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La nouvelle de Adila Katia – Nouvelle vie

28 avril 2012

Adila Katia

La nouvelle de Adila Katia  -   Nouvelle vie dans Adila Katia 8489_200_150

-Va jouer avec tes cousines ! Elles sont gentilles et adorables.
Lydie leur sourit tout en poussant Katia vers elles. Sa fille s’est figée, refusant de faire un pas de plus.
- Je ne veux pas ! dit la fillette en secouant la tête.
- Pourquoi ?
- Je ne les comprends pas. Elles ne parlent pas français et moi, je ne parle pas arabe !
- Je sais, et c’est pourquoi j’insiste ! En jouant avec elles, tu apprendras leur langue. Imagine combien ton père sera fier lorsque tu t’exprimeras en arabe !
- C’est difficile, je ne comprends rien ! Elles parlent vite et je n’arrive pas à les suivre ! Quand je veux quelque chose, je dois le montrer du doigt, répond Katia.
- C’est un bon début ! insiste Lydie. Elles font tout pour que tu deviennes leur amie, en plus du lien du sang qui vous unit. Va, ma fille. Tu ne peux pas rester seule et je ne supporte pas de te voir triste !
Katia secoue la tête tout en jouant avec sa longue natte rousse. Ses yeux verts sont pleins de larmes.
- Quand est-ce qu’on rentre à la maison ? demande-t-elle à sa mère. Quand est-ce que je vais retrouver mes copines ?
- Je ne sais pas encore, répond Lydie. Les vacances sont loin d’être finies. Profite du soleil chez nous, il fait tout le temps gris ! Et puis, là-bas, tes copines ne sont pas de ta famille.
- Je sais, mais on parle la même langue, lui rappelle la fillette. On va à l’école ensemble, c’est comme si on est de la même famille !
Lydie soupire et décide de ne pas insister. Elle rentre dans la pièce principale où ses belles-sœurs préparent à manger  pour midi, tout en se disputant. Elle ne comprend rien de ce qui se dit mais en devine la raison. Son beau-frère Kader a eu l’idée de se remarier et ses deux épouses cohabitent. Il ne se passe pas un jour où elles ne se querellent pas. Toutes deux veulent être la favorite. Et toutes deux croient l’être même s’il ne les gâte pas.
Il a une grande famille à nourrir et ses six enfants sont scolarisés. Il parvient à peine à subvenir à leurs besoins. Pas plus tard qu’hier soir, elle a entendu Kader se plaindre à son mari. Dahmane lui a reproché son inconscience.
- Pourquoi avoir pris une seconde femme alors que tu avais  des difficultés à subvenir aux besoins de la première ?
- El mektoub, avait répondu Kader.
- Il a bon dos le mektoub ! Il faut alors que tu comptes sur ce dernier pour qu’il te vienne en aide ? Moi, je peux te faire des cadeaux de temps à autre ! Moi aussi, j’ai une famille…
- Une femme et une fille… mais pourquoi n’avez-vous pas eu d’autres enfants ? Serait-elle malade ?
- Non !
- Alors, pourquoi elle ne t’en donne pas d’autres ? avait demandé Kader.
- De quoi tu te mêles ? On en aura quand… comme tu dis, quand le mektoub le voudra !
Dahmane ne l’avait pas vue et ignorait qu’elle avait tout entendu de leur conversation. Elle trouve son beau-frère trop curieux. Il ferait mieux de s’occuper de ses oignons, pense-t-elle. Et puis, vivement la fin des vacances.
Même si elle ne l’a pas montré, elle est impatiente de rentrer chez elle. La grisaille de Lille lui manque. Elle se demande pourquoi elle a accepté de suivre son mari dans ce trou perdu, loin de toute civilisation.

 

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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64 Réponses à “La nouvelle de Adila Katia – Nouvelle vie”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————————-02——————————————–

    La jeune femme se montre patiente durant les jours à venir. Elle veut bien lui laisser le temps de “se rassasier” des siens et de son village.
    Seulement, sa patience a des limites. À une semaine de la rentrée, elle prépare leurs affaires. Elle attend qu’il rentre d’une sortie avec ses cousins pour lui parler de leur retour.
    - Qui a dit qu’on partait demain ? l’interroge-t-il.
    Lydie ne comprend pas pourquoi. Enfin si, mais leur vie est là-bas.
    - Je comprends que le départ soit difficile, mais notre fille doit retourner en classe, lui rappelle-t-elle. Notre maison nous manque. Notre vie d’avant aussi.
    - Je n’ai pas le cœur à partir ! Vraiment.
    Dahmane s’assoie sur le lit et il ne la regarde pas. Il n’a pas envie de la voir pleurer quand il lui apprendra qu’il a pris une décision. Là, maintenant. Puisqu’il est question de retourner en France…
    - Je veux vivre ici. Katia fréquentera l’école avec ses cousines, dit-il. Elle apprendra plus vite l’arabe.
    - Non, je refuse de rester ici !
    - Moi, je ne repartirai plus vivre en France, répond-il catégorique. Ma fille aussi. Si tu veux retourner là-bas, je ne te retiendrai pas. Mais ce sera sans ma fille !
    - Tu ne peux pas faire ça ! Pourquoi voudrais-tu rester ?
    - Je ne pourrai jamais t’expliquer ! C’est plus fort que tout.
    - Plus fort que notre mariage ?
    - Peut-être. Moi, lorsque je retournerai là-bas, ce sera pour ramener mes affaires, dit Dahmane. Je ne dis pas que notre mariage est fini. C’est à toi de voir.
    - Tu veux dire à moi de me sacrifier !
    - Tu emploies de grands mots. Il n’est pas question de sacrifices, juste de vivre ici, ensemble, réplique-t-il. Je n’ai pas eu l’impression de me sacrifier en vivant en France… presque vingt ans.
    - Tu fuyais la misère de ton pays.
    - Les temps n’ont guère changé, seulement je ne me sens pas la force de tout quitter, insiste-t-il. Si je pars, ce sera pour revenir définitivement, avec ou sans toi ! Lydie le regarde comme si elle le voyait pour la première fois. Elle ne le reconnaît pas. Ce séjour l’a transformé. Le pays le tient par les entrailles cette fois. Il est prêt à se séparer d’elle, à sacrifier leur mariage. Et leur fille ?
    - Ne prends pas les affaires de Katia, elle restera ici, décide-t-il. En attendant notre retour. Je suis sûr que tu n’as pas le cœur à te séparer d’elle !
    - Mais on peut l’emmener avec nous. Elle reviendra avec nous, dit Lydie, en devenant blême et tremblante. Pourquoi tiens-tu à ce qu’elle reste ? Que crains-tu ?Dahmane a un sourire sans joie. Il a lu en elle. Il sait qu’elle ne voudrait pas vivre ici. S’ils emmènent leur fille, il se doute bien qu’elle fera tout pour qu’elle ne revienne pas avec lui.
    - Tu me prends pour un idiot ?
    - Non, jamais. Je voudrais qu’elle voit maman et ses amies, dit Lydie en secouant la tête. Qu’elle leur fasse ses adieux.
    Mais Dahmane refuse.
    - Sa grand-mère, elle la reverra. Je vais l’inviter à passer les vacances ici. Je suis sûr qu’elle se plaira ici !
    - Personne ne peut se plaire ici ! rétorque-t-elle. À moins d’être…
    - Quoi ?
    - D’être d’ici, répond Lydie avant d’aller discuter avec sa fille Katia pour la mettre au courant. Tout comme elle, la nouvelle ne l’enchante pas. Elle décide de ne pas se laisser faire. Elles ne finiront pas leur vie ici. Il n’en est pas question !

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    ———————————-03———————————————
    -Maman, je ne veux pas rester ici. Je veux partir avec vous !
    - Ton père veut vivre ici, il se sent bien entouré de sa famille et de ses amis de toujours, soupire Lydie, regrettant d’avoir accepté de venir en vacances. J’aurais dû me douter que ce retour au pays le bouleverserait !
    - Ce n’est pas juste ! s’écrie Katia. On était venus juste pour quelques jours !
    - Oui, je le croyais. Reste jouer dans la cour et ne t’inquiète pas, dit la maman en la serrant dans ses bras. Je vais trouver une solution.
    - C’est vrai ? Tu ne vas pas te quereller avec papa ?
    - Non, non, la rassure-t-elle. Je vais essayer de m’entendre avec lui. Il est très sensible, je ne crois pas qu’il puisse supporter de te voir souffrir.
    Mais c’est peine perdue d’avance. Dahmane refuse même de l’écouter. Sa décision est prise. Ce ne sont ni les larmes ni les prières qui pourront changer les choses.
    - Katia se fera plus vite que nous à sa nouvelle vie, dit-il. Les jeunes s’adaptent plus vite. Tu n’as pas à t’en faire pour elle.
    - Je ne comprends pas ton changement ! s’écrie-t-elle. Comment peux-tu être indifférent ? Je ne te connaissais pas ainsi.
    Dahmane hausse les épaules et lève une main lasse, fatigué d’avoir à s’expliquer. Il veut vivre dans son pays. Il n’y a rien à comprendre. Il a raté tant d’évènements. Ses parents ont quitté ce bas monde sans qu’il les ait revus. Il regrette de ne pas être revenu avant que cela ne se produise. En se rendant au cimetière, il a eu beau parler et demander pardon, les tombes n’ont rien répondu. Que ne donnerait-il pas pour les revoir. Pour entendre la phrase : je te pardonne mon fils ! Il en a fait des bêtises dans sa jeunesse. Il leur a causé bien des soucis et a été à l’origine de bien des nuits blanches. Il est souvent parti à l’aventure, pendant des jours et des jours. Si bien que, souvent, ils l’ont cru perdu. Il aurait pu mal tourner. C’est ce qu’ils ont toujours craint. Quand il est parti en France qu’il n’est jamais revenu, ils n’ont pas été surpris.
    Les premières années, il n’a pas toujours travaillé. Il ne leur a jamais envoyé de courrier, encore moins d’argent. Il n’a jamais pu les soulager et être là pour eux. Les regrets ne peuvent rien changer mais maintenant qu’il a conscience d’avoir manqué à ses devoirs, il voudrait se rattraper avec l’unique frère qu’ils lui ont laissé.
    Il ne refera pas les mêmes erreurs. Sa place est ici.
    - Bien, dit-elle. On part quand ?
    - Dès que j’aurai réservé. S’il y a des places libres, on partira après-demain, répond-il. Juste pour quelques jours.
    Lorsqu’il quitte la chambre, Lydie prend son sac à main qu’elle a caché dès son arrivée. Elle le vide sur le lit et quand elle constate la disparition des papiers de sa fille, elle réalise que l’idée de rester le travaille depuis longtemps. Sinon, il ne les aurait pas pris de son sac. Elle regrette de lui avoir fait confiance. Elle n’aurait pas dû venir. Maintenant elle n’a pas le choix. Elle est contrainte à faire ce qu’il veut, pour que sa fille n’ait pas à souffrir de la situation.

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    —————————————04——————————
    -Ma chérie, on reviendra très vite, promet Lydie. On va juste chercher nos affaires !
    - Je croyais que tu ne voulais pas vivre ici toi aussi ? s’écrie Katia. Maman !
    - Écoute-moi, j’ai décidé qu’on ferait mieux de vivre ici. On est bien entourés. La famille, les amis… Aussi, il y a du soleil une grande partie de l’année.
    - Mais j’aime la neige, lui rappelle sa fille. Tout comme toi.
    - Depuis que j’ai goûté au soleil du pays, je n’ai plus envie de neige, réplique Lydie. Et puis, ici, l’hiver, il neige parfois. Tu ne dois pas croire qu’il y a seulement du soleil.
    - Super ! Dis, comment ferai-je à l’école ?
    - Il y a une école bilingue, tu la fréquenteras, dit la maman, se voulant sereine et rassurante. Intelligente que tu es, tu devrais vite devenir la meilleure dans cette école.
    - Tu crois ?
    - Bien sûr ! Durant notre absence, promets-moi d’être sage.
    - C’est promis maman.
    Lydie et Dahmane partent le lendemain très tôt, car l’aéroport est à plusieurs heures du village. Un village loin de toute civilisation.
    Comment peut-elle accepter de revenir vivre ici ? Dahmane se doutait bien qu’elle aurait refusé si Katia était retournée avec eux en France. Sa belle-mère Josiane n’a pas sauté de joie en découvrant que Katia n’est pas revenue et qu’ils ont l’intention de s’installer au pays.
    - Tu pourrais me dire pourquoi ? demande-t-elle à Dahmane. Tu n’as plus de famille là-bas !
    - C’est vrai que j’ai perdu mes parents, mais j’ai encore un frère et des cousins, réplique-t-il. J’ai perdu ma jeunesse en vivant exilé. Je veux profiter du temps qui me reste, à le passer avec mon frère, sa famille. Je tiens à ce que Katia apprenne l’arabe et qu’elle soit fière de ses origines.
    - C’est bien beau ce que tu dis là, rétorque la belle-mère. Mais elle peut être fière de ses origines même en vivant ici. Ce n’est pas à son âge qu’on change de milieu. Elle va en être bouleversée. Cela risque de la perturber dans ses études.
    - Elle n’a que dix ans. Elle apprendra vite, dit Dahmane. N’est-ce pas Lydie ?
    Celle-ci ne le contredit pas. Elle ne veut pas inquiéter sa mère.
    - Il a raison maman, dit-elle en souriant. Sa place est auprès de sa famille. Katia aussi. Mais sois rassurée, on viendra chaque année passer les vacances avec toi.
    - Qui sait si je serai encore là l’année prochaine ? émet Josiane. Je suis vieille et je n’ai que vous. Pourquoi partir maintenant ? Attendez que je ne sois plus de ce monde.
    Mais Dahmane n’est pas d’accord.
    - On part prochainement. Dès qu’on aura vendu les meubles et préparé les choses qui nous tiennent à cœur.
    Lydie est contrainte à se séparer de tout ce qu’ils ne peuvent pas emporter avec eux. Même si elle n’est pas heureuse, elle s’efforce à sourire devant sa mère. Celle-ci n’est pas née de la dernière pluie. Elle la surprend en lui disant :
    - Je sais que tu fais tout ça pour ta fille. Il a été malin en ne la ramenant pas. Je sais que tu ne pourras pas supporter leur style de vie. Un jour ou l’autre, tu reviendras. Mais ce sera sans ta fille.
    - Non ! Jamais !

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  4. Artisans de l'ombre Dit :

    —————————————–05—————————————

    Près de deux mois après, Dahmane et Lydie reviennent. Ils ont acheté une camionnette et ont empli la malle de choses dont ils n’ont pas voulu se séparer. Lydie a tenu à ramener la chambre d’enfant de Katia, ses livres, ses poupées. Elle a pris le soin d’acheter des vêtements plus grands. Elle voudrait qu’elle ne manque de rien.
    La fillette est folle de joie lorsqu’ils arrivent à la maison. Elle pleure. Ils lui ont manqués. Elle a cru qu’ils ne reviendraient jamais.
    - Je suis si heureuse, dit Lydie en la serrant très fort dans ses bras. Mais pourquoi pleures-tu ? Quelqu’un t’a fait du mal ?
    -Non. Mes cousines étaient avec leurs parents. Sauf moi. J’avais peur.
    - Tu t’es inquiétée pour rien. Nous revoilà ! Jamais on ne t’abandonnera !
    La fillette secoue la tête. Malgré son jeune âge, elle sait beaucoup de choses.
    -Je savais que papa reviendrait, dit-elle à sa mère. Mais toi, je n’y croyais plus. Je ne pouvais pas t’appeler.
    - On n’a plus besoin de téléphone, répond Lydie. On ne sera plus jamais séparées !
    -Promets le moi !
    -Promis ! Juré !
    Dahmane ne s’est pas trompé en disant que Katia s’habituerait vite à sa nouvelle vie. En fréquentant l’école, elle s’est faite des camarades et elle apprend l’arabe. Même si elle ne maîtrise pas assez l’écrit, elle est bonne élève en mathématiques et en physique. Ses parents sont fiers d’elle.
    Suivant le conseil du directeur, Katia redouble pour mieux maîtriser la langue ainsi en ayant une meilleure base, elle ira loin dans ses études. Tous en sont persuadés.
    Lydie, qui n’a qu’elle, base tous ses espoirs en elle. Elle ne veut pas qu’elle ait à souffrir du besoin et de l’isolement.
    Même si elle s’efforce à ne rien laisser paraître, elle est malheureuse comme jamais elle ne l’a été. Dahmane a acheté une ferme et ils vivent en famille. Son beau-frère l’aide à garder le troupeau de moutons quand il ne travaille pas au village. Elle ne quitte jamais la ferme. Tout comme ses belles-sœurs, elle s’occupe des animaux de la basse-cour. Lors des moissons, elle s’est servie d’une faux et s’est blessée au petit doigt. La blessure a pris plusieurs semaines à guérir.
    Elle veut à Dahmane de lui imposer de travailler à l’extérieur comme les paysannes. Les travaux sont pénibles et si les autres le supportent, Lydie ne le peut pas.
    Peut-être qu’elle l’aurait supporté s’il n’y avait pas eu ces rumeurs sur son mari.
    Katia lui a rapporté que ses cousines parlaient souvent du remariage de son père.
    - Je les ai traitées de menteuses !
    -Peut-être qu’elles disent la vérité, dit Lydie avant de se rappeler qu’à deux reprises, elle a entendu ses belles-sœurs chuchoter le prénom de son mari sans vraiment savoir de quoi il en retourne. Essaie d’en savoir un peu plus. Je ne supporterais pas de rester dans l’ignorance !
    Katia du haut de ses onze ans ignore qu’en lui disant la vérité, elle verrait leur vie paisible tourner au cauchemar.

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  5. Artisans de l'ombre Dit :

    —————————————06————————————–
    -Tu es sûre d’avoir bien entendu ? Elles ont réellement dit qu’il a demandé en mariage une cousine ?
    Katia hoche la tête. Elle regrette d’avoir confirmé les dires de ses cousines. Son père a bel et bien l’intention de se remarier. Sa mère a piqué une colère. Elle est furieuse comme jamais. Elle sort de la chambre et s’en va trouver ses belles-sœurs. Elle s’en prend à elles.
    - Pourquoi vous ne m’avez rien dit ?
    Celles-ci échangent un regard étonné comme si elles ignorent de quoi elle parle.
    - Dahmane va se marier…
    Et elle lance un youyou pour leur faire comprendre qu’elle est au courant.
    - Avec qui ?
    Toutes deux haussent les épaules. Mais Lydie sait qu’elles ne veulent rien lui dire parce qu’elles sont loyales envers leur beau-frère.
    - Traître ! Bon à rien ! Il va le payer…
    Elle n’attend pas son retour pour se défouler sur lui. Elle ouvre le coffre où sont rangées ses affaires et elle se met à réduire en lambeaux chemises et pantalons. Tout ce qui tombe entre ses mains.
    Katia a beau tenter de la retenir par les jambes et la prier d’arrêter, elle ne l’écoute pas. En fait, elle ne l’entend pas. La colère a pris le pas sur la raison et guide ses moindres gestes. Elle ramasse ce qui reste des vêtements de son mari et les jette dans la cour. Ses belles-sœurs se retirent dans la pièce principale. Kader vient de rentrer. À la vue des vêtements en lambeaux de son frère, il lui
    demande :
    - Serais-tu devenue folle ?
    Lydie rit sans joie. Elle pointe un doigt vers lui, se doutant que c’est lui qui lui a planté le premier coup de couteau dans le dos. Le second, son mari…
    - Comment garder ma raison quand vous me trahissez ? Alors, comme ça, crie-t-elle, vous avez cru que je ne saurais jamais ce qui se passe derrière mon dos ?
    - De quoi parles-tu ?
    - Comme si tu ne le savais pas ! rétorque-t-elle. Ton frère va se remarier et je suis la dernière à l’apprendre !
    - Il le faut bien, réplique son beau-frère. Il est en train de vieillir et il n’a pas de descendant ! Tu ne lui as pas donné de garçon.
    - Comme si c’était de ma faute !
    - Je ne dis pas que c’est de ta faute, dit Kader. Seulement c’est son droit de prendre une seconde épouse. Peut-être qu’il aura la chance d’avoir un fils ?
    - S’il le décide, je ne resterais pas ici ! Je suis contre la polygamie !
    Lydie est décidée à ne pas se laisser faire. Il est hors de question qu’elle se retrouve avec une “rivale”. Qu’il n’ait pas de descendant mâle ne l’excuse pas à ses yeux.
    Quand Dahmane rentre à la tombée de la nuit, ramenant le troupeau de moutons à la ferme, il est si épuisé qu’il ne voit rien et ne remarque pas l’accueil glacial de sa femme. Comme d’habitude, après s’être lavé et changé dans la salle de bains, il demande une tasse de café.
    - C’est tout ce que tu veux ? demande Lydie.
    - Oui…
    - Tu en es vraiment sûr ? insiste-t-elle, trop calme aux yeux de ceux qui l’ont vue en colère.
    - Oui. Que pourrais-je vouloir d’autre ? demande-t-il.
    - Une femme par exemple !
    Dahmane lève des yeux surpris vers elle. Elle le prend de court, lui qui a longtemps hésité et jamais trouvé le bon moment pour lui en parler, ne sait plus quoi dire !

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  6. Artisans de l'ombre Dit :

    ———————————–.07————————————–

    -Lydie, vraiment, je n’ai pas le choix. Je ne peux pas rester comme ça.
    Elle se met à rire. Elle n’en revient pas.
    - Il te faut absolument un garçon ?
    - Oui, mais toi, tu ne peux plus en avoir, lui rappelle Dahmane en évitant son regard. Toute ma famille et mes amis me conseillent de prendre une seconde épouse. Je pense qu’ils n’ont pas tort.
    - Quand comptais-tu me le dire ?
    - Je n’ai jamais trouvé le bon moment, s’excuse-t-il. Car il n’y en a pas. Je sais que cela doit te faire mal.
    - Tu ne peux pas imaginer à quel point ! réplique Lydie. Au point où j’en suis à vouloir tout quitter !
    - Non, pas ça ! la prie-t-il. Tu resteras celle que j’aime. L’autre, ce sera pour avoir un fils ! Elle ne comptera pas à mes yeux ! Je te le jure. Il n’y a rien de sentimental dans ce second mariage !
    - Tu es décidé ? Tu en parles naturellement. Moi, je ne suis pas d’accord ! lui dit elle, devenue étrangement calme. Je refuse de te partager.
    - Je te dis que tu es celle que j’aimerai toujours ! L’autre, tu sais, elle ne sera que la mère de mon fils !
    - Qu’en sais-tu vraiment ? Peut-être que tu auras d’autres filles ? rétorque-t-elle. En tout cas, qui qu’elle soit, je ne serai pas là si tu décides d’aller au bout des envies des autres ! Ta famille et tes amis ne t’ont pas mis un couteau sous la gorge ?
    Couteau ou pas, réplique Dahmane, ma décision est prise. Je vais me remarier. Si tu veux, c’est toi qui la choisiras ! propose-t-il, croyant que l’idée l’enchanterait. L’essentiel est qu’elle puisse enfanter !
    - Si tu crois que je vais rester, tu te trompes ! Je partirai bien avant.
    - C’est une menace ?
    - Non. Je ne resterai pas ! Je prends Katia avec moi et toi, refais ta vie comme bon te semble !
    - Si tu tiens à partir, je ne te retiendrais pas, mais notre fille restera avec moi ! J’aurai sa garde ! Elle ne partira pas avec toi !
    Lydie ne le croit pas. En demandant le divorce, elle ne s’attendait pas que son mari obtienne la garde. Elle ne comprend pas comment son avocat a pu échouer.
    Sa mère, qu’elle n’a pas revue depuis son retour au pays, est sous le choc en apprenant qu’elle rentrera sans sa fille. Elle frôle la mort en ayant une crise cardiaque. Elle est hospitalisée et c’est une voisine qui s’est chargée de lui envoyer un télégramme. On est alors au début des années 1980 et dans la région où ils résident, il n’y a pas de téléphone et le courrier est remis de main en main. Quand il n’est pas perdu en chemin.
    Lydie apprend la nouvelle trois jours après et même si elle demande à l’avocat de faire appel, elle décide d’aller au chevet de sa mère.
    Katia est bouleversée. Elle pleure et tente de la retenir.
    - Papa veut bien que tu vives ici. Reste ! Ne me laisse pas !
    - Dès que l’avocat m’appellera, je reviendrais te chercher, lui promet-elle, le cœur déchiré. Tu comprends, ta grand-mère a besoin de moi ! Je reviendrai dès qu’elle ira mieux.
    - Tu ne reviendras pas ! J’en suis sûre !
    Lydie le lui jure. Elle reviendra pour la chercher. Précisément quand, elle l’ignore. Mais elle reviendra un jour, pour elle.

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  7. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————————-08—————————————–
    “L’ATTENTE”
    -Katia, pourquoi es-tu si triste ? lui demande sa camarade de classe Sabah. Tu viens d’avoir la meilleure note de la classe et tu pleures !
    Katia se détourne et essuie discrètement ses larmes. Si elle est triste, c’est parce que c’est bientôt la fin de l’année scolaire. Elle n’a pas envie de rester à la maison. Sa mère est partie depuis des mois et elle ne lui a jamais écrit. Elle l’imagine mal revenir la chercher. Pourtant, elle sait qu’elle était sincère quand elle a fait sa promesse.
    - Maman aurait été fière de moi, répond-elle. Je voudrais tant être avec elle. Je rêve du jour où elle reviendra me chercher. Elle me manque.
    - Tu ne sais pas pourquoi elle n’est pas revenue ?
    Katia hausse l’épaule.
    - Non, ma grand-mère était malade quand elle est partie, lui rappelle-t-elle. Peut-être qu’elle ne s’est pas encore rétablie ? Elle n’a personne d’autre. Maman doit prendre soin d’elle.
    - Oui, mais elle aurait pu t’écrire. Ou t’appeler !
    - Personne n’a le téléphone, répond Katia.
    - Elle pourrait t’appeler à la poste, insiste Sabah. Où pourrais-tu l’appeler ? Tu connais son numéro ?
    - Oui. Mais je n’ai pas d’argent. Et si papa me voit partir à la poste, il va m’arracher les oreilles.
    - Cela vaut le coup, dit sa camarade. Au moins tu auras eu des nouvelles de ta mère.
    Katia trouve l’idée géniale, même si elle redoute la colère de son père. Ce jour-là, en rentrant, elle remet à ce dernier sa copie de maths, matière où elle excelle depuis toujours.
    - Je suis fier de toi, lui dit-il. Dommage que tu ne sois pas un garçon !
    - Papa, est-ce que tu as des nouvelles de maman ?
    - Non, tu sais que lorsqu’on s’est séparés, on n’était plus en bons termes, dit Dahmane. Elle ne doit pas vouloir m’en donner.
    - Elle n’a jamais écrit ?
    - Non, tu l’aurais su si cela avait été le cas, lui affirme-t-il. Pourquoi ?
    - Elle me manque.
    - Tu ne lui manques pas ! dit son père. Elle aurait pu t’écrire et même revenir te voir, et si elle ne l’a pas fait, c’est parce que tu ne comptes plus pour elle.
    - Non, tu te trompes. Je sais qu’elle m’aime.
    Elle a promis de revenir me chercher.
    - Ce sont juste des mots ! Qu’est-ce qui l’en a empêchée ? demande Dahmane. Rien et personne. Ma fille, il faudra t’y faire. Elle t’a exclue de sa vie après notre divorce.
    Katia n’insiste pas. Peinée par les propos qu’il vient de tenir, elle éclate en sanglots et sort dans la cour. Ses cousines tentent de la réconforter, mais en vain.
    Elle ne peut pas se faire à l’idée que sa mère, après toutes ses promesses, l’ait réellement exclue de sa vie. Elle doit reconnaître qu’elle n’a pas donné signe de vie depuis son départ et n’a pas cherché à avoir de ses nouvelles. Elle ne s’explique pas son silence. Décidée à le briser, elle ose prendre un billet de la poche de son père le lendemain matin.
    À midi, après les cours, elle ne se rend pas à l’épicerie où elle a l’habitude de déjeuner avec ses cousines et ses camarades d’un morceau de pain et d’un œuf dur.
    Elle n’a qu’une idée en tête : contacter sa mère.
    Alors, elle se rend à la poste et demande à ce qu’on lui passe le numéro, quand son oncle entre. Il est surpris de la trouver là.

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  8. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————————09———————————————

    -Que fais-tu ici ? demande Kader à sa nièce. Pourquoi n’es-tu pas avec tes cousines ?
    Katia baisse honteusement la tête. Le fait qu’il l’ait surprise ici allait lui poser des problèmes avec son père. Elle sait qu’il aurait refusé de la laisser appeler sa mère. En plus, elle l’a volé. Cela ne lui plaira pas. Il risque de se mettre en colère et même de la punir. Rien que d’y penser, elle pleure.
    - Hé, regarde-moi !
    Kader la force à le regarder. En voyant ses larmes, il sourit puis essuie ses joues. Il devine qu’elle veut appeler.
    - Ton père ne sera pas content, dit-il. Le postier t’aurait demandé de payer et que lui aurais-tu dit ? Papa va passer ou te serais-tu enfuie ?
    - Non, j’ai déjà payé, répond-elle doucement. Tu vas le dire à papa ?
    - Je ne sais pas… Tu voulais appeler ta mère ?
    - Oui. Pourquoi elle n’est pas revenue ?
    - Viens, on l’appelle. Mais promets-moi de ne plus recommencer !
    Katia le lui jure. Elle le suit à l’intérieur de la cabine. Kader a redemandé le numéro. Une opératrice leur répond que le numéro n’est plus attribué.
    - On peut essayer celui de grand-mère ?
    - Oui…
    Mais personne ne décroche. Kader la laisse écouter la sonnerie. Katia est déçue. Elle en pleure. Il récupère le billet et ils sortent ensemble. Tout en l’emmenant à l’épicerie où ses filles sont allées, il tente de lui remonter le moral.
    - Je te ramènerai une autre fois, dit-il.
    - Si je lui écris une lettre, est-ce que tu l’enverras ? lui demande-t-elle.
    - Si tu cesses de pleurer !
    Katia sourit et remercie son oncle. Elle s’inquiète de la réaction de son père.
    - Est-ce que tu vas lui dire ?
    - Je n’ai pas encore réfléchi, répond-il.
    - Quand il découvrira que j’ai pris un billet, il va se fâcher !
    - Sa réaction sera normale, dit Kader. Si tu me jures de ne plus recommencer, je vais essayer d’arranger ça ! De façon à ce qu’il ne se doute pas que c’est toi mais lui qui l’a perdu…
    Katia lui saute au cou.
    - Oh merci…
    Ce jour-là, une fois rentrée à la maison, tout en faisant ses devoirs, elle écrit une lettre à sa mère. Une lettre qu’elle remet à son oncle le lendemain matin.
    Kader en a parlé à son frère. Dahmane comprend que sa fille cherche à avoir des nouvelles de sa mère. Il lui permet d’envoyer le courrier. Il sait d’avance que la lettre leur sera retournée vue qu’ils avaient libéré l’appartement avant de revenir.
    Si Lydie vit quelque part, ce doit être chez sa mère ou ailleurs. Mais pas à l’adresse écrite sur l’enveloppe.
    - Envoie la lettre, il n’y a qu’ainsi que j’aurais la paix ! Elle finira par se faire à l’idée que sa mère ne veut plus d’elle !
    - Ce n’est pas juste ! Tu devrais leur permettre de garder contact, dit Kader. Malgré tout, c’est sa mère !
    - Je sais, mais occupe-toi de me trouver une femme de bonne famille, le prie-t-il, changeant de sujet. C’est à cause de l’idée d’un remariage qu’elle est partie, autant aller jusqu’au bout !

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  9. Artisans de l'ombre Dit :

    —————————————10………………………..

    Katia envoie une, puis deux lettres. Ensuite, elle ne les compte plus. Elle lui écrit à chaque fois qu’elle en a envie, à chaque fois que sa mère lui manque très fort.
    Lorsque son père se remarie quelques semaines plus tard, elle lui raconte sa rage et son envie de partir. Elle ne supporte pas l’idée qu’il puisse y avoir une autre femme dans la vie de son père, mais elle n’ose pas le lui dire.
    Elle tombe malade et refuse presque de se nourrir. Elle espère qu’un jour sa mère lui répondra. Celle-ci pourrait mieux faire. En revenant la chercher, elle lui évitera bien des souffrances. Katia n’aime pas sa belle-maman même si elle ne lui a fait aucun mal.
    Les femmes de son oncle Kader et ses tantes, cousines éloignées de la famille, présentes au dîner donné pour l’heureux événement, ont toutes un mot gentil pour elle. L’une d’elle, Fatima, n’hésite pas à l’inviter chez elle.
    Katia hausse les épaules, sans répondre, sachant que ce n’est pas à elle de décider. D’ailleurs, Fatima le sait et c’est pourquoi elle s’adresse ensuite à son cousin Dahmane.
    - Tu es d’accord mon frère ?
    - Je ne refuse pas, mais c’est juste pour une nuit, répond ce dernier.
    - Si je l’emmène, ce sera pour deux ou trois jours, réplique-t-elle. Elle aura ainsi le temps de connaître ma famille. Cela lui fera du bien de changer d’air !
    - Elle ne peut pas être mieux qu’à la maison, dit Dahmane avant de se tourner vers sa femme Saleha. N’est-ce pas ? demande-t-il à celle-ci.
    - Bien sûr ! Si Katia le veut, elle pourra être comme ma fille. Je promets d’être bienveillante comme une mère.
    Fatima sourit. Elle la croit. Elle sait que Saleha a un bon fond. Seulement, les enfants souffrent toujours quand leurs parents divorcent. Katia est en train de souffrir de l’absence de sa mère et Dahmane semble l’ignorer. Fatima ne connaît pas vraiment son cousin. Elle s’est mariée jeune et lui est parti à l’étranger. Elle voudrait aborder le sujet avec lui mais elle craint qu’il ne le prenne mal. Elle décide d’attendre un meilleur jour. Toute remarque faite maintenant risque d’être mal interprétée. Elle a tout le temps pour plaider la cause de Katia.
    - Alors, m’autorises-tu à l’emmener chez moi ? insiste Fatima.
    - Oui.
    Katia part donc chez cette tante qu’elle ne connaissait pas avant aujourd’hui. Elle la trouve sympathique et il est si facile de se confier à elle.
    - Maman m’a oubliée, lui dit-elle. Je lui écris deux fois par semaine et elle n’a répondu à aucune de mes lettres.
    - Qui les envoie ?
    - Mon oncle. Il est très gentil avec moi.
    - Qui ne le serait pas ? réplique Fatima. Si tu veux, écris-lui une autre lettre, je me charge de l’envoyer.
    - Ce n’est pas la peine, répond Katia.
    - Si, j’insiste, dit la tante, qui pense que les lettres n’ont jamais été envoyées et que même si sa mère lui a écrit ou répondu, elles doivent être cachées ou déchirées. Dis-lui de répondre à notre adresse. Cela lui fera plaisir de savoir que tu as de la famille chez qui tu peux aller.
    Katia s’exécute sur-le-champ. Encore une fois, elle la prie de revenir. Elle ne peut s’imaginer vivre sans elle. Le séjour chez Fatima et sa famille lui permettra de se détendre un peu. De retour chez elle, elle est plus calme et sereine. Elle est décidée à ne pas se laisser aller. Elle doit devenir forte, même s’endurcir. Fatima a réussi à la convaincre de se ressaisir.

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  10. Artisans de l'ombre Dit :

    ——————————–11——————————————

    -As-tu révisé tes cours ? demande Saléha à sa belle-fille Katia.
    - Non, pourquoi ? répond celle-ci.
    - J’ai entendu tes cousines parler de compositions, réplique Saléha. Elles ont toutes leur nez plongé dans leurs livres et cahiers. Pourquoi n’en fais-tu pas autant ?
    - Parce que j’ai bonne mémoire, je n’ai pas besoin de réviser. J’ai tout là, dit la fille en montrant sa tête. Pourquoi se mettre la pression la veille des examens quand le reste du temps, on le passe à jouer ?
    - Je suis heureuse de savoir que tu as conscience de la chose, répond Saléha. Si tes résultats sont aussi excellents qu’au dernier trimestre, on aura de quoi être fiers de toi.
    - Papa ne s’en rend même pas compte !
    - Tu te trompes. Même s’il ne te dit rien, il garde un œil sur toi.
    Katia ne l’a jamais senti. En fait, depuis qu’il s’est remarié, elle trouve qu’il a beaucoup changé. C’est à peine s’il lui parle. Il n’est pas encore levé quand elle part à l’école avec son oncle et ses cousines. Le soir, il rentre à la tombée de la nuit. Il la regarde du coin de l’œil avant d’aller à la chambre. Il s’isole.
    Fini le temps où il passait des heures à discuter avec son frère et ses belles-sœurs. Fini le temps où tout avait de l’importance.
    Dans sa classe, elle a des camarades qui, tout comme elle, sont enfants de parents divorcés. Leurs pères se sont complètement désintéressés d’eux. D’autres, et leur cas est plus grave, sont maltraités physiquement. Ils sont contraints à se réfugier chez des oncles et des tantes. Mais la solution est toujours provisoire. Katia est soulagée. Même si elle souffre de l’indifférence qu’affiche son père à son égard, personne n’a levé la main sur elle. Et personne ne se sert d’elle pour accomplir les tâches ingrates.
    Sa belle-maman n’est pas mauvaise avec elle. Malgré son jeune âge, elle a conscience qu’elle aurait pu tomber sur pire. Lorsqu’elle raconte à ses camarades qu’elle ne fait rien à la maison, on ne la croit pas.
    - Tu ne laves pas la vaisselle ? Même pas ton linge sale ?
    - Saléha fait tout durant mon absence, leur répond-elle. Elle veut que je me consacre à mes devoirs.
    - Tu en as de la chance ! lui dit-on. Ou peu-être qu’elle veut avoir le beau rôle ? Ton père s’est remarié pour avoir d’autres enfants, n’est-ce pas ?
    - Oui, c’est même pour cette raison que ma mère est partie. Elle ne voulait pas qu’il se remarie.
    - As-tu de ses nouvelles ?
    La question réveille la douleur d’une plaie qui n’est pas près de fermer. Katia continue à lui écrire régulièrement comme s’il en dépend de sa survie. La gentillesse de son oncle l’étonne et surprend même ses camarades quand elle leur dit que c’est lui qui les envoies.
    - Tu n’es pas inquiète par le fait qu’elle ne te réponde pas ?
    - Un jour, elle le fera ! réplique-t-elle, très sûre d’elle.
    Lorsque sa tante Fatima s’invite chez eux et qu’avant de retourner chez elle, elle tient à l’emmener, Katia est loin de se douter pourquoi.

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  11. Artisans de l'ombre Dit :

    ——————————————-12—————————————-

    Je sais que tu es assez intelligente pour comprendre qu’il faudra te taire, dit Fatima. Promets-moi de ne pas te fâcher !
    - Me fâcher ? Mais pourquoi ?
    - Parce que… ton oncle n’envoie pas le courrier, poursuit Fatima. Je l’ai vite compris. C’est pourquoi je t’ai proposé notre adresse. Peut-être qu’elle t’a écrit régulièrement et que le courrier est détourné !
    - Pourquoi ?
    - Ils doivent craindre que tu ne te fasses pas à ta nouvelle vie, en n’ayant pas coupé le lien avec elle, émet la tante éloignée. Comprends qu’ils ne te veulent que du bien. Ce n’est pas par méchanceté. Juste par amour…
    - S’ils m’aimaient, ils ne me priveraient pas d’elle, réplique Katia en larmes. Si je comprends, elle a répondu ?
    Fatima hoche la tête et sort une lettre d’un vieux cartable. Avant de la lui donner, elle lui fait promettre de ne rien dire à sa famille. Elle lui explique pourquoi.
    - Si tu leur dévoiles que tu l’as reçue ici, jamais plus ils ne te laisseront venir chez moi. Et puis, ils ne voudront plus de moi chez eux. Je comprendrais qu’ils m’en veuillent ! En les mettant au courant, tu ne pourras plus recevoir de ses nouvelles. Tu as compris pourquoi tu dois te comporter comme avant et ne rien dévoiler. À personne !
    Katia le lui jure. Elle ne gâchera pas cette occasion. Les mains tremblantes, elle ouvre l’enveloppe où elle retrouve le doux parfum de sa mère.
    Celle-ci lui explique pourquoi elle n’a pas pu revenir. Sa grand-mère est clouée au lit depuis sa crise cardiaque. Elle refuse d’être mise dans une maison de vieillesse. L’avocat chargé de faire appel lui a écrit et ils n’ont pas eu gain de cause. Son père a sa garde jusqu’à sa majorité.
    Elles vont devoir être patientes en attendant. Lydie la prie de remercier cette tante éloignée, envoyée par Dieu afin de les aider.
    Katia répond à sa mère, promettant de ne pas révéler leur secret. Toutes attendront le bon moment pour le dévoiler. Même si elle est très peinée, la fille, lorsqu’elle est de retour chez elle, s’efforce à sourire. Elle ne tient plus à être mise à l’écart. Sa tante Fatima trouve qu’elle est en âge d’apprendre.
    Saléha n’apprécie pas de l’avoir derrière le dos.
    - J’ai envie d’apprendre à cuisiner, à tenir la maison, dit-elle à son père quand ce dernier rentre. Je ne peux pas rester les bras croisés durant toutes les vacances.
    - Pourquoi n’empruntes-tu pas des livres ?
    - Il me faudrait alors toute une bibliothèque, réplique Katia. Mes cousines participent à tout ce qui se fait à la maison. Pourquoi pas moi aussi ?
    Son oncle Kader approuve. Même ses deux épousent sont de son avis. Pour une fois.
    Dahmane est d’accord avec elle.
    - Donne-lui du travail. Cela l’occupera.
    Saléha n’a pas le choix. Durant les vacances, elle l’aura derrière le dos. Katia adore la faire répéter.
    Tout cela dans le but de voir si elle ne jouait pas la comédie. Pour les berner tous.

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  12. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————————–13—————————————–

    Toute la famille a remarqué que Katia est souvent pensive. Elle participe aux tâches ménagères et il lui est arrivé de s’accrocher avec sa belle-maman lorsque celle-ci lui refuse l’accès à sa chambre.
    - Pourquoi ? Qu’est-ce que tu y caches ?
    - Rien, lui affirme-t-elle. Pourquoi tiens-tu tant à y rester ? Il n’y a rien.
    - Raison de plus, réplique Katia. Si j’ai envie d’être un peu seule, c’est l’unique endroit de calme.
    - Ce n’est pas bien de rester seule. Va discuter avec tes cousines.
    - Je n’en ai pas envie. Je t’en prie, laisse-moi !
    De guerre lasse, Saleha la laisse entrer dans la chambre. Katia y restera pendant au moins une heure, le temps de fouiller dans les affaires de son père. Une fois qu’elle a pu jeter un coup d’œil aux courriers envoyés par sa mère, elle sort de la chambre.
    Près d’une trentaine de lettres où sa mère prie son père de lui laisser la garde. Elle lui a proposé une somme d’argent. Elle est prête à tout. Mais ce dernier refuse.
    Il y a des lettres toutes récentes, et même si elle en meurt d’envie, elle ne les a pas ouvertes. Son père aurait découvert qu’elle savait qu’il lui a menti. Ce n’est pas le moment.
    Lorsqu’elle sort dans la cour et s’assoie dans un coin, tous remarquent son visage livide.
    - Tu te sens bien Katia ? Tu n’es pas souffrante, j’espère ?
    - Non.
    - Tu ne nous caches rien, j’espère ? demande Saleha. Si tu as quoi que ce soit, il faut me le dire.
    - Bien sûr.
    Katia redevient silencieuse et lointaine. Son oncle Kader, mis au courant, tente de discuter avec elle. Il devine la raison de son mutisme.
    - Ta mère te manque. Pourquoi ne lui écris-tu pas ?
    - On ignore si elle reçoit mes lettres. Jamais elle n’y a répondu, dit-elle. Papa n’avait pas tort. Elle ne veut plus entendre parler de moi. Je ne veux plus lui écrire !
    - Il ne faut pas être fâchée après elle, insiste l’oncle Kader.
    - Après qui, alors ? C’est elle qui est partie. C’est elle qui ne répond pas. C’est l’unique personne à qui j’en veux.
    - Tu ne dois pas nourrir de la rancune, dit-il. C’est ta mère malgré tout.
    - Non. Elle ne l’est plus depuis longtemps !
    Katia est forcée de jouer comme eux. En attendant d’avoir dix-huit ans. Elle pense au prochain courrier que sa mère lui enverra. Elle a promis de lui envoyer des photos. Elle se demande où elle les cachera. Peut-être qu’elle ferait mieux de les laisser chez sa tante Fatima. Celle-ci avait promis de venir la chercher. La date prévue est passée.
    La fille attend sa visite avec impatience. Elle espère seulement que sa famille ne voie pas mal ses fréquentes visites. Elle sent que Saleha s’efforce à être polie et bonne hôtesse. Mais elle cache si bien son jeu.
    Lorsqu’elle se découvre enceinte, elle décide de ne pas quitter le lit. Katia devient sa bonne à tout faire. Si son oncle n’apprécie pas et n’hésite pas à intervenir, son père, lui, ne semble même pas remarquer qu’elle en faisait trop pour une fille de son âge.

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  13. Artisans de l'ombre Dit :

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    15e partie

    -Ce n’est pas à elle de laver votre linge ! Elle n’est pas assez forte pour le supporter.
    - Avant, vous étiez tous d’accord pour qu’elle fasse quelque chose de son temps libre, réplique Dahmane à son frère. Et maintenant, non ! Pourquoi ?
    - Qu’elle apprenne oui, mais qu’elle devienne sa bonne, je suis contre !
    - On a besoin d’elle, insiste Dahmane. Madame est souffrante.
    - J’ai deux femmes et elles ont été enceintes plusieurs fois. Même souffrantes, elles ne traînaient pas au lit. La tienne ne quitte pas la chambre. Elle ne se rend même pas aux toilettes. C’est ta fille qui lui apporte un pot ! Tu ne trouves pas qu’elle exagère ?
    - Je ne savais pas.
    - C’est pourquoi je te le dis ! ç’aurait été juste de laver la vaisselle et ranger la chambre, je n’aurais fait aucune remarque, s’excuse Kader. C’est trop, vraiment trop !
    Dahmane regarde sa fille porter un seau d’eau dans la pièce principale.
    - Si elle continue ainsi, elle finira par se plaindre de ses épaules ou de son dos. Tu dois prendre soin d’elle. Elle n’a que toi.
    - Et toi, rectifie Dahmane. Tu prends sa défense, alors qu’elle ne se plaint pas.
    - En effet. Si je me tais, je n’aurais pas la conscience tranquille.
    Mais il constatera que ses remarques n’auront pas troublé Dahmane au point de remédier à la situation de sa fille. Il la laisse trimer du matin au soir. La journée, il est absent, gardant son troupeau de moutons. À la demande de Kader, ses deux épouses aident Katia. Ce, quand elles ne le font pas à sa place.
    La rentrée très proche lui permettra de faire une pause. La journée seulement.
    Le soir, une fois rentrée, elle ne se consacre plus autant à ses devoirs. La sœur de Saleha, Warda, venue au chevet de celle-ci, est une vraie pie. Elle ne la laisse pas une seconde tranquille. Pour ne pas paraître désagréable, elle l’écoute. Elle ne peut pas se plaindre. Warda s’occupe de la maisonnée en parfaite femme d’intérieur. Katia n’a rien à faire. Après ces quelques semaines de travaux forcés, elle apprécie ces moments de repos.
    Elle a conscience que ce n’est pas définitif. En attendant, elle apprécie. Elle a écrit à sa mère durant une heure creuse et a remis la lettre à Saïd, le fils de Fatima. Ils ne fréquentent pas le même établissement. C’est sa mère qui lui a demandé d’envoyer le courrier.
    Il y a près de trois mois qu’elles ne se sont pas écrites. Fatima ne leur a pas rendu visite depuis longtemps, attendant d’avoir une bonne excuse pour venir. Elle ne veut pas éveiller les soupçons de Saleha.
    Saïd s’est aussi chargé de lui apporter la lettre de sa mère, quelques semaines plus tard. Une lettre qu’elle doit détruire après lecture. Même si elle en meurt d’envie, elle ne peut pas la garder. L’espoir de la revoir un jour la rend forte. Lydie ne cesse de l’encourager dans ses études. Si elle veut être maîtresse de sa destinée, elle doit tout faire, sauf les abandonner. Et comme pour les contrarier, Saleha tombe gravement malade après son accouchement. Dahmane ne trouve pas mieux que de la retirer de l’école.

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  14. Artisans de l'ombre Dit :

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    16e partie

    Le premier à crier injustice est l’oncle Kader. Il ne comprend pas pourquoi son frère se comporte ainsi. Dahmane n’a pas toute sa tête. Sinon, il n’agirait pas ainsi.
    - Elle est bonne élève, dit-il.
    Et sérieuse, en plus ! Mes filles sont à peine moyennes et je ne vais pas les retirer au moindre prétexte. Ta fille ne mérite pas de se retrouver cloîtrer.
    - Saleha est souffrante, on a besoin d’elle à la maison ! réplique Dahmane. Quelqu’un doit garder la petite. Warda s’occupe de Saleha mais la petite, il lui faut quelqu’un constamment.
    - Je suis d’accord, dit son frère. Elle a besoin de sa mère. Saleha ne peut pas continuer ainsi. Elle est déçue parce qu’elle n’a pas eu un garçon. Ce n’est pas la fin du monde.
    - Elle ne s’est pas encore remise. Les médecins disent que c’est fréquent qu’une mère ait une dépression. On doit seulement être patients avec elle.
    - Patient, d’accord, mais briser la petite, je ne le suis pas. Ta femme se remettra un jour. On ne doit pas pour autant gâcher l’avenir de Katia.
    Dahmane manque de s’emporter envers son frère. Il ne comprend pas pourquoi ce dernier est si soucieux de l’avenir de sa fille.
    - À t’entendre, je prends de mauvaises décisions. Penses-tu que je ne veuille pas son bien ?
    - Son bien ? Crois-tu que ce soit dans son intérêt que vous agissez actuellement ? l’interroge Kader au risque d’être en froid avec lui. Tout ce que vous faites, c’est pour vous. Ta fille n’a pas de mère pour la défendre. Et toi, depuis ton remariage, tu ignores Katia. Et maintenant que tu te rappelles son existence, c’est pour la mettre aux services de ta femme.
    - Tu te trompes ! Katia compte pour moi. Si elle peut être utile…
    Kader a beau insister, Dahmane refuse de revenir sur sa décision. Ils ont besoin de Katia à la maison. Kader ne peut rien faire pour elle, même si elle ne lui a rien demandé.
    Elle s’est résignée à son sort. Elle s’occupe de sa petite sœur Lila, même si elle ne connaît pas grand-chose aux bébés. Saleha ne se remet pas. Le médecin lui a prescrit un calmant. Elle le prend deux fois par jour et elle passe une grande partie de la journée au lit. Warda s’occupe d’elle et de la maison. Katia ne quitte pas sa petite sœur. Elle s’occupe d’elle avec amour, comme si elle était sa propre mère.
    Tout ce qui lui manque, ce sont les nouvelles de sa mère. Elle ne peut plus lui écrire. Et même si sa mère le fait, il faudra que sa tante Fatima vienne la lui apporter. Elle ne pourra pas envoyer son fils. Il y aurait eu des garçons de son âge, on y aurait vu que du feu. Mais ce n’est pas le cas.
    Elle doit être patiente. Car au fond de son cœur, elle sait que sa tante viendra. Ce, si ce n’est pas sa mère. Si elle apprend qu’elle n’étudie plus, peut-être qu’elle se déplacera pour raisonner son père. Tout en s’occupant de Lila, elle s’est enfermée dans un autre monde où elle s’imagine des tas de choses.

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  15. Artisans de l'ombre Dit :

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    17e partie

    Le monde paisible où elle s’enferme est troublé, trois mois après qu’elle ait quitté l’école, par le départ de son oncle Kader. Lui et sa famille vont vivre au village. Il a réussi à négocier la location d’un appartement à un bon prix. En résidant au village, il pourra travailler jusqu’à dix-neuf heures ou même finir son travail à la maison vu que le local n’est pas très loin. Ses filles pourront poursuivre leur scolarité sans s’inquiéter de l’éloignement ou même craindre qu’il ne prenne exemple sur son frère.
    Le fait de ne pas s’entendre avec lui l’a poussé à s’installer ailleurs. Voir Katia souffrir lui est insupportable. Avant de déménager, il tente encore sa chance.
    - Si tu le permets, elle vivra avec les filles, dit-il à Dahmane. Elles ont l’habitude d’être ensemble ! Si tu es d’accord, je pourrais convaincre le directeur du CEM de reprendre Katia. On pourra dire qu’elle était souffrante !
    - Non, non. J’espère que tu ne lui en as pas parlé ? Car il n’est pas question qu’elle sorte de la maison !
    Kader est très déçu. Il ne comprend pas comment son frère a pu changer de façon aussi radicale. Il a vécu près de vingt ans en France et se conduit comme les montagnards qui n’ont jamais quitté leur hameau. Katia n’est pas sortie une seule fois depuis qu’elle a été retirée de l’école. Il a de la peine en la voyant sourire toute seule. À ce rythme, il craint aussi pour sa santé mentale. Il y a tant de tristesse et de résignation dans son regard. Plus qu’il ne peut en supporter.
    Avant de partir, profitant d’un court moment où Dahmane n’est pas là, il va lui parler.
    - Si ta mère ne vient pas te chercher à tes dix-huit ans, ce sera moi ! Ecris-lui une lettre, je me chargerai de l’envoyer, dit-il. Sa réponse, je te l’apporterais !
    - Pourquoi perdre mon temps ? Cette lettre connaîtra le même sort que les autres ! Et sa réponse aussi, réplique-t-elle. Inutile de me donner de faux espoirs. Je suis grande et je sais que je ne dois compter sur personne !
    Kader est devenu livide, réalisant qu’elle est au courant. Il a des regrets. Il n’aurait jamais dû en parler à son frère et l’écouter.
    - Je te jure que cette fois…
    - De quoi vous parlez ? demande Dahmane, derrière eux.
    - Je vais l’inscrire aux cours par correspondance ! Cela arrangera toute la famille.
    Dahmane ne refuse pas. Katia n’est ni pour ni contre. Elle se contente, du haut de ses quatorze ans, de lui obéir. En général, ils ne se parlent pas. Quand il s’adresse à elle, c’est pour demander quelque chose ou des nouvelles du bébé.
    Le départ de Kader et de sa famille laisse un vide glacial. La ferme est trop grande pour une petite famille comme la leur. Ils n’ont pas de voisins et personne n’aurait idée à venir vivre avec eux. De rares cousins et cousines viennent les voir pour prendre des nouvelles de Saleha. Ils ne s’attardent pas mais ils ne sont pas aveugles. Katia est malheureuse. Elle a beau sourire et s’occuper du bébé avec amour, son regard est si triste et si lointain qu’ils sont inquiets et impuissants.

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  16. Artisans de l'ombre Dit :

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    18e partie

    -C’est un crime, ose lui dire sa cousine Fatima lors d’une visite. En plus de l’avoir privée de sa mère, tu la réduis à rien en refusant qu’elle poursuive sa scolarité !
    Dahmane manque de s’emporter. Il ne comprend pas pourquoi on lui reproche sa décision. Il ne se mêle pas des problèmes familiaux des autres. Pourquoi n’en font-ils pas autant ?
    - C’est ma fille, leur rappelle-t-il. J’en fais ce que je veux. Si je veux, je la tue ! Personne ne pourra m’en empêcher !
    - Serais-tu devenu fou ?
    - Non, mais à force de vous écouter, je risque de péter un plomb, réplique Dahmane. C’est ma fille et c’est moi qui décide pour elle !
    - Pour quelqu’un qui a vécu en France pendant vingt ans, tu n’as pas évolué mais régressé ! Tu devrais être un exemple de tolérance et d’ouverture !
    - Si je n’avais pas été tolérant, j’ignore ce que je t’aurais fait ! Si tu avais été un homme, tu aurais reçu mon poing à la figure ! Pars d’ici et ne reviens plus !
    - Tu ne peux pas m’interdire de lui rendre visite !
    - On verra !
    Fatima regrette d’en avoir trop dit. Elle a beau le prier de la laisser encore un peu, Dahmane la pousse dehors.
    - Je ne peux pas partir seule ! Laisse-moi attendre mon fils chez toi !
    - Tu peux l’attendre dans le jardin sous les arbres fruitiers !
    - Saleha, prie-t-elle sa femme afin qu’elle le raisonne mais celle-ci s’est contentée de les suivre et n’intervient ni en sa faveur ni en celle de Katia.
    - Vous devriez être enfermés dans un asile ! Vous faites vraiment la paire !
    Fatima décide de ne pas attendre dans le jardin. Elle part sans même avoir pu dire adieu à Katia. Elle regrette d’en avoir trop dit. Par sa faute, elle ne pourra pas écrire à sa mère. Elle ne pourra pas lui apporter ses réponses. Déjà qu’elles se font rares.
    Au rythme où vont les choses, elles allaient perdre contact. Mais même si elle a des regrets, elle n’a pas la force de retourner sur ses pas et de demander pardon à son cousin.
    Tout comme les autres, elle se sent impuissante et elle est contrainte d’abandonner. Elle espère la revoir. Le seul qui pourrait l’aider est son oncle. Il semble qu’un fossé s’est creusé entre lui et son frère depuis qu’il s’est installé avec sa famille au village.
    Ils ne se voient que rarement et ors des fêtes religieuses. Le temps passe. Katia a compté les mois, les années, persuadée qu’à ses dix-huit ans, sa mère reviendrait pour elle. Pour la sauver du joug de son père.
    Ce dernier s’est transformé. Il est devenu méconnaissable. Pour elle et pour sa famille. Ce n’est pas sans raison.
    Il a de nouveaux amis, des gens qu’il ne voit que la nuit.

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  17. Artisans de l'ombre Dit :

    —————————————————-18——————————-

    19e partie

    Dahmane est souvent sorti la nuit ces dernières semaines. Il emporte dans un sac du café et des gâteaux secs faits à la maison. Saleha, qui s’est remise de sa dépression, les prépare quand il le lui demande. Même si elle peut s’occuper de la maison et entretenir une relation presque normale avec la famille, entre elle et sa fille Lila, il n’y a aucun sentiment. Lila prend Katia pour sa mère. Elle ne la quitte jamais, toujours accrochée à sa jupe, comme si elle craignait d’être abandonnée. Saleha veut parfois la prendre dans ses bras, mais Lila se débat tout en pleurant. Elle court vers Katia comme si elle fuyait un danger.
    - Elle n’est pas habituée, dit Katia à sa belle-maman. Plus tard, lorsqu’elle comprendra que tu es sa mère, elle se rapprochera de toi.
    - Je ne crois pas. Tu es une vraie mère pour elle. Tu t’en occupes si bien.
    Katia ne s’occupe pas seulement d’elle, elle dort avec elle et la nuit, elle lui raconte des histoires. Les après-midi, elle lui apprend à écrire et à lire. Elle espère que son père la laissera aller à l’école. Elle aborde le sujet avec Saleha afin de connaître son opinion.
    - S’il ne veut pas, je n’y pourrai rien.
    - Il faudra l’en convaincre.
    - C’est à toi de défendre ses intérêts, dit Katia. Si j’avais une seule chance d’être écoutée, je lui en parlerais moi-même.
    - On a attendu presque trois ans avant que le problème ne soit posé, réplique Saleha.
    - Ce ne devrait pas en être un. Promets-moi de te battre pour elle si je ne suis pas là pour le faire !
    - Où seras-tu ?
    - Je l’ignore. Peut-être que je serai mariée ? émet Katia. Peut-être que je vivrais loin d’ici ?
    La jeune fille, à l’aube de ses dix-huit ans, garde encore espoir. Au fond de son cœur, même si elles n’ont pas eu de contact durant ces trois dernières années, elle se dit que sa mère ne renoncera pas à elle.
    Ne s’étant pas remise de la trahison de son oncle, elle ne lui a plus remis de courrier à envoyer. Même si chaque jour que Dieu fait, elle écrit quelques mots sur une page de cahier.
    Trois cahiers en sont pleins et attendent d’être lus. Katia est persuadée qu’un jour, sa mère pourra les lire et réaliser combien elle lui a manquée. Un jour, son père rentre le troupeau de moutons très tôt. Il leur demande de préparer à dîner pour une dizaine de personnes. Saleha le suit à la basse-cour et alors qu’il égorge des poules, elle l’interroge sur leur identité.
    - Qui sont-ils ?
    - Ils viennent de loin, et cela fait un moment qu’ils n’ont pas eu de repas chauds, dit-il.
    - Que font-ils dans la vie ?
    Son regard se durcit, tout comme son attitude.
    - C’est un interrogatoire ? Allez, cesse de poser des questions ! Tu as à faire…
    Katia les a rejoints avec une bassine. Elle regarde son père se laver les mains, puis le couteau. Tout comme sa belle-maman, elle se demande qui sont leurs invités. Elles allaient enfin connaître ces amis qu’il rejoignait si souvent la nuit. Toutes deux sont loin d’imaginer qu’il soutient un groupe terroriste.

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  18. Artisans de l'ombre Dit :

    —————————————19——————————–
    -Si jet’attrape… Les menaces donnent des ailes à Katia. Elle ne s’arrête qu’une fois hors du bidonville. Un chien aboie à son passage. Heureusement, il est retenu par une laisse.
    Un fourgon de voyageurs arrive et elle en profite pour monter. D’autres arrivent après elle et le chauffeur ne démarre qu’une fois les passagers pressés les uns contre les autres. Katia est en sueur et essoufflée. Elle reste debout. Il n’y a pas de place libre. Aucun des jeunes hommes assis n’a l’idée de céder sa place. Elle se retrouve coincée entre un vieux et un voyou.
    Son cœur bat à tout rompre. Le fourgon démarre alors que son agresseur tente de le rattraper. Il tambourine sur la portière mais le receveur lui fait signe d’impuissance.
    - Plus de place !
    Katia soupire. Tout en s’accrochant pour ne pas perdre l’équilibre, elle se demande si elle parviendra à destination. En l’espace de quelques heures, sa vie a basculé.
    Elle en veut à son père de l’avoir poussée à s’enfuir. Sa situation n’aurait pas été si compliquée s’il avait accepté qu’elle travaille. Si elle avait été consultée, elle aurait pu donner son avis mais sa décision était prise et connaissant son père, elle sait que rien n’aurait pu le changer.
    Sa tentative de suicide et son divorce ne lui ont pas servi de leçon. Il faut toujours qu’il veuille contrôler sa vie. Encore une fois, une fois de trop…
    La voilà, dans ce fourgon, partie à l’aventure, ignorant ce qui l’attend. Ni même ce qu’elle fera. Elle n’a que ce qu’elle porte sur elle et la monnaie qu’elle avait mis dans la poche de sa veste. Si elle les avait rangés dans son sac, elle n’aurait pas eu un sou. Vu le nombre de passagers debout, serrés comme des sardines, tout cela dans le but de gagner plus, ils ne le lui auraient pas pardonnée.
    - Est-ce que quelqu’un descend ici ? crie le chauffeur.
    Personne ne descend. Il ne s’arrête pas. Il ne peut pas charger d’autres passagers, à moins de les mettre sur le toit.
    Même si le voyage est des plus inconfortables, elle serait bien restée un moment de plus. Car, une fois arrivée à destination, elle se demande que faire, où aller..
    - Y a-t-il d’autres navettes ? demande-t-elle au receveur.
    - Nous, on retourne au village, répond-il. Si vous voulez retourner avec nous…
    - Je dois me rendre à Sétif ! Est-ce que les longs trajets passent par ici en fin de journée ?
    - Les matinées oui mais en fin de journée, je l’ignore !
    Katia le remercie et se retire pour laisser les passagers monter. Elle regarde discrètement combien il lui reste. Pas de quoi tenir deux jours. Elle n’ira pas loin. Elle ne pourra pas se rendre à Annaba.
    Comment y parvenir sans débourser un sou ? Car elle en aura besoin pour plus tard.
    Elle se rend dans une épicerie et demande au vendeur, un vieil homme, s’il n’aurait pas un carton.
    - Oui…
    Il disparaît deux minutes pour lui en apporter un grand qu’elle se met à couper aussitôt.
    - Un feutre, s’il vous plaît !
    - Bien sûr !
    Il la regarde écrire Annaba en gros caractère. L’unique solution est de faire de l’autostop. Pour une belle fille comme elle, ce ne devrait pas être difficile…

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  19. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————————–20……………………….

    21e partie

    -Chut ! Pas un mot… Katia pose un doigt sur les lèvres de sa petite sœur. En voyant entrer sa belle-maman, plus morte que vive, elle comprend que l’heure est grave. Elle s’assoie à même le sol près d’elles.
    - Tu es effrayée. Pourquoi ? Tu ne devrais rien craindre, papa est avec eux !
    - Ils pourraient se retourner contre lui ! murmure-t-elle. Ils sont nombreux et armés. S’il fait la moindre gaffe, on va le payer de nos vies !
    - Tu t’angoisses pour rien !
    - Ce sont des monstres, insiste Saleha. S’il leur a dit qu’il a une fille en âge de se marier, ils voudront t’emmener !
    - Quelle différence ? Ici aussi, je souffre, répond la jeune fille. Peut-être qu’il en sortira du bon ? Moi, je veux retrouver ma liberté, ma mère, poursuit-elle. S’il faut être emmenée par un groupe armé et vivre dans la montagne quelque temps, je les suivrais avec joie !
    Saleha la gifle.
    - Tu ne sais pas ce qui risque de t’arriver si, par malheur, tu es enlevée ! Mais crois-moi, rien de bon…
    - Comment peux-tu le savoir ? Tu ne sors presque jamais, réplique la jeune fille.
    Saleha secoue la tête.
    - La guerre n’a pas commencé hier, lui rappelle-t-elle. Les fois où j’étais chez le psy, il recevait des filles et des femmes qui avaient réussi à fuir ! Elles avaient connu l’horreur. Ce qu’elles avaient raconté m’a donné la chair de poule. Je ne te souhaite pas de connaître leur sort ! Toutes regrettaient d’être en vie. Tu comprends, elles trouvaient que la mort aurait abrégé leurs souffrances.
    - Je te rappelle que je souffre. Mon père m’a privé de ma mère, d’éducation, de liberté, dit Katia en larmes en se levant. Il ne peut pas être pire qu’eux.
    - Ne dis pas ces choses ! Ce sont des monstres. Ton père ne veut pas se séparer de toi, tu ignores à quel point il t’aime !
    La jeune fille secoue la tête, refusant de la croire. Il l’aurait aimée qu’il le lui aurait prouvé autrement que par la privation. Ses cousines fréquentent encore l’école. Elles, qui ne sont pas aussi bonnes élèves qu’elle, passeront le bac. Son père l’a réduite à rien. Il ne s’en est pas rendu compte.
    Elle a bien envie de se montrer. Juste pour voir sa réaction. Pour lui rappeler qu’elle existe. Il ne lui a pas dit de se cacher. Fait-il confiance à ce groupe armé ? La sait-il en sécurité ? Pourquoi ? Parce qu’ils ignorent qu’il a une fille ? Ou bien parce qu’il collabore avec eux ?
    Est-il avec eux par conviction ou parce qu’il n’a pas le choix ? Comment savoir ?
    - Je vais leur dire bonsoir, dit-elle en se levant. Voir s’il ne leur manque rien !
    - Assieds-toi…
    Saleha écarquille les yeux en la voyant poser la main sur la poignée de la porte. Katia sourit à Lila, comme pour lui dire au revoir.

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  20. Artisans de l'ombre Dit :

    —————————————21——————————————–
    22e partie

    -Si tu l’aimes un tant soit peu, tu ne quitteras pas cette pièce, dit Saleha. Je t’en prie, reste. Ne fais pas cette folie !
    Lila se met à pleurer comme si elle pressent qu’elle allait l’abandonner. Elle court vers Katia et l’attrape par les jambes.
    - Non, non, je veux rester avec toi, dit la petite fille en secouant la tête. Je viens avec toi.
    Comme si elle avait deviné que si elle sort de la chambre maintenant, elle ne la reverra plus.
    - Retourne t’asseoir ! lui ordonne Katia.
    Mais Lila ne la lâche pas. Lorsque Saleha tente de la prendre dans ses bras, elle se débat tout en criant :
    - Tu es contente ! Maintenant, tu n’as plus à sortir pour les voir. Ce sont eux qui viendront à toi.
    Elle se tait en entendant des voix se rapprocher.
    - Vite, cache-toi.
    Katia panique en entendant les voix derrière la porte. Elle court se cacher derrière le lit. Sa belle-maman jette des couvertures sur elle et s’assoie dessus. Elle garde Lila dans les bras. Mais celle-ci pleure toujours et la frappe pour qu’elle la lâche. Elle veut rejoindre Katia sous les couvertures. Elle est trop jeune pour comprendre.
    La porte s’ouvre sur Dahmane. Il est accompagné d’un jeune aux sourcils froncés.
    - Ma femme et ma fille.
    - Pourquoi elle pleure ? demande-t-il.
    Dahmane hausse les épaules et trouve une excuse.
    - Elle est tellement gâtée qu’elle est devenue insupportable, réplique Saleha en la secouant pour qu’elle arrête de gigoter.
    - Viens, allons prendre le sel. Le repas est un peu fade, lui reproche Dahmane. Ils veulent tous rajouter du sel. Calme la petite.
    - C’est ce que je faisais.
    Le jeune a fait un pas à l’intérieur de la chambre et a jeté un coup d’œil à droite, puis à gauche avant de retourner sur ses pas. Il n’a pas d’arme sur lui, mais qui sait quelle aurait été sa réaction s’il avait découvert qu’ils ont une fille.
    Elle a bien remarqué la surprise de son mari en ne la voyant pas. Son silence est la preuve qu’il n’est plus aussi rassuré quant au sort de Katia. Lui ont-ils demandé de les renseigner sur la présence de jeunes filles dans le village ?
    Même si la ferme est isolée et qu’ils ne fréquentent pas leurs voisins qui résident à deux kilomètres de là, ce genre de renseignements, il pourrait le leur apporter.
    Saleha en est à s’interroger. Son mari a beaucoup changé. Cela ne date pas d’hier. Aurait-il été en contact avec ce groupe depuis longtemps ? Est-il devenu par la force des choses un membre actif ? Ou les “aide-t-il” parce qu’il n’a pas le choix ?
    Elle se demande si elle doit lui faire confiance. Une fois qu’ils ont tiré la porte derrière eux, elle se lève et soulève les couvertures. Katia a le visage rouge.
    - Encore un peu et j’étouffais, dit-elle. Qu’est-ce que tu as posé sur moi ? Un moment, j’ai cru que mes côtes ne supporteraient plus le poids !
    - Je n’avais pas le choix. J’ai peur pour toi, car tant qu’ils sont à la maison, tu ne seras pas en sécurité.
    - Tu crois que papa serait…
    Saleha hausse les épaules. Elle ne sait plus quoi croire…

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  21. Artisans de l'ombre Dit :

    ———————————-22————————————–

    23iéme partie

    -Il ne ferait pas nuit que je t’aurais dit de sortir par la fenêtre ! Mais tu ne pourrais pas te retrouver dans l’obscurité.
    L’idée de s’enfuir a aussi traversé l’esprit de Katia. L’inquiétude de sa belle-maman a fini par la gagner. L’envie de sortir voir les invités lui est vite passée. Saleha n’exagère pas. Ils sont dangereux. Sa peur l’en a convaincue.
    - Je me glisse sous le lit, dit-elle.
    - Non, s’ils ont idée de regarder dessous. Mets-toi derrière le double rideau. Je poserai devant les couvertures pliées.
    Lila pleure encore, mais moins fort. Katia la prend dans ses bras et la réconforte avant de lui proposer de jouer à cache-cache.
    - Tu sais compter jusqu’à dix, n’est-ce pas ?
    - Oui. Tu te caches la première ?
    Katia attend qu’elle se soit tournée vers la porte pour se cacher derrière le rideau. En deux gestes, deux mouvements, Saleha place les couvertures pliées devant pour qu’on ne voie pas ses pieds. Katia est si mince que personne ne pourrait se douter de sa présence derrière le rideau.
    Lila est encore en train de compter quand la porte s’ouvre brusquement. Deux hommes entrent et regardent dans la chambre. Effrayée, la fillette court se réfugier dans les bras de sa mère.
    - Pourquoi elle pleure encore ?
    - Je ne sais pas, répond Saleha en la serrant fort contre son cœur.
    - Pourquoi la garder dans vos bras ? Lâchez-la.
    - Katia ! Katia, crie la fillette.
    Les deux hommes échangent un regard alors que Dahmane les rejoint.
    - Qu’est-ce qu’elle a à crier ? lui demande l’un d’eux. Qui est Katia ?
    - C’est elle Katia, répond Dahmane. Depuis qu’elle est tombée du pommier, elle est devenue insupportable. Il faut toujours qu’on l’entende et qu’on la voie.
    - Dis-lui de se calmer.
    - Katia ! Katia…
    - Chut ! Katia sortira après.
    Saleha la tient toujours dans ses bras. Elle ne veut pas prendre le risque de la laisser chercher dans la pièce. Elle respire mieux lorsqu’ils quittent la chambre. Ils ne ferment pas la porte.
    Saleha voudrait la fermer, mais elle craint que cela n’éveille leur curiosité.
    - Katia, elle est où ? Où s’est-elle cachée ? lui demande Lila. Je veux la trouver. Dis-moi…
    Elle ne sait pas quoi lui répondre. Sa fille est trop excitée pour l’écouter. L’unique personne à qui elle obéit est cachée derrière le rideau. Saleha craint en le lui montrant que Lila ne se mette à crier de joie. Les terroristes reviendraient à la chambre et, cette fois, qui sait s’ils ne la fouilleront pas.
    - Lila, murmure Katia. Ne pleure pas, je suis là.
    La fillette trouve enfin la cachette de sa sœur. Elle l’y rejoint et reste derrière le rideau. Les deux terroristes sont revenus. Saleha, plus morte que vive, se demande que faire, que dire…

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  22. Artisans de l'ombre Dit :

    —————————————–23—————————————-

    24iéme partie

    -Ils vous manquent quelque chose ? ose demander Saleha tout en se levant. Si je peux vous être utile en quoi que ce soit, dites-le moi.
    Ils jettent un regard circulaire dans la pièce. Le rideau a légèrement bougé et Saleha, qui ne craint qu’ils ne découvrent Katia, décide de passer devant eux afin de détourner leur attention.
    - J’ai préparé du thé, je vais le réchauffer et le sucrer, dit-elle à Dahmane en le précédant à la cuisine. Thermo ou théière ?
    - Thermo, répond l’un des terroristes, la soulageant d’un grand poids. On l’emporte avec nous.
    - Bien, répond-elle sans les regarder.
    - Katia ! Katia !
    Elle lance un regard à sa fille, la priant de se taire. Elle en est à se demander si Lila n’est pas en train de forcer le destin. Si le groupe tarde à partir, ils la découvriront.
    - Ils… Ils vont partir maintenant ? demande-t-elle à voix basse à son mari alors que les deux terroristes sont retournés à la pièce principale.
    - Je ne sais pas. Je ne peux pas les mettre dehors, répond Dahmane.
    - Je sais, mais ne les invite pas à rester plus longtemps.
    Dahmane hoche la tête tout en prenant le thermo. Il rejoint le groupe et reste avec eux. Saleha prend sa fille par la main et l’emmène à la chambre. De force.
    Une fois dans la pièce, elle remarque que le rideau bouge parfois.
    - Cesse de bouger, murmure-t-elle à Katia, en passant tout près.
    Elle s’assoie sur le tabouret et garde pendant un moment sa fille contre elle. Lila se débat et la griffe même pour qu’elle desserre ses bras. Saleha baisse sa garde une seconde et sa fille en profite pour s’échapper. Elle court à la fenêtre et tire le double rideau. La fenêtre est ouverte. Katia n’est pas là.
    - Non, s’écrie-t-elle. Elle n’est pas sortie !
    Saleha se penche et regarde dehors. Il fait nuit noire.
    - Katia ! crie Lila. Katia !
    Mais elle ne répond pas. Saleha a beau scruter dans l’obscurité et tendre l’oreille, rien. Katia s’est enfuie.
    En se retournant, elle tombe sur son mari. Aussi pâle qu’un mort, elle lui montre la fenêtre ouverte. Dans un murmure, elle lui dit :
    - Elle est partie…
    - Où ?
    - Je ne sais pas. Je la croyais derrière le rideau, dit-elle en larmes. La petite a eu si peur qu’elle a décidé de s’enfuir. Elle n’avait pas le choix.
    Dahmane pousse un cri exaspéré :
    - Ils viennent de partir. Si elle a de la chance, ils ne la trouveront pas sur leur chemin !

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  23. Artisans de l'ombre Dit :

    —————————————25————————————–

    25e partie

    Katia ne connaîtra pas la malchance. Elle s’est à peine éloignée de la ferme qu’elle tombe nez à nez avec des militaires.
    - Que faites-vous dehors ?
    - Je me suis enfuie, répond-elle. Il y a des terroristes chez nous…
    - Vous êtes la fille de Dahmane X. ?
    - Oui. Comment le savez-vous ?
    - C’est l’unique famille qui réside dans ce coin. Votre père est avec eux ?
    - Non.
    - Ont-ils usé de la force pour entrer chez vous ?
    - Non. Mon père est rentré plus tôt et il nous a demandé de préparer le dîner pour plusieurs personnes, raconte-t-elle. Il les attendait. Mais cela ne veut pas dire qu’il est terroriste, lui aussi !
    - Est-ce que vous êtes seuls ?
    - Oui. Je vous en prie, faites attention… Ma petite sœur n’a que trois ans.
    - Ne vous inquiétez pas !
    Elle l’a dit sans conviction. On l’emmène jusqu’à un camion où elle doit rester en attendant leur retour. Le chauffeur du camion a l’air suspicieux. Les militaires, arme à la main, avancent en direction de la maison.
    Le silence règne. Ils n’auront pas à affronter le groupe armé. Ce dernier est parti depuis peu. Dahmane et Saleha manquent de s’évanouir lorsqu’ils découvrent leur présence dans la cour.
    - Dans quelle direction sont-ils allés ?
    - Je ne sais pas, répond Dahmane.
    - Il y a longtemps ?
    - Un quart d’heure. Est-ce que ma fille est avec vous ?
    On le rassure. Elle est en sécurité. Ils sont emmenés au poste le plus proche afin d’être interrogés séparément.
    La première est Katia. Elle ne leur dit rien de ce qu’elle sait déjà. Son père soutient le groupe depuis son arrivée dans la région. Ses nocturnes en sont la preuve. Elle et sa belle-maman n’y ont pas vu de mal. Tant qu’il ne passait pas ses nuits dehors.
    Leur visite à domicile les a surprises. Elles n’ont pas pu réagir. D’ailleurs, il ne les aurait pas écoutées.
    La nouvelle a vite fait le tour du village. Lorsqu’ils rentrent enfin, chez eux, ils reçoivent la famille et les amis. Kader est mort d’inquiétude. Maintenant qu’ils ont été auditionnés, le groupe armé risque de s’en prendre à eux.
    - Vous devez quitter la ferme, leur dit Kader. Venez chez moi. Vous y serez en sécurité !
    - Même ici, on l’est ! réplique Dahmane. Ils ne s’en prendront jamais à nous !
    - Comment peux-tu en être certain ?
    - On ne leur a rien fait, rappelle Dahmane, sans affronter leurs regards interrogateurs et suspicieux.
    - Oui, mais maintenant que la sécurité militaire vous a posé des questions, ils se diront que tu les as trahis ! S’ils ne vous ont rien fait autrefois, rien ne prouve qu’à leur prochaine visite, ils vous laisseront la vie sauve ! Viens quelque temps chez moi, le temps que l’on vous oublie ! insiste Kader.
    Mais Dahmane reste sourd à ses prières.
    - Toi, je ne peux pas te forcer. Mais je ne repartirai pas sans Katia.
    - J’accepte mais ce sera juste pour quelques jours, le prévient le père.
    - Le temps que cela se tasse…
    Katia bénit la visite de ce groupe armé. Elle prépare ses affaires avec le sentiment que sa vie allait prendre un nouveau sens !

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  24. Artisans de l'ombre Dit :

    ——————————————26—————————————-

    26iéme partie

    -Finalement, ce groupe aura réussi à te libérer de mon père !
    Katia sourit à son oncle avant de lui rappeler.
    - C’est juste pour quelques jours !
    - Ou quelques semaines… ou quelques mois ! Je suis heureux de t’avoir à la maison ! dit-il. Je regrettais de ne pas pouvoir en faire plus pour toi !
    - Dis que tu regrettes de ne pas avoir envoyé les lettres, ajoute la jeune fille, avant de poser la main sur son bras. Je ne t’en veux plus ! C’est oublié, c’est du passé, le rassure-t-elle.
    - Après ce que tu viens de vivre, je suis sûr que tu as envie de lui raconter, dit Kader. Si tu veux lui écrire, c’est l’occasion. Je l’enverrais le jour même…
    - Non.
    - Tu pourras même venir avec moi à la poste, propose-t-il. C’est fini les coups bas !
    - Je sais. Mais je ne serais pas là pour recevoir sa réponse.
    - Je ne te laisserai pas repartir de si tôt, promet l’oncle, très sérieux. Je trouverai bien des excuses… La ferme n’est plus un endroit vivable ! Dis-moi, ton père, il n’est pas devenu un des leur ?
    - Je ne sais pas, répond-elle. Il sortait souvent la nuit et leur apportait du café. Qu’il partage ou pas leurs opinions, je n’en sais rien ! On vit dans la même maison sans se parler, sans se voir vraiment.
    - Mon frère a beaucoup changé mais de là à passer de l’autre côté ! C’est regrettable, il met sa vie en danger et celle des siens aussi !
    - Sauf s’il est vraiment avec eux !
    - Oui mais la sécurité militaire l’aura à l’œil. Au moindre faux pas, il se retrouve en prison !
    Kader est peiné pour son frère mais il ne peut pas changer les choses. Il est soulagé d’avoir pu retirer sa nièce de ses griffes.
    Katia l’est aussi. Lorsqu’elle pense à sa petite sœur, elle pleure. Lila doit être malheureuse. Elle n’a pas compris tout de suite qu’elle partait pour longtemps. Elle allait devoir s’habituer à sa mère. Et sa mère devra s’occuper d’elle. Chose qui ne s’est jamais produite depuis sa naissance.
    La jeune fille voudrait bien les voir ensemble. Elle espère que ce rapprochement forcé par le destin se passera bien.
    Ses cousines et ses tantes l’accueillent chaleureusement. Les jours et les semaines suivantes, elle a l’impression de revivre. Elle peut s’occuper d’elle-même et elle sort souvent avec ses cousines lorsqu’elles n’ont pas cours.
    Son oncle Kader est devenu permissif et une ambiance chaleureuse règne à la maison. Katia est heureuse comme elle ne l’a pas été depuis le départ de sa mère.
    En pensant à elle, elle trouve étrange qu’elle ne lui réponde pas. Elle a envoyé trois lettres depuis qu’elle réside chez son oncle. Aucune réponse. L’idée qu’elles aient pu être détournées lui a traversé l’esprit mais son oncle a eu trop de remords pour recommencer. Elle ne s’explique pas son silence. Toutefois, elle se pose des questions.

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  25. Artisans de l'ombre Dit :

    ——————————————27-*——————————–

    27iéme partie

    -Ce n’est pas normal, pense Katia. Même si elle travaille, même si elle a refait sa vie, elle aurait pu répondre à un de mes courriers ! Lui serait-il arrivé malheur et que je l’ignorerais ?
    À cette éventualité, elle en perd le sommeil. Ses cousines mettent leur père au courant.
    - Qu’est-ce que je peux faire pour toi pour que tu ne t’angoisses plus ? C’est à cause de son silence que tu broies du noir ?
    - Pourquoi elle ne répond pas ?
    - Elle a sûrement ses raisons, répond Kader. Si elle a une nouvelle famille, elle…
    - Tu veux dire qu’elle m’a exclue de sa vie ? émet la jeune fille. Que je ne compte plus pour elle ? Mais comment savoir si je suis dans le vrai ?
    L’oncle hausse les épaules. Pensif le temps d’une minute, il lui vient à l’esprit une idée.
    - Il y a la famille de Abdelrezak qui repart à Lille, se rappelle-t-il. Si tu veux, je leur demanderai de chercher après ta mère ?
    - Oh Oui, c’est une bonne idée.
    La veille de leur départ, Kader s’en va les voir et leur demande ce service. Abdelrezak promet de lui écrire dès qu’il aura des nouvelles.
    - Si son nom figure dans l’annuaire, ce sera facile de la joindre. Les recherches risquent de prendre du temps si ce n’est pas le cas.
    Quoi qu’il en soit, Kader le remercie et rentre chez lui. Lorsqu’il apprend à sa nièce que Abdelrezak tentera de la retrouver, un petit sourire se dessine enfin sur son visage. Elle se sent beaucoup mieux.
    - Il faudra être patiente.
    - Je l’ai été durant les années passées. Quelques jours ou quelques semaines en plus, dit-elle, ce ne sont rien.
    - Espérons seulement que ton père ne va pas bouleverser nos projets ! réplique l’oncle qui tient autant qu’elle à ce qu’elle parte faire sa vie dans son pays natal.
    Elle ne mérite pas de souffrir davantage. Il souhaite pour elle que son triste sort ne la poursuive pas toute sa vie. Tout comme elle, il attend impatiemment les nouvelles. Grâce à Abdelrezak, ils seront fixés sur la raison de son silence. Mais c’est sans compter sur Dahmane. Il vient la chercher. Quelques semaines ont passé depuis qu’ils ont reçu la visite du groupe armé.
    - Il est temps que Katia rentre à la maison.
    Kader est à la boutique. Dahmane n’est pas passé le voir. Ses belles-sœurs ont beau le prier de rester déjeuner et d’attendre le retour de Kader, il refuse.
    - Ramasse tes affaires, dit-il à sa fille. Ne traîne pas.
    La jeune fille s’exécute sur-le-champ. Moins de dix minutes plus tard, elle le rejoint dans le salon, prête à partir avec lui, sans avoir pu dire au revoir à ses cousines, à son oncle…

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  26. Artisans de l'ombre Dit :

    ———————————————-28——————————–

    28iéme partie

    -Qu’y a-t-il de si urgent ? Pourquoi tiens-tu à l’emmener sans qu’elle ait pu dire au revoir à son oncle et à ses cousines ?
    - J’ai mes raisons, dit Dahmane. On doit rentrer aujourd’hui.
    - Ta femme est souffrante ? Ou est-ce Lila ? Que lui est-il arrivé ?
    - Rien.
    - Mais si le groupe est encore dans la région, n’est-ce pas risqué de la ramener à la ferme.
    Agacé, il manque de s’emporter après ses belles-sœurs.
    - Vous ne le savez pas, mais ils ont été arrêtés hier soir.
    - Tous ?
    - Pourquoi ces questions ? C’est ma fille, leur rappelle-t-il. Je tiens à ce qu’elle rentre aujourd’hui ? Allez, on y va. Dis-leur au revoir.
    Les au revoir se font en larmes. Katia retourne chez son père sans avoir pu dire au revoir à son oncle, sans savoir si l’ami Abdelrezak a pu se renseigner au sujet de sa mère.
    Elle trouve un peu de réconfort dans les bras de sa petite sœur Lila. Elle réalise à quel point elle lui a manqué. Même sa belle-maman l’accueille chaleureusement.
    - Comment ça s’est passé entre vous deux ? l’interroge-t-elle. Elle n’a pas été difficile, j’espère ?
    - Si. Elle est devenue capricieuse et un rien la faisait pleurer. Voit comme elle te regarde avec amour. Tu lui as tellement manqué.
    Lila reste pendue à son cou. Elle ne veut pas se séparer d’elle. À la cuisine, Saleha prépare du thé. Elles parlent de la nuit où ils avaient eu de la visite.
    - J’avais eu la frayeur de ma vie. Heureusement que tu as eu l’idée de t’enfuir ! J’avais peur qu’ils ne t’enlèvent ou que tu sois mariée de force à l’un d’eux ! dit Saleha. Il y a eu plus de peur que de mal.
    - Papa a dit qu’ils ont été arrêtés. Est-ce vrai ?
    - Un groupe l’a été, en effet, mais on ignore s’il s’agit du même.
    - Pourquoi m’a-t-il ramenée ? Quand il me regardait tout à l’heure, j’avais le sentiment qu’il voulait me dire quelque chose.
    - Ton sixième sens ne t’a pas trompé.
    Saleha se tait, le temps de les servir. Lila est restée tranquille et les a écoutées sans les interrompre une seule fois. Au courant de ce qu’ils projettent pour Katia, elle lui apprend la nouvelle.
    - Tu vas te marier !
    - Non ! Tais-toi. Laisse maman parler, dit Katia.
    - Avec mon oncle Mahmoud.
    - Tais-toi ! Cesse de dire des bêtises !
    Saleha semble hésiter à la mettre au courant.
    - Lila ne dit pas de bêtises, elle a entendu notre conversation.
    Katia la regarde dans les yeux.
    - Quelle conversation ?
    - Ton père a décidé de te marier à mon cousin Mahmoud.

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  27. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————————29*——————————————–
    29iéme partie

    -Non !
    Katia voit bien, à son regard, que Saleha est sérieuse. Elle est prise de nausées et court à la salle de bains où, pour se sentir mieux, elle se rafraîchit le visage avec de l’eau froide. Ses oreilles bourdonnent. Elle espère avoir mal entendu, mal compris ce que sa belle-maman lui a dit. Non, il ne peut pas être question de mariage ! Elle aura bientôt des nouvelles de sa mère et elle saura si elle viendra la chercher ou pas. Une mère ne peut abandonner son enfant. Elle reviendra pour elle. Il ne peut en être autrement.
    - Katia ? ça va ?
    La question de Saleha derrière la porte la pousse à sortir.
    - Comment voudrais-tu que ça aille ? réplique-t-elle. Tu pourrais me dire de qui vient cette idée ?
    Saleha a un sourire au coin de la bouche.
    - De ton père évidemment.
    - L’idée doit être de toi puisque c’est ton cousin, dit la jeune fille. Vous êtes pressés de vous débarrasser de moi ?
    - Non. Tu es en âge de te marier. Vu la situation sécuritaire, on a peur pour toi.
    - Vous craigniez qu’on m’enlève ? Vous auriez pu me laisser chez mon oncle en attendant que cela se calme, dit Katia. Sauf si vous avez l’intention de me marier tout de suite.
    La belle-maman hoche la tête.
    - Bien deviné, répond celle-ci. Tu comprends, on ne peut pas laisser traîner. Vous ne serez pas fiancés. Le mariage sera fêté le jour même où l’imam bénira votre union.
    - Vous êtes fous !
    - Comment oses-tu ? s’écrie Saleha. Mon cousin est quelqu’un de bien et puis, même s’il ne sera pas à ton goût, il faut bien que tu te maries.
    - Jamais ! Peut-être que ma mère viendra ? Pourquoi me gâcher la vie à tout prix ?
    - C’est ton père qui tient à te marier, réplique Saleha. Quand il rentrera, je le mettrai au courant de ton refus ! Peut-être qu’il en tiendra compte.
    Katia n’y croit pas. La mort dans l’âme, elle l’entendra de sa bouche son intention de la marier à ce cousin.
    - Maman viendra me chercher. Si je suis encore célibataire, je pourrai vite partir ! Si je suis mariée…
    - Je ne crois pas que ta mère viendra un jour, dit Dahmane. Tu dois te faire à ta destinée. Tu ne partiras pas d’ici !
    Katia en est malade. Ce soir-là, elle ne dînera pas. Sa petite sœur Lila ne parviendra pas à sécher ses larmes et à la dérider. La petite, qui espérait dormir avec elle comme avant, est bien déçue.
    - Une autre fois, lui promet-elle. Ce soir, j’ai besoin d’être seule.
    - Pourquoi ?
    - Tu ne peux pas comprendre. Plus tard…
    La jeune fille la renvoie doucement. Elle ferme la porte de leur chambre et reste dans l’obscurité. Encore indécise quant à ce qu’elle fera de sa vie…

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  28. Artisans de l'ombre Dit :

    —————————————30——————————–30 iéme partie

    -Si mon avis ne vaut rien, ma vie aussi !
    Elle ne supporte pas que son destin soit entre les mains de son père. Elle a assez souffert. Elle n’en peut plus. Qu’on la marie sans son consentement lui est intolérable. Elle ne veut pas vivre.
    Elle est remontée contre son père comme jamais. Comment échapper à son destin ? L’unique solution qui lui vient à l’esprit est d’en finir.
    - Je me suicide.
    Elle se rend à la cuisine d’où elle prend une bouteille d’eau et retourne à la chambre. Elle a pris le soin avant de vider une plaquette de somnifères et elle les avale un à un jusqu’à ce qu’il n’en reste plus.
    - Que Dieu me pardonne. On ne me laisse pas le choix.
    Elle a froid. Elle se met au lit et se couvre bien. Elle attend avec impatience l’instant où ses paupières se refermeront à jamais.
    Elle les ferme et les larmes se mettent à couler. Elle pleure sa mère qu’elle n’aura pas revue. Elle a la sensation d’être sur un nuage et quand elle tente d’ouvrir ses paupières, elle n’y parvient pas. Elle sent sa tête tourner et une douleur au ventre la plie en deux. Elle serre les dents pour ne pas crier.
    - Katia ! Katia !
    Sa belle-maman frappe à la porte depuis un moment. La jeune fille a retenu son souffle et feint de dormir.
    - Katia, Lila tient à dormir avec toi. Ouvre !
    Il ne manquerait plus que Lila mette son grain de sel.
    - Ouvre Katia !
    Katia vomit. Cette fois, Saleha tambourine plus qu’elle ne frappe. Le silence revient. Katia croit avoir gagné la partie. Elle est en train de s’en aller, elle sent sa fin toute proche.
    De l’autre côté de la porte, Saleha et Dahmane commencent à s’inquiéter de son silence. Ils trouvent le double de la clef et ouvrent.
    Katia est inconsciente.
    - Mais qu’est-ce qui lui arrive ?
    - Rassure-moi, elle est vivante ?
    - Oui, répond Dahmane. Mais qu’a-t-elle pris pour se retrouver dans cet état ?
    - Elle n’était pas bien, lui rappelle Saleha.
    - Il faut l’emmener à l’hôpital !
    Dahmane court chercher la camionnette. Il y porte ensuite sa fille. Saleha et Lila viennent aussi. Saleha tient Katia contre son épaule. Lila, assise sur ses genoux, reste muette et docile.
    Durant tout le chemin jusqu’à l’hôpital, Katia n’est pas revenue à elle. Les battements lents de son cœur angoisse sa belle-maman. Celle-ci prie pour que ce ne soit pas trop tard !

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  29. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————————31—————————————-

    31iéme partie

    Aux urgences de l’hôpital, on ne les fait pas attendre.
    - Que lui est-il arrivé ? demande le médecin.
    - Elle a tenté de se suicider !
    - Avec quoi ?
    - Je crois que ce sont des médicaments. Il y avait une bouteille d’eau près d’elle, dit Saleha. Va-t-elle s’en sortir ?
    - Nous allons faire tout notre possible, les rassure le médecin.
    Lorsqu’ils emmènent Katia au service de réanimation, elle est toujours inconsciente. Dahmane et Saleha restent dans le hall des urgences à attendre. Ils sont angoissés. Lila, rompue par les émotions, a fini par s’endormir dans les bras de sa mère.
    Près de deux heures ont passé avant que le médecin ne réapparaisse. Il ne sourit pas, mais son air serein les rassure.
    - Elle est tirée d’affaires !
    Les parents soupirent de soulagement. Ils le remercient.
    - Peut-on la voir ? Lui parler ?
    - Non, demain matin. Son acte est un cri de désespoir, dit le médecin. Essayez de discuter et de savoir pourquoi elle en est arrivée là ! Il n’y a pas mieux que le dialogue.
    - Oui, murmure Saleha en regardant son mari.
    Lorsque le médecin est retourné à son bureau pour traiter d’autres urgences, elle s’en prend doucement à lui.
    - On sait pourquoi elle a tenté d’en finir, dit-elle. Lorsqu’elle se réveillera, rassure-la ! Dis-lui que ce mariage est annulé.
    - Pourquoi ?
    - Je ne voudrais pas avoir sa mort sur la conscience.
    - Oui, tu as sans doute raison, réplique Dahmane.
    - Tu es d’accord ?
    - Je vais y réfléchir, promet-il.
    La nuit étant très avancée, ils ne rentrent pas à la ferme. Ils passent la nuit dans le hall. Ils attendent le levée du jour avec impatience.
    Ils tiennent à être là à son réveil. Il est à peine sept heures, mais il leur semble être là depuis une éternité. Lorsque le médecin passe près d’eux, Saleha lui demande où ils peuvent trouver leur fille.
    - Mais que faites-vous ici ? Je vous avais dit de rentrer.
    - On a préféré attendre ici, répond Dahmane. On veut la voir.
    - Bien. Elle est toujours en soins intensifs, répond-il. Il lui faudra quelque temps pour se remettre.
    - Elle va rester longtemps à l’hôpital ?
    - Je ne peux pas vous dire…
    Une infirmière les guide jusqu’à la salle de soins. Katia est sous oxygène. Saleha remet Lila à son père et s’approche d’elle. Elle lui touche la main et lui parle :
    - Katia, c’est nous.
    Celle-ci ouvre doucement les yeux puis détourne la tête. Ils sont les dernières personnes qu’elle voudrait voir…

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  30. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————————–32——————————————-

    32iéme partie

    -Hamdoulillah ! Tu t’en es sortie ! dit Saleha. J’ai tellement eu peur pour toi.
    Katia ferme les yeux et des larmes de colère coulent sur ses joues. Le temps d’une fraction de seconde, elle a cru qu’elle était en train de rêver. Mais elle est bel et bien vivante.
    - Je ne suis pas morte, murmure-t-elle.
    - Oui. Il serait arrivé malheur que j’aurais eu ta mort sur la conscience, poursuit la belle-maman. On a eu tellement peur pour toi. Regarde Lila, elle est sous le choc.
    Katia a envie de leur dire de partir. Elle a envie de crier sa colère, sa rage. Pourquoi ne l’ont-ils pas laissé mourir ? Elle n’en peut plus de souffrir.
    - Ton père et moi avons discuté et dans l’état dans lequel tu te trouves, je ne peux pas te demander de deviner, dit Saleha. Il n’est plus question de mariage, lui annonce-t-elle avant de se tourner vers Dahmane. N’est-ce pas ?
    Il hoche la tête sans répondre.
    - Dis-le lui, le prie-t-elle. Cela la rassurera. Elle n’a plus de raison de vouloir mourir.
    - Oui.
    La discussion est interrompue par l’entrée d’une infirmière venue lui prélever du sang. Katia a la tête qui tourne. Elle perd de nouveau connaissance.
    - Docteur ! Docteur !
    Il est demandé à la famille de quitter la salle. Le médecin de garde arrive en courant. Il prend sa tension et découvre qu’elle est très basse. Son rythme cardiaque est lent.
    - Elle est encore trop faible. Évitez lui toute visite. Elle risque de récidiver si son moral est au plus bas. Demandez à la psychologue clinicienne de passer la voir. Elle a besoin d’aide. Lorsqu’il sort de la salle de soins, il s’approche des parents.
    - Elle n’est pas en état de recevoir, leur dit-il. Revenez en fin de journée. Dahmane décide de ramener Saleha et Lila à la ferme. Une seconde fois, elle aborde le sujet de son intention de marier Katia.
    - Tu as bien compris qu’elle refuse. Qu’elle est prête à mourir que de…
    - Je sais.
    - Donc, tu vas annuler, n’est-ce pas ? demande-t-elle toujours inquiète. Il est hors de question de la pousser au suicide une nouvelle fois.
    - Si elle recommence, dit-il, qu’elle ne se rate pas !
    Dahmane s’enferme dans la salle de bains et se change. Saleha a préparé du café et lui en propose.
    - Pas le temps, répond-il. Il faut que je retourne là-bas.
    - Le médecin a dit que…
    - Je sais ce qu’il a dit, réplique Dahmane. Mais je tiens à garder un œil sur elle.
    - Tu crains qu’elle ne recommence ?
    - Non, je crains autre chose.

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  31. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————————32—————————————-

    33iéme partie

    Dahmane ne craint pas qu’elle tente de se suicider une seconde fois. Il sait qu’elle voudrait partir. Il refuse de lui donner l’occasion de s’enfuir. Il ne supporterait pas cette humiliation.
    Durant les trois jours où elle sera hospitalisée, il fera le guet à l’entrée. Katia n’est pas surprise. Elle connaît son père et son obsession à vouloir tout contrôler dans sa vie. Il ne la laissera pas se remettre tranquillement. Il faut qu’il se pointe à sa chambre toutes les heures pour s’assurer qu’elle est toujours là.
    Les rares visiteurs venus la voir sont choqués par son attitude. Kader n’hésite pas à s’en prendre à lui, à le tenir pour responsable.
    - La moindre des choses aurait été de m’attendre avant de l’emmener. La pauvre petite est à bout. Si tu continues, la prochaine fois sera la bonne.
    - Je ne suis pas responsable de ces actes.
    - Si. Pour avoir la conscience tranquille, acceptes-tu de la laisser vivre sous ma tutelle ?
    - C’est ma fille et elle ne retournera pas vivre chez toi. À partir de maintenant, elle ne sortira plus. En attendant son mariage.
    - De quel mariage tu parles ?
    - J’ai promis sa main, répond Dahmane. Dès qu’elle ira mieux, le mariage aura lieu.
    - Elle n’est pas d’accord ? C’est pour cette raison qu’elle a tenté d’en finir ?
    - C’est fort possible, réplique-t-il.
    - J’en déduis à ton attitude que tu tiens encore à la marier, dit Kader. Pourquoi ?
    - Je l’ai promise, répond son frère. Et je ne reviendrai pas sur ma décision. D’ailleurs, je ne vois pas pourquoi on en parle.
    - Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé ? l’interroge Kader. Je suis ton frère, j’ai aussi mon mot à dire.
    - Non !
    - Tu manques de respect ! Et que va penser sa belle-famille ?
    - Rien ! Laisse-nous tranquille et n’essaie pas de jouer le beau rôle. Si tu tiens vraiment à ce qu’elle ne souffre pas…
    Kader n’a pas le choix. Il connaît bien son frère et il sait qu’il ne changera point. Têtu, il ne reconnaît jamais ses erreurs. Si sa belle-sœur s’était manifestée, elle pourrait éviter à Katia de souffrir le restant de sa vie. Maintenant qu’elle est promise et qu’elle sera bientôt mariée, elle traînera son mari comme un boulet de canon.
    Il ne lui reste plus qu’à espérer que ce soit un gentil garçon qui saura prendre soin d’elle.
    - À qui l’as-tu promis ?
    - Mahmoud.
    - Le maçon ?
    - Non, l’entrepreneur, réplique Dahmane sans rire. Un maçon, ça gagne bien sa vie. Elle ne manquera de rien. Crois-moi, si elle ne fait pas la difficile, elle sera heureuse dans son mariage.
    - Ah oui !

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  32. Artisans de l'ombre Dit :

    ——————————–33iéme partie——————————

    Dahmane ne craint pas qu’elle tente de se suicider une seconde fois. Il sait qu’elle voudrait partir. Il refuse de lui donner l’occasion de s’enfuir. Il ne supporterait pas cette humiliation.
    Durant les trois jours où elle sera hospitalisée, il fera le guet à l’entrée. Katia n’est pas surprise. Elle connaît son père et son obsession à vouloir tout contrôler dans sa vie. Il ne la laissera pas se remettre tranquillement. Il faut qu’il se pointe à sa chambre toutes les heures pour s’assurer qu’elle est toujours là.
    Les rares visiteurs venus la voir sont choqués par son attitude. Kader n’hésite pas à s’en prendre à lui, à le tenir pour responsable.
    - La moindre des choses aurait été de m’attendre avant de l’emmener. La pauvre petite est à bout. Si tu continues, la prochaine fois sera la bonne.
    - Je ne suis pas responsable de ces actes.
    - Si. Pour avoir la conscience tranquille, acceptes-tu de la laisser vivre sous ma tutelle ?
    - C’est ma fille et elle ne retournera pas vivre chez toi. À partir de maintenant, elle ne sortira plus. En attendant son mariage.
    - De quel mariage tu parles ?
    - J’ai promis sa main, répond Dahmane. Dès qu’elle ira mieux, le mariage aura lieu.
    - Elle n’est pas d’accord ? C’est pour cette raison qu’elle a tenté d’en finir ?
    - C’est fort possible, réplique-t-il.
    - J’en déduis à ton attitude que tu tiens encore à la marier, dit Kader. Pourquoi ?
    - Je l’ai promise, répond son frère. Et je ne reviendrai pas sur ma décision. D’ailleurs, je ne vois pas pourquoi on en parle.
    - Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé ? l’interroge Kader. Je suis ton frère, j’ai aussi mon mot à dire.
    - Non !
    - Tu manques de respect ! Et que va penser sa belle-famille ?
    - Rien ! Laisse-nous tranquille et n’essaie pas de jouer le beau rôle. Si tu tiens vraiment à ce qu’elle ne souffre pas…
    Kader n’a pas le choix. Il connaît bien son frère et il sait qu’il ne changera point. Têtu, il ne reconnaît jamais ses erreurs. Si sa belle-sœur s’était manifestée, elle pourrait éviter à Katia de souffrir le restant de sa vie. Maintenant qu’elle est promise et qu’elle sera bientôt mariée, elle traînera son mari comme un boulet de canon.
    Il ne lui reste plus qu’à espérer que ce soit un gentil garçon qui saura prendre soin d’elle.
    - À qui l’as-tu promis ?
    - Mahmoud.
    - Le maçon ?
    - Non, l’entrepreneur, réplique Dahmane sans rire. Un maçon, ça gagne bien sa vie. Elle ne manquera de rien. Crois-moi, si elle ne fait pas la difficile, elle sera heureuse dans son mariage.
    - Ah oui !

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  33. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————————-34——————————————-

    34iéme partie

    - Katia, ma fille. Promets-moi de ne plus recommencer.
    - Je me demande pourquoi vous m’avez emmenée à l’hôpital ? réplique la jeune fille. Je n’ai pas fini de souffrir à cause de vous. Avec ce mariage arrangé, c’est plus que je ne peux supporter.
    Saleha soupire d’impuissance et se met à jurer :
    - Je te jure que l’idée n’est pas de moi. Et si ton père tenait compte de mon avis, ce mariage serait tout bonnement annulé.
    - Malgré ça, il en est toujours question.
    - Si ta mère s’était déplacée, peut-être qu’elle aurait pu convaincre ton père d’abandonner, émet la belle-maman. Crois-moi, je voudrais pouvoir t’aider et ne pas te voir souffrir, mais ton père…
    - Le mariage sera fêté ? Y aura-t-il beaucoup d’invités ? demande la jeune fille.
    - Je ne crois pas, juste les parents les plus proches.
    - Mon oncle Kader viendra ?
    - Bien sûr…
    Un mois après sa sortie d’hôpital, ce dernier vient avec sa petite famille la veille du mariage. Il n’y a aucune ambiance à la maison. Elle refuse d’entendre de la musique. Ni même d’entendre les invités la féliciter. Leur joie, elle ne la comprend pas. Tous savent qu’elle est contre ce mariage. Même Mahmoud.
    Lorsqu’elle se retrouve en face de son oncle, elle ne peut s’empêcher de lui demander. Car, au fond d’elle, elle garde espoir.
    - As-tu des nouvelles de ton ami ?
    - Oui.
    - Alors ?
    - Ta mère s’est remariée, elle a une fille. Elle a refait sa vie, dit Kader, conscient de sa souffrance et de sa déception.
    - Quand l’as-tu appris ? demande-t-elle.
    - Il y a deux jours, ment-il, alors qu’en fait, il détient l’information depuis plusieurs jours et qu’il ne savait pas comment lui apprendre la nouvelle.
    Car ce n’est pas tout. Abderezak ne s’est pas contenté de la rechercher. Il a aussi parlé à Lydie de sa fille et de sa volonté à quitter le pays. Il lui a demandé de venir au pays pour convaincre son ex-mari, mais elle a refusé.
    Katia sent, devine au fond d’elle-même qu’elle ne doit plus rien espérer de sa mère. Elle ne viendra pas l’aider.
    - Elle ne veut pas venir, n’est-ce pas ?
    Kader ouvre la bouche, mais ne dit rien. Il se contente de hocher la tête.
    - Ce mariage est peut-être ce qu’il y a de mieux pour toi, ose-t-il lui dire. Je me suis renseigné sur lui et on ne m’a dit que du bien de Mahmoud. Je crois que si tu fais un effort, tu pourras être heureuse dans ton mariage.
    Katia n’a nullement l’intention de faire un effort. Même si dans quelques heures elle se retrouvera mariée, elle est décidée à ne pas se laisser faire. Elle ne se suicidera pas. Mais d’ici là, elle trouvera bien une solution. Son père allait regretter de ne pas l’avoir écoutée…

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  34. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————35iéme partie——————————-

    La famille de Mahmoud réside à quelques kilomètres de chez eux. Le cortège composé de deux voitures et de la camionnette de Dahmane arrive vite à destination. La fête réunit la famille et les amis. Il y a de l’ambiance et tous sont heureux pour les mariés. Katia ne partage pas leur joie.
    La nuit de noces ne se passe pas comme l’aurait voulu Mahmoud. Le jeune homme est maçon et il est bien élevé. Il est charmant et très sensible. Il sait qu’elle ne veut pas se marier avec lui. Tout comme elle, il n’a pas choisi.
    Il est bouleversé en la voyant pleurer.
    - Je te promets de te rendre heureuse. Auprès de moi, tu ne connaîtras pas la peine et la déception, dit-il. Il faut me croire, je suis prêt à tout pour te rendre heureuse !
    - À tout ? demande-t-elle en levant les yeux vers lui.
    - Oui…
    - Laisse-moi partir ! le prie-t-elle.
    Mahmoud est surpris.
    - Où ?
    - N’importe où. Emmène-moi à la gare et donne-moi quelques billets !
    Le mari est choqué. Il sait qu’elle ne voulait pas se marier avec lui et que si, religieusement, ils le sont, le mariage n’a pas été encore consommé. Il avait espéré qu’en le voyant, elle changerait d’avis. Il est de nature sociable et elle lui plaît beaucoup. Il est prêt à tout pour son bonheur mais il ne peut pas accepter de la laisser partir.
    - Ce mariage est une vraie mascarade, poursuit-elle. Il vaut mieux pour nous deux ne pas nous impliquer davantage ! Laisse-moi partir.
    - Je ne peux pas !
    - Pourquoi ? Aurais-tu peur de mon père ?
    - Non, même si je te connais à peine, j’ai peur pour toi ! Je sais que tu as tenté de te suicider. Était-ce à cause de moi ?
    - Non. Tu étais seulement la goutte de trop, répond-elle franchement. Moi, je veux partir d’ici. Je ne veux pas te donner de faux espoirs. Ce mariage est voué à l’échec, autant me laisser partir !
    - Je me sens responsable ! Si je te laisse partir et qu’il t’arrive malheur, je ne me le pardonnerais pas !
    - Mets de côté ta conscience, le prie-t-elle. Donne-moi quelques billets…
    - Tu ne partiras pas !
    - Je m’enfuirai !
    - Je fermerai les portes ! Quand je m’absenterai, il y aura ma famille pour te surveiller et t’empêcher de faire cette bêtise ! dit Mahmoud. Elle se met à casser tout ce qui se trouve à portée de main.
    Les bibelots posés sur le meuble sautent en morceaux. La glace de l’armoire aussi. Katia ne trouve pas mieux que d’en saisir un éclat, prête à se couper les veines.
    - Laisse-moi partir ! crie-t-elle.
    - Jamais !
    Mahmoud crie en s’élançant vers elle, pour l’en empêcher.
    - Recule ! Sors d’ici !
    - C’est bon ! Je sors !
    Il a tellement peur qu’elle se coupe les veines qu’il sort de la chambre, oubliant que dehors, tous attendent la preuve que le mariage a été consommé.

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  35. Artisans de l'ombre Dit :

    ——————————-36iéme partie—————————-
    36iéme partie

    -Pourquoi est-il parti si vite ? Saleha est entrée la première dans la chambre nuptiale. Devant l’état de la pièce, elle conclut que cela s’est mal passé. Le lit n’a pas été touché. Les débris de verre et les bibelots en morceaux, elle ne les a pas vus tout de suite. C’est en marchant sur l’un d’eux qu’elle réalise que l’heure est grave.
    Katia se tient dans le coin de la pièce, le regard mauvais.
    - Je ne veux pas de lui dans mon lit, répond-elle. Je ne serai jamais sa femme !
    - Ton père va te tuer !
    - C’est déjà fait ! Il ne peut pas me tuer deux fois ! Il me garde au bled alors que je pourrais mener une vie tranquille ailleurs ! Il me marie au premier venu ! Soit, le mariage a eu lieu mais je vais lui empoisonner l’existence, dit la mariée. Je serais répudiée !
    - Non, tu n’oseras pas !
    - Jamais je ne resterai ici !
    - Tu as vu de tes propres yeux, Mahmoud est un gentil garçon ! Katia, je t’en prie. Mets ta rancune de côté ! Tu ne vas pas gâcher la vie de ton père mais la tienne ! C’est lui qui t’empoisonnera l’existence. Comprends-tu que tu as mal choisi ? Que tu es en train de devenir ta pire ennemie ?
    La jeune fille est trop furieuse, pour revenir en arrière. Elle a conscience qu’en étant répudiée, la vie à la ferme sera encore plus dure. Mais c’est l’unique moyen pour que son père souffre dans son amour-propre. Il n’y a pas d’autre moyen pour l’atteindre.
    - Que pourra-t-il faire de plus qu’avant ? J’ai tellement souffert que la douleur je ne la sens plus !
    - Tu exagères !
    - Je souhaite que Lila ne soit jamais démoralisée et qu’elle ne sera pas sa prochaine victime ! Sors de la chambre !
    - Sinon quoi ?
    Katia brandit le morceau de glace.
    - Si je me coupe les veines, à ton avis, j’arriverai vivante ou morte à l’hôpital ?
    - Non ! Non ! Je t’en prie !
    - Sors !
    Saleha tourne les talons et, en ouvrant la porte, elle tombe nez-à-nez avec la belle-mère Kheira. Celle-ci voudrait entrer mais elle la retient et tire la porte derrière elle.
    - Qu’est-ce qui se passe ? Mon fils n’a pas tardé. Pourquoi ?
    Saleha soupire. Elle a la tête qui tourne et ses oreilles bourdonnent.
    - Je ne sais pas. Je crois qu’elle ne se sentait pas bien !
    - Mais pourquoi mon fils est sorti ?
    - Il va revenir, dit Saleha.
    Elle retourne s’asseoir parmi les invitées. Elle espère qu’elles n’ont pas vu Mahmoud partir. Si Katia est encore suicidaire, ce mariage sera un échec. Elle la comprend mais ils sont allés trop loin. Tous regretteront ce jour. Ça va jaser au village pendant des mois.

    -Pourquoi est-il parti si vite ? Saleha est entrée la première dans la chambre nuptiale. Devant l’état de la pièce, elle conclut que cela s’est mal passé. Le lit n’a pas été touché. Les débris de verre et les bibelots en morceaux, elle ne les a pas vus tout de suite. C’est en marchant sur l’un d’eux qu’elle réalise que l’heure est grave.
    Katia se tient dans le coin de la pièce, le regard mauvais.
    - Je ne veux pas de lui dans mon lit, répond-elle. Je ne serai jamais sa femme !
    - Ton père va te tuer !
    - C’est déjà fait ! Il ne peut pas me tuer deux fois ! Il me garde au bled alors que je pourrais mener une vie tranquille ailleurs ! Il me marie au premier venu ! Soit, le mariage a eu lieu mais je vais lui empoisonner l’existence, dit la mariée. Je serais répudiée !
    - Non, tu n’oseras pas !
    - Jamais je ne resterai ici !
    - Tu as vu de tes propres yeux, Mahmoud est un gentil garçon ! Katia, je t’en prie. Mets ta rancune de côté ! Tu ne vas pas gâcher la vie de ton père mais la tienne ! C’est lui qui t’empoisonnera l’existence. Comprends-tu que tu as mal choisi ? Que tu es en train de devenir ta pire ennemie ?
    La jeune fille est trop furieuse, pour revenir en arrière. Elle a conscience qu’en étant répudiée, la vie à la ferme sera encore plus dure. Mais c’est l’unique moyen pour que son père souffre dans son amour-propre. Il n’y a pas d’autre moyen pour l’atteindre.
    - Que pourra-t-il faire de plus qu’avant ? J’ai tellement souffert que la douleur je ne la sens plus !
    - Tu exagères !
    - Je souhaite que Lila ne soit jamais démoralisée et qu’elle ne sera pas sa prochaine victime ! Sors de la chambre !
    - Sinon quoi ?
    Katia brandit le morceau de glace.
    - Si je me coupe les veines, à ton avis, j’arriverai vivante ou morte à l’hôpital ?
    - Non ! Non ! Je t’en prie !
    - Sors !
    Saleha tourne les talons et, en ouvrant la porte, elle tombe nez-à-nez avec la belle-mère Kheira. Celle-ci voudrait entrer mais elle la retient et tire la porte derrière elle.
    - Qu’est-ce qui se passe ? Mon fils n’a pas tardé. Pourquoi ?
    Saleha soupire. Elle a la tête qui tourne et ses oreilles bourdonnent.
    - Je ne sais pas. Je crois qu’elle ne se sentait pas bien !
    - Mais pourquoi mon fils est sorti ?
    - Il va revenir, dit Saleha.
    Elle retourne s’asseoir parmi les invitées. Elle espère qu’elles n’ont pas vu Mahmoud partir. Si Katia est encore suicidaire, ce mariage sera un échec. Elle la comprend mais ils sont allés trop loin. Tous regretteront ce jour. Ça va jaser au village pendant des mois.

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  36. Artisans de l'ombre Dit :

    ——————————37iéme partie——————————

    Mahmoud est entré sur la pointe des pieds dans sa chambre. La pièce est dans l’obscurité. Il n’ose pas allumer la lampe. Il sort son briquet et il manque de se brûler en regardant Katia. Elle a les yeux mi-clos. Il ignore si elle est éveillée ou endormie.
    - Katia ?
    Celle-ci se redresse brusquement.
    - Je ne voulais pas t’effrayer, lui dit-il. Tu comprends ?
    - Non. Qu’est-ce que tu viens faire ici ?
    - Je ne peux pas passer toutes les nuits chez mes copains. Et c’est ma chambre, répond-il. J’allume la lampe ?
    - Non, juste une bougie.
    Il cherche le bougeoir, enfin, ce qui en reste. Il allume la bougie qui tient étrangement debout.
    - Je peux m’asseoir ? demande-t-il.
    - Oui.
    Elle le regarde s’asseoir à ses pieds. Au fond d’elle-même, elle le respecte car il la respecte. Si la première nuit, il l’a laissée tranquille, par crainte qu’elle ne tente encore de se suicider, maintenant, il a accepté le fait qu’elle ne veuille pas être sa femme.
    - Cela fait deux semaines que tu te refuses au devoir conjugal, dit-il. Ma famille commence à s’impatienter. Les gens se posent des questions.
    - Je m’en fous de ce qui se raconte ! réplique-t-elle.
    - Toi, peut-être mais moi, cela me touche, répond Mahmoud. Je voudrais savoir. Tu ne veux pas changer ?
    - Non !
    - Cela ne peut pas durer ! s’écrie-t-il en se levant. Je n’en peux plus de dormir chez mes copains et de les prier de ne rien dire aux autres. Je rentre chez eux quand leur famille est couchée et je sors avant leur réveil. Je n’en peux plus ! Ce soir, je dors ici.
    - Pas avec moi !
    - Oui, mais je dors ici. Je me prépare un lit par terre. Peut-être qu’un jour, tu voudras le partager avec moi ?
    - Tu peux toujours espérer, réplique-t-elle. As-tu besoin d’aide ?
    - Non, je saurai me débrouiller.
    Mahmoud sort des couvertures de laine et un coussin et prépare son lit dans le coin de la pièce. Il est si épuisé qu’il s’endort aussitôt après avoir posé la tête sur son coussin.
    Katia ne parvient pas à trouver le sommeil. Elle n’a pas peur de lui. Elle sait qu’il ne tentera pas de s’imposer dans son lit par la force. Ce n’est pas dans sa nature. Elle commence à bien le connaître. Il est adorable. Peut-être qu’elle pourrait être heureuse avec lui ? Mais elle est têtue. Si elle reste, elle ne pourra pas contrarier son père.
    Elle en est obsédée. Elle veut qu’il souffre. Ne serait-ce qu’un peu. Tant pis pour elle. Elle a conscience de faire le mauvais choix…

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  37. Artisans de l'ombre Dit :

    ———————————38iéme partie———————

    -S Soit tu partages sa couche, soit tu prends tes affaires et tu pars d’ici !
    Kheira et le reste de la famille commencent à s’impatienter. Elle ne supporte plus la présence de Katia. Le fait que celle-ci s’isole dans la chambre et n’accepte de manger qu’après maintes prières l’inquiète. Tous sont au courant de sa tentative de suicide ratée et ils craignent qu’en restant seule, qu’en refusant toute communication avec eux, elle ne pense à recommencer. Cela fait un mois que Kheira attend que le problème se résout et vu l’évolution des choses, elle sent que si elle ne force pas la main, dans un mois, le problème sera toujours le même.
    - Je ne serai jamais sa femme !
    - Alors que fais-tu ici ? Pourquoi as-tu accepté ce mariage ?
    - Je n’ai pas accepté, répond la jeune fille. Mon père n’a pas voulu m’écouter.
    - Maintenant que tu es là et que tu connais mon fils, tu n’as pas envie d’être sa femme ?
    - Si, mais c’est sans espoir pour nous deux, dit-elle. Je retournerai chez mon père.
    - Puisque tu en as l’intention, fais le maintenant. Je ne veux plus de toi ici. Je croyais que tu deviendrais raisonnable, mais puisque c’est ainsi, bara ! Retourne d’où tu viens.
    Katia ne finit pas la journée dans ce qui était sa nouvelle demeure. Elle espère voir Mahmoud avant son départ, mais ce dernier, comme à son habitude, ne rentre pas avant la tombée de la nuit.
    Le temps de ramasser ses affaires, elle est raccompagnée par ses beaux-parents chez elle. Dahmane manque de s’étouffer de colère quand ils lui apprennent qu’ils annuleront le mariage.
    - Pourquoi ? Qu’est-ce qu’elle a fait ? interroge-t-il Katia.
    - C’est tout le problème, réplique Kheira. Elle a manqué à tous ses devoirs. Elle ne veut rien faire.
    - Ah bon !
    Katia, qui se tient en face de lui, reçoit une gifle qui l’assourdit.
    - Voilà comment régler le problème. Un coup et tout rentrera dans l’ordre ! affirme-t-il.
    - Elle n’a aucun respect, aucune considération pour son mari, poursuit la belle-mère. Un chien serait mieux traité. On a décidé qu’annuler le mariage est ce qu’il y a de mieux pour nos familles. Elle doit être rééduquée.
    - Je suis sûr qu’elle peut se rattraper, dit Dahmane. N’est-ce pas ? demande-t-il à Katia.
    Celle-ci, les lèvres pincées, détourne les yeux.
    - Elle va se corriger !
    Les beaux-parents voient bien qu’elle refuse. Ils se lèvent prêts à partir. Dahmane veut les retenir, mais ils insistent. Ils n’ont plus rien à faire ici. Ils regrettent d’avoir investi toutes leurs économies pour marier leur fils. Ils auraient dû se méfier d’elle. Ils n’auraient pas dû prendre une belle-fille suicidaire.
    - Il ne faut pas lui mettre la pression, conseillent-ils à Dahmane. On ne voudrait pas avoir sa mort sur la conscience.
    Ils partent. Dahmane a le visage des mauvais jours. Saleha, qui s’est tenue en retrait, craint le pire. Elle ne veut pas qu’il fasse du mal à Katia.

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  38. Artisans de l'ombre Dit :

    ——————————–39——————————————
    -Laisse-la ! Elle a toute la vie pour avoir des regrets, dit-elle à son mari qui a envie de lui donner une correction dont elle se souviendra toute sa vie. Je t’en prie, calme toi !
    Dahmane serre les poings. Il se tourne vers elle, prêt à la frapper elle aussi.
    - Tu te rends compte, elle est répudiée ! Elle va divorcer ! Je vais l’avoir sur le dos jusqu’à mon dernier soupir !
    - Tu savais qu’elle ne voulait pas se marier, ose-t-elle lui répondre.
    - Tu l’excuses ma parole !
    - Je veux seulement t’ouvrir les yeux sur la réalité. Si je peux t’empêcher de commettre un crime, poursuit-elle. Je refuse de te laisser faire et de voir notre famille souffrir. Pense à Lila. Je ne veux pas qu’elle aille voir son père en prison.
    Dahmane crie et soulève la table. Tout ce qu’il y a dessus s’écrase au sol. Lila se met à pleurer. Elle court dans les bras de Katia. Celle-ci la serre dans ses bras comme d’un bouclier. Même aveuglé par la colère, il ne s’en prendra pas à elles.
    - Dahmane ! Non !
    Il sort de la pièce. Saleha a eu la frayeur de sa vie. Le temps d’une seconde, elle a cru qu’il frapperait Katia même si leur fille s’accrochait à elle.
    - Par ta faute, tu aurais pu plonger la famille dans le malheur, lui dit-elle en lui prenant Lila des bras. Mais qu’as-tu dans la tête ?
    - Rien. Personne n’a tenu compte de mon refus, répond Katia. Si j’en suis là, c’est de sa faute.
    - Tu vas divorcer et subir sa colère, sa rancune. Satisfaite ? Tu gâches ta vie et celle de ta famille.
    - Non, c’est uniquement ma vie, rétorque la jeune fille. Tout cela est entièrement la faute de papa. S’il n’était pas aussi têtu, peut-être qu’il le reconnaîtrait.
    - Vous avez le même caractère. C’est pourquoi vous êtes tout le temps en conflit.
    - Conflit ou pas, je ne le laisserai plus décider pour moi.
    Pendant les semaines suivant son retour, la tension est palpable. Elle évite son père et attend que sa colère soit passée. Elle sait que son retour lui est resté en travers de la gorge. Elle attend qu’il l’ait digéré. Elle a cherché après ses papiers et elle a découvert qu’il les cache. Elle n’a pas de pièce d’identité. Depuis qu’elle pense à prendre sa vie en main, elle est plus sereine, plus calme.
    - À quoi tu penses ? lui demande sa petite sœur.
    - À toi. C’est bientôt la rentrée des classes, répond-elle. Je pense à te coudre une robe.
    - C’est vrai ?
    - Oui.
    En fait, elle a une autre idée en tête. Mais elle doit patienter avant de pouvoir la réaliser. Elle doit attendre le bon moment…

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  39. Artisans de l'ombre Dit :

    —————————41iéme partie————————

    Katia ignore qui lui a parlé de ce travail. Quel qu’il soit, elle ne comprend pas pourquoi son père tient tant à la garder à la maison. Elle a toujours rêvé de sortir et maintenant qu’elle sait que même s’ils résident au village, sa situation restera la même, elle repense à partir. Elle y a pensé pendant des mois. Ce sera plus facile puisqu’ils habitent à une centaine de mètres des arrêts de bus. Elle connaît les horaires. L’un d’eux démarre à midi, heure de pointe. Elle pourra se mêler aux passants et aux lycéens qui rentrent déjeuner chez eux. Elle est si furieuse après lui qu’elle ne dort pas de toute la nuit.
    Le lendemain matin, elle est levée la première et elle prend quelques billets de la caisse de son père. Elle prépare le petit-déjeuner après avoir réveillé Lila pour l’aider à réviser une récitation.
    - À l’école, ne te laisse pas faire, lui conseille-t-elle. Bats toi-même… Est-ce que tu comprends ?
    - Mais s’il est plus grand ?
    - Oui, sa taille ne doit pas t’impressionner.
    Lila est surprise.
    - Mais s’il me fait mal ?
    - Tu te seras battue et les autres auront peur de s’en prendre à toi.
    Saleha et Dahmane les rejoignent à la cuisine. Katia voit bien qu’ils sont fâchés. Ils prennent leur café en silence. Elle devine que Saleha a encore tenté de discuter avec lui de la proposition de travail. Mais qu’il demeure sourd.
    Exaspérée, elle retourne à la chambre. Comme d’habitude, c’est son père qui emmène Lila à l’école. Il revient ensuite charger les fruits et les légumes dans sa camionnette. Il se rend au village voisin. Il est près de dix heures. Katia connaît son emploi du temps.
    Il y restera jusqu’à deux heures avant de revenir vendre ce qui restait dans leur quartier. Tous les jours, il fait une pause, le temps de chercher Lila et de la ramener à la maison.
    Katia met son argent dans la poche de son sac. Elle est en train de préparer ses affaires quand sa belle-maman entre.
    - Qu’est-ce que tu fais ? lui demande-t-elle.
    - Je range mes affaires, répond-elle.
    - Pourquoi dans un sac ?
    - Je les prends avec moi. Je pars ! Inutile de me demander où, je l’ignore encore.
    Saleha secoue la tête.
    - Tu es au courant ?
    - Oui. Je n’en peux plus de le supporter. Il me gâche la vie. Je pars. Tu ne pourras pas m’en empêcher.
    - Je te comprends. Je ne te retiendrai pas.
    - Embrasse fort Lila ! Dis-lui combien je l’aime.
    À midi moins cinq, elle descend et attend le passage du car. Elle s’installe à l’arrière, gardant la tête baissée pour ne pas être reconnue…

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  40. Artisans de l'ombre Dit :

    ———————————40iéme partie————————-

    Le temps lui paraît long. Elle a beau voir l’aiguille de la pendule tourner, les jours passés, son impatience l’empêche de dormir. Pourtant, la rentrée scolaire pointe son nez. Dahmane a emmené Lila et lui a acheté tout un trousseau scolaire. Lila est folle de joie. Chaque matin, elle se prépare comme si c’était le grand jour. C’est la rentrée avant l’heure.
    Saleha est tout fière d’elle. Elle ne peut s’empêcher d’être reconnaissante envers Katia. Elle a tant appris à Lila qu’elle épatera certainement sa maîtresse par son savoir.
    - Je n’oublierai jamais ce que tu as fait pour elle, lui dit-elle. Dommage que tu n’aies pas pu finir tes études.
    - Oui. Arrange-toi pour que Lila ne connaisse pas le même sort.
    - Je me battrai pour qu’elle aille loin dans ses études, promet-elle. Mais l’école est loin du village. Je n’ai pas le cœur à la laisser chez son oncle. Si Dahmane m’écoutait, on vendrait la ferme et on irait s’installer ailleurs. On est coupés du monde.
    - Dis-lui toujours. Peut-être qu’il t’écoutera.
    Toutes deux sont surprises quand il accepte. Elles se sont attendues à ce qu’il le prenne mal vu son renfermement depuis des années. La ferme étant à la famille, il consulte son frère Kader. Ce dernier veut bien la vendre. Elle est isolée et vue la situation sécuritaire inquiétante, personne n’oserait s’aventurer à y vivre.
    - Ce sera un miracle si tu trouves acheteur !
    Pourtant, une famille très riche dans la région leur fait une proposition intéressante. Kader et Dahmane ne les font pas attendre. Tous deux savent que les clients ne vont pas se bousculer. D’ailleurs, cette famille ne va pas y vivre, mais y loger des employés qui élèveront des bovins. Ils pourront y vivre avec leurs familles.
    Dahmane vend aussi son troupeau de moutons. Il est décidé à vivre au village. Il achète un appartement à un particulier et sans même refaire des travaux, ils y emménagent.
    Katia est folle de joie. Elle a l’impression de rêver. Ils résident au village, à une centaine de mètres de chez son oncle. À force de recevoir ses nièces, son père finira par l’autoriser à leur rendre visite quand elle voudra. Sa situation est en train de s’améliorer.
    Dahmane ne cherche pas du travail. Il est trop vieux pour cela. Mais pour ne pas mettre la main sur les économies, il décide de devenir commerçant ambulant en fruits et légumes. Cela l’occupe et permet de voir du monde.
    Un jour, Kader passe lui dire bonjour. En fait, il est venu lui parler de Katia.
    - Le lycée recrute des surveillants. Le responsable m’a demandé si on serait intéressé, dit-il. Je pense que Katia…
    - Non, non, elle n’a pas besoin de travailler. Je t’assure, elle ne manque de rien.
    - Je sais, mais puisqu’elle se tourne les pouces, autant qu’elle se rende utile et ramène de l’argent à la maison, insiste Kader, qui a cru que son frère allait changer en voyant que les mentalités ne sont plus comme avant.
    Mais Dahmane refuse. Il ne veut pas que Katia sorte.
    Lorsqu’il met Saleha au courant, celle-ci ne comprend pas son refus.
    - Un jour, tu ne seras plus là pour assurer, dit-elle. Laisse-la travailler. Il n’y a rien de déshonorant.
    - De quoi tu te mêles ? Ce n’est pas ta fille !
    - Raison de plus, rétorque-t-elle. Tous vont croire que je suis contre le travail uniquement pour qu’elle soit à ma merci. Regarde autour de toi, elles sont nombreuses à travailler.
    Mais ce ne sont pas des arguments qui le pousseront à revoir la question. Katia, depuis le couloir, a tout entendu. Elle est furieuse après son père. De nouveau, elle est prise par l’envie de partir…

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  41. Artisans de l'ombre Dit :

    ——————————-42iéme partie—————————

    LA FUGUE…
    Katia garde la tête baissée pour ne pas être reconnue. Elle feint de regarder vers l’extérieur. Elle attend que le chauffeur redémarre pour lever la tête. Elle peut enfin respirer.
    Elle croise le regard du receveur qui semble tenter de mettre un nom à son visage comme s’il l’avait déjà vue.
    -Bonjour, lui dit-il.
    -Bonjour…
    -Vous partez où ?
    -À Sétif, répond-elle.
    -Voir de la famille ? demande-t-il.
    -Oui, répond-elle en détournant le regard.
    -Vous êtes du village ?
    Katia s’efforce à sourire.
    -Je l’aurais été que vous m’auriez reconnue, réplique-t-elle. On arrive à quelle heure à Sétif ?
    -Dans trois heures…
    Elle fait le calcul mental. Au milieu de l’après-midi. Elle aura ainsi le temps de se trouver où passer la nuit.
    -Votre ticket, dit le receveur.
    Elle le saisit en le remerciant d’un sourire. Elle prie pour qu’il ne revienne pas discuter avec elle. Manque de chance, la place près d’elle est libre et une fois qu’il a fini d’encaisser, il vient s’asseoir. Il y a d’autres places libres mais c’est celle-là qu’il a choisie.
    Elle feint de somnoler uniquement pour ne pas discuter avec lui. Mais ce dernier piqué par la curiosité, tient à en savoir plus. Elle se demande au fond d’elle-même s’il ne l’a pas reconnue. Comment savoir ?
    -Vous ne vous sentez pas bien ?
    -Oui, j’ai mal au cœur…
    -Un verre d’eau ? propose-t-il.
    -Oui.
    Il va lui apporter une petite bouteille d’eau minérale.
    -Merci, murmure-t-elle.
    Elle détourne la tête, espérant qu’il la laisserait tranquille mais il n’en est rien. En fait, le receveur est physionomiste. Il a la mémoire des visages. Il vient de se rappeler où il l’a vue.
    -Vous ne seriez pas l’ex-épouse de mon cousin Mahmoud ? demande-t-il.
    Une question qui lui donne l’effet de recevoir un coup de poignard, dans le cœur.
    -Je ne me suis jamais mariée, répond-elle. Vous faites erreur…
    Le receveur fronce les sourcils.
    -Je ne crois pas, réplique-t-il. Votre beauté est différente des filles du village… Vous êtes la fille de la française et du vieux grincheux !
    -Je ne voie pas de qui vous parlez ! Je ne les connais pas !
    -Prouvez moi que je me trompe ! Montrez-moi votre pièce d’identité !
    -Et puis quoi encore ! rétorque-t-elle en élevant la voix. Vous ne pouvez pas me laisser tranquille ! Où est-ce une de vos habitudes, de harceler les jeunes filles qui voyagent seules ?
    Des voyageurs se tournent. Mal à l’aise, le receveur se lève et va discuter avec le chauffeur. Il ne laisse pas le choix à Katia. Elle doit improviser…

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  42. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————————–43iéme partie————————–

    Le prochain arrêt est encore loin ? demande-t-elle au passager assis devant elle.
    - Une dizaine de kilomètres… Vous ne connaissez pas la région ? l’interroge-t-il. C’est la première fois que vous sortez ?
    -Non.
    Elle regarde le paysage défiler. Elle n’a qu’une envie : descendre de ce car et partir loin. Maintenant que le receveur l’a reconnue, elle sait qu’il se dépêchera de le crier au village.
    Son père allait savoir quelle destination elle a prise. Elle l’imagine abandonner son commerce et la famille, pour partir à sa recherche. Il la ramènerait à la maison.
    Elle ne veut pas y retourner. Perdue dans ses pensées, elle ne voie pas le receveur revenir s’asseoir près d’elle. Elle sursaute lorsqu’il s’adresse à elle.
    -Tu ferais mieux de rentrer, lui conseille-t-il. Je sais que tu es en train de fuguer mais ce n’est pas une solution !
    -De quoi je me mêle ?
    -J’aurais la conscience tranquille, réplique-t-il. Si j’apprends qu’il t’est arrivé malheur, je m’en voudrais !
    -Tu n’es pas un ami ni un cousin ! Tu peux être tranquille, il ne m’arrivera rien…
    -Oui, mais débarquer dans une ville qu’on ne connaît pas, c’est dangereux ! insiste-t-il. Si tu m’écoutais, tu rentrerais avec nous…
    -Non. Je ne suis pas prête de retourner là-bas, réplique-t-elle, avouant sans le vouloir qu’elle a fugué.
    -Est-ce à cause de ton divorce ? est il vrai que… les rumeurs qui ont couru, elles sont vraies ?
    -Quelles rumeurs ?
    -Pourquoi avez-vous divorcé ? Qu’est-ce qui n’allait pas ? demande-t-il. Mahmoud est un garçon bien…
    -Est-ce lui qui est à l’origine des rumeurs ?
    -Non… Il a passé trois ou quatre nuits, chez moi mais il n’a jamais dit du mal de toi, répond-il. Pourquoi l’as-tu chassé ? Il ne te plaisait pas ?
    -C’est un garçon charmant et plein de bonnes manières, dit-elle. Mais c’est entièrement de ma faute si notre mariage a échoué !
    -Est il vrai que vous avez fait chambre à part ?
    -Oui. Il a été patient…
    -Ce sont ses parents qui t’ont mis à la porte, dit-il. Mahmoud a piqué une de ces colères… Il espérait que cela pourrait s’arranger avec le temps !
    -Il aurait seulement perdu son temps…
    -Pourquoi ? Aurais-tu une tare ?
    -Une tare ? reprend elle.
    -Oui, insiste-t-il. Tu as un handicap ? C’est quoi ton problème ?
    -Je n’en ai aucun. Enfin, toute ma vie est un problème ! Pour te raconter, il en faudrait du temps… Mais moi…
    -Arrêt chauffeur ! s’écrie un passager, craignant qu’il ne continue son chemin. Je descends ici !
    -Moi aussi…
    Le receveur a beau la prier d’être raisonnable, elle refuse de l’écouter davantage. Elle descend du car et avance droit devant elle, même si elle a conscience qu’elle est en train de s’aventurer et que cela peut s’avérer dangereux, pour elle…

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  43. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————-44iéme partie——————————–

    -Avez vous besoin d’aide ?
    Katia sursaute. Le passager descendu avant elle, la regarde bizarrement.
    -Vous vous rendez où ?
    -Pourquoi ?
    -Je peux vous aider, insiste-t-il. Je sais que vous n’êtes pas de la région.
    Katia soupire tout en regardant autour d’elle. Il n’y a ni taxi ni aucun autre transport de voyageurs. Elle est persuadée qu’un autre car se rendant à Sétif finira par passer. Ce sera trop bête qu’elle se soit décidée à descendre dans un village où il n’y a pas de transport.
    -Je n’ai pas besoin d’aide, répond-elle.
    Elle décide d’attendre à l’arrêt, tournant le dos au jeune homme.
    -Il y a un hôtel de l’autre côté du village, dit-il. Au cas où vous serez encore là, en fin de journée !
    -Dites-moi, y a-t-il des transports long trajet sur Sétif ou Bordj Bou-Arréridj ?
    -Si, mais j’ignore à quelle heure !
    -Merci.
    Katia reste à l’ombre de l’abribus. L’inconnu finit par s’éloigner et disparaître de sa vue. Des gens passent près d’elle, vaquant à leurs occupations. À quatre heures lorsque retentit la sonnerie d’une école, annonçant la fin des cours, elle s’inquiète.
    Le temps file et les rares transports de voyageurs qui font arrêt, retournent là d’où elle est partie. Elle n’a pas envie de rentrer chez elle. Elle pense à son père, à sa colère quand il découvrira qu’elle a fugué. Elle voudrait se trouver le plus loin possible. Il risque de la rattraper.
    -Bonsoir, dit une dame d’un âge mûr. Ce qu’il fait chaud ! ajoute-t-elle pour engager la conversation.
    -Oui, on ne se croirait pas en automne, répond Katia. Quelle heure est-il ?
    -Quatre heures vingt, répond la dame après avoir consulté sa montre. Il y a longtemps que vous attendez ?
    -Oui. Est-ce ainsi tous les jours ?
    -Oui, les fourgons ne démarrent qu’une fois pleins, réplique l’inconnue. Ils ne devraient pas tarder, c’est l’heure de pointe. Vous n’êtes pas d’ici ? Je ne me souviens pas vous avoir vue.
    Katia sourit. Il ne manquerait plus que celle-ci se souvienne d’elle.
    -Voilà un taxi ! s’écrie-t-elle sans attendre.
    Ce dernier s’arrête à leur hauteur. La dame monte la première. Katia s’apprête à monter lorsqu’elle aperçoit la camionnette de son père venir, en sens inverse. Elle est si effrayée qu’elle ne monte pas. Elle court en sens inverse et se fond parmi les passants. Elle ne se retourne pas, elle ne veut pas qu’il la reconnaisse. Les vêtements qu’elle porte, il ne les a jamais vus. Son oncle les lui avait offerts.
    Au risque de se perdre, elle s’aventure dans un vieux quartier. Sa démarche mal assurée attire les regards. Elle ne s’en rend pas compte. Elle n’ose pas se retourner, craignant que son père soit sur ses traces…

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  44. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————-45iéme partie——————————-

    Katia ne tient pas à retourner chez son père. Elle préfère s’aventurer que de retourner là-bas. Elle va d’une ruelle à une autre. Elle manque d’avoir un arrêt cardiaque lorsqu’une camionnette surgit de nulle part. Le temps d’un instant, elle a cru que c’est son père.
    - Regardez où vous mettez les pieds ! lui crie le conducteur.
    Katia la main sur le cœur attend qu’il passe pour continuer son chemin. Elle pénètre dans une ruelle étroite menant à un bidonville. Elle passe devant des portes en zinc. L’une d’elle ouverte laisse voir un tonneau plein d’eau. Une autre sur une poubelle. Des chats sont en train de crever les sachets. Des enfants jouent dehors, sur le pas de leur maison. Katia leur sourit. Ils sont si insouciants. Comme elle aimerait retourner en enfance. Elle était alors si heureuse. Son père et sa mère étaient unis et personne n’aurait pu prévoir qu’ils se sépareraient un jour. Encore aujourd’hui, elle se demande s’il avait prémédité leur retour définitif. Que serait-elle devenue si elle n’avait pas eu la chance d’être confiée à sa mère ?
    Encore une personne qui l’a déçue et trahie en un sens. Elle n’a pas tenu parole. Les choses auraient été différentes. Elle ne serait pas en train de fuir, de partir à l’aventure…
    - Voilà où j’en suis, à cause de lui !
    En entendant le vrombissement d’un moteur derrière elle, elle ne peut s’empêcher de presser le pas. Elle marche au hasard, tournant à gauche puis à droite. Au point de se retrouver devant une impasse.
    Elle veut rebrousser chemin lorsqu’elle entend deux hommes se quereller. Elle se cache derrière un tas de cagots pleins de débris de bouteilles. Elle réalise qu’il y a un petit bar. L’odeur de la bière l’indispose. Elle est prise d’une envie de vomir. Katia oublie sa peur. Elle s’est levée pour vomir.
    - Mais d’où elle sort celle-là ? demande l’un deux.
    Alors qu’elle se redresse pour reprendre son souffle, elle se sent attirée par des mains violentes qui la plaquent contre le mur.
    Son sac lui est arraché. Elle tente de s’arracher aux mains qui lui écrasent le visage contre le mur.
    - Qu’est-ce que tu fais là ?
    - Je passais… Lâchez moi ! le prie-t-elle alors qu’il se met à la fouiller.
    - Tourne-toi !
    Elle est de nouveau plaquée contre le mur mais cette fois, elle leur fait face. Ils puent l’alcool. Ils sont ivres. Elle a peur.
    Tout en regardant l’autre fouiller son sac, elle pense comment s’enfuir. Pour peu, elle regretterait que son père ne l’ait pas rattrapée.
    - Tu es belle ! dit il. Peut-être que tu cherches de la compagnie ?
    La pensée qu’il puisse abuser d’elle lui donne une force qu’elle n’aurait pu imaginer posséder. Elle le repousse violemment et se met à courir. Elle a conscience que sa survie ne dépend que de la rapidité de ses jambes. Elle n’a pas besoin de se retourner pour voir s’il la suit. Elle l’entend jurer derrière elle et la menacer.

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  45. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————————46—————————

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  46. Artisans de l'ombre Dit :

    ——————————47iéme partie————————–

    Le vendeur a froncé les sourcils en devinant son intention. Le vieil homme ne peut pas la laisser faire. Il intervient, conscient de se mêler de ce qui ne le regarde pas.
    - Une fille de bonne famille ne fait pas l’autostop, dit-il. Demain matin, il y a des taxis qui se rendent à Annaba. Pourquoi partir en autostop avec tous les risques que vous
    courrez ?
    - Il ne peut rien m’arriver, répond-elle.
    - La nuit va bientôt tomber, insiste-t-il. Les nuits sont longues et votre voyage aussi.
    - Je sais, mais je n’ai pas le choix, réplique-t-elle. Il n’y a pas d’hôtel ici !
    - Ma femme est vieille et souffrante, dit-il. Je ne peux pas me permettre de lui amener une invitée. Mais je peux vous envoyer chez ma sœur.
    - Elle…
    - Non, non, lui affirme-t-il. Cela ne lui posera pas de problèmes. Elle habite juste à côté.
    - Non, je…
    Comme si celle-ci est envoyée par Dieu. La sœur entre Katia et elle se reconnaissent tout de suite.
    - Mais c’est toi que j’ai vu tout à l’heure ! s’écrie la dame.
    - Oui.
    - Quelle mouche t’a piquée tout à l’heure ? lui demande-t-elle. Pourquoi es-tu partie en courant ?
    - Elle avait certainement une bonne raison, dit le vendeur. J’ai eu la bonne idée de l’inviter chez toi. J’ignorais alors que vous vous êtes déjà vues.
    - En effet, le destin me surprend encore une nouvelle fois, répond la dame. Tu as bien fait de l’inviter chez moi. Tu es la bienvenue.
    Katia la remercie. Elle hésite à la suivre même si, dans le fond, elle reconnaît que le vieil homme n’a pas tort. Elle prendrait de gros risques à voyager de nuit.
    Voyant son hésitation, la dame la saisit par le bras.
    - J’insiste pour que tu viennes, lui dit-elle. Cela me fera un peu de compagnie.
    - Votre mari…
    - Il est vieux et il se couche très tôt. Il prend des calmants pour les douleurs de ses jambes. Il dort comme un bébé. Jusqu’au matin. L’effet secondaire du calmant, poursuit-elle, en lui tendant un sachet que son frère lui a remis. Tu veux bien m’aider ?
    Katia le saisit et accepte de la suivre.
    - Votre mari ne va pas poser de questions ?
    - Mon mari Oualid n’est pas de nature curieux, la rassure-t-elle. S’il demande qui tu es, je lui dirai que tu es la fille d’une collègue. J’ai l’habitude d’amener des lycéennes chez moi. Moi, c’est Aïcha. Comment t’appelles-tu ?
    - Katia, répond-elle. Demain, je partirai à l’aube.
    - Je ne pourrai pas te retenir de force. Mais, dis-moi, pourquoi tu traînes de village en village ?
    Le visage de la jeune fille se ferme subitement. Aïcha sourit.
    - Tu n’es pas obligée de répondre, lui dit-elle. Je t’invite à passer la nuit, c’est tout. Sauf si tu veux me raconter…
    Mais Katia n’en a pas l’intention. Si elle a accepté de la suivre, c’est uniquement pour s’éviter d’autres ennuis. Elle en a assez ainsi…

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  47. Artisans de l'ombre Dit :

    ——————49iéme partie—————————

    - Pourquoi es-tu si triste ? l’interroge Aïcha. Je peux savoir à quoi tu penses ?
    - À rien en particulier. Il y a bien des cars longs trajets qui passent par ici ?
    - Des taxis. Où as-tu l’intention d’aller ?
    - À Annaba. Il est impératif que je m’y rende, dit la jeune fille.
    - Pour y voir de la famille ? Pour trouver du travail ?
    Katia ne répond pas aux questions. Elle ne veut pas lui en dire plus. Le destin l’a menée à elle. Son aide, elle l’apprécie à sa juste valeur. Elle lui a offert le gîte et le couvert. Et même si elle le veut, elle ne pourra pas l’aider autrement. Ses problèmes, c’est à elle de les résoudre. Personne ne peut le faire à sa place.
    - À chaque problème sa solution, lui dit-elle. Tu finiras par les trouver.
    - Inch’Allah !
    Après un copieux goûter, elle l’aide à faire la vaisselle. Elle change de sujet.
    - Tu es plus jeune que ton mari. Vous n’avez pas d’enfant ?
    - Non, non. Je me suis mariée il y a cinq ans. Je n’étais plus en âge d’en avoir, répond Aïcha. J’étais vieille fille et lui venait de perdre sa femme. Ses enfants sont grands, mariés et parents.
    - Vous vous entendez bien avec eux ?
    - Oui. Mais, dis-moi, tes parents doivent être fous d’inquiétude, dit Aïcha. Si je comprends bien, tu as fugué. Pourquoi ?
    - C’est trop long à raconter, réplique la jeune fille, avant de bâiller. Je suis épuisée.
    - Tu ne voudrais pas regarder la télé avec nous ? propose-t-elle. Une fille de ton âge ne dort pas à neuf heures.
    - Si, je suis morte de fatigue. Je voudrais dormir.
    - Bien. Tu dormiras dans la chambre d’amis. À quelle heure partiras-tu ?
    - Sept heures.
    - Je te réveillerai à six heures et demie.
    Aïcha lui donne des draps et un coussin. Une fois installée, elle lui apporte une veilleuse qu’elle pose sur la table de chevet.
    Katia la remercie. En fait, si elle a refusé de regarder la télé, c’est pour éviter son mari. Il est curieux et persuadé de ne pas se tromper, elle craignait d’en dire trop. Elle ne dort pas. Elle ne parvient pas à fermer l’œil. En plus du fait d’être ailleurs que dans son lit, elle est inquiète. Elle ignore de quoi sera fait le lendemain. Si elle aura autant de chance qu’aujourd’hui.
    Elle a pu s’enfuir, se tirer des mains de son agresseur et elle se retrouve chez Aïcha.
    Elle sait que la chance ne lui sourira pas toujours. Elle quitte son lit, et comme elle a soif, elle sort doucement de la chambre. Le couple est encore devant la télé et ils parlent d’elle. Lorsqu’elle entend Aïcha lui raconter qu’elle a des problèmes et, qu’en réalité, elle n’est pas une collègue, elle retourne à sa chambre. Elle remet ses vêtements et se glisse entre les draps. Elle est indécise. Doit-elle partir maintenant ou attendre le matin ? La voix de la raison lui souffle de rester. Mais la tentation est grande…

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  48. Artisans de l'ombre Dit :

    ———————-50iéme partie—————————-

    Elle ne dort pas lorsque le vieux et sa femme entrent dans la chambre silencieusement.
    - Tu vois, elle dort, dit Aïcha. La petite était morte de fatigue. Ce ne peut pas être une voleuse, une criminelle. Regarde-la, on dirait un ange.
    - Les anges ne traînent pas de village en village, réplique-t-il. Il ne faut pas se fier aux apparences.
    - Je sais, mais je reste avec mon sentiment premier, c’est une fille bien qui n’a pas eu de chance.
    - Ce n’est pas une raison pour humilier et déshonorer sa famille, insiste-t-il. Demain, on la raccompagne chez elle.
    - Puisque tu y tiens, soupire-t-elle. Allons nous coucher. Demain, on avisera comment faire.
    Alors que la porte est refermée tout doucement, Katia se redresse, horrifiée à l’idée qu’ils pensent à la ramener chez elle. Il en est hors de question. Même si elle est épuisée, l’envie de dormir ne serait-ce qu’une heure lui est passée. Elle attend les premières lueurs du jour pour quitter le lit. Elle sort de la chambre sur la pointe des pieds. Elle découvre Aïcha déjà levée. Elle vient de prier. Le tapis est encore posé par terre. Elle lui fait signe de s’approcher.
    Confuse, Katia ne sait pas quoi dire.
    - Chut ! souffle-t-elle. Je m’attendais à ce que tu veuilles filer en douce. J’ai ouvert la porte. Tiens !
    Elle lui remet quelques billets.
    - C’est pour te dépanner.
    - Merci, murmure Katia, en voulant les refuser, mais l’hôtesse d’un soir jure.
    - Si tu ne les prends pas, je réveille mon mari.
    - Il ne peut pas courir.
    - Oui, reconnaît-elle, il ne peut pas courir, mais il peut appeler la police ou les gendarmes, la prévient-elle. Je ne veux pas qu’ils te ramènent chez toi. Pour tout abandonner derrière soi, c’est que ton quotidien est devenu insupportable.
    - Oui, tu ne peux pas imaginer !
    - Allez, ne refuse pas cet argent. Pars avant qu’il ne soit trop tard, lui conseille Aïcha.
    La jeune fille empoche l’argent et après l’avoir remerciée, elle part. Aïcha va dans la chambre et met des coussins sous le drap, formant ainsi un semblant de corps endormi.
    Elle retourne dans sa chambre et enlève l’alarme du réveil. Elle n’en a plus besoin. À sept heures, son voisin, un chauffeur dans une entreprise, démarre son camion. Elle saura qu’il est temps de se lever et de préparer le petit déjeuner.
    Elle pense à Katia qu’elle vient d’aider. A-t-elle bien fait de la laisser partir ? La veille au soir, elle a remarqué qu’elle ne dormait pas. Si elle a tenu la discussion à quelques pas d’elle, c’est pour qu’elle les entende. Sa réaction ne l’a pas surprise. Si elle était restée, elle y aurait vu un signe de regrets. En la voyant sortir de la chambre, à l’aube, elle a compris qu’il lui est impératif, peut-être vital, de s’éloigner des siens. Ce n’est pas sans raison qu’elle avait décidé de les quitter.
    Quoi qu’il en soit, si Katia réussit à s’en sortir, elle y aura un peu contribué. Cela la calme et lui donne un peu de sérénité. Lorsque son mari la rejoint à la cuisine et qu’il la trouve seule, il lui demande :
    - Elle n’est pas encore levée ?
    - Je suis entrée dans la chambre, elle dort comme un bébé, répond-elle. Je n’ai pas eu le cœur à la réveiller.
    - Il le faut bien ! réplique el hadj Oualid. Elle doit rentrer chez elle. Je vais la réveiller.
    Aïcha reste dans la cuisine, elle tient à ne pas être là lorsqu’il découvrira la supercherie. Elle se bouche les oreilles en l’entendant crier. Elle décide d’accourir.
    - Mais qu’est-ce qui t’arrive ? Pourquoi cries-tu ?
    - Regarde. Elle est partie !
    Aïcha porte la main au cœur, choquée…

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  49. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————-51iéme partie———————————–

    -Comment se fait-il qu’on n’ait rien entendu ? demande El hadj Oualid. Je croyais que tu avais fermé la porte à clé.
    - Mais je comptais sur toi pour le faire, réplique Aïcha. D’habitude, c’est toi. Pourquoi ne l’as-tu pas fermée ?
    - Je crois que je l’ai fermée ! se rappelle-t-il. Comment a-t-elle pu sortir ?
    Sa femme hausse les épaules tout en secouant la tête.
    - Je l’ignore, dit-elle. Peut-être qu’elle a fouillé et qu’elle a trouvé la clé ?
    Mais il est évident que la jeune fille n’a pas cherché. Rien n’a été touché, ni déplacé. El hadj ne comprend pas comment elle a pu sortir.
    - La porte est restée ouverte, tu ne l’as pas fermée, dit-elle. Inutile de crier ! Maintenant, elle n’est plus là.
    - Il faut faire quelque chose. On ne peut pas la laisser partir.
    - Si tu veux, je sors la chercher ? lui propose-t-elle. Peut-être qu’elle acceptera de m’écouter ?
    - Demande à tes neveux de t’accompagner.
    - Bien !
    Elle appelle chez son frère. Ce dernier charge ses enfants de l’aider dans ses recherches. Ils ont du temps avant de se rendre en classe. Aïcha met un foulard et un châle sur ses épaules avant de partir à la recherche de la jeune fille. Ses neveux l’ont vite rejoint. Même son frère, après leur avoir décrit Katia, se met de la partie. Au grand soulagement d’Aïcha, elle n’est plus là. Aucune trace d’elle.
    Après près d’une heure à tourner dans le quartier, ils rentrent à la maison. El hadj Oualid est bien déçu. Aïcha feint de l’être aussi.
    - Sa famille doit être dans tous ses états, dit-il.
    - Oui. Elle est loin maintenant.
    Elle l’espère de tout cœur. Et c’est le cas. Katia est dans un taxi en direction d’Annaba. Elle est assise à l’arrière. Un jeune homme aussi.
    - Vous êtes étudiante ? demande-t-il.
    - Non.
    - Vous faites alors une formation ?
    La jeune fille sourit.
    - Non.
    - Alors, vous allez voir de la famille ?
    - Non.
    - Bien. Des amis ?
    - Oui, répond-elle. Je vais les voir.
    - Connaissez-vous la ville ? Si ce n’est pas le cas, propose-t-il, je pourrai vous servir de guide.
    - Je ne connais rien de vous.
    - Je m’appelle Badreddine, mais pour mes proches et mes amis, c’est Badro.
    - Moi, c’est Katia, répond-elle. J’accepte votre proposition.
    - Merci. Vous êtes belle. Vous n’êtes pas de la région, dit-il.
    - Comment pouvez-vous en être certain ?
    - Je connais toutes les filles de la région, réplique-t-il avec un sourire au coin de la bouche. Je vous aurais vue que je m’en souviendrais ! Une beauté pareille, ça ne s’oublie pas.
    - Flatteur en plus ! Mais cela ne vous mènera à rien.
    - Où habitent vos amis ?
    - Près du consulat de France, dit-elle. Vous connaissez ?
    - Qui ne connaît pas ? réplique-t-il. Vous resterez longtemps ?
    Katia avoue ne pas encore savoir si elle en a pour une journée ou plus. Tout dépendra du consulat s’ils accepteront de l’aider…

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  50. Artisans de l'ombre Dit :

    —————————52iéme partie———————————

    - Je descends près du consulat, dit-elle à Badro.
    - Tu dois te tromper, tes amis ne peuvent pas habiter là, réplique-t-il.
    Elle se tourne vers lui en souriant. Après être descendus à la gare, ils ont pris un autre taxi. Elle se serait certainement perdue s’il n’avait pas été là.
    - Je ne me trompe pas. En fait, c’est là que je me rends. Au consulat.
    - Je comprends d’où vient ta beauté, soupire-t-il. Ta mère est française. Tu veux un visa ?
    Le taxi s’arrête un peu plus loin. C’est Badro qui règle la course. Ils descendent du taxi et ils font la file devant le consulat. Il y a une chaîne humaine !
    - Tu es convoquée ? l’interroge-t-il.
    - Non. En fait, je ne sais pas comment…
    - Tu as apporté un dossier pour obtenir un visa ?
    - Je ne crois pas que ce soit nécessaire. Je suis de mère française et je suis née là-bas. Une fois que j’aurai eu mes papiers, le visa ne sera pas nécessaire.
    - Oui. As-tu quelqu’un dans la vie ?
    - Pourquoi cette question ?
    - N’importe qui rêverait de se marier avec toi, dit le jeune homme. Pour ta beauté et pour avoir la chance de vivre ailleurs.
    - J’ai été mariée, répond-elle.
    - Il a été fou de te répudier.
    - C’était quelqu’un de bien, réplique-t-elle. C’est moi qui ne voulais pas de ce mariage, confie-t-elle. Au bout d’un mois, j’ai été répudiée.
    - Il n’y avait pas d’espoir ?
    - Non.
    Badro jette un coup d’œil à sa montre.
    - J’avais complètement oublié. J’ai un nouveau colocataire. Je devais lui remettre une clé.
    - Vas-y !
    - Tu ne bouges pas d’ici. Je reviens dans une heure, promet-il. Je vais faire vite.
    - Je ne bougerai pas d’ici.
    - Je reviens vite.
    Il part presque en courant. Il a de la chance. Un taxi passe et il le hèle. D’où elle se tient, elle peut le voir regarder vers elle, avant de monter. Elle n’a pas le temps de s’ennuyer. Elle a remarqué que les seuls à entrer sont ceux qui ont des convocations. Elle discute avec une vieille venue chercher son visa.
    - Ils ne te laisseront pas entrer. Dans ton cas, tu leur parleras dans l’interphone.
    - Ah !
    Elle se demande s’ils lui laisseront le temps de s’expliquer. Lorsque vient son tour de parler dans l’interphone, il lui est demandé de décliner son identité.
    Elle la décline, mais comme elle n’a aucun papier prouvant qui elle est, l’agent lui demande de revenir avec.
    - Mais mon père m’a tout pris. Je me suis enfuie.
    - Si votre mère est française et que vous êtes née là-bas, qu’elle vous envoie un extrait de naissance. Ce sera suffisant pour vous établir une carte d’identité. Sans ce papier, on ne pourra rien pour vous. Au revoir !
    - Je vous en prie, aidez-moi !
    - Je ne peux rien pour vous. Au suivant !
    Elle est forcée de se pousser. Elle est sous le choc. Pendant un moment, elle ne bouge pas du trottoir. Un agent de sécurité vient lui demander de partir. Elle marche droit devant elle, sans savoir où elle va…

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  51. Artisans de l'ombre Dit :

    —————————–53iéme partie—————————-

    -Hé ! Regardez où vous mettez les pieds !
    Katia se fige. La voiture est passée si près d’elle que si un passant n’avait pas crié, les roues lui auraient écrasé les pieds.
    - Si vous n’êtes pas bien, allez vous asseoir !
    - Oui…
    Elle regarde autour d’elle et il y a un petit jardin public, de l’autre côté de la route. Elle s’y rend, prenant le soin de ne pas s’arrêter. Il y a des jeunes couples en train de discuter. Certains ont apporté de quoi grignoter. Elle réalise que c’est le début de l’après-midi. Elle n’a pas déjeuné, elle n’a pas faim. Comment pourrait-elle ressentir la faim? Elle ne peut rien ressentir, juste de la colère et de la déception. Elle pleure. Le visage entre les mains, elle pleure.
    Elle n’a rien, pour prouver qu’elle est bien fille d’une Française. Il y a longtemps que son père s’est débarrassé de ses papiers. Plusieurs fois, elle a fouillé et rien, aucune trace dans la maison.
    Il a réussi à lui gâcher la vie. Elle est bien sa fille à lui. Comment prouver que sa mère est française ? Pas de papiers, pas de contacts avec elle…
    - Comment leur prouver que je suis bien née là-bas ? Je tiens à partir. Jamais je ne retournerai là-bas! Plutôt mendier!
    Elle a conscience que son père ne lui pardonnera jamais sa fugue. Il lui en fera voir de toutes les couleurs.
    - Je peux m’asseoir ?
    Katia, le visage encore mouillé de larmes, regarde celui qui s’est adressé à elle. Ce dernier fronce les sourcils en voyant ses larmes.
    - Besoin de compagnie ? D’une épaule sur laquelle pleurer ?
    - Non, réplique-t-elle, je veux rester seule ! Allez-vous asseoir ailleurs !
    Mais l’inconnu refuse.
    - Ce jardin est public, lui rappelle-t-il. Je voulais être poli…
    - Laissez-moi tranquille ! crie-t-elle.
    - C’est bon, inutile de crier…
    Il recule et va s’asseoir ailleurs. Katia est trop énervée pour pouvoir rester assise. Elle essuie ses larmes et quitte le jardin. Ce n’est qu’à ce moment qu’elle se rappelle que Badro devait la retrouver. Elle veut y retourner. Toute seule, elle ne retrouvera pas le chemin. Elle hèle un taxi vide.
    - Le consulat ! demande-t-elle.
    - Je ne me rends pas dans ce quartier, réplique-t-il, prêt à la faire descendre. Mais si on s’arrange, pourquoi pas ?
    - Combien vous voulez ?
    - 200 DA !
    Katia accepte, consciente de ne pas avoir le choix. Moins d’une demi-heure plus tard, il la dépose à une centaine de mètres du consulat. Elle continue à pieds. Il y a encore quelques jeunes à attendre leur tour. Elle scrute les visages, cherchant à reconnaître Badro. Il n’est pas là.
    Un agent de sécurité s’approche d’elle.
    - Vous vous appelez Katia ? Votre ami est passé vous chercher…
    - Je l’ai raté ! s’écrie-t-elle.
    - Il m’a demandé de vous dire de le rejoindre au salon de thé ! Un peu plus loin…
    - Il y a longtemps ?
    L’agent regarde sa montre.
    - Un peu plus d’une heure…
    - Le salon est loin d’ici ?
    Il lui montre où. Katia presse le pas, espérant que Badro sera encore là.

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  52. Artisans de l'ombre Dit :

    ——————————54iéme partie———————-

    Katia est essoufflée lorsqu’elle entre dans l’établissement. Il y a de nombreux clients au comptoir. Elle les dévisage un à un. Badro n’est pas là.
    - Vous cherchez quelqu’un ? demande le serveur.
    - Oui, il devait m’attendre ici.
    - Peut-être qu’il est allé aux toilettes ? Vous pouvez l’attendre dans la salle familiale, propose-t-il.
    - Oui. Puis-je avoir un verre d’eau ?
    - Allez vous asseoir, je vous l’apporte tout de suite.
    Katia prend place à une table du coin dont la vitre donne sur la ruelle. Le serveur apporte une carafe d’eau et un verre.
    - Vous ne voulez rien d’autre ?
    - Une fois que mon ami sera là, on commandera ensemble !
    - Bien.
    Katia se sert un verre d’eau. Elle scrute la salle à la recherche du visage ami, mais il n’y a que des couples d’amoureux. Elle se sent perdue toute seule. Qu’allait-elle faire ? Où allait-elle se rendre ?
    Dans quelques heures, la nuit tombera. Elle ne peut pas la passer dehors.
    - Enfin, te voilà !
    Elle sursaute et se lève en voyant Badro. Pensive, elle ne l’a pas vu entrer. Il est heureux. Cela se voit à son sourire.
    - Je commençais à m’inquiéter. Je t’avais dit de m’attendre ! Pourquoi es-tu partie ?
    - Je ne sais pas. Mais je suis là maintenant…
    - Heureusement que je repassais, soupire le jeune homme tout en l’invitant à se rasseoir. Que veux-tu prendre ?
    - Un lait chaud et un gâteau, répond-elle.
    Le serveur vient prendre leur commande. Il ne tarde pas à la leur apporter. Badro a attendu qu’il se soit éloigné pour lui demander.
    - Comment ça s’est passé ?
    - Ils m’ont demandé de revenir, dit-elle. Je n’ai aucun papier prouvant qui je suis… Je crois que je ne réussirai jamais à partir d’ici !
    - Si tu veux ! Tu penses qu’après ce sera faisable ?
    - Évidemment… Où vas-tu passer la nuit ? l’interroge-t-il.
    - Je me posais la question lorsque tu es arrivé, confie-t-elle. Je n’ai pas où aller ! Et si je passe la nuit dehors, je mets ma vie en danger !
    Badro réfléchit un moment. Il pense à un hôtel où le réceptionniste est un ami d’enfance. Il veut lui demander d’héberger la jeune fille cette nuit. Demain, elle aura certainement une idée de ce qu’elle voudra faire. Elle ne peut pas passer son temps à traîner d’une rue à une autre. Il ne veut pas qu’elle finisse mal. À force de se retrouver livrée à elle-même, elle risque de mal tourner. Pas volontairement mais par la force des choses.
    - Je t’aurai invitée chez moi, mais on a un règlement strict. Pas de visite de filles.
    - Ah bon ! J’irai où alors ?
    - À l’hôtel, j’ai un ami qui pourra nous aider, la rassure-t-il. Enfin, je l’espère ! Si tu veux, on va s’y rendre maintenant. Ainsi, si c’est complet, on aura le temps de chercher ailleurs !
    - Oui.
    Le temps de finir son goûter, ils partent ensemble. En croisant leur reflet dans une vitrine, elle pense qu’ils auraient fait un beau couple. C’est aussi la pensée de son ami lorsqu’ils entrent dans l’hôtel. À les voir, on jurerait qu’ils sont ensemble. Ils sont si proches, si complices, comme s’ils se connaissent depuis toujours…

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  53. Artisans de l'ombre Dit :

    ——————–55iéme partie———————————————

    -Katia, je te présente Riad !
    - Enchanté ! dit ce dernier avant de lui proposer d’aller s’asseoir.
    Alors qu’elle s’éloigne, elle l’entend dire :
    - Tu caches bien ton jeu ! J’ignorais que tu avais une petite amie !
    - C’est juste une amie, réplique Badro. Elle a besoin d’une chambre…
    - Pas de problèmes ! Il y a encore des chambres libres ! Il me faut sa pièce d’identité ! Pour une nuit ou plus ?
    - Je ne sais pas, répond Badro. Il y a un petit problème… Elle n’a pas de papiers sur elle…
    Son ami réceptionniste secoue la tête.
    - Je ne veux pas de problèmes. Si elle n’a pas de papiers, comment veux-tu que je l’inscrive dans le registre ?
    - Elle n’a pas de papiers, si toi, tu refuses de l’aider alors que je te dis que c’est mon amie, comment voudrais-tu que les autres acceptent de l’aider ?
    Riad a un geste d’impuissance.
    - Demande-moi ce que tu veux mais pas ça ! C’est contraire aux règlements ! Jamais je n’ai hébergé quelqu’un sans qu’il soit enregistré !
    Elle est peut-être recherchée par la police ?
    Badro a un sourire en coin. Il la regarde une seconde.
    - Une grande criminelle, dit-il. Tu as toutes les raisons d’avoir peur !
    - C’est ça ! Ironise ! Si elle n’est pas dangereuse, elle est peut être mineure ?
    - Et puis quoi encore ? Tu refuses de nous aider ! C’est bon, on part d’ici ! Mais, le prévient Badro, raye-moi de ta liste d’amis ! En refusant, tu viens d’enterrer notre amitié !
    Il s’éloigne, faisant signe à Katia de le suivre. Elle sait pourquoi il ne peut pas lui louer une chambre. Elle comprend son refus.
    - On part d’ici !
    - Badro, revenez !
    - Si c’est pour t’excuser, je n’en vois pas l’utilité ! réplique ce dernier, fâché.
    - Revenez, j’ai peut-être une
    solution !
    Badro accepte de revenir sur ses pas, sachant que si Riad refuse de faire une exception, c’est parce qu’il a de bonnes raisons. Il lui demande seulement de fermer les yeux. Dans les autres hôtels, il ne pourra pas prier et insister auprès des réceptionnistes. Riad est son ami de toujours.
    - Je vais demander à la femme de ménage si elle accepte de l’héberger, dit-il. Vous ne bougez pas d’ici ! Je ne tarderai pas !
    Badro et Katia sont prêts à attendre des heures. Mais Riad tient sa promesse, il revient vite, en compagnie d’une femme. Elle les salue.
    - Ghania, voilà Katia… Ce sera juste pour cette nuit !
    - Bien. Qu’elle soit ici vers neuf heures, dit la femme de ménage. Au plus tard, dix heures…
    - Elle sera là ! promet Badro. Merci…
    Il serre la main de son ami avant de prendre Katia par le bras.
    - À tout à l’heure !
    Badro décide d’emmener la jeune fille dîner au restaurant. Comme ils ont encore le temps, ils vont se promener à travers la ville. C’est l’occasion de mieux se connaître, de se raconter leur vie. Katia qui en a gros sur le cœur est bien tombée. Badro sait écouter et il est bon conseiller.

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  54. Artisans de l'ombre Dit :

    —————————56iéme partie——————————-

    Badro a acheté du papier blanc et des enveloppes. Il écrit à la mairie, pour obtenir des extraits de naissance de Katia et de sa mère. Ils l’envoient sans perdre de temps.
    - Si tu pouvais mettre la main sur le passeport de ta mère, lui dit-il. Cela te facilitera la vie.
    - Je ne l’ai jamais vu, répond-elle. À cette époque, je n’étais qu’une enfant.
    - Quand tu as été mariée, vous n’êtes pas passés à la mairie ?
    - Religieusement, j’étais sa femme, dit-elle. La mairie, c’était prévu après la fête. 0Comme… comme il ne s’est rien passé, on n’a pas eu besoin de passer à la mairie et d’annuler !
    - Ta famille doit être inquiète !
    - Non, seulement furieuse. Enfin mon père seulement, confie-t-elle. Ma belle-maman n’a rien fait pour me retenir !
    - Crois-tu que si c’aurait été sa fille qu’elle l’aurait laissé partir ? l’interroge-t-il. Je ne crois pas qu’elle ait fait une bonne action en te laissant fuguer !
    - Je ne suis pas de ton avis, réplique-t-elle. Elle ne voulait plus me voir souffrir !
    - Elle aurait pu t’aider autrement !
    - Elle a essayé mais mon père refusait de l’écouter ! la défend-elle. Il ne m’a pas laissé le choix.
    - Oui mais où vas-tu vivre en attendant que la mairie t’envoie les papiers ? De quoi vivras-tu?
    - Je l’ignore encore mais si tu penses me faire la morale, pour que je retourne d’où je suis venue, tu perds ton temps ! Je ne retournerai jamais là-bas ! Badro lui fait signe de se calmer. Il ne veut pas se quereller avec elle. Il s’entend bien avec elle. Le courant passe bien, ils se sentent en confiance. Le sentiment de se connaître depuis toujours, vient du plus profond de leur cœur.
    - C’est bon ! Je ne voulais pas t’énerver. Si je suis inquiet, c’est parce que je tiens à toi !
    - Hier encore, tu ne me connaissais pas !
    - Maintenant si et je ne te veux que du bien ! insiste-t-il. C’est la raison de toutes ses interrogations !
    - J’ai le temps d’y réfléchir.
    Il commence à se faire tard. Voyant qu’elle est un peu contrariée, il décide de changer de sujet. Il propose d’aller dîner.
    - Je n’ai pas faim.
    - Si, je tiens à ce que tu dînes avec moi ! Tu ne peux pas passer la nuit, le ventre creux ! Badro la traîne presque au restaurant. Bras dessus, bras dessous, il se sent si bien avec elle. Jamais il n’a ressenti ce bien-être auparavant. S’il le pouvait, il ne se séparerait jamais d’elle.
    - J’ai envie d’aller danser, dit-il sans réfléchir.
    - Tu sembles oublier que je dois rentrer avant qu’elle ne prenne son service !
    - Oui, soupire-t-il. On peut encore faire un tour. Il n’est que huit heures trente ! Katia ne refuse pas. Ils se promènent tout en parlant de la beauté de la ville. C’est la première fois qu’elle est en ville et qu’elle s’y promène de nuit. Elle est bien accompagnée. Elle est rassurée. Même si son avenir est incertain et qu’elle est en train de vivre ces deux jours, comme une grande aventure, elle est loin de s’imaginer que cette promenade de nuit ne sera pas sans incident. Dès qu’ils pénètrent le jardin public, ils remarquent des ombres au loin. L’éclairage des réverbères étant faible, ils ne pensent pas que cela peut être dangereux. Ils continuent leur promenade jusqu’à ce que ces ombres leur tombent dessus…

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  55. Adila Kat i a Dit :

    ————————-57iéme partie——————————–

    Katia et Badro ont beau se débattre, ils se retrouvent couchés au sol.
    - Ne bougez pas !
    - Lâchez moi !
    - Tais-toi ! dit l’un de leurs agresseurs, en appuyant un couteau, sous sa gorge. N’essaie pas de jouer les héros !
    - Laissez-la ! Elle n’a rien…
    Mais ces complices ont déjà mis main sur le peu d’argent qu’elle a en poche. Ils le retournent et en un rien de temps, ils le dépouillent de son portefeuille.
    Ils prennent son argent, sa carte bancaire.
    - Le code ! lui dit l’homme.
    - Je ne le connais pas…
    Badro a les yeux exorbités lorsqu’il appuie la pointe du couteau, prêt à le saigner.
    - Tu ferais mieux de le connaître !
    - Il… Il est écrit dans un questionnaire découpé…
    Mais la bande de voleurs ne peuvent pas s’attarder. Un fourgon de la police patrouille le quartier. Le chauffeur les remarque et s’arrête. La bande l’a aussi aperçu. Ils détalent comme des lapins.
    Badro s’est levé le premier et tend la main, à Katia. Celle-ci n’est pas encore debout que des policiers arrivent en courant. Deux d’entre eux tentent de rattraper les voleurs. Le troisième est resté avec eux.
    - Ça va ? Ils ne vous ont pas brutalisés ?
    - Vous êtes arrivés à temps ! réplique Badro. Une minute de plus, il m’égorgeait !
    - Ils ont eu le temps de vous voler ? l’interroge-t-il.
    - Oui, ils ont tout pris !
    - Même vous mademoiselle?
    - Non, juste l’argent.
    - Suivez-moi ! les prie-t-il en les précédant jusqu’au fourgon.
    - Qu’est-ce que je vais leur dire ? demande-t-elle à Badro. Dis-moi !
    Mais le policier se tourne vers eux. Badro est gêné. Il ne peut rien dire.
    - Vos papiers, s’il vous plaît !
    Katia ne bouge pas. Elle échange un regard, avec Badro.
    - Vous êtes d’une même famille ? Vous êtes fiancés ?
    - Non. On est amis, répond le jeune homme. On se promenait quand…
    - À cette heure de la nuit ? s’écrie le policier avant de se tourner vers Katia. Que faisiez-vous?
    - Rien.
    - Bien, vos papiers ?
    - Je n’en ai pas, répond-elle.
    - Vous n’êtes pas d’ici?
    À contrecœur, elle hoche la tête affirmativement.
    - Vous travaillez ici ? Dans ce jardin ?
    - Qu’est-ce que je pourrais faire ici, la nuit ? réplique-t-elle, naïvement.
    - À vous de me le dire !
    - Ce n’est pas ce que vous croyez, intervient Badro. Ce n’est pas une prostituée ! Et je ne suis pas son client. On est juste amis !
    Leurs collègues sont revenus, sans avoir pu mettre la main sur les voleurs.
    - Qu’est-ce qu’on fait d’eux ? demande le chauffeur.
    - Au poste ! répond le chef de la brigade. On va les interroger là bas…
    Katia et Badro ont beau protesté, ce dernier trouve leur promenade nocturne suspecte.

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  56. Adila Kat i a Dit :

    58iéme partie

    Katia ferme les yeux un moment, souhaitant qu’en les rouvrant, elle réaliserait qu’elle est seulement en train de faire un cauchemar. Mais ce n’est pas le cas. Elle est bien dans ce fourgon. Le regard désolé de Badro la traverse. L’idée d’aller se promener est de lui. S’il l’avait écoutée et ramenée à l’hôtel, elle ne serait pas en route vers le commissariat. Ils ne tardent pas à y être.
    Katia et Badro sont séparés. Elle est emmenée dans un bureau où des policiers travaillent sur des documents. Ils jettent un coup d’œil vers elle.
    - Encore une, dit l’un d’eux.
    - La cellule est petite !
    Elle ne comprend pas de quoi ils parlent. Un officier vient l’interroger.
    - Pourquoi vous ont-ils amenée ?
    - Moi et mon ami, on a été agressés au jardin public… Vos collègues n’ont pas trouvé mieux que de nous amener ici. Je ne comprends pas pourquoi.
    L’officier regarde sa montre. Il est 22h.
    - Vos papiers, s’il vous plaît !
    - Je ne les ai pas.
    - Ils vous les ont confisqués ?
    - Non, je n’en ai pas…
    L’officier fronce les sourcils.
    - Ils vous soupçonnaient de racoler sur la voie publique ?
    - Non ! s’écrie-t-elle. On passait juste par là !
    - Etes-vous d’ici ? Avez-vous un numéro où on peut joindre votre famille ?
    - Joindre ma famille ? reprend-elle. Non, on n’a rien…
    - Vous êtes d’où ?
    Katia ne répond pas. D’ailleurs, même aux questions suivantes relatives à sa vie privée, elle ne répond pas. Le fait qu’il veuille contacter sa famille lui donne la migraine. Elle ne veut pas retourner là-bas.
    Elle l’ignore mais elle ne laisse pas le choix à l’officier. L’examen de situation n’ayant pas été concluant, il décide de la mettre en garde à vue. Le temps de l’identifier…
    - Votre mutisme n’arrangera en rien vos problèmes ! Ils ne font que commencer…
    La jeune fille se retrouve en cellule en compagnie de voleuses, de prostituées et même d’une criminelle. Elle se tient dans un coin. Elle n’arrive pas à croire à sa malchance. Elle réalise qu’elle lui colle à la peau. En l’espace de deux jours, elle est allée d’une frayeur à une autre, d’une déception à une autre. Dans quelle situation allait-elle se retrouver demain ? Maintenant que la police la considère comme une racoleuse et une vagabonde, elle devra les convaincre du contraire. Mais comment ?
    - Hé toi, ma belle ! T’es là pourquoi ? lui demande une fille de son âge, habillée de court et décolletée, maquillée à outrance.
    - Je n’ai rien fait, répond-elle. J’ai été agressée, volée et me voilà enfermée ici ! Comme si j’étais coupable !
    - Pauvre petite ! Nous aussi, on est des victimes, réplique la fille de joie. Moi, je voulais juste gagner de quoi me nourrir et m’habiller décemment en échange de quelques caresses !
    - Moi, je ne suis pas comme toi, rétorque Katia. C’est injuste ce qui m’arrive. Qu’est-ce qui va m’arriver demain ? Est-ce qu’ils vont me garder ici ou me libérer ?
    La fille de joie sourit. Ce n’est pas la première fois qu’elle est arrêtée en plein “travail”. Ce n’est pas sa première et même sa dernière nuit en cellule.
    - Demain, tu vas rencontrer le procureur ! C’est lui qui décidera de ton sort. Prépare-lui quelques larmes et quelques phrases pouvant le bouleverser, sinon…
    - Sinon quoi ? demande la jeune fille, inquiète.
    - Tu risqueras la prison. Tu côtoieras des racailles de la pire espèce ! Ce n’est vraiment pas de chance pour toi !
    - Oh non !
    - Si. Arrange-toi pour que tu ne sois pas poursuivie, lui conseille une autre. Tu es jeune et c’est ta première. Avec un peu de chance, il en tiendra compte et te libérera dès demain.
    Katia se demande si la chance lui sourira un jour. Voilà où ses pas l’ont menée. Elle qui rêvait de liberté s’en est allée d’une prison pour se retrouver dans une autre…

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  57. Adila Kat i a Dit :

    —————————59iéme partie—————————–

    Katia ne ferme pas l’œil de toute la nuit. Elle est angoissée à l’idée de se retrouver en prison. Comment fera-t-elle pour les convaincre qu’elle n’est pas une prostituée ? S’ils n’étaient pas allés dans ce jardin, elle ne serait pas là, à broyer du noir.
    - Qu’est-ce que je vais devenir ? S’ils me poursuivent pour racolage, j’en aurais pour des mois, des années, peut-être ?
    - Tais-toi ! Laisse-nous dormir ! crie une voix. Tu te crois où ?
    - Je m’excuse, je croyais penser…
    Elle se tait et reste sur ses gardes. Elle ne veut pas se quereller ou se bagarrer. Sa situation est assez compliquée ainsi. Qui sait comment elle allait finir ? Malgré la fatigue, toutes ses questions la tiennent éveillées jusqu’au matin.
    Il est près de neuf heures lorsque la relève arrive. De nouveau, elles sont auditionnées. Katia la première…
    Les policiers ont bien vu dans le rapport qu’elle n’a pas été identifiée.
    - Quelqu’un vous a interrogée hier soir ?
    - Oui.
    _ Comment se fait-il qu’ils n’aient rien noté ? s’interrogent les policiers. Ce ne sont pas dans leurs habitudes !
    - Elle n’aurait pas été fichée qu’ils l’auraient relâchée, dit un autre. On la réinterroge… On ne peut pas la relâcher sans avoir examiné sa situation.
    Katia refuse toujours de répondre aux questions. Ils sont un peu surpris.
    - Que voulez-vous cacher ?
    - Rien, répond-elle.
    - Si on ne parvient pas à vous identifier, ce sera au procureur de statuer sur votre cas !
    Comme elle refuse de répondre, dans l’après-midi, elle et d’autres sont emmenées chez le procureur. Ce dernier a la mine sévère. Dès qu’il lit le rapport, ses sourcils se froncent davantage.
    - Pourquoi avez-vous refusé de répondre aux questions ? l’interroge-t-il.
    - J’avais entendu le policier dire qu’il contacterait ma famille, avoue-t-elle. J’ai fugué…
    - Ce n’est pas raisonnable ! réplique-t-il.
    - J’avais une bonne raison, répond-elle. Je ne m’entends pas avec mon père. Il me garde enfermée. Je n’ai pas de vie depuis que je suis sous sa tutelle…
    - Il vous semble sévère mais c’est uniquement pour vous protéger. Votre nom ?
    Katia dicte nom, prénom, son âge, où elle est née et où ils résident. Elle lui parle de sa volonté à retourner auprès de sa mère. En France…
    - Je n’en peux plus de vivre avec lui. J’ai déjà tenté de me suicider. Si on décide de me renvoyer là-bas, je crois que je recommencerais !
    Le procureur la regarde dans les yeux.
    - Est-il violent avec vous ?
    - Non.
    - A-t-il abusé de vous ? l’interroge-t-il.
    - Non.
    - A-t-il eu des gestes qu’un bon père de famille n’aurait pas avec sa fille ? insiste-t-il. A-t-il tenté quoi que ce soit ? Si c’est le cas, il faut le dire ! Et maintenant ! dit-il en tapant du doigt sur le bureau.
    La jeune fille secoue la tête, horrifiée.
    - Non, jamais… À part son obsession d’avoir le contrôle sur ma vie, dit-elle. Je n’ai rien à lui reprocher !
    - Tant mieux ! Parce que la gendarmerie va vous ramener chez vous !
    - Vous ne pouvez pas faire ça ! s’écrie-t-elle.
    - Soyez heureuse que je ne vous poursuive pas pour racolage et vagabondage ! dit le procureur. Vous avez de la chance !
    Katia a beau le supplier et pleurer, il fait signe aux policiers de l’emmener hors de la salle. Elle pleure de rage. Elle ne veut pas retourner là-bas.

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  58. Adila Katia Dit :

    ————————-60iéme partie——————————-

    -Calmez-vous ! lui dit le policier. Pourquoi vous mettre dans cet état ?
    - Je ne veux pas retourner là-bas ! Je me suis enfuie… Vous croyez que mon père va m’accueillir les bras ouverts?
    - Bien sûr ! Votre famille doit être morte d’inquiétude ! Pensez à leur joie de vous retrouver saine et sauve !
    - Ils vont vouloir ma mort !
    - Vous exagérez!
    - Vous ne connaissez pas mon père ! réplique-t-elle. Il va m’en faire voir de toutes les couleurs ! Je ne veux plus subir sa colère !
    - S’il vous bat ou abuse de vous, dites-le !
    - Non, il m’isole du monde entier ! Je ne vis pas, dit-elle. Je n’ai pas de vie… Pourquoi retournerais-je là-bas ?
    - Il faut essayer de s’entendre, dit le policier. Une fille de votre âge et aussi belle ne peut pas traîner dans les rues ! Suivez-moi…
    Katia a beau tenté de les convaincre de la laisser partir, ils refusent. Ils la remettent à la gendarmerie qui la transfère sans attendre à celle de sa région.
    Ils ne se sont pas arrêtés une fois même lorsqu’elle s’est plainte d’avoir besoin d’aller aux toilettes. Ils devaient craindre qu’elle tente de s’enfuir.
    Lorsqu’ils arrivent à la gendarmerie, leurs collègues la reconnaissent tout de suite.
    - Sa famille la recherche, dit l’un d’eux. Nous allons la raccompagner chez elle !
    - Non ! Mon père est un malade mental ! leur dit-elle. Je ne veux pas retourner chez lui ! D’ailleurs, je voudrais porter plainte contre lui !
    - Enfant ingrate ! rétorque un gendarme d’âge mûr. Si vous étiez ma fille, je vous donnerais une correction sur-le-champ ! Comment pouvez-vous penser à porter plainte après tout ce que vous lui avez fait endurer !
    - C’est moi la victime ! dit-elle en larmes. Il me prive de tout ! Je veux porter plainte… Prenez note !
    - Non ! Non… Ramenez-la à sa famille !
    Katia est presque traînée de force, à la voiture. De nouveau, elle les supplie mais ils demeurent sourds. Moins d’un quart après, elle se retrouve en face de son père. Ce dernier n’attend pas d’être seul pour la gifler.
    - Qu’est-ce qui t’a pris de fuguer ?
    - Je ne voulais pas revenir !
    - Tu aurais mieux fait de crever ! réplique-t-il. Les gens ne parlent que de toi !
    _ Laisse-moi partir et tu n’entendras plus parler de moi !
    Les gendarmes demandent à Dahmane de sortir. Ils veulent discuter avec lui.
    - La frapper ou l’enfermer n’est pas une solution ! Essayez de dialoguer… S’il le faut, allez voir un psychologue…
    _Oui. Je vais y réfléchir, promet-il sans conviction. Merci de l’avoir ramenée…
    Katia, de son côté, les maudit. Sa malchance aussi, elle la maudit. Elle remarque le silence de l’appartement et fait le tour des pièces. Saleha et Lila ne sont pas là. Les aurait-il mises à la porte ?

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  59. Adila Kat i a Dit :

    ————————–61iéme partie——————————-

    Ne sois pas surprise ! Saleha et la petite sont chez Kader. Est-ce que Saleha savait que tu allais fuguer ?
    - Non, répond-elle.
    - Je suis persuadé du contraire ! Comment aurais-tu pu sortir sans qu’elle ne s’en aperçoive !
    - Elle était occupée, répond-elle. Elle me croyait dans la salle de bains, insiste-t-elle, ne tenant pas à l’impliquer dans le conflit. Elle ne pouvait pas se douter de mon intention de fuguer. Dahmane secoue la tête, il n’y croit pas.
    - Lorsque je me suis mis à te chercher, elle a failli tomber malade ! Elle avait certainement une raison !
    - La pauvre ! Elle devait croire que tu allais commettre un meurtre ! Tu vas me tuer, n’est-ce pas ?
    - Non !
    Elle le regarde fermer la porte à clef. Elle pense au pire. S’il n’a pas l’intention de laver son honneur, qu’allait-il faire ? Elle recule.
    - Si…
    Elle recule jusqu’à la fenêtre et elle l’ouvre rapidement. Elle est prête à se jeter dans le vide s’il lève la main, sur elle.
    - Inutile de te jeter, lui dit-il. Je voulais te montrer ça.
    Elle le regarde allumer le réchaud et sortir d’une enveloppe des papiers qu’il se met à brûler.
    - C’est quoi ? Mes papiers ?
    - Des lettres de ta mère, répond-il. Et en particulier une qui t’aurait appris qu’elle est…
    - je sais qu’elle est mariée, dit-elle.
    - Non, tu ne sais pas tout, insiste-t-il. Peut-être que si je t’avais dit toute la vérité, tu aurais renoncé à partir ?
    - De quelle vérité tu parles ?
    Dahmane a un sourire mauvais. Il lui apprend une nouvelle qui lui donne froid dans le dos.
    - Ta mère est morte !
    - Non ! Ce n’est pas possible ! s’écrie-t-elle.
    - Si… Tu vois, tu ne peux compter que sur moi, je suis unique parent !
    - Ma mère est morte ! Montre-moi le papier !
    Mais les papiers ont fini de brûler en grande partie. Le peu qu’elle parvient à retirer des flammes, est illisible. Dahmane a toujours son sourire mauvais. Elle réalise qu’il ne plaisante pas.
    La nouvelle a fait le tour de son cœur et elle a l’impression d’avoir été vidée. La douleur qu’elle ressent au ventre. C’est comme si une main invisible lui serrait les entrailles.
    - Non, non, elle ne peut pas être morte… Tu dis cela parce que tu sais combien je tiens à elle !
    - C’est la vérité, réplique-t-il. Écris à la maison afin d’obtenir un extrait de naissance, tu le verras de tes yeux ! Elle n’est plus de ce monde…
    - Je te déteste! Je te déteste ! crie-t-elle. Je te déteste. Tu ne peux pas savoir à quel point !
    - Sache que ce n’est pas réciproque! Tu es ma fille et je tiens à toi !
    Katia ne le croit pas. Prise de vertige, elle se laisse glisser le long du mur et ferme les yeux, pour ne pas voir les papiers brûler. Elle ne veut plus les voir, plus s’entendre penser. Elle sursaute en entendant la porte claquer et une clef tourner. Elle se prend la tête entre les mains et se bouche les oreilles, pour ne pas entendre la voix qui s’élève en elle. Une voix qui lui dit d’en finir…

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  60. Adila Kat i a Dit :

    ————————62iéme partie————————-

    Katia ignore combien de temps elle est restée, sans bouger, à s’efforcer de ne pas céder à la tentation. Elle a bien envie d’en finir avec ses souffrances. Mais la porte d’entrée s’ouvre subitement et les cris de joie de sa petite sœur la ramènent à la raison.
    Lila vient se blottir dans ses bras.
    - T’es revenue ! Je suis si contente… Où étais-tu partie ?
    - Pas très loin…
    - J’avais peur de ne plus te revoir !
    - Je suis là maintenant, dit-elle la voix enrouée. Je n’ai pas où partir. Je n’ai que vous.
    En levant les yeux, elle tombe sur son père et Saleha. Celle-ci lui sourit tristement. Elle la salue à peine.
    - Mettez-vous en tête qu’à partir d’aujourd’hui, je ne vous fais plus confiance ! Je fermerais toujours la porte à clef. Je ne veux plus t’entendre, ni même que tu restes dans la même pièce que moi.
    Il semble vouloir ajouter quelque chose mais se retient. Il ne tarde pas à ressortir. Il ferme derrière lui. Saleha s’approche de Katia.
    - Quand j’ai appris que les gendarmes t’avaient ramenée, j’ai failli avoir un arrêt cardiaque. J’aurais voulu que jamais tu ne reviennes !
    - Je ne pouvais pas aller bien loin, sans papier ! réplique-t-elle en se levant. Et puis, pour ne plus revenir, il faut de l’argent et un endroit où vivre ! Et comme je n’ai rien…
    - Je te remercie de ne lui avoir rien dit, lui dit Saleha. De tout cœur…
    - Je ne voulais pas que Lila souffre de la situation ! Je sais combien il peut être dur ! S’il avait la preuve que tu avais fermé les yeux, il t’aurait répudiée et privée de Lila. Je n’aurais pas pu le supporter !
    - Je te suis reconnaissante. Sache que je voudrais t’aider mais Allah ghaleb. T’a-t-il frappée ?
    Katia porte la main à la joue. La marque de la main de son père s’est estompée.
    - Pas vraiment. Dis-moi, as-tu une idée sur l’endroit où il cache mes papiers, ceux prouvant que ma mère est française ?
    - Je ne les ai jamais vus. Est-ce qu’il…?
    - Qu’elle est morte, poursuit la jeune fille, à sa place. Oui, il me l’a dit ! Dans le fond, cela fait des années. Elle avait promis de revenir mais ce n’était qu’une promesse ! soupire-t-elle. Elle m’a abandonnée. Pourquoi la pleurer ? Puisque à ces yeux, je suis morte depuis longtemps.
    Ressentant la fatigue après tant d’émotions, elle va à la chambre, Lila accrochée à son cou. L’enfant voie bien qu’elle est triste et malheureuse. Elle essuie ses larmes et lui couvre le visage de baisers. Émue, Katia la serre contre elle.
    - Tu es un ange ! murmure-t-elle.
    - C’est quoi un ange ? demande la fillette.
    Katia n’a pas la force de lui expliquer. Elle la serre contre son cœur. Si sa mère est vraiment morte, elle la souhaite au paradis. Parce que l’enfer, elle, elle le connaît. Elle ne souhaite à personne de vivre ce qu’elle a traversé. Ni même ce qui l’attend…

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  61. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————-63iéme partie————————-

    Pendant des jours et des jours, Katia ne sort pas de sa chambre. Elle s’efforce à accepter l’idée que sa mère puisse être morte. Malgré tout, elle ressent de la peine et un vide terrible. Saleha et Lila ont beau lui tenir compagnie, elles voient bien qu’elle n’est là que physiquement. Son esprit est ailleurs.
    Elle ne cesse de penser aux années passées en compagnie de sa mère. Sa vie aurait été différente si elle était revenue pour elle. Elle ne comprend pas pourquoi elle a renoncé à elle. Maintenant, tout est différent. Elle est seule. Son père, en plus de lui interdire de sortir de la chambre lorsqu’il est présent à la maison, l’a isolée du reste de la famille.
    Son oncle Kader, venu aux nouvelles, plusieurs fois, a remarqué que son frère fermait la porte à clef. Il ne compte plus les fois où il est reparti sans les avoir vues. Pour y remédier, il est revenu un soir, en compagnie de ses filles. Il a demande à celles-ci, de voir comment elle allait. Il se fait toujours du mauvais sang, pour elle.
    Tout le village est au courant pour sa fugue et le fait qu’il ferme derrière lui, veut tout dire. Il ne leur fait plus confiance et comme il ne peut pas discuter avec elle, il a chargé ses filles, de cette mission.
    - Tu vas mal… Tu es si pâle, si triste. Y a-t-il quelque chose que tu voudrais ?
    Katia ferme les yeux et des larmes glissent sur ses joues creuses.
    - Non.
    Les cousines qui étaient joyeuses à leur arrivée ont du mal à sourire en repartant. Katia s’est murée dans le silence. Saleha leur a confié que c’est tout le temps ainsi. La jeune fille ouvre à peine la bouche, pour parler. La seule capable de la tirer de son mutisme est Lila mais elle est une grande partie de la journée en classe. Lorsqu’elle rentre, Dahmane ne tarde pas à les rejoindre.
    Kader de son côté, tente de convaincre ce dernier, de la laisser venir chez lui.
    - Non. Ce n’est pas possible !
    - Pourquoi ? Je te promets de garder un œil, sur elle, dit-il. S’il le faut, je fermerais toujours !
    - Non et non ! Elle ne sortira pas d’ici ! Elle ne quittera plus la maison !
    - Ya khouya, le prie Kader, jusqu’à quand seras-tu dur avec elle ?
    - Elle m’en a fait voir de toutes les couleurs ! Elle a tenté de se suicider, elle a tout fait pour être répudiée. Et puis la voilà qui fugue ! Je ne lui fais plus confiance.
    - Je te comprends dans le fond mais lâche un peu du lest ! Je pense qu’elle a compris, insiste Kader. Elle ne recommencera plus.
    - J’ai été assez humilié ainsi ! réplique Dahmane. Je refuse de lui donner d’autres occasions. Tu perds ton temps ! Et tu me donnes la migraine.
    - Laisse moi l’emmener rien qu’une fois !
    Dahmane lui fait signe de se taire. Il se lève et lui montre la sortie.
    - Puisque tu refuses de m’écouter, prends tes filles et pars !
    Kader s’excuse et va jusqu’à lui demander pardon. Il ne voulait pas l’énerver. Dahmane le serre contre son cœur. Il le croit. Il le sait. Kader est seulement inquiet. Lui aussi se pose la question, jusqu’à quand il la gardera enfermée ?

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  62. Artisans de l'ombre Dit :

    —————————-64iéme partie————————-

    Quelques semaines ont passé depuis qu’elle a été ramenée à la maison. En présence de son père, elle ne sort toujours pas de la chambre. Elle est devenue si faible qu’elle ne quitte pas son lit.
    Saleha garde un œil sur elle. Elle se sent impuissante devant sa peine et sa volonté d’en finir. Elle ne laisse rien à portée de main qui puisse lui servir. Elle a tiré une leçon de sa première tentative de suicide. Il est hors de question qu’elle lui donne les moyens de recommencer.
    Elle prie chaque jour pour que son mari change de sentiments envers sa fille. Cela ne peut pas durer éternellement. L’ambiance glaciale qui règne à la maison donne envie de fuir. Les rares visiteurs qui sont venus frapper à leur porte ont été si souvent déçus qu’au fil du temps, ils ne sont plus jamais revenus.
    - Ya Rabbi ! Pourvu que ça s’arrête un jour !
    Un jour, Dahmane rentre, accompagné de son frère. Ils ont une nouvelle à lui apprendre.
    - Katia a un prétendant, dit Kader.
    - Ah bon ? Et qui est-ce ?
    - Le garçon n’est pas d’ici. Il a chargé son oncle de lui trouver une femme et par hasard, c’est quelqu’un que je connais. Je pensais qu’une de mes filles ferait l’affaire, poursuit-il. Comme il est divorcé et il tient à ce que sa future campagne soit quelqu’un qui a déjà connu l’échec !
    - Tu as pensé à Katia, soupire Saleha, qui songe que la jeune fille ne sautera pas de joie.
    - Oui. Ils sont d’accord pour venir la voir dès vendredi, poursuit Kader. Elle devra être prête…
    - Tu devrais lui en parler, suggère-t-elle, avant de leur fixer rendez-vous !
    - Je sais. Mais j’ai donné ma parole, dit le beau-frère. Tu ne m’en veux pas, mon frère ?
    - Tu tiens à elle comme à une de tes filles. Je te fais confiance. Tu ne peux qu’avoir une bonne opinion de ces gens vu que tu as donné ta parole !
    - Oui. On ne le regrettera pas ! Je vais lui apprendre la nouvelle.
    Kader se rend à la chambre. Celle-ci est dans la pénombre. Katia se soulève à peine lorsqu’elle le reconnaît. Elle le salue d’une voix très faible.
    - Bonjour, murmure-t-elle. Comment vas-tu ?
    - Mieux que toi, répond-il. Pourquoi te mettre dans cet état alors que tu as toute la vie devant toi ?
    Des larmes glissent de ses yeux dès qu’elle ferme les paupières.
    - Pourquoi remuez-vous le couteau ?
    - Je ne voulais pas, s’excuse l’oncle. Je te le jure. Tu sais combien tu comptes pour moi !
    - Je sais.
    Il se rend compte qu’il n’a pas vraiment réfléchi comment aborder le sujet. Il est venu lui apprendre la nouvelle, comme ça. Alors qu’elle pense à tout sauf à se remarier…
    - Figure-toi que quelqu’un s’intéresse à toi, lui apprend-il. Je me suis permis… de te marier…
    - Qui peut bien vouloir d’une femme qui a été répudiée ? D’une femme qui a fugué, ajoute-t-elle. Et qui a été ramenée de force chez son père ? Qui est assez fou pour vouloir se marier avec moi ? l’interroge-t-elle.
    - Sûrement qu’il est aussi fou que tu peux l’être car il a insisté pour que tu sois sa future femme, réplique Kader. Badro, c’est son prénom, est au courant de tout ! ça ne lui fait pas peur d’être confronté à ton mauvais caractère, plaisante l’oncle. C’est pourquoi j’ai accepté…
    - Il n’a pas peur d’être tourné en ridicule ?
    Kader hoche la tête, très sérieux. Son prétendant a été prévenu. Puisqu’il insiste, pourquoi aurait-il refusé ? Il ne pourra pas se plaindre. Il est au courant de tout…

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  63. Artisans de l'ombre Dit :

    ——————————-65iéme partie————————-

    Maintenant qu’il les a mis au courant, il s’empresse d’appeler Badro.
    - Ils sont d’accord, lui dit-il.
    - Quand pourrais-je venir avec ma famille ? Ce jeudi ? Ou vendredi ?
    - Vous êtes pressé…
    - Oui, je tiens à ce que tout se fasse ce mois ! insiste le jeune homme. Je ne peux pas perdre de temps !
    - Oui, je comprends mais je ne leur ai pas dit que ce serait pour tout de suite, répond Kader, pris au dépourvu. Pourquoi ne pas y aller doucement ?
    - J’ai passé un examen et si je réussis, je partirais en formation pendant des mois… Soit on se marie prochainement soit ce sera après ma formation…
    - Peut-être qu’il y a du bon à retarder les choses, dit l’oncle.
    - Non, non, je tiens à me marier avec elle et rapidement ! insiste le prétendant. Je peux compter sur vous, pour que le mariage ait lieu dans trois semaines ?
    - Trois semaines ! s’écrie Kader. Mais c’est trop tôt !
    Badro insiste à tel point que le lendemain même, il retourne voir son frère. Dahmane est aussi surpris que lui par son empressement mais il ne refuse pas. Il est d’accord, pour que le mariage ait lieu prochainement.
    - Je ne donnerai pas de dîner, prévient-il son frère. Je veux que ce soit discret…
    - Pourquoi ? C’est un mariage ! lui rappelle Kader.
    - Je sais mais vu la tournure qu’a pris son premier mariage, autant ne pas le crier au-dessus des toits… Je suis sûr que cela ne marchera pas !
    - Alors pourquoi avoir donné ton accord ?
    - Parce que tu es mon frère et que tu ne lui veux que du bien, répond Dahmane. Si cela ne marche pas, tu finiras par me donner raison. Elle a un sale caractère. Si cela marche, tu m’auras enlevé une épine du pied ! Je t’en serai reconnaissant à vie !
    - D’accord ! Des fruits et des légumes, gratis, à vie !
    - On n’avait pas fait de marché ! s’écrie Dahmane. Mais je suis d’accord !
    Ils s’échangent une poignée de mains. Kader va voir sa nièce ensuite et il est soulagé par le fait qu’elle ne pose pas trop de questions. Car il n’aurait pas su expliquer pourquoi le prétendant tenait à ce que le mariage soit fêté prochainement.
    La demande en mariage officielle a lieu le surlendemain. Badro est venu accompagner d’un imam et de sa famille. Celle-ci a tenu à mettre de l’ambiance une fois marié religieusement. Saleha est heureuse. Elle constate que ce sont des gens bien et prie pour que rien ne vienne gâcher le mariage. Car elle voie bien que Katia n’est pas heureuse. Elle ne participe pas à leur joie. Elle est là comme une spectatrice. Si ces cousines ne lui avaient pas forcée la main, elle ne se serait pas faite belle, elle n’aurait pas porté une jolie tenue.
    - Badro veut voir sa moitié, plaisante la mère de ce dernier. Laissez le passer…
    Katia baisse la tête en fermant les yeux. Son soupir n’échappe pas à sa future belle-mère.
    - Ne me dis pas qu’il ne te plaît pas !
    - Qu’elle ose me le dire en face !
    Katia lève les yeux, surprise. Cette voix, elle la connaît. Ce ne peut pas être lui. Curieuse, elle soulève lentement la tête et elle ne peut s’empêcher de sourire, en le reconnaissant. Une seule question lui vient à l’esprit. Comment a-t-il fait pour la retrouver ?

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  64. Artisans de l'ombre Dit :

    ————————–66iéme partie—————————–

    Katia peut enfin lui poser la question une fois dans sa nouvelle demeure. Badro, qui avait prévenu son colocataire du changement dans sa vie, n’a pas fait le difficile et est parti vivre ailleurs.
    Le studio meublé est spacieux et bien situé. Ils vivent à quelques kilomètres d’Annaba, dans un quartier propre. Le quartier même où Badro travaille dans une entreprise privée comme comptable.
    Il a pris un congé, le temps qu’elle s’habitue à sa nouvelle vie. Il l’emmène en ville et tient à lui faire plaisir. Il est au courant de tout ce qu’elle a vécu. Il a de la peine, pour elle. Il veut qu’elle oublie et qu’elle prenne le temps de goûter, aux bonnes choses de la vie. Le bonheur, il tient à ce qu’elle sache ce que c’est.
    - Raconte-moi comment tu as fait pour me retrouver ?
    Badro feint de réfléchir.
    - Je ne sais plus… J’ai oublié !
    - Non, sérieusement !
    - Un dessous-de-table à un gendarme et j’avais tous les renseignements que je voulais, répond-il. J’ignorais seulement où tu vivais. Sinon les autres renseignements, je les ai obtenus par la mairie. J’ai oublié de te dire qu’ils t’ont répondue !
    - Ah bon ? Pourquoi ne pas me l’avoir dit tout de suite ?
    - Heu…
    Badro hésite à les lui remettre tout de suite. Il a appris le décès de sa mère Lydie et il ignore comment le lui apprendre. Il y a quelques mois.
    - C’est que…
    - Si tu te soucies de ma réaction, tu t’inquiètes pour rien, dit-elle. Je suis au courant pour ma mère. En fait, dans le fond, elle est morte depuis longtemps ! Le jour où elle m’a abandonnée.
    - Ne dis pas ces choses ! Ta mère ne devait pas avoir le choix. Figure-toi que tu as une sœur qui porte le même prénom que toi !
    - Comment le sais-tu?
    - Toutes deux figurez sur le testament, lui apprend-il. Ta mère ne t’a jamais oubliée. Elle était souffrante et fatiguée.
    - Ah… je comprends maintenant. Elle ne pouvait pas supporter un voyage et tenir tête à mon père. Est-ce que tu vas m’aider à repartir en France ? lui demande-t-elle, en larmes. Je voudrais connaître ma sœur et me recueillir sur la tombe de ma mère !
    Comment aurait-il pu refuser ? Quelques mois après, ils se recueillaient sur sa tombe. Elle regrette de ne pas avoir pu la revoir. Mais son cœur est apaisé. Sa mère ne l’avait pas abandonnée.
    Le fait qu’elle ait donné le même prénom, à son second enfant, lui révèle qu’elle tenait à ce que son souvenir revive. Katia et Badro s’installent dans ce qui a été la demeure de sa grand-mère. Elle découvre qu’elle lui a aussi laissé une somme d’argent importante. Il y a aussi plusieurs lettres écrites avant que la mort ne vienne abréger ses souffrances.
    Des lettres qui lui demandent d’aller de l’avant. Car elle savait que le jour où Katia en prendrait connaissance, cela voudra dire qu’elle ne vit plus avec son père et qu’elle est au seuil d’une nouvelle vie. Une nouvelle vie en compagnie de Badro avec qui il fait bon de vivre. Mais sa nouvelle vie tranquille et heureuse ne l’empêche pas de se rappeler son père et ces années noires…
    L’histoire est tirée de faits réels.

    ADILA KATIA
    Fin

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