Il ne conduit que son couffin au soug de la rue des Aurès, ex-La Bastille, quand la mercuriale se fait clémente. Si c’est ça la définition d’un chauffeur de taxi, il l’est, mais alors clandestin, car il ne signe jamais de son nom.
Il gare aux abords des mots simples, refusant le vocabulaire en smoking qui tente de récupérer une société qui le fuit. Société de travailleurs pour un «sal-air» qui pollue l’atmosphère, chaque fin de mois. Quand il faut payer toutes les redevances et donner le masrouf à leurs bonnes femmes qu’on n’appelle plus ménagères tant c’est de l’équilibrisme budgétaire qu’elles font. Acrobatie perpétuelle. Il gare aux côtés des enfants qui n’ont de vacances que la vacance des rues, le soir pour rêver à une éventuelle «hedda».
Son vocabulaire côtoie les jeunes diplômés-chômeurs. On ne les appelle plus, d’ailleurs, diplômés. On les surnomme les «dipômés». Le «L» a disparu, leurs études n’étant plus les ailes qui permettent l’envol dans la vie active.
Son mot côtoie «mossiba», celle qui n’arrête pas de s’abattre sur nos têtes. Il gare son verbe pour essayer de comprendre, autrement, le silence des jeunes en se demandant si c’est le langage lui-même qui leur fait défaut depuis qu’on a appelé leur discours spontané, «chahut de gamin».
Ce billet est dédié à ceux qui savent que «lorsque le dire n’est pas plus beau que le silence… il faut se taire».













3 mai 2012
El Guellil