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La nouvelle de Yasmina Hanane Tu seras un homme mon fils

4 mai 2012

EXTRAITS, Yasmina Hanane

 

Par : Yasmine HANANELa nouvelle de Yasmina Hanane     Tu seras un homme mon fils dans EXTRAITS 802_200_150

Facile de le dire. Tu seras un homme. Mais pour l’être, la tâche est ardue. Rudyard Kipling disait dans ses vers :
“Si tu peux voir détruire
L’ouvrage de ta vie
Et sans un mot te mettre à rebâtir
Si tu peux perdre le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir… ”

Etre un homme, un vrai, en somme, n’est pas permis à tout le monde et pas non plus à n’importe qui.
Être un homme, c’est savoir braver le danger, avoir de la personnalité, et surtout savoir quoi faire dans des situations qui peuvent s’avérer insurmontables.
Mais chacun voit les choses à sa manière.
Être homme peut signifier pour certains, gagner de l’argent, beaucoup d’argent et par n’importe quel moyen. Être riche et puissant, et se faire respecter pour ce qu’on a, mais pas pour ce qu’on est.
Pour d’autres, être homme cela pourrait signifier la domination, le pouvoir, et pour y arriver, il faut emprunter les chemins scabreux de l’existence. Pour d’autres aussi, être homme, c’est avoir une belle moustache ou une barbe, et montrer au grand jour sa virilité.
Mon grand père lui a simplement épousé sept femmes. De son temps, avoir autant de femmes, signifiait la puissance, puisque cela supposait aussi une famille nombreuse et une descendance male prédominante. La  progéniture mâle assure un avenir et donne le pouvoir.
Il  était grand de taille, assez corpulent, le visage franc, le sourire facile,  mais audacieux et arrogant à souhait. C’était quelqu‘un qui n’aimait point être contredit et savait par trois coups de canne bien appliqués se faire respecter par les siens.
Il était aisé, pour ne pas dire riche. Car la richesse en son temps se résumait à des lots de terrains qui s’étendaient à perte de vue, et dont il savait en tirer profit. Il faisait travailler toute la main d’œuvre disponible dans la région et donnait des instructions fermes et rigides du lever du jour à son coucher. Pas de répit pour tout ce monde, qui suçait son suc, et faisait perler la transpiration sur son front. Mais il était généreux. Tellement généreux, que parfois, il offrait son propre dîner à un mendiant de passage, ainsi qu’un gîte pour la nuit. C’était de ce fait, un homme qu’on respectait plutôt pour ses gestes humanitaires que pour son caractère acariâtre.
Il trottait toute la journée sur ses longues jambes, et donnait ses instructions à tout bout de champ. Gare à celui qui se retrouve sur son chemin à l’heure où le reste de la tribut est aux champs. Mais depuis que ses enfants ont grandi, et que les aînés commençaient à prendre les choses en main, il pouvait se permettre quelques heures de repos, et une sieste bien méritée.
C’est qu’ils sont 40 enfants à vivre sous le même toit que lui sans compte les belles filles et les gendres. Et toute cette smala se réuni autour de lui chaque soir que dieu fait, pour un dîner bien mérité. Filles et garçons mangeaient à la même table, et gardaient un silence sacré, qui n’est interrompu le plus souvent que par les cliquetis des cuillères. Par contre, ses 7 femmes, après avoir dresser la table et  procéder au service, se retiraient dans l’espace cuisine, où enfin elles pouvaient se permettre de manger à satiété, avant de se retirer chacune dans sa chambre.
C’est les filles qui devaient nettoyer la salle à manger, la cuisine, et laver la vaisselle. Mon grand père en avait une bonne dizaines, les unes plus belles que les autres. Les cinq premières étaient déjà mariées, mais comme il y’avait de l’espace pour tous, elles sont revenues vivre avec mari et progéniture  sous le toit parental. Cela faisait un nombre effarant de bouches à nourrir, mais mon grand père, en vieux patriarche avisé, n’en avait cure. Dieu lui a donnait de quoi subvenir aux besoins de tout le village.  Les belles filles, comme les femmes du grand père se retirent dans leurs chambres avec leur progéniture juste après le dîner, mais revenaient se rasseoir plus tard autour des grandes tables basses pour la veillée, toutefois si “le vieux” n’est pas trop fatigué pour  “présider” la réunion. Sinon, un silence total s’abattait sur la maison, et chacun occupe son temps à sa manière. Le patriarche doit se reposer gare à celui qui ose  le déranger.

 

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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53 Réponses à “La nouvelle de Yasmina Hanane Tu seras un homme mon fils”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    2iéme partie

    Il avait aussi cette particularité d’être égal envers ses femmes. L’aînée à qui il avait donné le pouvoir hiérarchique faisait régner l’ordre dans la maison, recevait les invités, partageait les tâches ménagères, distribuait elle-même les cadeaux et les offrandes. En somme, elle avait latitude de diriger l’intérieur à sa guise, mais mon grand-père suivait de loin. Il avait horreur du mépris et de la discrimination, et dans sa famille encore plus.
    Pour donner l’exemple, il partageait chaque nuit une chambre avec une de ses femmes. À Chacune le privilège de l’avoir pour elle toute une nuit. Et à chaque fois, il savait calmer les esprits et apaiser les peines. Quand l’une d’elles se plaignait de quelque chose, il savait donner la réponse qu’il fallait et la plaignante réapparaissait le matin détendue et le sourire aux lèvres. Comment faisait t-il pour ne pas se lasser de tant d’obligations ? Lui seul en possédait la recette. Bien des amis à lui, aisés et assez autoritaires, avaient tenté l’aventure mais n’avaient jamais su obtenir de leurs femmes le respect et l’adulation qu’avait mon aïeul.
    Il était pour nous un exemple si présent, si palpable, qu’on ne savait plus compter que sur lui. Même quand un enfant, l’un de nous, tombait en jouant et s’écorchait la jambe, c’était vers lui qu’on se dirigeait. Il savait aussi bien panser les plaies du cœur que celles du corps. Un mouchoir enroulé autour de la blessure, un bonbon, et nous voici de retour à nos jeux, heureux et rassérénés.
    Mon grand père était de cette étoffe qui ne se plaignait jamais. Mais savait encaisser sans sourciller. J’ai beau essayé de détecter la peur au fond de ses yeux foncés. En vain. Il ne montrait jamais ses états d’âme, ni la préférence amoureuse qu’il avait envers Zahra, sa troisième épouse. Non. Seul parfois un petit geste ou un sourire évasif surpris au hasard entre eux dénotait d’une certaine intimité. Sinon rien.
    Nous étions encore des gamins à cette époque. Nous aimions courir dans les champs et jouir de la brise des fins d’après-midi printaniers. Assis sur son siège devant le grand portail de la grande maison, il était toujours heureux de nous avoir auprès de lui. En fait, il était heureux de voir sa famille s’agrandir de jour en jour, et de constater que Dieu lui a accordé une assez longue vie et une bonne santé pour nous voir tous réunis autour de lui. Ses 30 garçons déjà pères de famille pour la plupart, (si l’on excepte les deux derniers qui étaient encore célibataires) avaient de leurs côté une descendance à prédominance mâle. À sa grande fierté, il répétait à qui voulait l’entendre que c’était héréditaire dans sa famille.
    Mais comme il avait l’esprit d’équité, il n’avait pas une préférence particulière pour ses petits-enfants. Filles ou garçons, on était traités à la même enseigne. D’ailleurs, la plupart d’entre nous avait déjà entamé un processus scolaire, et grâce à lui, même les enfants des autres familles du village allaient à l’école. C’est dire que chacun prenait exemple sur nous. J’étais la petite fille de sa troisième femme Zahra (chut… sa préférée). Et je tenais de ma grand-mère les beaux traits de son visage, et sa corpulence.
    Elle était bien faite. Encore d’apparence jeune, elle passait pour l’une des plus belles femmes du village, d’autant plus qu’elle était la fille unique d’un riche fermier émigré en France qui n’avait que deux enfants.
    De son père, elle avait hérité de la grande maison et d’un champ de blé qui jouxtait la propriété de mon propre grand-père. Mais loin de s’enorgueillir, elle avait préféré remettre tous ses bien à mon grand-père, qui de son côté avait chargé mon père de s’en occuper.
    Ma mère qu avait mes deux frères à sa charge se délaissait un peu de moi, son aînée. Ainsi donc, j’avais tout le loisir de jouir de la protection de ma grand-mère paternelle, et même du grand-père, puisque ce dernier retrouvait en moi la beauté de sa troisième femme.
    De ce fait, je pouvais faire tout ce qui me plaisait dans la chambre de ma grand-mère. M’enfermer dans la grande armoire à glace. Dormir dans le grand lit – sauf les soirs réservés à mon grand père –, marcher pieds nus sur la natte et en ressentir des chatouillements sous mes pieds, mettre les bijoux de ma grand-mère ou même ses robes et me contempler dans le miroir de l’armoire .

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    3iéme partie

    Parfois, ma grand-mère me prenait sur ses genoux, me peignait et tressait mes longs cheveux avant de m’admirer un moment et de lancer en souriant :
    Tu es mon portrait craché à ton âge. Je sais que d’ici quelques années, les hommes vont se retourner sur ton passage.
    Elle aimait aussi me comparer à mes propres cousines. Et en déduisait souvent que j’étais la plus belle fille de ma génération. Mon grand-père souriait à ces remarques, et prenait cet air solennel qui renseignait sur ses pensées.
    Oui, il m’aimait bien grand-père, et c’était réciproque. Pour moi, tous les hommes devaient lui ressembler.
    Quand j’ai eu 14 ans, ma mère qui souffrait d’une allergie chronique ne supportait plus le climat de notre village. Mon père qui avait déjà lancé plusieurs affaires commerciales en ville n’eut aucun mal à nous dénicher un bel appartement dans une banlieue de la grande ville. Je fus certes triste de quitter ma grand-mère, mon grand-père et la grande demeure de mon enfance, mais à l’idée d’avoir d’autres perspectives bien plus intéressantes en ville, je ne tenais plus en place. La grande ville m’apparaissait alors comme un havre salvateur qui me permettra d’évoluer à ma guise.
    Bien sûr, j’étais trop jeune pour comprendre que les choses ne se passent jamais comme on veut. Prise entre l’innocence de l’enfance et l’excitation de l’adolescence, je ne voyais rien d’autre qui pourrait m’attendre dans la grande ville qu’un avenir des plus radieux.
    Mes débuts dans une école de mon quartier furent bien pénibles. J’étais la nouvelle, donc l‘intruse. Je ne connaissais personne, et personne n’osait me fréquenter. J’étais la fille d’un riche homme d’affaires, mais je n’avais pas encore le savoir-vivre des citadines. Comment approcher ces filles ? Comment leur faire comprendre que je venais en amie et que j’aimerais être une des leurs ?
    Ces adolescentes qui me regardaient de travers au début finirent par m’adopter. Mes notes en classe et les compliments des professeurs à mon égard les persuadèrent de s’allier finalement à moi.
    Elle comprirent, par-dessus tout, que mieux valait qu’elles soient amies avec moi qu’ennemies, car plusieurs d’entre elles eurent recourent à mes services pour les leçons compliquées des mathématiques et de la langue française que je maîtrisais fort bien.
    J’étais une élève douée. Très douée même. J’arrachais les meilleures notes à l’école, et je fus classée meilleure élève de l’établissement pour la première année que j’y passais. Les prix, les récompenses, les cadeaux pleuvaient de toute part. Mon grand-père, très fier de moi, nous rendit visite en ville avec ma grand-mère Zahra, et je fus la plus heureuse des filles sur terre, quand je sus que pour me faire plaisir, cette dernière à été autorisée à passer les trois mois de vacances chez-nous.
    J’étais aux anges. Cette année-là, ma première dans la grande ville, était à marquer d’une pierre blanche.
    Ma grand-mère m’offrait en guise de récompense à mes efforts scolaires une belle et lourde chaîne en argent qu’elle avait prise de ses propres bijoux.
    “Un jour, je te donnerai d’autres bijoux”, m’assura-t-elle en me prenant dans ses bras.
    Les années suivantes s’écoulèrent paisiblement. Je passais mon baccalauréat avec succès et j’accédais à l’université pour de longues études en médecine.
    À 25 ans, et à la grande fierté de ma famille, j’étais médecin.
    Mon grand-père, qui avait pris des rides encore, avait décidé du partage de ses biens entre ses enfants et petits-enfants. Bien sûr, la famille était bien grande, mais nos biens ne l’étaient pas moins.
    Il donne à mon père une somme d’argent pour m’ouvrir un cabinet bien équipé, et me demande à moi qui venait de prêté le sermon d’Hippocrate d’être indulgente envers les pauvres et les miséreux, d’atténuer les souffrances et de savoir prendre le bon côté des choses dans tous les domaines.
    Mon grand-père était un homme avisé. Dieu lui a donné des richesses, et lui a su les gérer. La part du pauvre n’était jamais oubliée, et il donnait à chacun de nous la possibilité de semer le bien autour de lui.
    “Si vous êtes généreux, Dieu le sera avec vous”, ne cessait-il de nous répéter. Mon grand-père avait la sagesse légendaire de nos aïeux, et mon père, de son côté, malgré quelques tares, conséquence de ses nombreuses fréquentations en ville, avait hérité de cette sagesse et analysait logiquement les choses. Il était cartésien et cela lui valait souvent des affrontements, car on refusait d’admettre certaines réalités.

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    4iéme partie

    Mon éducation m’avait déjà initiée à certaines choses dans la vie. Mais du haut de mes 25 ans, et de mon titre de docteur en médecine, je me voyais le centre de l’univers. Pas pour longtemps cependant. Une fois la griserie du succès évaporée, je redescendis sur terre. Certes, j’étais une belle femme. Certes, j’étais médecin. Mais C’est maintenant que commençaient ma vie et mes responsabilités.
    Je m’installais dans mon cabinet flambant neuf, pris une assistante et entame ma carrière médicale avec abnégation.
    Je travaillais sans rechigner et je gagnais la confiance des gens à mon égard. Au bout de quelques mois, mon cabinet s’avéra trop étroit pour contenir le nombre allant crescendo de mes patients.
    La plupart d’entre eux étaient pauvres, mais riches de cette richesse qu’on ne retrouve que chez les gens simples et généreux. Ils viennent vous voir, étalent leurs problèmes et vous racontent leur vie sans ambiguïté. Le plus souvent, ils repartaient rassurés et plus confiants en eux qu’a leur arrivée. La plupart du temps, je diagnostiquais des maladies psychosomatiques que je traitais par des séances d’écoute, qui me coûtèrent du temps et de la patience. Mais, en fin de compte, le patient repartait souvent moins stressé et moins angoissé. La thérapie consistait simplement à le laisser parler et à l’écouter puis à lui prescrire des calmants afin de lui faire sentir que la consultation est plus physique que morale.
    Mon train-train de vie s’égrenait. Avec le temps, j’appris à maîtriser et mon métier et mon tempérament. Je devins plus sage, plus prévoyante, et sur les conseils de mon grand-père, j’offrais même une journée hebdomadaire de soins gratuits. Ce simple geste me fera grimper dans l’estime des gens. C’est alors que je rencontrais Hacène. Et le monde pris une autre facette.
    Hacène est entré en coup de vent dans ma vie.
    Il vint me consulter pour une indigestion. Mais je diagnostiquais plutôt une intoxication alimentaire. Je lui prescrivais alors un traitement, mais au bout de trois jours, il revint me voir pour se plaindre d’autre chose.
    Je ne trouvais rien d’anormal à son état de santé, et lui conseillais de prendre quelques jours de repos.
    Une semaine plus tard, il revient au cabinet et cette fois-ci se plaignait de maux de tête et de poussées de fièvre.
    C’était l’énigme totale pour un médecin, qui à l’issue de la consultation ne détectait rien d’anormal.
    Je conseillais à Hacène de faire un bilan général. Car, tout de même, sauf pour sa précédente intoxication, l’homme paraissait en excellente santé.
    Deux jours plus tard, il revient avec les résultats d’analyses qui, comme je l’avais prévu, s’avérèrent des plus normaux.
    Je tentais alors de rassurer davantage mon patient en lui démontrant que son état était des plus bons, et qu’il ne souffrait d’aucune maladie physique. Peut-être que vous n’avez pas le moral au beau fixe, et cela provoque parfois certains malaises passagers, lui dis-je. Mais rassurez-vous, vous êtes en excellente santé. Je sais, me répond-il en me regardant dans les yeux. Et je sais aussi de quoi je souffre.
    Alors, dites-le moi. Peut-être vous trouverais-je un remède.
    Ah oui. ça vous le trouverez. Car le remède, c’est vous…

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  4. Artisans de l'ombre Dit :

    5iéme partie

    Je le regardais ébahie. Vous n’avez donc pas compris ? insiste-t-il.
    Non.Je vous assure que…
    Alors vous n’êtes pas un aussi bon médecin qu’on le prétend.
    Mais de quoi donc souffrez-vous Hacène ?
    Du mal le plus ancien qui soit sur terre. Du mal d’amour.
    Je demeurais stupéfaite.
    Je suis amoureux de vous. C’est la seule raison qui me conduit aussi souvent chez-vous. Je sais que je ne suis pas malade. Mais je suis tombé malade de vous, depuis le premier jour où je vous ai vue dans ce cabinet, alors que vous veniez de diagnostiquer mon intoxication alimentaire. Voici toute l’histoire.
    J’éclatais franchement de rires :
    - Ah, mais ce n’est pas croyable.
    Ah, mais quoi. Je viens de vous dévoiler une vérité qu’apparemment vous ne voulez pas accepter.
    Non mais, vous allez trop vite en besogne.
    Non au contraire. Je crois que j’aurais dû vous déclarer ma flamme dès le début. Mais vous êtes tellement insaisissable, que je n’osais m’y aventurer.
    Vraiment, si je m’attendais à une telle déclaration en cette fin de journée !
    Je regardais Hacène droit dans les yeux et lui demandais : et maintenant, Monsieur l’amoureux ? Maintenant que vous avez déclaré votre flamme. Qu’allez-vous faire ?
    Eh bien ce que chaque amoureux est sensé faire.
    Et qu’est-ce qu’un amoureux est sensé faire.
    Il se lève alors, contourne mon bureau, et vint déposer une légère bise sur ma joue. Je deviens cramoisie.
    Mais qu’est-ce qui vous prend… Commençais-je à dire… Puis touchant ma joue de ma main, je sentais que ma peau était brûlante.
    Mina… lance-t-il… Accordes-moi ta main…. C’est la seule solution pour nous deux.
    Je demeurais perplexe un moment. C’est que ma surprise était telle que je n’arrivais plus à assimiler ce qui m’arrivait.
    Tu ne connais rien de moi, n’est-ce pas ? reprend-il. À part peut-être que je suis ingénieur en agronomie, et que j’ai un physique qui fait tourner les femmes à mon passage. Mais la seule qui ne m’a pas courtisé, c’est celle-là justement qui me plaît…
    Je me levais. Ayant repris mes esprits, je redescendis sur terre. Le premier geste à faire aurait été de reconduire cet homme hors de mon bureau et de lui dire gentiment d’aller voir ailleurs. Mais quelque chose en moi refusait d’agir. Je ne connaissais rien du coup de foudre, mais je pense que cela a été le cas pour Hacène et moi. Dès le premier jour, j’avais admiré son physique, sa corpulence, sa gentillesse et surtout il semblait très cultivé, et quelquefois nous avions même abordé des sujets d’actualité qu’il semblait maîtriser parfaitement. Mais tout de même, je ne connaissais pas cet homme !
    Il se lève et me prend les mains :
    Je te donne le temps de réfléchir à ma proposition.
    Mais je ne te lâcherais pas pour autant Mina, même si je dois passer ma vie à attendre devant la porte de ton cabinet.
    Il sortit et me laisse sans voix.

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  5. Artisans de l'ombre Dit :

    6iéme partie

    La journée tirait à sa fin, et avec une telle conclusion, je n’arrivais vraiment pas à dominer ni les pulsations de mon cœur ni mon état d’âme.
    Je rentrais chez-moi et trouvais ma mère en train de préparer le dîner pour au moins une vingtaine de personnes.
    Tu oublies que ton frère vient de terminer son service national… Me lance-t-elle du seuil de la cuisine. Voyons Mina, tu aurais pu rentrer plus tôt pour me donner un coup de main.
    J’avais complètement oublié cet évènement. Mon grand-père, bien que malade, n’allait pas rater l’occasion de rassembler les siens autour de lui. Déjà j’entendais des voix venants du salon.
    Ils sont déjà là ?
    Pas tous… Mais ton grand-père est tes trois oncles sont arrivés cet après-midi. Les autres ne vont pas tarder. Va vite te changer… Nous aurons du monde ce soir.
    Je ne me le fais pas répéter deux fois. La soirée s’avéra longue et bien animée, et comme ma grand-mère Zahra était de la partie, je ne sentis vraiment pas le temps passer.
    Cependant, l’état de santé de mon grand-père m’inquiétait. Le patriarche frôlait les 92 ans et souffrait de plusieurs maladies. Néanmoins, il ne laissait rien paraître. Malgré notre insistance pour l’envoyer au lit, il tint à passer la soirée avec nous. “Qui sait. Peut-être que je n’aurais plus l’occasion de vous revoir de si tôt.”
    Sa prémonition s’avérera juste quelques mois plus tard.
    Dans toute cette confusion, j’oubliais Hacène.
    Mais en me réveillant le lendemain matin, ma première pensée sera pour lui. Je sentais mon cœur palpiter. Cet homme, même s’il était encore un inconnu, me plaisait. Il avait quelque chose en lui qui m’inspirait confiance, et je me rendis à mon cabinet l’esprit bien gai.
    Quelques jours passèrent et Hacène revint au cabinet à la fin d’une journée orageuse, alors que je m’apprêtais à rentrer à la maison.
    Désolée Hacène, mais avec ce temps je ne peux vraiment pas trop tarder… Lui dis-je alors qu’il s’attendait à un meilleur accueil.
    Comment vas-tu faire pour rentrer. ? me demande-t-il sans se désarmer.
    Je vais prendre un taxi.
    Il n’en est pas question. Viens je te dépose.
    Mais je ne peux pas…
    Mais si tu peux. Viens allons quelque part prendre un pot et discuter. Dans une heure tu seras chez toi bien au chaud.
    Je le regardais, et mes yeux parlèrent pour moi.
    Il me prend le bras et m’attire contre lui pour me protéger de la pluie. Puis, il m’ouvrit la porte de son véhicule et m’installe confortablement sur le siège passager. Que pouvais-je souhaiter de plus qu’être là avec ce bel homme qui m’aime et qui veut m’épouser ?
    Il se met au volant et se met à conduire d’une main experte. Il s’arrête quelques kilomètres plus loin et m’invite à rentrer dans un petit salon de thé douillet que je ne connaissais pas.
    Le calme des lieux met fin à mon anxiété et j’enlevais mon manteau pour prendre place autour d’une petite table toute en fleurs.
    L’endroit te plaît ? me demande Hacène en s’asseyant à son tour.
    Je regardais autour de moi, et je constatais que l’endroit était non seulement calme, propre et agréable, mais aussi meublé avec goût.
    C’est très agréable. Je ne savais pas qu’il existait un tel endroit si près de chez-moi.
    C’est encore nouveau. Ils viennent d’ouvrir il y a à peine deux mois. C’est l’un de mes amis qui connaissait le propriétaire qui me la fait découvrir.
    Il commande du thé chaud et des gâteaux aux amandes et tire une cigarette avant de suspendre son geste :
    La fumée te dérange ?

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  6. Artisans de l'ombre Dit :

    7iéme partie

    Je hoche la tête :
    Non. Je n’aime pas l’odeur du tabac.
    Il s’abstint de fumer mais lance :
    Tu devrais t’y accommoder car je suis un grand fumeur.
    C’est toi qui devrais t’abstenir de fumer, car le tabac est un grand danger pour la santé.
    C’est le médecin qui parle ? Me demande-t-il mi-sérieux, mi-amusé.
    Oui et même si je n’étais pas médecin, l’odeur du tabac me dérange. J’aime le grand air et la pureté de la nature…
    Comme chez-toi au bled.
    J’ouvris de grands yeux :
    Tu connais notre bled ?
    Bien sûr. Je connais ton grand-père. Qui ne le connaît pas d’ailleurs. Et même ton père. Si Omar, le grand homme d’affaires.
    J’étais abasourdie :
    Mais vomment les connais-tu ?
    Hacène sourit d’un air espiègle :
    Je suis bien célèbre petite naïve.
    Il reprend son air sérieux et poursuit :
    Tu sais bien que je suis ingénieur agronome. Parfois, de grands propriétaires terriens me font appel pour régler certains problèmes d’agriculture, d’horticulture, de plants, de maladies parasitaires….. À vrai dire, je ne chôme pas. Mon expérience – 10 ans dans le domaine – m’a valu une bonne réputation auprès des grands agriculteurs de la région. Il y a quelques mois, un ami à ton père est venu me voir pour régler un problème dans votre plantation au bled. Je ne sais pas si on t’a mise au courant, mais je crois que la récolte de pomme de terre de l’année dernière a été un véritable fiasco.
    - Ah oui, ça je le sais, m’écriais-je. Mon père avait perdu beaucoup de transactions commerciales pour cette matière, parce que la quantité prévue pour la saison était en deçà des espérances.
    Donc, on a fait appel à mon expérience, et j’ai découvert les raisons de la mauvaise rentabilité de la pomme de terre. J’ai même ordonné de réimplanter quelques boutures dans un champs mitoyen afin de palier à toute éventualité.
    Je restais bouche bée.
    Hacène, je ne le connaissais que depuis quelque temps. Et la première fois où je l’ai rencontré, c’était lors de sa première visite à mon cabinet. Pourquoi ne m’a-t-il rien dit alors ?
    Pourquoi ne m’avoir rien dit de toute cette histoire Hacène ?
    Mais je n’ai jamais eu l’occasion de te parler de manière aussi rationnelle qu’aujourd’hui. Tu me recevais entre deux consultations. Et j’étais supposé être un patient parmi les autres.
    Il sourit :
    Mais aujourd’hui, je ne suis pas le petit patient qui vient pour un bobo. C’est notre première sortie ensemble.
    Je lui rendis son sourire, et je me sentais heureuse.
    Tu n’es venu q’une seule fois pour un bobo, par la suite c’était de la pure comédie.
    Et tu es entré dans le jeu Mina.
    Oui. Je prenais au sérieux tes maladies imaginaires.
    Il sourit :
    Et maintenant, qu’allons-nous faire. Plutôt que vas-tu faire ?
    La décision te revient. As-tu réfléchis à ma proposition ?
    Je rougis, mais j’essayais de garder un air dégagé. Tu veux dire à ta récente demande en mariage ?
    Oui. J’attends toujours ta réponse Mina.

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  7. Artisans de l'ombre Dit :

    8iéme partie

    Je buvais mon thé à petites gorgées, et la chaleur du breuvage m’aida à camoufler ma rougeur.
    Je sentais que la vie était belle. Mais je prenais un plaisir exquis à faire languir mon prétendant.
    Tu ne veux pas attendre encore un peu ?
    Pourquoi attendre ?
    Je veux qu’on ait le temps de se connaître.
    On a toute la vie pour ça. Et puis, que veux-tu connaître de moi ?
    Tout.
    Eh bien, tu vois, ce sera très long pour tout te raconter sur moi, cela prendra une trentaine d’années au moins. Tu ne veux quand même pas attendre aussi longtemps pour me donner une réponse.
    Je riais. J’étais heureuse et détendue. Hacène était quelqu’un de bien. Son éducation était parfaite. Si mon père a fait appel à lui pour régler les problèmes de la plantation et si mon grand-père l’a apprécié et écouté ses conseils, c’est que l’homme était parfait. Je connaissais les exigences de ma famille quant au sérieux de ses collaborateurs, et je savais qu’on ne pouvait pas souvent se tromper sur leur jugement.
    Je rejetais la tête en arrière en un geste détaché puis je lançais :
    Je te donnerais ma réponse quand j’en saurais assez sur toi. Pas avant.
    Je peux tout de suite te répondre. Si ça ne tient qu’à cela, les choses redeviennent très simples.
    Hum… vas y, je t’écoute.
    Hacène se lance dans une longue dissertation sur sa vie. Il était le fils unique de ses parents. Son père déjà retraité était un ancien comptable dans une administration et sa mère, tout comme la mienne, femme au foyer. Hacène était leur fierté. Ils ont trimé pour l’élever et lui payer des études.
    J’ai déjà 35 ans passés Mina… Ma mère dans ses prières demande à Dieu de lui accorder assez de temps sur cette terre pour me voir marié et père de famille. Mon père, qui se fait vieux, ne cesse d’ailleurs de me harceler pour ça.
    Pourquoi n’as-tu jamais songé à te marier alors ? Lançais-je espiègle.
    Eh bien, parce que je ne t’avais pas encore rencontrée !
    Et maintenant, tu es sûr d’avoir rencontré la compagne de ta vie.
    Hacène me prit les deux mains et les serra dans les siennes
    Je n’ai jamais été aussi sûr de moi Mina…
    Des larmes brillaient dans ses yeux. Je ressentais l’amour de cet homme jusqu’au fin fond de mon être. Et je sentis aussi un profond sentiment envers lui.
    Notre mariage eut lieu six mois plus tard. Mon grand-père vu son âge n’avait pu se déplacer en ville pour y assister. Mais toute ma grande famille, grands et petits, était là.
    Mon père voulait que ce mariage soit le plus beau et le plus grand de l’année. Il avait convié des cousins éloignés perdus de vue depuis des décennies. Des anciens voisins du bled, des employés dans nos champs et même nos anciennes femmes d’entretien.
    Chacun a eu sa part de joie et d’allégresse. J’étais heureuse mais un peu triste parce que mon grand-père n‘y assistait pas. Il avait chargé ma grand-mère Zahra, qui m’avait offerte tous ses anciens bijoux, de me remettre les clefs d’un véhicule flambant neuf. C’était son cadeau à lui qui pourtant n’aimait guerre se déplacer dans ces “engins” comme il les appelait, sauf pour voyager. J’en pleurais. Mon grand-père avait tant fait pour moi. Pour nous tous. De son premier enfant, au dernier de ses petits-enfants, il n’avait omis personne. À Chaque fois que cela s’est avéré nécessaire, il avait tendu une main protectrice à chacun de nous. Ses sept femmes le vénéraient, nous l’aimions tous comme nous étions d’un amour profond. Il était craint et respecté, et heureux étaient ceux qui ont gagné son estime.

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  8. Artisans de l'ombre Dit :

    9iéme partie

    À mon retour de notre voyage de noces, je lui rendis visite et fut effarée par son aspect physique. Mon grand-père n’avait plus que la peau sur les os. Il toussait beaucoup, et se traînait péniblement d’une pièce à une autre de notre grande et vaste demeure campagnarde.
    “Il fait ses adieux, me confie ma grand-mère les larmes aux yeux. Dieu lui a accordé une assez longue vie pour voir ses petits-enfants grands et même assister à la naissance de ses arrières-petits- enfants. Mais ne nous sommes pas éternels… ”
    Je lui présentais Hacène qu’il reconnut et qu’il serra dans ses bras. C’est fait maintenant, Hacène à la bénédiction de l’aïeul et pourra faire partie intégrante de la famille. J’en pleurais devant ce geste si simple mais si significatif. Mon grand-père me prit par la main et me garde auprès de lui.
    Il ne pouvait parler trop longtemps, mais nous nous comprenions. Je lui embrassais le front et je lui assurais que je reviendrais le voir aussi souvent que le permettait mon travail.
    Il hocha la tête, compréhensif et content. J’étais encore plus triste qu’avant mon arrivée et je compris que le temps ayant fait son œuvre, mon grand-père n’avait plus que quelques mois à vivre, et encore, si la volonté divine le lui permettait.
    Deux mois. C’était le sursis accordé. Mon aïeul mourut à l’aube d’un nouveau jour, comme il l’a toujours souhaité. Il avait vécu toute sa vie entre les grands murs de sa maison et dans sa plantation. Et ne nous pouvons que l’enterrer au milieu des siens dans cette même plantation qu’il a aimée et dirigée depuis son enfance.
    Je pleurais ce cher disparu. Toutes les larmes de mon corps n’auraient pas suffi à lui rendre l’hommage qu’il méritait. Le village entier assista à ses funérailles. Les uns hochaient la tête avec respect en parlant de ses multiples exploits, les autres le pleurèrent en silence et ne purent exprimer que leur désarroi d’avoir perdu en lui un père et un protecteur.
    Ce fut une épreuve très douloureuse pour tous.
    De retour chez-moi, je devins taciturne. Hacène comprenant ma tristesse respecta mon silence et m’aida de son mieux à surmonter ma peine.
    Je repris mon travail dans un état d’esprit des plus critiques. Seule ma volonté de vaincre m’aidera à dépasser ce coup cruel de l’existence.
    Je me réfugiais dans mon travail. Je continuais à discuter avec mes patients, et pour me maintenir à flot, j’essayais de comparer ma peine aux leurs, et cela me permettait d’évaluer les choses à leur juste valeur.
    La mort est une chose naturelle. Mais les problèmes quotidiens sont d’une toute autre nature.
    Quelques-uns de mes patients, malades chroniques, m’infligèrent une bonne leçon de moralité. Malades, et condamnés à l’être toute leur vie, ils acceptaient leur sort sans rechigner, malgré leurs souffrances continuelles, alors que moi, je refusais d’admettre la mort de mon aïeul et ma tristesse me rendait insensible aux autres.
    Encore une fois, je compris que seule la volonté recherchée en soi-même redonnait le courage.
    Je réapprenais à vivre. Partagée entre mon travail et mon foyer, je remontais péniblement la pente. Heureusement que j’avais mes parents à mes côtés et un mari aimant. Je découvrais en Hacène beaucoup d’amour, de bravoure, de courage et d’attention. Il était aux petits soins avec moi, et ses gestes me touchaient énormément.
    Que serais-je devenue sans son soutien ? je me le demande encore aujourd’hui.
    Un évènement marquera aussi cette période : j’étais enceinte. La nouvelle enchanta ma famille, et Hacène redoubla d’attention envers moi. Il m’interdit de faire le ménage ou la cuisine et même de faire toute seule mes courses. Pour cela, il engagea une femme de ménage et m’épargna toutes les tâches déconseillées aux femmes enceintes.
    Tu exagère, lui dis-je alors qu’il prenait mon cartable pour m’interdire de le mettre moi-même dans le coffre de mon véhicule. Je ne suis pas une poupée de chiffon, et puis je suis bien placée pour savoir ce qui est bon pour moi et ce qui ne l’est pas.
    Oui… Tu es comme ce cordonnier mal chaussé… Allez, assez de rechigner, montes dans la voiture et dès aujourd’hui, c’est moi qui vais prendre le volant.
    J’essayais de résister. En vain. Mon mari prenait tout en main alors que je n’étais qu’à quelques semaines du début de ma grossesse.

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  9. Artisans de l'ombre Dit :

    10eme partie

    J’accouchais en hiver d’un adorable petit garçon. Hacène était fou de joie. Il ne tenait plus en place, et montrait le petit bout de chou à tous ceux qui venaient nous rendre visite. Si bien que mon bébé devint célèbre dans tout notre quartier. Qui n’avait pas entendu parler de notre fils ? Même mes oncles et cousins du bled vinrent tour à tour voir ce bébé dont on ne cessait de parler.
    Mes parents étaient fiers de moi. Ils devenaient grands-parents, cela les vieillissait et les comblait de bonheur en même temps.
    Mes beaux-parents, et en particulier ma belle-mère, avaient versé des larmes à la vue de leur premier petit-fils. Eux qui n’avaient que Hacène estimaient que leur descendance est désormais assurée par la venue de cet ange aux joues rebondies et aux yeux de biche.
    C’était la fête à la maison et dans les cœurs. Hacène tint à célébrer dignement l’évènement et organisa une grande fête. La famille, le voisinage, les amis, les proches et même les éloignés tinrent à y assister. Tout le monde nous félicita, et je reçu une montagne de cadeaux et de présents aussi bien de ma famille que de celle de mon mari.
    Nous prénommâmes mon fils Ratibe. Un prénom que ma belle-mère avait rêvé de donner à un deuxième fils, mais qu’elle eut la joie d’attribuer à son petit-fils. Hacène me demanda si le fait que c’était sa mère qui avait choisi ce prénom ne m’avait pas offusquée. Je répondis qu’au contraire, sa joie était contagieuse, et la pauvre femme était tellement heureuse de pouvoir tenir son petit-fils dans ses bras, que j’en eu les larmes aux yeux.
    Quelques mois passèrent. Le bébé grandissait, et je reprenais mes tâches habituelles. Hacène s‘absentait souvent pour des missions en dehors de la ville, mais cela ne me gênait pas du tout, d’autant plus que le bébé occupait tout mon temps libre.
    Mon cabinet continuait à accueillir des patients de toute part. Des maris conservateurs préférant un médecin femme pour ausculter leurs femmes, des parents intransigeants qui jugeaient indécent que leurs filles se fassent ausculter par un homme et même des femmes d’un certain niveau qui préféraient confier leur corps à une femme comme elles.
    Bref. Moi, je suis médecin, et l’anatomie d’un corps humain étant la même, je ne voyais ni l’homme ni la femme, mais le mal qui les rongeait et auquel je tentais de remédier. Mais parfois cela devenait infernal.
    Un jour, un homme vint me voir pour me confier que sa femme était enceinte et presque à terme. Mais qu’étant donné que la clinique la plus proche de son domicile n’employait que des médecins hommes, il aimerait que je prenne l’initiative d’assister à l’accouchement ou de l’accoucher moi-même. Je répondis que je n’avais aucun droit de violer un territoire qui n’était pas le mien et que les médecins spécialisés de la dite clinique sont beaucoup mieux placés que moi pour aider sa femme.
    L’homme était déçu. Deux jours plus tard, il revint à la charge, mais cette fois-ci il avait ramené sa femme. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, je la reçus et consentis à l’ausculter. Effacée, ignorante et soumise, elle ne répondait que par monosyllabes à mes questions. Elle avait une peur bleue de son mari et craignait ses colères. C’était son premier enfant, et j’eu vite fait de constater que le bébé se présentait par le siège. Une césarienne sera nécessaire, et comme elle avait déjà dépassé le huitième mois, je jugeais opportun de rédiger une lettre de recommandation et de l’orienter vers un obstétricien.

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  10. Artisans de l'ombre Dit :

    11eme partie

    Elle me demande d’informer bien sûr son mari. Mais quand je mets au courant ce dernier, il entre dans une colère folle :
    - Jamais je ne laisserai un homme toucher à ma femme, s’écria-t-il… Jamais, au grand jamais…….
    Pourquoi donc ? Votre femme court un danger, et le bébé aussi. Seul un obstétricien pourra les sauver tous les deux.
    Orientez-moi alors vers une femme.
    Je n’en connais pas. En tout cas, pas dans notre banlieue. Essayez de voir en ville.
    L’homme me jette un regard plein de rage :
    Vous voulez me rendre fou ou quoi ? Je veux que vous preniez ma femme en charge. Vous êtes médecin non ?
    Oui. Mais je ne suis qu’un simple généraliste. Votre femme nécessite l’intervention d’un spécialiste en obstétrique.
    Très bien.
    Je lui tends ma lettre de recommandation, mais il ignore mon geste et se lève blême de colère :
    Je n’en ai que faire de vos conseils. Je vais faire appel à la matrone du quartier. C’est ce que j’aurais dû faire depuis longtemps au lieu de venir écouter vos imbécillités.
    Il tire sa femme par le bras et l’entraîne vers la sortie. Je tentais de les retenir, mais il me repousse et sortit en claquant la porte.
    Je pousse un long soupir et me rassois à mon bureau, déprimée et vraiment inquiète pour cette pauvre femme.
    Le soir, je racontais l’incident à Hacène qui me rassura de son mieux.
    Ne t’inquiètes donc pas tant. Il finira bien par se rendre à l’évidence. Même cette matrone dont il t’a parlée ne pourra rien faire, alors il sera dans l’obligation de conduire sa femme à la clinique.
    Mais ses jours sont comptés. Va-t-il s’en rendre compte à temps ?
    Hacène sourit :
    Les hommes sont comme ça. Ils veulent démontrer leur autorité. Ils jouent tous les durs.
    Mais il y a des circonstances dans la vie qui ne le permettent pas, alors ils finissent toujours par flancher.
    Je n’étais pas rassurée pour autant. Cet homme avait l’air d’une brute.
    Quelques jours plus tard, il revint me voir, triste et abattu pour m’annoncer que sa femme était morte en couches :
    - Vous aviez raison. Il lui fallait une césarienne. La matrone n’a fait que retarder le transfert de ma femme à l’hôpital, et là les choses allèrent tellement vite que le médecin ne pouvait que constater le décès.
    Il éclate en sanglots : j’aurais dû vous écouter. J’ai tué ma femme…
    Il se met à pleurer à fendre l’âme. Je tentais de le consoler mais se sentant coupable, il ne voulait rien savoir. Il se lève, se mouche bruyamment, puis me lance sur un temps calme :
    J’ai tué ma femme, docteur… Je l’ai tuée… Et j’ai tué aussi mon fils. Vous n’y êtes pour rien. Je suis le seul coupable.
    Sur ce, il sortit, et je ne le revis plus jamais.
    Mon fils Ratibe grandissait à vue d’œil. Il marchait, parlait, me faisait rire aux éclats par ses babillages et mettait de l’ambiance dans la maison. Tout le monde était aux petits soins pour lui. Aussi bien mes parents que ceux de Hacène.
    Il était choyé, dorloté, admiré. Bref ! De ce côté-là, j’étais rassurée. Je pouvais respirer à l’aise quant à sa petite santé aussi qui ne prêtait pas à inquiétude. Je ne cessais de remercier Dieu pour le bonheur qu’il m’avait accordée en me faisant rencontrer un homme comme Hacène et en me donnant un enfant aussi beau et intelligent que Ratibe.
    Mon quotidien me suffisait. J’étais partagée entre mon travail et mon foyer, mais je ne me plaignais pas trop. La quiétude que je ressentais n’avait pas de prix. Je recevais dans mon cabinet des femmes qui se plaignaient du mauvais traitement qu’on leur infligeait et de l’incompréhension de leur entourage à leur égard. Moi, j’étais sauvée. Mes parents m’avaient toujours gâtée et mon mari encore plus.

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  11. Artisans de l'ombre Dit :

    12eme partie

    Un jour, je reçus une femme avec des bleus sur tout le corps. Des ecchymoses, des cicatrices, des plaies… Une véritable carte géographique ornait son corps. Elle boitait et se tenait péniblement debout.
    Je la fait asseoir et lui versait un grand verre d’eau, puis en voyant son visage tuméfié, ses yeux rouges et gonflés, le nez qui saignait, je lui demandais :
    - Qui vous a arrangé comme ça ?
    - Mon mari, me dit-elle sans sourciller.
    - Votre mari ?
    J’étais stupéfaite.
    - À ce point, on peut maltraiter une femme !
    - Bien plus que ça. Regardez :
    Elle soulève sa gandoura et me montre de profondes brûlures sur ses cuisses.
    - Regardez bien et surtout ne me posez pas trop de questions. L’auteur de ces tortures est mon propre mari. Le père de mes enfants.
    Je me mets à ausculter cette pauvre créature et je diagnostiquais une fracture à la jambe et plusieurs autres plaies ouvertes que je soignais avant de lui recommander de se rendre à l’hôpital le plus proche pour le plâtrage de sa jambe.
    - Il n’en est pas question, me répondit-elle, je n’ai aucun sou sur moi ni pour payer vos honoraires ni pour me rendre à l’hôpital.
    - Pour mes honoraires, le problème ne se pose pas du tout. Mais il vous faut un plâtrage rapide pour votre jambe, sinon cela va s’infecter.
    - Tant pis, on va me la couper, alors j’aurais peut-être la paix !
    Je regardais cette femme qui avait dû être belle autrefois, mais que le destin a malmenée au point qu’elle n’est plus que l’ombre d’elle-même.
    Je pris alors l’initiative d’appeler un infirmier à l’hôpital pour lui demandais de venir au cabinet avec des bandes à gaz, du plâtre et tout le nécessaire pour emplâtrer une fracture. J’insistais sur l’urgence de l’opération, et un quart d’heure plus tard, l’infirmier prenait en charge la patiente que j’ai préparée au préalable.
    La bonne femme souffrait en silence. Physiquement aussi. De profondes rides ornaient son front et son visage. Pourtant, elle devait être encore bien jeune. La quarantaine tout au plus. J’admirai son courage, mais n’admettais pas sa soumission. Elle paraissait forte de caractère, pourtant.
    L’infirmier parti. J’aidais cette femme à se rassoire avant de lui prescrire des médicaments.
    Elle me regarde un moment, puis pris l’ordonnance et la fourre dans son corsage sans rien dire.
    - Vous devriez acheter ces antibiotiques et ces fortifiants, lui dis-je… Et aussi ces baumes apaisants pour tes ecchymoses et tes cicatrices.
    - Oui, ça je le sais, mais avec quoi je vais me faire servir tous ces médicaments ?
    Je compris mon erreur. Cette femme m’avait déjà avertie qu’elle n’avait pas un sou sur elle. Mais enfin, comment faisait-elle pour vivre.. ? À cette demande, elle répondit calmement :
    - Je me prostitue…
    - Pardon ?
    - Vous avez bien entendu, docteur. Je me prostitue. Je vends mon corps pour ramener à manger à mes enfants ?
    - Mais votre mari…
    - Mon mari ? Me coupe-t-elle… Mon mari, quand il se rappelle de notre existence, c’est pour nous terroriser. Il a déjà vendu tout ce que nous possédons jusqu’au dernier bâtonnet d’allumettes pour s’acheter des bouteilles de vins et des joints.
    - Mais pourquoi vous laissez-vous faire ?

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  12. Artisans de l'ombre Dit :

    13eme partie

    Elle eut un rire ironique :
    - Estimez-vous heureuse docteur d’être à l’abri de toutes ces affres de la vie. Je ne suis qu’une pauvre loque à ramasser au coin de la rue. Quand j’ai épousé cet homme il y a 20 ans, je pensais accéder au paradis. J’étais jeune et je rêvais d’amour et d’eau fraîche. Mon mari était quelqu’un d’autre à l’époque. Il gagnait bien sa vie, et j’étais à l’abri du besoin. Quelques années plus tard, il perdit son travail et nous étions obligés de serrer la ceinture. Il bricolait à droite et à gauche, gagnait de quoi nous acheter du pain à moi et à ses trois enfants. Un jour, ne se contentant plus de faire du bricolage, il fut tenté par le vol… Et c’est là que commencèrent mes misères. Mon mari faisait partie d’une bande d’escrocs qui terrorisait le quartier. Il rentrait de plus en plus tard à la maison, puis s’absentait des journées entières sans s’inquiéter pour nous. J’étais enceinte et ne pouvait même pas faire des ménages pour nourrir mes enfants et payer le loyer.
    La femme étire sa jambe et se tut un moment pour revivre en mémoire cette étape de sa vie. Elle pousse un long soupir et reprend :
    - Vous avez du temps à me consacrer docteur ?
    Je consultais ma montre. Il était déjà 16h20. L’heure de rentrer approchait. Mais poussée par une irrésistible curiosité d’en connaître plus sur cette femme, je m’empressais de répondre :
    - Je suis à vous. Je vous écoute.
    La femme s’éponge le front et essuie ses yeux larmoyants. Elle garde un moment le silence, comme si elle cherchait un fil conducteur à son récit, puis reprit d’une petite voix :
    - Nous serons expulsé des deux pièces cuisine que nous occupions, et je me retrouvais dans la rue avec mes trois enfants et ma grossesse. Le froid, la faim nous tenaillaient. Je cherchais du réconfort chez mes parents, puis chez mes beaux- parents. Rien à faire, au bout de quelques jours, on me signifia gentiment qu’on nous aimait bien mais que par manque de moyens, on ne pouvait nous garder. Ma mère ira même jusqu’à me dire que je pouvais revenir sous le toit parental, mais une fois débarrassée de ma grossesse et de mes trois enfants.
    - “Ils ont leur père tout de même, pourquoi veux-tu t’encombrer des enfants d’un inconscient, tu n’as qu’à les lui envoyer en express recommandé… ”
    C’était inconcevable. Le soir même, je repris mon errance. Je ne savais même pas où était mon mari. Je me suis mise à mendier sur les trottoirs, entourée de mes trois gosses. Avec mon “ventre plein”, je suscitais la pitié des passants, et je pus ramasser assez de pièces pour nous acheter de quoi subvenir à nos besoins immédiats : du pain, du lait et quelques fruits. Je passais la nuit sur des cartons sous les escaliers d’un immeuble. Mes enfants, trop jeunes pour comprendre, s’endormirent sans trop de mal, mais moi, j’étais aux aguets. J’étais presque à terme et j’avais peur d’accoucher dans la rue.
    Dès le lendemain, je me mettais à chercher un abri pour mes gosses et du travail.
    Bien sûr, vu mon état, la tâche n’était pas aisée. Je passais la journée entière à taper aux portes et à demander de l’aide.
    En fin de journée, une vieille dame eut pitié de moi et m’accorda le gîte pour la nuit à moi et à mes enfants. Elle m’offrit de dormir dans un débarras noir et humide au sous-sol. Mais pour moi, c’était un luxe. Elle nous offrit aussi du pain et un bout de fromage pour le dîner. Affamés, mes enfants se partagèrent ce modeste repas, mais moi, je restais sur ma faim. Je ne pouvais rien avaler, et mon dos me faisait très mal.
    Il était minuit passé quand les contractions me prirent. Je me tordais de douleurs, en mordant dans un morceau de bois pour m’empêcher de crier. Mes enfants dormaient à poings fermés, et je risquais de réveiller tout l’immeuble si je donnais libre cours à ma souffrance. Mes douleurs devenaient de plus en plus fortes. Je me mets à marcher toujours dans le noir en tâtant les murs. Je me retenais aux poutres à chaque contraction. Le calvaire dura des heures. Ce n’est qu’a l’aube que j’accouchais à même le sol de deux jumeaux sans aucune assistance. Au petit matin, la vieille femme, en apprenant ma délivrance, me remit quelques billets, une couverture et un sac qui contenait quelques victuailles, mais me demanda de quitter immédiatement les lieux. Elle avait peur des représailles des voisins.
    Prenant mon courage à deux mains, je repris mon bâton de pèlerin avec cette fois-ci mes cinq enfants.

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  13. Artisans de l'ombre Dit :

    14eme partie

    J’allaitais mes petits, mais j’étais trop faible et je n’avais pas assez de lait. Les cris des bébés attirèrent les passants. J’étais assise sur des marches d’escaliers froides et humides. Mes jambes tremblaient, une sueur glaciale imbibait mon corps, et j’avais des vertiges. J’ai dû perdre connaissance, car quelques heures plus tard je me retrouvais sur un lit d’hôpital. Une infirmière vint prendre ma température et me fait un grand sourire :
    - Pour une nouvelle accouchée Vous êtes tirée d’affaire.
    « Où sont mes enfants ….. ?» La panique me saisit. Mes bébés, mes gosses, où sont-ils donc ?
    . L’infirmière me rassure :
    - Les bébés sont à la nurseries…Je vais vous les ramener une fois que vous auriez mangé un peu pour avoir assez de lait pour les allaiter. Mais ne vous inquiétez pas pour les autres enfants, ils sont au chaud à la pouponnière de l’hôpital. On les a lavé, et fait mangé.
    J’étais soulagée. Je demandais quand même :
    - Qui nous a ramené ici moi et mes enfants … ?
    - Une ambulance. Un appel aux urgences nous a alerté. Vous aviez perdu connaissance dans la rue.
    Je rendais grâce à dieu. Pour cette journée j’étais tranquille. Mais dès le lendemain, les ennuis recommencèrent.
    Les médecins jugeant mon état de santé assez bon, me sommèrent de quitter les lieux. Je n’avais plus qu’à récupérer mes enfants et à retourner dans la rue.
    Me revoici avec mes bébés dans les bras, et mes trois autres enfants accrochés à mes basques, entrain de déambuler dans les artères de la ville.
    Vers la mi-journée je décidais de me rendre chez mes beaux parents. Peut-être consentiront-ils à m’aider cette fois-ci en voyant les jumeaux. Hélas ! Ma belle mère qui souffrait de rhumatismes était partie chez sa fille au Sud, quant à mon beau père, il était outré et scandalisé alors que je lui demandais d’abriter ses petits enfants pour quelques jours.
    - Quoi ! Tu me ramènes ta marmaille et tu viens vivre sous mon toit alors que ton vaurien de mari est entrain de croupir en prison !
    En prison ? Je venais de l’apprendre.
    - Oui en prison. Reprit mon beau père.
    - Mais pourquoi donc.. ?
    - Vol, trafic de drogue, agression… je ne sais plus moi, la liste est bien longue. Mais ce que je sais par contre, c’est que dieu m’a affublé d’un fils indigne et inconscient. Je ne veux plus jamais le revoir. Ni dans ce bas monde, ni dans l’autre, et encore moins avoir affaire à sa progéniture.
    Il nous pousse dehors, et nous claque la porte au nez.
    Je m’asseye un moment au seuil de cette porte, qui fut jadis, la porte de chez-moi. Mon mari avait tout détruit : son foyer, ses enfants, ses parents….Aucun membre de sa famille, ni de la mienne ne consentirait à nous prendre en charge. Nous étions six bouches à nourrir, et personne n’aimerait nous avoir sur le dos. Quelle calamité mon dieu !
    Je reprenais mon errance. Vers la fin de journée je retrouvais un peu de calme, et comme j’étais entrain d’allaiter mes bébés, assise à même le trottoir, des passants me jetèrent quelques pièces. Je les ramassais furtivement et pu encore une fois acheter du pain pour mes enfants. Le boulanger voyant mon état me permit de passer la nuit dans une grange mitoyenne à sa boulangerie. Il faisait assez chaud, et j’eus même droit à une couverture toute vieille et toute trouée pour couvrir mes petits. Au petit matin le boulanger vint me ramener quelques bouts de pain et du lait. Comme il pleuvait, il me permit de passer la journée sur les lieux. Mais le soir venu, il revint avec du pain. Seulement cette fois-ci il me demanda de le payer.
    Je le regardais ébahie. Le payer ? Mais comment ? Si j’avais de l’argent je ne serais pas dans cette situation. Je rétorquais que je n’avais sûr moi que les quelques pièces de la veille qui avaient servi à acheter le pain. Il sourit et me serre la main pour me glisser deux billets de 100 D.A.
    - Tu payeras d’une autre manière. En somme c’est moi qui vais te payer ma jolie…. Me dit-il

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  14. Artisans de l'ombre Dit :

    15eme partie

    Il sortit mais revint à la nuit tombée. Je pris peur. Mes enfants dormaient à poings fermés et la pluie tombait en averses sur la ville.
    Le boulanger me caresse la joue :
    - N’aie pas peur… Ne crains rien… Je viens en ami.
    Il me pousse du coude et reprend :
    - Je suis ton ami… Tu vois bien que je te protège. Tu peux rester dans cette grange autant de temps que tu veux. Seulement… Il faut comprendre qu’on n’a rien pour rien.
    Il abuse de moi, et comme je craignais de réveiller mes enfants, je n’osais ni bouge ni crier. C’était horrible. Mais je subis l’épreuve. Et comme il revint au petit matin avec non seulement du pain, mais du lait, des fruits et même de la viande pour mes enfants, je me résignais à accepter mon sort et à me dire que si mes enfants pouvaient manger à leur faim, aucun sacrifice n’est vain.
    À la tombée de la nuit, il ramène quelques matelas usés, deux autres couvertures plus ou moins en meilleur état que la première et quelques coussins.
    Quand mes enfants s’endormirent, et tout comme la veille, il revint et abuse encore de moi.
    Cela dura des semaines. Je passais mon temps à errer dans les rues avec mes enfants. Je cherchais à fuir, je cherchais du travail. Un travail qui m’éloignerai de cet ogre, mais en vain. Qui voudrait d’une femme crasseuse comme moi avec en plus cinq enfants sur les bras.
    Trois mois plus tard, j’étais enceinte de ce boulanger !
    Je me lacérais les joues. Quand il apprit la nouvelle, il n’hésita pas à me menacer.
    - Tu laisses échapper un mot sur moi, je tuerais tes petits. Allez, ouste ! Tu ne m’as ni connu ni rencontré. Fiches le camp d’ici que je ne te revois plus jamais.
    La rue. Encore la rue. La rue avec ses affres. Avec sa foule. La foule avec ses gens. Les gens avec leur bonté et leurs tares.
    Me revoilà encore vagabondant dans la rue. Deux mois durant, je ne faisais qu’errer et mendier. Dormant parfois à même le sol sur des cartons moi et mes enfants.
    Mes pauvres petits avaient froid et faim. Les jumeaux pleuraient sans arrêt et l’un d’eux avait de la fièvre.
    Je tâtonnais le long des trottoirs en poussant ma progéniture devant moi. Ma vue devenait floue. Les larmes ruisselaient sur mes joues. Que vais-je faire, mon Dieu ? Que vais-je faire ? Ma taille s’était légèrement épaissie et les “envies” me torturaient. Je sentais l’odeur de la nourriture partout. J’avais faim de tout.
    Je me rendais dans une polyclinique pour faire examiner mon petit malade. Le médecin qui me reçoit me jette un regard chargé d’animosité :
    - Le petit fait une bronchite. Pourquoi l’avoir ramené si tard ?
    Je baissais les yeux et me met à pleurer. Le médecin s’approche alors de moi :
    - D’où venez-vous donc. Pourquoi traînez-vous tous ces gosses avec vous par ce froid ?
    Je répondis que mon mari était en prison, et que je n’avais ni les moyens de soigner mon bébé malade ni de mettre mes enfants à l’abri du froid et de la faim.
    Compatissant, il revint à de meilleurs sentiments pour me réconforter :
    - Je vais vous donner quelques antibiotiques pour le petit. Pour les autres, je vais vous donner l’adresse d’une association qui va vous prendre en charge quelque temps.
    Je remerciais la providence d’avoir mis sur mon chemin une telle opportunité. Je pris les médicaments et les coordonnées de l’association, et me rendit illico-presto à l’adresse indiquée.
    Je fus reçue et bien traitée. Mes enfants eurent droit à une soupe chaude et à des vêtements. Les bébés gémissaient dans mes bras. Je donnais le sein à l’un et les médicaments à l’autre. Mais la fièvre continuait à monter de minute en minute. Je pris peur. Une des femmes de l’association m’offrit de le baigner dans une bassine d’eau fraîche. Sur le coup, la fièvre baisse, mais remonte en flèche une demi-heure plus tard. Mon bébé délirait et s’agitait. On fit venir un médecin. Mais ce dernier m’oriente chez un pédiatre avec une lettre de recommandation. Je passais une nuit d’angoisse. Le jour tardait à se lever, et j’avais hâte de faire examiner mon bébé par un spécialiste. Une fois le diagnostic établi, le pédiatre prit un air grave et me somma d’hospitaliser immédiatement mon enfant.

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  15. Artisans de l'ombre Dit :

    16eme partie

    Mais les choses s’aggravèrent. Le petit était dans un état comateux à mon arrivée à l’hôpital. Malgré tous les efforts fournis par les médecins et le personnel paramédical, mon bébé rendit l’âme dans mes bras.
    J’étais effondrée. Je pleurais toutes les larmes de mon corps en regardant ce petit innocent de quelques mois fermer ses yeux à jamais.
    Je ne savais plus vers qui m’adresser pour soulager ma peine. En sortant de l’hôpital, je me mets à marcher vite, mais sans but aucun. Je marchais aussi vite que me le permettaient mes maigres jambes. Une seule consolation me revenait à l’esprit : mes enfants étaient au chaud et avaient à manger pour quelque temps.
    Je continuais à marcher. Je traversais tous les quartiers de la ville sans m’en rendre compte. Mes pas me mènent en fin de parcours vers mes parents.
    Je me retrouvais devant le portail de chez nous sans savoir quoi faire. Je finis par frapper à la porte et ma mère m’ouvrit. Sans dire un mot, je tombais dans ses bras en sanglotant.
    Elle me prit par la main et me fit entrer.
    Je me sentais tellement en sécurité dans notre vieille maison, que sans demander mon reste, je me dirigeais vers mon ancienne chambre de jeune fille et me jetais sur mon lit pour sombrer dans un profond sommeil. À mon réveil, je constatais qu’il faisait déjà nuit. Mon père discutait dans la grande salle et ma mère préparait le dîner.
    Je les rejoins et me mets à leur raconter tout ce qui m’était arrivé depuis notre dernière entrevue. Bien entendu, je ne pouvais leur dévoiler ma grossesse, mais ma mère a dû s’en douter car elle ne cessait d’inspecter mes hanches et mon ventre.
    - Où sont tes enfants ? me demande mon père
    - Toujours à l’association…
    - Et que vas-tu faire maintenant ?
    - Je vais y retourner. Mes enfants sont à l’abri dans ces lieux, je pourrais donc les laisser en toute confiance pour sortir chercher du travail.
    Mon père hoche la tête, et je vis les larmes briller dans ses yeux.
    - Je ne sais pas si je pourrais faire quelque chose pour toi ma fille, mais nous sommes toujours tes parents. Hélas, nos moyens ne nous permettent pas de te prendre en charge toi et tes quatre gosses.
    - Ce n’est pas à toi ou à ma mère de penser aux gosses des autres… Je vais trouver du travail.
    - Que soit maudit le jour où tu as été mariée à cet homme de malheur, lance ma mère.
    - Si tu trouves du travail, peut-être que nous pourrions faire un effort pour héberger tes petits. Lance mon père.
    Je ne sentais plus les battements de mon cœur :
    - C’est vrai ? M’écriais-je…
    - Bien sûr ma fille, après tout, nous sommes tes parents.
    Je ne tenais plus de joie. Si mes gosses trouvent abri chez mes parents, je n’aurais plus de souci à me faire quant à leur sécurité.
    Je passais une nuit agitée, et me levais aux premières lueurs de l’aube. Je n’avais plus qu’à retourner dans la rue pour chercher du travail. Mais la chose n’était pas aisée.
    Là où je me présentais, on me demandait ce que je savais faire. À part le ménage et la cuisine, je n’étais pas bonne à grand-chose. Je pouvais faire un peu de couture aussi. Pas la coupe, mais les petits travaux de finition.
    En fin de journée, une couturière me prit en pitié. Elle me remit quelques billets pour m’acheter une blouse, un foulard et une paire de chaussures, et me demande de revenir le lendemain pour commencer à travailler dans son atelier de confection.
    J’étais aux anges. Une fois mes achats faits, je retournais vers mes enfants. Grâce à Dieu, ces derniers n’avaient pas l’air d’avoir trop soufferts de mon absence. Je les trouvais en train de jouer, et le bébé dormait à poings fermés.
    La présidente de l’association vint me voir le soir même et je la mets au courant des derniers évènements. Compatissante, elle me promit de nous garder encore quelques jours jusqu’a ce que j’ai assez d’argent pour nous prendre en charge.
    Et voila. J’ai enfin un travail, et ma petite famille est à l’abri.

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  16. Artisans de l'ombre Dit :

    17eme partie

    Un mois passe. Avec ma première mensualité, j’achetais quelques vêtements aux petits, et remets le reste à mon père qui consentit à nous héberger.
    Mon ventre s’arrondissait. Je ne pouvais camoufler ma grossesse bien longtemps. En me rendant au travail un matin, je me demandais si je ne pouvais pas me faire avorter par une faiseuse d’anges moyennant quelques billets.
    Je confiais mon secret à une collègue de travail sans lui révéler la réalité. Elle sourit et me dit :
    - Il fallait y penser avant… Tu ne désire pas cette grossesse parce que ton mari ne travail pas, hein ?
    - Oui…
    - Je vais voir ce que je pourrais faire pour toi.
    Dès le lendemain, elle me présente à une vieille matrone qui habitait à l’écart de la ville.
    J’avais pris le soin de demander les tarifs de “l’opération” et j’avais emprunté la somme demandée chez cette même collègue.
    - Ne t’inquiètes donc pas… me dit la vieille dame. Un petit tour de magie et la mauvaise graine s’en ira d’elle-même.
    Elle m’allonge sur une natte, et se met à masser mon ventre tendu et dur.
    - Tu es au 4e mois… C’est un peu tard, mais rien n’est impossible.
    Elle me fait boire une infusion très amère que j’eus bien du mal à ingurgiter. Mais enfin, les choses étant ce qu’elles sont, il fallait passer par là.
    Au bout d’un moment, des douleurs me prirent au ventre. Des douleurs si violentes que je n’arrivais plus à respirer.
    La vieille dame me demande de me lever et de sauter. Je ne sais pas par quel miracle j’ai pu me mettre debout, mais quant à sauter, c’était un véritable calvaire.
    Elle me prit alors par les cheveux et me tire en arrière.
    - Sautes… Sinon ton rejeton restera collé à toi jusqu’à la fin… Alors saute et débarrasse-toi de la mauvaise graine.
    Je tentais de sauter. Mais je retombais inerte et haletante.
    -Relève-toi.
    L’ordre était sec et formel.
    -Relève-toi… Et saute.
    En repensant au boulanger qui sans scrupule avait abusé de moi avant de me répudier, puis à mes parents et à mes pauvres enfants, je sentais mes forces revenir, et une volonté de me débarrasser à jamais de ce fardeau me motiva.
    Je me relève et me met à sauter. Une fois, deux fois, trois fois… Quelques chose de gluant et de chaud tomba de mes entrailles.
    -Arrête… C’est fini… me dit la vieille dame.
    Mais prise dans ma frénésie, je continuais à sauter… La sueur coulait sur tout mon corps. Je sautais encore… encore et encore… Je sautais en rejetant ma tête en arrière. Mon crâne heurta quelque chose de froid. On venait de m’assommer.
    Une odeur d’ail pourri me fait reprendre mes esprits. J’étais allongée sur la même natte qu’à mon arrivée, mais ma tête pesait une tonne. Ma robe était maculée de sang, et je ressentais encore de fortes douleurs au ventre.
    La matrone me donne un autre breuvage pour me calmer et je sortis dans la nuit noire pour me rendre chez-moi.
    Mes douleurs persistaient. J’avais de plus en plus mal au ventre. Durant la nuit, je fais une hémorragie. Ma mère eut très peur et réveilla un voisin pour nous accompagner à l’hôpital. Et là j’eus la plus grosse surprise de la journée. Non seulement la matrone ne m’avait pas débarrassé du fœtus en entier, mais avait par ses breuvages provoqués une hémorragie. À l’hôpital, on me demanda si je n’avais pas absorbé quelques chose, je répondis que j’avais pris une tisane. Le médecin ne fut pas dupe, mais voyant mon désarroi, il m’avoua que le fœtus n’était qu’a moitié expulsé. Ce qui expliquait l’hémorragie. On devait m’opérer pour extraire la seconde moitié et recoudre les tissus endommagés.

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  17. Artisans de l'ombre Dit :

    18eme partie

    Je passais trois jours à l’hôpital. Mon ventre était nettoyé certes, mais mes organes génitaux avaient subis des dégâts considérables. Mes ovaires ne fonctionnaient plus. J’étais devenue stérile à vie.
    Ce fut un dur coup pour moi. Par mon geste inconscient, j’aurais pu mourir et laisser mes enfants livrés à eux-mêmes.
    Une semaine plus tard, je pus reprendre mon travail plus morte que vive.
    Quelques mois passèrent. Mon mari était toujours en prison. Mais j’avais un salaire, et mes enfants mangeaient à leur faim et j’avais même scolarisé les deux plus grands. Mes parents m’aidaient autant qu’ils pouvaient. J’avais même réussi à mettre quelques économies de côté.
    Vers la fin des vacances scolaires, ma belle-mère vint me voir pour me dire que mon mari avait besoin d’un avocat. Je répondis que je n’avais pas les moyens de payer un avocat, et qu’il n’avait qu’à se débrouiller.
    Ma belle-mère se met à pleurer :
    - Mais ma fille, me dit-elle. Tu es sa femme. C’est le père de tes enfants. Comment peux-tu l’abandonner ainsi, alors qu’il a tant besoin de réconfort.
    Je lui répondis que c’était plutôt lui qui nous avait abandonnés, moi et les enfants. Elle pleura tant, et me supplia que je finis par céder. Je lui remets mes économies. Quelques semaines plus tard, mon mari qui avait déjà purgé une année de prison sera libéré.
    Il vint tout bonnement me retrouver chez mes parents. Je lui signifiais qu’on devait quitter les lieux et aller nous installer ailleurs.
    Il m’approuva, mais ne fait rien pour m’aider à dénicher un logement. Ce fut moi qui encore une fois dus me débrouiller seule pour louer un deux pièces-cuisine pas loin de mon lieu de travail. Le loyer coûtait les trois quarts de mon salaire, mais je pensais que mon mari allait chercher du travail pour m’aider à joindre les deux bouts. Hélas. L’ivrogne revint à la charge, et me battait tous les soirs pour me soutirer mon argent et aller le dépenser dans les bars.
    Je ne savais plus quoi faire. Encore une fois, la vie me montrait un visage hideux. Le drame est que mon fils aîné contracta une maladie des yeux, et qu’il me fallait beaucoup d’argent pour payer ses soins, sinon c’est la cécité qui le guette. Que faire ?
    Un jour, je tombais sur une proposition de travail chez un commerçant. Ce dernier voulait que je fasse le ménage dans ses magasins après les heures de travail. Pour moi, c’était une aubaine, d’autant plus que cela ne m’empêchait pas de continuer à travailler dans l’atelier de couture.
    Je fais appel à une voisine pour me garder les petits, et je repris confiance en moi. Je serais à l’abri du besoin si Dieu le veut. Mais les choses ne s’arrangèrent guerre. Mon mari prenait tout mon argent. La misère collait à mes basques.
    L’état de mon fils s’aggravait. Le médecin me sermonna parce que je tardais à le faire opérer. Et l’opération coûtait au moins six fois mon salaire. Je n’avais même pas les moyens de payer ses traitements.
    Je m’adressais alors au commerçant chez qui je faisais le ménage pour lui demander de m’aider.
    Il me regarde. Puis prenant un air d’agneau blessé, il vint me caresser la joue en me disant :
    - Non, mais il fallait le dire plus tôt. Je vais payer l’opération de ton fils. Dès demain, tu pourras l’hospitaliser.
    Ce fut vite fait. Mon fils subit l’intervention avec succès et je respirais de soulagement. Seulement ,mes peines n’étaient pas terminées. Pour que ce commerçant accepte de m’aider, j’ai dû lui vendre mon corps !
    Et à partir de ce jour, je n’avais plus d’autre recours que la prostitution pour subvenir aux besoins de mes enfants.
    À chaque fois que cela est nécessaire, je vendais mon corps. Mon mari n’a pas du tout changé ses habitudes. Bien qu’il n’ait plus recours au vol, il passe son temps à boire et à se droguer. Tant pis si je dois subir toutes les humiliations du monde. Pour lui, seul compte le fait que je lui ramène de l’argent. Et cela dure depuis plusieurs années.

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  18. Artisans de l'ombre Dit :

    19.

    La bonne femme venait de terminer son récit. De longs sillons traversaient son visage. Elle étire sa jambe plâtrée et baisse la tête.
    - Voici toute mon histoire, docteur. Me permettez-vous de me retirer maintenant.
    La nuit était tombée depuis belle lurette. La femme venait de terminer son récit. Et Hacène qui s’était inquiété de mon retard m’avait déjà appelée deux fois pour me demander si j’avais l’intention de passer la nuit au cabinet.
    Je regardais cette femme en face de moi. Et ma première pensée fut pour mon fils. Jamais je n’aurais toléré que mon fils souffre de la faim, du froid, encore moins de la maladie. Cette femme s’est sacrifiée pour ses enfants.
    Je me levais et pris mon sac d’où je sortais quelques billets de banque.
    -Tenez. Allez acheter quelque chose pour vos enfants, et revenez me voir quand vous voudrez. Je vais vous prendre en charge vous et vos enfants jusqu’à votre complète guérison. Après, on avisera.
    La femme ouvrit ses yeux tout grands :
    -Non… non… je ne peux pas accepter docteur. Vous êtes un ange tombé du ciel. Vous êtes trop bonne. Je voulais juste soigner ma jambe, et j’ai abusé de votre temps et de votre bonté.
    - Non, ma bonne dame. Vous êtes venue chez-moi pour vous soigner certes, mais vous avez besoin d’aide. Laissez-moi donc vous aider.
    Des larmes ruisselaient sur le visage si marqué par le temps et le mal-vivre. J’aide cette pauvre femme à se lever et demandais un taxi pour la déposer chez-elle. Avant de me quitter, elle me prit les deux mains et se met à les embrasser…
    - Que dieu vous garde pour ceux qui vous aiment, et les garde pour vous.
    Je retirais mes mains :
    - Ne refaites jamais ça ma bonne dame. Je ne suis rien qu’un être humain comme vous. Mais je vais quand même vous demander quelque chose si vous voulez me faire plaisir.
    - Demandez ce que vos voulez.
    - Arrêtez de vendre votre corps…
    Elle baisse les yeux et hoche la tête d’un air penaud.
    - Si je vous demande ça, c’est parce que vous ne pourriez continuer ainsi éternellement et avec tous les risques que cela suppose.
    - Mais mon mari…
    - Ne pensez plus à votre mari. Pensez à vous et à vos enfants. Vous êtes handicapée pour le moment. Vous n’allez tout de même pas vous remettre à courir les rues.
    - Non. Bien sûr que non.
    - Alors restez tranquillement chez-vous. Et si votre mari revient à la charge, appelez la police. Il aura peur de retourner en prison, je présume.
    La femme me regarde bien en face :
    - Comment le savez-vous ?
    - Eh bien on dit bien que chat échaudé craint l’eau froide. Votre mari a déjà fait l’expérience d’un emprisonnement, et je suis sûre qu’il n’en garde pas un bon souvenir.
    - C’est exact. Je vais suivre vos conseils, docteur.

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  19. Artisans de l'ombre Dit :

    20.

    Elle sortit, et je rentrais enfin chez-moi, où Hacène anxieux m’attendait.
    - Ah, te voilà enfin ! Que faisais-tu si tard au cabinet ?
    - Je ne sais pas si j’aurais le courage de tout te raconter ce soir, mais au petit-déjeuner tu sauras tout.
    Il vint m’entourer les épaules.
    - Tu as l’air épuisée Mina.
    - Plus que tu ne le penses.
    Je dormis comme une marmotte.
    Au petit matin, je racontais tout à mon mari pour qui je n’avais aucun secret. Il parut ému par mon récit, mais se ressaisit et me lance :
    - Ne crois-tu pas que cette femme te mène en bateau ?
    Je secoue la tête :
    - Tu me prends donc pour une idiote, Hacène ? À mon âge, je crois que je sais reconnaître le vrai du faux.
    - Oui, mais par les temps qui courent…
    - En tout cas, cette femme était bien trop affligée pour jouer la comédie et inventer une telle histoire.
    - Tu as ses coordonnées ?
    - Oui bien sûr…
    - Alors nous pourrons toujours vérifier.
    - Je pourrais le faire moi-même Hacène. Je ne veux pas que cette femme s’imagine qu’on l’espionne.
    - Et comment comptes-tu l’aider une fois remise sur pied ?
    - Eh bien, à vrai dire, je voulais te demander tout d’abord conseil… Tu vois, j’ai pensé à ma grand-mère Zahra.
    - Ta grand-mère Zahra ?
    - Oui. je trouve qu’elle commence à prendre de l’âge et qu’elle aurait besoin de quelqu’un pour la seconder dans ses tâches ménagères.
    - Tu plaisantes, Mina. La grande maison est toujours aussi peuplée qu’auparavant, je dirai même plus qu’auparavant, et ta grand-mère n’aimerait sûrement pas voir une étrangère s’immiscer dans ses affaires.
    - Bof ? c’est ce qu’elle dit. Mais si je lui demandais de prendre cette bonne femme à son service, je sais qu’elle ne va pas refuser. Elle ne m’a jamais rien refusée.
    Hacène hausse les épaules :
    - Comme tu veux. J’espère seulement que tu sais ce que tu fais.
    Quelques jours passèrent. J’avais revu la pauvre femme — Houria elle s’appelle — et j’avais tenu parole quant à sa prise en charge elle et ses enfants jusqu’à son total rétablissement.
    Juste avant de lui enlever le plâtre, je lui fais une radio qui confirma que ses os étaient soudés, et qu’elle peut reprendre une vie normale.
    Je lui fit enlever le plâtre, et lui conseillais quelques séances de rééducation. Puis, quand tout rentra dans l’ordre, je lui fais part de mes intentions envers elle. Elle parut enchantée :
    - Oui, cela me plairait de travailler dans un petit village de campagne , me dit-elle. Mais, et mes enfants ?
    - Ne t’inquiète donc pas pour eux. Mes cousins pourront les inscrire à l’école avec leurs enfants. J’ai déjà soulevé ce problème, et ma grand-mère Zahra sera enchantée de t’avoir auprès d’elle. C’est une femme douce et très généreuse. Elle va te protéger et te mettre à l’abri de toute incommodité. En échange, tu devras veiller sur elle et répondre à ses besoins. Oh cela ne demande pas grand-chose. Ma grand-mère aime manger à l’heure, dormir à l’heure et se lever très tôt. C’est une femme pieuse, qui passe son temps dans la prière et la dévotion.

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  20. Artisans de l'ombre Dit :

    21.

    Houria avait le regard mouillé :
    -Oh docteur. Vous faites trop de choses pour moi. Je pensais que le monde n’était plus peuplé d’âme aussi généreuse que la votre. Mais un problème se pose tout de même.
    - Lequel ?
    - Mon mari…
    - Ah !
    - Vous savez docteur, après tout nous sommes toujours mariés et c’est le père de mes enfants.
    - Je comprends fort bien. Seulement, je ne vois pas comment venir en aide à un ivrogne, repris de justice, qui fait prostituer sa femme.
    Houria baisse les yeux.
    - Je suis une pauvre créature docteur. Je n’ai que le bon Dieu et vous pour me venir en aide. Je ne veux pas commettre le péché d’éloigner mes enfants de leur père. Ils sont encore bien jeunes pour comprendre certaines choses, et je ne veux pas avoir des remords pour le restant de mes jours, si jamais un malheur arrivait à mon homme.
    - Quel malheur pire que celui qu’il a provoqué peut-il lui arriver… M’exclamais-je hors de moi.
    En réalité, j’étais plutôt confiante. Si cette femme tenait à sa famille, et à son mari après tout ce qu’elle avait subit, c’est qu’au fond, elle n’était pas du tout mauvaise. J’étais rassurée. Mais c’est d’un faux air indigné que je repris :
    - Je vais voir ce que je pourrais faire pour lui. Mais avant cela, il faut qu’il passe me voir. Je veux savoir à qui j’ai affaire.
    Houria revint dès le lendemain avec son homme. Il était d’apparence encore jeune et assez balaise. On devinait qu’il avait fait des efforts pour se rendre présentable, et que sa barbe hirsute et mal rasée dénotait d’un sérieux manque de sommeil.
    L’homme était mal à l’aise. Il se sentait en faute, et baissait les yeux devant moi.
    Je leur demandais de s’asseoir et prit mon temps pour détailler cet homme que je destinais déjà à travailler dans nos vergers. Eh oui, j’avais pris les devants. Je savais que Houria allait me poser ce problème, donc j’avais déjà demandé à un de mes oncles de l’embaucher, et de le surveiller de près.
    Les paysans étaient rudes, et ceux qui travaillaient dans nos fermes sauront rudoyer ce bon à rien et l’obliger à reprendre goût à un travail dur mais honnête et bien payé.
    Je regardais Houria qui souriait :
    - C’est lui, docteur… C’est mon mari…
    - Je vois… Mais, apparemment, il a avalé sa langue.
    Houria le pousse du coude :
    - Bonjour, octeur… balbutia-t-il
    - Comment t’appelles-tu ?
    - Saïd… pour vous servir, Madame.

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  21. Artisans de l'ombre Dit :

    22.

    22eme partie

    Je le dévisageais un moment avant de lancer :
    - Écoute Saïd. Je veux bien t’aider à sortir de ta misère, mais à une seule condition.
    - Tout ce que vous demanderez docteur est d’avance accepté. J’ai vu ce que vous avez fait pour Houria et les enfants, et je ne l’oublierais jamais. Je ne suis pas aussi ingrat que certains le pensent.
    - C’est ce que nous verrons Said. Voilà ce que je te propose :
    - Tu vas tout de suite arrêter la boisson, et toutes ces drogues douces que tu ingurgites à tout bout de champs au détriments de ta santé.
    L’homme baisse la tête et me répond d’une voix nouée par l’émotion :
    - C’est la misère et la mal vie qui nous poussent vers ces calamités docteur.
    - Fini tout çà. Tu auras un travail et un toit. Ta famille sera à jamais à l’abri du froid et du besoin.
    - Alors docteur. Je fais la promesse devant Dieu, le tout puissant, de ne plus jamais toucher, ni à l’alcool, ni à la drogue.
    - Bien, puisque j’ai ta promesse, je ne vais plus douter de ta parole d’homme.
    Je pris la décision d’envoyer dès le lendemain, tout ce beau mode à la campagne. Mes oncles octroyèrent un travail de conducteur d’engin à Saïd, et ma grand-mère Zahra, fut très heureuse d’avoir une femme à son service à elle seule dans cette grande maison qui grouillait de monde à longueur de journée. Les enfants furent scolarisés et s’habituèrent bien vite aux lieux. J’avais réussi le pari de sauver une famille. L’image de mon grand-père s’afficha devant mes yeux « Faites du bien autour de vous…. Dieu saura vous récompenser… » Des paroles qui ne m’ont jamais quitté, et qui me rappelaient à chaque fois que tant que je pouvais faire quelque chose, je ne devrais jamais reculer.
    Hacène aussi était heureux pour cette famille qui en fin de compte a pu trouver son salut. Il me félicita pour ma ténacité mais me sermonna pour mon imprudence.
    - Et si jamais cet homme se remet à se droguer, et cette femme à se prostituer…Qui va s’occuper de leurs gosses.. ? Ta grand-mère Zahra.. ?
    -Non Hacène… Ne doute plus de la bonne volonté de ces pauvres gens. La misère peut engendrer tous les fléaux. Ces gens n’en sont que des victimes, il faut les aider à retrouver le droit chemin, tu verras, dans quelques jours, nous aurons de leurs nouvelles.
    Ma grand-mère Zahra vint nous rendre visite un mois plus tard. Impatiente, je la questionnais sur Houria et Saïd .
    - Mon Dieu, s’écrie t-elle, que vais-je faire pour te remercier d’avoir mis cette bonne femme à ma disposition. C’est une véritable perle de foyer, et elle est d’une honnêteté incroyable. Jamais elle n’ose toucher à quelque chose sans me le demander. Son mari de son côté ,s’avère quelqu’un de très sérieux. Il est le premier levé et le dernier couché. Tes cousins ne cessent de faire ses éloges.
    J’étais soulagée une fois pour toute. Connaissant ma grand-mère, je pouvais me fier à ses dires, elle qui a toujours su juger les gens à leur juste valeur.
    Aux vacances de printemps, je me rendis à la ferme pour juger par moi-même de la véracité des dires de mes cousins et de mes oncles.
    - Ces derniers me présentèrent un Saïd complètement métamorphosé, qui a ma vue devint rouge comme une tomate :
    - Alors Saïd… ? Comment vas-tu.. ? Le travail te plait-il…. ?
    Il avait les larmes aux yeux en me répondant :
    - Oh madame, que Dieu vous protège et vous donne le bonheur que vous méritez. Le mien est déjà fait. Mes enfants mangent à leur faim, et sont scolarisés, et ma femme a oublié ses rancunes envers moi. Grâce a vous, nous formons de nouveau une famille heureuse.
    Le travail dans vos terres est un vrai régal. J’ai toujours rêvé de travailler en plein air et en totale liberté.
    Je rencontrais une Houria épanouie et gracieuse à souhait. Elle vint m’embrasser, et me remercier à son tour. Je lui remets quelques friandises pour ses enfants, puis me rendit au cimetière du village pour me recueillir sur la tombe de grand-père.

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  22. Artisans de l'ombre Dit :

    23eme partie

    Il faisait très beau, et une brise douce taquinait les fleurs en éclosion. L’herbe poussait verte et drue, et j’eus l’impression que toute la nature me souhaitait la bienvenue.
    Je demeurais un moment en méditation devant la grande tombe en marbre de mon aïeul. Je revoyais sa tête enturbannée et ses amples gandouras blanches immaculées. Son âme devrait reposer en paix. Cet homme pieux a toujours semé le bien autour de lui, et nous devons respecter son héritage. Je m’assois sur sa tombe et me met à repenser au temps passé. À mon enfance dans ce village, à ma jeunesse, et aux paroles si sages de notre doyen.
    J’ai dû m’assoupir, car j’avais tout à coup l’impression de revoir mon grand-père. Il était debout devant moi, et me souriait en me caressant les cheveux. Je lui rendis son sourire, et il me dit :
    « Alors Mina, tu viens rendre visite à ton grand-père. Je suis toujours là tu vois. Je n’ai jamais quitté le village, et je veille sur tout comme par le passé. Mais toi Mina, je veille sur toi plus spécialement. Tu viens de me donner la preuve que mes conseils n’ont jamais été vains. Continue à semer le bien autour de toi… N’ai peur de personne, sauf de Dieu, et suis les élans de ton cœur. Tu as un grand cœur Mina… .Ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir un grand cœur. »
    Un oiseau se met à gazouiller et je sursaute. Mon grand-père n’était plus là. Je regardais autour de moi. Rien. Les champs de verdures s’étendaient à perte de vue. Ai-je rêvé.. ? Je me frottais les yeux et m’apprêtais à rentrer quand le son d’un moteur de véhicule attira mon attention.
    Un homme et une vieille femme pénétrèrent dans le cimetière. J’essayais de reconnaître la femme, mais je ne le pus, vu le temps que j’ai passé en ville, je ne me rappelais pas vraiment de toutes ces femmes du village qui nous rendaient visite régulièrement.
    La femme s’approcha de moi, et me salua avant de se mettre à réciter la fatiha devant la tombe de mon grand-père. L’homme lui s’était contenté de suivre sa mère et de s’arrêter juste derrière elle.
    La femme se retourne vers moi et me regarde droit dans les yeux :
    - Tu es bien la fille de Omar n’est -ce pas ?
    - Oui. Mais excusez-moi ma brave dame, je ne vous ai pas reconnue.
    -Tu ne vas pas me reconnaître…Quand tes parents ont déménagé, tu étais encore trop jeune, et moi je venais une fois par semaine aider ta maman à faire le grand ménage.
    - Ah…. Es-ce pour cela que vous vous recueillez sur la tombe de mon grand-père.
    La femme pousse un soupir :
    - Ton grand-père …. !
    - Vous le connaissez bien apparemment….
    - Ah oui! Pour le connaître, je le connais même trop bien, puisque c’est le père de mon fils…..
    Je restais muette de stupéfaction.
    - Je ne comprends pas….
    La vieille femme me regarde un moment puis lance :
    - Bien sûr tu ne comprends pas…. C’est une longue histoire.
    - Je sais que mon grand-père avait plusieurs femmes. Mais je les connaissais toutes. De la première à la dernière.
    - Je crois que je me suis mal exprimée.
    - Je veux bien te croire vénérable femme, mais je ne crois pas que mon grand-père se soit remarié dans le secret. Il n’était pas homme à faire les choses en cachette. Il était même trop fier pour craindre qui que ce soit.
    - Je le sais. Mais laisse moi t’expliquer donc ce qui s’était réellement passé.
    L’homme qui accompagnait cette femme s’était éloigné pour s’installer sous un chêne. Il avait à peu près la trentaine, et avait belle allure.

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  23. Artisans de l'ombre Dit :

    24eme partie

    La femme revint à moi après s’être assurée que son fils ne pouvait nous entendre :
    - Je n’aime pas parler de ces choses en sa présence. Il est très susceptible. Mais on ne peut cacher trop longtemps la vérité.
    Impatiente, j’attendais la suite de cette histoire rocambolesque.
    - Eh bien, on peut dire que le temps fini toujours par remettre de l’ordre dans les choses. Les gens pensent qu’ils sont éternels. Et ne regardent l’avenir que d’un œil indifférent.
    - Comment avez-vous connu mon grand-père ?
    - Dans la grande maison.
    - Et il vous a épousé comme çà, tout en vous laissant faire le ménage pour ma mère, et sans vous permettre d’élever son fils dans la grande maison… ?
    - Mais non. Les choses ne se sont pas passées ainsi.
    Elle se met à méditer un moment.
    - Cela s’est passé il y’a bien longtemps. Trente années si je prends en compte l’âge de mon fils.
    - Donc mon grand-père a enterré son secret avec lui.
    Elle hoche la tête.
    - Il n’y a que moi, ta mère et ta grand-mère Zahra qui sommes au courant de la chose.
    - Ma mère… ?
    - Oui. Ta maman était présente quant nous avons mis les choses au point. C’est elle-même qui était l’instigatrice de cette histoire.
    J’allais de surprise en surprise. Ma curiosité piquée à vif, je demandais :
    - Ma mère ne m’a jamais rien dit.
    - Pourquoi t’aurait-elle raconté cette histoire, c’était un peu son petit secret.
    - Que vous me dévoilez aujourd’hui au hasard d’une rencontre.
    - Le hasard fait bien les choses. Dieu en a décidé ainsi. Je crois qu’il est temps pour toi Mina de connaître la vérité.
    - Alors qu’attends-tu pour me raconter ce qui s’était passé.
    Un petit vent glacial s’est levé, et la vieille femme s’emmitoufle dans un long châle en laine. Elle remet un peu d’ordre dans ses vêtements trop amples pour elle, puis s’asseoit sur un tronc d’arbre à moitié desséché, que le charbonnier ont dû oublier d’enlever durant la saison des pluies.
    Je me réinstalle sur la tombe de mon aïeul, moi qui devrais déjà être de retour dans la grande maison. Tant pis, on s’inquiètera pour moi, mais je dois connaître la vérité sur cette femme qui prétend que mon grand-père est le père de son fils.
    - Cela fait bien longtemps commence-t-elle, les vignes du village, celles qui se trouvent sur les hauteurs de la montagne qui nous fait face, ont été plantées par mon propre père. Nous étions alors, une famille aisée et sans problèmes. Nous avions des biens, des terres, des écuries pleines de vaches et de moutons, des oliviers, des figuiers… En fait, nous avons nous aussi hérité de ces biens, et mon père tenait à ce que nous soyons de dignes héritiers. Hélas, au début de la deuxième guerre mondiale, nous avions tout perdu ou presque. Le typhus faisait rage parmi la population et un par un, les paysans qui étaient à notre service s’en allèrent. Les uns étaient enrôlés d’office dans l’armée et les autres moururent de maladie. Nous n’avions plus que quelques poules et une vache. Nos récoltes cette année là, s’avérèrent catastrophiques, et nous ne pûmes que regarder sans pouvoir rien faire, s’en allaient les meilleures années de notre ferme. Mon père tombe malade, il avait contracté le typhus qui les emportera lui et ma mère très rapidement. Comme j’étais fille unique, mes deux frère: Kamel et Ali qui étaient déjà mariés, me marièrent à l’âge de 14 ans à un homme qui avoisinait les 70 ans. J’avais beau supplié, pleuré et crié. Mes deux frères refusèrent de revenir sur leur décision et arguèrent que j’étais même trop âgée pour espérer meilleur parti.

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  24. Artisans de l'ombre Dit :

    25iéme partie

    Je fus donc mariée sans tambour ni fanfare à cet homme qui pouvait être mon grand-père. Je quittais la ferme, et notre maison, pour me retrouver dans un village non loin d’ici, que la misère avait isolé à souhait.
    J’étais trop jeune et naïve pour faire face à ce qui m’attendait auprès d’un mari que je n’avais ni choisi ni aimé, et qui était déjà marié et avait même des brus.
    Nous vivions sous le même toit, moi et ses deux premières femmes, ainsi que ses six fils, tous mariés avec leurs femmes et une douzaine de petits-enfants.
    Bien sûr, je devenais à titre officiel la rivale, et le souffre-douleur des femmes de la maison.
    Je trimais du matin au soir sans répit. J’étais chargée des grosses et sales besognes. Les deux autres épouses de mon mari, me battaient et m’ordonnaient de me taire et de faire ce qu’elles demandaient. J’étais l’intruse, et l’indésirable, et je devais payer.
    Gare à moi si je me plaignais à mon mari. Ce dernier m’a fait savoir dès le premier soir, que je n’avais qu’à suivre les directives de ses épouses. Lui-même ne ratait aucune occasion pour m’humilier et me battre afin de me prouver qu’il était le premier homme de la maison. Celui à qui on devait obéir au geste et à l’œil.
    Je ne pouvais prétendre au repos que quand la nuit était bien avancée. Mais à peine parvenais-je à fermer mes yeux, que l’aube commençait à poindre, et la maison se réveille. Je me levais alors pour allumer le feu, préparer les galettes et le petit déjeuner. La famille au grand complet vient me rejoindre, et je dois être à l’écoute de tous sans rechigner. Les uns aimaient le couscous avec du lait, les autres, un morceau de galette chaude, et les hommes, des figues, de l’huile d’olive et du café noir.
    Quand tout ce monde se lève pour partir aux champs, je demeurais avec les femmes. Ces dernières s’accaparaient des restes, puis s’en allaient vaquer à leurs occupations. À moi de faire la vaisselle, et de remettre de l’ordre avant d’aller nettoyer les écuries, balayer la grande cours, laver les ballots de linge sales, et de revenir pour nettoyer la grande salle, et préparer le déjeuner.
    Ouardia la première femme de mon mari était obèse et mangeait comme quatre. Elle avait faim à longueur de journée, et je devais tout le temps avoir quelque chose à porter de main pour elle. Sinon je recevais la raclée et j’étais punie pour le reste de la journée. Ce qui veut dire, un surplus de travail et rien à me mettre sous la dent. J’espérais tant la venue de mes frères pour leur raconter mes malheurs et les supplier de rentrer avec eux chez-nous. Hélas! Ces derniers s’étaient bel et bien débarrassés de moi. Aucune nouvelle ne me parvenait d’eux. J’allais jusqu’à demandais à quelques femmes errantes, moyennant un morceau de galette, des nouvelles de Kamel et Ali. Un jour l’une d’elles confirma mes soupçons : Mes frères avaient vendu nos biens et étaient partis ailleurs. On n’avait plus aucune nouvelle d’eux depuis des mois.

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  25. Artisans de l'ombre Dit :

    26eme partie

    J’étais anéantie. Je pleurais toutes les larmes de mon corps. La déception, le chagrin, l’humiliation de dépendre à jamais de ce vieillard que j’avais épousé et de sa famille me rendirent malade. Moi qui était, la fille d’une famille noble et riche, et qui jusqu’à la mort de mes parents n’avais jamais souffert ni de la faim, ni de la maladie, ni d’aucune privation qui soit, me retrouvais esclave d’une famille qui n’aurait jamais osé nous affronter du vivant de mon père. Moi, la fille adorée et choyée par mes parents, devenais à jamais l’outil de la misère et des mauvais traitements de ces femmes qui m’enviaient ma jeunesse, ma beauté, et même ma noblesse. J’étais la bonne à tout faire dans la maison. J’étais tout le temps
    affamée et affaiblie. Si bien qu’un jour je n’arrivais pas à me lever de ma paillasse au petit matin.
    Ouardia constatant que le jour était bien avancé, finira par se lever pour préparer le petit déjeuner, et réveiller toute la smala. Je fus traitée de tous les noms, et ruée de coups. J’étais la seule fautive du retard des autres. Je ripostais que j’étais malade et fiévreuse. Mon mari ordonne ironiquement à se première femme de me faire boire un peu d’eau. Cette dernière prenant un seau d’eau glacée vint le déverser sur moi. J’étais atterrée. Ma paillasse toute mouillée m’obligea à me traîner sur le sol pour rejoindre l’autre extrémité de la pièce. Je m’allongeais à même la dalle glacée. Quelques heures plus tard, mon mal empira. Je n’arrivais plus à respirer. Je toussais à me crever les poumons, et tout mon corps était secoué de tremblements.
    - Elle est maudite. Lance Ouardia à son entourage. Elle est habitée par un démon. Eloignez- vous d’elle.
    Elle croise les bras et se met à réciter des paroles inaudibles destinées à les protéger du démon. Personne ne se souciait de moi. J’étais toujours sur le sol, recroquevillée sur moi-même.
    La fièvre ne cessait de monter. Ma tête menaçait d’exploser et mes paupières étaient si lourdes que je n’arrivais pas à les relever.
    Le soir venu, une des brus se faufila discrètement vers moi et m’aida à rejoindre ma couche. Elle me fait boire une tisane bien chaude et me ramena du linge sec. Son geste m’alla droit au cœur. Finalement parmi les méchant se trouve toujours un être qui n’est pas complètement insensible. Le lendemain j’avais moins mal à la tête, mais la toux ne me quittait pas. Je toussais à me crever les poumons.
    Vers la mi-journée la même bru, me ramène un verre de lait chaud et m’aida à m’asseoir.
    La première femme de mon mari était hors d’elle. C’était à elle que revenaient toutes les tâches dont on m’accablait. Les deux derniers jours s’étaient avérés fort pénibles pour elle, et elle était d’humeur exécrable.
    Je comprenais donc, qu’il fallait que je prenne rapidement ce verre de lait providentiel avant qu’elle ne se rende compte que j’étais prise en charge par l’une de ses brus. Ce qui risquait d’attirer des ennuis à cette dernière.
    Pendant cinq jours, je n’arrivais pas à m’extraire de mon lit. Mon mari n’a même pas daigné me regarder. Il avait ses autres femmes, je n’étais que l’intruse qui l’avait alléché par sa jeunesse, et dont il s’était vite détaché. Au cinquième jour enfin, la fièvre tomba définitivement. Je me réveillais un peu moins fatiguée, et ma toux avait pratiquement cessée. Il faisait encore sombre et la maison était encore plongée dans le sommeil.
    Sans réfléchir, je pris quelques affaires, un morceau de galette sec, et me faufilais sans bruit vers l’extérieur de la maison.
    Le ciel était parsemé d’étoiles. Un chien aboyait au loin, et j’entendais aussi quelques chacals hurlaient dans la forêt. Je pris peur, mais j’étais décidée à aller jusqu’au bout. Je dois quitter cette maison de misère. Je dois m’éloigner de ces gens qui ne voyaient en moi qu’une boniche, une moins que rien.

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  26. Artisans de l'ombre Dit :

    27eme partie

    Je risquais quelques pas vers le village voisin distant d’une vingtaine de kilomètres. Je marchais doucement, puis plus vite. De plus en plus vite. Il faisait noir et très froid, et mes pieds étaient gelés dans mes chaussures déjà usées. Mais je n’en eus cure. Plutôt mourir que supporter cette vie de chien. Je marchais sans ralentir mon pas. Le jour se levait. La montagne couverte de brume matinale n’invitait pas à l’aventure. Tant pis. Tant qu’il y’a un souffle de vie en moi, je ne vais pas m’arrêter. Peu importe où je dormirais le soir venu. Peu importe si je devais mourir de faim.
    Vers la mi-journée, j’avais déjà parcouru une bonne dizaine de kilomètre. J’étais encore loin du village, mais je pouvais y arriver avant la tombée de la nuit. Je pouvais donc me permettre une pause, et grignoter le morceau de galette que j’avais chipé. Je mastiquais doucement en repensant à tout ce qui m’arrivait.
    La journée était belle. Un beau soleil de printemps réchauffait l’atmosphère. La verdure s’étendait à perte de vue, des oiseaux gazouillaient dans les arbres, et un cours d’eau fraîche coulait non loin de là. J’étais épuisée. Non seulement le trajet à pied m’avait fatigué, mais comme je n’étais pas complètement rétablie, je sentais encore de la faiblesse dans mes jambes. Je décidais de m’allonger sur l’herbe un moment, puis de reprendre la route une fois mes forces revenues.
    Je m’endormis. Sans le vouloir, je sombrais dans un sommeil profond. Si profond que lorsque je me réveillais, c’était déjà le crépuscule.
    Effrayée, je ramassais vivement mes affaires, et me remettais en marche. Je parcourus quelques kilomètres, mais la nuit me rattrape et je fus obligée de m’arrêter. Que vais-je faire ? Un froid sibérien s’abattit tout d’un coup sur la forêt. Des hiboux poussaient leurs cris effrayants qui te paralysent jusqu’à la moelle épinière.
    J’étendis un long foulard sous un grand chêne un peu à l’écart de la forêt, et ayant peur d’attirer des bêtes sauvages en allumant un feu, je m’installe dans cette obscurité environnante, essayant de me réchauffer en m’emmitouflant dans une vieille couverture que j’avais eu la bonne idée d’emporter.
    Crispée par le froid, et tenaillée par la faim, j’ai dû m’assoupir. Au milieu de la nuit, le cri d’une chauve-souris me réveille. Le clair de lune éclairait les buissons qui me faisaient face. Je sentais rôder des animaux, mais de ma place, je me trouvais à l’abri, du fait que le chêne côtoyait un rocher assez élevé.
    Je restais ainsi grelottante de froid jusqu’au première lueur de l’aube. J’étais ankylosée. Je décidais de me lever pour réchauffer mes jambes et continuer ma marche vers le village. Pour la première fois de ma vie, j’avais passé une nuit entière dans la forêt parmi les animaux sauvages et les chacals. Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour, je devais subir un tel destin.
    Je me remets donc en marche et traînant la patte tant bien que mal, je reprenais mon chemin.
    Je n’étais pas encore complètement sortie de la forêt quand j’entendis des pas derrière moi. Je me retournais promptement pour me retrouver face à un homme de haute stature qui sans me laisser le temps de réagir me bouscule en avant et met sa grosse main sur ma bouche :
    - Si tu cries, je te tue, me dit-il. Sois sage, je ne te ferais pas de mal.
    L’homme sentait le foin. C’était un paysan d’une quarantaine d’année qui devait travailler dans une ferme voisine.
    J’essayais de me dégager de son étreinte, mais aussi faible que j’étais, et aussi fort qu’il était, la partie était perdue d’avance.
    Il m’entraîne vers le centre de la forêt, me met un bandeau sur la bouche et m’attache les mains avant de m’allonger parterre. Je me débattais tant que je le pouvais avec mes jambes, mais peine perdue. L’homme me déchire mes vêtements et prend possession de mon corps.
    Une fois ses instincts assouvis, il se relève, me détache les mains, puis s’éloigne et m’abandonne à mon sort.
    Je restais un moment sans bouger. J’étais traumatisée, et j’arrivais à peine à respirer. J’avais eu peur des animaux sauvages, mais c’est l’humain qui s’est avéré le plus abject.

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  27. Artisans de l'ombre Dit :

    28e

    Une heure passe. Le soleil était haut dans le ciel. Je me relève difficilement, et délie le bandeau sur ma bouche avant de vomir tous mes boyaux.
    J’étais malade de colère et de honte. Que vais-je faire maintenant. Mes vêtements étaient en lambeaux, et mon visage tuméfié. Je pleurais à fondre l’âme, et implorais Dieu de m’aider.
    Je m’approche d’un étang et me lavais le visage et le corps, avant de remettre mes vêtements, où ce qu’il en reste puis je repris ma marche vers le village dans un état d’esprit des plus critiques.
    J’arrivais au village vers la mi-journée. Quelques femmes qui revenaient de la fontaine me jetèrent des regards interrogateurs. L’une d’elle s’approche de moi et me demande d’où je venais. Je citais le nom du village de mes parents. « De si loin, s’écrie t-elle, mais tu dois être éreintée ma petite… ».
    La femme avait un grand cœur. Sans poser trop de question, elle m’emmène chez-elle, me donne à manger, puis me propose des vêtements propres.
    Je me suis lavée et reposée, puis une fois remise de mes émotions, je proposais mon aide à cette brave femme qui était occupée à laver un tas de linge sale empilé dans la cours de la maison.
    Elle accepta volontier, et tout en frottant les vêtements, nous fîmes la conversation. Comme toutes les femmes, elle était curieuse et voulait tout savoir sur moi.
    Je racontais un pan de ma vie, mais n’osais avouer que j’ai fuis mon foyer conjugal. Par contre, je voulais savoir si je pouvais trouver un travail à plein temps dans ce village.
    - Quel genre de travail..? Me demande la femme.
    - N’importe quoi. Faire le ménage, traire les vaches, travailler aux champs..
    - Mais tu aimerais aussi être prise en charge, non ?
    - Oui. Ce serait l’idéal. Je ne connais personne dans ce village.
    La femme se met à réfléchir un moment, puis me dit que je pouvais me présenter à la famille F… et poser mon problème.
    - C’est une grande famille, me dit-elle. Ils sont propriétaires terriens et ont beaucoup de biens. Ils embauchent beaucoup de gens à chaque saison. Il y’a toujours du travail chez eux. Tu pourras aider les femmes à entretenir la maison. Qui sait, peut-être te laissera t-on habiter avec eux.
    La lessive terminée, je pris congé de la brave femme, qui me remet quelques victuailles, et une robe de rechange. Elle m’indique la maison de ton grand-père, située à quelques encablures de là.
    Au crépuscule, je frappais à la porte de la grande maison et une vieille femme me reçoit. C’était la première femme de ton grand-père.
    Sans trop m’étaler, je lui explique que j’étais étrangère au village, et que je cherchais du travail. Elle me fait entrer, me donne à manger, et me présente aux femmes de la maison.
    - Dès demain matin, tu commenceras à travailler. Me dit-elle. Ta tâche consistera à aider au ménage, et à la préparation des repas. Toutefois si l’une de mes brus manifeste le besoin de se faire aider dans des tâches ménagères, tu iras lui donner un coup de main. En conséquence, tu recevras un salaire, et tu seras à l’abri du besoin et de la faim. Tu auras droit à une couche dans la chambre du personnel féminin au rez-de-chaussée.
    J’étais aux anges. Je ne m’attendais pas du tout à être si bien reçue, ni à dénicher aussi facilement un travail et un toit. Les avantages étaient bien au delà de ce que j’espérais. Le soir même, on m’aménagea une couche dans la grande chambre qui était déjà occupée par une dizaine de femmes.

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  28. Artisans de l'ombre Dit :

    29eme partie

    J’étais très jeune, et ces femmes étaient curieuses de savoir d’où je venais et pourquoi j’ai quitté ma famille.
    J’esquivais leurs questions tant que je le pouvais. Préférant me taire, et ne répondant que par monosyllabes quand cela s’avère nécessaire. J’avais peur que mon mari retrouve ma trace. Je voulais être aussi discrète que possible sur ma situation, et pour détourner toutes les questions, je leur dis simplement que je venais d’un village bien éloigné, et que j’étais orpheline et obligée de gagner mon pain.
    Les femmes me prirent en compassion, et me laissèrent en paix. Mieux encore, elles m’aidaient dans les tâches les plus dures. Vu mon jeune âge et mon inexpérience dans certains domaines, j’avais besoin de leurs conseils. Elles ne lésinaient sur aucun effort pour me montrer des tours de main fort utiles dans une ferme comme la votre.
    Les jours passèrent, et j’étais soulagée de constater que personne n’a cherché après moi. Je n’avais aucune nouvelle de mes frères, encore moins de mon mari. Peut-être étaient-ils tous heureux de se débarrasser de moi ?
    Parfois je pleurais ma jeunesse perdue, et les journées de bonheur auprès de mes chers parents disparus. Ma tristesse était telle, que souvent je restais des journées entières sans manger. Pourtant, en guise de nourriture, les greniers de la maison regorgeaient de victuailles.
    Des mois et des mois passèrent ainsi. Ton père Omar venait de se marier et on m’affecta au service de ta mère. Elle était jeune et inexpérimentée dans certains domaines. Comme celui d’entretenir une maison, ou de préparer à manger à plusieurs personnes. J’étais heureuse d’être avec elle. Elle était gentille avec moi, et me gâtait. Souvent, elle m’offrait du linge neuf ou des chaussures. Elle me permettait aussi d’utiliser ses shampooings et ses parfums, moi qui ne connaissais que l’eau et le savon noir. C’est une femme noble, ta maman, et en un laps de temps très court, elle me considérait plus comme son amie, que comme une simple femme de ménage.
    Un jour, une des femmes qui dormaient dans la chambre du rez-de- chaussée me jalousa au point d’aller raconter des méchancetés sur mon compte. Mais ta mère l’avait chassé si brutalement, qu’elle ne revint plus. Mais au fil des jours, cette femme entreprit une enquête et découvrit la réalité. C’est là, où les ennuis commencèrent pour moi.
    Cette femme retrouva la trace de mon mari, et ne se gêna point pour aller le retrouver et lui dévoiler que je vivrais dans une famille riche et aisée. Alléché par les racontars de cette dernière, mon mari ne se fera pas prier pour se présenter, dès le lendemain matin, au portail de la grande maison, et demander après moi.
    J’étais occupée à mettre de l’ordre dans la chambre de ta mère, et alors que je secouais les draps par la fenêtre, je faillis m’évanouir en voyant mon mari en grande discussion avec l’un des fermiers.
    Je pris mes talons à mon cou pour aller retrouver ta mère, et tout lui raconter. Elle sera d’abord surprise, puis se reprit et me rassura :
    « Ne t’en fais pas. Tes frères sont des lâches, mais mon mari et mon beau-père, ne permettront jamais à qui que ce soit de toucher à un de tes cheveux. Tu es dans la grande maison, et sous leur protection. » Me dit-elle.
    Rassurée, je retournais vaquer à mes occupations.
    La mi-journée passe sans encombres, mais en début d’après midi, ta grand-mère Zahra m’interpelle :
    - Est-il vrai ce qu’on raconte sur ton compte…?
    - Que raconte t-on donc.. ?
    - Eh bien, que tu es mariée, et que tu as fuis la maison conjugale.
    Je baissais les yeux avant de répondre :
    - Oui. Mais il faut connaître d’abord la réalité avant d’accuser.
    Ta grand-mère me dévisage :
    - Je connais la réalité. Ma bru vient de tout me raconter. Mais enfin, tu aurais dû m’en parler avant.
    - Désolée. Mais ma peur l’a emporté sur le reste.

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  29. Artisans de l'ombre Dit :

    30eme partie

    Ta grand-mère me dévisage puis me dit :
    - C’est réglé.
    - Qu’es ce qui est réglé.. ?
    - Eh bien le grand maître, va remettre une somme d’argent à ton mari, pour que ce dernier consente à divorcer.
    Je n’en croyais pas mes oreilles :
    - Il va faire çà ?
    - Tu en doutes.. ?
    - Non, mais je ne m’attendais vraiment pas à ce qu’on fasse tant de choses pour moi.
    Ta grand-mère Zahra me prit les deux mains et me regarde tout droit dans les yeux :
    - On commence à s’habituer à toi dans la grande maison. Et comme tu es une femme bien, j’ai demandé au grand maître de faire le nécessaire pour qu’on te garde le plus longtemps possible chez nous.
    - Le plus longtemps possible ?
    - Oui. Ce qui veut dire jusqu’à ce que tu trouves chaussure à ton pied. Un jour tu finiras bien par vouloir nous quitter pour te remarier et refaire ta vie, tu es bien jeune pour demeurer seule une vie entière.
    J’avais les larmes aux yeux. Je me mets à genoux devant ta grand-mère et prenant le pan de sa robe, je me mets à l’embrasser :
    - Oh merci. Merci pour tout. Que Dieu vous bénisse et vous accorde une longue vie. Je ne veux ni vous quitter, ni m’éloigner de vous. Même si un jour je dois refaire ma vie, j’aimerais continuer à vous servir jusqu’à mon dernier souffle.
    En fin de journée, tout sera terminé. Comme je n’étais mariée que par la « fatiha » comme cela se faisait à cette époque, mon mari consentit à prononcer la formule « tu es répudiée » trois fois devant témoins, pour que je sois divorcée en bonne et dû forme.
    Et c’est ce jour là aussi, que j’eus le plaisir de m’approcher de ton grand-père.
    Il était quelqu’un d’impressionnant. Bel homme. Brave, généreux, et juste. C’était l’homme sur qui l’on pouvait compter dans les bons comme dans les mauvais jours.
    C’était un vrai coup de chance pour moi de m’être retrouvée dans cette maison, où j’avais non seulement gagné l’estime et le respect de tous, mais j’ai réussi aussi à me libérer d’une emprise qui hantait mes nuits. J’étais désormais libre. Plus rien ne me liait à ce vieillard de malheur qui était mon mari, et à qui j’ai été vendue par mes propres frères pour une bouchée de pain.
    Plus que jamais j’évaluais ma chance d’avoir su trouvé la bonne voie. Celle qui m’a guidée vers le port le plus sûr et le plus sécuritaire.
    Je dormais, mangeais à satiété, m’habillais mieux que les autres servantes de la maison grâce à la générosité de ta mère qui ne lésinait sur aucun effort pour me garder auprès d’elle. Elle avait une totale confiance en moi, et moi en elle.
    Une année passe. Je n’étais plus l’adolescente effarouchée. J’avais 17 ans. J’étais femme au physique comme au moral. Je voulais surtout avoir la paix, et je l’avais. Dieu ne m’avait pas abandonné, et dans la grande maison, grands et petits me vouaient un respect inestimable.
    Quand tu es venue au monde, j’avais moi-même assisté ta mère. Tu étais un beau bébé, et ton grand-père avait donné une grande fête pour célébrer l’évènement. Au même moment, je fus demandée en mariage par un des fermiers qui travaillaient chez-vous. Ton grand-père vint lui-même me l’annoncer. J’étais fort gênée, car je ne voulais pas abandonner ta mère, mais comme le prétendant faisait partie du personnel de la maison, je ne trouvais aucun subterfuge pour refuser.

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  30. Artisans de l'ombre Dit :

    31eme partie

    Je me marie donc, et ton grand-père nous offrit à moi et à mon mari, une petite maison sur les hauteurs de la montagne. Je n’étais pas bien loin de la grande maison, où je pouvais me rendre tous les jours pour aider ta mère dans ses tâches ménagères.
    Quelques mois plus tard, je tombais enceinte. J’étais au 3e mois de ma grossesse, quand mon mari mourut, écrasé par une charrette de la ferme. J’étais éplorée. à peine ai-je goûté aux joies d’avoir un chez-soi, que le malheur s’abat encore une fois sur moi.
    Affligée, malheureuse, et veuve à même pas 20 ans. Je redevins après quelques mois de mariage seulement, une femme seule et abandonnée à son destin. Je pleurais des journées entières en pensant au bébé qui allait naître, et qui ne connaitra jamais son père.
    Ta maman et ta grand-mère, Zahra, ainsi que les grandes femmes de la maison, ne m’abandonnèrent pourtant pas. Elles étaient toutes aux petits soins pour moi et devançaient mes désirs les plus futiles.
    Un soir, ton grand-père vint lui-même me rendre visite dans la petite maison de montagne, et m’assura de son soutien éternel.
    - Tant que je serais en vie, tu ne manqueras jamais de rien. Me dit-il. Ton bébé non plus. Que Dieu soit avec toi, et m’accorde assez de temps sur cette terre, afin que je puisse élever cet enfant dans les normes les plus légitimes.
    Je le remerciais les larmes aux yeux. C’était un moment de forte émotion pour moi, et comme je ne voulais plus réintégrer la grande maison, sauf pour y travailler, je recevais quotidiennement un plein panier de victuailles, et tout ce que je pouvais demander, m’était tout de suite accordé.
    Ton grand-père venait me rendre visite régulièrement. Il n’avait jamais faillit à ses devoirs de maître, et de bon croyant.
    - Je serais le parrain du petit. Quand il sera parmi nous, tu n’aurais jamais à t’inquiéter car je le prendrais sous mon aile. N’ai crainte pour lui, je vais l’élever comme mes propres enfants.
    J’accouchais une nuit d’hiver. Ta maman et ta grand-mère, Zahra, m’assistèrent. Elles emmaillotèrent le bébé et prirent soin de lui jusqu’à mon rétablissement. Je repris mon travail, mais cette fois-ci, je prenais mon bébé avec moi. Tous les matins, je le mettais sur mon dos pour descendre vers la grande maison, et le soir, je faisais la même chose pour remonter chez-moi.
    Fidèle à sa promesse, ton grand-père ne me laissa manquer de rien. Non seulement, il avait augmenté mes honoraires, mais c’était lui qui prenait intégralement en charge mon fils.
    Quelques mois passèrent, mon bébé grandissait, et commençait à reconnaître son entourage. Il affectionnait particulièrement ton grand-père, qui de son côté, l’aimait comme son propre fils.
    Hélas ! les gens commençaient à radoter sur son compte. Les navettes de mon bienfaiteur ne passèrent pas inaperçues. Il était pratiquement de passage chez-moi à chaque fin de journée. Quelques vieillards du village allèrent jusqu’à supputer que mon fils était aussi le sien, et que mon mariage n’était qu’un camouflage. Les mauvaises langues se délièrent. Non, personne ne pouvait accepter çà. Surtout pas moi qui me retrouvais dans un grand embarras du fait que j’étais la première fautive dans cette affaire. Si je n’avais pas accepté les venues de ton grand-père, peut-être aurais-je trouver une autre solution pour lui éviter toute cette humiliation.. ?
    Mais il n’était pas homme à se laisser faire. Ta mère a dû lui raconter ce qui se passait au village et avait proposé une solution que je n’attendais absolument pas.
    Prenant conscience des racontars qu’on débitait, il vint me retrouver, et m’annonça en toute quiétude, qu’il voulait adopter légitimement mon fils. Je voulais protester, mais il m’arrêta d’un geste :
    - Je veux démontrer aux gens, que je suis un homme de parole. Je veux qu’on sache, que je m’engage devant Dieu, pour élever et éduquer ton fils. Libre à toi si un jour tu veux te remarier. Je garderais le petit, et tu pourras refaire ta vie.

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  31. Artisans de l'ombre Dit :

    32eme partie

    Je répondis que je n’en avais aucunement l’intention. Que mes deux mariages s’étant avérés l’un désastreux, et l’autre tragique, l’envie de me lier à nouveau à un homme n’était plus dans mes intentions.
    Ton grand-père m’assura à nouveau de son soutien matériel et moral, et dès le lendemain, se rendit auprès des instances concernées pour légaliser l’adoption.
    Au bout d’une semaine, tout sera réglé. Et mon fils pouvait se considérer chanceux, car sans l’aide de son père adoptif, il n’aurait pu ni faire des études, ni construire une maison, ni mener une fois adulte, une vie normale à l’abri de tout aléa, et surtout du besoin. Que Dieu ait l’âme de ton grand-père, Mina. Je ne cesserais de prier pour lui tant que je serais de ce monde.
    Je suis restée silencieuse durant tout le récit. Cette femme que je venais à peine de rencontrer, m’avait encore prouvé que mon grand-père n’était pas un homme comme les autres. Mais comment a-t-il fait pour nous cacher tout çà.. ?
    - Oh! Il ne l’avait pas caché puisque tout le village a fini par le savoir, me répondit la vieille femme. Mais par respect pour votre famille, les gens n’aimaient pas trop raconter ces choses. Et puis, tu étais encore toute jeune à l’époque où cela s’est passé et ensuite, tu es partie en ville, et personne n’a jugé important de te raconter cette histoire.
    La nuit commençait à tomber. J’avais pratiquement passé l’après-midi au cimetière en compagnie de cette femme.
    Me rendant compte qu’on devait s’inquiéter de mon retard, je me lève et remet un peu d’ordre dans ma tenue avant de lancer :
    - Ton histoire est extraordinaire. Je connais assez mon gran- père pour douter de sa générosité, mais je ne vois pas pourquoi il ne m’a jamais parlé de cette adoption.
    - Il ne voulait pas se vanter de son geste peut-être. Dieu saura le récompenser.
    Je pris congé de la vieille femme et de son fils, et redescendis à la grande maison.
    Ma mère venait d’arriver en compagnie de mon mari, et ma grand-mère, Zahra, était aux anges, mais tout de même un peu inquiète de mon retard.
    - Où étais-tu donc passée Mina… Ne me dis pas que tu as passé l’aprè- midi au cimetière !
    - Si grand-mère. Il faisait beau, et la nature était si belle. Et puis j’ai rencontré une femme qui travaillait dans le temps chez-nous.
    - Une femme qui travaillait chez-nous… C’est possible, comment s’appelle t-elle…. ?
    C’est à ce moment seulement que je me rendais compte que je ne connaissais même pas le nom de cette femme avec qui j’ai discuté une bonne partie de la journée.
    - Je ne connais pas son nom. Mais elle dit avoir travaillé auprès de maman surtout.
    Ma grand-mère et ma mère échangèrent un regard que je surpris.
    Hacène qui s’était allongé sur un matelas me lance :
    - En quoi cela te parait-il bizarre. Vous avez toujours eu chez- vous plusieurs domestiques, et en particulier des femmes. Celle là doit être une parmi les dizaines qui étaient à votre service dans le temps.
    Je demeurais silencieuse un moment, me promettant de discuter plus tard en tête à tête avec ma mère. Je voulais surtout savoir pourquoi on ne m’a jamais rien dit? Ma mère et ma grand-mère, Zahra, m’avaient pourtant dévoilé un tas de secrets concernant mon grand -père. Pourquoi m’avoir caché celui là… ? En plus en guise de secret, il n’en était pas un, puisque cette femme m’avait assuré que tout le village était au courant de l’adoption….
    Une jeune femme de la maison vint déposer sur la table basse le dîner. Un succulent couscous fumant au poulet. Mais j’avais la gorge nouée.

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  32. Artisans de l'ombre Dit :

    33eme partie

    Le doute s’insinuait en moi. Pourquoi.. ? Je n’en savais rien. J’avais le pressentiment que si on m’avait caché un secret, on a dû m’en cacher bien d’autres.
    Je pris une cuillère, et tentais de faire semblant de manger. Hacène me jette un coup d’œil interrogateur. Je baisse les yeux, mais ne proférais aucune parole.
    Ma mère occupait à discuter avec ma grand-mère Zahra, ne remarqua rien d’anormal. Mais mon mari lui n’était pas dupe. Il faisait lui aussi mine de manger, mais semblait préoccupé.
    - Tu es bien pâle Mina… Quelque chose ne va pas.
    J’allais riposter quand une nausée me soulève l’estomac. Je me lève promptement et couru dans le corridor vers les cabinets de toilettes pour vomir. Je me sentais tout de suite après apaisée. Mais j’avais un vertige et un mal de tête qui ne voulait pas se dissiper.
    Hacène courut vers moi :
    - Qu’as -tu Mina. Tu as l’air bien malade.
    Je secouais la tête :
    - Non, tout va bien. Un peu de fatigue, c’est tout.
    - On ne me la fait pas à moi Mina. Tu as les yeux cernés et tu viens de vomir.
    Je poussais un soupir de lassitude :
    - Oh, je crois que je suis enceinte.
    Pris de cours, Hacène me jette un regard perplexe. Puis reprenant ses esprits, il prit mes mains et les porte à ses lèvres :
    - Oh ma chérie. Comme je suis heureux. Pourquoi me l’as-tu caché ?
    J’étais offusquée. Ma santé physique n’avait rien à voir avec mon humeur. Mais étant donné que je suspectais ma grossesse depuis déjà quelques semaines, je trouvais que mon psychique était tout aussi lié.
    Je retirais mes doigts avec brutalité et lançais :
    - Je ne t’ai rien caché. D’ailleurs je ne suis pas encore sûre de mon état.
    Brusqué par mon geste, et mes paroles, Hacène demeure bouche bée. J’étais gênée. Mon mari n’avait rien à voir ni dans cette affaire, ni avec ma mauvaise humeur.
    Ma mère vint nous retrouver :
    - Que se passe t-il vous deux.. ? Pourquoi n’avez-vous pas termineé de dîner.. ?
    Hacène me jette un regard plein de reproche et se retire dans la chambre qui nous a été attribuée.
    Mais ma mère, curieuse comme elle était, voulait savoir si on s’était disputé :
    - Quelque chose ne va pas entre vous.. ?
    - Non, rien. Je viens juste d’avoir un petit malaise, et Hacène s’est inquiété.
    - C’est pour cela que tu fais cette tête ?
    - Oh ce n’est rien…Je suis……
    - Tu es quoi.. ? Depuis ton retour du cimetière, tu n’as pas l’air d’être dans ton assiette. Qui est cette femme que tu as rencontrée ?
    - Je ne la connais pas. Elle dit avoir connu mon grand-père, et avoir été à ton service alors que tu étais encore une nouvelle mariée.
    Ma mère avait un peu palie. Mais se reprenant elle répondit :
    - Et alors. J’ai de tout le temps eu des femmes à mon service. Tu le sais bien Mina.
    - Oui, mais celle là est un peu spéciale.
    - Pourquoi … ?
    - Eh bien parce que grand-père avait adopté son fils….
    Ma mère se tut. Elle me regarde un moment puis me prend le bras et me chuchote à l’oreille :
    - C’est tout ce qu’elle t’a dit.. ?
    - Oui. Mais je crois qu’il y’a anguille sous roche. Quelque chose me dit que vous me cachez un grand secret.

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  33. Artisans de l'ombre Dit :

    34eme partie

    Ma mère me tire vers elle :
    - Tu vas tout savoir Mina, si c’est ce que tu désires.
    - Mais pourquoi ne m’avoir rien dit auparavant.. ?
    - Viens. Allons rejoindre ta grand-mère. Nous allons te raconter toutes les deux la vérité.
    Je consentis à suivre ma mère, et nous rejoignons ma grand-mère Zahra, qui commençait à s’étonner de nous voir abandonner tous le dîner.
    Ma mère s’asseoit sur une natte, et je m’installe sur un matelas.
    - Mangeons d’abord, dit ma mère, à la fin du dîner, nous aurons le temps de discuter sur ce sujet.
    Ma grand-mère Zahra interroge ma mère du regard. Mais cette dernière hoche la tête et se met à manger.
    Nous terminons de dîner, et on nous sert un dessert et du café. J’étais un peu plus détendue.
    Mon malaise s’est dissipé. J’étais de meilleure humeur. Et comme toute les femmes enceintes, il y’a des moments où je me sentais vraiment euphorique.
    Je m’allongeais un moment puis me relevais pour déguster mon café parfumé à l’eau de rose. Ma grand-mère faisait sa prière, et ma mère s’approcha de moi :
    - Ta grand-mère Zahra et moi sommes les seules à être au courant du mariage secret de cette servante avec ton grand-père.
    J’ouvrais les yeux tout grands :
    - C’est donc vrai. Mon grand-père avait une autre épouse que je ne connaissais pas.
    - Oui. Mais cecidit, c’était un cas de force majeur.
    - Mais pourquoi l’a-t-il fait en secret ?
    Ma mère me sourit :
    - Je pensais que tu étais plus intelligente que çà, Mina.
    - Je ne comprends absolument pas.
    - Eh bien tu vas comprendre.
    Ma grand-mère venait de se relever. Elle avait terminé sa prière, et vint nous rejoindre :
    - De quoi parlez-vous donc toutes les deux. ?
    - Du grand-père. Mina aimerait tout connaître sur lui.
    - Mais elle connaît déjà tout. S’étonne ma grand-mère. Personne ne lui a rien caché.
    Ma mère était gênée, et je comprends que le secret devait être gardé par elles à jamais. Elle soupir et s’approche de ma grand- mère :
    - Mina vient de rencontrer au cimetière, la dernière femme du vieux.
    Ma grand-mère Zahra lâche son tapis de prière :
    - Comment çà.. ? Que lui a-t-elle donc débité.. ? Le vieux n’aimait pas trop qu’on étale sa vie privée en public.
    - Je ne suis pas un public grand-mère. Je suis sa petite fille, et en droit de tout connaître sur ma famille. Pourquoi voulait-on garder un secret qui au contraire aurait déjà dû être dévoilé.
    Ma mère et ma grand-mère se regardèrent, puis ma mère lance :
    - Vois -tu Mina.Il y’a des choses dont on a honte, et qu’on préfère cacher aux autres.
    - Je ne vois pas où tu veux en venir.
    - Eh bien, je veux que tu saches, que le mariage de ton grand-père avec cette femme n’était qu’un compromis.
    - Un compromis !
    - Oui…Enfin. Tu dois savoir que ton grand-père n’avait jamais pris une chose à la légère.
    - Eh bien, c’est précisément pour cela que j’étais étonnée d’apprendre par une étrangère qu’il s’était marié une huitième fois sans que quiconque le sache.
    - Nous étions les seules à le savoir moi et ta mère.…Lance ma grand-mère Zahra, et J’étais la seule parmi ses femmes, qui l’avait encouragé à le faire et lui avait promis de garder cette union secrète à jamais.
    - Mais enfin, m’écriais-je vous allez me raconter ce qui s’est, passé ou pas.. ?

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  34. Artisans de l'ombre Dit :

    35eme partie

    Ma grand-mère, Zahra prit une longue inspiration avant de venir s’asseoir auprès de moi. Tout en égrenant son chapelet, elle se met à parler :
    - Ton grand-père était un homme pieux. Tu savais bien qu’il n’aura jamais accepté de porter atteinte à l’honneur d’une femme.
    - Ah oui pour cela je le connais assez bien. C’est pour cela d’ailleurs qu’il a consenti à adopter le fils de cette femme.
    - Eh bien puisque tu connais déjà une bonne partie de l’histoire de cette servante, je vais te raconter la partie la plus frappante.
    Elle se tût un moment remémorant ses souvenirs puis reprend :
    - Je savais que ton grand-père rendait visite à son fils adoptif régulièrement. Il se rendait deux à trois fois par semaine dans la vieille maison de la montagne pour prendre des nouvelles du petit. Un jour, il neigeait tellement, qu’a son arrivée, il était tout trempé. Il prit froid, et comme la route menant chez-nous était coupée, il décida de rester pour la nuit, dans la vieille maison de la montagne avec Saléha et son fils.
    - Saléha.. ?
    - Oui c’est le nom de la femme.
    Le nom me revint en mémoire à ce moment précis. Je me rappelais les ironies, et les coups d’œil discrets qu’échangeaient dans le temps quelques jeunes ménagères entre elles. Quelques unes allèrent même jusqu’à prononcer ce prénom en imitant la démarche de cette femme, et ses « progrès » auprès de mon grand-père. Elles étaient apparemment jalouses d’apprendre qu’il avait adopté son fils, et ne cessaient de radoter et de critiquer ses gestes. C’était le prénom de Saléha qui revenait dans ces conversations.
    - Ensuite.. ? Que s’est -il passé, grand-mère.. ?
    - Eh bien, trois jours durant, ton grand-père n’a pu quitter sa chaumière. Non seulement les routes étaient coupées, mais il était bien malade et trop faible pour se lever et redescendre. Moi-même j’étais très inquiète à son sujet, car jamais il ne s’absentait sans m’aviser ou nous dire où il se rendait. Je savais donc qu’il était chez cette femme, mais vu l’état de la route, j’avais peur qu’un malheur ne lui soit arrivé. Au petit matin du 4e jour, la neige cessa de tomber. Je décidais alors de me rendre chez Saléha . Il faisait très froid, et le chemin était glissant. Ta mère qui allaitait ton jeune frère à cette époque, vint me retrouver pour me demander un peu de miel. J’en profitais pour la mettre au courant de mes intentions, lui dévoilant par la même occasion mes inquiétudes. Elle décide alors de m’accompagner, et nous bravâmes le froid pour monter sur les hauteurs du village.
    Arrivées sur les lieux, Saléha nous reçoit comme il se doit, et nous conduisit rapidement auprès de ton grand-père.
    Il était encore faible, mais avait pratiquement reprit des forces. J’étais tellement inquiète, qu’à sa vu, j’éclatais en sanglots. Il me rassure en me disant qu’il avait été bien pris en charge par Saléha, et qu’il ne s’était à aucun moment senti étranger dans cette maison. Effectivement, cette femme reconnaissante pour tout ce qu’il avait fait pour elle, avait bravé les interdits pour le garder sous son toit, une semaine presque et le soigner comme il se doit. C’est grâce à elle, qu’il échappa à une bronchite qui l’aurait emporté. Il n’était plus très jeune et sa santé avait commencé à vaciller.
    La neige avait cessé de tomber, et je demandais à ta mère de redescendre dans la grande maison puisque j’avais décidé de rester auprès de mon mari jusqu’à son rétablissement total.
    Il fallut encore attendre une semaine. Je faisais de mon mieux pour prendre soin de lui. Mais Saléha dévouée, déployait d’énormes efforts pour satisfaire ses moindres désirs. J’étais contente de savoir que la reconnaissance était encore de ce monde et ton grand-père ne cessait de faire ses éloges.
    Ta mère qui avait gardé le secret, venait nous rendre visite quotidiennement. Elle aussi commençait à apprécier Saléha pour sa générosité et son dévouement.

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  35. Artisans de l'ombre Dit :

    36eme partie

    Ton grand-père allait mieux. Nous décidons donc de rentrer à la maison. Mais je décelais une hésitation dans sa voix et son regard était triste :
    - Qu’as -tu donc, lui demandais-je. Tu ne te sens pas assez bien rétabli pour rentrer.
    - Non. Me répond t-il. Je me sens même très bien, mais ma conscience me torture.
    - Ta conscience.. ?
    - Oui femme. Ma conscience me torture.
    - Qui y’a-t-il donc mon brave mari… ? Qu’as-tu donc fait pour ne plus avoir une bonne conscience.
    - N’as -tu vraiment rien compris ma chère femme.. ?
    Je ne savais quoi répondre, ni quoi interpréter. Mon mari a-t-il commis l’adultère.. ? A-t-il osé frôlé le péché.. ? Ou bien avait-il à un moment donné fait des avances à cette femme qui l’a soigné avec amour… ? Je relevais la tête, prête à affronter toutes les suppositions.
    - Je n’arrive absolument pas à comprendre mon cher mari…. Qu’as -tu donc fait de si terrible au point d’avoir une conscience tourmentée.
    Il se frotte le crâne un moment – signe de contrariété chez-lui – puis me dit :
    - à vrai dire, je n’ai rien fait, mais vu la situation, je me sens coupable quelque part, envers Saléha. Tu comprends, je viens de passer une dizaine de jours sous son toit, dont quatre jours tout seul avec elle, et pour un homme comme moi qui ne tolère aucun écart dans la morale, il est inadmissible de savoir qu’une jeune veuve, a cohabité avec un vieil homme durant plusieurs jours. Cela va m’empoisonner la vie, et jamais je ne retrouverais la quiétude d’avant.
    - Mais tu n’as rien fait de mal mon homme. C’était les circonstances qui l’ont voulu.
    - Je sais. Mais si jamais quelqu’un demain, apprenne ma longue présence chez Saléha, ma réputation et la sienne en prendraient un sacré coup.
    Je ne savais quoi lui répondre. Nos mœurs rigides et les tabous ne facilitaient pas les choses. Ton grand-père avait entièrement raison. C’était un sacré coup à son honneur.
    Ta mère venait d’arriver à ce moment précis. Elle remarqua aussitôt le malaise qui régnait, et m’interrogea du regard.
    Je la poussais dans la cours, et lui racontais tout. Elle parut comprendre et sans me laisser le temps de souffler, elle me suggère :
    - Alors il n’a qu’à l’épouser…
    - Quoi.. ?
    - Il n’a qu’à épouser Saléha, reprend ta mère, c’est la seule solution qui reste.
    - Mais en réalité, en dehors de nous deux, et avec toute cette neige alentour, personne n’a dû remarquer la présence de grand-père chez Saléha. Et puis même si c’est le cas, nous avons fini par nous emmener toutes les deux, nous pourrons toujours riposter.
    Ta mère secoue sa tête :
    - N’as-tu donc pas compris que cela se passe dans sa tête. Il veut payer une dette. Il est loyal envers cette femme qui l’a soigné sans rechigner. C’est çà qui le torture.
    Je me suis mise à réfléchir à toute vitesse. Nous étions sept femmes. Les deux premières venaient de mourir, et la troisième était clouée au lit depuis des années par une maladie incurable. J’étais sa quatrième épouse, et celle qui s’occupait le plus de lui, étant donné que les trois plus jeunes avaient encore des enfants en bas âge et étaient fort occupées de la journée.
    Que va-t-on pensé si le grand-père se mariait encore une fois, et avec une femme qui était à notre service, lui qui n’avait jusque là épousé que des femmes de descendance noble ?

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  36. Artisans de l'ombre Dit :

    37eme partie

    Je soumets le problème à ta mère, qui sans difficultés me répond :
    - On n’a absolument pas besoin d’ébruiter ce mariage. Saléha va demeurer chez-elle, et le grand- père lui rendra visite comme par le passé. Personne d’autre n’a besoin de le savoir.
    Je trouvais l’idée bonne et courut l’annoncer à ton grand-père. Il parut réfléchir un moment, puis nous donne son accord. Je mets Saléha au courant et lui demande son avis. Elle parut hésiter, puis éclate en sanglots : « Jamais je n’aurais espéré une telle alliance » me dit-elle. Je lui rétorque qu’elle ne devrait en parler à personne. Et que nous devions garder toutes les trois, le secret éternellement. Elle me donne son accord, et le soir même, la chose fut réglée. Un imam d’un village voisin vint réciter la “fatiha” avec deux témoins, et une fois repartis, nous redescendons tous dans la grande maison ton grand père y compris.
    Voila toute l’histoire ma fille. Tu es la quatrième femme à être mise au courant de ce secret que ton grand-père a emporté dans sa tombe.
    - Mais et Saléha.. ? Qu’est-elle devenue.. ?
    - Elle a continué à vivre dans la maison de la montagne. Ton grand père a continué à lui rendre visite régulièrement comme par le passé. Le jour où il a procédé lui-même au partage de ses biens, elle a eu sa part à l’instar de nous autres, mais discrètement. Son fils, aujourd’hui gère ses biens, elle est à tout jamais à l’abri du besoin.
    Quelle étrange histoire !
    La nuit était bien avancée. Je sentais la fatigue m’engourdir. Ma mère s’exclame :
    - Mina, tu devrais aller te coucher maintenant. Il se fait bien tard.
    - J’y vais, dis-je en me levant. Cette histoire m’a vraiment bouleversée.
    - C’est de l’histoire ancienne. Oublie là donc, et pas un mot à quiconque, hein.. ?
    Je hochais la tête. Le secret devrait rester éternellement dans la famille.
    Je rejoignais ma chambre aux premières lueurs de l’aube. Hacène dormait à poings fermés. Je m’allongeais à ses côtés sans pouvoir trouver le sommeil. Je repensais aux évènements de la journée, et me remémorais le récit de ma grand-mère, Zahra. Quelle bravoure.. ! Accepter une énième rivale, et qui n’est même pas de son rang.. !
    Je regardais Hacène et son visage paisible, et me dis que jamais je n’accepterais de le partager avec une autre. Jamais.
    Quand enfin je m’endormis, le jour était déjà levé. Vers la mi-journée, je consentis à sortir de mon lit. Hacène était déjà parti préparer le véhicule pour le retour. Nous nous apprêtions à rentrer en début d’après-midi. Mon père étant en voyage d’affaire à l’étranger, ma mère avait décidé de rester quelques jours à la ferme. Déjà la veille, elle se faisait un plaisir de passer le plus de temps auprès de ma grand-mère, Zahra qui de son côté, l’aimait comme sa propre fille.
    Nous déjeunâmes tous ensemble, et je sortis faire quelques pas à travers les grands pâturages alentours. J’aime la nature, et en ce début de printemps, l’herbe était d’un vert luxuriant, et les oiseaux agrémentaient de leurs chants. cette atmosphère de fête dont seule dame nature a le secret.
    J’enjambais une barrière pour sortir d’un près, quand je remarquais une femme dont je ne distinguais pas encore les traits, qui me faisait de grands signes de l’autre côté de la route. Elle s’approche de moi à grand pas, et je n’eus pas trop de peine en quelques minutes à reconnaître Saléha.
    C’était elle qui venait à ma rencontre tenant un grand tapis en laine aux couleurs chatoyantes dans ses bras.
    - Bonjour Mina. Me lance t-elle à peine arrivée près de moi toute essoufflée.
    - Bonjour. Comment vas -tu.. ?
    - Bien, puisque j’arrive avant ton départ. Je voulais tellement te revoir.
    - Oui. Je m’apprête à rentrer chez-moi. Quelques minutes de plus et tu ne m’aurais pas trouvée.
    - Grâce à dieu, tu es encore ici. Regarde un peu qu’est ce que je te ramène.

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  37. Artisans de l'ombre Dit :

    38eme partie

    Elle me tendit le tapis en laine, soigneusement tissé à la main, et magnifiquement fini. La laine était de la plus pure qualité, et les couleurs magnifiquement élaborées, donnaient à cette œuvre ce plus si recherché par les artistes.
    - Oh.. Il est magnifique….
    - C’est pour toi que je l’ai gardé Mina.
    - Pour moi…. ?
    - Oui. à vrai dire, je l’avais tissé pour ton grand-père. Mais le pauvre est mort au moment où je venais de le terminer. Comme je sais qu’il t’aimait bien, j’ai décidé de le garder pour te le remettre au moment opportun.
    - Je ne peux pas accepter. C’est vraiment trop pour moi. Ce tapis a dû te coûter tant de soirées de travail et tant de sueur.
    - Cela ne fait rien. C’est un tapis que j’aimerais que tu gardes chez toi parce que je sais que tu sauras en prendre soin. C’est mon cadeau aussi pour le bébé.
    - Le bébé.. ?
    - Oui. Tu es enceinte, non… ?
    Je restais bouche bée un moment avant de demander :
    - Comment le sais- tu.. ?
    Saléha se met à rire :
    - Je te prends au dépourvu, hein… Très bien, je vais te dire comment je le sais. Je t’ai bien regardé hier au cimetière, et je me trompe rarement quand il s’agit de déceler une grossesse. Ton teint légèrement pâle, ton nez et tes lèvres un peu enflés, ces cernes sous les yeux, et surtout, ce regard enfiévré, m’ont largement renseigné sur ton état.
    Je poussais un soupir :
    - Alors là, je n’en reviens pas. Moi-même en tant que femme et médecin, je n’étais pas encore sûre de mon état.
    - Eh bien sois-le. Et je vais te rajouter encore une chose : Tu auras une fille.
    Je n’en revenais pas.
    - Une fille .. ?
    - Oui ! une jolie fille comme sa maman.
    - Comment…?
    - Comment je le sais encore.. ? Voilà : On dit que les femmes enceintes qui attendent des filles embellissent, et tu es épanouie. Tu as pris un peu de poids, et ton sourire est radieux. Tu as une mine qui ne trompe pas.
    Je regardais un moment cette femme fidèle à mon grand-père, et un élan de tendresse me jette dans ses bras :
    - Saléha. Je comprends bien pourquoi mon grand-père t’a aimée. Il a admiré en toi ta bravoure, ton courage et ta gentillesse à toute épreuve. Tu es la générosité incarnée.
    Saléha me serre dans ses bras, et me caresse le dos :
    - Et toi, tu es une femme comme on en voit pas souvent de nos jours. à l’instar de ton grand-père, tu adores venir en aide aux gens dans le besoin, et tu sèmes le bien autour de toi. Dieu aime la bonté dans toute son ampleur. C’est pour cela qu’il t’a accordée le bonheur.
    Elle essuie une larme au coin de ses yeux, et me tendit le tapis que je pris cette fois-ci sans aucune hésitation.
    - Je vais le garder en souvenir de notre amitié Saléha.
    Elle sourit :
    - J’en serais ravie. Fais un bon voyage et reviens nous voir aussi souvent que tu le peux. Tiens, viens me rendre visite dans ma chaumière là- haut, je serais heureuse de te recevoir.
    - C’est promis à la prochaine occasion.
    Elle m’embrasse chaleureusement sur les deux joues, et s’éloigne en se retournant, encore une fois, pour me faire un geste amicale.
    Je m ‘empressais de rejoindre mon mari qui m’attendais à côté de son véhicule juste devant le garage derrière la maison.

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  38. Artisans de l'ombre Dit :

    39eme partie

    Je mets le tapis dans la malle- arrière avant de monter dans le véhicule :
    - Je pensais que tu avais changé d’avis et que tu ne voulais plus rentrer. Me lance Hacène En démarrant.
    - Tu es fou. Je dois rentrer aujourd’hui-même. D’autant plus que mon petit Ratibe me manque.
    Hacène sourit :
    - à moi aussi. Mais le sachant bien en sécurité chez ma mère, je n’en fais pas un cas.
    Je m’étire, et m’installe aussi confortablement que je le pus avant d’allonger mes jambes et d’ouvrir la fenêtre toute grande.
    - Je t’ai vue discuter avec une femme toute à l’heure. C’était qui.. ?
    La question de Hacène me désarçonne un moment. Dois-je lui raconter toute l’histoire…? Je me reprends à temps. Non. Le secret doit être gardé par nous trois, comme l’avait précisé grand-mère.
    Je répondis donc :
    - Une vieille amie à grand-mère qui a connu le grand-père dans le temps.
    - Qui donc qui n’a pas connu ton grand-père dans cette région.. !
    J’ébauche un sourire de fierté :
    - Il était et il restera un exemple de générosité et de grand cœur. Tous les villageois ne jurent que par lui.
    Nous roulons un moment, en silence puis je repensais à la scène que j’ai eu avec Hacène la veille, et à ma brutalité envers lui. J’eus honte de moi-même et de ma conduite insensée. Voulant me racheter, je me hasardais à lancer :
    - Tu es toujours fâché contre moi Hacène.
    - Pourquoi le serais-je, me répondit-il évasivement.
    - Pour cette scène qu’on a eu … Euh… Je reconnais que je me suis conduite comme une idiote.
    - Puisque tu le reconnais….
    - Hum… C’est tout ce que tu trouves à me dire.. ?
    - Que veux-tu donc que je te dise. Je n’ai absolument rien compris à ton comportement d’hier soir. Je me suis demandé d’ailleurs, en allant me coucher, pourquoi tu te conduisais ainsi…
    - Disons que c’est les caprices d’une femme enceinte.
    - Hé. Dis donc… Tu es sûre d’être enceinte ?
    Je mordillais mon index un moment avant de répondre :
    - Oui. J’en suis certaine.
    - Ne devrais-tu pas tout d’abord faire un test de grossesse pour en tirer une conclusion définitive.. ?
    - Ouais.. Mais étant donné que je ne suis plus une débutante dans ce domaine, je peux tout de suite te confirmer la chose.
    J’entendais encore les paroles fraîches de Saléha résonnaient à mes oreilles :
    « Tu es enceinte… Tu auras une fille. »
    - Eh bien, puisque c’est ainsi, je n’ai plus qu’à nous féliciter…Me dit Hacène pas du tout convaincu.
    - Et moi je peux d’ores et déjà t’assurer que nous aurons une fille.
    - Quoi.. ?
    - Une fille.. ? Tu ne veux pas d’une fille.. ?
    - Non. Ce n’est pas du tout çà. Je suis tout simplement étonnée de t’entendre dire que nous aurions une fille, alors que tu viens à peine d’entamer ta grossesse.
    Amusée, j’indiqué mon ventre par une inclinaison de mon menton :
    - Là dedans mon chéri, c’est moi qui commande. Après tout, c’est bien mon ventre, non.. ?
    Hacène éclate d’un rire franc, et je ne décelais plus aucune colère dans ses yeux. J’étais soulagée et contente de mon séjour à la ferme, quoique cette fois-ci, j’aie appris des choses dont j’étais bien loin de m’en douter.

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  39. Artisans de l'ombre Dit :

    40eme partie

    Dès le lendemain, je repris mon travail au cabinet. Des patients m’attendaient, et j’eus une journée fort chargée. Mes analyses s’avérèrent satisfaisantes, et ma grossesse est confirmée.
    Hacène, loin des doutes, nageait dans le bonheur, et il fût encore plus heureux d’apprendre quelques mois plus tard que j’attendais effectivement une fille. Saléha devrait ouvrir un cabinet de consultation pour « femmes enceintes » en ville afin de déterminer et la grossesse et le sexe de l’enfant dès sa fécondation. Quelles astuces ont donc trouvé nos paysannes pour savoir avant tout le monde qu’elles attendent un enfant de tel ou tel sexe ? Le jeu peut valoir la chandelle, si elles tombent juste à chaque « attente ».
    Je mis au monde ma fille « Nawel ». L’accouchement n’a pas été de tout repos. Une césarienne s’est avérée même nécessaire vu que la position du bébé ne s’y prêtait pas à une délivrance normale.
    J’étais épuisée, mais heureuse. Ma fille avait une beauté angélique. Une jolie petite brunette au regard déjà malicieux.
    Ma grand-mère, Zahra vint s’occuper de moi. Elle était si fière de tenir son arrière-petite-fille dans ses bras, et de me préparer des plats « tonifiants » qui me permirent de reprendre rapidement des forces.
    Quelques jours à peine, et j’étais sur pied. Mais Hacène, fidèle à ses appréhensions, m’empêcha de quitter mon lit.
    - Tu es encore trop faible pour faire quoi que ce soit. Occupe-toi du bébé, cela ne te suffit donc pas… ?
    Ratibe qui venait de fêter ses cinq ans était chez ma belle mère, mais me rendait visite quotidiennement. Il aimait me voir donner le sein à sa sœur, et me racontait par menu détails sa journée.
    C’était un élève doué, qui aimait la lecture et le dessin. Il me montrait à chaque fois ses « gribouillages » aussi fier qu’un pacha.
    - Regarde maman. Je viens de faire un beau portrait de toi et de Nawel…
    Je jetais un coup d’œil distrait au dessin, et déposais un petit bisou sur le front de mon fils.
    - Va le montrer à papa, il va sûrement aimer.
    Ratibe courait alors le montrer à son père avant de revenir se rasseoir sur mon lit.
    J’étais heureuse. Le bonheur pour moi était ma famille et mon travail. Rien ne venait entraver mes journées, si ce n’est les petites remontrances de Hacène, qui me reprochait ma témérité quant à certaines tâches que je ne devais pas effectuer alors que je venais d’accoucher. Parfois, on se chamaillait pour des futilités. Et parfois, notre amour prenait de telles proportions, que j’oubliais toutes nos petites querelles.
    J’aimais mon mari, et il me le rendait bien. Il était très attentionné envers moi et ses enfants, et se pliait en quatre pour répondre à tous nos besoins. C’était lui « l’homme de la famille » comme il aimait à le répéter. Mais en aucun cas, il ne m’a fait de remarques désobligeantes, même si parfois j’osais prendre certaines décisions à son insu.
    En un mot, je ne pouvais rien demander de plus. J’étais comblée. Et je ne cessais de rendre grâce à dieu de m’avoir accorder cette paix intérieure si rassurante.
    Je suis Mina, la petite-fille du grand-père que tout le village vénérait.
    Je suis Mina, le médecin, que les patients adoraient et à qui ils confiaient leurs secrets sans aucune hésitation.
    J’avais réussi sur tous les fronts, au sein de ma famille et dans mon travail.
    Les années passèrent et mes enfants grandissaient dans un climat familial des plus sereins.
    J’avais emménagé dans un nouveau cabinet, plus spacieux et mieux équipé. Hacène qui voyageait maintenant beaucoup avait de son côté, dépassé mes espoirs. Il avait son propre cabinet, et s’était engagé dans la recherche agronomique.
    Ma grand-mère Zahra avait certes pris de l’âge, mais demeurait mon soutien le plus inflexible. Elle venait souvent nous rendre visite et égayait notre maison par sa présence. Mes enfants l’adoraient.
    Ma mère, que je voyais moins souvent que par le passé, s’était découverte une vocation de nourrice au foyer. C’était elle qui prenait en charge mes petits neveux. Elle s’était aussi proposée de prendre en charge les miens, mais j’avais refusé, arguant du fait, que Ratibe était aujourd’hui assez grand pour s’occuper de lui-même, et Nawel, mon adorable petite fille, allait déjà à l’école, et passait son temps libre au conservatoire où elle étudiait le piano.

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  40. Artisans de l'ombre Dit :

    41eme partie

    Mes enfants étaient équilibrés, et je ne voulais pas rompre cet équilibre en changeant leurs habitudes. Hacène était d’accord avec moi sur ce point, et souvent lors de nos voyages, il estimait que nous devrions plutôt maintenir notre mode de vie, afin de permettre à nos enfants et à nous- même de vivre pleinement et comme nous l’avions toujours espéré.
    Nous formions une famille unie et sereine. Pourquoi vouloir donc changé.. ?
    Mais la vie vous réserve parfois de ces surprises !
    Un jour, mon mari rentrant de son travail en fin de journée m’annonce qu’il devait se déplacer vers l’extrême Ouest du pays pour une réunion de travail et une mission au niveau d’une coopérative agricole.
    Je ne sais pourquoi à cette annonce mon cœur se serra. Pourtant Hacène avait l’habitude de partir en mission pour de longues semaines, et je n’en faisais aucun cas de çà. Pourquoi étais-je donc si angoissée à l’idée de le voir partir cette fois-ci… ?
    Je ne pus me l’expliquer. Mais faisant contre mauvaise fortune, bon cœur, je n’en laisse rien paraître.
    Hacène quitte la maison très tôt le matin. Six heures plus tard, il m’appelle pour m’apprendre qu’il était bien arrivé à destination, et qu’il allait me rappeler dans la soirée.
    Je poussais un soupir de soulagement. Ah! Moi et mes angoisses !
    Je repris donc mon travail dans un état d’esprit plus calme, et continuais à ausculter mes patients et à écouter leurs petites préoccupations.
    Ratibe qui allait maintenant sur ses quatorze ans, venait parfois me retrouver au bureau à la sortie des classes, et nous rentrions ensemble, tandis que Nawel qui allait dans une école tout près du quartier, nous précédait souvent à la maison.
    Ainsi donc, je ne me sentais ni seule, ni délaissée. Après ma journée de travail, c’est mon foyer qui m’attendait. J’aimais cuisiner, et je m’en donnais chaque soir à cœur joie, en préparant des plats appétissants et fort réussis.
    Hacène m’avait averti qu’il ne pouvait rentrer qu’en fin de semaine. Le mercredi donc, il me confirmait son retour pour le soir même. Décidant de changer un peu nos habitudes, je demandais aux enfants leurs avis sur une éventuelle invitation de leurs grands-parents pour le dîner. Ils acceptèrent avec joie, et insistèrent pour que j’appelle mes parents et mes beaux-parents à la minute même.
    Quand ce fût fait, je demandais à la femme de ménage de ne pas partir, car j’aurais besoin de ses services pour le dîner.
    Je passais donc au marché pour m’approvisionner en fruits, légumes et viandes, et rentrait chez-moi satisfaite de ma journée.
    Je me mets tout de suite au travail, et j’optais pour les plats appréciés par mon mari. Mes parents arrivèrent en début de soirée, et mes beaux-parent juste après.
    Hacène tardait à rentrer. Je ne cessais de regarder ma montre. N’ayant pas réussi à le joindre, je ne tenais plus en place. Ma mère vint à mon secours :
    - Pourquoi toute cette agitation Mina . Inchallah ton mari va arriver d’un moment à l’autre. Ne rumine donc pas ces mauvaises idées que seul le diable sait insuffler.
    Je tentais de garder un air serein. Mes enfants jouaient avec leurs grands-parents au salon, et moi aidée par ma femme de ménage, je mettais les dernières touches à mon dîner.
    21H00. Je décidais de mettre la table. Et pour ne point inquiéter mes beaux-parents, je leur dis que Hacène m’avait averti qu’il risquait de rentrer un peu plus tard.
    Je servi la chorba fumante dans les assiettes et m’apprêtais à découper le gigot quand la sonnerie de la porte d’entrée retentie.
    Je laisse tomber couteau et fourchette pour aller ouvrir. Mes mains tremblaient. J’avais l’estomac nouée et mon malaise s’accentue quand je me retrouvais devant deux agents de police, l’un en civil, l’autre en uniforme.
    - Docteur Mina…. ?
    J’opinais de la tête .
    - bonsoir madame. Je suis désolé de vous déranger à une telle heure mais les urgences n’attendent pas.

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  41. Artisans de l'ombre Dit :

    42eme partie

    J’entendais les battements de mon cœur doublaient de rythme.
    - Que se passe t-il…. ? arrivais-je à articuler.
    Ma mère qui se tenait derrière moi me prit par les épaules.
    Le policier passe une main dans ses cheveux avant de lancer :
    - Votre mari a eu un accident de circulation cette après midi et nous l’avons évacué à l’hôpital…..
    Je n’entendais plus rien. Mes oreilles bourdonnaient, et ma langue est devenue desséchée et pâteuse. Mon Dieu….
    - Il est mort….. ? entendais-je ma mère prononcer dans un souffle.
    - Non…Non, fort heureusement, mais son état est assez critique.
    Je m’affalais sur le sol.
    Quand je revins à moi quelques minutes plus tard, ce fut pour courir mettre mon manteau. J’entendais quelqu’un sangloter. C’était ma belle-mère.
    Laissant les enfants avec la femme de ménage, je descendis quatre à quatre les escaliers de l’immeuble pour me retrouver dans la rue. Je me rendis compte alors, que j’avais oublié les clés de ma voiture. Mais mon père était déjà au volant de la sienne, et nous nous engouffrons moi, ma belle-mère, et ma mère sur la banquette arrière, tandis que mon beau-père aussi pâle et silencieux qu’une carpe s’installait sur le siège du passager.
    La tête me tournait. J’avais la gorge sèche, et mon estomac était noué par l’inquiétude. Hacène était un bon conducteur. Que s’est -il passé exactement.. ? Je n’avais même pas pu questionné les policiers.
    Mon père conduisait vite. Fort heureusement à cette heure tardive, la circulation était fluide, et nous arrivons très vite à l’hôpital.
    À peine le véhicule mobilisé que je me précipitais vers le portail. Ignorant les cris du réceptionniste, je fonçais tout droit devant moi dans une course folle à travers les larges corridors du 1er étage, vers la salle de soins intensifs où j’étais certaine de retrouver mon mari.
    Ce fut le cas. Je m’arrêtais net devant la vitre, et jetais un coup d’œil au long corps allongé sur le lit et relié à un tas de tuyaux. Perfuseur, transfuseur, masque d’oxygène, sondes….etc. Mes yeux s’embuèrent. Ce n’est pas possible, mon mari ne pouvait pas être en aussi mauvais état.
    J’étais secouée de sanglots. Mes parents et mes beaux-parents qui se trouvaient juste derrière moi, tentèrent de me calmer.
    J’arrachais mon manteau pour entrer dans cette salle de soins intensifs qui pour une fois dans ma carrière me parut sinistre et sombre. Une main de fer me prit par l’épaule.
    - Calmez-vous donc Dr Mina…..
    Je me retournais, et me retrouvais nez à nez avec un jeune médecin en blouse blanche.
    - Vous me connaissez…. ?
    - Et comment. ! Nous avons même fait des études ensemble.
    Je scrutais ce visage que dans mon désarroi, je n’arrivais pas à le reconnaître. Puis me rappelant tout d’un coup mon mari, je me mets à parler d’une manière rapide et inaudible.
    - Calmez-vous donc…Reprend le médecin. Il est vrai que son cas est assez critique, mais rien ne prouve qu’il ne survivra pas.
    - Rien ne prouve non plus qu’il survivra.
    - Ne soyez pas aussi pessimiste Dr Mina. Vous voulez le voir de plus près pour vous rassurer.. ?
    J’opinais du chef. Il demande alors à une infirmière de passage d’apporter une blouse et me demande de l’enfiler.
    - Vous connaissez les consignes. Me dit-il, en m’aidant à mettre la blouse.
    Je me retournais vers mes parents et mes beaux-parents, qui m’interrogeaient des yeux. Je leur fais signe de se calmer et de m’attendre un moment, puis suivant le médecin, je pénétrais dans la salle où mon mari luttait contre la mort.

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  42. Artisans de l'ombre Dit :

    43eme partie

    Je tremblais comme une feuille morte devant ce corps inerte, et ce visage tuméfié. Puis reprenant mon courage, et puisant ma force dans la profondeur de ma personnalité, je redevins ce médecin qui voit tous les jours des malades à soigner, et des blessés à rafistoller.
    Non. Je ne dois pas être faible. Non, surtout pas dans un pareil moment. Reprenant mon bon sens, je me mets à examiner mon mari. Le dossier médical, indiquait un traumatisme crânien non profond, plusieurs fractures, et des hématomes sur tout le corps.
    Hacène avait perdu beaucoup de sang. Une hémorragie interne était aussi à craindre, mais d’après les derniers examens radiologiques, rien n’a été détecté de ce côté-là.
    L’espoir me revint. Hacène allait survivre, j’en étais convaincue. On dirait qu’une nouvelle force venait de s’infiltrer à travers mes pores. Hacène aussi faible qu’il était m’envoyait par télépathie un signe d’encouragement.
    Je pris sa main et me mets à la caresser et à l’embrasser. Hacène. Mon mari, mon compagnon depuis de longues années. Hacène qui depuis notre mariage, n’a jamais osé ni me contrarier, ni me manquer de respect, ou me maltraiter. J’avais eu la chance de tomber sur un mari modèle, qui ne me reprochait que ma générosité excessive envers autrui. Et c’est peut-être cette générosité aujourd’hui qui allait nous sauver.
    J’adressais une prière muette à Dieu. Je le priais de nous aider à nous en sortir, et à reprendre notre vie comme avant. Puis, je me rappelais tout d’un coup que je devais en premier lieu rassurer mes parents et mes beaux-parents qui attendaient anxieusement le verdict.
    Je ressortis de la salle de soins intensifs, pour me diriger vers ma belle-mère qui pleurait en silence, soutenue par mon beau-père.
    - Il s’en sortira. Lançais-je sans préambule.
    Mon père me jette un coup d’œil interrogateur.
    - Il va s’en sortir.. Repris-je… Cela prendra un peu de temps c’est sûr, mais nous allons, si Dieu le veut, le garder parmi nous.
    - Est-ce que…. Est-ce qu’il souffre beaucoup…? me demande ma belle-mère entre deux sanglots.
    Je m’affale sur une chaise avant de répondre :
    - Pour le moment, il est toujours inconscient. Mais dès qu’il reprendra connaissance, il ressentira quelques douleurs. Il a plusieurs fractures, et des hématomes, mais ce qui m’inquiète le plus, c’est son traumatisme crânien. Il faut qu’il reprenne connaissance. C’est à ce moment là que nous pourrions juger de la gravité ou non de son état général.
    Ma belle-mère essuie ses yeux rouges et se rassoit. Elle était abattue à l’instar de nous tous. Nous gardons le silence un moment puis je repris :
    - Vous devriez aller vous reposer. Cela ne sert à rien que vous restiez ici ce soir. Je vais passer la nuit auprès de lui, s’il y’a du neuf je vous appellerai.
    - Je reste avec toi Mina, propose ma belle-mère.
    Je lève les bras impuissante :
    - Je n’aimerais pas te contrarier belle-maman, mais je sais que Hacène ne va pas reprendre connaissance avant de longues heures. Va dormir un peu, et tâche de te calmer. Tout ce stress est mauvais pour ta santé.

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  43. Artisans de l'ombre Dit :

    44eme partie

    Mon beau-père plus raisonnable se lève :
    - Rentrons. Hacène est entre de bonnes mains, et Mina nous appellera dès qu’il reprendra connaissance.
    Mon père s’approche de moi :
    - Tu es sûre de pouvoir tenir le coup toute seule ?
    Je pousse un long soupir :
    - çà ira papa. Je ne serais pas seule. Le médecin de garde est là, et si j’ai besoin de quelque chose je t’appellerais.
    Ma mère me serre dans ses bras :
    - Ma pauvre petite. …. Veux-tu que j’aille passer la nuit avec tes enfants.. ?
    - J’aimerais bien. Si cela ne t’ennuis pas trop maman.
    - Mais pas du tout ma chérie. N’oublie surtout pas de nous contacter pour nous donner des nouvelles.
    Ils sortirent en traînant le pas et je retournais dans la salle de réanimation retrouver mon mari. Le médecin de garde vint me rejoindre un moment plus tard.
    - Alors docteur Mina, j’ai l’impression que vous êtes un peu plus rassurée.
    Je le regardais droit dans les yeux avant de répondre :
    - Je serais encore plus rassurée quand il reprendra connaissance.
    - Je pense que d’ici quelques heures, il pourra la rependre.
    - Qu’en savez-vous.. ?
    - Eh bien, vous êtes je pense bien placée pour le savoir. Son rythme cardiaque semble s’améliorer.
    - Mais il est encore très faible.
    - Il était faible. Corrige le médecin. Mais depuis dix minutes, je crois percevoir une légère amélioration.
    J’étais incapable de répondre. Perturbée, angoissée, je perdais le nord devant cette avalanche de malheurs qui s’est abattue sur moi ce soir sans crier gare.
    - Allez vous allonger dans la chambre à côté…..Je vais rester auprès de lui. Me propose le médecin.
    - Non. Je ne peux pas abandonner mon mari. Je vais rester ici à surveiller ses réactions. Peut-être va-t-il reprendre connaissance dans l’heure qui va suivre.. ?
    - Comme vous voulez docteur Mina. Si vous avez besoin de quoi que ce soit n’hésitez pas à me faire appel. Je suis dans la salle de permanence.
    - C’est gentil. Mais….Dites-moi. Comment se fait-il que je ne vous reconnaît pas.. ? Vous disiez tout à l’heure qu’on avait fait des études ensemble.
    Le médecin me fixe un moment. Une légère gêne avait coloré ses joues.
    - Vraiment Mina. Tu ne te rappelles plus de moi.
    Je scrutais un moment son visage, puis fouinant dans ma mémoire, je tentais de me rappelais où j’avais bien pu rencontrer cet homme. Au lycée ? À l’université… ? En internat… ? Non. Je ne voyais rien qui pouvait me rappeler son souvenir.
    Il fait quelques pas vers moi puis me dévisage.
    - Mina…..
    Il pousse un soupir, et me regarde d’un air désolé :
    - Mina….Tu étais tellement jolie avec tes longues tresses. Si jolie que tous les garçons du village étaient amoureux de toi.
    - Les garçons du village ….. !
    - Oui. Ton village natal. À l’époque où ton grand-père embauchait mes parents pour les récoltes ou les semailles.
    - Tu es du village.. ? Tu as connu mon grand-père… ?

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  44. Artisans de l'ombre Dit :

    45eme partie

    Le jeune médecin hohce la tête en souriant :
    - Et j’ai même joué avec toi à cache-cache dans les champs, à saute mouton, et nous avons à maintes reprises, mangé dans le même plat avec les autres enfants de la famille. à cette époque je venais souvent à la ferme durant les grandes vacances, et je t’ai connue toute petite.
    - Mais tu disais qu’on avait aussi fait des études ensemble.
    - Oui au primaire. Puis tu es partie en ville, et je ne t’ai revue que des années plus tard. J’ai su que tu étais médecin, et que tu étais aussi mariée et mère de famille.
    - Comment t’appelle-tu donc ?
    - Samir….Dr Samir D….
    Je me frappais le visage du plat de la main. Samir….Mais oui, Samir, le petit rouquin qui s’amusait tant avec moi, et qui me faisait rire aux éclats alors que je n’avais pas mes six ans. Comme le temps passe vite. Il est vrai que j’avais quitté la ferme très jeune, mais cela n’aurait pas dû m’empêcher de repenser aux anciens camarades de jeu. Samir devait avoir mon âge. Oh mon Dieu, comment ais-je pu enterrer tous ces souvenirs de mon enfance. Pourtant, Samir je l’ai revu même lors de mon adolescence alors que je passais mes vacances à la ferme.
    Mais il avait bien changé. Que reste t-il donc du jeune rouquin aux multiples tâches de rousseur sur le visage, et dont l’air jovial, n’échappait à personne.
    - Oui…Samir….çà y est je vois qui tu es…. Mais tu devrais savoir que cela fait des années…
    - Je sais. Mais cela ne m’a pas empêché de te reconnaître Mina. Pour être plus honnête, je vais te confier que je n’aurais jamais pu te reconnaître de mon côté si tu n’étais pas médecin, et si je t’avais pas rencontré lors de certains séminaires.
    - Ah voilà donc l’explication…
    - Pas seulement celle-là.
    Il baisse les yeux un moment :
    - Je ne t’ai jamais oubliée Mina. Jamais. Toute ma vie, j’ai voulu reprendre contacte avec toi. J’ai travaillé dur pour devenir médecin comme toi. Je t’enviais un peu, parce que ta famille
    pouvait t’aider dans tes études, par contre moi, je devais travaillais et faire des métiers bien ingrats pour me permettre d’entamer ma médecine. J’ai quitté le village cela fait bien longtemps. Mes parents sont trop vieux pour me rejoindre en ville, mais ils coulent des jours heureux au bled. Ils se reposent maintenant après une longue vie de labeur.
    - Cela fait longtemps depuis que tu travailles dans cet hôpital… ?
    - Deux ans.
    - Il m’est arrivée de venir plusieurs fois dans cet hôpital, mais c’est la première fois que je te vois Samir.
    - Ce n’est pas le cas pour moi. Bof…. Laisse tomber Mina. Les choses ont pris une autre tournure pour nous. Et cela va de soi, on n’est pas du même niveau social.
    - Ne dis pas de bêtises. Je n’aime pas la discrimination Samir. Tu es médecin tout comme moi. Cela n’a rien à voir ni avec ton milieu social ni avec ton statut familial. Certes, je suis la fille d’une famille aisée, mais cela ne compte absolument pas pour notre amitié. Tu t’ai rappelé nos jeux et nos courses… !. Tu vois nous étions des enfants, et nous nous partagions tout dans notre univers d’innocence.
    - Merci Mina. Tu ne peux pas savoir le plaisir que j’ai ressenti en te retrouvant.

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  45. Artisans de l'ombre Dit :

    46eme partie

    Je jetais un coup d’œil à Hacène, qui semblait plus détendu et répondis :
    - Bien que les circonstances ne s’y prêtent pas, j’avoue que cela me remonte le moral de rencontrer un ami d’enfance. J’espère que nous aurons l’occasion de rediscuter de tout çà Samir.
    Il esquisse un sourire :
    - J’attendrai cette occasion avec impatience.
    Il regarde sa montre et poursuit :
    - Il est bientôt trois heures du matin. Tu veux toujours maintenir ta garde ou préfère-tu te reposer un moment. Je peux te remplacer tu sais…
    - Merci. Je préfère être auprès de lui lorsqu’il reprendra connaissance.
    La nuit tirait à sa fin. J’avais la nuque raide et les paupières lourdes. Je me laisse aller un moment contre ma chaise en fermant les yeux.
    J’ai dû m’endormir, car un bruit me tira de mon sommeil. Je me réveille en sursaut. Un gémissement me fait sauter sur mes pieds. Hacène avait repris connaissance. Il était agité et tirait sur toute la «batterie» médicale à laquelle il était relié.
    Je tentais de le calmer.
    - Chut…Hacène, je suis là. Calme -toi.
    En entendant ma voix, il tente d’entrouvrir les yeux, mais n’y parvint pas vraiment. Je pris sa main et me mettais à la presser entre les miennes tout en lui parlant :
    - Hacène c’est moi. C’est Mina….
    Il bouge sa main, et ses doigts écorchèrent la paume de ma main.
    - Hacène… Tu m’entends…Essaye d’ouvrir les yeux…
    Je sentais la bataille que livrait mon mari contre son état d’épuisement extrême. Après un tel choc, rien n’était étonnant. Heureux encore qu’il ait pu reprendre connaissance.
    - Mina… !
    C’était à peine audible, mais cela avait suffit à me réconforter. Mon mari m’entendait. Rien ne pouvait me faire autant plaisir.
    - Mina…
    - Oui Hacène je suis là. Je serais toujours là pour toi.
    - Mina…J’ai soif.
    Je me précipitais dans les couloirs à la recherche d’une bouteille d’eau minérale et d’une compresse. En entendant mes pas, Samir sortit de la salle de permanence :
    - Qui y’a-t-il Mina.. ?
    -Hacène a reprit connaissance. Il a soif et ….
    Samir me prend le bras :
    -Du calme Mina, je vais te donner ce qu’il faut, retourne auprès de lui.
    Samir me rejoint quelques minutes plus tard avec une bouteille d’eau et une compresse que je mouillais moi-même avant d’humecter les lèvres de mon mari.
    Il tente d’avaler les quelques gouttes que j’introduisais dan sa bouche.
    - Doucement Hacène.. Doucement. Tu es encore trop faible pour avaler aussi vite.
    Au bout d’un moment, mon mari réussi à ouvrir ses yeux. Il me regarde, puis regarde Samir, avant d’essayer de regarder autour de lui d’un air interrogateur.
    Je lui prends la main :
    - Tu es à l’hôpital Hacène. Tu as eu un terrible accident de la route. Mais le danger est écarté maintenant.
    Il me jette un coup d’œil anxieux et je compris.
    - Tu nous a fais passer un mauvais quart d’heure. Mais cela est déjà loin. Bien sûr tu ne vas pas sauter tout de suite sur tes pieds, il te faut de longues semaines avant d’être complètement rétabli. Mais estime-toi heureux d’être encore en vie.

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  46. Artisans de l'ombre Dit :

    47eme partie

    Ma vue s’était brouillée. Je pleurais sans me rendre compte.
    Hacène tendit sa main, et me touche le visage :
    - Mina…
    - Oui… ?
    - Ne pleure pas.
    Je tente de sourire :
    -Je ne pleure pas.
    - Tu ne sais pas mentir.
    Il tente de relever sa tête mais grimace tout de suite de douleur :
    - Ne bouge pas. Toute à l’heure je m’occuperai de tes blessures et de tes fractures. Pour le moment essaye de ne penser à rien et de te reposer. Moi je vais appeler tes parents pour les rassurer sur son état.
    Je laisse Hacène aux soins de Samir, et je vais téléphoner à mes beaux-parents d’abord, puis à mes parents.
    Le ouf de soulagement avait été poussé des deux côtés. Nous avons craint le pire, et en réalité, la partie n’a pas été aisée, ni pour moi, ni pour mon mari, ni pour mes beaux-parents et mes parents.
    J’étais épuisée. En revenant dans la salle de réanimation, je trouvais Samir en train de border mon mari qui s’était endormi. Un petit somme lui fera le plus grand bien après toute cette tempête et ce combat qu’il avait livré contre la mort.
    Je pouvais souffler un peu. Je me détendis et demandais un café que Samir s’empressa de m’apporter.
    En début de matinée, mon père et mon beau-père vinrent aux nouvelles :
    - Comment vas-t-il.. ?
    -Beaucoup mieux qu’hier soir. Je vais faire en sorte qu’on le prenne en charge dans les meilleurs délais. Ses fractures risques de s’infecter si on ne les traite pas dans l’immédiat. Mais pour les hématomes, rien de grave. En principe dans quelques jours, on ne verra plus rien.
    - Dieu soit loué. Hamdoullilah…
    - Mina. Tu devrai prendre quelques heures de repos.
    C’était mon beau-père qui me parlait.
    - Pas tout de suite. Je vais d’abord veiller à ce que Hacène soit entre de bonnes mains. Puis, je vais rentrer à la maison lui ramener quelques affaires.
    - Va-t-on le garder longtemps en salle de réanimation.. ?
    - Jusqu’à ce soir peut-être. Mais je pense que tout danger est écarté.
    C’était le cas. Le neurochirurgien à qui j’ai dû faire appel dans la matinée confirma mon diagnostic. Aucune séquelle à craindre du traumatisme crânien. Par contre, les multiples fractures au niveau du thorax, et les quelques autres au niveau des pieds et du bras gauche, seront longues à traiter, mais pas aussi handicapantes qu’on le craignait.
    Je ne pouvais demander plus à Dieu à qui j’adressais mes remerciements pour ce soulagement qu’il nous accorde.
    Je laisse Hacène entre les mains des médecins qui commençaient à traiter ses blessures, et je rentrais chez-moi. Nawel était partie à l’école. Mais Ratibe avait préféré m’attendre pour avoir des nouvelles de son père.
    - Tout va bien Ratibe, lui dis-je en lui caressant les cheveux. Ton père s’en est sorti grâce à Dieu. Tu peux partir à l’école maintenant.
    Il lève les yeux vers moi, et je remarquais les traces de larmes sur ses joues.
    - Essuie tes yeux mon chéri. Le danger est bien dépassé.
    - Comment va-t-il.. ?
    - Ce n’est pas le top, mais il est vivant et c’est l’essentiel.
    - Il souffre beaucoup.
    - Il est sous analgésiques. Pour le moment, il ne ressent pas de douleur.
    - Je pourrais t’accompagner ce soir à l’hôpital.. ?

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  47. Artisans de l'ombre Dit :

    48eme partie

    Je ne savais quoi répondre à ce jeune homme qui n’était pas toute à fait un adulte, mais plus du tout un enfant non plus.
    - On verra Ratibe. Si ton père n’est pas trop fatigué tu pourras m’accompagner.
    Après plusieurs hésitations, et sur mon insistance, Ratibe se décide enfin à partir à l’école.
    Il était temps, car la matinée était déjà bien avancée, et moi je devais retourner à l’hôpital.
    Je prends une douche rapidement, puis empilant quelques affaires de mon mari dans un sac, je laissais la maison aux soins de ma mère, et je retournais à l’hôpital.
    Hacène allait beaucoup mieux. On l’avait affecté dans une chambre aérée, et très propre. Hormis ses multiples pansements, et ses plâtres, il avait plutôt meilleure mine.
    Il sourit faiblement en me voyant arrivée :
    - Mina. J’ai dû te faire passer un mauvais quart d’heure.
    - Çà, tu peux le dire. Comment te sens -tu ce matin ?
    - Sonné comme quelqu’un qui vient de passer sous un tracteur. Les médecins m’ont bien pris en charge.
    - Je l’espère bien.
    - Je… J’ai un petit creux à l’estomac…Mina.. J’ai faim.
    - À la bonne heure. Je vais te chercher quelque chose à manger.
    Quelques minutes plus tard, je ramenais un bouillon fumant, et un jus de fruits.
    Hacène avale quelque cuillère de bouillon, puis repousse ma cuillère.
    - C’est bon Mina, j’ai l’impression d’avaler du sable.
    - C’est l’effet du sérum. Veux-tu un peu de jus.. ?
    Il ingurgite quelques gouttes, puis se rend :
    - çà suffit. C’est une véritable torture que de manger dans cet hôpital.
    - Dans quelques jours tout rentrera dans l’ordre.
    Il fait une grimace, et me désigne son bras gauche :
    - Je n’arrive même pas à le soulever.
    - Je sais. Ce n’est pas gai, mais c’est comme çà, il faut du temps pour tout. Tes fractures finiront par se cicatriser, mais tu devrais être patient.
    Je l’aide à se rallonger, et l’aborde :
    - Ratibe était très inquiet ce matin.
    - Tu as dis aux enfants que j’ai eu un accident.. ?
    - Ils le savent depuis la première minute, puisque nous étions tous à la maison, quand on a appris la nouvelle.
    Il hoche la tête :
    - Je ne sais pas ce qui s’est passé réellement. Je sais seulement que ma voiture a dérapé, puis j’ai vu un arbre qui arrivait à toute vitesse. J’ai senti une douleur à la tête puis plus rien, c’était le noir le plus total.
    - Ne pense plus à tout çà Hacène. Tu es en vie, et c’est ce qui compte. Tu devrais remercier la providence de t’en sortir ainsi. Cela aurait pu être pire.
    - Oui… çà tu peux le dire Mina.
    Il se met à me caresser le visage, puis les cheveux :
    - Et je ne t’aurais plus jamais revue Mina. Je n’aurais plus jamais revu ton visage….Tu es un ange Mina…
    Je lui embrasse les mains, et l’aide à s’allonger plus confortablement en l’entourant de coussins :
    - Essaye de dormir un peu maintenant. Cela te fera du bien.
    Il ferme les yeux en hochant la tête. Les médicaments commençaient à faire leur effet. Hacène s’endormit et son souffle léger me rassura.
    Je sortais sur la pointe des pieds de la chambre, pour aller retrouver les médecins qui s’étaient occupés de lui. Le diagnostic était rassurant. Hacène n’avait plus que ses fractures à traiter. C’était un miracle !

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  48. Artisans de l'ombre Dit :

    49eme partie

    Quelques jours passèrent. Hacène reprenait des forces et pouvait maintenant se lever de son lit, et marcher avec des béquilles.
    Après une première intervention réussie, j’ai pu le faire sortir de l’hôpital, et par la suite, le reconduire pour ses contrôles. Il était plus serein et plus calme, et son accident n’était plus qu’un mauvais souvenir.
    Je repris mon train- train quotidien. Entre mes malades, mes enfants, et mon foyer, j’arrivais à peine à trouver le temps de souffler.. Je menais une vie assez mouvementée, mais paisible.
    Hacène me taquinait sur mes longues absences de la maison. J’étais souvent retenue ces derniers temps par mes multiples déplacements et mes séminaires. Je lui laissais d’ailleurs le soin de s’occuper des enfants et de gérer quelques affaires familiales sans grande importance. Aussi paresseux qu’il était devenu depuis son accident, je ne pouvais lui demander davantage.
    Mes parents de leur côté, affichaient le grand calme. Ma mère se rendait souvent à la ferme pour s’occuper de ma grand-mère Zahra, qui allait sur ses 90 ans, et qui était malade. J’appréhendais déjà le jour de son départ. Ma grand-mère Zahra, à l’instar de mon grand-père, était l’une des figures principales de mon enfance et de mon existence. Je l’aimais beaucoup, et je n’imaginais pas la ferme sans elle. Cela devenait intolérable.
    Hacène qui s’inquiétait autant que moi, me propose d’aller la voir.
    - Mais tu n’es pas encore complètement rétabli. Protestais-je.
    - Bof. Mes côtes ne me font plus autant mal qu’au début, et je pense qu’à l’aide d’une béquille je peux traîner mes pieds.
    - Tu vas pouvoir supporter le voyage ….. ?
    - Je pense que oui. Mais je préfère faire appel à mon chauffeur pour nous accompagner. Tu n’as pas le moral pour conduire sur une aussi longue distance Mina.
    C’était vrai. J’étais perturbée. Si ma grand-mère venait à disparaître, la ferme me paraîtra bien triste. Et malgré tout le grand monde qui y vivait, je ne vais plus retrouver la chaleur de ces lieux qui m’ont vue naître.
    Nous nous rendons donc à la ferme en fin de semaine. Je retrouvais ma mère au chevet de ma grand-mère Zahra, qui ne se levait plus de son lit depuis quelque temps déjà.
    Elle était heureuse de nous voir moi et mon mari, et cela lui fit le plus grand bien. Je l’examinais avec soin, essayant de détecter une quelconque anomalie physique dans son organisme. Hélas, il n’ y avait rien qu’on pouvait entreprendre pour elle. Le temps avait fait son œuvre. Malgré sa robustesse, ma grand-mère allait s’éteindre comme une chandelle. Toutefois, elle avait gardé toute sa raison et une bonne mémoire.
    Elle me parla donc des beaux jours de la ferme, des fêtes d’autrefois dans la grande maison, de sa vie auprès de mon grand-père qui l’aimait beaucoup, et qu’elle avait toujours craint et respecté.
    - De nos jours, ce n’est plus la même mentalité. Nous les femmes d’autrefois, étions plus soumises, et plus craintives. Et ton grand-père avait un caractère exceptionnel. Il était à la fois sévère et généreux, bon et coléreux. Tu ne peux pas savoir à quel point il pouvait passer d’un état d’âme à un autre avec une rapidité déconcertante.
    Je la laissais parler autant qu’elle le voulait, et le pouvait. Cela se voyait, elle voulait revivre des moments de sa vie, profondément enfouis dans sa mémoire.
    Elle prit ma main qu’elle serra très fort :
    - Tu as bien fait de venir Mina.
    Je l’embrassais sur le front :
    - Je viendrai autant de fois que tu en auras envie. Et puis tout ira bien maintenant pour toi, tu vas reprendre des forces et je pourrais t’emmener chez- moi en ville.
    Elle sourit d’un air triste avant de lâcher :
    - Je ne pourrais plus jamais dépasser le seuil de cette maison Mina, sauf pour mon dernier voyage. Tu dois le savoir toi qui es médecin.
    Je sentais les larmes piquaient mes yeux :
    - Ne dis pas cela grand-mère. Seul Dieu décide de la durée de vie d’une personne.
    - Je sais ma fille. Mais à mon âge, il ne faut pas se leurrer. Comment vont tes enfants.. ?
    - Bien. Ils grandissent.
    - Ratibe travaille toujours bien à l’école… ?
    - Oui… Il est même excellent.

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  49. Artisans de l'ombre Dit :

    50eme partie

    Elle sourit :
    - Je vais te confier quelque chose pour lui. Mais je préfère que tu gardes le secret jusqu’à ce qu’il soit en âge de comprendre les choses de la vie.
    Je regardais ce visage ridé dont lequel seuls les yeux persistaient à garder une lueur de vie.
    - Y’a- t- il quelque chose que tu voulais lui remettre grand- mère … ?
    - Oui.
    Elle tendit sa main vers l’armoire en chêne qui faisait parti du décor de sa chambre depuis toujours :
    - Ouvre cette armoire et tire sur le tiroir du bas.
    Je me levais pour exécuter ses volontés.
    - Maintenant, retire la boîte métallique qui s’y trouve et ramène la – moi.
    Je lui remets la boîte métallique où mon grand-père cachait dans le temps son argent et ses papiers les plus précieux.
    Elle farfouille un moment dans les liasses de papiers qui s’y trouvaient et qui avec le temps avait jauni, et retire une enveloppe épaisse.
    - Ton grand père n’a pas eu la chance de connaître tes enfants Mina. Mais avant de mourir, il m’avait laissé cette enveloppe. Je ne sais absolument pas ce qu’il y’a à l’intérieur, mais il m’a fait promettre de te la remettre avant ma mort.
    - Elle me tendit l’enveloppe écorchée aux encoignures et me recommande de garder le secret jusqu’à ce que mon fils soit en âge de comprendre.
    - Comme je t’ai déjà prévenue, il ne faut pas que Ratibe sache ce qui est inscrit avant ses 18 ans.
    - C’est dans trois ans grand-mère.
    - Eh bien, il patientera jusque-là.
    Je glisse le document dans mon sac à ma main, et retournais m’asseoir auprès de mon aïeule.
    - Quand je ne serais plus là Mina tout ce qui m’appartient te reviendra à toi et à tes enfants.
    Émue, je la serre dans mes bras :
    - Que Dieu t’accorde une longue vie grand-mère Zahra.
    - Il me l’a déjà accordé puisque j’ai eu le privilège de connaître mes petits-enfants et mes arrière-petits- enfants. Je ne peux rien demandé de plus à Dieu.
    Nous gardons le silence un moment, puis ma mère vint nous rejoindre :
    - Alors, que faites-vous toutes les deux. Vous êtes comme deux écolières prises en flagrant délit de copiage.
    - Sauf, que nous n’avons rien à copier….Complétais- je.
    - Quand dois- tu repartir Mina.
    - Avant la fin de la journée.
    - Déjà…lance ma grand- mère.
    - Hélas oui. Hacène est toujours en convalescence, et il a tenu quand même à m’accompagner. Je ne veux pas le fatiguer davantage.
    - Naturellement.
    - Mais ce n’est que partie remise grand- mère, je reviendrais aux prochaines vacances scolaires avec toute la smala. Et je te promets de rester autant de jours que tu le souhaiteras.
    Elle pousse un long soupir :
    - Je ne sais pas si je serais encore de ce monde.
    - Inchallah tu le seras encore pour longtemps.
    Mais le destin voulu autrement. Ma grand-mère Zahra, rendra l’âme quelques mois plus tard. Elle s’était éteinte telle une bougie consumée, en plein milieu de la nuit. Comme à ses habitudes, elle ne voulait pas trop déranger. Elle eut droit à une mort paisible dans son sommeil.

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  50. Artisans de l'ombre Dit :

    51eme partie

    Je la pleurais beaucoup ainsi que mes enfants et Hacène qui l’adoraient. Mais la vie étant ainsi faite, je me rendais à l’évidence. Nul n’est éternel, et chacun partira au moment prévu.
    Ma mère demeura à la ferme jusqu’à la fin du deuil. Elle était affligée elle aussi par la perte d’une belle-mère exemplaire sur tous les bords.
    Mon père qui dépasse maintenant les soixante dix ans, eut bien du mal à se remette du choc. Il était l’aîné de la famille, et avait toujours vénéré ses parents. Par contre, pour mes oncles et mes cousins, le coup était bien moins dur. Chacun avait ses préoccupations, et ma grand- mère ne les voyait presque pas. Pourtant, ils allèrent jusqu’à faire la remarque à ma mère quant aux dernières volontés de ma grand- mère, qui m’avait légué tout ce qu’elle possédait. Ma mère saura leur fermer le bec. Elle usa des arguments des plus logiques à ce propos et considéra les domestiques bien plus proches de ma grand-mère que ses propres enfants, ceux qui pourtant vivaient sous le même toit qu’elle.
    Depuis ce jour, aucune remarque ne vint troubler notre quiétude. Je décidais de garder la chambre de ma grand- mère Zahra telle qu’elle l’avait elle- même laissé. Avec son décor ancien, ses rideaux épais, ses tapis traditionnelles, et ses bibelots en poterie. Je fais appel à Saliha pour tout remettre en ordre, et en fin de compte, je ne décidais de prendre avec moi que les photos, et les bijoux qui restaient dans le coffre. Les jours et les mois se succèdent. Le deuil de grand- mère était déjà bien loin. Elle repose désormais dans sa tombe en haut de la montagne juste à côté de mon grand- père. J’avais insistais tant et si bien qu’on avait fini par accepter de l’enterrer auprès du patriarche. J’étais peut- être la seule à savoir, que mon grand-père avait voué un amour sans limite à ma grand- mère Zahra qu’il respectait et consultait sur tous les sujets. D’ailleurs de son vivant, il aimait à répéter à qui voulait l’entendre, qu’après sa mort, seule Zahra pourra respecter ses volontés. Et c’était vrai. Cette dernière avait toujours marché sur ses traces, et sermonnait quiconque la contredisait, ou lui reprochait d’agir comme grand- père.
    Avec sa disparition, un pan de ma vie à la ferme s’écroulait. Je n’avais plus de raison particulière de m’y rendre. D’ailleurs, hormis les enfants qui aimaient passer parfois le week- end avec leurs cousins, nous nous y rendions de moins en moins moi et Hacène.
    Fini les temps où grand- mère nous préparait ces plats succulents dont nous raffolons. Fini les vacances d’hiver ou de printemps que les enfants attendaient avec impatience pour aller se blottir dans le giron de la grande-mémé et écouter des histoires qui n’en finissent pas. Fini cette tendresse surtout qui m’unissait à elle. Cette tendresse et cette complicité qui nous ont toujours caractérisé moi et grand- mère Zahra, à tel point que nous faisions des envieuses. C’était elle qui savait essuyer mes larmes et me consolait alors que je n’étais encore qu’une petite fille qui tenait à peine sur ses pieds. C’était elle qui coiffait mes cheveux et les tressait avant de me prendre dans ses bras pour me bercer. C’était elle qui m’attendait à la sortie de l’école primaire et me préparait des goûtés exquis.
    Tous ces souvenirs remontèrent des profondeurs de ma mémoire pour se loger dans mon cœur. C’est toujours triste de perdre des gens qu’on aimait.
    Hacène me soutint dans ces moments difficiles. Il tenta de me consoler de mille et une façons. Mais son chagrin à lui aussi était des plus visibles. Il n’avait pas connu mon grand-père. Tout juste s’il avait pu le rencontrer à deux ou trois reprises avant notre mariage, et une fois ou deux après. Mais grand- mère Zahra, était pour lui comme sa propre grand- mère. Il l’aimait beaucoup et la respectait et elle le lui rendait bien.

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  51. Artisans de l'ombre Dit :

    52eme partie

    Malgré tout, la vie doit continuer. Nous reprenons nos occupations quotidiennes. Les enfants grandissaient. Nous avions déménagé de notre ancien appartement pour emménager dans une villa nouvellement construite sur un terrain verdoyant non loin de la ville. Cela nous permettait de respirer un air sain, et les enfants avaient assez d’espace pour s’amuser et inviter leurs amis.
    Ratibe venait d’avoir ses 18 ans et préparait son bac, et Nawel avait 13 ans et était au collège. Je décidais d’attendre la fin des examens pour remettre à Ratibe le pli laissé à son intention par son arrière- grand-père.
    Cela faisait déjà trois années que je le gardais précieusement en résistant à l’envie de déchirer l’enveloppe et d’en lire le contenu.
    Une fois les examens terminés, je demandais à mon fils s’il ne voulait pas connaître un secret.
    - Un secret maman.. ? Je ne vois pas où tu veux en venir.. ?
    - Eh bien c’est simple : Mon grand- père, qui se trouve être aussi ton arrière-grand-père, a laissé un message à ton intention.
    - Un message pour moi.. ! Mais il est mort bien avant ma naissance, il ne m’a jamais connu, et moi non plus.
    - Je sais. Mais aussi perspicace qu’il était, il a voulu faire un geste envers le premier enfant de sa petite-fille préférée. Je ne sais comment t’expliquer, mais mon grand-père était prévoyant sur tous les bords. Au fond, il avait même prédit ta naissance, puisqu’il a demandé à ma grand- mère de ne me remettre ce message que lorsqu’elle verra ses derniers jours arrivés. Elle, de son côté m’avait prévenue de ne te remettre cette enveloppe que lorsque tu seras assez grand pour en saisir toute la signification du contenu.
    - Comment savait- il que tu allais avoir des enfants.
    - La chose est logique après mon mariage non.. ?
    - à qui donc pouvait-il s’adresser en premier lieu.. ? à moi ou à Nawel.. ?
    - à toi bien sûr. Tu es l’aîné de la famille. Et je suis certaine que mon grand-père s’adressait plutôt à un garçon qu’a une fille.
    - Pourquoi donc.. ?
    - Eh bien, c’est comme cela dans nos mœurs. Bien que les temps aient changé pour nous, l’époque de mon grand-père avait plutôt tendance à privilégier les garçons…
    J’ébouriffais les cheveux raides de mon fils avant de lui tendre le pli :
    - Cesse de poser autant de questions. Viens plutôt lire le contenu de ce pli. Je suis curieuse de savoir ce que grand-père te disait.
    Ratibe acquiesça et se met à déchirer l’épaisse enveloppe. Il en ressorti plusieurs feuillets qu’il se met à lire. Je voyais l’expression de son visage changeait selon les paragraphes. Grand-père était loquace, et il a dû demander à celui qui lui avait rédigé cet écrit d’être clair et précis.
    Ratibe me jetait de temps à autre des regards qui excitaient davantage ma curiosité. Il souriait de temps en temps, et plissait le front quelquefois.
    Le message lui plaisait à n’en pas douter, sinon, il aurait déjà mit fin à sa lecture.
    Une heure passe. Les feuilles étaient éparpillées par terre, mais je n’osais les ramasser, préférant que ce soit mon fils qui me mettrait au courant du contenu de cette missive envoyée d’un autre monde par un ascendant d’une autre génération.
    Ratibe termine enfin sa longue lecture, et se baisse pour ramasser les feuillets épars avant de les remettre en ordre.
    - Alors … ? demandais-je, ma curiosité piquée à vif… Que te raconte grand-père ?
    Ratibe esquisse un sourire :
    - Dis-donc maman, il était comment ce grand-père…?
    - Il était comment… ?
    - Oui comment se conduisait-il envers les autres, comment était son caractère…?
    - Oh… Eh bien il était l’exemple de la générosité et de la bonté, mais aussi un homme coléreux qui s’énervait facilement, mais ses qualités avaient esquissaient ses défauts.
    - Hum….Et comment pouvait-il gérer tous vos biens sans s’inquiéter de perdre ou de gagner une récolte, et sans compter sur l’appui des autres… ?
    - Il ne comptait que sur lui- même. Jusqu’à ce que ton grand-père Omar, et tes oncles soient en âge de comprendre, c’était lui qui menait d’une poignet de fer, toutes les affaires de la ferme…. Il ne craignait pas l’échec, mais n’attendait pas toujours la réussite. Mais pourquoi toutes ces questions. Dis- moi plutôt ce qu’il y’a dans cet écrit qui a attendu tant d’années au fond d’un tiroir.

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  52. Artisans de l'ombre Dit :

    53eme partie

    Ratibe s’étire et me lance en plaisantant :
    - La curiosité est un vilain défaut….
    Je souris :
    - Cet adage tu aurais pu l’appliquer pour toi-même et en d’autres circonstances Ratibe. Après tout, je suis ta mère, et en droit de demander ce que je veux.
    Il sourit espiègle :
    - Et si je refusais de te dire ce qu’il y’a dans cet écrit… ? Grand-père voulait un lien direct avec moi.
    - Ratibe…m’écriais-je hors de moi. .Cesse donc de me mener en bateau et montre-moi cet écrit.
    - Tu me promets d’en garder le secret.
    Je le regardais d’un air grave :
    - Si c’est ce que tu veux mon fils, je garderais le secret jusqu’à ma mort, je te le jure. D’ailleurs jusqu’à ce jour personne d’autre en dehors de toi, ne connaît l’existence de cet écrit. Même pas ton père. Mon grand-père l’avait remis à ma grand-mère Zahra, et lui avait fait promettre de le garder chez-elle jusqu’à ce que tu sois en âge de comprendre. Si elle était encore de ce monde, c’est elle-même qui te l’aurait remis, mais voyant l’heure de son départ approchait, elle me l’avait remis de son côté, et a emporté son secret dans sa tombe.
    - Très bien. Alors ouvre grands tes oreilles maman, et écoute. Je vais te lire la dernière recommandation, puisque pour le reste ce n’est qu’un long processus historique sur la vie de ton grand-père, et sur ses multiples réussites sociales et commerciales.
    Ratibe se met à lire d’une voix neutre :
    « Avant de commencer cet écrit que tu ne liras que des années plus tard après ma mort, je dois d’abord te prévenir, que cette lettre, est en elle-même un testament de sagesse.
    Il est vrai mon fils qu’on ne se connaît pas. Qu’on ne se connaîtra jamais. Moi je m’apprête à partir, et toi tu t’apprêtes à venir. Moi je viens de terminer un long voyage dans ce monde, par contre toi, tu ne l’as même pas encore entamé. Je vais donc me permettre d’émettre quelques critiques sur cette vie terrestre que tu ne connais pas encore, mais que tu seras appelé à connaître dans un avenir très proche.
    La vie mon fils, n’est pas un jeu. La vie est un grand chantier, où chacun de nous doit avoir sa part de responsabilité. Chaque humain sur cette planète devrait savoir qu’il est sur terre pour une mission précise.
    La mienne, on a dû t’en parler, a consisté à fonder cette grande famille qui est la tienne, et qui me survivra bien longtemps après ma disparition, car je compte avoir autant de descendance qu’il est possible à un être humain d’en avoir, et je crois que de ce côté-là, je laisse un héritage assez consistant, et non négligeable.
    Ma vie n’a pas été de tout repos. Comme tu dois le deviner, la responsabilité n’est pas une mince affaire. On m’appelait le patriarche. Et effectivement, j’étais le patriarche d’une grande famille, qui devait savoir gérer ses biens afin de se mettre à l’abri de tout inconvénient aussi précaire soit-il, qui pourrait la mener à la dérive et à la ruine. Comment aurais-je pu mener à bien ma mission, si j’avais négligé un tant soit peu, mes devoirs, et envers mes hommes de terrain et envers les miens. Je n’aurais pas pu survivre à l’échec. Et pour cela, j’ai tout fait pour l’éviter. J’ai longtemps lutté à contre courant, pour me maintenir à flot, et arriver au rivage sans trop de dégâts. Bien sûr, la partie n’a pas été facile, mais mon abnégation et ma volonté ont fini par avoir raison de tous les aléas qui auraient pu surgir et me freiner dans ma mission…”

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  53. Artisans de l'ombre Dit :

    54eme partie

    Un à un, j’ai pu venir à bout de toutes les contraintes, et stabiliser ma situation familiale et financière. à la seule sueur de mon front, j’ai su lutter et vaincre sans jamais baisser les bras, et je peux dire que maintenant à la fin de ma vie, je sais enfin que j’ai gagné la partie. Je laisse non seulement une famille unie et épanouie, mais aussi une plantation et des biens qui vont permettre à d’autres générations de goûter à la joie incomparable d’être un maître chez-soi.
    Ce que surtout je veux que tu comprennes mon fils, c’est qu’il ne suffit pas de naître homme pour le rester. Non, détrompe-toi. Même si la nature t’a doté d’un physique fort et robuste, et d’une corpulence résistante à toute épreuve, tu ne seras homme que si dans ton cerveau tu dessines les prémices d’une existence vouée au travail et à la réussite. Et crois- moi mon fils, quant on veut, on peut.
    à ton époque, je suis certain que beaucoup de choses auraient changé. Tu dois avoir fait de bonnes études comme ta mère, et tu dois maintenant être prêt à entamer un processus scolaire plus ample qui te permettra de réaliser tes ambitions. Sois courageux, ne lâche jamais, tiens bon, et résistes à tous les parasites qui peuvent empoisonner ton itinéraire. Et demain, lorsque la réussite couronnera tes efforts, tu oublieras en une seconde, ce que tu as enduré toute une vie.
    Marche d’un pas mesuré et sûr, sur le chemin que tu auras choisi, et sache mon fils, qu’on
    n’a jamais rien pour rien. Mais la meilleure monnaie avec laquelle tu pourras tout avoir, c’est ta volonté, et ton abnégation.
    Ne sois pas vaniteux pour autant si tu arrives au sommet de la gloire. Demeure tel que tu l’as toujours été. C’est-à-dire, toi-même. Ne sois pas égoïste non plus, et partage ce que tu possèdes avec ceux que tu aimes, sans oublier de garder une part pour ceux qui n’ont
    rien et qui ne viendront jamais te solliciter. Car ceux qui ont faim, ne se plaignent jamais, et c’est plutôt ceux qui sont rassasiés qui répètent à tout bout de champs qu’ils n’ont jamais mangé. Sache donc faire la part des choses, et Dieu y pourvoira.
    Seul ta croyance en Dieu, te permettra de vivre en bonne harmonie avec ta conscience. Et si tu crois en Dieu, et tu suis tous ces conseils que je te prodigue, la réussite et la consécration seront à tout jamais tes fidèles amis. Va mon fils. Je te donne ma bénédiction pour entamer ce voyage vers la destination de ton choix. Mais n’oublie jamais qu’au fond de ma tombe, je vais toujours prier pour toi.
    Que Dieu accompagne tes pas et te guide dans tout ce que tu entreprends.
    Ton arrière-grand-père.
    Un silence suivi cette lecture. Mon fils Ratibe, vient m’entrelacer, et nous restâmes un bon moment ainsi sans vouloir bouger. Le fantôme de mon grand-père rôdait autour de nous, et je sentais sa présence si près de moi, que j’avais l’impression de pouvoir le toucher.
    Finalement c’est Ratibe qui rompt le silence :
    - Alors maman…. Tu ne dis rien… ?
    Je serre alors mon fils contre moi avant de lancer :

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