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C’EST MA VIE Yamina ou la vraie vie Par Naïma Yachir

5 mai 2012

Contribution

Soirmagazine : 

Yamina, le visage émacié, les traits fins, cette femme des montagnes du Djurdjura a toujours su être au devant des évènements. Alerte et prévoyante, elle veille à ce que sa vie et celle de sa famille ne soient pas truffées d’embûches. Leur offrir une instruction solide pour mieux affronter la vie fut pour cette dame une raison d’être. Privée elle-même d’enseignement, car son oncle l’avait décidé après la mort de son père, alors que c’était une bonne élève, Yamina fera tout pour que ses trois enfants ne souffrent pas de cette frustration.
Aujourd’hui, après 25 ans de mariage, elle est fière de son fils, qui a décroché son ingéniorat en génie civil, et de sa cadette, major de promo après de brillantes études en maintenance informatique, et sa toute dernière, lycéenne plutôt réfractaire aux études, qu’elle pousse à suivre la voie de ses aînés en l’aidant sans relâche à réviser ses leçons. Sans prétendre prendre les rênes de la famille, Yamina, grâce à son intelligence, son intuition, gère son foyer comme une parfaite chef d’entreprise. Sa sévérité envers ses enfants n’a jamais été ressentie comme une autorité, car elle a su en user quand il le fallait. La confiance, la sincérité et l’esprit de famille, c’est ce qu’elle a inculqué à ses enfants. Bien que la vie ne lui a jamais fait de cadeaux, Yamina a toujours vécu en symbiose avec son époux, qui lui a toujours reconnu ses qualités. Travailleuse infatigable malgré la maladie céliaque qu’elle a contractée il y a quelques années, en bonne maîtresse de maison, elle a toujours su repérer les priorités quand il fallait décider de l’achat de tel ou tel autre article ménager, ou refaire quelques travaux à la maison, bien sûr, après mûre réflexion avec le chef de famille. «Je ne décide jamais de quoi que ce soit sans son consentement.» Le confort pour elle et son époux sont importants. Bien que leur maison soit juchée au pied des falaises, comme du reste toutes les habitations de la région ; les commodités d’une vie moderne existent.
Travailleuse infatigable malgré la maladie céliaque qu’elle a contractée il y a quelques années, en bonne maîtresse de maison, elle a toujours su repérer les priorités quand il fallait décider de l’achat de tel ou tel autre article ménager
Une machine à laver, un chauffage à mazout et un chauffe- bain pour faciliter la vie à toute la famille surtout pendant les rudes journées de l’hiver. En cette période, Yamina avec son amie s’attellent à la cueillette des olives. C’est la veille qu’elle prépare son petit attirail. Puis, tôt le matin, elles arpentent les sentiers sinueux qui les mènent vers l’oliveraie du jour. Là, elles s’empressent d’allumer un feu de bois, car les montagnes cachent le soleil une bonne partie de la journée et le froid se fait alors plus rigoureux. Elle se souvient de l’époque où elle prenait avec elle son bébé, fabriquait un hamac à l’aide de son fichu qu’elle accroche entre deux branches. Ainsi, elle y installe son enfant comme dans son landau. En plus de la cueillette des olives, des différentes tâches ménagères, Yamina a des dons de couturière. Courbée sur sa machine à coudre, elle fignole une robe kabyle qu’elle doit remettre le lendemain à une cliente. «C’est la dernière commande et j’aurai ramassé l’argent pour l’achat d’un nouveau réfrigérateur, l’ancien a rendu l’âme. Dans quelques mois, ce sera au tour de la cuisinière. Avec ce que gagne mon mari, on a du mal à joindre les deux bouts, surtout depuis qu’il a eu son diabète. La conduite le fatigue, de plus, la concurrence est rude en matière de transport, sans compter que son fourgon commence à montrer des signes de vieillesse. Il lui arrive de ne pas travailler plusieurs jours avant de remplacer une pièce défectueuse. Donc il faut pallier tout cela.» Yamina, telle une fourmi n’a pas un moment de répit . contribuer au budget familial n’est plus une mince affaire pour elle, qui, depuis deux ans, prend en charge sa belle-mère âgée de 94 ans, atteinte de la maladie d’Alzheimer, et la tante de son mari âgée de 88 ans. Grabataire, elle s’en occupe comme un véritable bébé : lui changer les couches, lui faire la toilette lui donner à manger et faire prendre à toutes les deux leurs médicaments. «Sa tante, Dieu merci, se déplace seule pour l’instant pour se rendre aux toilettes.» Elle n’en parle pas comme des corvées, elle le fait sans jamais se plaindre et avec le sourire en se permettant parfois des taquineries avec ses «malades» . Ses déplacements, voire son absence de la maison sont problématiques et se font de plus en plus rares. «Je quitte la maison qu’en cas de force majeure, pour un décès. Je ne m’absente pas plus de 24 heures, et jamais avant de trouver une relève ; en général, c’est ma fille qui l’assure, aidée de son père. Le mois de Ramadan dernier a été dur pour son époux et ses enfants qu’elle a dû abandonner pendant 15 jours, car elle a fait la garde-malade pour sa belle-mère après un coma d’un mois. «On a eu peur, on croyait qu’elle allait partir.» Elle n’était pas au bout de ses peines, car après la sortie de l’hôpital, il fallait être la meilleure hôtesse pour recevoir la valse des invités qui n’en finissait pas. Préparer les gâteaux, le déjeuner ou le dîner, c’est selon, et bien sûr faire la conversation. Des tâches qui ne sont pas de tout repos, quand on sait que Yamina, vu sa maladie, doit parallèlement réaliser ses propres repas. Elle est à cheval sur son régime et elle n’a le droit à aucune entorse. «Je n’ai guère le choix, autrement qui s’occuperait de tout ce beau monde.
Aujourd’hui, après 25 ans de mariage, elle est fière de son fils, qui a décroché son ingéniorat en génie civil, et de sa cadette, major de promo après de brillantes études en maintenance informatique
Tiens, en parlant de régime, vous me rappelez que je dois m’approvisionner en farine pour le pain et en couscous. Mon mari descendra demain à Tizi-Ouzou pour m’en acheter. C’est pas toujours facile d’en trouver à un prix bon marché. Mon mari a fait des acrobaties pour dénicher un grossiste, devenu son fournisseur. Chaque mois, j’ai donc droit à mon sac. Sinon, les produits sans gluten sont hors de prix, et quand ils sont disponibles ! C’est un véritable agenda qu’elle a dans sa tête. Elle doit penser à tout, ne voulant pas encombrer l’esprit de son époux qui doit se concentrer sur la conduite. Elle doit aussi traire la chèvre de son frère chaque soir, pour son litre de lait journalier : «Le médecin me l’a recommandé suite à une anémie qu’il a décelée. Depuis que j’en bois, je me porte mieux. Le docteur me l’a prescrit à la place des médicaments.» Elle est connue pour sa disponibilité dans les évènements heureux ou malheureux. On la sollicite pour sa galette, pour rouler le couscous ou confectionner des gâteaux. Yamina aurait peut-être souhaité échangé sa vie contre une autre, moins dure, plus agréable, où elle serait plus libre, mais non. L’éducation qu’elle a donnée à ses enfants, la réussite à leurs études, ce sens du devoir, cet esprit d’aide de solidarité qu’elle a légué à ses filles ; c’est cela son bonheur «Elles me comprennent à demi-mot. Quand nous recevons des invités, elles mettent la main à la pâte sans même le leur demander. Elles se souviennent que lorsqu’elles passaient leurs examens, je leur interdisais de m’aider. Seules leurs études comptaient. Ma semence a donné de bons fruits. Pour leur père et moi-même, c’est notre satisfaction. Notre bonheur comme vous dites.»


Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/05/05/article.php?sid=133698&cid=52

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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