sait pas s’il est l’homme de sa vie, lui, Fethi est sûr de ses sentiments. Ibtissem est celle qu’il a toujours rêvé de rencontrer. Elle est jeune, belle, intelligente et surtout elle sait charmer. Ils n’en sont qu’à leur deuxième rencontre, déjà il pense à parler d’elle à sa mère. Même s’il ne lui en dit rien, il fait des projets pour eux, dans un proche avenir. Mais il faut déjà qu’elle dise oui…
    - Je t’aime Ibtissem… Je ne sais pas pour toi, mais mes sentiments sont très forts et je ne voudrais pas te perdre… Je veux me marier avec toi !
    - Mais on se connaît à peine ! proteste Ibtissem, flattée en son for intérieur. Aucun des garçons qu’elle avait fréquentés auparavant ne lui avait parlé de mariage… Et on est encore jeunes… Rien ne presse !
    - Pourquoi ne pas se fiancer ? On se marierait l’année prochaine… Je ne pourrais jamais te fréquenter sans être engagé officiellement… Tu dois me comprendre. Je t’aime… Je tiens à m’afficher avec toi, à t’emmener partout où j’irai… Tu comprends ?
    - Bien sûr… Ta famille ne te posera pas de problèmes ? s’enquit-elle. Unique fils, ta mère a sûrement des projets pour toi… Tu ne crois pas ?
    - Je sais, mais ce qui compte, ce sont les miens ! lui assure-t-il. Je te veux parce que je t’aime… Ibtissem, dis-moi oui !
    - Attendons la fin de l’année pour décider définitivement ! répond-elle. D’ici là, on en aura parlé à nos familles… Au fait, tu habites quel quartier ?
    Quand Fethi le lui nomme, elle fronce les sourcils.
    - Tu blagues ?
    - Il n’y a pas de quoi blaguer. Pourquoi, qu’est-ce qui te surprend ?
    - Fethi, on habite le même quartier, lui apprend-elle.
    - Avec un peu de chance, nos bâtiments doivent se faire face ! espère Fethi.
    Et ils habitent bien la même rue. Ils s’étonnent de ne jamais s’être rencontrés avant.
    - On ne devait pas sortir à la même heure, dit la jeune fille. Ma mère doit sûrement connaître la tienne… J’espère qu’elles s’apprécient !
    La mine embarrassée, Fethi revient de nouveau sur la demande en mariage.
    - Si nos familles se connaissent, il est impératif d’officialiser… On ne pourra pas jouer à cache-cache longtemps… Les gens du quartier nous verront et se mettront à jaser… Autant leur boucler le bec avant !
    - D’accord ! Tu en parles quand à ta mère ? demande Ibtissem.
    - Dès ce soir… Et toi ?
    - Je pourrais aussi le faire ce soir mais je préfère attendre un peu… Dès que je verrai la position de ta mère !
    - Je peux t’appeler la nuit ? s’enquit Fethi. à partir de dix heures ?
    - Bien sûr… Il est bientôt six heures, il faut que je rentre maintenant…
    - Je sais… Mon copain doit m’attendre pour récupérer sa voiture… Je t’aime Ibtissem ! Ne l’oublie jamais !
    - Moi aussi !
    - On s’appelle !
    - Oui !
    La jeune fille s’attend à ce qu’il l’embrasse avant de rentrer mais il n’en fait rien. Il ne veut pas brusquer sa pudeur. Elle est si déçue qu’elle se tourne du côté de la vitre, pour se donner la force de réprimer un fou rire. Pour quelqu’un qui a eu le coup de foudre pour elle, son sang-froid l’étonne.
    Fethi la dépose non loin de leur quartier. Ibtissem se presse de rentrer chez elle. Sa mine rayonnante surprend sa mère et l’inquiète un peu.
    - Quel coup as-tu préparé avec ta copine Fella, qu’est-ce que vous mijotez encore ?
    Ibtissem l’embrasse sur la joue et lui prend les mains.
    - Détrompe-toi, je n’ai même pas eu le temps de voir Fella aujourd’hui ! Elle n’est pas si mauvaise que ça, tu sais !
    - Tes yeux ne me disent rien qui rassure, insiste sa mère en soupirant. Qu’y a-t-il ?
    - Un grand événement. Tu en seras peut-être choquée, la prévient Ibtissem en l’entraînant dans sa chambre, la forçant à s’asseoir. Il vaut mieux que tu sois assise !
    Elle se tait, tentant de se calmer un peu, se donnant le temps de trouver les mots. Elle ne sait même pas par quoi commencer. Et l’attente ne fait qu’impatienter sa mère. Elle ne tient plus en place. Comme toujours, elle pense au pire…

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  7. Artisans de l'ombre Dit :

    -Ah ! et comment s’appelle-t-il ?
    - Fethi B… Il habite juste en face de nous … Sa mère Houria est une veuve de chahid… Elle a deux filles qui sont mariées !
    - Il veut vraiment se marier avec toi ? s’enquit Yamina. Mais tu n’as pas terminé tes études ! Ne fait pas la folie de les abandonner pour un homme. Qui sait ce que réserve l’avenir ?
    - Mais je n’ai aucunement l’intention de les abandonner, la rassure Ibtissem. Et le mariage n’est pas prévu pour cette année… On se fiancera seulement !
    - Si sa mère accepte ! émet Yamina. Si elle est du quartier, elle doit tout savoir sur toi, sur ton mauvais caractère, sur ta façon de te moquer de tout…
    Certes, il faut reconnaître que quand tu le veux, tu sais charmer mais ce n’est pas tout le temps ! Je te vois mal vivre avec une belle mère derrière le dos, à surveiller et à critiquer tes moindres faits et gestes !
    - On se trouvera un logement, dit la jeune fille. Il est vrai qu’avec mon caractère, une belle mère ne supportera pas que je mette la stéréo à fond et le style de vie que je voudrais vivre avec mon mari ! Mais tout cela est bien loin. Attendons que le moment vienne pour en discuter ! Une fois qu’il aura discuté avec sa mère, il m’appellera pour tout me raconter.
    - Prépare-toi à de mauvaises nouvelles !
    Et sa mère ne se trompe pas. De l’autre côté de la rue, chez Fethi, l’humeur n’est pas à la joie. Au début, quand il avait parlé de se marier à sa mère, elle en avait été heureuse et surprise. Elle s’était attendue à ce qu’il lui demande de lui choisir celle qui serait sa femme.
    - Ah ! lâche-t-elle, très déçue. Tu as déjà rencontré quelqu’un ? Elle est bien, j’espère ?
    - Elle est du quartier… Elle s’appelle Ibtissem, lui apprend-il. Elle est fille unique. Ses parents sont très vieux . Ils l’ont eue à un âge avancé !
    - Sa mère ne s’appellerait pas Yamina ? demande Houria.
    - Oui…
    - Tu as choisi la pire de toutes ! s’écrie-t-elle en devenant blême. C’est une vraie peste ! Jamais elle ne sera ma belle fille !… Jamais !
    - Mais qu’est-ce que tu as contre elle ? Tu ne la connais même pas !
    - Mais qui ne la connaît pas ? rétorque sa mère. Là où elle passe, on ne voit qu’elle, on ne parle que d’elle ! Tu as vu son allure ! C’est le diable personnifié ! Je te jure, mon fils ! Elle n’est pas digne de toi…
    - Maman, c’est une fille merveilleuse ! Je l’aime ! Et je la veux pour femme ! insiste Fethi. Je n’en veux pas d’autres, tu comprends ? Je sais que tu veux me proposer d’autres filles, de bonnes familles, ou peut-être tes nièces, bien sûr ! mais je m’en passerais. Mon choix est fait.
    - Ingrat ! Et moi qui ai cru avoir réussi ton éducation, me voilà bien déçue ! Comment oses-tu me parler ainsi ? s’écrie Houria. Tout mais pas cette fille pour bru !
    - Et tout sauf une autre pour femme ! l’avertie Fethi. C’est ma vie et mon mariage ! Je ne t’ai pas demandé de te consacrer uniquement à moi… Tu aurais pu refaire ta vie si tu le voulais. Et je ne suis pas ingrat. Enfin, ne me pousse pas à l’être. Prépare-toi à la demander en mariage d’ici quelques jours !
    - Mon Dieu ! Qu’ai-je fais de mal pour que tu tombes amoureux de cette fille ?
    - Elle est un cadeau du ciel, maman ! Ce serait un crime que de m’en priver. Si tu m’aimes vraiment, arrange-toi pour que sa famille ne refuse pas ma demande !
    Houria proteste encore mais Fethi se bouche les oreilles. Jamais il ne renoncera à Ibtissem. Il y a quelques jours, il ignorait encore tout de son existence mais depuis qu’il l’avait vue et approchée, il ne peut plus s’en passer.
    En s’enfermant dans sa chambre, refusant de dîner, il donne libre cours à sa peine. Jamais il n’aurait imaginé avoir la force de tenir tête à sa mère, de la décevoir. Il y a des années depuis qu’elle pense à son mariage. Elle devait avoir une liste de belles filles auxquelles elle aurait voulu le présenter pour qu’il fasse son choix. Mais son cœur à lui, s’est déjà fixé sur le beau papillon qu’est Ibtissem.
    Alors qu’il sort de sa chambre, il est surpris de trouver sa mère au téléphone. Cependant, il aurait dû s’y attendre. Sa mère allait contacter ses sœurs et les mettre au courant de la folie qu’il allait commettre. Ces dernières feront tout pour le ramener à la raison, pour son bien. Comme si elles peuvent savoir ce qu’il y a de mieux pour lui. Dans le fond, sa mère est trop égoïste et possessive pour accepter que quelqu’un vienne se mettre entre eux, pour qu’elle soit en second plan dans sa vie. Fethi est décidé, même si elle allait en souffrir, à se passer de sa bénédiction, pour pouvoir vivre avec celle qu’il aime à la folie. Il ne peut pas sacrifier son bonheur uniquement pour paraître reconnaissant envers celle qui avait sacrifié les plus belles années de sa vie pour lui. Le jeune homme est contraint de se passer de sa bénédiction. Sa mère reste accrochée au téléphone, comme si l’avenir en dépendait.
    Fethi retourne à sa chambre. Il est plus de onze heures. Il n’ose pas l’appeler, même si la tentation est forte. Sa mère a réussi à gâcher sa joie. Ibtissem le reconnaîtra au son de sa voix. Elle allait se douter de quelque chose.
    Que pourra-t-il lui dire à leur prochain rendez-vous. Que sa mère ne veut pas d’elle parce qu’elle est une garce ? Ou qu’elle lui a déjà trouvé quelqu’un de plus sérieux qu’elle. Ou rien de tout cela…
    Il lui dira qu’il tient à elle, rien qu’à elle. Mais ce sera sans compter sur sa mère. Quand elle le veut, elle peut se montrer cruelle. Fethi se demande s’il pourra lui tenir tête quand elle prendra les devants, pour tout gâcher entre eux. Il la connaît assez pour savoir qu’elle ne se pliera pas à son choix sans se battre. Ce sera la première fois de sa vie qu’il lui tiendra tête.
    Ibtissem en vaut la peine. Quel que soit le prix à payer, il irait jusqu’au bout.

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  8. Artisans de l'ombre Dit :

    -Ta mère ne veut pas de moi ? Mais elle ne me connaît pas ! Comment peut-elle porter un jugement sur ma personne, ainsi, en se basant sur les dires des autres ?
    - Maintenant que je lui ai parlé de toi, elle va changer de sentiments, la rassure Fethi. Car elle n’a pas le choix…
    - Tu tiens vraiment à moi ! constate Ibtissem. Mais si elle persiste à refuser, que feras-tu ?
    - On ira vivre ailleurs !
    Et pour bien faire sentir à sa mère qu’il ne changera pas, il ne goûte à rien de ce qu’elle prépare. Il s’arrange pour ne pas rentrer le soir, trois nuits de suite. Ses sœurs sont venues afin de lui parler, de lui faire entendre raison mais il les fuira, ne tardant jamais quand il passe à la maison, pour y prendre des affaires. Sa sœur aînée Fatia a tenté de savoir où il passait ses nuits. Mais il lui a répondu évasivement.
    - Chez des amis… Au moins auprès d’eux, je peux être moi-même !
    - Fethi, personne dans le quartier ne dit du bien de cette fille… Pourquoi vouloir gâcher ta vie à tout prix ?
    - Pourquoi voulez-vous me la gâcher ? J’aime cette fille plus que ma vie. Faut-il me perdre pour qu’elle le comprenne ?
    - Comment « te perdre » ? reprend Fatia. Qu’est-ce que tu veux dire par là ?
    - Tu as très bien compris ! Dès qu’elle sera prête à la demander en mariage, passe-moi un coup de fil ! Je décrocherais uniquement si je reconnais ton numéro ! Je ne reviendrais pas à la maison tant qu’elle ne se sera pas décidée !
    Il n’y a que sa mère qui fait obstacle à son bonheur. Si elle daignait faire un effort, il sait qu’il pourrait imposer à Ibtissem le fait de vivre avec. Mais maintenant qu’elle connaît ses sentiments à son égard, ce ne sera pas facile.
    Les jours qui suivent, les deux tourtereaux se voient chaque après-midi et ils vont danser chaque jeudi soir. Un samedi, ils se rendent à la mer. Fella est accompagnée de son petit ami qui est aussi l’ami de Fethi. Alors qu’ils vont chercher des boissons, les deux jeunes filles Fella et Ibtissem en profitent pour discuter de leurs études, de leur avenir.
    - Sa mère ne veut toujours pas me demander en mariage, lui confie Ibtissem. Ma mère s’en doutait depuis le début… Qu’ai-je de si répugnant ? Pourquoi les gens parlent de moi en mal ?
    - Regarde-toi dans une glace ! Dame nature t’a comblée… On ne peut que t’envier et être jalouse de toi !
    - Tu sais… rien que pour l’enrager, je vais m’accrocher à Fethi et le rendre encore plus amoureux de moi, au point de lui faire oublier toute sa famille. Il ne verra que moi !
    - Si sa mère finit par t’accepter pour belle-fille, il te faudra changer sur un bon nombre de points, la prévient Fella. Abandonner la cigarette, ne pas te promener en short et débardeur, ne plus te maquiller comme une star… Il te faudra apprendre à cuisiner, à faire le ménage, à être polie et respectueuse ma chère !
    - S’il faut faire tout ça, je ne me marie pas ! déclare Ibtissem. Enfin… Je vais me marier avec Fethi uniquement pour rendre furieuse sa mère et je ne changerai aucune de mes habitudes. Elle m’aura pour belle fille telle que je suis maintenant ! Je ne changerais pas pour elle !
    Plus d’un mois passe sans que Fethi et sa mère ne se soient reparlés et revus. À chaque appel, il n’a pas répondu. Il a ignoré aussi ceux de ses sœurs. Si bien que sa sœur Fatia vient le voir au lycée où il travaille. Fethi ne l’accueille pas avec chaleur. Il reproche à sa sœur de ne pas avoir tenté de presser sa mère à accepter Ibtissem.
    - Dis-lui de venir elle-même ! Puisqu’elle m’a fait attendre aussi longtemps, qu’elle ne soit pas choquée en apprenant que je ne veux plus vivre à la maison !
    - Et où vivras-tu ?
    - N’importe où… à l’hôtel peut-être, répond Fethi très sérieusement au point de rendre pâle sa sœur. Enfin, même si elle vient jusqu’à moi, il n’est pas sûr que je rentre à la maison ! Pas tant que je ne serais pas sûr que ses sentiments sont sincères et qu’elle regrette vraiment ce qu’elle nous a fait endurer !

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  9. Artisans de l'ombre Dit :

    RÉSUMÉ : Ibtissem n’est pas près de changer pour plaire à sa belle-mère. Elle est très remontée contre elle. Sa décision est prise, elle fera sa vie avec Fethi. Ce dernier n’a plus reparlé avec sa mère. Lorsque sa sœur vient le voir au lycée, il lui envoie un message très clair. Il ne lui pardonnera pas ce qu’elle leur fait endurer…

    -Tu es vraiment sûr qu’elle viendra aujourd’hui ?
    - Oui, répond Ibtissem tout en continuant à se maquiller. Et elle tient à ce qu’on se marie cet été, donc dans deux mois !
    - Et tes études ? s’inquiète à nouveau Yamina. Tu ne vas pas les abandonner ?
    - Sois rassurée maman… Je les poursuis tout en étant mariée… Fethi me donnera un coup de main lors des examens ! Il tient à ce que j’aie une vie professionnelle ! Cela nous évitera à moi et à sa mère de nous entretuer en son absence !
    - Ça, je veux bien le croire ! soupire Yamina. Jamais elle ne te pardonnera de lui avoir pris son fils !
    Mais Ibtissem n’en a cure. Quand Houria vient, une demi-heure plus tard, elle l’accueille chaleureusement, découvrant qu’elle pouvait être hypocrite.
    Elle la conduit au salon et la laisse avec sa mère un bon moment avant de leur apporter du café. Elle leur sert et dépose des gâteaux devant elles. Elle s’apprête à quitter le salon quand sa future belle-mère lui demande de rester.
    - Fethi m’a dit que le mariage est prévu pour cette année… Pourquoi êtes-vous si pressés ? Y aurait-il quelque chose que j’ignore ?
    Ibtissem la regarde sans comprendre. Elle ne voit pas où elle veut en venir, mais sa mère si. Cette dernière s’est levée, furieuse, elle s’en prend à Houria.
    - Comment osez-vous insinuer que ma fille n’est pas pure ? Qu’elle est peut-être enceinte ?
    - Si l’idée vous est venue à la tête, c’est parce que vous savez qu’elle en serait capable ! rétorque Houria. Avec elle, il faut s’attendre à tout !
    - Demandez à votre fils de passer me voir ! Je ne veux plus avoir à faire à vous…
    Ibtissem devine que la mère de Fethi veut un conflit entre elles, tout cela pour gâcher leur mariage.
    - Laisse-la dire maman ! Elle veut nous créer des problèmes, mais on n’entrera pas dans son jeu ! Fethi ne lui a pas laissé le choix. Elle est là de force !
    - Comment pourras-tu vivre heureuse avec Fethi alors que vous habiterez avec une sorcière ? Il n’est pas trop tard pour bien faire…
    Mais Ibtissem est sûre de ses sentiments, tout comme Fethi. Le mariage est prévu à la mi-juillet, dans un mois et demi. Le temps juste de tout préparer, le temps pour Ibtissem de terminer son dernier module et d’aller récupérer les résultats de fin d’année. Puis il lui faudra louer une robe de mariée et d’autres, peut-être, pour s’exhiber durant la fête. S’il ne tenait qu’à Ibtissem, elle se marierait en jeans et le problème serait réglé.
    Mais elle doit se plier aux traditions, pour faire plaisir à sa mère et pour boucler le bec à d’autres.
    Comme convenu, le mariage est fêté dans une salle du quartier, ce qui permet à leurs familles et leurs amis de se déplacer sans problème. Tout se passe dans la bonne humeur, même si le sourire de Houria ressemble souvent à une grimace…
    Le lendemain matin, ils partent en lune de miel à Béjaïa. Ils y restent seulement deux semaines. Ibtissem doit se préparer pour la rentrée et assister aux rattrapages. Elle n’avait pas réussi le dernier examen avant les vacances. Avec un peu de chance, elle pourrait l’améliorer. Elle aura ainsi deux ou trois points de plus. Elle pourra préparer sa licence cette année. Mais il faut qu’elle se concentre. Chose très difficile en la présence de sa belle-mère qui profite du moindre prétexte pour la déranger dans son travail.
    - Et le déjeuner, à quelle heure vas-tu le préparer ?
    - Fethi apportera une pizza en rentrant, répond Ibtissem, faisant un grand effort pour garder son calme. Et des fruits pour le dessert !
    - Tu n’as pas fait le ménage comme il se doit ! Le parterre doit être frotté chaque jour !
    - Je suis en plein examen ! Le ménage, je le ferai plus tard, soupire Ibtissem en se levant du bureau où des livres et des classeurs étaient ouverts. Maintenant j’aimerais que tu me fiches la paix !
    - C’est quoi cette façon de me parler ? crie Houria, mettant hors d’elle sa jeune belle-fille. Un peu de respect !
    Mais Ibtissem ne peut plus écouter la voix de la raison. Sa belle-mère lui cherchait la noise depuis leur retour de Béjaïa. Au début, elle avait bien voulu faire comme si de rien n’était. Mais maintenant qu’elle avait repris les cours, elle ne se laissera pas faire. Sa belle-mère fera tout pour qu’elle échoue dans ses études. Si elle pense pouvoir y parvenir, c’est qu’elle ne connaît vraiment pas Ibtissem.
    Celle-ci l’attrape par la dentelle de sa robe et la secoue deux fois, sans la lâcher.
    - écoute vieille grincheuse ! Soit tu me fiches la paix, soit je pars avec ton fils… Et tu peux être sûre de ne pas le revoir avant longtemps… Tu as compris ?
    - Oh ! … Oh …
    à peine qu’Ibtissem la libère qu’elle se met à crier comme si elle avait reçu des coups. Toute cette mise en scène pour que les voisins apprennent que rien ne va chez elle, depuis qu’elle a Ibtissem pour belle-fille. Et comme elle crie encore longtemps, Ibtissem sort son sac de son armoire et s’habille. Elle ne va pas rester ici plus longtemps. Cette guerre est insupportable. Il ne lui reste plus qu’à rentrer chez ses parents. Elle en profitera pour mieux se concentrer sur son examen et aussi pour voir si Fethi tient vraiment à elle et surtout s’il va la croire elle ou sa mère !

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  10. Artisans de l'ombre Dit :

    -écoute, je te propose de se séparer quelques jours… On y verra un peu plus clair dans nos sentiments et ce à quoi on tient le plus !
    La proposition d’Ibtissem n’enchante pas Fethi.
    - Pourquoi resterais-tu ? Maman…
    - écoute, l’interrompt Ibtissem. Si je rentre ce soir, il y aura un autre conflit avec ta mère… Je vais rester ici quelques jours, le temps que ça se tasse… Et puis, on pourra mieux réfléchir à la situation. Si rien ne change et qu’elle me cherche toujours, tu peux être sûr que je te demanderai de choisir entre moi et elle ! Et il ne dépend que de toi pour qu’on n’en arrive pas là !
    - Tu sais que je t’aime Ibtissem !
    Ibtissem le sait mais cela n’empêche pas de vouloir prendre du recul. Elle profite des quelques jours passés chez ses parents pour réviser en toute tranquillité. Elle réussit à obtenir une meilleure note au dernier module. Ainsi, elle n’a plus qu’à préparer sa licence.
    Fethi est si heureux qu’il l’emmène au restaurant. Ibtissem a eu peur d’essuyer un échec. Durant les semaines qui avaient précédé leur mariage, elle ne s’était pas donnée à fond. Puis, il y avait eu sa belle-mère. Sans cette querelle, elle serait restée et aurait sûrement échoué. La réussite de cet examen lui assure celle de sa vie. Tant qu’elle étudiera ou travaillera, elle supportera toutes les misères que pourra lui faire sa belle-mère.
    Au cas où elle n’a point changé de sentiments, cela lui éclatera à la figure un jour, en la présence de son fils. à ce dernier, il ne restera qu’à choisir !
    - Maintenant que tu as réussi, quand reviendras-tu mettre de la lumière à la maison ? Je suis comme aveugle depuis que tu n’es plus là… Tu me manques, tu sais ?
    - Je sais… Ta mère doit être resplendissante ces jours-ci, dit Ibtissem. Son moral risque de prendre un coup si elle me voit débarquer sans crier gare !
    - Oublie maman ! lui demande Fethi. Reviens pour moi… Je t’aiderai à faire le ménage et la cuisine ! Et même, en échange de câlins, je veillerai avec toi pour que tu aies la force de réviser !
    - à condition que tu assures ma défense auprès de ta mère si elle me cherche encore, dit Ibtissem, très sérieuse, sinon je reste là où je suis !
    - Ne t’en fais pas ! Mon humeur était si exécrable qu’elle ne s’avisera plus à tourner autour de toi, lui assure son mari. Elle sait que ton absence est à l’origine de ma tristesse et de ma mauvaise humeur !
    - Puisque tu l’affirmes, je veux bien te croire ! Passe me prendre ce soir… N’oublie pas les fleurs et un cadeau !
    Avant de rentrer à la maison, elle se rend chez le coiffeur et se fait une nouvelle coupe. Ce qui la transforme. Elle en est encore plus belle. Elle s’offre un tailleur vert qui ressort avec ses yeux.
    Dès que sa mère la voit, elle devine qu’elle va repartir chez elle.
    - Pourquoi ne pas rester encore un peu ? Ta belle-mère en tirerait une leçon…
    Mais Ibtissem ne la laisse pas terminer.
    - Fethi va arriver d’une minute à l’autre… Si elle ne veut pas le perdre, dit-elle pour revenir au sujet qu’avait abordé sa mère, elle n’a qu’à se tenir tranquille, sinon on viendra s’installer ici ou ailleurs ! Fethi me l’a assuré…
    Ce dernier ne tarde pas à venir la chercher. Il est agréablement surpris du changement opéré en sa femme, en l’espace de quelques heures.
    - Tu l’as fait pour provoquer la colère de ma mère ?
    - Non, pour toi seulement. Pour ton plaisir…
    Pour la première fois depuis qu’ils se sont mariés, elle lui ment. Certes, elle a voulu lui faire plaisir, mais c’était beaucoup plus pour mettre sa belle-mère hors d’elle, pour bien mettre en évidence que Fethi tenait plus à elle qu’avant. Plus que jamais, Ibtissem était prête à lui empoisonner la vie, mais en douce …

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  11. Artisans de l'ombre Dit :

    Houria n’est pas enchantée de voir sa belle-fille partir au restaurant pour fêter son retour à la maison.
    - Vous n’avez qu’à rester, je vous ferai un couscous, propose-t-elle le visage blanc de colère. Ce n’est pas nécessaire d’aller dehors pour dîner !
    - On tient à être un peu seuls, répond Ibtissem. Ta présence ne ferait que mettre de l’ombre sur notre bonheur !
    - Et moi qui me réjouissais de ton retour, s’exclame Houria. Je constate que ces trois semaines chez tes parents n’ont pas arrangé ton caractère … Quand grandiras-tu et seras-tu une vraie femme ?
    - Inutile de t’inquiéter, je le serais un jour ! Actuellement Fethi m’aime beaucoup ainsi, pourquoi changerais-je alors qu’il me demande d’être moi-même ? rétorque Ibtissem en arrangeant quelques mèches devant la glace du vestibule d’entrée. Fethi ?
    - J’arrive !
    Ibtissem est heureuse en le voyant sortir de leur chambre. Il s’était changé pour l’occasion.
    - Bonne soirée yemma ! lance-t-elle à sa belle-mère avant de partir avec son mari, bras dessus, bras dessous.
    Ils se rendent à Sidi Fredj où les attendent Fella et Ouahab. Ces derniers envisagent de se marier. Ibtissem sait que Ouahab n’a pas de logement. La vie que mènerait Fella serait aussi insupportable que la sienne.
    - Je vais me trouver un travail à mi-temps, ainsi, une fois mariés, on pourra louer un studio ! Et toi, pourquoi ne te chercherais-tu pas un petit boulot tout en préparant ta licence ?
    - L’idée m’a déjà effleurée mais j’ignore si je pourrais faire les deux en même temps… Je crois que je vais attendre la fin de mes études pour chercher… C’est ma dernière année, il faut que je me donne à fond, tu comprends ? Surtout que je vais devoir supporter cette vieille grincheuse !
    - Fethi prend ton parti quand ça ne va pas ? demande Fella.
    - Pas vraiment, mais je sais qu’il lui est difficile de renoncer à sa mère, et même de croire qu’elle puisse être mauvaise, soupire Ibtissem. La guerre va continuer… si elle n’en meure pas, elle va prendre des années !
    Elles s’excusent auprès de leurs hommes, pour se rendre aux toilettes. Là, Ibtissem sort une cigarette de son sac. Il y a longtemps qu’elle n’a pas fumé la nuit. Elle tire quelques bouffées avec plaisir. Fella le remarque.
    - Tu as arrêté la cigarette ?
    - Non, mais je n’ai pas d’endroit où fumer tranquillement, lui confie Ibtissem. Fethi n’y touche pas… Parfois, j’en grille une quand elle est absente mais c’est rare … Elle est comme maman, elle a un très bon flair !
    - Tu ne fumes pas dans ta chambre ?
    - Non, dans la salle de bain, près de la fenêtre ! J’en meure d’envie quand je révise, dit la jeune femme. J’aimerais bien arrêter mais c’est plus fort que moi !
    - Si ta belle mère te surprend, tout le quartier sera mis au courant ! Fais très attention ! Dépêche-toi, cela fait dix minutes qu’on est là. Ils vont se demander ce qu’on fait, ce qui peut nous retenir !
    Juste après le restaurant, ils vont danser pendant deux heures. Ibtissem et Fethi rentrent avant leurs amis. Fethi travaille à huit heures, et il est un peu plus de minuit.
    Comme elle s’y attendait, sa belle mère n’est pas encore couchée quand ils rentrent.
    - Vous avez fini de faire la fête ?
    Ibtissem passe devant elle sans répondre et va à sa chambre. Fethi reste avec sa mère et tente de lui faire comprendre que si elle ne fait pas un effort, leur vie sera un enfer pour eux trois.
    - Je ne te demande pas de l’aimer mais de l’accepter… Elle est ma femme et je n’en prendrais pas d’autre même si tu la hais !
    - Ce que tu peux être aveugle ! Elle te mène par le bout du nez… Aussi, si tu n’étais pas aussi bête, tu comprendrais qu’elle se moque de tout le monde ! Et c’est quoi l’odeur qu’elle traîne derrière elle ?

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  12. Artisans de l'ombre Dit :

    -De quoi parles-tu encore ?
    - Ça sent la cigarette, répond Houria. En plus d’être une brute, ta femme fume… Un homme manqué au centimètre près !
    Fethi lui rappelle qu’ils ont été au restaurant puis en discothèque. Ce dernier est un lieu où il y a de la fumée.
    - Pourquoi essayes-tu à tout prix de lui coller tous les défauts qui te traversent l’esprit ? Ibtissem n’est pas aussi mauvaise que tu ne le crois ! Elle n’a que vingt et un ans… Même si elle a des défauts, avec le temps elle se corrigera !
    - Mon Dieu ! Mais qu’ai-je fait pour avoir un fils qui craint beaucoup plus sa femme que sa mère ?
    - Je l’aime tout simplement maman, et tu as toute la nuit pour réfléchir à ce que je vais te dire maintenant… Ne me force pas à choisir !
    Sur ce, il laisse sa mère et va dans sa chambre. Ibtissem dormait déjà quand il la rejoint au lit. Il ne peut résister à l’envie de la réveiller.
    - Mais qu’est-ce qu’il y a ? marmonne-t-elle. Il est quelle heure ?
    - Deux heures et demie… Tu sais de quoi m’a parlé maman ?
    - Non ! Dis et laisse-moi dormir ! le presse-t-elle.
    - Elle dit que tu fumes, lui apprend-il. La plupart du temps, elle ne se trompe jamais sur les odeurs qu’exhalent les autres ! Mais je doute pour ce soir… J’aimerais savoir Ibtissem… Est-ce que tu fumes ?
    Une lueur passe dans les yeux d’Ibtissem alors qu’elle soupire. Elle secoue la tête et ferme les yeux, quelques secondes, juste pour se débarrasser de ce sentiment de haine qui vient de traverser son cœur. Elle sait que cela doit aussi se lire dans ses yeux. Pour rien au monde, elle ne voudrait blesser son mari.
    à la façon dont il la regarde, elle devine qu’il ne supporterait pas une réponse qui le décevrait.
    Alors, elle préfère mentir. Mais tôt ou tard, il le découvrira. Elle n’ose même pas imaginer comment il prendra la chose…
    - Qu’est-ce qu’elle n’irait pas imaginer pour gâcher notre entente ? émet-elle en soupirant de nouveau. Je ne fume pas Fethi… Je sais que tu es contre… Enfin, le mauvais côté de l’émancipation de la femme ! Tu es d’accord pour qu’une femme travaille, sorte s’amuser mais il y a des limites à toute chose ! Toi-même tu ne fumes pas, tu ne bois pas… Un vrai petit religieux ! ajoute-t-elle sur le ton de la plaisanterie. Tu es rassuré ?
    - Oui…
    Fethi est si soulagé qu’il l’embrasse sur le front. Il ne demande pas plus d’elle, d’être une bonne petite religieuse.
    Et malgré toute sa bonne volonté, même si elle veut l’être uniquement pour lui plaire encore davantage, elle n’arrive pas à se débarrasser de certaines habitudes. Des habitudes qui sont loin d’être celles d’une fille de bonne famille. Seul Dieu sait que ses parents ont tout fait pour réussir son éducation. Et s’ils l’ont ratée, c’est indépendamment de leur volonté.
    S’il ne tenait qu’à eux, Ibtissem ne se serait jamais mariée. Elle était jeune, et quand ils ont appris que la mère de Fethi n’était pas d’accord pour cette union, ils avaient vu les problèmes que rencontrerait Ibtissem plus tard.
    à plusieurs reprises, ils l’avaient mise en garde. S’il y a un quelconque problème, elle doit assumer. Même si elle est leur unique enfant et qu’ils l’adorent, ils ne tiennent pas à être mis au courant. Ce mariage, c’est elle qui l’avait décidé et voulu. Qu’elle assume…
    Lorsque les querelles reprennent entre elle et sa belle-mère, Ibtissem ne met personne au courant. Malgré la tension qui règne à la maison, elle arrive à se concentrer sur ses études et obtient de très bonnes notes aux examens de fin de semestre, puis elle prépare sa licence avec son amie Fella et un groupe d’étudiants prêts à tous les sacrifices pour réussir.
    Et Ibtissem en paye le prix. Elle ne dort presque plus. Elle passe ses nuits à étudier, prenant beaucoup de café et de vitamines pour rester le plus longtemps éveillée.
    Parfois, sa belle-mère, plus grincheuse et rancunière que jamais, se levait uniquement pour la déranger. Ibtissem préférait la cuisine au salon. Elle y était plus à l’aise et n’avait pas à faire de va-et-vient quand elle avait envie de boire ou de grignoter quelque chose.
    Houria avait pris l’habitude de se lever au milieu de la nuit, pas toujours à la même heure, et faisait sa ronde. Ibtissem grillait une cigarette ou deux avant minuit, puis attendait l’aube pour en prendre d’autres. Aussi, elle laissait la fenêtre ouverte pour que l’air frais de la nuit en chasse l’odeur. Durant toute l’année universitaire, elle dut se surveiller et bien qu’elle ait tenté de n’avoir aucun conflit avec sa belle-mère, cette dernière s’acharnait à trouver n’importe quel prétexte pour s’accrocher avec elle, uniquement pour la troubler. Mais Ibtissem tint bon.
    Quand elle réussit aux examens de fin d’année et obtient sa licence, sa belle-mère tombe malade. Elle a échoué. Chose qu’elle ne peut pas supporter…

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  13. Artisans de l'ombre Dit :

    Ibtissem est aux anges. Son rêve d’enfance s’est réalisé. La licence en poche, elle réussit un autre exploit. Elle se trouve du travail dans une petite entreprise où elle s’occupe des comptes. L’entreprise l’aide à obtenir un logement. Ibtissem en profite pour le louer à un couple de médecins. Avec l’argent, elle s’achète une petite voiture pour ne pas avoir de problèmes de transport, pour n’être jamais en retard à son travail. Un métier qui la passionne.
    Durant les vacances, Ibtissem laissait son mari à la maison et il se changeait des tâches qu’elle ne pouvait pas accomplir avant de partir au travail. Ce qui n’est pas pour enchanter sa belle mère.
    - Je te l’avais dit… c’est un homme manqué… Elle te commande, tu lui obéis, tu lui es complètement soumis ! Tu me fais de la peine Fethi !
    - Tu ne l’as jamais aimée, et depuis qu’elle a réussi sa vie professionnelle, tu en es malade de jalousie ! Dommage ! Ibtissem est si adorable… Tu ferais un effort qu’on se retrouverait au paradis ! Tant pis pour toi ! Tant pis pour nous !
    - Ta femme n’a rien d’exceptionnel ! Même si tu ne veux pas me croire, les défauts qu’elle a, je ne les imagine pas mon fils…
    Plus tard, tu reconnaîtras que j’étais dans le vrai !
    Mais Fethi ne l’écoute plus. Dès la rentrée, il met sa mère au second plan et aide sa femme du mieux qu’il peut avant de partir au travail. Comme Ibtissem travaille en dehors d’Alger, elle est contrainte de partir dès sept heures pour ne pas être coincée en route. Elle emporte toujours son déjeuner de la maison. Elle n’aime pas sortir à la pause du midi. C’est ce qu’elle dit à sa famille.
    En réalité, c’est pour pouvoir fumer à l’aise. Seule au bureau, elle n’a pas à craindre d’être surprise. Parfois elle reçoit la visite de son amie Fella qui est encore au chômage. Elle vit clandestinement à la cité de jeunes filles.
    Ibtissem lui donne, à chaque visite, de l’argent et parfois des habits. Fella en a besoin. Elle n’a plus aucun contact avec sa famille. Elle ne tient pas à retourner à M’sila. Là, elle perdrait sa liberté. Il lui faudra changer. Ibtissem sait combien c’est dur et presque impossible. Même si elle tient à devenir comme les autres. À se ranger…
    Pour que son amie ne se sente pas seule, Ibtissem l’invite souvent à passer la nuit chez elle. Comme Fethi la connaît, elle n’a aucun problème avec lui. Pour que sa mère ne se fâche pas après Ibtissem, il dit qu’elle est son invitée.
    Fella se sent si bien parmi eux qu’elle participe à tout ce que fait son amie. Après le dîner, ils restaient à discuter tous les trois. Parfois, Ibtissem ne se joignait pas à eux quand elle ramenait du travail à la maison. Elle restait à la cuisine pour pouvoir travailler, sans être troublée. En entendant leurs rires, elle aurait aimé les rejoindre, mais elle faisait toujours passer son travail en premier.
    Comme toujours, sa belle-mère fait une ou deux apparitions dans la cuisine. Elle en profite pour faire des remarques, tentant d’éveiller des doutes sur la nature de la relation entre Fethi et de Fella.
    - Mais tu n’as pas de cœur ! Comment peux-tu te concentrer dans ton travail alors qu’ils sont seuls ?
    - Ils sont au salon, pas dans la chambre, répond Ibtissem sans lever les yeux du dossier qu’elle étudiait. Enfin, ils peuvent faire ce qu’ils veulent… Ils ont ma bénédiction !
    - Ah ! Si tu te montres aussi tolérante, c’est que toi-même tu dois trahir mon fils ! s’écris Houria. Il n’y a pas d’autres explications !
    - Je ne m’attendais pas à une sortie de ce genre mais, maintenant, je n’en suis pas surprise, répond Ibtissem. Qu’est-ce que tu n’irais pas imaginer pour me poser des problèmes ! Pauvre vieille ! Tu te prépares à d’autres déceptions…
    Mais Houria s’accrochait à ce qu’elle venait d’imaginer. L’idée avait fait le tour de son esprit. Elle était convaincue d’être dans le vrai, et elle allait le prouver à son fils. Pour ne pas inquiéter sa belle-fille et pour la mettre en confiance, elle n’aborde plus le sujet. Elle allait mener sa propre enquête.

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  14. Artisans de l'ombre Dit :

    Houria n’aborde plus le sujet, faisant croire à Ibtissem que ce n’était qu’une idée émise en l’air. Juste comme ça, pour provoquer un conflit entre elle et son mari. Mais ça n’a pas marché. Pourtant, la réalité est tout autre. Houria s’est mise à espionner sa belle-fille, allant jusqu’à louer les services d’un taxieur clandestin. Elle se rend à son lieu de travail et la surveille pendant des heures. Plusieurs jours passent sans qu’elle ne découvre quoi que ce soit qui puisse laisser suspecter son infidélité. Houria continue tout de même à la surveiller pendant quelques semaines, puis elle s’est résignée à arrêter. Elle a dépensé toutes ses économies sans avoir trouvé ce qu’elle cherche.
    - Même si cela doit me prendre des années, tu seras répudiée pour infidélité… Il n’y a que ça que Fethi ne te pardonnera pas !
    Houria ne désespère pas. Dès qu’elle a un peu d’argent, elle se remet à la surveiller. Au bout de six mois, elle arrive enfin à déceler quelque chose d’inhabituel dans le comportement de sa belle-fille. Son emploi du temps a aussi changé. Elle sort plusieurs fois et s’absente pendant de longues demi-heures. Comme Ibtissem part toujours en voiture, Houria ne peut pas la suivre. Une fois que le taxieur la dépose dans le quartier, il ne revient que deux heures après. Si elle le retenait, il lui coûterait les yeux de la tête.
    Elle profite de l’absence de sa belle-fille pour entrer à son travail. Elle ne se présente pas à la réception, disant seulement qu’elle était une amie à sa mère quand elle demande après elle.
    - Elle est sortie, répond la réceptionniste une fois qu’elle a donné un coup de fil à la secrétaire d’Ibtissem.
    - Une sortie pour son travail ou c’est personnel ? demande Houria, priant pour que la réceptionniste ne la trouve pas curieuse.
    - Cette question est déplacée El-Hadja ! On ne demande pas à nos supérieurs si c’est pour le travail ou pour leur besoin personnel !
    - Oh ! Il ne faut pas mal le prendre, s’excuse Houria. C’était pour me faire une idée… si je pouvais l’attendre si elle ne prendra pas trop de temps !
    - Elle peut rentrer dans un quart d’heure, tout comme dans une heure ! lui confie la jeune femme. Cela dépend de sa mission !
    - Merci ! Je reviendrais une autre fois.
    - Vous pouvez laisser un message madame !
    Mais Houria repart déjà. Elle ne tient pas à s’attarder sur le lieu de travail de sa belle-fille. Elle pouvait tomber sur elle. Elle ne tient pas à être surprise maintenant. Ibtissem deviendrait alors vigilante et redoublerait de prudence quand elle ira rejoindre son ami. Ce soir-là, Houria ne dort pas une minute. Elle se demande où ont lieu les rendez-vous et surtout avec qui. Elle aimerait en toucher deux mots à son fils, mais comme elle ignore comment il prendra la chose, elle remet cela à plus tard.
    Actuellement, ce qui lui était impératif, c’est de tout découvrir. Aussi quand elle sent que tout le quartier a remarqué ses va-et-vient, elle va demander de l’aide au fils d’une amie. Madjid travaille dans le même quartier qu’Ibtissem. Au début, il refuse mais Houria insiste tout en pleurant.
    - Je veux seulement savoir…
    Houria lui remet la photo de sa belle-fille et lui donne quelques renseignements pour qu’il la retrouve facilement.
    - Je t’en serais très reconnaissante mon fils… N’en dis pas un mot à ta femme ! Cela doit rester entre nous !
    - Comment ferais-je pour vous contacter ? Je n’ai pas votre numéro…
    - Non, n’appelle pas ! Je viendrais te voir…Je t’attendrais près du marchand de lait vers dix-huit heures, dit-elle. Est-ce que cela te convient ?
    Madjid est d’accord. Quand il suit le lendemain Ibtissem, il se demande où cette histoire le mènera.
    Comme il travaille à son compte, il a une pharmacie, il n’a aucun problème pour se libérer. Ses deux employés s’occupent de tout en son absence. Il s’acquittait de cette mission par respect. Il s’ennuyait à mourir en suivant Ibtissem. Il se rend compte qu’elle bouge beaucoup. Mais que c’est seulement dans le cadre du travail. Houria est bien déçue quand il lui fait toujours le même rapport. Et elle lui demande de continuer à la surveiller.
    Houria ignore que même sans sa demande, il aurait poursuivi sa mission pour son compte personnel. Ibtissem avait éveillé son intérêt, et aussi quelque chose de très fort, même s’il voulait se persuader du contraire.

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  15. Artisans de l'ombre Dit :

    “Non, je ne suis pas en train de tomber amoureux d’elle”, se dit Madjid à chaque fois que lui prend l’envie de regarder sa photographie qu’il avait agrandie une semaine plus tôt. “C’est vrai qu’elle est belle, très belle, énergique et intelligente… Mais je ne peux pas trahir ma femme… Samia ne le mérite pas… Elle est si bonne avec moi et mes enfants… Non, je ne dois pas…”
    Madjid avait beau se résonner, il ne peut plus s’écouter. Même s’il n’a plus rien à apprendre d’Ibtissem, il ne peut se retenir de la suivre chaque jour, rien que par plaisir. Une autre envie lui a pris dernièrement, celle de l’approcher et de lui parler. Il veut la connaître, pouvoir la regarder dans les yeux et tout lui dire… enfin, qu’elle lui plait…
    Un soupir lui échappe en se rappelant qu’elle est mariée, tout comme lui. Si seulement, ils étaient libres. Il ne peut s’empêcher d’imaginer l’autre vie qu’il aurait eue avec elle. “Pas de chance …”
    Pensif, il ne remarque pas qu’une cliente vient d’entrer à la pharmacie. Il regarde encore la photo d’Ibtissem. Ses pensées sont toutes à elle. Ses employés ont bien vu que Madjid n’est plus lui-même, qu’il est souvent absent, même présent devant eux. Ils croient qu’il a des problèmes personnels. Et c’en est un, dans le fond.
    - S’il vous plait !
    Madjid sursaute en levant la tête pour voir qui lui parle. Il est bien surpris. Est-ce un tour de son imagination ?
    Pour s’en convaincre, il se pince la cuisse. Non, il ne rêve pas, et c’est encore moins un tour de son imagination. Elle ne disparaît pas. Ibtissem est toujours là. Elle commence même à s’impatienter. Les lèvres pincées, le regard franc, elle attend. Madjid voit bien qu’elle n’a pas d’ordonnance. Elle ne veut pas un renseignement. Elle est venue pour lui.
    Se pourrait-il qu’elle l’ait remarqué et suivi jusqu’à la pharmacie ? C’est fort possible. Un sourire éclaire son visage. Pour lui, sa visite est un signe du destin. Quand il tentait de se raisonner, c’était pour renoncer à ce rêve impossible. Parce qu’il est marié, père de deux garçons qui ont eu des difficultés à se remettre de la mort de leur mère et à accepter qu’il se remarie, quelques mois après, avec une cousine éloignée. Sa famille ne mérite pas d’être déçue, mais son cœur s’y refuse. Il regrette maintenant de s’être marié. Il aurait dû attendre. Il aurait pris Ibtissem pour femme. La vie lui aurait paru moins triste.
    - Oui madame ?
    - Auriez-vous un petit moment ? demande-t-elle en le regardant dans les yeux.
    - Heu… oui … Oui, bredouille Madjid, maintenant ?
    - Oui, maintenant…
    Pour ne pas être écoutés par ses employés, il l’invite à faire quelques pas. Ibtissem ne refuse pas. Dès qu’ils sont dans la rue, elle l’interroge fermement. À la vue de ses poings fermés, il pense qu’elle doit faire un effort sur elle-même, pour ne pas le frapper. Ainsi, elle sait tout. Comme il a pu être bête et avoir un comportement bien bas ; tout ça pour faire plaisir à une vieille grincheuse. Mais il lui en est reconnaissant. Sans elle, il n’aurait jamais imaginé qu’une femme aussi belle puisse exister !
    - Je veux tout savoir ! Ce qui vous a motivé durant toutes ces semaines… Et pourquoi ma belle-mère vous voit chaque fois à dix-huit heures. Est-ce elle qui vous a demandé de me suivre ?
    Madjid ne peut pas le lui cacher. Il s’en veut. Il n’aurait jamais dû la suivre mais il est heureux de la connaître. Son rêve s’est enfin réalisé. Ils se connaissent et se parlent. Si seulement…
    - Qu’est-ce qui vous prend à me regarder comme ça ?
    Madjid a le regard si rêveur, si brillant qu’Ibtissem en a rougi de colère. Mais elle s’efforce de ne pas laisser sa colère éclater. Elle sent qu’il ne lui a pas tout dit.
    - C’est tout ce que voulait ma belle-mère ?
    - Non… Ecoutez, j’ai un rendez-vous important, s’excuse Madjid. Si vous voulez, on se revoie demain et je vous apprendrais le reste…
    Ibtissem ne peut pas refuser. D’ailleurs elle aussi doit retourner à son travail. Demain elle en saura un peu plus sur ce que voulait sa belle-mère. Mais déjà, elle en avait une petite idée !

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  16. Artisans de l'ombre Dit :

    En réalité, Madjid n’a aucun rendez-vous. Il lui a menti uniquement pour qu’elle revienne. Ils avaient fixé rendez-vous à midi. Avec un peu de chance, elle acceptera de déjeuner avec lui. Madjid fait des projets. Il ne peut pas s’en empêcher. Il est si heureux.
    Du côté d’Ibtissem, ce n’est pas le cas. Elle est si ennuyée de sa découverte qu’elle n’arrive pas à se concentrer sur son travail. Pour la première fois, depuis des mois, elle demande à le quitter un peu plus tôt. Sa mine pâle touche son patron qui lui accorde même la journée du lendemain.
    À la maison, sa belle-mère remarque sa mine soucieuse. Elle est persuadée que Madjid l’a surprise avec quelqu’un, qu’Ibtissem se sait découverte. Il n’y a que cela qui pouvait ébranler sa sûreté et le tranquille bonheur dans lequel elle baignait elle et son mari.
    Comme d’habitude, à dix-huit heures, Houria va voir Madjid. Elle s’attendait à apprendre quelque chose sur sa belle-fille. Elle est bien déçue quand il lui dit avoir perdu son temps pour rien.
    -C’est une femme au comportement irréprochable … Vous pouvez dormir tranquille ! Elle ne déshonorera jamais le nom qu’elle porte …
    Houria se force à grimacer un sourire, ne pouvant pas lui avouer qu’elle aurait voulu se débarrasser de sa belle-fille en prouvant qu’elle était infidèle.
    -Si cela peut vous rassurer, je continuerai à garder un œil sur elle ! Si je découvre quoi que ce soit, je vous contacterai !
    Houria ne peut que le remercier. Elle le quitte tout de suite, uniquement pour qu’il ne remarque pas sa déception.
    La vieille passe de la déception à la colère. Pendant des semaines, elle avait attendu et espéré pouvoir mettre son projet à exécution. Et voilà qu’elle se retrouve à la case départ, sans rien pour provoquer une séparation entre son fils et sa femme.
    Lorsqu’elle rentre à la maison, elle est si déçue qu’elle en devient hargneuse. Fethi et Ibtissem s’en aperçoivent. Si Fethi se demande ce qui peut bien l’énerver ainsi, Ibtissem qui sait qu’elle est à l’origine de la filature, il lui reste seulement à savoir pourquoi elle lui a demandé de la suivre.
    Houria va s’enfermer dans sa chambre. Fethi en est tout inquiet.
    -Qu’est ce qui peut l’énerver ainsi ?
    -Tu n’as qu’à lui demander, répond Ibtissem. Tu sais qu’elle ne me prendra jamais pour confidente …
    -Tu ne t’es pas querellée avec elle, avant de partir au travail, lui demande son mari.
    - Ce que tu peux avoir la mémoire courte, soupire Ibtissem. Chaque fois qu’on se querelle, elle a la mine rayonnante ! Va lui demander, cela t’évitera d’user tes méninges pour rien !
    Mais même en questionnant sa mère, il n’obtient aucune réponse satisfaisante. Houria est si déçue qu’elle ne pourra rien avaler au dîner. Ibtissem a hâte d’être le lendemain, pour savoir ce que Madjid a à lui dire.
    Ibtissem voudrait parler à son mari de tout ce qu’elle a découvert les jours passés. Mais elle craint sa réaction et tant qu’elle ignore encore certaines choses, c’est un peu risqué.
    Trop troublée pour pouvoir dormir, Ibtissem essaie de comprendre, de saisir. Que veut sa belle-mère ? Pourquoi a-t-elle demandé à Madjid de la suivre ?
    Elle se rappelle le regard de ce dernier. Il y a longtemps qu’elle a cessé de voir ceux qui l’admirent, dans la rue, à son travail. Depuis qu’elle s’était mariée, elle ne voyait que son mari puis elle s’était partagée entre lui, son travail et son foyer.
    Il avait fallu que Madjid la regarde pour qu’il lui rappelle qu’elle était aussi belle qu’avant et surtout toujours aussi désirable.
    Si elle n’avait pas craint de pêcher, elle aurait pu lui sourire. Il est bel homme. Passer un moment avec lui aurait été des plus agréables.
    Heureusement qu’elle avait changé depuis son mariage. Enfin, c’est ce qu’elle croyait…

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  17. Artisans de l'ombre Dit :

    Madjid et Ibtissem retournent au même restaurant, en fin d’après midi. Madjid est si heureux qu’elle lui ait proposé ce rendez-vous ! Il ne peut pas s’imaginer qu’elle l’ait fait par colère. Un jour, elle dira à son mari le bas agissement de sa belle-mère uniquement pour les séparer. Comme Madjid ne dira jamais qu’il a une liaison avec elle, il soutiendra même qu’il n’y a pas plus fidèle qu’elle.
    - Tu m’excuses un moment, dit-elle à Madjid. Je vais appeler…
    Il n’est que seize heures et quart. Elle sait qu’elle ne trouvera pas Fethi mais seulement sa belle-mère. Dès la deuxième sonnerie, cette dernière décroche. Ibtissem lui demande très poliment de ses nouvelles comme si elles ne se s’étaient pas vues depuis des jours.
    - C’est bien que tu ailles bien ! Est-ce que tu peux dire à Fethi que je ne rentrerais pas tôt aujourd’hui ? dit-elle à sa belle-mère. Je n’ai pas terminé de travailler sur un dossier et s’il n’y avait pas eu à le faxer, je l’aurai pris à la maison, comme d’habitude…
    - Tu penses être de retour vers quelle heure ?
    - Avant huit heures, répond Ibtissem, en souriant. À ce soir !
    Elle sait que sa belle-mère va en tirer des conclusions. Pour une fois, elle sera dans le vrai. Seulement, personne ne pourra le prouver. Elle comptait sur Madjid. Plus que jamais, il la défendra auprès des autres. Il ne pourra jamais se dénoncer. Qu’aurait-il à y gagner ? Rien. Tout comme elle, il a une famille. D’ailleurs, par la suite, tout en dégustant des gâteaux aux fruits, ils se racontent leurs vies.
    - Je suis marié et j’ai des enfants… Ma femme est une merveilleuse fée du logis… Elle ne travaille pas même si elle est diplômée en lettres françaises. Elle préfère s’occuper du bien-être de la famille.
    - C’est rare de tomber sur quelqu’un d’aussi consciencieux, murmure Ibtissem. Elle doit beaucoup vous aimer…
    - Tout comme votre… ton mari, émet Madjid en la regardant dans les yeux. Il doit être vraiment exceptionnel pour que tu l’aimes autant !
    - Fethi est adorable !… Je ne sais pas ce que je serais devenue à ma dernière année de fac sans son soutien et sa confiance en moi… Il a été précieux sur tous les plans !
    Ibtissem lui est reconnaissante. Ils sont francs l’un envers l’autre. Aucun des deux n’a cherché à tomber dans l’ornière habituelle du dénigrement conjugal. Elle lui parlait de son mari, de sa belle-mère, et lui en faisait autant, parlant beaucoup de ses enfants, de leurs exploits scolaires.
    - Pourquoi n’as-tu pas d’enfants ? demande Madjid.
    - Je n’en ai pas encore eu le temps, avoue-t-elle. plus tard, peut être !
    - Faites-en un le plus rapidement possible… C’est une source de bonheur que rien ne peut remplacer !
    - Je veux bien le croire ! On n’est qu’au début de notre mariage ! On a tout le temps !
    - J’espère beaucoup Ibtissem ! murmure Madjid. Si tu as les mêmes sentiments que moi, on ira beaucoup plus loin… Pourquoi ne pas se marier ?
    - Il y aura tout, sauf un mariage, le prévient la jeune femme. Je veux bien d’une relation…
    - Tu la veux parce que tu as des sentiments pour moi ou pour te venger de ta belle-mère ? s’enquit Madjid, très sérieux.
    - Je pourrais me venger autrement, répond Ibtissem. Si je suis assise en face de toi maintenant, c’est parce que…Elle ne retire pas la main quand il pose la sienne dessus. Quand il lui propose de se voir dans un coin plus tranquille, à sa grande joie, elle ne refuse pas…

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  18. Artisans de l'ombre Dit :

    -Mon Dieu ! Que m’est-il
    arrivé ?
    Ibtissem se pose pour la énième fois la question. Elle aurait voulu ne pas impliquer son cœur dans cette vengeance mais si elle n’arrive pas encore à en convenir, elle est victime d’un coup de foudre. Elle est attirée, subjuguée, atteinte au plus profond d’elle-même. C’est aussi le cas de Madjid, mais, lui, ses sentiments étaient clairs depuis le début.
    Quand ils se revoient pour la troisième fois, il n’y a plus aucun doute sur leurs sentiments. Ils sont épris l’un de l’autre. Pour lutter contre cette évidence, Ibtissem se met à refuser ses invitations. Elle se surprenait à le chercher dans la rue puis le fuyait. Son désir, devenu souffrance, grandissait et la désespérait. Elle avait beau réfléchir, elle ne trouvait aucun remède à son mal.
    Fethi voyait bien qu’elle souffrait mais il ignorait son origine.
    - ça ne va pas à ton boulot ?
    - On m’a proposé un poste plus important à Oran, lui apprend-elle. Je dois donner ma réponse dans dix jours !
    - Tu voudrais partir d’ici ?
    - Oui…
    Non pas parce que le poste l’intéresse mais pour fuir ses sentiments. Madjid ne la laissera jamais en paix. Cela fait plusieurs jours qu’elle refuse ses invitations mais il continue à la suivre, chaque jour. Il est soit devant ou derrière elle. Ibtissem regrette le jour où elle l’a connu. Son cœur n’est plus en paix depuis. Elle a voulu se venger de sa belle-mère et elle s’est retrouvée prisonnière de ses sentiments.
    Pour ne plus commettre l’impardonnable, elle devait partir loin d’ici et à tout prix.
    - Tu penses pouvoir trouver un poste d’enseignant là-bas ?
    - Pourquoi ? Tu acceptes ? s’écrie Ibtissem, Pourquoi ?
    - Parce que je t’aime… S’il y a un poste pour moi, je ne vois pas ce qui pourrait me retenir ici, répond Fethi. Je comprends que tu aspires à un changement radical… Ma mère, toujours à te dénigrer, à te critiquer… Je me demande comment tu as eu la force de la supporter !
    - Réfléchis encore Fethi ! Je ne veux pas te séparer de ta mère, t’éloigner de ta famille et de ton quartier, lui dit-elle. Quant à ta mère, je peux encore la supporter, même si c’est difficile !
    - Non… Moi aussi, j’aspire à du changement dans ma vie, la rassure Fethi. Je vais passer à l’académie… Avec un peu de chance, il y aura quelque chose pour moi ! Sinon, je passerai une annonce dans le journal !
    Ibtissem respire mieux depuis ce jour, sachant qu’avec l’accord de son mari, son projet allait enfin se réaliser.
    Il n’y a qu’ailleurs qu’elle pourra l’oublier. Enfin, c’est seulement loin de lui qu’elle ne pourra pas succomber à son désir. Quant à l’oublier, elle sait que cela ne sera pas facile. C’est à cause de lui qu’elle va partir loin d’ici. Toutes ses pensées la ramènent à lui.
    Le lendemain même, elle signe les papiers. Comme elle bénéficie du logement avec ce nouveau poste de travail, elle n’a pas de soucis à se faire. Le patron lui remet un bail de deux ans, renouvelable. Ibtissem peut prendre quelques jours de congé avant de commencer à travailler.
    La veille de son départ de l’entreprise, un pot est organisé à son honneur. Ibtissem en est toute émue et toute triste. Elle est à mille lieues de s’imaginer que Madjid est au courant. Il l’attend près de sa voiture à 16h. Ibtissem est toute troublée par sa présence. Elle lui en veut d’avoir cherché après elle, même si elle est heureuse de le voir après toutes ces semaines où elle le fuyait.
    - Pourquoi partir ?
    - Il le faut Madjid… C’est insupportable… Pourquoi me tenter ?
    - Parce que je t’aime… Fais-moi une faveur Ibtissem… Puisque tu pars loin d’ici, allons quelque part, à l’hôtel si tu veux… J’ai besoin de toi… Je te désire comme un fou…
    Elle ne répond pas, la gorge nouée par l’émotion, elle secoue la tête. Bouleversée, elle lui dit les mots qu’il n’a pas envie d’entendre…

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  19. Artisans de l'ombre Dit :

    —————————-21——————————-
    Ibtissem refuse de céder à la passion. Elle a le sentiment qu’il y aura toujours un manque dans sa vie. Elle savait que ce désir n’était pas de l’amour. Un désir qui dévore tout. Elle regrette d’avoir cédé. Heureusement, elle a cette occasion en or de quitter Alger.
    - Il faut m’oublier Madjid… Tu as une femme, des enfants, à quoi nous mènerait cette relation ? Autant s’oublier…
    - Mais je t’aime Ibtissem !
    - Il faut te faire à cette séparation… Je quitte Alger pour qu’on ne se gâche pas la vie ! lui dit-elle. On va au-devant d’autres souffrances en nous revoyant…
    Madjid pique une colère. Il ne veut pas se faire à l’idée de ne plus la revoir. Il pense même à la rejoindre à Oran.
    - Ne fait surtout pas ça ! Aujourd’hui, tout est fini entre nous !
    - Jamais ! crie Madjid. Je ne supporterai pas une séparation !
    - Il n’y a que l’éloignement qui peut nous aider à la supporter, lui dit Ibtissem. Ne rend pas les choses plus difficiles qu’elles ne le sont !
    - Est-ce que je pourrais venir te voir de temps à autre ? demande Madjid.
    - À quoi bon ? On ne doit pas laisser cette passion détruire nos vies, insiste Ibtissem comme pour s’en convaincre. On doit reprendre une vie normale, comme avant !
    - Si tu ne promets pas de me revoir, j’irai tout raconter à ta belle-mère, la menace-t-il. Elle se fera un plaisir de tout rapporter à ton mari ! Elle le criera partout où elle passera !
    - Tu ne penses pas faire ça ! Tu dis m’aimer ? Alors tu veux me faire payer mon refus ?
    Ibtissem a la chair de poule, même si elle comprend sa réaction. Elle lui en veut de vouloir la troubler dès maintenant. Si elle a décidé et éprouvé le besoin de partir pour tout oublier, c’est pour ne pas trop souffrir de cette passion qui la brûle depuis des semaines. Comme elle sait que leur relation ne les mènera nulle part, autant alors rompre. Et puis s’éloigner…
    - C’est fini entre nous Madjid ! Irrémédiablement fini, dit-elle. Ne cherche plus après moi ! Aussi, ajoute-t-elle avant de le quitter, même si tu vas tout raconter à ma belle-mère et que j’ai des problèmes avec mon mari, je ne retournerais pas vers toi, même si tu es le seul homme sur terre !
    - Ibtissem ! Écoute-moi ! Tu vas le regretter !
    Mais elle refuse de céder à son chantage. Elle monte dans sa voiture et démarre en trombe au risque de faire un accident. Elle refuse de s’attarder, sachant qu’il n’entendra rien de la voix de la raison, aussi parce qu’il est presque vingt heures. Fethi allait se poser des questions. Sa belle-mère devait profiter de cette occasion en or pour le monter contre elle.
    Ibtissem ignore si Fethi l’a mise au courant de leur déménagement à Oran. À bien y réfléchir, son mari ne l’avait pas encore fait. Sa belle-mère paraissait trop paisible. Fils unique, pour qui elle avait tout sacrifié, elle n’allait pas le laisser partir sans cri et sans larmes.
    Il est un peu plus de huit heures et demie quand elle arrive dans son quartier. Ibtissem se presse dans la cage d’escalier. Elle manque de se heurter à sa belle-mère qui sortait tout en arrangeant son foulard. Celle-ci ne lui fait aucune remarque. Ce n’est qu’une fois à la maison qu’elle se rappelle la menace de Madjid. Peut-être qu’il l’a contactée entre temps et qu’elle est descendue le voir.
    Ibtissem ferme doucement la porte. Fethi ne l’a pas entendue entrer. Elle le surprend en train de faire les cent pas dans le salon.
    - Bonsoir chéri !
    - Ah ! Dieu merci, tu n’as rien ! s’écrie Fethi après avoir sursauté. Je commençais à m’inquiéter ! J’ai essayé de te joindre sur ton portable ! Pourquoi l’as-tu fermé ? Et qu’est-ce qui a pu te retenir jusqu’à maintenant ?
    - Ils ont fait une petite fête pour marquer mon départ, lui dit-elle. Puis, j’ai eu envie de marcher un peu !
    - Pour réfléchir une dernière fois ?
    - Oui… Je ne regrette pas, lui confie-t-elle. As-tu mis ta mère au courant ?
    - Je le ferais tout à l’heure, après le dîner, lui précise Fethi alors que sa mère rentrait. Tu as trouvé ce que tu cherchais chez l’épicier ?
    Houria a un sourire. L’air satisfait de son visage ne rassure pas Ibtissem. Surtout quand elle lui demande :
    - Où étais-tu pendant tout ce temps ?

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  20. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————–22————————–
    -Je me suis promenée …
    Ibtissem a répondu calmement, soutenant le regard de sa belle-mère. Quoi qu’elle puisse savoir et utiliser contre elle, Ibtissem est prête à se défendre. Elle ne se laissera pas faire. Tout ce qui lui est arrivé, elle en est entièrement responsable.
    Elle reconnaît au fond d’elle-même, en avoir aussi sa part. Elle n’aurait jamais dû accepter son rendez vous et de le revoir par la suite. Son cœur s’était subitement attaché à lui, au point où au moindre de ses regards, elle perdait pied. Et c’est pour ne pas tout perdre qu’elle avait décidé de quitter Alger. Elle en souffrirait le restant de sa vie. Mais il n’y a pas d’autres solutions.
    - Ses collègues ont donné une fête à son intention, dit Fethi à l’intention de sa mère. C’est gentil de leur part …
    - Elle devait être bien gentille avec eux, lâche Houria, en regardant Ibtissem dans les yeux, une moue de mépris à la bouche. Et c’est tout ce qui t’a retenue dehors, jusqu’à huit heures ?
    - Oui …
    Ibtissem attend que sa belle-mère l’attaque mais il n’en est rien. Elle ne comprend pas pourquoi. Sauf si elle attend des preuves de ce qu’elle va apprendre à Fethi. Sans ces dernières, il ne la croira jamais.
    - Est-ce que le dîner est prêt ?demande Ibtissem.
    - Oui … Fethi m’a demandé de préparer un couscous … Je me demande ce qu’il pourrait bien vouloir fêter avec une femme comme toi, rétorque sa belle-mère.
    Ibtissem ne répond pas à l’insulte. Elle regarde son mari. Il réagit instantanément mais elle le prie de ne pas la défendre. Dans moins d’une semaine, elle allait partir. Il n’y aura plus de guerre entre elles.
    Une fois dans sa chambre, Ibtissem se dit qu’elle ferait mieux de partir le plus rapidement possible. Avec Madjid et sa belle-mère en colère contre elle, elle craignant qu’ils ne montent un coup pour qu’elle parte seule, une fois après avoir éveillé les doutes de son mari. Tout comme eux, elle sait qu’il ne lui pardonnera pas de l’avoir trahi. Même si avant, elle n’était pas une bonne croyante, ce soir-là, elle prie pour que Fethi ne l’apprenne jamais.
    Le lendemain, Ibtissem va passer la journée chez ses parents. Ils sont tristes du fait qu’elle va les quitter. Ibtissem l’est aussi. Si elle n’avait pas fauté, jamais elle ne partirait loin de ceux qu’elle aime. Qui sait si elle se plaira à Oran ? Si elle sera à la hauteur à son nouveau poste ?
    Yamina remarque que sa fille ne semble pas heureuse et que quelque chose la préoccupe, elle le sent.
    - Si tu as un problème, je serais très heureuse de pouvoir t’écouter et si c’est possible t’aider, lui dit-elle. Je t’en prie, ne me cache rien !
    - Ce n’est rien maman, murmure Ibtissem, soupirant doucement mais sa mère le remarque et elle insiste. Je t’en prie maman, ne me force pas à me confier … Je ne suis pas fière de moi … Tu apprendras tout en temps voulu, lui promet Ibtissem, retenant avec peine ses larmes. Avec un peu de chance, tout ira bien !
    Sa mère tente une dernière fois de la presser mais Ibtissem ne veut rien lui dire de ce qui l’inquiète. Comment lui dire ? Comment pourrait-elle le lui dire ? Sa conduite l’avait toujours exaspérée. Jamais sa mère ne penserait qu’elle a commis l’impardonnable. Elle ne lui pardonnera jamais de s’être laissée tenter. Tout comme son mari.
    Lorsqu’elle rentre en fin de journée à la maison, elle aperçoit sa belle-mère et Madjid en train de discuter. Ibtissem donnerait cher pour savoir ce qu’ils se disaient entre eux. Le visage rayonnant de sa belle-mère ne la rassurait pas.
    La jeune femme se demande que faire. Devait-elle parler à son mari dès maintenant ou attendre que sa belle-mère le fasse ? Ainsi, elle aura sa version. Ibtissem décide d’attendre. Elle sait qu’elle prend un grand risque en remettant le tout à plus tard. Si sa belle-mère ne l’a pas fait la veille, c’est qu’elle devait attendre des preuves. Madjid ne pourra pas les lui fournir en un ou deux jours. Cela lui donnait le temps de partir sans avoir été donnée en spectacle dans le quartier. Le scandale allait être su par tous.
    À la maison, elle trouve Fethi en train de ranger des livres dans un carton. Il ne prendra que ce qu’il a de personnel, rien d’autre. Avec les économies faites depuis deux ans, ils achèteront d’autres meubles et ce qu’il faut.
    - Tu as mis ta mère au courant ?
    - Pas encore, Ibtissem … Je crois que je vais attendre que tu sois partie pour le faire … Je ne veux pas qu’elle s’en prenne à toi, lui dit Fethi en la prenant dans ses bras. Qu’est ce que tu en penses ?
    Ibtissem est soulagée qu’il en ait eu aussi l’idée.
    - Oui, ce serait bien … Tu me rejoindras quand ?
    - Dans une ou deux semaines … Quand voudrais-tu partir ?
    - S’il y a une place dans le vol de l’après- midi, répond Ibtissem. J’aurais ainsi le temps d’aller voir le siège de l’entreprise, faire connaissance avec les autres… Je préparerais mes valises ce soir … On profitera d’un moment où ta mère est dehors pour partir … Je te laisserai affronter sa colère, tout seul …

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  21. Artisans de l'ombre Dit :

    —————————-23———————————————-
    Lorsqu’Ibtissem arrive à Oran, il fait déjà nuit. Il est un peu plus de neuf heures quand elle entre dans sa nouvelle maison, un grand appartement donnant sur la mer. Comme on le lui avait dit, il y a un vieux lit, un vieux frigo et une plaque chauffante. Quelques cadres ornaient les murs blancs. Et le plus important, de l’eau courante. L’appartement est propre, pas un grain de poussière. Elle pose ses bagages dans la première chambre. Elle sort le portable de son sac à main et elle trouve plusieurs messages. Tous de Madjid. Elle les supprime sans chercher à connaître leurs contenus. Aucun appel, aucun message de son mari. Elle espère que d’ici quelques minutes il allait l’appeler.
    Très anxieuse, elle n’arrive pas à dîner. La pizza qu’elle avait achetée en route lui paraît sans goût. Son estomac est noué. Depuis qu’elle était montée dans l’avion, l’angoisse l’avait gagnée. Un pressentiment ne la quittait plus depuis. Sa belle-mère allait piquer une colère en apprenant qu’ils ne vivront plus avec elle. C’est sûrement à cet instant-là qu’elle lui apprendra son infidélité, qu’elle lui sortira toutes les preuves pour bien le convaincre. Ibtissem se demande quelle sera la réaction de son mari. Jamais elle ne l’avait vu en colère. Elle sait qu’il réagira… mais que fera-t-il ? Quel sera le degré de sa réaction ?
    Ibtissem s’assoie sur le lit, fatiguée par le voyage et à force de tourner en rond dans toutes les pièces vides. Heureusement qu’elle a eu cette occasion en or de quitter Alger, de donner un nouveau départ à sa vie.
    Mais il faudra que la chance soit de son côté. Et elle en doute fort maintenant. Cela fait plusieurs heures depuis qu’elle était arrivée. Fethi tardait à l’appeler.
    Et si je l’appelais, songe Ibtissem dès qu’elle croise du regard son téléphone portable qu’elle a posé sur la table.
    Elle hésite un peu puis l’envie de savoir ce qui le retient la pousse à décrocher. Elle compose plusieurs fois le numéro mais c’est la voix de l’opératrice qui lui annonce que le portable est hors champ. Elle appelle sur le fixe de la maison et sursaute quand on décroche. C’est sa belle-mère Houria qui lui répond. Fethi doit être dans sa chambre. Pourtant il n’est que dix heures. Il devait être fâché avec sa mère. Celle-ci avait dû lui dire bien des choses, une fois en colère.
    - Allô ? Qui est à l’appareil ? demande Houria. Parlez !
    - C’est moi… Je voudrais parler à Fethi, répond Ibtissem.
    - Petite garce ! Tu as préféré la fuite quant à affronter ton mari ! Il est au courant… Madjid est venu lui parler !
    - Comment a-t-il osé le faire ? s’écrie Ibtissem, sentant une sueur froide lui mouiller le dos. Que lui a-t-il dit ?
    - Tout ce que tu as fait durant ces dernières semaines, répond sa belle-mère. Il ne peut pas y avoir sur Terre plus garce que toi… Enfin, tu as bien fait de fuir… Fethi t’aurait lynchée sur place !
    Ibtissem trouve que sa belle-mère exagère. Même furieux, il ne la toucherait pas. Fethi est de nature très calme. Il est sûr qu’il lui en voudra à mort et demandera le divorce. L’idée même la fait souffrir. Elle regrettera toute sa vie de s’être laissée aller. Elle aime son mari plus que jamais. Comment pourra-t-elle vivre sans lui ? Si elle avait décidé de s’installer définitivement à Oran, c’est pour s’éloigner de tout ce qui pouvait troubler son cœur. Pour pouvoir vivre son bonheur avec Fethi.
    - Où est-il ? Il faut que je lui parle ! dit-elle à sa belle-mère.
    - Il refuse… Vous n’avez plus rien de commun, lui répond cette dernière. Tu pourrais envoyer ou me donner ta nouvelle adresse… il en aura besoin pour la remettre à son avocat !
    - Je tiens à lui parler ! insiste Ibtissem, s’efforçant de ne pas pleurer, même si les larmes lui brûlaient les paupières. Il doit entendre ma version.
    - Non… On s’en passera…
    - Tu sais que c’est de ta faute ! crie Ibtissem en éclatant en sanglot. Tout ce qui est arrivé…
    - Tu es entièrement responsable de tes actes… ne nous appelle plus… Ton avocat se chargera des contacts et règlera les problèmes sans que nous ayons à se voir !
    Sur ce, sa belle raccroche, Ibtissem aurait dû s’y attendre. Houria allait tout faire pour qu’il n’y ait aucun contact entre eux, pour s’assurer que leur relation ne reprend pas leur ancien cours. Elle sait combien ils sont attachés l’un à l’autre. Fethi, même atrocement déçu, ne pourrait pas mettre un terme à leur mariage sans qu’elle se soit expliquée.
    Ibtissem prie pour qu’il l’appelle, une fois la colère apaisée. Elle ne dort pas de toute la nuit, et celles qui suivent lui paraissent durer des mois. Fethi ne s’est pas manifesté. Quand elle appelle, c’est toujours sa belle-mère qui répond, avant de lui raccrocher au nez.
    Ibtissem n’ose pas appeler chez ses parents. Elle a tellement honte. Rien ne peut expliquer pourquoi elle avait fauté. Rien ne pouvait la pardonner. Surtout sa mère. Et c’est pourquoi elle ne la contacte pas. Elle n’aura pas la force de supporter ses reproches et la peine qu’elle lui affligera en confirmant.
    Les jours se comptabilisent en semaines sans qu’il y ait du nouveau sans sa vie. Elle est contrainte à reprendre son travail, à son nouveau poste. Sa mine triste et pâle fait peine à ses collègues. Elle ne peut rien dire. Elle n’a pas d’ami à qui se confier. Ses collègues semblent si compréhensifs et supportent sa mauvaise humeur. Comme s’ils étaient au courant qu’un drame lui était survenu dès son arrivée à Oran. Lorsqu’Ibtissem s’en aperçoit, elle est toute intriguée. Pour savoir, un matin, elle convoque sa secrétaire. Peut-être que celle-ci a quelque chose à lui apprendre…

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  22. Artisans de l'ombre Dit :

    Une autre chance 24eme partie

    Ibtissem n’en croit pas ses oreilles. Comment se fait-il que les autres soient au courant et pas elle ? Ce que lui raconte sa secrétaire la surprend et la laisse pensive pendant un long moment. Sa secrétaire Meriem remarque son air absent et peiné. Embarrassée de lui avoir appris ces mauvaises nouvelles, elle n’attend qu’un signe pour quitter le bureau.
    -Depuis quand savez-vous Meriem ?
    -Le jour même de votre arrivée, répond-elle. Je croyais que vous étiez au courant …
    -Non … Annulez tous les rendez-vous, lui dit Ibtissem. Je m’absente pendant quelques jours !
    -Bien Madame ! … Est-ce tout ?
    -Oui, du moins pour l’instant …
    Dès que sa secrétaire sort du bureau, elle compose le numéro de téléphone de ses parents. C’est son père qui lui répond. Elle prend des nouvelles de leur santé, puis le questionne. Mais il ne répond que vaguement.
    -Pourquoi n’appelles-tu pas chez toi ?
    -Je suis en froid avec eux … Je sais que j’en suis responsable, avoue Ibtissem. C’est pourquoi je préfère apprendre le tout par vous … Où est maman ?
    Hacène semble hésiter. Elle ne le croit pas quand il lui répond.
    -Elle est sortie faire des achats …
    -À quelle heure la trouverais-je ? J’ai besoin de lui parler papa, insiste Ibtissem. Dis-lui que je l’ai appelée … Je le referais dans une heure … Papa, pourquoi ais-je l’impression que tu me caches des choses ?
    Mais il lui assure que non. Pourtant quand elle raccroche, elle ne le croit toujours pas. D’après sa secrétaire, sa belle-mère a été victime d’un accident. Cela pourrait expliquer pourquoi personne ne répond quand elle appelle chez eux. Elle en veut à son mari. Malgré la crise qu’ils traversaient, il aurait pu la mettre au courant.
    Ibtissem se demande quand cela était arrivé, pourquoi son père faisait tant de mystère. Lorsqu’elle rappelle un peu plus tard, sa mère n’est pas encore rentrée. Au troisième appel, elle est chez la voisine. Elle comprend que son père ne lui dira jamais où elle est. Et cela l’inquiète au plus haut point. Peut être que sa mère est gravement malade et qu’il n’ose pas le lui dire.
    Ibtissem charge son chauffeur d’aller lui acheter un billet d’avion en partance pour Alger. Entre temps, elle met de l’ordre dans ses papiers qui couvrent une grande partie du bureau. Elle ne le fait pas pour s’occuper mais son esprit est tout à ce qu’elle a appris depuis le matin. Elle a beau réfléchir, elle ne comprend pas pourquoi son père fait tant de mystère, pourquoi personne ne l’a mise au courant de l’accident de sa belle-mère, pourquoi sa mère n’est jamais là pour répondre. Et c’est pour avoir des réponses à toutes ces questions qu’elle a décidé de partir à Alger.
    Le chauffeur revient au bout d’un quart d’heure. Ibtissem part sans avoir terminé le rangement qu’elle avait commencé quelques minutes plus tôt, et sans donner d’instructions à sa secrétaire.
    L’attente à l’aéroport lui paraît interminable. Le voyage Oran-Alger aussi. Tout semble ne pas vouloir finir. Comme ses angoisses.
    Il est près de dix-huit heures quand elle arrive chez ses parents. Ces derniers ne sont pas là. Elle s’adresse à leur voisine du palier.
    -Ibtissem ! … Mais que fais-tu ici ?
    -Je n’arrive pas à joindre mes parents … Tu ne sais pas où est maman ? D’habitude, à cette heure-ci, elle prépare le dîner, soupire Ibtissem, fatiguée au point d’avoir le vertige, rongée par l’inquiétude.
    -Je … Tu n’es pas au courant ? … Je suis désolée Ibtissem que ce soit à moi de le faire … Mais pourquoi ne t’ont-ils pas mise au courant ?
    - À propos de quoi ?s’écrie Ibtissem. Pourquoi es-tu désolée ? Qu’est-il arrivé après mon départ ?
    La voisine la prend par le bras et la prie d’entrer. Elle la mène au salon et s’assoie avec elle. Ibtissem est livide. La situation est encore plus grave qu’elle ne l’avait imaginée. Khadidja avait beaucoup de peine. Cela se lisait sur son visage. Ibtissem la prie de lui dire ce qui se passe…

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  23. Artisans de l'ombre Dit :

    Une autre chance 25eme partie

    -Ce sont des choses qui arrivent à tout le monde, commence-t-elle. c’est le sort commun de tous … Fethi a fait un accident alors qu’il allait te rejoindre à Oran !
    -Je croyais que c’était ma belle-mère ! Oh mon Dieu … Hélas non … Elle a voulu lui faire croire des choses sur toi … Mais comme elle n’avait aucune preuve, il ne l’a pas crue … C’était tellement horrible ce qu’elle disait sur toi ! Khadidja lui raconte qu’avant de partir, il est passé voir sa belle-mère pour la mettre au courant. Il croyait si fort en elle et en leur amour. Le lendemain de son départ, quelqu’un est venu les informer de l’accident de Fethi, sur la route. Sa mère Yamina n’a pas supporté le choc. Elle a fait un malaise cardiaque et se trouve depuis des jours, à l’hôpital, entre la vie et la mort.
    - Oh non ! Pas maman…
    Ibtissem pleure, la tête entre les mains. Elle se lève en essuyant ses larmes.
    - À quel hôpital est-elle ?
    - À Mustapha-Pacha.
    - Papa doit être à son chevet…
    - Oui, il s’y rend autant de fois que le lui permettent les infirmières, lui apprend-elle. Je m’occupe de la maison, en son absence…Tu veux les clefs ?
    - Non, je vais prendre ma voiture et m’y rendre aussi ! Je veux la voir…
    -Tu veux que je t’accompagne ?
    Ibtissem prend les clefs et la remercie. Elle ne veut pas la déranger davantage.
    - Merci pour votre assistance à mes parents !
    - Je serais toujours là pour eux…
    La jeune femme la quitte en pensant qu’elle n’a pas été là, pour ses parents. Elle ne comprend pas pourquoi son père ne l’a pas mise au courant. Quoi qu’elle ait pu faire comme erreur, elle est leur fille. Il aurait dû l’informer. Elle serait revenue pour eux.
    Elle se rend chez sa belle-mère afin de récupérer les clefs de sa voiture. Dans le quartier, elle tombe sur Madjid. Il est surpris.
    -Toi à Alger, mais qu’est-ce que tu fais ici ?
    -Alger appartient à tout le monde…pousse-toi de mon chemin !
    -Ibtissem, il faut qu’on se parle, dit-il. De tout ce qui est arrivé !
    La jeune femme s’arrête à sa hauteur et le regarde dans les yeux, méprisante.
    -Je m’étais trompée sur ton compte…Je ne croyais pas que tu puisses réellement mettre sa menace à exécution ! Ton chantage ne t’aura rien apporté de bon !
    -J’espérais que tu m’aurais écouté ! Je tiens réellement à toi…
    -Tu aurais tenu à moi que tu ne serais pas allé trouver mon mari, pour tout lui rapporter, dit-elle d’un ton amer. Tu vois, je suis la seule perdante…Mon mari a fait un accident, ma mère un malaise cardiaque…
    -Ibtissem, tu dois savoir…
    Mais elle refuse de l’écouter. Elle passe devant lui et entre dans le bâtiment. Elle ne se retourne pas quand il l’appelle. Quand elle frappe à la porte, personne ne vient lui ouvrir. Elle sort la clef de son sac à main et tente d’ouvrir. Dépitée, elle constate que sa belle-mère n’a pas perdu son temps. Elle a posé de nouvelles serrures. Elle sort son portable et compose le numéro de son mari. Elle n’est pas surprise d’entendre la voix de l’opératrice. Elle compose ensuite celui de son père. Elle tombe sur la messagerie. Elle lui demande de la rappeler dès qu’il a connaissance de son appel.
    Elle se rend à l’hôpital Mustapha, à pied. Les taxis se faisaient rares et n’allaient pas dans cette direction. Quand elle arrive enfin, elle se rend aux urgences. Dans le couloir, elle aperçoit son père et son amie Fella. Son père est ému de la revoir. Elle lui tombe dans les bras et pleure sans retenue.
    -Pourquoi tu ne m’as pas appelée ? lui reproche-t-elle. Pourquoi ?
    -Tu venais de partir pour ce nouveau poste…Je ne voulais pas compromettre ton avenir, dit-il. Depuis toujours, ta mère tenait à ce que tu réussisses. Elle était fière de toi. Elle a parlé à tout le monde de ta promotion !
    -Mais je serais revenue, promotion ou pas !
    Puis elle se tourne vers son amie Fella. Même si sa mère ne l’appréciait pas, elle était là pour les soutenir…

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  24. Artisans de l'ombre Dit :

    Une autre chance 26eme partie

    -Sois forte…
    Ibtissem se sent défaillir en voyant sa mère si pâle. Yamina est branchée à un diascope. Elle semble endormie et ses traits sont si détendus. Ibtissem croit même voir l’ombre d’un sourire sur son visage.
    Elle l’embrasse sur le front et prend sa main. Ses larmes la mouillent. La jeune femme regrette. Si elle n’était pas partie, si elle n’avait pas trahi son mari, rien de tout cela ne serait arrivé.
    Une infirmière toussote derrière elle. Elle lui fait signe de sortir lorsqu’elle se tourne vers elle.
    -Vous ne devez pas tarder…
    -Est-ce qu’elle va s’en remettre ?
    -Inch Allah, répond-elle. J’ai bon espoir…
    -Même si cela fait dix jours depuis qu’elle est dans cet état ?
    -Oui. J’ai vu plusieurs patients revenir à la vie, sans qu’ils aient une seule séquelle, la rassure l’infirmière. Il vous suffit de prier et d’être patients ! Soyez courageux !
    Hacène hoche la tête, touchée par sa sollicitude. Fella est allée au bureau des infirmières, lui apporter une chaise. Il se laisse choir. Ibtissem pose une main réconfortante sur son épaule.
    -Elle s’en sortira papa ! C’est une battante !
    -Oui, je sais…Mais parfois il y a des batailles perdues d’avance, murmure-t-il. Je crois que cette fois, elle a baissé les bras !
    -Moi, je suis sûre qu’elle va s’en sortir, dit Fella. Prions pour que Dieu nous laisse grignoter encore du bon temps parmi ceux qui l’aiment !
    Ibtissem essuie les larmes qui coulent sur ses joues tout en s’appuyant au mur. Parfois, elle sent ses jambes trembler. Elle est à bout. Fella le remarque. Elle lui propose d’aller se rafraîchir le visage. Ibtissem accepte de la suivre dehors. Elle sort une petite bouteille d’eau de son sac et la lui tend.
    -Rince-toi le visage ! Ça te fera du bien…
    Ibtissem se rafraîchit. Elle frissonne lorsque le vent souffle. Cela la revigore. Elle respire à pleins poumons. Elle se rend compte qu’elle ne supporte pas l’odeur de l’hôpital.
    -Pourquoi cela m’arrive-t-il ? Pourquoi ma vie est-elle partie en éclat ?
    Fella se tient devant elle.
    -Ta mère n’a pas supporté les accusations de ta belle-mère ! J’ignorais qu’elle te haïssait à ce point !
    -Oui, soupire Ibtissem. Tous les moyens sont bons. Elle a eu une occasion en or. Elle n’allait pas la laisser passer…
    -Ne me dis pas que c’est vrai, s’écrie Fella.
    Ibtissem secoue la tête.
    -Je ne peux pas t’expliquer…C’est arrivé si brusquement, sur un accès de colère, de vengeance…La passion a tout détruit, dit-elle avant de soupirer. D’ailleurs j’ignore comment il a pris la chose…Comment va-t-il ? Ma voisine m’a dit qu’il a fait un grave accident en voulant me rejoindre à Oran !
    -Il avait hâte de te revoir. Mais toi, tu ne vas pas le voir ? Le pauvre, il a besoin de toi…
    -Je ne crois pas qu’il en ait envie !réplique-t-elle. Je voudrais aller à son chevet mais je n’ose pas…
    -Tu sais, lorsqu’un certain Madjid est allé le voir, pour lui dire que ta mère a tout fait pour te discréditer à ses yeux et que sur son insistance, il t’a suivie pendant des jours , il a constaté deux choses !
    -Lesquelles ?demande Ibtissem en détournant les yeux.
    -Premièrement, que tu avais une conscience professionnelle exceptionnelle et deuxièmement que tu ne voyais personne en dehors de vos familles, lui apprend son amie, la bouleversant au plus haut point. Ton mari a crié après sa mère ! Il la découvrait mauvaise et rancunière…
    -C’est ce soir-là qu’il a pris la route ?
    -Oui, alors qu’il était énervé…Il n’aurait jamais dû conduire, dans cet état d’énervement ! Ibtissem n’en revenait pas. A-t-elle bien entendu ? Madjid n’a rien dit à son mari qui aurait pu nuire à son mariage.
    -C’est ce qu’il voulait me dire et je ne voulais pas l’écouter…Dans quel service est-il ?
    -Il est au service chirurgie, il a été opéré au bras suite à sa fracture. Mais rassure toi, ces jours ne sont pas en danger, dit Fella. Si tu veux, je t’y accompagne…
    Mais Ibtissem refuse. Elle s’y rend seule, elle n’arrive toujours pas à réaliser sa chance. Elle se renseigne auprès d’infirmiers qu’elle croise sur son chemin, pour pouvoir trouver le service en question. Sur le mur de l’entrée, il y a une feuille accrochée. Elle porte les noms des malades hospitalisés. Parmi eux, figure celui de son mari. Elle respire un bon coup avant d’aller d’une chambre à une autre, jusqu’à ce qu’elle le voit, étendu et endormi. À son chevet, deux personnes qu’elle ne voudrait pas voir. Mais elle est là. Elle ne peut pas retourner sur ses pas, sans avoir vu et parler à son mari. Comme elle s’y attend, sa belle-mère se lève à son entrée. Elle lui en veut à mort. Comme jamais…

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  25. Artisans de l'ombre Dit :

    Une autre chance 27eme partie

    -Maudite sois-tu ! Comment oses-tu venir ici après ce que tu as fait ? s’écrie Houria. Cela ne suffit pas que tu l’humilies devant tout le monde ?
    - Je ne l’ai jamais humilié, se défend Ibtissem. Laisse nos querelles de côté, la prie-t-elle. Si je suis ici, c’est pour mon mari…
    Ce dernier vient d’ouvrir les yeux et la fixe comme s’il n’en revenait pas. Elle le regarde de la tête aux pieds, il a juste le bras gauche dans le plâtre et quelques égratignures au visage qui le rendent encore plus charmant à ses yeux. Il tend vers elle le bras encore valide.
    - Enfin, te voilà, dit-il.
    - Oui.
    - Laissez-nous !
    - Je serais dans le couloir, dit Madjid. Si tu as besoin de quoi que ce soit, appelle moi !
    Fethi secoue la tête.
    - Maintenant qu’elle est là, j’ai tout ce qu’il faut !
    - Alors, bonne nuit ! Je passerais demain ; Khalti, je vous ramène…
    - Je ne peux pas le laisser avec cette peste ! Depuis qu’elle est entrée dans sa vie, c’est la pagaille !
    - Non, tu ne l’aimes pas parce que je l’aime et que j’ai voulu la suivre à Oran, contre ta volonté ! Tu as tout fait pour que je me sépare d’elle ! Tu as osé tenir des propos calomnieux sur elle ! Heureusement qu’il était là… Sinon, je l’aurais crue ! Merci Madjid…
    - J’ai dit la vérité, c’est tout… Bon, puisque tu es bien entouré… ! À demain !
    - Maman, rentre avec lui… Tu n’as plus rien à faire ici !
    - Elle va encore t’embobiner ! Je suis sûre qu’elle t’a ensorcelé ! s’écrie-t-elle. Elle te fait avaler des couleuvres quand ça lui chante !
    - La coupe est pleine, c’en est assez ! Pars avant que… S’il te plait, n’en ajoute pas ! Pars…
    - Khalti, dit Madjid, en la prenant par le bras, Je vous ramène avant de rentrer à la maison…
    - Tout cela est de ta faute ! Tu aurais dû dire la vérité ! lui reproche-t-elle en se dégageant. Maintenant je ne suis plus rien pour lui ! Il croit que je veux son malheur alors que c’est elle qui en est la cause !
    - Khalti, on ferait mieux de rentrer !
    - Non, je veux qu’il sache !
    - Yemma ! c’est bon, n’en rajoute pas ! J’en ai marre… Tu comprends ? Ne me pousse pas à bout !
    Elle part, en se retournant plusieurs fois, comme si c’était la dernière fois qu’elle voyait son fils. Ce dernier ne la regarde plus. Une fois seuls, il dit à Ibtissem qui se tient loin de lui :
    - Approche… Comme tu le vois, je vais bien, poursuit-il. Je peux même me lever… Mais j’ai souvent la tête qui tourne… Alors, je garde le lit ! Mais maintenant que tu es là, je vais vite me remettre ! Je m’appuierais à toi…
    - Hamdou Allah, tu vas bien, dit-elle, laissant des larmes couler sur ses joues et qu’elle essuie avec rage. Comment est-ce arrivé ? C’est injuste… C’est injuste !
    Fethi sourit et tapote sur le bord du lit.
    - Calme-toi, je vais bien omri…
    - Oui mais tu aurais pu mourir !
    - Ce n’est pas arrivé ! Je suis vivant et on en a encore pour longtemps à se chamailler, à se retrouver !
    - Je ne veux plus me… chamailler, soupire-t-elle. Je n’en peux plus… J’ai failli vous perdre toi et maman, et je tremble encore à l’idée que cela aurait pu arriver !
    - Khalti Yamina s’en sortira, la rassure-t-il. C’est une battante !
    - C’est un qualificatif qui revient souvent lorsqu’on parle d’elle, dit-elle. Mais cela ne m’empêche pas d’avoir peur pour elle ! Pourquoi ne m’as-tu pas appelée ? J’ai été la dernière personne à être informée de ton accident ! Pourtant je suis ta femme… Qu’est ce qui t’en a empêché ?

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  26. Artisans de l'ombre Dit :

    Une autre chance 28eme partie
    Par : Adila KATIA

    -Je suis sûre que l’idée venait de ta mère, dit-elle sans attendre sa réponse. Elle ne voulait pas de moi, à ton chevet !
    Mais Fethi la surprend.
    - Non, c’est moi qui ne voulais pas, répond-il. J’attendais d’aller mieux… Tu m’as manqué, murmure-t-il. J’en veux à ma mère… Elle n’arrive pas à t’accepter. J’ignorais qu’elle était capable du pire…
    - Elle est vieille, elle ne supporte pas que tu me fasses passer en priorité… Oublie ce qui vient de se passer, lui dit-elle. Malgré tout, c’est ta mère ! Pardonne-lui…
    - Tu es trop bonne avec elle… Je désespère, soupire-t-il. Je crois qu’elle ne changera jamais !
    - Changement ou pas, dit-elle, elle reste ta mère…
    - Heureusement qu’on va vivre à Oran, soupire-t-il. Je veux bien lui pardonner mais jamais plus je ne vivrais sous le même toit qu’elle !
    - On a tout le temps.
    - Hamdou Allah ! Je te le disais, il va mieux !
    Ibtissem se retourne en souriant en reconnaissant la voix de ses belles-sœurs. Celles-ci lui ont apporté un dîner et des fruits. Elles ne semblent pas surprises de la trouver là. Elles l’embrassent puis s’occupent de leur frère.
    - Quand es-tu rentrée ? demande l’une d’elles.
    - Je suis arrivée en fin de journée, répond-elle. Tu es gâtée, ajoute-t-elle à l’intention de Fethi. Tu as de la chance !
    - C’est vrai ! Lors de cet accident, j’ai réalisé combien je tenais à vous toutes. Même maman… Dommage qu’elle persiste à verser sa rage sur ma femme. Mes sœurs, pourquoi ne vous lui faites pas entendre raison ?
    - On a bien essayé… Au fait, comment va ta mère ?
    - Elle s’accroche…
    - Inch Allah elle se remettra de cette crise, dit Fethi. Si tu veux, on les prendra avec nous, à Oran !
    - Ta mère m’empoisonnera un jour si tu le fais ! Il faudrait la prendre aussi mais j’ignore s’il n’y aura pas de massacre si nos deux mères cohabitent ! Ce serait prendre un gros risque…
    Mais en attendant, tout ce qu’elle espérait, c’est que sa mère se rétablisse. Elle veut avoir une chance, de se rattraper auprès d’elle et de son mari. Sa belle-mère n’a pas obtenu ce qu’elle voulait. Elle n’a pas réussi à les séparer. Même en faillant perdre son fils, elle n’a pas perdu sa rancune. Ses propos n’ont pas réussi à la blesser. L’amour que lui porte son mari, la force à être plus tolérante.
    Elle n’est pas surprise lorsque son amie Fella la rejoint pour lui apprendre que sa mère était revenue à elle.
    - Hamdou Allah ! s’écrie-t-elle alors que son portable vibre dans son sac à main. Fethi, je vais la voir…
    - Si je n’avais pas encore le tournis, je t’aurais accompagnée ! Embrasse-la pour moi ! Je la verrais demain…
    Elle le lui promet avant d’aller au chevet de sa mère. Fella la tient par le bras. Ibtissem a le pas léger tant elle est heureuse et soulagée. Elle peste contre son portable qui vibre encore dans son sac. Elle le sort et trouve des appels manqués et un message envoyé par Madjid.
    Qu’est-ce qu’il veut encore ? se demande-t-elle en l’ouvrant. Le cœur serré, elle soupir de soulagement. “Dans la vie, on a tous droit à une seconde chance. Elle s’est présentée à toi. Saisis-la ! Adieu, tu n’entendras plus jamais parler de moi.”
    Elle aussi n’a plus envie d’entendre parler de lui. Leur histoire appartient au passé. Elle la jette aux oubliettes. Seule sa famille compte. Quand elle arrive à la chambre de sa mère, elle trouve le médecin des urgences en train de l’examiner. Il est satisfait.
    - Je me sens faible, dit Yamina.
    - Hamdi Rebi, lui répond-il. Vous vous en sortez bien… Vous nous revenez de loin !
    - Hamdou Allah… Comment va Fethi ?
    - Bien maman, il t’embrasse…
    Le médecin, avant de sortir, leur conseille de ne pas tarder et de revenir le lendemain matin.
    - Promis docteur…
    Tous ont promis de ne pas tarder mais personne n’a le cœur à se séparer d’elle. Ils ont tant de choses à se dire, du temps à rattraper et tant d’amour à partager.
    - Dès que tu iras mieux, vous viendrez vivre avec nous, dit Ibtissem. Fethi insiste… Il viendra te voir dès qu’il n’aura plus de vertige !
    - Non, on restera chez nous, dit Yamina. Vous serez les bienvenus quand vous nous reviendrez en visite… Vivez heureux ! Nous ne demandons que ton bonheur…
    - Je suis heureuse maman ! Heureuse de vous retrouver sains et saufs !
    Les êtres auxquels Ibtissem tenait le plus s’en sortaient sans séquelle. La jeune femme a conscience de sa chance. Elle n’est plus pressée de partir. Elle tenait à prendre soin d’eux avant de retourner à Oran, avec son mari. Elle garde au fond de son cœur que sa relation avec Madjid aura été aussi brève qu’une tempête. Elle aurait pu tout détruire sur son passage et emporté ceux qu’elle aimait. Son souffle lui aura permis d’ouvrir les yeux sur l’essentiel.

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