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La nouvelle de Yasmina Hanane Le mendiant

4 mai 2012

EXTRAITS, Yasmina Hanane

 

Par : Yasmine HANANE

Il était vieux, crasseux, aveugle et tenait à peine sur ses pieds. Tous les matins que Dieu fait, il talonne les trottoirs avec sa canne en bois, pour atterrir à proximité de la mosquée, face au hammam d’un quartier populaire. 
D’où vient-il ? Qui est-il ? Personne ne le sait. Ce vieillard usé par le poids des années et les misères a apparemment toujours fait partie de ce décor austère qui caractérise les vieilles villes.
De temps à autre, une pièce de monnaie vient tinter dans une assiette qu’il tient entre ses genoux. Une pièce qu’il ramasse furtivement pour la fourrer dans l’une des multiples déchirures de son veston.
Du samedi au vendredi, qu’il pleuve ou qu’il vente, ce mendiant ne bouge pas de son coin. Muet, immobile, fixant le vide, il est telle une statue déposée là par les soins d’une personne qui, depuis le temps, a dû l’oublier.
Après la prière du soir, le mendiant se lève tant bien que mal et traînant la savate, il retâtonne les trottoirs pour rentrer chez lui. Mais bien sûr, ce mendiant habite bien quelque part. Et ce quelque part n’est autre qu’un petit espace sombre sous les escaliers d’un immeuble. Une petite cave humide à peine assez vaste pour contenir une personne. Le mendiant rentre donc tous les soirs dans ce petit trou. De lumière, il n’en a point besoin puisqu’il est habitué à l’obscurité éternelle… Déposant alors sa canne et ses chiffons, il s’allonge sur un matelas qui occupe toute la surface, et s’endort en mâchant les dernières miettes d’une pizza ou d’un sandwich qu’une main bienveillante a bien voulu lui offrir. Ce programme routinier ne connaît de changement que les jours de fêtes où certains bienfaiteurs viennent offrir au mendiant quelques billets, un plat de couscous ou des friandises.
Ne voilà-t-il pas qu’un jour, le vieux mendiant ne se montra pas. Trois jours de suite, la place de la mosquée demeura vide. Les fidèles commencèrent alors à se poser des questions sur ce mendiant qu’ils voyaient régulièrement et qui les a habitués à sa présence journalière.
Les supputations allèrent bon train. “Il a changé de quartier”, disent les uns.
“Il est peut-être malade”, disent les autres.
Au bout de quelques jours, une odeur nauséabonde incommoda les locataires de l’immeuble où habitait le vieux mendiant. L’odeur qui se dégageait de la petite cave sous les escaliers persistait et devenait si forte et si insupportable qu’ils décidèrent d’appeler la police, d’autant plus que le vieux mendiant ne donnait plus signe de vie.
Une fois sur les lieux, les agents de police n’eurent aucun mal à défoncer la petite porte pour découvrir le corps du vieux mendiant en pleine décomposition. Quelques instants plus tard, une ambulance de la Protection civile vint évacuer le cadavre, et quelques agents procédèrent à la désinfection des lieux qui contenaient outre le vieux matelas, quelques chiffons crasseux, une tasse, deux assiettes et la célèbre canne en bois. Le tout fut jeté dans un grand carton… Mais au moment où l’on soulevait le matelas, une pièce de cinq dinars s’échappa d’un petit trou… L’agent, intrigué, secoua plus énergiquement la paillasse qui laissa tomber une montagne de pièces de monnaie et plusieurs liasses de gros billets. Finalement, le tissu usé du matelas se déchira sans résistance sur toute sa longueur pour faire découvrir aux yeux étonnés des assistants, une véritable fortune. Il y avait au moins une bonne vingtaine de millions de centimes (en 1980, c’était une véritable richesse). La nouvelle fera le tour de la ville. Et l’argent du mendiant ? il sera tout bonnement versé à une association caritative.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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