Et c’est triste de voir que les nôtres en sont arrivés à nous prendre pour des brebis : au lieu d’appeler à la raison et à la confiance, ils en sont à recruter des bergers pour nous «guider» sur le chemin de l’urne. Comme faisaient les monarchies du Moyen-âge européen avec le Pape et Rome. Une fatwa «civile» dite par un homme qui vit dans un pays où on ne vote pas et qui nous appelle nous à voter, chez nous. Un homme qui vit dans un pays où on coupe la main, on interdit aux femmes de conduire, où l’obsession est celle du ventre et où l’illégitimité politique s’est faite par le vote de l’épée et de la tuerie et où la seconde industrie est celle de l’argent des pèlerins et pas celle de l’effort. Un homme qui vit dans un pays où la demande de liberté est qualifiée de fitna et le droit d’un peuple à disposer de lui-même est dite une hérésie.
Triste de voir qu’on nous fait importer des Chinois pour la main d’œuvre et des imams pour les idées et la légitimité que nos aînés ont obtenu par l’héroïsme et pas par les fatwas. Le pire est d’entendre un homme qui vit dans le pays de nos malheurs depuis deux décennies, dire que les Algériens feront face à tous ceux qui les guettent et seront au rendez-vous pour défendre leur pays à travers une participation massive». Ceux qui nous guettent, on les connait : ils se fabriquent dans le pays où vit Cheikh Aboubakr Djaber Djazaïri. C’est là qu’ils apprennent, par TV ou par école, que la femme est un tort de la création et une impureté de la vie, que la démocratie est une fitna, que le respect de la vie vaut moins que le souci de la mort, que le martyr permet de tuer et que la tolérance est une ruse de guerre bédouine. C’est de ce pays que viennent les décennies noires, les djihadistes, les intolérants et les malades qui discutent sur comment s’allaiter entre collègues ou avoir des rapports avec des épouses mortes ou comment épouser des fillettes de 12 ans. Ceux qui nous «guettent» on les connait Monsieur le Cheikh Aboubakr Djaber Djazaïri. On n’a pas besoin d’eux, ni de leur avis, ni de leur encouragement. Continuez dans votre pays à servir vos rois : le nom d’El Dazairi, il faut le vivre pour le mériter et les 36 millions d’Algériens le méritent plus que vous.
Un jour, un Algérien a dit à un imam algérien «quand j’écoute le cheikh X d’Arabie Saoudite, il me donne envie de pleurer de crainte de Dieu». Que lui a répondu l’imam algérien ? «Donnez moi son salaire et je vous ferai danser». Il suffit donc de remplacer le mot «danser» par le mot «voter».






5 mai 2012
Kamel Daoud