Par : Yasmine HANANE
La vieille femme traverse la rue et se dirige d’un pas traînant vers l’épicier du coin :
- Je veux un kilo de sucre, un paquet de café et trois sachets de lait… Je payerai demain.
- je ne te donne rien… Je ne suis pas idiot pour croire à tes promesses vieille chipie. lui répond, l’épicier… tu ne payes jamais… Cela fait des lustres que je n’ai pas vu tes sous, tu ne sais que réclamer sans pour autant respecter les crédits et les délais de paiement.
- C’est faux Brahim, répond la vieille femme, tu sais bien que même quand je n’avais rien à me mettre sous la dent, je venais quand même faire mes courses chez toi et payer, peut-être pas d’une seule traite, tous mes achats, mais je payais quand même. Tu sais bien que s’il ne s’agissait que de moi, j’irai jusqu’à m’abstenir de faire mes courses chez toi, mais Allah ghaleb, il y a mon fils, ce grand malade qui est paralysé depuis cinq ans sur son lit, et ses cinq enfants qui réclament sans cesse à manger. Si au moins, ils avaient leur mère…
La vieille soupire… Ah! la pauvre Nacéra, elle était si débrouillarde! Elle ne me laisserait jamais user mes dernières années à courir à l’affût d’une baguette de pain.
Imperturbable, le commerçant lui lance :
- Ne t’amuse pas à affaire du sentiment devant moi la vieille. ça ne marche plus. Je sais que tu n’a pas de pain chez toi, mais tu as bien mieux que ça. Tu as des bijoux.
- Mais mon fils, c’est le seul bien qui me reste de mon défunt mari et puis drôle de bijoux, une bague et une chaîne aussi fine qu’un cheveu.
- Ca ne fait rien … tu peux les hypothéquer… au moins jusqu’au paiement des dettes.
- Les hypothéquer ? La mort dans l’âme, la vieille dame retourna chez elle où elle pleura longuement avant de se décider à se départir des derniers biens qui lui restaient. L’épicier consent à lui livrer la commande du jour, mais refuse dès le lendemain de la servir. La pauvre vieille ne put rien intenter contre lui, sauf la malédiction du créateur, qu’elle implora de toutes ses forces. Quelque temps plus tard, l’épicerie prit feu et le propriétaire perdit tous ses biens y compris les bijoux de la vieille qu’il gardait dans un coffre avec toutes ses économies à l’intérieur.













4 mai 2012
EXTRAITS, Yasmina Hanane