
-Va jouer avec tes cousines ! Elles sont gentilles et adorables.
Lydie leur sourit tout en poussant Katia vers elles. Sa fille s’est figée, refusant de faire un pas de plus.
- Je ne veux pas ! dit la fillette en secouant la tête.
- Pourquoi ?
- Je ne les comprends pas. Elles ne parlent pas français et moi, je ne parle pas arabe !
- Je sais, et c’est pourquoi j’insiste ! En jouant avec elles, tu apprendras leur langue. Imagine combien ton père sera fier lorsque tu t’exprimeras en arabe !
- C’est difficile, je ne comprends rien ! Elles parlent vite et je n’arrive pas à les suivre ! Quand je veux quelque chose, je dois le montrer du doigt, répond Katia.
- C’est un bon début ! insiste Lydie. Elles font tout pour que tu deviennes leur amie, en plus du lien du sang qui vous unit. Va, ma fille. Tu ne peux pas rester seule et je ne supporte pas de te voir triste !
Katia secoue la tête tout en jouant avec sa longue natte rousse. Ses yeux verts sont pleins de larmes.
- Quand est-ce qu’on rentre à la maison ? demande-t-elle à sa mère. Quand est-ce que je vais retrouver mes copines ?
- Je ne sais pas encore, répond Lydie. Les vacances sont loin d’être finies. Profite du soleil chez nous, il fait tout le temps gris ! Et puis, là-bas, tes copines ne sont pas de ta famille.
- Je sais, mais on parle la même langue, lui rappelle la fillette. On va à l’école ensemble, c’est comme si on est de la même famille !
Lydie soupire et décide de ne pas insister. Elle rentre dans la pièce principale où ses belles-sœurs préparent à manger pour midi, tout en se disputant. Elle ne comprend rien de ce qui se dit mais en devine la raison. Son beau-frère Kader a eu l’idée de se remarier et ses deux épouses cohabitent. Il ne se passe pas un jour où elles ne se querellent pas. Toutes deux veulent être la favorite. Et toutes deux croient l’être même s’il ne les gâte pas.
Il a une grande famille à nourrir et ses six enfants sont scolarisés. Il parvient à peine à subvenir à leurs besoins. Pas plus tard qu’hier soir, elle a entendu Kader se plaindre à son mari. Dahmane lui a reproché son inconscience.
- Pourquoi avoir pris une seconde femme alors que tu avais des difficultés à subvenir aux besoins de la première ?
- El mektoub, avait répondu Kader.
- Il a bon dos le mektoub ! Il faut alors que tu comptes sur ce dernier pour qu’il te vienne en aide ? Moi, je peux te faire des cadeaux de temps à autre ! Moi aussi, j’ai une famille…
- Une femme et une fille… mais pourquoi n’avez-vous pas eu d’autres enfants ? Serait-elle malade ?
- Non !
- Alors, pourquoi elle ne t’en donne pas d’autres ? avait demandé Kader.
- De quoi tu te mêles ? On en aura quand… comme tu dis, quand le mektoub le voudra !
Dahmane ne l’avait pas vue et ignorait qu’elle avait tout entendu de leur conversation. Elle trouve son beau-frère trop curieux. Il ferait mieux de s’occuper de ses oignons, pense-t-elle. Et puis, vivement la fin des vacances.
Même si elle ne l’a pas montré, elle est impatiente de rentrer chez elle. La grisaille de Lille lui manque. Elle se demande pourquoi elle a accepté de suivre son mari dans ce trou perdu, loin de toute civilisation.






28 avril 2012
Adila Katia