Le jeune Omar, à l’imagination débordante, invente des histoires invraisemblables.
Omar est un charmant bambin de sept ans mais il a la réputation d’être un menteur. Quand on dit à ses parents que tous les enfants de son âge mentent, ils répondent aussitôt : “Lui, il ment plus que les autres !”
En réalité, il ne ment pas plus que les autres, et on peut même dire qu’il ne ment pas du tout, le mensonge, c’est à dire la mystification et la tromperie, étant le fait des adultes : lui et les autres enfants ne font qu’imaginer des choses et des événements, en les représentant autrement ou en leur donnant la tournure qu’ils voudraient les voir prendre.
Le mensonge des enfants, c’est un peu comme le travail du rêve : il modèle la réalité en fonction de choses qui existent, et même si cette réalité paraît bizarre ou incongrue, elle reste une réalité… On a juste interverti certains éléments, changé de place à d’autres ou encore introduit de nouveaux. Pris séparément, tous ces éléments existent !
Sa mère le prend parfois sur ses genoux et, sur le ton le plus doux, lui demande pourquoi il n’arrête pas de dire des mensonges.
- Mais pourquoi les choses ne seraient-elles pas comme ça ? proteste-t-il
- Il faut voir les choses comme elles sont et non comme on voudrait qu’elles soient !
Tu ne peux pas dire par exemple que tu as vu un cheval bleu alors qu’il n’existe pas de chevaux bleus !
- Pourquoi n’existerait pas de chevaux bleus ? Un cheval bleu, c’est plus beau qu’un cheval noir ou blanc !
- Tu es prêt à dire qu’il existe des chevaux bleus ? dit la mère, découragée.
- Oui, le bleu est une belle couleur !
- Et des chevaux à cinq pattes ? tu trouverais normal ?
- Pourquoi pas, ça courrait encore plus rapidement !
- Mais des chevaux bleus et des chevaux à cinq pattes, ça n’existe pas ! Arrête de dire des sottises !
En général, même s’il n’est pas convaincu, Omar ne tient pas tête à sa mère mais avec les chevaux, il refuse d’abandonner la partie.
- Le maître, à l’école, nous a bien dit qu’il y a des chevaux avec des ailes !
- C’est encore une de tes inventions !
- Non, non, il nous a même dit le nom du cheval… Bourak ! C’est sur ce cheval que le Prophète a fait son voyage vers le ciel !
La mère a hésité puis elle a dit :
- Puisque c’est le maître qui vous l’a dit…
- Tu vois, a dit Omar triomphant, s’il existe des chevaux à ailes, pourquoi n’existerait-il pas des chevaux bleus ?
Pour une fois Omar a raison mais son triomphe a été de courte durée puisque sa mère a eu le dernier mot :
- Cela ne te donne pas le droit de mentir !
Il n’a pas le droit de mentir et justement parce qu’il ment, il n’a aucun droit : ni celui de parler ni celui de donner son avis, encore moins celui de protester quand on lui fait des remontrances.
“Tais-toi, petit menteur ! Tais-toi !’’
Il se tait donc… mais seulement après avoir dit ce qu’il a voulu dire !






26 avril 2012
Boulki Ghazi, EXTRAITS