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La nouvelle de Adila Katia Les croisées du destin

28 avril 2012

Adila Katia

 

Par : Adila KATIALa nouvelle de Adila Katia  Les croisées du destin dans Adila Katia 951_200_150

-Comment as-tu fait pour te retrouver là ?
La question du gardien fait rougir Wassil. Mais il devient aussitôt pâle, des larmes brillent dans son regard. Il regrette tant même s’il sait que les regrets et les remords ne pourront rien changer au passé. En plus d’être un voleur, il a été un taxi commun. Durant des années, il consommait des drogues douces, tout ça pour oublier sa triste vie. Enfant de parents divorcés, il n’a jamais supporté d’avoir à choisir entre eux. Aussi, bien que tous deux ont refait leur vie, ils l’ont toujours utilisé pour se faire du mal. Mais c’est lui qui en a le plus souffert.
Après une enfance à aller et venir entre ses deux familles, il n’avait plus eu la force de les supporter. Alors il était parti chez un ami à Alger. Ce dernier, il l’avait rencontré dans une pharmacie alors qu’il achetait une boîte de tranquillisants. Kader avait deviné qu’il était dans une période difficile. Plein de sollicitude, alors que c’était un geste calculé, il lui avait proposé de passer quelques jours chez lui. Wassil, touché, n’a pas refusé. Durant des semaines, Wassil mène la belle vie. Kader l’emmène en boîte, lui offre de beaux habits et lui donne même de l’argent de poche.
En repensant à tout ça, Wassil a un sentiment de révolte. Combien il a été naïf de croire en lui, de le considérer comme un bienfaiteur ! Mais sa jeunesse l’excusait. Il n’avait que dix-sept ans. Lorsque Kader lui a demandé de lui rendre service, il n’a pas voulu être ou paraître égoïste et mauvais. Ne pas lui être redevable l’aurait poussé à le mettre dehors.
Wassil savait alors que seule la rue l’aurait attendue. Par reconnaissance et par crainte, il n’avait pu faire autrement que de lui rendre service. Kader lui avait remis quelques appareillages à vendre. Dès le premier jour, Wassil s’est fait surprendre par une patrouille de police avec sa marchandise en mains.
Tout de suite après, il s’est retrouvé au commissariat ; ce qu’il ignorait alors, c’est que le propriétaire de la marchandise s’était plaint. Kader lui avait menti, lui disant qu’un copain les lui avait revendus. Wassil a payé pour eux, condamné à trois années de prison. Kader s’était volatilisé dans la nature. L’appartement qu’ils occupaient ne lui appartenait pas, tout comme ce qui s’y trouvait, les meubles, le salon, la belle vaisselle. Wassil, après toutes ses années se demande pourquoi il ne s’était pas rendu compte que tout ce qui les avait entourés, n’était qu’illusions. Kader en plus d’être un menteur était un bon comédien. Sinon il n’aurait pas abusé Wassil aussi longtemps…
Wassil n’aurait pas été aujourd’hui en prison à payer pour lui. Parfois il s’en voulait à mort d’avoir été naïf. Il aurait dû se douter que tout ce qui brillait autour de lui était qu’artifice. Kader l’a bien eu.
- C’était moche ce que tu as fait ? demande le gardien.
- Je n’ai agressé personne… Je me suis seulement fait avoir en allant vendre de la marchandise volée, répond Wassil. L’argent n’était même par pour moi.
- Tu en as encore pour longtemps ? l’interroge-t-il en le regardant fixer le soleil.
- Quelques semaines, murmure le jeune homme. Le temps juste pour ne pas devenir fou !
Il lui reste tout juste cinq semaine avant d’être libéré. L’espoir lui donnait assez de force pour ne pas céder à la pression faite par d’autres détenus qui le savait proche de sortir de prison. Et c’est aussi l’espoir qui le pousse à écrire des lettres à sa famille. En attendant leurs réponses, il prie Dieu de lui venir en aide. Ces derniers jours lui ont paru encore plus longs qu’avant. Il se demande s’il pourra tenir le coup longtemps.

 

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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12 Réponses à “La nouvelle de Adila Katia Les croisées du destin”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Les jours s’écoulent lentement. Vivement l’instant où il sera de nouveau, comme les autres, libre. Lorsque le juge l’avait condamné à trois années de prison, il avait eu le sentiment que sa vie était terminée, qu’il ne supporterait jamais la rudesse du régime carcéral et pour s’en sortir, parce que d’autres plus durs que lui, méchants de nature, ont tenté de lui faire la peau, Wassil dû se battre bien des fois. À deux reprises, il s’est retrouvé à l’infirmerie. Il porte deux cicatrices aux épaules, souvenirs d’une bagarre où il aurait pu y laisser la vie.
    C’est par chance, parce que son heure n’avait pas vraiment sonné, aussi parce que les autres n’étaient pas plus forts que lui. À bien des reprises, ces jours-ci, il a remarqué que certains détenus, avaient le regard dur et insistant lorsqu’il passait près d’eux. Ils faisaient tout pour le provoquer, le basculant, crachant sur lui, l’insultant mais Wassil ne tenait pas à voir son jour de libération reportée parce que le juge aura eu vent de ses nouveaux accrochages musclés.Wassil réussit à les éviter durant le restant de son incarcération. Bien qu’il sortira de prison avec quelques bleus, il sera le plus heureux des jeunes de son âge. Sa libération est comme une nouvelle naissance. Il allait enfin de nouveau vivre.
    Une nouvelle vie, plus averti que jamais. Plus jamais, il ne renouera avec son passé. Il ne fera plus les mêmes erreurs. Il espère seulement que ces parents lui auront pardonné. Au fond de son cœur, il est un peu peiné qu’ils ne lui aient répondu. Dans les lettres qu’il leur avait envoyé ; il leur a demandé de venir le chercher. Il tenait à rentrer à la maison, parmi les siens, même s’il les avait quittés brusquement quelques années plus tôt.
    Wassil est bien déçu à sa sortie car personne ne l’y attend. Il a envie de pleurer mais en voyant que des gens le regardaient, il s’en abstient. Ce jour n’est pas fait pour pleurer. Il vient d’être libéré et rien ne doit gâcher cette joie…
    Le jeune homme s’arrête à la première cabine téléphonique se trouvant sur son chemin. Il appelle chez son père mais il ne peut pas lui parler. Sa marâtre s’est chargée de lui dire de ne plus les contacter. Il leur faisait honte. Tout le village était au courant qu’il avait mal tourné et qu’il s’en était pris pour trois années de prison. Personne ne voulait de lui maintenant.
    Lorsqu’il compose celui de sa mère, il s’attend à ce qu’elle lui dise presque la même chose. Mais ce n’est pas le cas. Celle-ci pleure en reconnaissant sa voix.
    - Mon garçon, il ne faut pas m’en vouloir… Je ne peux pas te voir… Mon mari et ma belle-famille le refusent, lui apprend-elle. Seulement on pourra se parler au téléphone… Je t’ai préparé un peu d’argent… Ton frère pourrait te le porter si tu peux lui expliquer où tu te trouves !
    - Je suis à plus de 80 kilomètres, soupire Wassil et j’ai tout juste de quoi prendre un café…
    - Où pourrait-il te trouver ? Si tu n’as pas d’argent, où vas-tu passer la nuit ?
    - Je ne sais pas encore ! Je vais essayer de voir quelqu’un avec un peu de chance, il m’hébergera cette nuit, murmure le jeune homme. Mon frère pourra me trouver devant la prison… Comme ça, il ne se perdra pas !
    - D’accord ! Sois prudent !
    Wassil voudrait lui dire que sans qu’elle le lui recommande, il le sera. Comme il a toute la journée devant lui, il décide de se rendre à son ancien quartier, celui où il avait vécu durant cinq ans. Il fut un temps où il avait fréquenté une fille avec qui il avait fait des projets. Wassil voudrait bien la voir, savoir ce qu’elle est devenue depuis, si elle accepterait encore de la voir et si elle accepterait de le revoir…

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    —————————————–03—————————————
    Tout en composant le numéro de son amie Ghania, Wassil prie de la trouver et surtout pour qu’elle ne lui raccroche pas au nez. Qui sait quelle réaction elle aura en le sachant libre ? Il se rappelle qu’elle n’avait eu aucun mot gentil pour lui lorsqu’il l’avait appelée au début de son incarcération. Il avait cru qu’elle lui remonterait un peu le moral, parce qu’ils s’aimaient et il a été bien déçu. Elle lui avait demandé de ne plus l’appeler jusqu’au jour où il sortirait de prison. Maintenant que c’était fait, il en est à se demander s’il ne devrait pas raccrocher avant d’être de nouveau déçu. Ghania devait avoir changé de sentiments. Sa mère allait sûrement, si cela n’était pas déjà fait, la presser à rompre avec lui, l’oublier à tout jamais. Elle ne fera pas sa vie avec un homme qui aura fait de la prison. Qui voudrait d’un voleur pour gendre ou pour mari ? Wassil n’a pas le temps de raccrocher quand il entend à l’autre bout de la ligne une voix de femme. Il ne la reconnaît pas mais il se force à lui parler, le visage en feu, comme si elle pouvait le voir, deviner qu’il est et d’où il vient.
    - Ghania ? Je voudrais parler à Ghania, dit-il.
    - Qui la demande ?
    - Un ami, répond-il. Est-ce qu’elle est là ?
    - Vous ne savez pas ? réplique-t-elle d’un air surpris. Pour un ami… Depuis quand n’avez-vous pas parlé avec elle ?
    - J’ai fait mon service national, ment-il, et je n’ai pas gardé contact avec elle depuis…
    - Je comprends. Est-ce que vous êtes à Alger ?
    - Oui.
    - Pour longtemps ? demande la femme dont il ignorait même le lien de parenté.
    - Peut-être. Ghania n’est pas là ?
    - Non, mais je pourrai vous dire où elle est maintenant si on peut se voir demain matin, lui propose-t-elle. Je ne peux pas le faire au téléphone !
    - Elle s’est mariée ?
    - Demain, vous saurez. Attendez-moi à l’arrêt des taxis !
    Bien avant qu’elle ne raccroche, Wassil a pu entendre la voix de la mère de Ghania qui demandait à qui elle parlait. Il se rappelle que le frère aîné de Ghania était fiancé. Il s’est sûrement marié durant sa détention. Ghania n’a pas de sœur. De quel arrêt voulait-elle parler ? Peut-être celui où j’avais l’habitude d’attendre Ghania ! Où peut-elle être ? Pourquoi sa belle-sœur n’a pas voulu m’en parler au téléphone ? Elle ne m’a même pas dit à quelle heure ! Wassil décide d’attendre toute la matinée. Pour s’occuper, il se promène d’un quartier à un autre. Bien qu’il meure de faim, il n’ose pas dépenser les quelques dinars qu’il a en poche. Bien avant la fin de l’après-midi, il va attendre devant la prison l’unique ami qu’il a. Le gardien Tewfik qui l’a aidé ces derniers mois à supporter la pression faite par les autres détenus qui lui en voulaient et qui l’enviaient.
    Tewfik arrive peu de temps après ; il est surpris de le voir. Il s’en inquiète même.
    - Tu as des problèmes ?
    - Oui, je n’ai pas où loger, répond-il. Est-ce que tu peux m’aider à trouver un endroit ?
    - Ton père n’est pas venu ?
    - Non, et il ne veut plus entendre parler de moi… Je t’en prie, aide-moi !
    - Je n’ai pas où te loger, lui dit Tewfik en fouillant dans son portefeuille. Mais je peux te payer une chambre d’hôtel pour quelques jours !
    Il lui remet plusieurs billets avant de lui recommander de tenter de se réconcilier avec sa famille. Sinon, sa sortie de prison allait devenir un enfer.

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————————–04—————————————
    4eme partie

    Wassil passe une nuit blanche bien qu’il soit mort de fatigue. Le lit en fer aurait pu lui paraître confortable s’il avait pu fermer l’œil, ne serait-ce qu’une demi-heure.
    Durant toute la nuit, il n’a cessé de penser à son avenir, de quoi il sera fait maintenant qu’il est libre, maintenant qu’il a un passé noirci, qui voudra de lui comme employé, qui aura la force de tout mettre entre les mains de la providence. Car ce ne sera pas évident de gagner la confiance des autres.
    Wassil prie de tout cœur pour avoir une seconde chance dans sa vie pour qu’il n’ait pas tout gâché. Il ne se le pardonnerait pas. Que faire dans ce bas monde sans famille, sans toit, sans travail ? Tout le forcera à mettre fin à sa vie uniquement pour ne pas avoir à recommencer. Il ne tenait pas à retourner en prison. Les années de détention lui ont suffi. Autant mourir que d’avoir à y retourner.
    Le jeune homme ne peut s’empêcher de penser à Ghania. Se demandant où elle pourrait être, ce qu’elle est devenue. Il se rappelle combien elle était belle. Elle n’avait que seize ans lorsqu’il l’avait connue et elle était au lycée, même si elle rêvait de partir à l’étranger pour y faire des études et aussi sa vie. Il se rappelle qu’ils s’étaient promis de se marier et de vivre heureux, loin de tous.
    En se rendant à son rendez-vous, il se demande si cela pourrait se réaliser un jour. Au niveau des arrêts, il y a plusieurs femmes. Wassil n’a pas le temps de les regarder avec insistance pour reconnaître celle qui lui avait parlé la veille au téléphone. De suite, une jeune en hidjab se détache du groupe et se dirige vers lui d’un pas sûr. Il ne sait pas comment elle a fait pour savoir que c’est lui
    A peine échangent-ils le bonjour qu’elle lui remet une enveloppe avec une adresse.
    - Comment m’avez-vous reconnu ? l’interroge-t-il curieux.
    - Ghania me parlait de vous et aussi, avant son départ précipité, elle m’avait demandé de vous dire qu’elle vous aimait beaucoup !
    - Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi elle est partie ? Et où ? l’interroge-t-il gagné par l’inquiétude.
    - Elle a eu une demande en mariage peu de temps après votre condamnation. Comme mes beaux-parents voulaient la forcer, elle est partie ! Elle est à Paris. Je vous ai donné son adresse et son numéro de téléphone !
    - Merci beaucoup ! Vous me sauvez la vie, dit Wassil. Vous ne pouvez pas savoir combien je tiens à elle !
    - Appelez-la aussi vite que vous le pourrez ! Soyez heureux !
    Wassil sent son cœur se serrer et souhaite que Dieu entende ce vœu si sincère. La belle-sœur de Ghania part sans même lui dire au revoir. Très heureux à l’idée de parler à Ghania dans un proche avenir, tout en la sachant en France, il va à la rencontre de son demi- frère.
    Mais ce n’est pas réciproque. Ils ne se parlent presque pas. Dès qu’il lui remet l’argent envoyé pas sa mère, il prétexte avoir des choses à faire uniquement pour le quitter.
    Wassil se presse d’aller téléphoner à sa mère pour la remercier. Elle a dû se serrer la ceinture depuis son entrée en prison pour pouvoir l’aider aujourd’hui.
    Pour la première fois depuis qu’il est libre, il s’offre un bon déjeuner tout en lisant les annonces de trois journaux. Il ne trouve rien qui lui convient, il se presse d’aller téléphoner à Ghania. Avec un peu de chance, elle lui répondra. Pour la première fois depuis trois ans, Wassil se sent revenir à la vie.

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  4. Artisans de l'ombre Dit :

    —————————–05——————————————————-
    -Qui la demande ?
    Le ton de l’interlocuteur de Wassil est dur. Malgré la friture de la ligne, il peut entendre d’autres voix. Et parmi elles, celle de Ghania.
    - Un ami, répond-il. J’appelle d’Algérie. j’ai besoin de lui parler. C’est extrêmement urgent !
    - Urgent ou pas, lui dit l’homme. Ce ne sera pas possible, Ghania est en train de travailler !
    - Ah ! Et à quelle heure fait-elle sa pause ?
    - Écoutez, inutile d’appeler à l’avenir ! Vous ne pourrez jamais lui parler. Elle n’a pas besoin de votre amitié. Elle a tout ce qu’elle veut ici !
    Wassil aurait voulu le prier mais son interlocuteur, qui est peut-être le patron de Ghania, a déjà raccroché. Il voudrait encore tenter de lui parler mais il y a du monde derrière lui qui attend qu’il libère la cabine. Mais il ne laisse pas tomber. Il appelle sa belle-sœur. Tout de suite elle reconnaît sa voix. Il la sent un peu inquiète et pressée de raccrocher.
    - Qu’y a-t-il encore ?
    - Il ne voulait pas me la passer, lui apprend-il. Il m’a raccroché au nez !
    - Wassil, essaye de l’appeler le soir, lui recommande-t-elle. Son patron n’est pas toujours là.
    - Tu ne sais pas si elle a changé ? Si elle a quelqu’un dans sa vie ? l’interroge-t-il.
    - Si cela aurait été le cas, le rassure la jeune femme, elle ne m’aurait pas demandé de te donner l’adresse et le numéro de téléphone. Je sais qu’elle travaille dur pour s’en sortir. N’oublie pas qu’elle est jeune et seule !
    - Je sais. Elle a dû se sentir seule une fois là-bas, murmure le jeune homme. Tout ça, pour m’être fidèle. Je ne crois pas être digne d’elle !
    - Si elle t’aime toujours, elle ne teindra pas compte de ton passé. Il faut que je raccroche ! Seulement, promets-moi de ne plus jamais rappeler !
    - Promis.
    Une fois dans la rue, Wassil pense à rentrer à l’hôtel pour se reposer puis il change d’avis. Puisque dans les journaux qu’il a lus, il n’a rien trouvé qu’il puisse faire, il décide de s’adresser aux propriétaires de cafés et de restaurants dans l’espoir d’être serveur ou même plongeur. Il est même prêt à faire le ménage pour s’en sortir financièrement.
    Il ne veut pas toucher à l’argent envoyé pas sa mère, voulant les mettre de côté, au cas où il tomberait en panne.
    Le jeune homme fait plusieurs cafés, tous les restaurants et même les bains maures, personne ne veut de lui quand ils apprennent qu’il a déjà eu affaire avec la police
    De retour à l’hôtel, il se met au lit sans même avoir dîné, trop déçu pour pouvoir avaler quelque chose. L’angoisse a réussi à le gagner, lui gâchant la soirée. Dire qu’il était tout heureux ce matin, qu’il était de nouveau plein d’espoir. De quoi sera fait son avenir ? Est-il encore possible d’en avoir un ? Son passé allait toujours le rattraper et gâcher non seulement l’instant présent mais aussi l’avenir. Heureusement qu’il allait bientôt retrouver Ghania.
    Un jour, dès qu’il en aura les moyens, il la rejoindra en France, dans ce pays où il est possible d’avoir une seconde chance. Quand Ghania saura, elle se pressera de revenir. Rien qu’en y pensant, il sent l’espoir lui revenir. Mais ce n’est que l’espoir et qui sait si son rêve allait se réaliser ? Si son passé n’allait pas empoisonner son avenir et son amour ? Les trois années ont été très longues. Ghania avait pu se faire une autre vie dont il sera exclu à l’avenir.

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  5. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————————–06…………………………
    -Écoute Wassil ! Je suis en pleine galère. Je n’ai même pas le temps de me reposer ! Alors, pour pouvoir t’aider, je n’y pense même pas. En tout cas, pas maintenant, lui dit Ghania lorsqu’il peut lui parler deux jours après. Vraiment pas maintenant. Je suis désolée !
    - Pas autant que moi. J’espérais tant de choses, lui confie-t-il. Je croyais que tu m’aimais encore !
    - Ce n’est pas une question d’amour mais de survie, rétorque Ghania. Rappelle moi dans quelques semaines, peut-être que j’aurais fini de galérer ?
    Wassil a beaucoup de peine lorsqu’elle raccroche, sans même lui avoir dit un mot doux. Ils étaient censés s’aimer. Avant que ce malheur ne lui arrive, ils avaient fait des projets. Une nouvelle fois, il constate qu’il lui faudrait beaucoup de chance pour pouvoir avoir une nouvelle vie et un départ. Qui pourrait lui faire confiance ? Qui pourrait lui donner cette occasion alors qu’il a commis l’impardonnable erreur ? Certes, il n’a pas cambriolé mais il a été coincé avec de la marchandise volée. Il pouvait l’avoir volée lui-même ou avoir été un complice. Mais comme il n’a personne pour témoigner en sa faveur, les autres ne le croiront jamais. Surtout depuis qu’il a fait ces années de prison. Le jeune homme se remet à la recherche d’une travail, frappant à toutes les portes qui sont sur son chemin mais aucune ne s’ouvre à lui. Pour ne pas voir fondre, tout d’un coup, le peu d’argent qu’il a, Wassil se met à jeûner la journée et ne se permet qu’un léger dîner. Uniquement pour que la faim ne l’empêche pas de dormir.
    Lorsqu’il doit renouveler la location de sa chambre, il est contraint à se passer du café du matin. Wassil maigrit lentement. Pourtant, il n y a que quelques semaines qu’il a quitté la prison. Dans l’incertitude dans laquelle il vit depuis qu’il est libre, il se met à regretter le temps où il était jeune, où il n’avait pas à s’inquiéter pour le lendemain, sur cet avenir qui lui paraît des plus sombres.
    Aussi, il refuse de se laisser tenter par la drogue que lui propose un homme qu’il a l’habitude de voir au café.
    - Tu devrais essayer, lui dit-il. Ca te fera beaucoup de bien ! Tu pourras oublier tes problèmes, le temps d’une nuit, ou deux. Tiens, je ne te force pas à acheter ! c’est un cadeau de ma part !
    Wassil le lui aurait rendu s’il avait dû payer. Même s’il n’avait pas eu l’intention d’y toucher, il ne les jette pas. Cela lui fait du bien d’avoir quelque chose dans la poche, même si c’est un fruit interdit. Un passeport pour le paradis ici-bas.
    Il ne peut pas vivre un enfer pire que celui de ces jours-ci. Il n’a plus beaucoup d’argent et quand il découvre que le prix des chambres a augmenté, il panique. Dans ses poches, il n’a pas de quoi payer une autre semaine de location. Dans moins de cinq jours, il allait se retrouver à la rue. Sauf s’il réussissait à trouver du travail. Là, il pourrait continuer à dormir dans ce minable hôtel. Il n’aurait pas à vivre dans la peur. Le jeune homme qui ne sait que faire, décide de se tourner une dernière fois vers son père. Il voulait rentrer à la maison, ne serait-ce que pour un temps. La rue lui tendait les bras. Pour y survivre, il sera forcé de voler, en douceur ou à force de coups si sa victime ne voudrait pas se laisser faire. S’il se fait pincer par la police, ce sera de nouveau la prison. Une mort douce pour lui qui ne voulait pas y retourner. C’est ce qui le force à glisser quelques pièces, dans la première cabine de téléphone se trouvant sur son chemin. Alors que la première sonnerie lui parvient, il prie pour ne pas tomber sur sa belle-mère. Il ne voulait pas lui donner l’occasion d’influencer son père. Il a toujours été si faible devant elle.

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  6. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————————–07————————————-

    Wassil à l’impression que tout est contre lui. Rien ne va dans sa vie et même dans le pire des moments, il n’a personne vers qui se tourner. Dieu même semble l’avoir oublié.
    Lorsque sa belle-mère lui avait appris que son père est en déplacement à Alger, il s’était cru sauvé. Comme elle avait mentionné l’hôtel où il était descendu, il n’avait pas hésité à s’y rendre à pied bien que ce dernier soit situé à quelques kilomètres.
    Lorsqu’il arrive à la réception on lui dit que son père n’était pas encore rentré. Mais Wassil très fatigué a choisi de l’attendre au salon, faisant face à l’entrée pour ne pas le rater .
    Ce dernier ne rentre qu’après le dîner, en compagnie de deux collègues. Tous trois étaient venus assister au congrès du parti où ils militaient. Dès que son père l’aperçoit, il devient blanc. De surprise et de colère. Wassil ne s’était pas attendu à un accueil aussi glacial.
    - Qu’est-ce que tu fais ici ? Qui t’a dit que j’étais ici ? Pourquoi es-tu là ? Qu’est-ce que tu veux ?
    - Juste… juste te voir, répond le jeune homme. Ça fait des années, murmure-t-il. Je croyais que tu serais content.
    - Comment peux-tu le penser ? Tu me fais honte ! Tu nous as déshonorés, réplique son père. Et tu veux que je sois content de te revoir ! Pourquoi es-tu ici ?
    - Je n’ai plus où aller, murmure Wassil. Je croyais que tu accepterais de m’héberger, de m’aider, pour un temps seulement !
    - Ta mère le fera sûrement avec plaisir. À partir d’aujourd’hui, je ne veux plus entendre parler de toi !
    Wassil à l’impression de vivre un mauvais rêve. Mais tout est bien réel. Son père est bien là, ces deux collègues et amis aussi, en train de les regarder. Les serveurs qui les écoutent en passant. Non, ce n’est pas un rêve. Ses larmes aussi. Sa voix s’est nouée lorsqu’il se met à le prier.
    - Papa ! Aide-moi rien que cette fois ! Je n’ai pas où aller et rien pour vivre. Papa !
    - Non ! Je ne suis plus ton père. À partir de ce soir, je ne veux plus entendre parler de toi. Est-ce clair ?
    Son père n’aurait pu être plus clair. Aveuglé par les larmes, en sortant, Wassil bouscule des serveurs. Il peut les entendre s’exclamer devant tant d’impolitesse. Peut-être que s’ils savaient. Ils auraient d’autres réflexions et qu’ils compatiraient à sa douloureuse déception.
    Une fois dans la rue, il s’adosse à un mur et pleure tout son saoul, comme le premier soir où le jugement fut rendu. Son père venait de le condamner à tout jamais à vivre dans la rue.
    Wassil sait qu’il ne tiendra pas le coup maintenant qu’il se sait tout seul, sans toit et sans argent.
    Bien qu’il soit très tard, il rentre à son hôtel, à pied, s’arrêtant à deux bars pour y boire des bières. Lorsqu’il entre enfin à sa chambre, il ne tient presque pas sur ses jambes. Il s’étend à travers le lit sans même se déshabiller. Il voudrait dormir mais de sombres pensées le gardent éveillé tard dans la nuit. En mettant la main dans la poche, il tombe sur les cigarettes données par l’inconnu.
    Cette fois, il ne résiste pas à la tentation. Pour oublier et tromper sa solitude et ses angoisses, il en allume une puis une deuxième. Les fumant lentement, heureux de se sentir gagné par une douce torpeur. Quand tout devient flou autour de lui, il ferme les yeux, écoutant ce merveilleux chant, pareil à celui que lui chantonnait sa mère quand il était enfant. Mon Dieu, comme c’est bon de redevenir comme avant, un tout petit enfant, à qui la vie sourit, à qui l’avenir ne peut qu’être meilleur.

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  7. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————————08—————————————

    -Allo ? Monsieur T., je suis le patron de l’hôtel où votre fils vit depuis quelques semaines. Pourriez-vous venir ? C’est à propos de votre fils. J’ignore ce qu’il a fumé mais il est inconscient. Cela m’ennuierait d’appeler la police. Pourriez-vous venir ?
    Le père de Wassil raccroche sans dire un mot. Le patron de l’hôtel qui abrite d’autres jeunes dont les activités sont un peu louches hésite toujours à appeler la police. Il ne veut pas avoir affaire à eux. Alors il appelle une de ses nièces et lui demande devenir de toute urgence. Celle-ci travaille dans un laboratoire. Comme elle est véhiculée, elle pourra très bien le déposer à l’hôpital. Nora ne refuse pas de lui rendre service. Par chance, la circulation est fluide. En moins d’un quart d’heure, Nora le rejoint dans la chambre de Wassil. Ce dernier gisait sur le lit, aussi pâle qu’un mort. À eux deux, ils parviennent à le porter jusqu’à la voiture.
    - Dépêche-toi ! Je ne veux pas d’histoires ici !
    - Ne t’inquiète pas ! À partir de maintenant, il n’est plus sous ton toit ! Tu n’as plus à t’inquiéter, pour lui ou pour la notoriété de ton hôtel !
    Nora emmène Wassil à l’hôpital le plus proche, il est tout de suite pris en charge aux urgences. Elle est inquiète et attend d’avoir des nouvelles avant de partir. Une infirmière lui demande des renseignements sur le jeune homme. Nora qui ne sait rien de lui, lui apprend qu’elle l’a trouvé dans cet état, dans la cage d’escalier et qu’elle ne l’a jamais vu auparavant.
    - Il a de la chance d’être tombé sur vous. Il n’avait aucun papier sur lui ?
    - Je n’ai pas fouillé mais vous pouvez le faire, répond Nora. Le médecin en a encore pour longtemps ?
    - Vous serez fixée dans un moment.
    Nora la regarde entrer au bloc et elle soupire tout en faisant quelques pas. L’inquiétude a réussi à la gagner ; elle se soucie pour ce jeune homme que son oncle lui a confié. Il paraissait si malheureux, dans son inconscience. En pensant que sa vie ne tenait qu’à un fil, elle se dit que sa famille devait être mise au courant. Il aura besoin d’elle dès qu’il reprendra conscience. S’ils arrivent à le sauver.
    - Ami ? C’est moi, Nora ! je suis encore à l’hôpital, lui dit-elle. Est-ce que quelqu’un est passé entre temps ? Son père n’est pas venu ?
    - Non, je ne vois pas ce que tu fais encore à l’hôpital ? rétorque son oncle. Tu devais seulement l’emmener à l’hôpital . Tu es en train de l’attendre ?
    - Tant pis si j’arrive en retard, lui dit-elle, je ne peux partir sans savoir !
    Nora raccroche avant que son oncle lui dise quoi que ce soit. Elle attend encore près d’un quart d’heure avant qu’un médecin sorte du bloc des urgences, se dirigeant vers elle après que l’infirmière l’eut désignée du menton. Le visage impassible du médecin lui fait craindre le pire. Pourtant Wassil a pu être sauvé à temps.
    - Il vient d’être emmené en salle de réanimation, sa vie n’est plus en danger. Vous êtes de sa famille ?
    Au médecin, elle ressort la même histoire. Comme ils ont trouvé des papiers sur Wassil, ils appelleront sa famille. Elle ne peut pas tarder. À l’hôpital, son travail et son fiancé l’attendent. À eux deux, elle devra expliquer la cause de son retard. Si avec son responsable, elle n’aura aucun problème, ce ne sera pas le cas de son fiancé. Tel qu’elle le connaît. Il allait lui faire toute une histoire, toute une scène de jalousie pour rien.

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  8. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————————–09………………………….

    Nora remarque avec soulagement que la voiture de son responsable n’est pas dans le parking. C’est son jour de chance. Pour la première fois qu’elle arrive en retard parce qu’elle aura fait une bonne action, elle n’aura pas à s’expliquer auprès de son responsable. Seulement il y a son fiancé. Même s’il aurait dû être déjà à son travail, il était là, à l’attendre pour qu’elle lui dise ce qui a pu la retenir.
    Bien avant qu’il n’ouvre la bouche, elle lui explique :
    - J’ai sauvé un jeune homme aujourd’hui, de bon matin. Il était dans la cage d’escalier, inconscient, presque mort… Heureusement pour lui, je suis descendue à temps et je l’ai emmené à l’hôpital !
    - Tu aurais pu appeler une ambulance ! Tu le connais ? C’est un garçon du quartier ?
    - Non, c’est la première fois que je le voyais, répond-elle. il m’a fait pitié.
    - Il a quel âge ?
    - je l’ignore mais ce qui est sûr, c’est qu’il est trop jeune pour moi et il n’a rien pour plaire. Il est maigre, noir, peuf ! Écoute, on perd notre temps à parler de lui alors qu’on doit s’entendre pour le déjeuner ? On le prend toujours ensemble ?
    - Oui. Tu ne retournes pas le voir ? l’interroge son fiancé Rachid. Aujourd’hui ou demain ?
    - Je ne vois pas pourquoi, répond Nora d’un air détaché. Cet inconnu est maintenant entre les mains des médecins. J’ai seulement voulu le sauver de la mort et non pas pour faire sa connaissance. Je n’en ai pas besoin et je t’ai, toi, dit-elle pour le rassurer, irritée au fond d’elle-même qu’il doute toujours d’elle. Tu es tout pour moi, tu le sais, n’est-ce pas ?
    - Oui, on se retrouve à la pizzeria, à midi ?
    - D’accord !
    Nora a un soupir de soulagement lorsqu’il part. Durant toute la matinée, bien qu’ayant beaucoup de travail, elle trouve le temps de penser à Wassil et appelle l’hôpital pour avoir de ses nouvelles. Le jeune homme n’a pas encore repris conscience mais son état stationnaire rassure le médecin qui le suit depuis son admission.
    Dès qu’elle le pourra, elle ira lui rendre visite. Un jour où son fiancé serait retenu à midi ou en fin d’après-midi. Un jour où il ne rentrera pas avec elle. Elle a beaucoup de peine pour Wassil, même si elle ne le connaissait pas avant ce matin. Il avait l’air si malheureux. En sachant que sa famille ne veut plus de lui, elle se demande s’il n’avait pas tenté de se suicider
    - Tu parais soucieuse, Nora, remarque son fiancé lorsqu’ils déjeunent. Tu as des problèmes au travail ?
    - Non, je pense… (elle se retient de dire à Wassil, remarquant que Rachid la regardait de travers) à ma grand-mère. Maman m’a appelée tout à l’heure pour me dire qu’elle est souffrante. Je me rends compte qu’elle est vieille et que son diabète aura le dernier mot si elle ne se soigne pas bien !
    - Je croyais que tu pensais à lui, soupire Rachid. Si tu veux, on ira la voir après le travail, propose-t-il. Tu pourras être rassurée sur son état !
    - C’est une bonne idée, approuve-t-elle. On se retrouve au parking !
    Rachid a le sourire en retournant à son travail. Nora avait failli tout gâcher entre eux en avouant la cause de sa triste mine. Rachid a toujours été jaloux de tous les hommes qu’elle rencontre, même lorsqu’elle ne prête pas attention à eux.
    Même si ce n’est pas le cas avec Wassil, Rachid ne devrait pas s’en faire. Certes, elle est belle et attirante mais elle n’a d’yeux que pour lui.
    Et Wassil est beaucoup trop jeune pour elle. Si elle se fait du souci pour lui, c’est parce qu’elle le sait seul.
    C’est dans sa nature de s’inquiéter du devenir des autres, ceux qu’elle sait malheureux.

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  9. Artisans de l'ombre Dit :

    ——————————————10—————————————-

    Quand, trois jours plus tard, Nora apprend par son oncle que la famille de Wassil ne s’était pas manifestée, elle ne supporte plus qu’il soit seul, sans visite à l’hôpital. Il avait traversé une terrible épreuve. Il avait sûrement besoin de compagnie, de conseils.
    Nora s’arrange avec une collègue et peut quitter une heure avant son travail. Elle se rend en voiture à l’hôpital pour gagner du temps. Elle achète, avant d’entrer dans le service de réanimation, un bouquet de fleurs et une boîte de chocolat.
    Wassil, qui ne l’a jamais vue, est surpris qu’elle s’arrête devant son lit. Les deux malades avec qu’il partageait la chambre avaient reçu beaucoup de visite. Il croyait que c’était encore pour eux.
    - Bonjour ! Comment te sens-tu maintenant ?
    - Je me sens vide ! Excusez-moi, je ne vous connais pas. Vous travaillez ici ?
    - Non, je suis celle qui t’a amené ici, lui apprend-elle en s’asseyant sur le bord du lit tout près de lui. Je n’étais pas rassurée, je tenais à avoir de tes nouvelles. J’espère que tu ne regrettes pas d’avoir été sauvé à temps ! Tu as tenté de te suicider ?
    - Non, j’ai seulement voulu fumer quelques cigarettes, répond Wassil. Après, je ne me souviens plus de rien !
    - Je suis arrivée juste à temps pour t’amener à l’hôpital. Il y avait quoi dans ces cigarettes ? demande-t-elle.
    - Je ne sais pas.
    - Ton père n’a pas voulu venir, se rappelle-t-elle. Tu peux me dire pourquoi ?
    Le visage pâle de Wassil rougit un peu. Des larmes coulent sur ses joues creuses. Il détourne la tête pour que Nora ne les voit pas. Elle ne peut que comprendre sa douleur et sa honte. Un homme ne pleure pas, même s’il sort tout juste de l’adolescence.
    - Je m’excuse, murmure-t-elle, je n’aurais pas dû vous poser la question. Je ne voulais pas être indiscrète !
    - Vous regretteriez de m’avoir sauvé si je vous disais tout, l’avertit Wassil, avant de lui confier son passé avec sa famille puis les trois années de prison dont il n’était pas fier.
    - Voilà, vous savez tout maintenant !
    - C’est tout ? s’écrie Nora, soulagée de découvrir qu’il s’était seulement fait avoir. Dieu merci, on ne t’a pas trouvé avec un cadavre !
    - C’est vrai. Dire qu’avec mon passé, mon avenir est déjà compromis. Qu’est-ce que je vais devenir sans boulot, sans toit, sans famille ? s’interroge-t-il à voix haute. Je crois que vous auriez mieux fait de me laisser à mon triste sort !
    - Je suis sûre que Dieu te réserve de bonnes surprises, lui assure-t-elle d’un air très confiant. Dans un proche avenir !
    - J’en doute ! Même si vous devez avoir raison !
    - Tu verras, Wassil ! Il te suffit de croire en Dieu, d’avoir la foi, lui dit-elle en se levant. Après, tout sera facile !
    - Vous reviendrez ? lui demande-t-il quand il la voit prendre son sac à main.
    Nora le lui promet. Sa conscience lui interdirait de le laisser à son triste sort. Même s’il lui a affirmé n’avoir pas tenté de mettre fin à ses jours, elle en doute un peu. Vu les terribles épreuves qu’il a vécues ces derniers mois, il aurait fallu un moral en acier pour résister.
    La jeune femme pense à l’aider mais elle ignore comment. Comme son oncle Amar est l’unique personne qui soit au courant pour Wassil, elle n’hésite pas à aller se confier à lui, lui rapportant presque tout sur le passé du jeune homme.
    Son oncle s’est fâché en apprenant qu’elle lui a rendu visite mais la connaissant bien, il sait que rien ne l’arrêtera si elle a envie de faire une bonne action. Alors, comme il tient à être au courant de tout, il la rassure et lui affirme que Wassil sera le bienvenu chez lui et qu’il le dépannera aussi longtemps qu’il le pourra. Nora le remercie, même si elle n’est pas satisfaite. Elle attend encore beaucoup plus de lui, mais il l’ignore. Elle n’ose pas lui en parler tout de suite, cependant, elle sera contrainte à le faire tout prochainement. Dès que le jeune homme sera en état de sortir de l’hôpital.

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  10. Artisans de l'ombre Dit :

    ——————————–11————————————————–

    -Et si je ne le fais pas ?
    - Si tu refuses, je ne tiendrai pas mes promesses, ma chère, l’avertit son oncle Amar. Tu peux me croire !
    - J’appellerai de temps à autre ? le prie Nora. Juste pour lui parler !
    - Non ! Je veux que tu sortes de sa vie, en échange, je tiendrai mes promesses !
    - OK ! Mais tu me donneras de ses nouvelles de temps à autre, insiste-t-elle. Normalement, il sort demain après-midi !
    - Ne va plus le voir ! Tu es en train de compromettre ton mariage, lui crie son oncle. Pour un paumé qui n’en vaut pas la peine !
    - Tu le garderas aussi longtemps qu’il n’aura pas de travail, lui rappelle-t-elle en se levant pour partir. Et un dîner maison chaque soir !
    - Je t’ai dit oui ! Pars maintenant et ne tourne plus autour de lui si tu veux vraiment que je l’aide !
    Nora ne pouvait pas mieux souhaiter pour Wassil. Elle avait pu sensibiliser son oncle, elle sait qu’il tiendra parole. Wassil n’aura pas à payer sa chambre durant les semaines à venir jusqu’à ce qu’il travaille. Nora voudrait tenter de lui trouver un boulot mais elle ne peut pas trahir son oncle et abuser de sa promesse. Elle sait qu’au fond son oncle a raison. Si elle continue à voir Wassil et même si elle n’a aucun arrière-pensée, son fiancé prendrait très mal leur relation. Leur mariage sera annulé. Rachid ne se contentera pas, cette fois, de lui faire une scène de jalousie. Elle le connaît assez pour le savoir. Et comme elle tient beaucoup à lui, elle ne veut pas compromettre leur avenir commun. Rassurée pour Wassil, elle ne cherche plus à le revoir. Elle l’a seulement appelé pour lui apprendre les bonnes nouvelles. Wassil était très ému et l’a remerciée plusieurs fois. Une fois encore, elle le sauvait.
    Le lendemain lorsqu’il sort d’hôpital, il est encore faible. Il prend un taxi pour rentrer à l’hôtel. Le patron Amar, oncle de Nora, ne semble pas heureux de le revoir.
    - Ne t’avise plus à recommencer ! Et puis, dès que tu iras mieux, va chercher du travail au lieu de profiter de la bonté des autres, lui dit le patron en lui remettant une clef. Ta chambre est au dernier étage !
    Vu son accueil, Wassil, tout en montant, ne se faisait pas d’idées sur le confort de celle-ci. Le lit ne tenait que par miracle et la couverture était tout aussi poussiéreuse que la chambre. La petite fenêtre n’avait qu’une vitre. Wassil se demande combien de temps il tiendra. Si ce n’était pas Nora, il sait que le patron de l’hôtel n’aurait pas accepté de le laisser entrer. Sans elle, il serait encore dans la rue. Vivement le jour où il se sentira capable de travailler.
    Il tente de se reposer les jours à venir. Comme il n’a pas beaucoup d’argent, juste ce que lui a donné Nora à l’hôpital, il prend uniquement le dîner du patron à la réception.
    Parfois, il profitait de ce petit moment pour jeter un coup d’œil dans les journaux que le patron avait déjà lus. Wassil cherchait un travail et était prêt à faire n’importe quoi. Mais toutes exigeaient des diplômes et de l’expérience. Deux choses qu’il n’avait pas dans ses poches.
    Dès qu’il est capable de sortir, il se remet à chercher du travail de nouveau dans les cafés, restaurants et boutiques. Il va même dans les marchés, proposant de seconder les vendeurs. Mais personne n’a besoin de lui.
    Un mois après sa sortie d’hôpital, l’oncle de Nora, propriétaire de l’hôtel, lui demande de trouver un autre endroit où dormir. Wassil ne dîne pas ce soir-là, se contentant de prendre les vieux journaux. La lecture lui permettra de mieux passer la nuit. Et c’est dans l’un d’eux qu’il trouve enfin ce qu’il cherche depuis des mois. Seulement l’annonce a été publiée il y a plus de cinq mois. Il hésite. Doit-il espérer ou abandonner l’idée d’appeler au numéro qui suit l’annonce ?

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  11. Artisans de l'ombre Dit :

    ———————————–12—————————————
    Mon Dieu, faites qu’ils répondent maintenant !
    C’est la troisième fois qu’il appelle et il est bien déçu quand personne ne répond. Peut-être ce soir, à l’heure du dîner.
    Il a faim mais en fouillant dans la poche de son jean élimé, il tombe sur les quelques pièces qui lui restent. Il ne peut pas les dépenser maintenant. Il doit encore appeler. Avec un peu de chance, ce travail est encore disponible. Il mangera plus tard.
    Le jeune homme se met à déambuler dans les rues, sans but, alors qu’il s’était mis à tomber une pluie glacée. Wassil avait froid jusqu’aux os. L’hôtel était beaucoup trop loin pour qu’il puisse y rentrer et comme il ne pouvait plus y loger, pourquoi se donnerait il la peine d’y retourner ?
    Il observe quelques passants, pressés de rentrer chez eux, de se mettre à l’ abri et au chaud. Il les envie. Ses mains glacées jouent avec les pièces et le bout de papier de journal déchiré. Ce dernier lui permet d’espérer. Ce soir, il sera fixé. Sa déambulation le mène à une cabine téléphonique. Wassil se regarde dans la vitre. Il n’était vraiment pas présentable. Il a une barbe de plusieurs jours qui lui mange le visage. Ses cheveux étaient trop longs pour qu’il puisse se présenter ainsi à son travail. Dans le fond de son cœur, il était presque sûr que cette fois la chance allait lui sourire.
    Depuis qu’il avait quitté l’hôpital, il n’avait pas pris de douche. Dans la vitre, il peut voir son regard. Que peut-il exprimer ? De la honte ? De la résignation ? Il se détourne de son image, ouvre la cabine puis se ravise. C’est encore trop tôt.
    La nuit était tombée, certes, mais il fallait attendre encore un peu. Il fit le tour de la place, attiré par la lumière d’un salon de thé. À travers les vitres, il pouvait voir les silhouettes des clients, il devenait la chaleur ambiante.
    Wassil avait envie d’un café brûlant. Il y a si longtemps qu’il n’en a pas pris ! Il voudrait pour un instant avoir l’impression de ne pas être seul, du moment qu’il gardait de quoi téléphoner.
    Wassil pousse la porte, aussitôt accueilli par une bouffée d’air chaud. Il s’approche du bar et commande un café.
    - Un café pour mon frère ! dit le serveur en lui posant une tasse devant lui. Et pour el-hadj ?
    - La même chose !
    Wassil se tourne vers le vieux installé près de lui. Ce dernier portait une barbe qui lui allait très bien. Dans son costume gris, il avait beaucoup de classe. À l’œil, il inspirait le respect.
    - Il n’y a pas beaucoup de monde, aujourd’hui, fait remarquer le vieux, comme s’il était un habitué du lieu.
    - Oui, c’est peut-être dû au mauvais temps, répond le serveur. Ça travaille beaucoup ces derniers temps ? Tu n’as pas besoin de quelqu’un ?
    - J’ai pris trois jeunes à l’essai. Actuellement, ce n’est pas possible, lui dit le vieux. Quand il y aura du nouveau je t’en parlerai !
    Wassil ne sait pas pourquoi mais il sent que son avenir peut changer si ce vieux acceptait de l’aider. Vu la conversation qu’il venait de tenir avec le serveur, il devait être à la tête d’une entreprise.
    Le jeune homme ne sait pas comment l’aborder. Il le regarde siroter son café alors que le serveur s’approche d’eux pour qu’ils règlent leurs consommations.
    Le vieil homme sort son portefeuille et en tire un billet de cent dinars. Wassil, lui, sort sa petite monnaie et pendant un moment il panique. Une partie de son argent avait disparu dans la doublure de sa poche.
    Il était si confus qu’il n’arrivait même pas à trouver les mots pour expliquer.
    Le serveur attendait toujours, le regardant d’un air suspicieux.

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  12. Artisans de l'ombre Dit :

    ———————————-13—————————————————
    Le serveur tapotait sur le bord du bar. Wassil tâtait le bas de sa veste.
    - J’ai de quoi payer, le rassure-t-il. Ma poche est percée. L’argent est passé dans la doublure…
    - Voilà pour les cafés, intervient le vieil homme.
    - Mais… je peux payer se défend le jeune homme en rougissant.
    - Vous prendrez autre chose avec votre argent, lui dit-il avant de partir. Bonne soirée !
    Wassil le regarde sortir, un espoir s’envole avec lui. Il secoue la tête, se demandant comment il avait pu imaginer le temps d’une minute que cet homme pouvait le sauver de la misère.
    - Un verre d’eau, s’il vous plaît, demande-t-il au serveur en regardant l’heure, songeant qu’il était temps d’aller appeler.
    Dès qu’il prit son verre d’eau, il va à la cabine téléphonique et compose le numéro. Deux sonneries, puis trois…
    Enfin, on décroche. La voix claire d’une jeune femme retentit.
    - Allo ! Qui est à l’appareil ?
    - Allo ! Je vous appelle pour l’annonce.
    - Quelle annonce ?
    - Pour refaire un entrepôt ou un garage, dit-il. C’est dans le journal !
    - Pourquoi appeler maintenant ? cette annonce a été publiée il y a près de cinq mois, dit-elle en riant légèrement. Ne me dites pas que vous êtes intéressé ?
    - Est-ce que ce travail est toujours disponible ? lui demande-t-il. C’est urgent… pour moi !
    - J’ignore, lui répond-elle. Mon père n’est pas encore rentré. Est-ce que vous pourrez rappeler ?
    - C’est que… je n’ai plus d’argent, murmure Wassil.
    - Il n’y a pas un numéro où je pourrai appeler ?
    - Non.
    - Où logez-vous ? Vous avez une adresse ? Vous n’avez pas un voisin chez qui on pourrait vous appeler ?
    Wassil regarde en direction du salon de thé encore ouvert, se demandant si le serveur accepterait bien de recevoir un appel.
    - Je rappellerai dans un moment !
    Wassil retourne au salon de thé et hésite une fraction de seconde à aller parler au serveur. Mais il se décide à tenter sa chance. S’il ne le fait pas, il se posera toujours la question. Le serveur s’approche de lui, devinant qu’il voulait lui parler.
    - Tu as besoin de quelque chose ?
    - Oui. Pourrais-tu me rendre service ?
    - Si c’est possible, répond le serveur. De quoi s’agit-il ?
    - J’ai besoin de recevoir un appel, c’est vital pour moi. Est-ce que c’est possible ? Vous fermez à quelle heure ?
    - Même si on ferme tard, je passe mes nuits ici, lui confie-t-il. Tu pourras recevoir ton appel !
    - Je peux avoir le numéro ? Au fait, comment tu t’appelles ?
    - Sami, lui apprend-il tout en lui écrivant le numéro. Bonne chance !
    Lorsque Wassil rappelle, il trouve encore la même femme.
    - Votre père est là ?
    - Hélas non… Vous avez le numéro ?
    Wassil le lui donne. L’espoir et l’impatience font battre plus fort son cœur. Il a même un peu chaud et ne sent plus le froid. Lorsqu’il retourne au salon de thé, il ne reste que quelques clients arrivés après lui, appuyés au bar, prenant un café. Wassil se fait tout discret car ce sont des agents de l’ordre. Il ne veut surtout pas avoir affaire à eux.

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