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La fille des Aurès La nouvelle de Yasmina Hanane

5 mai 2012

Yasmina Hanane

1ere partie

Elle avait le teint mat, des yeux couleur de nuit, rehaussés de sourcils en arcade. Un nez petit,  taquin, et une bouche en forme de cœur. Une abondante chevelure noire et chatoyante, complétait un portrait de femme accomplie.
Sa taille svelte et un corps de déesse faisaient l’envie de plus d’une femme de son entourage. Hakima était belle. Elle avait une beauté qu’aucun artifice ne pouvait remodeler ou parfaire. Elle était la jeune fille parfaite que la nature avait dotée d’un charme indéniable. Et encore, il n’y a pas que le physique chez elle qui pouvait attirer. Hakima avait d’autres dons.
Elle était artiste jusqu’au bout des doigts. Elle maniait le pinceau et la plume, écrivait des poèmes et cumulait les succès aussi bien dans le domaine littéraire que scientifique. En un mot, la jeune femme avait de quoi susciter l’admiration et l’envie.
Et pourtant…

26 ANS PLUS TÔT
À l’aube d’un jour pluvieux, un homme au visage masqué traversait la forêt un petit paquet sous le bras. L’homme hâtait le pas et trébuchait sur les talus. Il était effarouché et tournait la tête à droite ou à gauche… L’avait-on suivi… Il lui avait semblé entendre des bruits de pas derrière lui… Mais non ! C’était juste son imagination qui lui jouait des tours. Va-t-il continuer ainsi à fuir à travers le voile épais de la nuit avec son fardeau sous le bras ? Il frissonna… Puis se laissa tomber au pied d’un arbre. Le jour n’allait pas tarder à se lever… Mais… il frissonne encore, l’hiver était là, et les ombres de la nuit ne cèdent pas de si tôt la place au jour. Il dépose le paquet à ses pieds et le scrute un moment. Qu’avait-il donc fait… ? Pourquoi avait-il été jusque-là… ? Que deviendra-t-il si on l’arrêtait… ? Il sera sûrement jeté en prison pour de longues années…
Il arrache sa cagoule et pousse un long soupir, avant de se mettre à aspirer l’air à grandes goulées. Oui… Il étouffait… Il avait chaud dans sa veste en laine de mouton, et son escapade à travers la forêt depuis la veille l’avait exténué.
Il se met à réfléchir, et se dit qu’il vaudrait mieux qu’il se débarrasse de son fardeau avant le lever du jour… déjà qu’il entendait l’appel à la prière de l’aube.
La mosquée ne devrait pas être très loin. Vite, il faut faire quelque chose, avant que les fidèles ne le surprennent.
Il se relève promptement et reprend sa cavale. Non… Il s’arrête un laps de temps et contemple encore son paquet… Une seconde ou deux d’hésitation… Va-t-il bien agir… ?  Ou bien va-t-il encore commettre une grande et inéluctable erreur.
Le muezzin avait fini son appel… L’homme n’attend plus, il entrevoit déjà les contours de la mosquée… D’un pas alerte, il s’approche du lieu de culte et dépose le paquet au bas des escaliers en marbre qui menaient vers l’entrée des fidèles. Il entend les psalmodies de ces derniers et sent une sueur glaciale imbiber son corps.
Dieu pourra-t-il lui pardonner cet acte au jugement dernier… ?
Il se sentit tout à coup vulnérable et des larmes piquèrent ses yeux, et roulèrent sur ses joues.  Que Satan soit maudit… ! Que Satan soit maudit… !
Il jette un dernier coup d’œil au paquet qu’il venait de déposer. Les fidèles terminaient déjà leur prière… Sans plus hésiter, l’homme resserre sa veste sur son corps et se dirige en courant vers les ombres forestières.
Il se cache derrière un arbre et attendit. Les vagissements d’un nouveau-né s’élevèrent dans l’air. Quelques fidèles sortirent de la mosquée et poussèrent des exclamations.
L’imam les rejoint, et un grand brouhaha s’enchaîne… Que soit maudite la personne qui a abandonné “cet ange” à peine conscient de son existence, ne cessait-on de répéter… L’imam écarte la foule d’une main ferme et s’approche du bébé qu’il prend dans ses bras.
Tout le monde le regarde alors qu’il soulevait le linge qui lui cachait le visage.
- C’est une petite fille, il me semble, lance-t-il d’une voix à peine audible.
Quelques fidèles s’approchèrent davantage pour contempler l’enfant et quelqu’un lance :
- Qui a bien pu avoir le courage d’abandonner son enfant ?
Un autre rétorque :
- Les voies du destin sont impénétrables… Peut-être est-elle le fruit du péché ?

http://www.liberte-algerie.com/edit.php?id=160733&titre=La%20fille%20des%20Aur%E8s&

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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93 Réponses à “La fille des Aurès La nouvelle de Yasmina Hanane”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    La fille des Aurès

    La nouvelle de Yasmina Hanane

    Résumé : À l’aube d’un jour d’hiver, un homme sort de la forêt pour déposer au pied des escaliers d’une mosquée un nouveau-né. À la fin de leur prière, les fidèles le découvrent. L’imam prend le petit ange dans ses bras, et constate que c’est une petite fille. Est-elle le fruit d’un péché ?

    2eme partie

    L ’homme toujours caché derrière son arbre murmure : “Oh que non! Cette enfant est légitime et bien née”
    Une voix s’insurge :
    -Qu’allons-nous donc faire de ce bébé? Il est frigorifié, et doit mourir de faim.
    L’imam contemple l’enfant dans ses bras un moment puis dit :
    -Je vais charger ma femme de s’occuper de cette petite, et aux premières heures du matin je vais alerter les services concernés.
    -Ne ferais-tu pas mieux d’attendre un peu, lance quelqu’un. Peut-être que la personne qui l’a déposée ici, va regretter son geste et se manifester.
    L’Imam secoue sa tête :
    -Je ne crois pas mon fils. Quand un fardeau nous gêne, on le dépose quelque part dans la nature. Dieu seul sait quel est le destin de cet enfant, mais en mon âme et conscience, je sens que je dois faire quelque chose. Ne serait-ce qu’aviser les autorités. C’est le meilleur moyen de savoir si un bébé est recherché.
    Les fidèles hochèrent la tête :
    -Oui, tu as raison, ta sagesse n’est plus à démontrer. Tu feras ce qui te semblera le mieux pour cet enfant. L’imam rentre dans la mosquée, et la foule des fidèles d’éparpille. On en fera des gorges chaudes à ce sujet aujourd’hui, déjà qu’on commençait à extrapoler sur les origines et les douteuses raisons de cet “évènement” non coutumier dans cette région.
    Dans la forêt et toujours caché derrière son arbre, l’homme se remet à maudire Satan. Il ne pouvait faire marche arrière. Il avait fait des kilomètres et des kilomètres à pied depuis plus de deux jours. Il avait même cru que le bébé allait rendre l’âme. Ne sachant pas comment s’y prendre, il avait demandé à un berger de lui donner un peu de lait de chèvre. Il avait alors improvisé une sorte de biberon avec une large feuille de vigne, et le bébé avait tenté de téter un tant soi peu ce liquide chaud.
    L’homme avait ensuite repris son périple, une cagoule sur le visage, et le bébé emmitouflé dans une vieille couverture et mis dans un carton, sous son bras.
    Tout au long de son vagabondage, l’homme repensait à se qui venait de se passer. Les remords et les regrets ne l’avaient plus quittés, mais c’était trop tard. Trop tard pour reculer. Trop tard pour rendre le nouveau-né et demander pardon. Les conséquences auraient été des plus désastreuses. Il poussa un long soupir, et attendit que les lumières de la mosquée s’éteignent et que le jour se lève, avant de prendre le chemin du destin. Où va-t-il se rendre maintenant que sa perfide “mission” est accomplie ?
    Il abandonne son arbre et se met à marcher au gré du hasard.

    L’ORPHELINAT
    Hakima venait d’avoir six années. On lui avait confectionné un gâteau et remis un cadeau. Une jolie et grande poupée qui dès qu’on appuyait sur son dos se mettait à chanter. La petite fille était heureuse de voir toutes ses petites amies autour d’elle. Aujourd’hui c’était elle la vedette. On l’avait cajolée, embrassée, et “sa maman” lui avait même permis de l’aider à découper le gâteau.
    Une méchante fille lui avait dit que la jolie femme qui l’avait prise dans ses bras et jouait avec elle n’était pas sa mère. Mais Hakima n’en avait pas cru un mot. Seule cette femme était digne d’être sa mère. Sinon pourquoi venait-elle tous les jours lui rendre visite et lui ramener à chaque fois quelque chose ? Certes elle était un peu la maman de tous, mais un peu plus sa maman à elle, car elle passait bien plus de temps avec elle qu’avec les autres…..

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    3eme partie

    Hakima chasse ces idées macabres. Son petit cerveau ne pouvait comprendre tout ce manège d’adulte. Elle était bien trop jeune pour s’initier à ce jeu qui lui donnait le vertige. Tout le monde devait avoir une maman et un papa, lui avait-on dit, mais elle, elle avait une maman et cela lui suffisait. Que pouvait-elle dire à un papa ? Un homme, comme le docteur qui venait les ausculter de temps à autre, elle ne l’aimait pas trop celui-là. Lorsqu’elle avait eu mal à la gorge il y a quelques jours, il est venu lui faire une “piqûre”. Elle avait eu si mal, et si peur, qu’elle n’avait même pas osé pleurer, et était allée se cacher dans les jupons de sa “maman”. L’homme était reparti. C’était donc çà un papa? Un homme qui avait un regard sévère et qui faisait “mal” ? Elle n’en voulait pas, elle préférait sa maman. Oh oui, de très loin. Elle serre sa poupée contre elle, et jette un regard à ses petites amies qui avaient pour la plupart le visage barbouillé de crème au chocolat. Le gâteau était succulent, mais elle n’en avait pas mangé. Elle n’avait pas envie de tomber malade et se faire encore piquer. Pas plus tard que la veille, une petite fille avait eu des douleurs au ventre parce qu’elle avait mangé trop de gâteaux. Le même docteur était venu et lui avait fait la piqûre. La petite fille avait poussé des cris effroyables et n’avait cessé de pleurer que lorsqu’elle s’était endormie.
    Hakima passe la langue sur ses lèvres. Le gâteau paraissait si bon ! Sa “maman” vint la serrer contre elle :
    -Alors Hakima, tu ne veux pas manger ton morceau de tarte ?
    Hakima secoue ses boucles brunes :
    -J’ai peur de la piqûre.
    La femme la regarde en fronçant les sourcils :
    -La piqûre ? Quelle piqûre ? De quoi parle-tu donc?
    Hakima la regarde sérieusement dans les yeux :
    - Hier, le docteur est venu pour faire la piqûre à Karima parce qu’elle avait mangé des gâteaux.
    La jeune femme se met à rire :
    - Mais non ma chérie, Karima s’était rendue malade parce qu’elle avait abusé de sucreries. Mais si tu ne mangeais qu’un morceau de ton gâteau d’anniversaire, tu ne seras pas du tout malade. Après tout, tu as déjà mangé des gâteaux lors des autres anniversaires et même bien plus souvent, n’est-ce pas ?
    Hakima hoche la tête, et un sourire vint éclairer son visage :
    -Je peux donc prendre un morceau de ce délicieux gâteau au chocolat ?
    -Mais bien sûr, ma chérie. Ce gâteau a été confectionné en ton honneur. Tu as six ans aujourd’hui, tu es déjà une grande fille, on va bientôt t’inscrire à l’école.
    - Ah, oui,je….je sais.
    - Tu sais ce qu’on fait dans une école?
    Hakima baisse les yeux et garde le silence. La jeune femme continue :
    -On apprend à lire, à écrire, à compter, à faire des dessins.
    -Je sais déjà faire des dessins et compter jusqu’à vingt, lire un peu et…..
    La jeune femme l’interrompt :
    -Oui, je sais tout çà, c’est le préscolaire. On t’a appris quelque rudiments çà et là. Ce ne sera pas du tout pareil. Les choses sérieuses commencent pour toi maintenant. L’école perfectionnera ton éducation, et te permettra de réaliser tous tes rêves plus tard.
    Hakima demeure silencieuse.
    -Tu ne te réjouis pas à cette idée Hakima ?
    Hakima semblait triste :
    -Je vais te quitter pour toute la journée.
    La jeune femme sourit :
    - Ah c’est donc çà ? Elle s’agenouille auprès d’elle et la prend par les épaules :
    - Tu sais Hakima, la vie ne fait pas de cadeaux nous devrons combattre par tous nos moyens pour construire notre avenir, et nous mettre à l’abri de l’échec et du besoin. Quand tu seras un peu plus grande, tu comprendras toutes ces choses que ton petit cerveau ne pourra pas encore assimiler.
    -Qui va m’accompagner à l’école?
    -Je t’y emmènerais moi-même si cela peut te faire plaisir.
    Hakima affiche un grand et radieux sourire :
    -C’est vrai ?
    -Bien sûr. Que ne ferait-on pas pour une aussi gentille et aussi belle fille que toi ?.
    -Oh merci, merci maman.
    La jeune femme contemple un moment le visage de la petite fille, et tente de cerner le secret des traits réguliers et fort beaux qui l’ornaient. L’enfant dégageait une innocence angélique. La vie finira bien par faire d’elle une autre personne. Hakima apprendra plus tard la vérité sur son existence, et qui sait ce qui pourrait advenir d’elle.

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    4eme partie

    La femme chasse ses idées d’un geste impatient de sa main. Dieu y pourvoira se dit-elle. Pour le moment, laissons cette enfant croire tout juste à ce qui l’entoure. Il sera toujours tôt pour elle de découvrir la triste vérité.
    Elle sourit et lance :
    - On va te donner un beau cartable et des affaires. Mais tu me promettras de bien travailler à l’école.
    - C’est promis…..Je ferais de mon mieux.
    - Aussi intelligente que tu es, tu auras vite fait de rafler les meilleures notes….
    Hakima sourit :
    - Tu seras fière de moi ?.
    - À coup sûr….Mais retournons à ton anniversaire….Si tu t’entêtes à trop hésiter, tu risques de ne trouver que des miettes dans les assiettes…
    Sa poupée toujours serrée contre elle, Hakima prend la main de sa maman et se dirige vers le milieu de la salle où les enfants faisaient la fête à leur manière. Un monde d’innocence et de naïveté !
    Les jours et les mois passent. On était déjà à la fin de l’été, et la rentrée des classes approchait.
    Hakima et quelques fillettes de son âge sont inscrites dans une école qui se trouvait non loin de leur lieu de résidence. À chacune d’elles, on avait remis un cartable garni et une blouse. Fières comme des reines, elles ne se firent pas prier pour se lever plus tôt qu’à leur habitude, et se rendre à leur première leçon.
    En fin de journée, elles étaient toutes épuisées, mais heureuses et radieuses. Un nouveau monde s’ouvrait à elle. Un univers peuplé d’autres filles, dont elle venait de faire connaissance, et d’un maître d’école à l’air sévère, qui, dès leur entrée en classe, leur avait demandé de bien se tenir, et surtout de suivre attentivement ses instructions.
    Il faisait un peu peur ce Monsieur à l’allure un peu trop stricte, qui avait un regard pénétrant. Hakima avait sourit en le regardant inscrire les premières lettres de l’alphabet sur le grand tableau. Ces lettres, elle les connaissait déjà. Sa “maman” l’avait initiée au secret de ces signes qui pouvaient se transformer en mots, puis en phrases, puis en texte. Elle avait appris, tout dernièrement, que dès qu’on apprenait toutes les lettres de l’alphabet, on pouvait déchiffrer facilement les mots. Sa “maman” est allée jusqu’à lui ramener des livres de contes, tout coloriés, qui dévoilaient un monde merveilleux à ceux qui savaient percer leurs secrets. Ces livres “parlent” ! Mais pour comprendre leur langage, il faudrait redoubler d’efforts, et bien travailler, afin d’arriver à assimiler les signes et à les retenir. Et surtout à ne pas les oublier de si tôt.
    Hakima avait compris tout çà dès le premier cours. Le matin même, sa « maman » lui avait encore réitéré ses recommandations. Si elle ne comprenait pas, ou n’arrivait pas à suivre, elle n’aurait qu’à poser des questions, ou à demander des explications à son maître d’école. Le tout est de savoir se concentrer sur chaque leçon, et de suivre attentivement et quotidiennement les directives scolaires.
    La petite fille s’était sentie dans son élément dès que ses pieds eurent foulé le sol de l’établissement. En fin de journée elle était, certes, un peu étourdie, mais avait tenu à suivre les conseils de sa « maman » à la lettre, et c’est d’un air léger et sûr, qu’elle racontera en fin de journée à cette dernière ses impressions.
    Oui l’école lui plaisait. Cela sentait bon l’odeur des livres, et la craie. Sur son ardoise, elle avait griffonné quelques premiers rudiments, et s’était promis de les relire le soir même.
    - Tu m’accompagneras demain aussi maman ?
    - Si tu veux… Mais d’ici peu de temps, il faudra que tu apprennes à te débrouiller toi-même.
    Hakima parut déçue, et la jeune femme lui caresse les cheveux :
    - Ne sois pas triste ma chérie. Je ne fais que t’initier à ta future vie d’écolière. Si je dois te servir de chaperon à chaque fois, tu ne sauras jamais te débrouiller seule dans ta future vie. Tu es appelée à grandir Hakima. Tu ne resteras pas toujours cette petite écolière avec des nattes et des rubans. Viendra bientôt le moment où tu aimerais voler de tes propres ailes. Alors il faudra s’y préparer dès maintenant.
    Hakima hoche la tête avant de demander :
    - Je ne pourrais pas rester un peu plus longtemps une petite fille ?
    Sa « maman » sourit :
    - Non ma chérie. La loi de la nature ne nous permet pas de changer ses données. Nous sommes tous appelés à venir au monde, à grandir, puis à vieillir, et puis hop un jour on part.
    - Où çà ?
    La jeune femme sourit encore :
    - Dans un autre monde ma chérie.
    - Un autre monde ? Il existe donc un autre monde ?
    - Oui. Mais tu es encore trop jeune pour comprendre ces choses là….

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  4. Artisans de l'ombre Dit :

    5eme partie

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  5. Artisans de l'ombre Dit :

    6iéme partie

    Hakima ne saisissait pas très bien les dires de la jeune femme, mais comprenait cependant que cette dernière agissait pour son bien. La semaine va lui paraître longue sans sa présence. Mais elle sera heureuse de la retrouver chaque week-end.
    Elle ébauche un sourire à travers ses larmes et dit :
    - Je vais tenter de suivre assidûment mes cours, tu ne seras pas déçue maman.
    - Bien ma petite poupée. Je vais te ramener plein de bonnes choses en fin de semaine. Tu as une préférence ?
    - Hein ?
    - Je te demande si tu as envie de quelque chose de précis.
    Hakima met un doigt sur sa bouche et se met à réfléchir avant de lancer :
    - Un livre de contes comme celui de la dernière fois.
    - Très bien, je vais t’en acheter toute une série. Et nous les lirons ensemble chaque week-end.
    La fillette parut heureuse, et la jeune femme l’embrasse sur la joue :
    - Il se fait tard. Je vais rentrer maintenant.
    L’enfant hoche la tête :
    - Bonsoir maman.
    - Bonsoir Hakima.
    La jeune femme lui fait un geste de la main et quitte les lieux. Hakima la suit des yeux, alors qu’une petite fille s’approchait d’elle.
    - Elle n’est pas ta maman, Hakima.
    Hakima affiche une moue :
    - Mais si, elle est ma maman. Tu es jalouse parce que toi tu n’as pas une maman aussi belle et aussi gentille que la mienne.
    La petite vipère la pince fortement :
    - Aïe, tu me fais mal.
    - Tu auras mal lorsque tu sauras que cette femme n’est pas ta mère. Nous n’avons pas de mère, nous sommes venues au monde dans un champ de maïs, nous n’avons ni papa, ni maman.
    Hakima hoche les épaules :
    - Je n’ai que faire d’un papa. Moi j’ai une maman et cela me suffit.
    La petite fille hausse les épaules :
    - Tu refuses la vérité Hakima. Tu sais bien que si nous avions nos parents, nous ne serions pas ici dans ce foyer…
    Nous ne sommes pas des enfants comme les autres. Tu n’as donc pas remarqué comment on nous regardait à l’école ?
    Hakima la toise, et met les mains sur ses hanches :
    - Tu es jalouse Houria, tu es envieuse.
    La fillette ébauche un sourire ironique, qui mettra en exergue une gencive où manquaient les deux dents centrales :
    - Tu peux le dire, cette femme te ramène tout le temps des cadeaux.
    - Elle en ramène à vous autres aussi.
    - Elle s’intéresse beaucoup trop à toi, nous le savons toutes.
    Hakima hoche la tête :
    - C’est çà, vous êtes donc toutes jalouses.
    N’ayant pas pu avoir le dernier mot, la fillette tire la langue et tourne les talons. Hakima la suit du regard. Quelle folle cette Houria ! Mais bien sûr qu’elle est jalouse d’elle, car elle, elle avait une maman !
    Tel un éclair, le temps passa. Hakima grandissait, embellissait, et raflait les meilleurs notes de son école. À chaque fin d’année scolaire, elle rentrait au foyer, les bras chargés de prix d’excellence.

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  6. Artisans de l'ombre Dit :

    7eme partie

    Jamais “sa maman” n’avait été autant fière d’elle, et jamais les petites filles du foyer, et les camarades de classe n’avaient été aussi jalouses et envieuses d’elle.
    Alors qu’elle atteignait ses dix ans, Hakima comprenait enfin qu’elle n’était pas comme les autres filles de son école.
    Qui était-elle alors… ?
    Quelquefois, elle se réveillait la nuit, les joues inondées de larmes, et le corps en sueur. Elle entendait souvent dans son sommeil, une voix lointaine. Une voix de femme triste et plaintive. Cette voix, elle ne la reconnaissait pas, car elle ne l’avait jamais entendue dans la réalité. Ce rêve revenait chaque nuit perturber son sommeil, et elle en vint jusqu’à perdre l’envie de vivre.
    “Sa maman” remarqua tout de suite ce changement, et le prit tout d’abord pour une forme de “maturité” physique. Hakima serait bientôt une adolescente, et à cet âge, beaucoup de choses peuvent changer dans la personnalité d’une fille.
    Mais le “mal” perdurait. En dehors de son école, et de son foyer, Hakima, se refugiait dans une solitude qui n’augurait rien de bon. Elle restait parfois de longues heures à méditer sur son sort, tout en faisant mine de lire, ou d’étudier.
    Pourtant elle continuait à bien travailler à l’école, et aucun enseignant ne se plaignait de sa conduite.
    La directrice du foyer ne cachera plus son inquiétude, et se confia à la “maman”. Cette dernière ne se fera donc pas prier pour passer à l’action. Elle invite Hakima à passer un week-end chez elle, et lui fera découvrir un tas de choses dont elle ignorait jusque-là l’existence.
    Hakima est subjuguée. Sa “maman” habitait dans une grande et belle maison, et possédait des merveilles qu’on ne voyait que dans les revues ou à la télévision.
    Hakima touche à tout. Elle découvre les sonorités variées du piano à queue, les livres reliés de cuir dans la grande bibliothèque du salon, les chambres décorées avec goût, et surtout la belle cuisine ensoleillée où sa “maman” lui préparait de succulents plats.
    La fillette courait d’une chambre à l’autre de la maison, et passait de découverte en découverte.
    Sa chambre était toute tendue de velours, et de soies. Des livres trônaient au chevet de son lit, et des vêtements neufs étaient pendus dans l’armoire. Elle avait de nouvelles tenues ! Elle saute de joie, et se met à les essayer une par une devant la grande glace de la coiffeuse qui lui faisait face. Tous ces trésors étaient à elle ! Elle sourit, et tire une langue rose devant son reflet :
    - Je ferais encore des jalouses.
    Sa “maman” qui ne voulait pas trop la déranger, la regardait d’un air triste au seuil de la chambre. Hakima ne se rendit compte de sa présence qu’une fois qu’elle avait terminé ses essayages.
    - Maman ! Oh , je …Je suis tellement heureuse….Tu m’as acheté tant de belles choses.
    La jeune femme vint se mettre derrière elle, et se met à la coiffer :
    - Tu as de beaux cheveux Hakima.
    Elle passe une main caressante le long de la tignasse noire de la fillette, puis se met à la peigner.
    - Je vais te les natter, comme çà tu auras moins chaud, ma chérie.
    Hakima sourit heureuse :
    - Tu me mettras des barrettes rouges ?
    Sa “maman” hoche la tête :
    - Si tu veux, mais pourquoi veux-tu mettre des barrettes rouges ?
    Hakima sourit encore :
    - Je vais mettre la robe rouge à col blanc, cela ira mieux avec, n’est-ce pas ?
    La jeune femme lui pince la joue :
    - Petite coquine, tu es déjà coquette à ton âge.
    La fillette se met à sautiller :
    - J’ai vu çà à la télévision. Les filles portent toujours des bandeaux ou des barrettes de la couleur de leur tenue.
    - Qu’à cela ne tienne, je te coifferais avec des barrettes rouges.

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  7. Artisans de l'ombre Dit :

    8eme partie

    Hakima se tint tranquillement devant la glace, et la voici bientôt transformée. Elle devint sous les mains expertes de sa bienfaitrice, une jolie et heureuse fille, qui se moquait même de son existence.
    - Voila… Tu es prête maintenant, nous pouvons nous rendre au parc d’attraction.
    - Au parc d’attraction ?
    - Oui, tu n’aimes pas ?
    La fillette battit des mains :
    - Oh si, mais comment as-tu deviné ?
    - Tous les enfants adorent les parcs d’attraction, je ne vois pas pourquoi tu ferais exception.
    Hakima vint se blottir dans les bras de sa mère :
    - Je t‘adore, maman.
    - Moi aussi, ma chérie.
    Tout à coup l’enfant éclate en sanglots. La jeune femme est atterrée :
    - Quelque chose ne va pas Hakima ? Tu ne te sens pas bien ?
    La fillette refoule ses larmes et s’essuie les yeux :
    - Je pense à demain.
    - À demain ?
    - Oui, tu vas encore me ramener au foyer, et…. et….
    Elle ne put continuer sa phrase. Des sanglots lui nouaient la gorge. Sa “maman” la serre contre elle. Des larmes inondèrent ses joues. Elle sentit Hakima trembler dans ses bras, et ressentit davantage sa détresse. Que n’aurait-elle pas donné pour la garder auprès d’elle ? Elle resserre davantage son étreinte, et sentit que Hakima se calmait au fur et à mesure, qu’elle évacuait son chagrin. La jeune femme lui soulève le menton et la regarde dans les yeux :
    - Tu sais Hakima, je donnerais toute ma fortune pour te garder auprès de moi. Mais je ne le pourrais pas. Ni mon mari, ni ma belle-famille ne seront d’accord.
    Hakima écarquille ses yeux :
    - Tu as un mari ?
    La jeune femme sourit :
    - Oui, je suis mariée. Cela t’étonne ?
    Hakima met un doigt sur sa bouche et se met à réfléchir avant de lancer :
    - Donc, j’ai un papa ?
    La jeune femme sentit son cœur palpiter. Hakima ne pouvait comprendre l’étendue de sa détresse. Elle était encore trop jeune pour comprendre des choses que même les adultes préfèrent ignorer. Si cette fois-ci, elle avait pu la ramener à la maison avec elle, c’est que son mari s’était absenté pour quelques jours. Sinon, il n’aurait jamais toléré une “telle” enfant dans sa maison. Pour lui, tous les enfants de l’assistance publique étaient le fruit du “péché”. Et ramener “le péché” dans sa maison, c’était à coup sûr provoquer la colère de Dieu. Combien de fois s’était-elle entêtée à lui faire comprendre que tous ces “enfants” n’étaient que des victimes. Des victimes d’une erreur commise dans un moment d’égarement, ou tout simplement, issus de familles misérables, qui ne pouvant les entretenir avaient préféré les abandonner dans des orphelinats. Elle se penche vers Hakima et lance :
    - Euh, Non…. Non Hakima, mon mari n’est pas ton père. Il ne mérite pas de l’être ?
    Hakima semblait déçue, et la jeune femme s’empresse de poursuivre :
    - Ne suis-je pas en mesure de satisfaire tous tes désirs. N’ai-je pas assez démontré mon attachement pour toi ?
    La fillette vint se blottir contre elle :
    - Mais si maman, je voulais juste savoir si j’avais aussi un père, car pas plus tard que la semaine dernière on m’avait expliqué à l’école que nous avons tous un père et une mère, et qu’il est impossible pour un enfant de venir au monde sans ses deux parents.
    - C’est vrai ma chérie. C’est donc çà qui t’a chagriné ? Hum, il se trouve que parfois il y a aussi des enfants comme toi, qui ne peuvent pas avoir de père. C’est un peu difficile pour moi de te l’expliquer, mais je te promets que dans quelques années, tu comprendras tout.

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  8. Artisans de l'ombre Dit :

    9eme partie

    Hakima soupire : – J’ai déjà tout compris.
    - Hein ?
    - Oui J’ai compris beaucoup de choses, Houria m’avait déjà prévenue.
    - Je… je ne saisis pas bien ton raisonnement. Qu’a bien pu te dire cette petite vipère de Houria ?
    Hakima ébauche un sourire :
    -Elle ne cesse de me répéter que nous sommes nées dans un champ de maïs, mais la maitresse d’école nous a raconté une autre version.
    La jeune femme lui caresse la joue :
    - Je te répète que tu es trop jeune pour comprendre certaines choses. Mais il faut que tu saches que tant que je serais de ce monde, je ne t’abandonnerais jamais.
    Elle la serre un moment contre elle, et comme pour chasser les mauvaises idées, Hakima se met à rire d’un air si détendu, que sa “maman” est vite contaminée.
    - Alors tu te sens mieux maintenant ? Nous pourrons nous rendre au parc ?
    - Oui… Oh oui.
    La fillette se met à courir :
    - Attends un moment, petite chipie, je dois d’abord fermer les fenêtres.
    Elles rirent encore :
    - Je suis tellement heureuse d’être avec toi maman.
    - Mais moi aussi je suis heureuse de t’avoir avec moi. Et nous allons nous revoir plus souvent désormais. Dès qu’une opportunité se présentera, je te ramènerais ici, et nous ferons toutes les deux de douces folies. Elle fit un clin d’œil à la fillette, qui se sentit plus légère qu’une feuille d’automne.
    - Où sont donc passées les clefs de mon véhicule ?.
    Hakima ouvrit sa main, et lui montre le porte -clef en bronze où pendait un petit ourson :
    - Tu me laisseras prendre le volant cette fois-ci maman ?
    - Hum, j’aurais bien aimé mais il se trouve que tes petites jambes nous poseront un problème, car elles n’arriveront pas aux pédales. Comment feras-tu alors pour démarrer?
    Hakima fait la moue :
    - Je vais tenter de bien manger pour grandir très vite.
    - C’est çà ma chérie. En attendant, je vais devoir conduire moi-même. La fillette tendit les clefs à sa “maman” :
    - Je vais regarder le paysage pendant que tu conduis. Cela me permettra de ne pas m’ennuyer.
    Elles sortirent de la maison, et montèrent dans la voiture flambant neuf qui était garée juste en face. Hakima découvrait à chaque pas un monde dont elle ignorait l’existence, et son cerveau enregistrait des faits dont elle saura un jour tirer des leçons. Le parc d’attractions regorgeait de monde. Hakima se dirigea tout droit vers le manège.
    - Je veux monter sur le cheval blanc.
    - Fais–ce que tu veux. Moi je vais me mettre sur ce banc. Si tu as besoin de quoi que ce soit, fais-moi signe.
    - Tu m’accompagneras aux voitures tamponneuses n’est ce pas ?
    - Oui, et là je te laisserais prendre le volant sans crainte.
    - Waou ! Je vais conduire comme une grande.
    La journée passe trop rapidement au goût de l’enfant qui s’amusa comme une folle. Au crépuscule, elle ne tenait plus sur ses jambes. Elle s’endormit sur la banquette arrière du véhicule, et sa “maman” eut un mal fou pour la tirer de son sommeil et la faire entrer à la maison. Elles dînèrent rapidement, et Hakima rejoignit sa chambre où sa mère l’aida à enfiler son pyjama, avant de la border. Rompue de fatigue, mais heureuse, la fillette ne tardera pas à retomber dans un profond sommeil.

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  9. Artisans de l'ombre Dit :

    10eme partie

    Depuis ce jour, Hakima prit le pli de passer parfois, un week-end chez sa “maman”. Au fur et à mesure que les jours et les années passaient, elle comprenait mieux les choses. Et n’embêtait plus sa bienfaitrice. Elle avait accepté le fait qu’elle n’était pas une enfant comme les autres. Mais quelque chose en elle refusait de croire, que ses vrais parents l’avaient abandonnée.
    Son instinct rejetait cette hypothèse. Mais que faisait-elle alors dans cet orphelinat ?
    À 16 ans, elle se rendit à l’évidence. Elle était une pupille de l’État. Elle avait compris qu’elle n’était qu’une enfant assistée, et qu’un jour, lorsqu’elle aurait atteint sa majorité, on va la prier de quitter les lieux, et de chercher asile ailleurs.
    Et sa “maman” n’était qu’une femme au cœur aussi grand que le monde, qui avait tenté tant bien que mal de la “repêcher”. Elle au moins avait à ses côté cette femme merveilleuse qui l’empêchait de ressentir trop souvent ce manque affectif dont souffraient la plupart des adolescentes de son âge.
    Hakima redoublait d’efforts afin de continuer à rafler les meilleures notes à l’école, et afin que sa “maman” soit toujours fière d’elle.
    L’adolescente venait de boucler son cycle moyen, et s’apprêtait à entamer des études secondaires.
    Sa bienfaitrice veillait sur elle, et lui prodiguait mille et un conseils. Elles avaient même planifiés parfois quelques sorties en dehors de la ville, et Hakima avait découvert des sites pittoresques qui la ravirent. L’Algérie regorgeait de merveilles. Du Nord au Sud, de L’Est à l’Ouest, le pays était fabuleux.
    Hakima apprenait l’histoire et la géographie, et composait parfois des poèmes inspirés par ses randonnés et ses déplacements.
    Elle apprit que seules les études pouvaient mener à une vie plus paisible, et plus stable. Pour cela, elle se promettait d’aller jusqu’au bout, et lisait avec avidité tous les ouvrages qui lui tombaient sous la main.
    Elle peignait, écoutait de la musique, écrivait, et participait à des concours de culture générale où elle obtenait souvent les notes les plus enviées.
    Elle était déjà au lycée, lorsqu’un jour, elle dut tirer un trait sur les sorties et les visites de sa maman.

    L’accident
    Oui, tout avait une fin. Elle le savait, mais aussi rapidement, et aussi tragiquement, elle ne s’y attendait vraiment pas.
    On était au printemps. Un soleil radieux planait sur la ville, et comme c’était le week-end, sa “maman” vint la chercher pour passer quelque temps avec elle, et faire du shopping.
    Hakima adorait faire du shopping. Elle découvrait des magasins de luxe, des monoprix, des surfaces de vente, dont elle ne connaissait pratiquement pas l’existence.
    À l’orphelinat, on chuchotait derrière son dos qu’elle était traitée comme une princesse et que sa protectrice ne lui refusait rien, et lui faisait visiter des endroits qui n’étaient accessibles qu’aux gens respectables.
    Hakima se demandait souvent ce que ce mot signifiait réellement. La respectabilité, on pouvait l’acquérir par sa conduite et son éducation. Tout le monde devrait accéder sans embûches à la respectabilité.
    Mais elle reconnaissait aussi que le statut d’une personne élevée dans une institution publique, rendait cette respectabilité inaccessible à beaucoup de ses semblables. En fait, des filles comme elle, ne peuvent être considérée comme “filles de famille” étant donné que la seule famille qu’elles connaissaient, étaient les murs froids de l’orphelinat, et les regards sévères et dénués de toute affection des maîtresses censées les éduquer.
    Hakima s’estime tout de même heureuse d’avoir pu échapper quelque peu à ce régime strict. Elle, elle avait trouvé refuge auprès de sa “maman” et aussi dans ses occupations quotidiennes. Entre l’école et ses devoirs, elle s’évadait dans la lecture, qui au fur et à mesure que les années passaient, était devenue une véritable drogue pour son cerveau.
    Elle puisait sans vergogne dans la bibliothèque de sa maman, qui lui offrait aussi des revues, des CD, et des séries complètes de littérature classique et universelle.
    Est-ce tout cet amalgame de connaissances recherchée avec avidité, qui lui permettra de forger sa personnalité à un moment où les filles de son âge, passaient plus de temps à rêver au “prince charmant” qu’à autre chose ?

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  10. Artisans de l'ombre Dit :

    11eme partie

    L’accident
    La jeune fille savait que ses lectures lui redonnaient confiance en elle et la mûrissaient.
    En ce jour funeste où elle cherchait un ouvrage dans la bibliothèque de sa “maman”, elle sentit une main se poser sur son bras.
    Elle se retourna et se retrouva face à un homme de grande taille. Ce dernier devait frôler la soixantaine, mais sa corpulence n’en était apparemment pas trop affectée, au vu des muscles qui jouaient sous son tee-shirt.
    - Qui es-tu ? Et que fais-tu dans ma bibliothèque ?
    Hakima tomba des nues. Cet homme était le mari de sa “maman”. Elle avait déjà vu quelques-unes de ses photos accrochées aux murs du salon.
    Jusque là, elle ne l’avait jamais encore rencontré, car sa “maman” avait toujours fait en sorte de ne la ramener à la maison que lorsque ce dernier était absent.
    Elle descendit de l’escabeau sur lequel elle venait de monter pour prendre un livre sur la plus haute étagère de la bibliothèque, et rougit avant de répondre :
    - Je… je suis….
    L’homme fait un signe de sa main :
    - Çà y est, je sais qui tu es.
    - Hein ?
    - Oui. (Il se passe une main sur le visage). Oui, tu es la nouvelle femme de ménage.
    Stupéfaite Hakima garde le silence. Bien sûr, sa “maman” n’a jamais dû dévoiler à cet homme qu’elle ramenait de temps à autre, une jeune fille de l’orphelinat pour passer le week-end chez elle.
    Elle déglutit, et sentit ses joues s’empourprer.
    L’homme ébauche un sourire qui ressemblait plutôt à une grimace :
    - Je suis le maître de la maison. Ma femme ne m’avait pas dit qu’elle avait engagé une femme de ménage. J’aurais dû m’en douter, car l’ancienne nous a quittés voilà des mois.
    Il la contemple un moment avant de poursuivre :
    - En matière de goût, j’avoue que mon épouse est experte. Elle a su prendre une femme de ménage jeune et très belle qui pourrait en dehors de ses occupations faire le bonheur de plus d’un homme.
    Hakima sentit ses jambes se dérober sous elle. Que voulait dire cet homme ?
    Les pulsations de son cœur triplèrent de rythme, et elle recula de quelques pas, un livre dans les mains :
    - Je , je suis Hakima. J’ai terminé pour aujourd’hui.
    Une mauvaise étincelle brilla dans les yeux de l’homme qui s’approche d’elle en deux enjambées :
    - Mais tu n’as pas encore commencé mon ange.
    - J’ai terminé, et je dois partir.
    Elle tente d’atteindre la porte du salon, mais l’homme lui barre le passage :
    - Où va-tu donc partir?
    - Heu… rentrer…
    - Rentrer où ?
    Hakima sentit le vertige la gagner. Cet homme la terrorisait. Mais où est donc passée sa “maman” ? Elle lui avait promis de revenir rapidement et l’avait laissée dans la bibliothèque afin qu’elle choisisse les ouvrages dont elle aurait besoin.
    Elle était sûrement sortie faire une course de dernière minute, avant de la raccompagner à l’orphelinat.
    Elle lance un regard suppliant à l’homme qui s’implante devant elle un bras sur le cadre de la porte.
    - S’il vous plaît, je dois rentrer immédiatement chez-moi. Je suis étudiante, je prépare mes examens. Je… Je…
    Elle sentit le souffle de l’homme sur son cou :
    - Ne t’inquiète donc pas, je te raccompagnerais… (Il pousse un soupir) Que ne ferait-on pas pour une telle beauté !
    Hakima tente de sortir du salon encore une fois, mais l’homme lui barre encore le passage :
    - Chut, on se tient tranquille ma petite, je ne suis pas l’ogre mangeur d’enfants.

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  11. Artisans de l'ombre Dit :

    12eme partie

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  12. Artisans de l'ombre Dit :

    13eme partie

    Nafissa sentit son sang chauffer dans ses veines :
    - Un enfant du péché ! s’écrie-t-elle… Mais le péché c’est toi qui allais le commettre et sous mes yeux avec une fille qui aurait pu être la tienne. Tu connais le péché Mohamed ?
    Le haram que tu tentes de brandir chaque fois que je te demandais d’adopter un enfant est insignifiant par rapport à ton ignoble conduite.
    Le souffle bruyant et le visage pourpre, Mohamed s’écrie :
    - De quel droit m’accuses-tu ainsi ?
    Nafissa le regarde droit dans les yeux :
    - Tu me prends pour une gourde ? Tu crois que je ne suis pas au courant de tes aventures et de tes rendez-vous galants ? Tu as même essayé de t’attaquer à une pauvre adolescente sans défense.
    Mohamed ricane :
    - Une fille de l’orphelinat…
    Nafissa l’interrompt :
    - Oui…Une fille de l’orphelinat qui n’a rien à envier aux filles de bonne famille. Elle est même bien plus sérieuse que ces femmes que tu courtises et qui te tournent autour pour te déplumer.
    Mohamed lève sa main, et gifle sa femme d’un geste rageur. Surprise, Nafissa ne réagit pas tout de suite. Elle était comme hypnotisée, et n’arrivait pas à admettre qu’elle venait d’être agressée.
    Elle recule et s’enfuit dans sa chambre, où elle se met à ramasser en toute hâte quelques affaires. Son mari la suit :
    - Que fais-tu ?
    Elle ne répondit pas et se dirige d’un pas alerte vers le couloir où l’attendait Hakima.
    Mohamed tente de la retenir :
    - Ne me dis pas que tu vas me quitter pour cette…
    Nafissa lui fait volte face :
    - Ne dis plus rien Mohamed… Je te laisse la maison et tout ce qu’elle contient… Tu peux désormais y ramener qui tu veux et à ta guise. Dans quelques jours tu recevras ma demande de divorce.
    - Mais… mais tu es folle !
    - C’est plutôt toi qui es fou… Toi qui perds la tête. Je t’ai assez supporté ainsi. Toute une vie… Toute une existence. Je pensais qu’avec le temps, tu finirais par t’assagir. Hélas, cela va de mal en pis pour toi. J’ai trop supporté Mohamed…
    Je ne peux plus vivre sous le même toit que toi. Je suffoque, j’ai besoin d’air. Il est grand temps pour moi de prendre ma retraite et de quitter les lieux. L’incident de cet après-midi n’était que la goutte qui a fait déborder le vase.
    Mohamed tente de la retenir :
    - Mais où iras-tu ? Tu n’as plus personne au monde à part moi.
    Nafissa sourit ironiquement :
    - C’est ce que tu crois.
    Mohamed tente de lui barrer le passage :
    - Que veux-tu dire par là ? Tu as un amant ?
    Elle le repousse d’un geste impatient :
    - Arrête avec tes sornettes, et laisse-moi passer veux-tu… ?
    - Non, je ne le veux pas.
    Nafissa se dérobe et empoigne son sac de voyage :
    - Tu ne pourras plus me retenir auprès de toi Mohamed. Quel que soit le prix à payer, je ne resterais pas une seconde de plus dans cette maison.
    Mohamed lui lance méchamment :
    - Bien sûr, tu iras à l’orphelinat.
    - Tout à fait. La vie est bien plus paisible dans ces lieux, qu’ici auprès de toi.
    - Nafissa je….

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  13. Artisans de l'ombre Dit :

    14eme partie

    Confus, Mohamed tente de jouer une dernière carte :
    - Je suis désolé. Je ne pouvais pas contrôler mes nerfs. Tu sais bien que je travaille trop ces derniers temps. Ne pars pas je t’en supplie.
    Nafissa le regarde bien en face :
    - J’ai déjà entendu cette litanie des centaines de fois. Chaque fois, c’est la même chose. Tu es toujours désolé et confus, mais tu retournes toujours à tes vices, et à ta vie tapageuse. On dirait que tu as le diable au corps. Tu ne changeras jamais Mohamed. On dit que l’habitude est une seconde nature. Dans ton cas, jamais le dicton, n’a été aussi juste.
    L’homme se prend la tête entre ses mains :
    - Tu me quittes Nafissa ? Tu me quittes à cause de cette….
    Nafissa l’interrompt :
    - Pas un mot de plus, Hakima est la fille que je n’ai pu avoir. Je vais la perdre à cause de toi, mais sache une fois pour toutes qu’un jour tu payeras pour tout le mal que tu as fais. Tu as manipulé mes sentiments. Tu as trahi ma confiance et tu m’as fait rater ma vie. Plus jamais je ne voudrais te revoir.
    Hakima qui l’attendait au seuil de la porte d’entrée se sentit offusquée :
    - Je ne veux pas qu’un malentendu se produise à cause de moi et…
    Nafissa lui sourit :
    - Ne t’en fais donc pas ma puce, au contraire, c’est grâce à toi que j’ai aujourd’hui le courage d’affronter l’amère réalité de mon existence. Aller viens, sortons, j’étouffe dans cette maison.
    - Va au diable, lui lance Mohamed d’une voix rageuse, alors qu’elle claquait la porte derrière elle.
    Il faisait presque nuit, et Nafissa conduisait d’une main experte sur l’autoroute. Hakima gardait le silence. Elle venait d’assister à une scène de ménage dont elle ignorait tout jusqu’à ce jour. C’était donc vrai ! Les couples mariés n’étaient heureux que dans ses lectures, et dans les films. Et dire que ses camarades de classe rêvaient à qui mieux-mieux devant les feuilletons à l’eau de rose, qu’elles commentaient entre elles, dès qu’elles en avaient l’occasion.
    Elle jette un regard à sa “maman” et remarque la rougeur sur sa joue. Elle tend la main et se met à lui caresser les cheveux et le visage :
    - Je suis désolée, maman.
    Nafissa pousse un soupir :
    - Ce n’est rien ma chérie. Ce mufle n’a eu que ce qu’il méritait. J’aurais dû passer à l’action depuis longtemps.
    - Où vas-tu te rendre maintenant ?
    - Oh, ne t’en fais donc pas pour moi Hakima. Je vais prendre une chambre d’hôtel pour quelques jours, et ensuite je verrais.
    Elle sourit et poursuit :
    - Ne t’en fais pas pour moi, je suis assez grande pour me débrouiller. Je suis plutôt inquiète pour toi, je n’aimerais pas t’abandonner, alors que tu viens d’entamer tes études secondaires.
    Hakima sentit les larmes sur ses joues :
    - Tu tiens à moi à ce point ?
    -Bien plus que tu ne le crois ma puce. Si cela ne dépendait que de moi, je t’aurais déjà retirée de l’orphelinat pour t’emmener vivre ailleurs. Mais tant que tu n’as pas encore atteint tes 18 ans, je ne pourrais rien faire.
    - Tu en as déjà fait beaucoup pour moi.
    Nafissa lui caresse les cheveux :
    - Ce n’est rien. J’espère que tu es consciente de la réalité des choses maintenant, et que tu as appris que seule la volonté, le courage et l’espérance, en dehors de tes études bien sûr, peuvent tracer un sillon au milieu d’un océan que le destin déchaîne à sa guise. Ma vie n’a été qu’une succession d’échecs parce que je n’ai jamais eu le courage de me révolter.
    Hakima garde le silence un moment. Elle était triste de voir sa “maman” si malheureuse. Cette femme remarquable l’avait aidée autant qu’elle le pouvait. Elle avait toujours été à ses côtés, et ne l’avait jamais privée de quoi que ce soit. Jamais elle n’avait éprouvé de la solitude ou un manque affectif auprès d’elle. Sa bienfaitrice ne lui avait jamais fait sentir qu’elle était une enfant “différente”. Bien au contraire. Elle avait toujours fait en sorte de la défendre contre ceux qui voulait la déstabiliser, ou lui nuire.
    Elle pousse un soupir. Et maintenant que va-t-elle devenir ?

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  14. Artisans de l'ombre Dit :

    15eme partie

    Comme si elle lisait dans ses pensées, Nafissa tente de la détendre :
    - Allez, Hakima ne soit pas triste, nous trouverons bien une solution, ce n’est pas la fin du monde.
    Elle accélère un peu plus pour dépasser un camion, puis reprend :
    - Tu vois, même sur une route normale, on doit conduire prudemment pour arriver à bon port. Et toi tu es déjà presque arrivée Hakima. Dans quelques années, tu termineras tes études, et tu feras enfin ta vie. Je serais alors heureuse et soulagée.
    - Je ne pourrais être heureuse sans ta présence auprès de moi maman.
    Nafissa sourit tristement :
    - Hélas, mais enfin, sait-on jamais ? Je pourrais peut-être arranger çà, si je réussis à gagner le procès de mon divorce, je vais pouvoir bénéficier du partage des biens.
    - Et dans le cas contraire ?
    Nafissa garde un long silence avant de formuler :
    - Je n’ose même pas y penser, mais dans ce cas-là, Mohamed aura le dessus, et je serais contrainte d’abandonner tous mes biens.
    - Que deviendras-tu ?
    - Heu….( Elle se tut un moment), Dieu y pourvoira. J’ai encore un peu d’argent dans mon compte, et la somme me suffira amplement à tenir durant quelques années. Hakima n’arrivait pas encore à croire ce qui venait de leur arriver. Le matin même, elle était heureuse et insouciante, et se faisait une joie à l’idée de passer cette journée avec sa maman.
    Étranges sont les voies du destin. Hakima sentait le chagrin la gagner, un chagrin ancré dans les tréfonds de son âme. Elle sentit le froid envelopper son cœur, et un courant glacial pénétrer dans ses os. L’orphelinat, et ensuite ?
    Hakima n’eut pas le temps de réfléchir davantage. Elle sentit le grincement des freins, et soudain le choc. Les phares d’un véhicule l’aveuglèrent, et soudain, elle fut propulsée par le pare-brise pour se retrouver sur le capot de la voiture qui venait de les percuter dans un grand fracas de verre et d’acier. Elle ne saura jamais ce qui s’était réellement passé.

    L’HOPITAL
    Lorsqu’elle reprit connaissance, la jeune fille ne se rappelait rien. Elle tenta de se relever, mais une douleur aiguë l’en dissuada. Elle regarda autour d’elle, et comprit qu’elle était dans une chambre d’hôpital. Un flacon de sérum était relié à son bras, et ses deux jambes étaient plâtrées.
    Tout à coup la mémoire lui revint. La nuit, la route, les phares, l’accident… Et sa “maman”, sa “maman” !
    Elle tente de se redresser, mais la douleur se réveille encore. Hakima pousse un long cri. Une infirmière accourut :
    - Calmez-vous, calmez-vous. Le docteur passera dans un moment.
    - Maman, maman, je veux voir maman. Où est-elle donc ?
    - La dame qui était avec vous dans la voiture était votre mère ?
    Hakima hoche la tête :
    - Oui, je veux la voir, où est-elle ?
    L’infirmière la regarde d’un air qui en disait long sur ses pensées.
    - Je ne sais pas, le docteur vous le dira Quand j’ai pris mon service il y a une heure, on ne m’avait signalé que votre admission.
    Hakima sentit quelque chose se briser en elle. L’infirmière mentait, elle n’avait aucun doute…
    -Ne vous agitez pas donc, vous allez vous faire mal. Je vais appeler le médecin de garde.
    Elle sortit, et Hakima laisse ses larmes couler en flots sur ses joues. Sa “maman” n’était plus de ce monde, elle en était maintenant certaine. C’est ce qui expliquait le mauvais pressentiment qu’elle avait eu dès qu’elle avait repris connaissance.
    Le docteur, un jeune interne, vint s’asseoir à son chevet, et lui prend la main :
    - Rendez grâce à Dieu que vous soyez encore en vie. On n’échappe pas aussi aisément d’un accident de route en pleine nuit.
    Hakima hoche la tête, et lance dans un sanglot :
    - J’aurais aimé que ce soit le contraire qui se produit.
    - Quoi ? Vous auriez aimé trépasser ?
    - Oui, j’aurais donné ma vie pour que ma maman soit encore de ce monde.
    Ses larmes reprirent de plus belle. Le jeune interne la regarde un moment avant de dire :
    - Je comprends votre chagrin mademoiselle, mais croyez moi, rien ne vaut la vie.
    - Ma vie ne vaut plus rien, le coupe Hakima. Elle ne vaut plus rien sans la présence de ma maman.
    - Je comprends, je comprends.

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  15. Artisans de l'ombre Dit :

    16eme partie

    Le médecin se lève, et Hakima se dit qu’il n’avait pas encore l’expérience requise pour comprendre. Un toubib fraîchement émoulu ou même pas encore, ne pourra jamais saisir l’état d’âme d’un malade. Ne dit-on pas que seul celui qui a marché sur des braises, pourra ressentir la douleur des brûlures ?
    Le médecin se retourne vers elle avant de quitter la chambre :
    - Essayez de vous reposer, je vais demander à l’infirmière de vous administrer un sédatif, trop d’agitation ne fera qu’aggraver votre état.
    - Peu importe, je veux sortir d’ici au plus vite.
    - Eh bien pour cela, il faudra d’abord passer par les étapes requises. On ne va pas vous lâcher de sitôt.
    - Pourrais-je vous demander un service docteur ?
    Le jeune médecin revint sur ses pas :
    - Bien sûr.
    - Pourrais-je voir le corps de ma mère. ?
    Le médecin met les mains dans les deux poches de sa blouse et baisse la tête :
    - Je ne peux rien vous promettre là-dessus. Je…Je ne sais pas si le médecin légiste vous le permettra.
    - Le médecin légiste ?
    - Oui, votre maman a eu un accident. Nous sommes dans l’obligation de faire une autopsie pour …
    - Vous allez la charcuter, vous allez lui ouvrir le corps et la charcuter…
    Hakima n’avait même plus la force de pleurer. Le choc du décès s’avère insignifiant devant cette nouvelle révélation.
    - Je, je sais que cela va vous sembler insensé, mais dans la plupart des accidents mortels, la gendarmerie exige une autopsie pour le constat. Nous ne pouvons remettre le corps à la famille sans déterminer la cause du décès. Parfois les gens prennent le volant en état d’ébriété, ou après avoir ingurgité une drogue, ou pris un médicament.
    - Ma mère n’avait rien pris. Elle conduisait depuis plusieurs années, et maîtrisait le volant…cet accident a été provoqué par la voiture qui venait en sens inverse…
    Elle se tût avant de demander :
    - Le passager du véhicule qui nous a heurtés…
    - Les passagers… la corrige le médecin….
    - Les passagers ? Ils étaient combien ?
    - Trois, un couple et leur enfant.
    - Hein ?
    Hakima sentit ses mains trembler, et demande dans un souffle :
    - Que sont-ils devenus ?
    Le médecin s’approche d’elle :
    - Assez parlé pour ce soir. Demain matin, nous reprendrons cette discussion, vous êtes exténuée.
    Hakima s’agite :
    - Non, je veux savoir….Que sont donc devenus les trois passagers de ce véhicule ?
    Le médecin pousse un long soupir :
    - Vous voulez vraiment tout savoir ?
    - Tout, je veux tout savoir. J’ai le droit de demander des comptes après ce qui est arrivé, n’est-ce pas ?
    Le jeune interne garde un moment le silence puis soupire encore :
    - Je n’aime pas trop me retrouver dans de telles situations. Je n’aime pas être un oiseau de mauvais augure, mais si je dois satisfaire votre curiosité, je vous dirais toute la vérité : Les parents sont morts instantanément.
    - Et le petit, demande Hakima d’une petite voix ?
    - Il est aux soins intensifs. Traumatisme crânien, et plusieurs fractures.
    - C’est un petit enfant ?
    Le médecin hoche la tête :
    - Un petit garçon de quatre ans.
    Hakima sentit le tremblement de ses mains s’accentuer :
    - Il est désormais orphelin comme moi.
    Le médecin est ému :
    - Il est dans une pire situation. Si vous voulez le savoir, nous ne sommes pas encore sûrs qu’il va s’en sortir.

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  16. Artisans de l'ombre Dit :

    17eme partie

    La jeune fille ferme les yeux un moment. Les voies du destin sont parfois bizarres. Au lieu d’adresser une prière à Dieu pour lui demander de maintenir ce petit en vie, elle se surprend à lui souhaiter de quitter au plus vite ce bas monde.
    - Et si ce petit reprend conscience et demande après ces parents… ?
    - J’avoue que je n’aimerais pas être la personne qui devrait lui expliquer qu’il ne va plus jamais les revoir. D’ailleurs, à cet âge on ressent vite le vide affectif, et dès qu’on ouvre les yeux, le premier mot qu’on prononce est : maman.
    Hakima sentit encore les larmes brûler ses joues. Cet enfant sera peut-être condamné à vivre comme elle dans un orphelinat.
    - A-t-il de la famille ?
    - Je pense que oui. J’ai vu ses grands-parents tout à l’heure.
    - Ses grands-parents ? Ils sont âgés ?
    - Pas vraiment… Mais ils ne pourront jamais remplacer les parents, à cet âge un enfant a plus besoin de la tendresse de ses parents que de celle des autres.
    Il revint à son chevet et prend ses mains entre les siennes :
    - Vous êtes une fille très sensible à ce que je vois. À votre âge, le contraire m’aurait étonné.
    - Vous ne pouvez comprendre l’état d’âme d’un orphelin docteur… Vous exercez un métier noble et vous tentez de soulager la douleur physique. Mais la douleur de l’âme, vous ne pourriez jamais la soulager. Elle n’a aucun remède.
    - Vous parlez avec beaucoup de sagesse.
    - Non… Dites plutôt que je parle en connaissance de cause.
    Le jeune homme hoche la tête et lui tapote l’épaule :
    vous êtes intelligente Hakima. Et même, bien mûre pour votre âge. Je suis désolé de vous rencontrer dans de telles circonstances. La discussion avec vous s’avère vraiment intéressante. Je suis navré pour votre mère et j’espère que le petit s’en sortira. Quant à vous, je sais que vous allez vous en sortir… Vous avez du caractère et beaucoup de personnalité…. et vous n’êtes pas de ceux qui baissent facilement les bras. Bonne nuit Hakima. Tâchez de vous reposer. Demain, nous reprendrons notre discussion.
    Il tint sa promesse. À chaque garde, il venait discuter de longues heures avec elle. Et à chaque garde, il lui donnait des nouvelles du petit rescapé de l’accident, qui demeura dans le coma plus d’une semaine. Lorsqu’il lui apprit qu’il avait enfin repris connaissance, Hakima poussa un long cri de joie, avant de se mettre à sangloter.
    Il lui avait aussi appris que le corps de sa mère avait été retiré de la morgue et récupéré par la famille. Hakima se sentit tout à coup coupable. C’était à cause d’elle que la dispute avait éclaté entre sa “maman” et le mari de cette dernière. Et c’était à cause d’elle aussi qu’elle avait quitté la maison. Elle avait provoqué tous ces malheurs, qui en un laps de temps avaient changé les données de sa triste existence. Et maintenant que va-t-elle devenir ?
    Elle se confia au jeune interne qui la rassura :
    - Tu n’y es pour rien Hakima. On ne peut rien changer à son destin. On ne fait que suivre ce qui a déjà été prévu pour nous.
    - Mais je t’assure que c’est de ma faute.
    - Cela ne peut pas l’être Hakima, voyons…
    - Si. J’y suis pour beaucoup.
    Les dernières images défilèrent devant ses yeux. Elle revit l’homme qui voulait abuser d’elle sans vergogne. Elle revoyait ses yeux globuleux et ressentait encore son souffle sur son cou lorsqu’il s’était rapproché d’elle. Et ce couteau qu’elle avait saisi pour le menacer. Et puis… Et puis.
    Elle se remet à pleurer, et le jeune interne dans un élan de tendresse la prend dans ses bras. Il la sentit si vulnérable, si tremblante qu’il se sentit lui-même tout remué :
    - Du calme… Du calme, Hakima… tout s’arrangera. C’est une mauvaise passe dans ta vie je le conçois, mais ne sois pas aussi désespérée. Bientôt tu quitteras cet hôpital et tout rentrera dans l’ordre.
    Hakima se dégage, le visage ruisselant de larmes :
    - Non… Rien ne s’arrangera… Je vais devoir retourner à l’orphelinat, et plus jamais, plus jamais je ne reverrais le visage de celle qui fut pour moi une maman durant de longues années.
    - Eh bien ! raison de plus pour lui rendre hommage, et travailler davantage à l’école. Tu ne pourras remonter la pente et atteindre un statut honorable qu’en faisant de bonnes études. Que veux-tu donc faire dans la vie Hakima ?
    Elle renifle et essuie ses larmes d’une main rageuse avant de répondre :
    - Je ne sais pas encore. Par contre, je vais tenter de décrocher au moins mon baccalauréat. C’était le rêve de ma “maman”, et je dois le réaliser.
    - Tu feras bien plus. Je sens que tu iras bien plus loin.
    Hakima baisse la tête et se met à jouer avec sa manche :
    - Avec mon statut de “fille assistée” je doute fort.

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  17. Artisans de l'ombre Dit :

    18eme partie

    Le jeune interne sentit sa gorge se nouer :
    - Je n’aimerais pas te bercer d’illusions Hakima, mais il y a des choses dans la vie qui interviennent au moment où on s’y attend le moins. Sait-on ce que te réserve l’avenir ? Allez, n’y pense plus. Le présent n’est pas gai certes, mais dans quelques jours, nous allons t’enlever les plâtres et tu pourras quitter cet hôpital, réjouis-toi donc.
    Hakima tente de sourire à travers ses larmes :
    - Il n’y a vraiment pas de quoi se réjouir Athmane. Je pourrais même dire que je me suis sentie moins seule ces derniers temps grâce à ta présence à mes côtés. Je ne saurais assez t’en remercier.
    Le jeune homme baisse les yeux :
    - Tu vas me trouver un peu fou Hakima, mais tu vas me manquer à coup sûr. Ce n’est pas avec tous mes malades que je discute ainsi tous les soirs de garde.
    - Ce n’est pas non plus avec tous les médecins que je discute moi aussi.
    - Je sais.
    Il sourit :
    - Nous sommes quittes alors.
    Elle sourit :
    - Nous sommes quittes. Mais il y aura toujours cette différence entre nous. Je ne suis qu’une malade parmi tant d’autres, et tu n’es qu’un médecin parmi tant d’autres, qui m’oubliera vite pour replonger dans ses études et ses recherches.
    Athmane lui jette un regard désapprobateur :
    - Nous pourrions rester amis tu sais.
    Elle hoche la tête :
    - Oui pourquoi pas ? Mais je ne ferais que te gêner. Avoir une amie comme moi….
    Il lui met un doigt sur la bouche :
    - Non, ne continue pas. Pourquoi te sous estimes-tu autant Hakima ? Pourquoi ne tentes-tu pas de vivre comme tout le monde ?
    - Je ne suis pas comme tout le monde, tu le sais bien. Et même si je veux l’être, l’amère réalité me rappellera toujours qui je suis. Je vais retourner à l’orphelinat. Tu ne peux pas t’imaginer la froideur de ces lieux, ni le regard glacial des gens, qui sous prétexte de faire un geste humanitaire, viennent de temps à autre assouvir leur curiosité. La plupart nous regardent comme des animaux dans un zoo. Rares sont les personnes qui, comme ma défunte “maman” veulent faire un geste sincère envers nous.
    Athmane lui serre la main :
    - Je te comprends fort bien Hakima. Un jour tu n’auras plus à subir cette humiliation. Tu peux compter sur moi pour t’apporter aide et soutien. N’hésite surtout pas à faire appel à moi en cas de besoin.
    Elle sourit tristement, et relève les yeux, pour croiser ceux de Athmane dans lesquels brillaient des larmes. Elle passe alors une main caressante sur sa joue, et murmure :
    - Tu fais partie de ces gens bénis des dieux Athmane. Tu possèdes un grand cœur, et beaucoup de générosité. Tu es si humble, si sympa, et si aimant. Tu feras une longue et belle carrière. Tu as bien choisi ton métier.
    Il lui embrasse la main :
    - Dans quelques années, tu deviendras une belle femme Hakima. Des jeunes gens te courtiseront, et heureux sera l’élu de ton cœur.
    Elle écarquille les yeux :
    - Mais que racontes –tu là Athmane ? Tu sais bien que je n’ai ni le droit d’aimer, ni celui d’avoir des prétendant. D’aucuns fuiront rien qu’a l’idée de me savoir élevée dans une institution publique.
    - Ne raconte donc pas de bêtises. Les temps ont changé.
    - C’est toi qui raconte des bêtises Athmane.
    Le jeune médecin se lève et se passe une main sur le visage :
    - Je sais que cela va te paraître insensé, mais si dans quelques années je te demandais en mariage, m’accepteras-tu ?
    Hakima fronce les sourcils. Avait-elle bien entendu ? Athmane se payait sa tête à coup sûr. Pourtant, il n’en avait pas du tout l’air.
    - Tu ne réponds pas ? Ma proposition t’a choquée ?
    Hakima rougit, et baisse les yeux :
    - Non, Athmane, mais …
    - Oui, quoi ?
    - Je préfère te dire tout de suite que je vais opter pour le célibat.
    - Tu es folle ma petite… Tu….
    - Dis plutôt que je suis sage, le coupe-t-elle. Athmane tu es un homme bien comme il faut en tous points. Bientôt, une belle et jeune femme te mettra le grappin dessus. Tu ne vas tout de même pas attendre une fille comme moi, qui ne connaît même pas ses origines, et qui n’a connu de foyer que l’intérieur d’un orphelinat.

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  18. Artisans de l'ombre Dit :

    19eme partie

    Athmane reprend sur un temps insistant :
    - Et pourquoi pas ?
    - Arrête donc… Même si tu le veux, tu ne le pourras pas. La famille, ton entourage, tes amis,… Personne ne le comprendra, et tout ce monde s’y opposera. Crois-moi Athmane, mon cœur saigne, mais mon esprit sait reconnaître la juste valeur des choses. Je ne suis pas faite pour le rêve, et le romantisme…
    - Mais que vas-tu devenir alors lorsque tu atteindras l’âge, on l’on te signifiera, gentiment, qu’il est grand temps pour toi de quitter cet orphelinat.
    Hakima soupire, et repense aux dires de sa mère, qui lui avait promis de la prendre en charge… Hélas, elle n’était plus là !
    - Dieu y pourvoira… Dieu y pourvoira Athmane.
    Elle repose sa tête sur l’oreiller et ferme ses yeux. Athmane éteint la lumière et sortit sur la pointe des pieds.
    Deux semaines passent. Hakima pouvait se lever et faire quelques pas dans le couloir et même dans le jardin. Elle s’était liée d’amitié avec quelques malades et quelques infirmières, et ce n’était pas les sujets de discussion qui manquaient.
    On lui avait enlevé le plâtre, mais les muscles de ses jambes étaient encore amorphes, alors elle s’aidait d’une paire de béquilles, pour rendre visite à des malades beaucoup plus mal au point qu’elle.
    Elle avait même rencontré le petite Samir, le rescapé de l’accident, et s’était sentie triste le jour où ses grands parents étaient venus le récupérer. L’enfant réclamait tout le temps sa maman. Les médecins avaient conseillé à sa famille d’essayer de le replonger dans l’ambiance familiale le plutôt possible. Avant de partir, l’enfant était venu lui dire au revoir et lui avait même remis un jouet en guise de souvenir. Hakima l’avait serré très fort dans ses bras et s’était promis de prendre de temps à autre de ses nouvelles. Mais le moment venu, lorsqu’elle avait demandé ses coordonnées, ses grands parents s’étaient opposés… La grand-mère en particulier l’avait toisée de haut, arguant du fait que Samir ne la connaissait pas et que si ce n’était le tragique accident qui avait coûté la vie à ses parents, il n’aurait jamais eu à rencontrer une fille de sa branche.
    Hakima avait ravalé ses larmes devant le petit “amour” qui n’avait cessé d’agiter sa petite menotte, en guise d’au revoir, que lorsqu’elle fut hors de sa vue.
    Elle pleura alors amèrement. Une révolte grondait en elle, et elle savait que si elle la laissait se manifester, elle deviendra une réelle “hors-la-loi” qui ira au-devant des cas comme le sien, et ne lésinera sur aucun effort, pour rétablir les règles du jeu. Mais elle n’était qu’un simple pion sur un échiquier… Un pion d’échec et mat.
    Le jour de sa sortie arriva enfin. Elle ramasse ses affaires et tint à aller remercier elle-même ceux qui avaient été ses “anges gardiens” durant toute sa convalescence…. Quand le tour de Athmane arriva, elle ne savait plus quoi dire. Sa gorge s’était nouée et ses muscles s’étaient raidis…
    Il lui prit le sac des mains et la précède dans le grand couloir qui menait vers la sortie :
    - Je t’accompagne.
    - Oh ! Non… Je vais rentrer seule. Je connais le chemin tu sais.
    Il fait un geste de sa main :
    - Laisse tomber Hakima. Je vais te raccompagner, que tu le veuilles ou non. Je ne te laisserai pas partir comme ça un sac au bout des bras, et l’esprit plein de ces idées macabres que tu t’entêtes à cultiver.
    Elle sourit :
    - Tu connais mon adresse au moins ?
    - Oui, bien sûr. Pourquoi cette question ?
    - Tu n’appréhendes donc pas la réaction des gens. Si jamais quelqu’un te voit avec moi à la porte de l’orphelinat.
    Il l’interrompe encore d’un geste :
    - Raconte ça aux autres, veux-tu ? Moi je n’en ai que faire de ces “arguments” que tu brandis plus pour t’évader que pour autre chose. Heu… Si ma présence t’incommode, ça c’est autre chose. Il faut me le dire tout de suite.
    Hakima eut honte d’elle-même. Ce jeune homme était sincère, et très attentionné envers elle. Pourquoi brandissait-elle à tout bout de champ, le reflet de son statut ?
    Soudain, les pulsations de son cœur s’accélèrent. En un éclair elle comprit tout : elle était amoureuse. Elle n’avait jamais éprouvé cette sensation de plénitude et de sérénité devant quelqu’un d’autre. Seul Athmane lui avait fait sentir qu’elle avait un cœur, et que ce cœur pouvait ressentir des sensations. Un sentiment agréable l’envahie. Mais telle une chandelle dans le vent, il s’éteignit pour céder place à l’amertume et à la tristesse.
    Non ! Elle avait déjà révélé à cet homme qu’elle n’avait ni le droit de tomber amoureuse ni celui de se marier !
    Elle se reprend vite et répondit :
    - Non. Ce n’est pas ta présence qui m’incommode… C’est….
    - Arrête, j’ai compris. Ne sois pas si rigide dans tes propos et tes pensées. Je suis le médecin qui raccompagne le malade. Cela te va ?
    Elle acquiesce :
    - Oui. Puisque tu y tiens, raccompagne-moi donc.
    - Voilà qui est bien réfléchi enfin.

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  19. Artisans de l'ombre Dit :

    20eme partie

    La jeune fille se retrouve assise à l’avant d’un véhicule et auprès d’un homme dont pourrait rêver plus d’une femme. Mais pas elle. Cela lui était interdit.
    Comme s’il lisait dans ses pensées, Athmane s’empresse de mettre un CD de musique classique avant de lancer :
    - Ne sois pas si crispée… Tu vas bientôt reprendre tes études, et tu seras occupée pour un bon bout de temps… Mais de temps en temps, tu n’oublieras pas de venir à l’hôpital pour un petit bonjour…
    Elle se détendit et sourit :
    - Oui. Oui, bien sûr que je viendrais. Vous avez tous été formidables avec moi.
    - Moi, particulièrement, lance-t-il en prenant un air supérieur, qui la fera éclater franchement de rire.
    - Pour rendre à César ce qui lui appartient, je te dirais que tu y es pour beaucoup dans mon rétablissement. Tu m’as apporté un grand réconfort moral et tu as su me redonner l’envie et le courage de reprendre mes études.
    - Surtout ça Hakima… Seules les études te permettront de reprendre pied.
    - Je tenterais de me rappeler tous tes conseils.
    - Si tu les oublies je te les rappellerai. Ne t’inquiète donc pas.
    Elle sourit heureuse, mais s’interdit de rêver. Non, elle n’en avait pas le droit. Cette phrase, elle ne cessera jamais de se la répéter. C’était le serment qu’elle s’était fait, et le prix à payer pour une faute qu’elle n’avait pas commise, mais dont elle en était la victime.
    Ils arrivèrent à l’orphelinat. On était au crépuscule, et quelques filles revenaient de l’école.
    Elles jetèrent un regard curieux à Athmane, qui venait de descendre de son véhicule, pour ouvrir la porte à Hakima :
    - Mademoiselle est arrivée.
    Il l’aide à mettre pied à terre. Elle boitait encore un peu, mais ses fractures s’étaient soudées, et dans quelques jours, elle ne ressentira plus ces douleurs musculaires qui la gênaient dans ses mouvements.
    - Fais attention à toi Hakima, poursuit Athmane en lui tendant son sac et un petit paquet.
    Elle regarde le paquet avant de demander :
    - Qu’es ce que c’est.. ?
    - Quelques ouvrages que tu voulais lire, mais que tu n’avais pas pu te procurer.
    - Oh ! Athmane. Si je m’y attendais…
    Elle ouvrit le paquet d’une main tremblante et découvre les deux tomes de David Cooperfield le récit de Charles Dikens, ainsi que Sans famille, d’Hector Malot…
    Deux vies, deux destins, qui ressemblaient un peu au sien. Elle relève les yeux et fixe Athmane :
    - Comment savais-tu que je voulais ces ouvrages ?
    Il hausse les épaules :
    - Je t’ai déjà ramené quelques ouvrages classiques à l’hôpital. Tu les avais dévorés d’une seule traite, et si tu te rappelles bien, un soir, tu m’avais demandé si je ne pouvais pas te procurer ces deux titres…
    Hakima était émue. En dehors de sa “maman” qui n’était plus de ce monde, Athmane redoublait d’attention avec elle. Mais jusqu’à quand ?
    Elle déglutit et lance :
    - Tu es trop bon avec une pauvre orpheline Athmane…Je ne sais plus quoi dire…
    - Ne dis rien. Fais-moi un sourire, cela vaudra pour moi tout l’or du monde.
    Hakima sourit. Mais son sourire était glacial et n’arrivait pas à atteindre un regard triste où se lisaient toutes les appréhensions.
    - Merci… Merci pour tout Athmane.
    Athmane l’embrasse sur les deux joues, avant de répondre :
    - Sois heureuse Hakima.
    Ils se quittèrent. Hakima le regarde s’éloigner en agitant son bras. Elle allait rentrer lorsqu’elle se heurte à Houria :
    Cette dernière venait visiblement de rentrer de l’atelier d’apprentissage où elle apprenait la couture et la broderie, et était en train d’enlever à grands coups de mouchoir un maquillage trop voyant pour son jeune âge :
    - Tiens. Une revenante… Mais pardi, d’où as-tu donc pêché ce beau gosse ?
    Hakima s’écarte d’elle :
    - Tu pourrais au moins a priori demander de mes nouvelles.
    - Mais je vois qu’elles sont des meilleures. Tu passes un moment hors de l’orphelinat et tu reviens accompagnée d’un bel homme, dans une belle bagnole. Que peut demander de plus une fille comme toi ?
    - Détrompe-toi Houria. Je viens de revenir de très loin. J’ai eu un accident qui aurait pu me coûter la vie.
    - Il a coûté la vie à ta maman…, lance d’un air méchant Houria.

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  20. Artisans de l'ombre Dit :

    21eme partie

    Hakima sentit davantage sa vulnérabilité. Tout l’orphelinat était au courant de l’accident. On va la prendre pour une maudite, et la plupart de ses “ennemies” vont se frotter les mains, à l’idée qu’elle ne sera plus cette privilégiée qui avait une maman.
    - Il paraît que tu voulais lui piquer son homme, poursuit d’un air ironique Houria.
    - Tout compte fait, cela me parait logique poursuit-elle. Nous ne sommes que des déchets dans cette société, alors autant tomber sur un “os” qui pourrait nous défendre en cas de besoin. Mais dans ton cas, je vois que tu n’as pas perdu du temps, pour te dénicher un autre “soupirant” et pas des moindres.
    Hakima sentit cette fois-ci la moutarde lui monter au nez :
    - Ta langue de vipère s’est affutée davantage à ce que je vois. Houria, prend garde, un jour, tu paieras très cher pour tes critiques acerbes.
    Elle lui jette un coup d’œil inquisiteur, et remarque que sa tenue moulait ses rondeurs, et ne cachait pour ainsi dire pas grand-chose :
    - Même ta façon de t’habiller et ton maquillage dénote plutôt d’un caractère qui en dit long sur ton devenir. La maitresse t’a déjà vue dans cette tenue ?
    Houria ébauche un mauvais sourire :
    - Oui, ne va pas me dire que tu me trouves trop sexy pour mon âge, nous allons toutes finir à la même enseigne.
    Excédée, Hakima s’empare de son sac et s’apprête à reprendre son chemin. Houria lui met une main sur son épaule :
    - Tu me présenteras cet homme, n’est-ce pas ma chérie ? Nous allons, disons que nous allons le déplumer à tour de rôle.
    La jeune fille est stupéfaite devant l’arrogance sans scrupules de Houria. Elle allait riposter, mais sachant que tout argument était vain devant une telle fille, elle se dégage et rentre à l’intérieur de l’institution. Houria la suit des yeux, avant de tirer sur sa jupe, et de ramasser ses cheveux. Elle jette un coup d’œil à son reflet dans une petite glace de poche, et jugeant que toute trace de maquillage avait disparu, elle se décide enfin à rentrer.
    Quelques semaines passent. Hakima avait repris ses études, et pour rattraper le temps perdu, elle avait demandé à ses enseignants de lui refiler les leçons qu’elle avait ratées. Elle se met à travailler d’arrache pied, et ne tarde pas à rattraper le temps perdu.
    Une année passe, puis une autre. Les examens du baccalauréat approchaient, et la jeune lycéenne redoublait d’ardeur dans son travail. Elle se savait compétente dans plusieurs matières, mais rien qu’à la pensée d’échouer, elle en perdait le sommeil. Sa “maman” voulait la voir réussir dans ses études et dans sa vie. Elle en avait fait le serment. Il ne faut plus hésiter, ni reculer.
    Fidèle à sa promesse, elle rendait de temps à autre visite à ses amis de l’hôpital, et rencontrait Athmane, avec qui elle entamait de longues conversations. Ce dernier l’aidait de son mieux à comprendre certaines leçons, et lui passait des livres qu’elle n’aurait pas pu se permettre.
    Il venait d’être nommé dans un service, et pensait se lancer dans une spécialité. Hakima admirait son abnégation, et la patience qu’il déployait envers elle.
    Elle se confiait souvent à lui, et demandait conseil lorsqu’elle hésitait à prendre une décision.
    Il fut ce “grand frère” et cet ami fidèle, qui ne lésina sur aucun effort pour l’aider. Grâce à son soutien, et à un travail sans relâche, elle put décrocher enfin, le fameux diplôme qui lui ouvrira des horizons nouveaux et prometteurs.
    Mais sa joie sera de courte durée. Elle était major de promo, et avait raflé les meilleures notes de son lycée. Seulement que va-t-elle devenir maintenant ?

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  21. Artisans de l'ombre Dit :

    22eme partie

    LE DESTIN DES UNS ET DES AUTRES
    L’orphelinat n’était plus pour elle qu’un passé. Elle avait bouclé ses 18 ans, et devait de ce fait quitter les lieux et se débrouiller par ses propres moyens. On lui avait donné des indications et l’avait orientée vers d’autres institutions, où elle pourrait résider momentanément en attendant de trouver un travail et de faire sa vie.
    Le jour de la remise des diplômes, elle se confia à Athmane :
    - Je… Je veux te demander ton avis Athmane…
    -Oui… Bien sûr… Mais à quel sujet… ?
    - Je… Je ne sais plus quoi faire…
    Athmane sourit :
    - Tu es émue… Cela se comprend… Tu viens de décrocher le bac avec la meilleure mention, et tu te demandes si tu iras de l’avant ou t’arrêter là.
    Elle pousse un soupir :
    - Tu l’as compris. Je ne pourrai jamais faire des études supérieures… Veux-tu m’aider à décrocher un petit job, en attendant que je trouve où loger.
    Athmane demeure bouche bée :
    - Tu divagues ou quoi… ? Et tes études… ?
    Hakima est confuse. Elle s’attendait à cette question, mais ne savait pas quoi répondre. Elle demeure silencieuse, et Athmane reprend :
    - Ne me dis pas que tu vas tout balancer, pour aller bosser comme
    » bonne à tout faire » chez les gens.
    - Il n’y a pas de sot métier Athmane… Je dois gagner ma vie. Bonne à tout faire vaut bien mieux que bonne à rien faire… Je peux donner des cours, faire des courses, garder des enfants, faire la cuisine…
    - Arrête donc avec tes sornettes… Tu ne feras rien de tout cela. Tu vas entamer le cycle supérieur de tes études.
    Hakima ébauche un sourire triste :
    - Facile à dire. Je vais faire des études qui demandent de l’argent. Avec quoi je vais me payer mes livres ? Avec quoi je vais subsister durant de longues années ?
    - Mais tu vas résider dans une cité universitaire. Quant à autre chose, n’oublie pas que tu vas avoir une petite bourse d’études. Certes elle n’est pas très consistante, mais étant donné que le gîte et le couvert sont déjà assurés, tu pourras faire face à tes menues dépenses, sans trop de mal.
    - Tu sais bien que je ne pourrais jamais faire face à toutes les dépenses. Le cursus universitaire demande de la recherche, et beaucoup de déplacements, sans compter les autres frais d’études…
    Athmane se passe une main dans les cheveux :
    - Hakima, ce serait une folie d’abandonner maintenant. Tu es promise à un bel avenir. Certes cela va s’avérer dur, mais pas impossible. D’ailleurs tu ne m’as pas encore dit ce que tu veux choisir comme branche d’études après le tronc commun.
    - Moi-même je ne le sais pas encore. J’hésite entre la littérature et les sciences de l’information et de la communication.
    - Bien… Je te suggère donc de prendre le temps de réfléchir. Passe me voir à l’hôpital lorsque tu auras pris une décision définitive. Nous en rediscuterons. Mais ce que je n’admets pas par contre, c’est de te voir abandonner. L’échec n’est pas pour toi. Quels que soient tes arguments, je ne te laisserai jamais abandonner tes études.
    Hakima passe une semaine à réfléchir. Tout compte fait, Athmane avait raison. Elle savait qu’il ne voulait que son bien.
    Elle sentit son cœur se pincer. Sa « maman » voulait la voir réussir et heureuse dans sa vie. Un vœu qu’elle devrait respecter… Mais comment ? Comment faire face à toutes les charges pour entamer des études supérieures et les mener jusqu’au bout ?
    N’en pouvant plus, elle passe à l’hôpital voir Athmane. Seul ce dernier pourra la réconforter. Il lui avait déjà donné son avis sur cette question. Mais elle préfère encore en reparler avec lui, avant de se décider. Dans la discussion jaillit la lumière… !
    Elle arrive à l’hôpital juste au moment où Athmane terminait sa garde et s’apprêtait à quitter le service. Il parut tout d’abord surpris de la voir, puis se ravisa et la fit asseoir, avant de lui proposer un thé.

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  22. Artisans de l'ombre Dit :

    23eme partie

    Hakima ne semblait pas à l’aise, et il comprit les raisons de ses préoccupations :
    - Alors qu’as-tu décidé ?
    La jeune fille relève les yeux et lance :
    - Je vais opter pour les sciences de l’information et de la communication.
    - Tu veux dire le journalisme ?
    - Oui, je veux devenir journaliste… Mais cela ne veut pas tout dire… La communication de nos jours s’avère un domaine très vaste et nécessaire pour l’évolution technologique. Il n’y a rien qu’à voir les effets du mangement et du marketing.
    Athmane sourit :
    - Tu as fait un très bon choix… Je suis heureux de constater que tu redeviens raisonnable.
    Hakima baisse les yeux :
    - La partie ne va pas être facile à gagner. Athman. Je ne suis qu’une orpheline. Une enfant assistée. Je n’ai personne pour m’aider à entamer mon processus universitaire… Je vais tenter de dénicher un petit “job” pour faire face aux dépenses et…
    Athmane lève la main dans un geste de protestation :
    - Ne dis plus rien ! L’essentiel pour toi est que désormais tu sais à quoi t’en tenir… Heu… je vais te proposer un petit “job” si c’est ce que tu veux.
    Hakima relève la tête, les yeux brillants de curiosité :
    - Hein… Tu as trouvé quelque chose… ?
    Athmane sourit et s’approche d’elle :
    - A quoi servent les amis, si ce n’est pour s’aider ?
    Elle sourit :
    - Tu m’as déjà beaucoup aidée Athmane. Tu as fais pour moi ce qu’un frère aîné ne ferait pas pour sa propre sœur…
    - Chut ! Ne rajoute rien… Ecoute plutôt ce que je vais te dire.
    - Oui… ?
    - Dès demain tu te rendras à cette adresse.
    Il exhibe une carte de visite de sa poche et la lui tendit :
    - M. Malek N. C’est un industriel qui habite la banlieue. Il est marié et a deux enfants. Une fille d’une dizaine d’années et un garçon de 14 ans…
    - Ah…Tu veux que je donne des cours c’est ça… ?
    Athmane pousse un soupir :
    - Non seulement tu vas leur donner des cours, mais la fillette est trisomique et a besoin d’être surveillée lorsque ses parents s’absentent. J’ai connu M. Malek dans cet hôpital, alors qu’il nous ramenait cette pauvre enfant pour des soins en pédiatrie.
    Un jour, il s’est ouvert à moi pour se confier et me raconter ses “misères”. Cet homme est riche comme Crésus. Mais vois-tu Hakima, même lorsqu’on a de l’argent et une famille, cela ne veut pas dire qu’on est à l’abri des coups du sort.
    - Heu… Si je comprends bien, ce monsieur veut quelqu’un pour tenir compagnie à sa fille et
    l’aider.
    - C’est un peu ça… Mais pas seulement… Le garçon aussi aurait besoin d’aide. Il est nul à l’école et risque de rater sa scolarité… C’est un enfant trop gâté qui ne pense qu’à s’amuser et à épater son entourage.
    - Et la maman ?
    - Hum… Je ne devrais peut-être pas te dévoiler l’intimité d’une famille, qui se cache derrière les apparences… Mais il est de mon devoir de te prévenir que la maman ne s’occupe que de sa propre personne… C’est une femme sans scrupule et sans cœur… Comme toutes les femmes riches, elle passe son temps dans les salons de beauté et les réceptions mondaines, quand ce ne sont pas les voyages qui l’accaparent. Tu vois un peu le portrait. M. Malek me fait de la peine. C’est un homme très sensible et très généreux. De temps à autre, il fait des dons pour les orphelinats et les hôpitaux et nous aide même à obtenir des médicaments de l’étranger. Cet homme n’a pas choisi son destin certes, mais il ne mérite pas non plus ce qui lui arrive.
    Hakima demeure bouche bée un moment. Il y a donc des enfants qui sont malheureux même au sein de leur propre famille. Ces enfants ne connaissent pas l’affection ni l’amour maternel. Elle se plaignait de sa situation, et voilà qu’elle découvre un autre monde. Un monde plus cruel, plus insensible.Elle regarde Athmane avant de dire :
    - Je crois deviner tes intentions…Tu veux que je m’occupe de ces enfants ?
    - Tout à fait… Mais pas pleinement. J’ai proposé à M. Malek un marché.
    - Hein… Comment ça un
    marché ?
    - Eh bien… Je lui ai parlé tout d’abord de toi…Je…je…ne lui ai rien caché à ton sujet afin de ne pas le brusquer…Et cela n’a pas paru le gêner. Il était tout bonnement très heureux d’avoir trouvé quelqu’un pour s’occuper de ses enfants… Mais je lui ai expliqué que tu devrais entamer des études, alors il a consenti à ce que tu établisses toi-même un emploi du temps afin de concilier ton travail et tes études…

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  23. Artisans de l'ombre Dit :

    24eme partie

    Hakima ecarquille les yeux :
    - Et, et il a… Il a accepté ?
    - Bien sûr, il est pressé de te rencontrer.
    Hakima marque un moment d’hésitation qui n’échappa pas à Athmane :
    - Quoi cela ne t’arrange pas?
    - Non, non… Il y a juste…
    - Qui y a-t-il ?
    - Tu sais bien que je ne me suis pas encore inscrite à l’université.
    - Le problème ne se pose plus, puisque les inscriptions viennent à peine de commencer. Nous avons encore du temps devant nous.
    - Je sais, mais… Enfin vois-tu Athmane, je ne peux pas encore connaître mon emploi de temps et je ne veux pas te décevoir non plus. Quand devrais-je commencer ce boulot chez M. Malek ?
    - Tu acceptes donc ?
    Hakima hausse les épaules :
    - Ai-je d’autre choix?
    - Tu n’en as absolument pas, mais je peux t’assurer que tu as beaucoup de chance ma chère. Un “job” de nos jours, ça ne court pas les rues.
    - Je t’en suis reconnaissante Athmane, mais je ne pourrais donner mon consentement définitif, sans avoir rencontré ce M. Malek et ses enfants. Au fait, sa femme est-elle au courant ?
    Athmane la regarde :
    - En quoi cela t’importe t-il ?
    - Cela m’importe beaucoup, je n’aimerais pas me retrouver dans une maison, à garder des enfants, alors que la maman n’est même pas au courant.
    Il sourit :
    - Tu as peur qu’elle te prenne pour une intruse qui va lui chiper son mari ?
    À ces mots, Hakima devient écarlate. Elle se rappelle d’un coup ce qui s’était passé deux années auparavant, alors que sa “maman” l’avait emmenée chez elle un week-end. Elle tremblait encore de rage, rien qu’a l’idée d’avoir pu être violée ce jour-là par un homme sans foi, ni loi. Elle relève brusquement la tête et lance :
    - Je n’aimerais pas servir de bouc émissaire à une situation familiale qui ne semble pas des meilleures.
    Athmane met une main sur son épaule :
    - Ne t’inquiète donc pas, M. Malek n’est pas né de la dernière pluie, il est intelligent et sait gérer sa “situation”. Si tu ne veux pas t’y rendre seule, nous irons ensemble lui rendre visite dès que tu seras libre, et tu verras que tu ne pourras pas tomber sur un “job” aussi simple et aussi bien rémunéré.
    - Vous avez discuté aussi de rémunération ?
    - Bien sûr, tu crois que je te laisserais faire l’esclave Hakima? J’ai spécifié à cet homme que si tu devais travailler, c’est parce que tu en avais grandement besoin. Il était plutôt content de tomber sur une fille jeune et instruite pour prendre en charge ses enfants, et il n’a pas lésiné pour proposer un cachet assez consistant.
    Hakima se tut. Un volcan grondait en elle. Va-t-elle encore hésiter ? Athmane s’est donné tellement de mal pour elle. Et elle était encore indécise, alors que ce boulot lui permettrait de réaliser ses rêves. Elle pousse un soupir qui n’échappa pas à son ami.
    - Alors ? Toujours hésitante ?
    Elle lève une main comme pour se protéger :
    - Je vais tenter l’aventure.
    - Tu ne le regretteras pas…
    - Je l’espère…
    Je suis certain que tu t’y plairas chez M. Malek. Heu, j’ai oublié de te dire qu’il possède une bibliothèque qui te fera bondir de joie.
    Elle sourit :
    - Tu crois que j’aurais le temps de lire ?
    - Mais tu en auras besoin. Que tu le veuille ou pas, tu vas devoir te documenter pour tes études. N’est-ce pas là une autre opportunité pour toi ?
    Elle rit :
    - Tu as pensé à tout Athmane.

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  24. Artisans de l'ombre Dit :

    25eme partie

    Dans un élan d’affection, elle se jette dans ses bras. A ce moment précis, une jeune femme fit irruption dans la salle. Elle reste interdite un moment et Athmane se dégage de l’étreinte et se retourne vers l’intruse :
    - Ah ! Te voilà Nesma… Je pensais que tu n’allais jamais arriver… Je viens de terminer mon service.
    - Je vois…
    - Heu… Je te présente Hakima, la fille dont je t’ai parlé…
    La jeune femme lance à la jeune fille un regard où se lisaient mille et une questions, avant de s’approcher d’elle :
    - Bonjour Hakima. Athmane n’a cessé de faire tes éloges… si bien que je voulais te rencontrer…Voilà c’est fait. Et je crois qu’en termes d’éloges, il ne s’est pas mépris sur ta beauté.
    - Merci… mais…
    Elle jette un coup d’œil interrogateur à Athmane, qui s’empresse de lancer :
    - Hakima, je te présente Nesma, ma fiancée. Elle est pharmacienne…
    Bien qu’elle ne veuille pas laisser ses sentiments s’exprimer, ou la dominer, Hakima sentit un pincement. Une jalousie naissante peut-être. Elle se reprit vite avant de dire :
    - Je suis heureuse de vous rencontrer Nesma… Mais contrairement à ce que vous venez de m’apprendre, Athmane ne m’a jamais parlé de vous.
    Athmane toussote :
    - Nous n’avons pas eu le temps Hakima, tu le sais bien… Et puis, je voulais t’inviter à mes fiançailles…
    Elle hoche la tête :
    - Tu ne pouvais mieux me surprendre (elle sourit). Nesma est une jolie femme, et vous formez une beau couple tous les deux…Tu es médecin, elle est pharmacienne. C’est un bon calcul…
    - Un bon calcul !?
    - Oui. Les patients sortiront de ton cabinet pour se rendre dans son officine…
    Ils éclatèrent de rire. Et Nesma lance :
    - J’ai faim… N’aimeriez-vous pas vous joindre à nous pour le déjeuner Hakima ?
    - Heu… non…j’en aurais été heureuse, mais j’ai tant de choses à faire. Je dois avant tout préparer mon dossier d’inscription à la fac, et…
    - Ce n’est pas la fin du monde Hakima. Je ne sais pas si je pourrais faire quelque chose pour toi, mais si c’est le cas, n’hésite pas à me le demander.
    Hakima sentit sa gorge se nouer. Cette femme est sincère. Même si un grain de méfiance s’est immiscé dans leur première rencontre, Nesma était ce genre de femme qui inspirait confiance au premier coup d’œil.
    - Merci, merci beaucoup… Athmane m’a déjà beaucoup aidée, et je ne vais plus vous importuner.
    - Attends un peu !, s’écrie Athmane, alors qu’elle se dirigeait vers la sortie. Nous n’avons pas encore fini notre discussion.
    - C’est bon Athmane. Dis à M. Malek que je prendrai le poste, mais que j’exigerai une période d’essai afin de me prouver à moi-même que je ne me suis pas trompée.
    - Bien… Je vais l’informer aujourd’hui même, mais dès que tu en termineras avec ton inscription, reviens m’en informer afin que je puisse nous fixer un rendez-vous chez cet honorable homme.
    - Bien entendu Athmane….
    Elle jette un coup d’œil à Nesma :
    - Nesma pourra aussi nous accompagner…
    - Heu… Je ne pourrais pas… Je suis trop prise par mon travail.
    - Vous venez à peine de me proposer votre aide…
    Elles rirent, et Nesma, détendue, lui prend le bras :
    - Athmane ne s’était pas trompé sur ton compte. Tu es une adorable fille Hakima, et je regrette de ne pas t’avoir rencontrée plus tôt.
    - Moi aussi Nesma, mais Athmane ne m’a jamais parlé de toi, et je lui en veux ….
    Athmane lève la main et l‘interrompt :
    - Conviens-en Hakima, nous n’avons pas eu l’occasion… Tu étais tellement occupée ces derniers temps que j’ai préféré t’en faire la surprise.
    - Mais finalement, ce n’est pas toi qui l’a faite, c’est Nesma elle-même.
    - Peu importe, maintenant que vous vous connaissez, je ne vais pas trop m’immiscer. Débrouillez-vous pour vous voir et vous rencontrer quand vous voudrez, et de grâce épargnez-moi vos problèmes de femmes.
    - Mais de quoi veux-tu donc parler Athmane, s’écrie Nesma, Nous venons à peine de nous connaître, Hakima et moi, que tu veux déjà nous tourner le dos.
    Il fait un clin d’œil à la jeune fille avant de poursuivre :
    - Je sais de quoi je parle…

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  25. Artisans de l'ombre Dit :

    26eme partie

    Hakima rougit et eut honte d’elle-même, Athmane a dû surprendre son air contrarié lorsque ses yeux avaient croisé ceux de Nesma.
    - Ne t’en fait donc pas mon cher ami… Mon avenir occupe largement mon esprit, et même mes conversations ne pourraient porter que sur mes études.
    Ils se quittèrent et Hakima s’empressa de s’inscrire à l’université et se prépara à quitter définitivement l’orphelinat. Certes, elle n’avait pas encore réglé le problème de son hébergement à la cité universitaire, mais cela ne saurait tarder puisque Athmane lui avait confirmé que le problème ne se poserait pas.
    Elle se met donc d’emblée à préparer ses affaires et se demanda si un jour elle reviendrait dans cet institution afin de se remémorer les années de son enfance. Elle eut une pensée pour sa “maman”, et en ressentit plus que jamais son absence.
    Elle versa quelques larmes, puis se calma. Après tout, elle ne pouvait rien changer à son destin. La providence avait tout de même mis sur son chemin des gens comme Athmane et Nesma. Elle n’était pas seule… Elle ne cessait de se répéter que d’autres filles dans son cas avaient “virées”. La glissade était facile… Très facile pour celles qui se laissent entraîner. Houria rentrait tous les soirs très tard… Elle fumait, buvait, fréquentait des endroits mal famés, et maintenant, elle ne cache plus son jeu. On lui avait déjà intimé l’ordre de quitter les lieux au plus vite et elle a avoué au responsable de l’institution qu’elle travaillait dans un “restaurant” et que son patron voulait la demander en mariage.
    Elle avait 20 ans, mais en paraissait bien plus. Son maquillage extravagant et ses tenues trop “voyantes”, la faisaient paraître bien plus vieille. Hakima se rappelait du jour, où en revenant de l’hôpital, elle l’avait surprise en train d’essuyer son rouge à lèvres rouge sang à l’entrée de l’orphelinat. Peut-être que personne ne s’était douté à l’époque, mais Hakima avait déjà flairé le parfum. Houria était déjà partie… et bien partie.
    Une semaine passe et Athmane vint chercher Hakima pour la présenter à Malek l’industriel. Elle s’empressa de l’accompagner et fut surprise de découvrir que l’idée qu’elle s’était faite de l’homme était totalement fausse.
    Malek était la sagesse elle-même. Il accueille Athmane avec un large sourire et embrassa Hakima sur les deux joues. Un geste affectueux et paternel que Hakima apprécia. Rien en lui ne dénotait la malice ou l’hypocrisie. Bien au contraire, l’homme semblait très ouvert d’esprit et très réceptif.
    La maison était vaste et bien entretenue. Dans le grand couloir où trônait une console en marbre, des plantes étaient disposées et donnaient à l’entrée un air gai.
    Ils pénétrèrent dans un salon luxueux et Malek leur fait servir des boissons fraîches, avant de faire venir sa fille Dalila.
    La petite trisomique, toute souriante, vint tout bonnement se blottir contre Hakima.
    - J’avoue que je n’y comprends plus rien. D’habitude, ma malheureuse fille fuyait à la vue d’un étranger…
    - Les enfants savent reconnaître les personnes, dit Athmane ému… Ils savent ressentir la profondeur de leur personnalité.
    Dalila souriait toujours et Hakima passe une main caressante sur sa chevelure soyeuse :
    - Nous deviendrons de grandes amies à coup sûr.
    - J’en suis certain… Et j’espère que ça sera aussi le cas pour mon fils Sofiane.
    - Où est-il donc notre jeune homme. ?
    - Il joue au tennis. Il ne va pas tarder à rentrer.
    À ce moment précis, la porte du salon s’ouvre, et un jeune garçon à peine sortie de l’enfance, fait son entrée et demeure bouche bée un moment avant de demander :
    - Qui sont ces gens père ?
    Malek se racle la gorge :
    - Euh… Viens d’abord les saluer fiston. Je te présente Athmane et Hakima.
    Hakima va s’occuper de Dalila et de toi.
    - Je n’ai pas besoin qu’on s’occupe de moi.
    - Je sais… Mais on a toujours besoin d’un plus grand que soi-même pour nous conseiller.
    Sofiane lance un coup d’œil meurtrier à Hakima qui ne broncha pas, puis tourna les talons pour quitter les lieux :
    - Attends donc, je n’ai pas fini de parler.
    Le jeune garçon referme la porte derrière lui sans répondre. Malek se laisse tomber sur un sofa :
    - Voilà le résultat d’une éducation non assumée.
    - Ce n’est rien. Je saurais lui parler. Il est juste un peu intimidé.
    - Non ma fille. Sofiane n’est pas timide. Il est malheureux. Il souffre de l’absence de sa mère…

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  26. Artisans de l'ombre Dit :

    27eme partie

    Il pousse un soupir :
    - Ma femme est une égoïste qui ne pense qu’à sortir, à voyager et à s’amuser. On ne la revoit à la maison que lorsqu’elle ressent le besoin de renouveler sa garde-robe ! Une calamité !
    Il se passe une main dans les cheveux avant de poursuivre :
    - Je m’en veux à mort d’avoir laissé les choses prendre une telle ampleur. J’aurais dû réagir bien plutôt. Lorsque Sofiane est né, j’étais si heureux que je n’ai pas cherché à comprendre. Ma femme a été jusqu’a réclamer une nurse pour s’occuper de lui, alors que le bébé avait plus que jamais besoin d’elle. Je n’y avais vu que du feu, alors que la réalité sautait aux yeux. Je suis un faible… Un homme faible… Je ne vais pas vous relater la suite. Devinez ce qu’elle aurait pu faire, en apprenant que sa fille était trisomique…
    Athmane lui tapote l’épaule :
    - Le passé est passé. Malek… Je ne vais pas te bercer d’illusions, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. Tu as pensé à ramener une femme pour s’occuper de tes enfants, et Hakima est là maintenant. Elle est douce, affectueuse et même si elle ne saura pas combler le vide que leur fait sentir leur mère, tes enfants ne seront pas malheureux avec elle.
    - Je n’en doute pas et je t’en suis reconnaissant Athmane.
    - Oh ! je n’ai fait que ce qu’il fallait. Hakima va bientôt entamer ses études supérieures et a besoin de ce “job” pour faire face à toutes les charges que cela suppose.
    - Je ne vais lésiner sur aucun effort pour l’aider. Et je suis certain qu’elle saura prendre soin de Dalila.
    L’enfant semblait calme et heureuse entre les bras de Hakima. Cette dernière, émue aux larmes, l’avait serrée contre elle. L’image était si émouvante que Malek s’essuie les yeux :
    - Je n’ai pas vu ma fille aussi heureuse depuis si longtemps. Vous êtes une bénédiction de Dieu Hakima.
    La jeune fille caresse le petit bras que Dalila lui tendait :
    - Je me sens moi aussi heureuse M. Malek.
    - Quand est-ce que pourriez vous revenir Hakima ?
    La jeune fille se met à réfléchir :
    - Je ne sais pas encore… Je vais devoir me dénicher un “lit” à la cité universitaire, avant de penser à commencer mon travail.
    Malek se lève et prend son portable :
    - Je vais vous régler ce problème tout de suite. Mon ami Hamza a une fille qui entame un processus universitaire cette année. Le problème d’hébergement ne s’était pas posé pour elle, car il a des relations haut placées. Nawel a pu avoir une chambre à elle seule dans la cité U. Mais à ce que j’ai compris, c’est une fille qui n’aime pas trop la solitude et son père m’a avoué qu’il voulait qu’elle soit avec une autre fille de son âge. Heu… Elle est une autre victime du destin. Nawel est orpheline de mère…
    - Oh ! Je suis désolée…
    - Vous n’avez pas à l’être, puisque vous êtes la compagne idéale. Nawel sera aux anges et son père aussi.
    Chose dite, chose faite. En un quart d’heure, Hakima est rassurée. Elle aura son “lit” et dans une chambre à deux. Un privilège que n’auraient pas les autres étudiantes.
    - Je vous en suis infiniment reconnaissante M. Malek.
    - C’est moi qui le suis. Vous avez rendu le sourire à Dalila. J’ai longtemps rêvé de ce moment. Si longtemps que j’ai fini par croire qu’il n’arrivera jamais.
    Athmane jette un regard à sa montre et se lève :
    - Il est temps pour nous de partir. Je suis de garde ce soir.
    - Bien. Donc. Je ne vais pas vous retenir davantage. Hakima, la maison est à vous, revenez quant il vous plaira, et surtout tenez-moi au courant de vos préoccupations…
    - Merci. Je vais tenter de planifier mon emploi de temps afin de tracer un planning qui arrangera tout le monde.Elle se lève et Dalila s’accroche à elle. Hakima se baisse et se met à sa hauteur :
    - Je reviendrais ma chérie. Je reviendrais bientôt. Et nous allons faire beaucoup de choses toutes les deux.

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  27. Artisans de l'ombre Dit :

    28eme partie

    Les yeux bridés de l’enfant se plissèrent et deux longues larmes mouillèrent ses joues.
    - Oh ! ne pleure pas mon ange… Aller viens… Montre-moi donc ta chambre.
    - Au fond du couloir, à gauche, lance Malek d’une voix étranglée.
    Hakima n’eut pas du tout besoin de chercher car l’enfant l’y conduisit. Elle ouvrit la porte et se retrouva dans le sanctuaire de Walt Disney.
    La chambre était une merveille de décoration. Tout de rose recouverte, elle était une véritable caverne d’Ali Baba… Des jouets coûteux traînaient çà et là, des cahiers de coloriages, des crayons de couleur, des livres pour enfants…
    - Ta chambre est très jolie Dalila…
    L’enfant la tire par le bras :
    - Takima…
    - Heu… Hakima… Essaye de prononcer mon nom.
    - Takima… répète l’enfant tout en continuant à la tirer par le bras. Elle l’entraîne devant la bibliothèque qui faisait le coin et tendit son index vers le haut des étagères :
    - “Parbie”…
    Hakima comprit :
    - La Barbie… Tu veux ta Barbie ?
    Elle prend la grande poupée aux longs cheveux blonds et la tendit à la fillette. Mais cette dernière la lui rendit :
    - Quoi ? Tu veux me l’offrir ma chérie. Oh, comme tu es gentille !
    Elle s’abaisse et dépose une bise sur la joue de l’enfant :
    - Nous allons conclure un marché… Je vais laisser la poupée chez-toi et tu vas me la gardera… Lorsque je reviendrais nous allons jouer ensemble avec…
    La fillette parut satisfaite et s’allonge de tout son long sur son lit. Elle regarde Hakima et cette dernière vint la border. L’enfant ne tarda pas alors à fermer les yeux et à s’endormir.
    Hakima se lève et ressortie de la chambre sur la pointe des pieds.
    Dans le couloir, elle rencontre Sofiane, qui recule d’un pas à sa vue :
    - Alors jeune prodige, on a peur d’une sœur aînée ?
    - Je n’ai pas de sœur aînée, je suis l’aîné de la famille et le deuxième homme après mon père dans cette maison.
    - Hum… Quel vaniteux tu fais !
    Le jeune garçon rougit jusqu’à la racine des cheveux. Puis lance d’une voix rageuse :
    - Mais vous vous prenez pour qui donc ? Vous n’êtes ni ma sœur ni ma mère, pour me faire de telles remarques.
    - Je suis certaines que ta mère n’a même pas le temps de te parler… Le problème qui se pose chez toi Sofiane, c’est que tu veux être un homme tout de suite et…
    - Mais je suis déjà un homme… Dois-je encore te répéter qu’après mon père c’est…
    - ça va j’ai appris la phrase, tu es l’homme de la maison…. Heu… À ma prochaine visite, je te ferai découvrir comment être un homme, il y a un beau poème d’Edward Kipling qui le décrit si bien, qu’on a l’impression que tous les hommes sur cette terre ne sont rien que des mâles.
    - Gardez ces “foutaises” pour vous… Moi je n’ai ni l’âge ni le temps de lire des poèmes, et encore moins de les comprendre.
    Hakima s’approche de Sofiane, et ce dernier recule encore :
    - Ne me touchez surtout pas. Je viens de prendre ma douche.
    - Je n’ai pas la lèpre, tu sais Sofiane !
    - Hein ? C’est quoi la lèpre ?
    - Ah ! Ah ! Ah !… À ce que je viens te comprendre dans cet entretien tu connais tout, tu sais tout faire, et personne n’a plus rien à t’apprendre. Comment cela fait-il que tu ne connais pas la lèpre ?
    - Heu… C’est un mal… ?
    - Une dangereuse et très contagieuse maladie. Tu as tout de même deviné que c’est un mal… (Elle soupire ) Tu es un garçon très intelligent Sofiane… Et… Je crois deviner les raisons de tes mauvais résultats à l’école…
    Le garçon la contemple un moment en silence. Il était grand, et la dépassait d’une bonne tête. Mais son air de jeune premier renseignait largement sur son âge et son immaturité.
    - Tu as quel âge… demande-t-il à Hakima en se permettant de la tutoyer.
    Hakima sourit :
    - Une bonne question enfin… J’ai quatre année de plus que toi.
    - Et tu veux faire mon éducation ?
    - Hum… Arrogant en plus… Je ne veux pas faire ton éducation, tu es déjà un homme accompli n’est-ce pas ?…

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  28. Artisans de l'ombre Dit :

    29eme partie

    29eSofiane baisse les yeux, puis la tête, et garde le silence. Hakima lui relève le menton, mais il se dégage d’un geste rageur et court se réfugier dans sa chambre. Cependant Hakima avait eu le temps de remarquer les larmes qui brillaient dans ses yeux.
    Le jeune garçon était loin d’être un idiot. Mais tout comme sa sœur, le manque affectif maternel avait fait de lui un adolescent agressif, doté d’un complexe d’infériorité à souhait. Elle n’avait plus rien à apprendre à ce sujet, étant donné qu’elle-même en était une victime. Mais pour elle, les données étaient bien différentes. Elle a su redresser à temps la barre, avant que le bateau ne coule. Mais combien sont-ils dans l’état de Sofiane et de Dalila à attendre un geste salvateur qui leur permettrait de renaître de leurs cendres ?
    Elle entendit des pas et remarqua que Athmane l’attendait au seuil du portail. Malek lui montrait quelque chose, et les deux hommes se retournèrent vers elle :
    - Je pensais que tu avais oublié ma présence, lui lance Athmane avec un regard désapprobateur. Tu sais bien que je travaille.
    Hakima lève la main :
    - Toutes mes excuses, je suis fautive au plus haut point, mais la petite Dalila ne voulait plus me lâcher et j’ai eu une petite discussion avec Sofiane.
    - Hein, mon fils a consenti à vous parler ? demande Malek avec étonnement.
    - Disons que je lui ai un peu forcé la main. En réalité, il a un bon fond et il est très intelligent. Hélas, il y a un vide en lui qu’il n’arrive pas à combler.
    Malek baisse les yeux :
    - Si vous avez pu comprendre tout ça dès cette première entrevue, c’est que vous êtes vraiment douée pour aider mes deux enfants. C’est Dieu qui vous a orientée vers eux.
    Athmane ouvrit le portail d’entrée :
    - Vous aurez l’occasion de rediscuter de tout ça une autre fois. Mes patients doivent s’impatienter.
    Hakima ébauche un sourire :
    - Bien joué Athmane, il n’y a pas plus patient qu’un patient, mais lorsque ce dernier s’impatiente, c’est qu’il y a vraiment le feu. Au revoir M. Malek, je reviendrais très bientôt pour les enfants.
    Ils prirent congé et Athmane déposa rapidement Hakima devant l’orphelinat, avant de rejoindre son poste. Il se faisait déjà tard et la jeune fille se met à repenser aux derniers évènements qu’elle venait de vivre.
    La société était cruelle. Les gens ne se comprenaient pas et ne prenaient pas la peine de se comprendre. Les uns couraient après le matériel, les autres après le prestige et d’aucuns ignoraient jusqu’à leur entourage. Les enfants de Malek étaient adorables, mais déséquilibrés. Elle aurait aimé rencontrer tout de suite cette mère indigne qui était la leur et qui ne prenait même pas la peine de leur adresser la parole. Malgré sa bonne volonté, Malek ne pouvait accomplir les deux tâches essentielles sur lesquelles se basait l’avenir de chaque enfant.
    La nature avait bien réparti les choses et chaque parent avait un devoir, voire une obligation auprès de ses enfants.
    Elle se rappelle que son problème d’hébergement était réglé et remercie la providence d’avoir mis sur son chemin un peu de chances. Maintenant, il ne lui reste plus qu’a quitter l’orphelinat et pour toujours.
    Elle se met à ramasser quelques affaires dans un grand sac, puis remet quelques livres et cahiers de classe qui ne pouvaient plus lui servir sauf à quelques lycéennes qui comme elle ne vivaient que de la charité des autres.
    Il faut bien penser à aider plus démuni que soit, se dit-elle en s’allongeant sur son lit.
    Elle s’endormit et n’ouvrit les yeux qu’au son de la porte de la chambre qui s’ouvrit sur une silhouette. Elle tâtonne et s’empare de sa montre bracelet pour constater que la nuit était déjà bien avancée.
    Une odeur de sueur, d’alcool et de parfum bon marché se répandit dans la pièce où dormaient deux autres filles.
    Hakima s’assit sur son lit et chuchota :
    - C’est toi Houria ?
    Un petit rire ironique se fit entendre puis une voix entrecoupée :
    - Tu, tu ne dors pas Hakima. Il est bien tard tu sais ?

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  29. Artisans de l'ombre Dit :

    30eme partie

    Hakima met une main sur son nez afin de ne pas sentir davantage les odeurs mêlées qui écorchaient son odorat.
    - Ah ! tu te rends donc compte qu’il était tard Houria ! Et toi que faisais-tu dehors jusqu’à cette heure-ci ?
    - Ah ! ah ! Tu sais bien que je travaille. J’étais avec mon fiancé ?
    - Lequel ? Celui du mois dernier ou celui de la semaine dernière ? Ou c’est un tout nouveau-né ?
    - Tu exagères ma chère ! (Elle hoquette). J’ai qu’un seul… Un seul fiancé. C’est le patron du bar. Il m’a présenté ce soir à des gens bien comme il faut. Ils étaient tous très sympas. Hakima ne savait plus si elle devait rire ou pleurer. Houria était déjà engloutie par une spirale sans fond dont elle ne pourra plus jamais remonter.
    Ses mauvaises fréquentations faisaient d’elle le bouc émissaire de toute l’institution. Elle avait déjà eu des différends avec les responsables et ces derniers parlent de l’envoyer dans une maison de rééducation pour jeunes filles.
    Pauvre Houria !… Pourra-t-elle se trouver un jour un homme bon et généreux qui pourra l’aider à changer de comportement et à redevenir une femme convenable ? Pour le moment la chose paraissait inimaginable.
    - Pourquoi fais-tu cela Houria ? Pourquoi ? Pourquoi ne te contentes-tu pas de travailler dans cet atelier de couture où tu as tant appris ?
    - Hum… Merci pour tes conseils maman. Elle se jette sur son lit toute habillée et poursuit :
    - Tu sais bien que je n’aime pas la couture.
    - Qu’aimes-tu alors ? Les bars, et ces vautours qui te tournent autour ?
    Houria fait un geste impatient de sa main, avant d’allumer une cigarette :
    - J’aime danser, m’amuser et ces gens avec qui je travaille, me payent bien. Regarde donc.
    Elle tendit sa main et Hakima constate qu’elle portait une jolie bague en or :
    - Qui t’a donné ça ? Et pourquoi l’as-tu acceptée ?
    - Cccchut !… Ne crie pas tu vas réveiller les autres. Je vais te le dire à toi car tu es une bonne fille.
    Elle se met à rire avant de poursuivre :
    - C’est ma bague de fiançailles. Redouane veut m’épouser. Que vais-je demander de plus ?
    Hakima pousse un long soupir :
    - Il ne t’épousera pas Houria. Il se moque de toi…
    - Non ! non ! Ne dis-pas ça. Tu es jalouse. Ce n’est pas gentil Hakima. Ce n’est pas gentil de me dire ça… Redouane m’aime et il va m’épouser.
    - On n’épouse pas une fille qu’on fait travailler tous les soirs dans des endroits mal fréquentés. Je t’en supplie Houria, sors de là, avant qu’il ne t’arrive malheur.
    - Cccchut ! Oiseau de mauvais augure. Il ne m’arrivera rien. Je serais la plus belle mariée de la saison… Et puis pour ce qu’on est, qu’a-t-on donc à perdre ?
    - Beaucoup… Ce n’est pas parce que nous sommes des orphelines que nous devrions badiner avec notre honneur.
    - Des orphelines… Ah ! ah ! ah… Des bâtardes oui… Nous sommes le fruit de liaisons illégales. C’est drôle, hein ! C’est drôle de parler d’honneur dans des cas comme le nôtre… Maintenant, si tu veux briser les tabous ma chère, commence par admettre déjà que si je me marie avec Redouane, je suis déjà sauvée.
    - Il ne t’épousera jamais, te dis-je ! Et même s’il le fait, ce serait plutôt dans son propre intérêt et pas dans le tien. Le jour, où ta beauté et ta jeunesse auraient totalement disparues, tu te retrouveras SDF. Où ira-tu alors ? Qui te prendra en charge ?
    Hakima n’aura pas de réponse, car Houria s’était endormi. La jeune fille se lève pour la couvrir et lui enlever le mégot de cigarette qui brûlait encore entre ses doigts. Elle la regarde un moment et eut pitié d’elle. Houria était en train de consumer sa vie, comme elle consumait sa cigarette. Bientôt elle ne sera plus qu’une loque. Ah ! les mirages de la vie… Et les promesses !

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  30. Artisans de l'ombre Dit :

    31eme partie

    Hakima ne put se rendormir cette nuit-là. Elle pleura de dépit et de rage en pensant à tous ces gens sans scrupules qui exploitent le malheur des autres.
    Deux semaines passèrent. Hakima était repassée plusieurs fois chez Malek pour voir les enfants et discuter avec eux.
    Elle rencontra au gré d’un pur hasard la maman de ces derniers, et n’eut aucun mal à reconnaître en elle l’irresponsabilité, l’inconscience et le laisser-aller, qui caractérisent les femmes de son espèce.
    Elle comprend plus amplement le désarroi des enfants et de leur père. La faiblesse d’un moment avait engendré tout un monde de conflits.
    Dalila s’habitua vite à elle, et ne la quittait pratiquement pas d’une semelle. Sofiane de son côté après avoir fait passer son orage sur elle lors de leur première rencontre, semblait revenir à de meilleurs sentiments.
    Il la saluait poliment, lui servait lui-même le goûter, et écoutait ses conseils. Loin de s’offusquer lorsqu’elle le réprimandait, il riait et demandait plutôt à assimiler des instructions qu’à l’école il n’arrivait même pas à suivre.
    Il était très doué pour les comptes, et tout comme son père, Hakima voyait en lui, un futur homme d’affaires. Mais cela ne le dispensait pas de rattraper le temps perdu, et sa scolarité, désastreuse jusqu’à ce jour, ne plaidait pas en sa faveur.
    Hakima lui avait ramené quelques ouvrages et l’avait aidé à voir plus clair dans certaines matières qu’il n’affectionnait particulièrement pas.

    L’université
    La rentrée universitaire arriva. Hakima qui s’était déjà installée dans sa chambre à la cité U fait la connaissance de Nawel, qui lui plut tout de suite. Cette dernière était une vraie beauté, mais son sourire triste n’arrivait jamais à illuminer son visage. Pourtant tout en elle la prédisposait à un bel avenir.
    La jeune fille déballe ses affaires, et Hakima l’aide à tout mettre en ordre dans leur chambre.
    Si la garde-robe de Nawel était des plus garnies, la sienne prenait à peine le dixième du grand placard encastré qui s’avéra tout de même insuffisant.
    - Tant pis, je vais demander à mon père de nous ramener une commode et d’installer des étagères et une table de travail.
    Hakima sourit :
    - Nous pourrons très bien nous débrouiller sans lui. Il suffirait de changer l’agencement des lits et de mettre les livres sur la bordure interne de la fenêtre.
    - C’est une bonne idée, mais mon père a de l’argent, et je n’aime pas le bricolage. Pour lui, je ne suis bonne qu’à demander de l’argent, alors je ne me gêne pas. D’ailleurs, dès qu’il me voit triste, il sort son chéquier.
    Elle rit amèrement :
    - C’est comme s’il pouvait m’acheter le “bonheur” avec un bout de papier.
    Hakima vient s’asseoir auprès d’elle et lui entoure les épaules :
    - Ne sois pas triste tout l’avenir est devant toi.
    Nawel la regarde curieusement :
    - C’est toi qui parle ainsi ? Ma fois je comprends maintenant pourquoi M. Malek fait ton éloge tout le temps, tu es une vraie philosophe.
    Hakima sourit :
    - Je cache le soleil avec un tamis.
    - Non, dis plutôt que tu le fais apparaître. Dalila et Sofiane n’ont jamais été aussi heureux qu’avec toi…
    - Ils ont besoin de la présence de leur mère.
    Elle soupire :
    - Je tente de minimiser les dégâts, mais le mal est déjà fait. Lorsque j’ai connu la maman, elle était si artificielle, et si distante, que j’avais l’impression d’avoir affaire à un mannequin en cire. Sa froideur n’a d’égale que les icebergs du pôle Nord.
    Nawel soupire à son tour :
    - Moi je n’ai même pas connu ma mère, elle est décédée alors que je venais à peine de boucler ma première année. Ma grand-mère m’avait prise en charge jusqu’à l’âge de 5 ans, puis après c’est la solitude de notre villa qui m’a moulée. Je suis solitaire de nature on dirait, je n’aime pas trop le monde que père ramène à la maison, alors je préfère le vide et le silence de ma chambre.
    D’ailleurs, c’est pour cela que je préfère résider dans une cité universitaire. Pourtant, je n’habite qu’à une dizaine de kilomètres de l’université.
    - Je comprends Nawel, j’espère que je, que nous pourrions nous entendre.
    - C’est déjà fait je crois.
    Elles rirent :
    - Si tu le prends ainsi. Alors, c’est fait mais promets-moi de me dire crûment que je t’ennuie quand ça sera le cas, parfois j’ai tendance à trop parler.
    - C’est ce qui te permet de t’extérioriser. Je pense que je ne vais pas m’ennuyer avec toi Hakima, tu parais si douce, si gentille, qu’on a du mal à croire que tu viens de…

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  31. Artisans de l'ombre Dit :

    32eme partie

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  32. Artisans de l'ombre Dit :

    33eme partie

    NAWEL
    Les vacances finies, elles reprirent le chemin de la faculté. Nawel entamait sa première année de médecine et Hakima la communication. Deux passions, deux mondes différents, et pourtant si proches dans l’histoire de l’humanité. C’est grâce à l’information que la médecine a pu défier le temps et remonter jusqu’à ses origines. Et jusqu’à nos jours, seule la communication permet les plus grands progrès dans tous les domaines.
    - Comment faisaient donc les gens des siècles passés pour se renseigner ?
    La question venait d’être posée par Nawel, et Hakima s’empresse de répondre :
    - Il y avait mille et une façons. Les messagers, les parchemins, les pigeons voyageurs…
    - Tu veux dire ces oiseaux qui transmettaient les messages d’amour d’une contrée à une autre… ?
    Hakima sourit :
    - Pas seulement les messages d’amour…(Elle lui jette un oreiller à la tête). Serais-tu amoureuse par hasard ?
    Nawel devient sérieuse tout d’un coup :
    - Comment l’as-tu deviné ? murmure-t-elle
    Hakima s’approche d’elle et lui montre son auriculaire :
    - C’est mon petit doigt qui me l’a dit.
    - Tu veux me faire croire ça à moi…
    Hakima souriait toujours :
    - Il n’y a qu’à voir tes yeux brillants ces derniers temps pour le comprendre.
    Nawel se lève et s’approche d’une glace :
    - Cela se voit autant que ça ?
    Hakima hoche la tête d’un air grave :
    - Pour quelqu’un d’aussi proche que moi, bien sûr que si.
    Nawel se passe une main dans ses cheveux et sourit :
    - Tu aurais dû ouvrir un cabinet de voyance dans ce cas…
    - Je n’ai pas encore terminé mes études ma chérie… Pourquoi ai-je donc opté pour la communication ?
    Nawel éclate de rire :
    - Petite coquine….
    Elle soupire et lance :
    - Tu ne peux pas connaître l’intensité de mon bonheur…
    Hakima toussote :
    - Ne t’emballe pas trop… Tu es jeune, et tes études doivent passer avant tout. Il y a un temps pour chaque chose dans la vie.
    - Je sais…Même mon petit ami comprend très bien cela. Il est formidable. C’est un homme super…
    Hakima garde le silence. Nawel venait de boucler ses vingt ans. Un âge ingrat où tout semble sourire. Ne sera-t-elle pas déçue ? Cet homme ne veut-il pas passer uniquement du “bon” temps avec elle, pour ensuite l’engloutir dans le puits de la souffrance et des désillusions ?
    Nawel, qui n’y voyait que du feu, continue :
    - C’est quelqu’un que j’ai rencontré à l’entrée de la cité l’autre jour lorsque je suis allée acheter du pain… Il était venu récupérer un professeur.
    - Que fait-il dans la vie ?
    - Médecin… Il est médecin… Et je le serais moi aussi dans quelques années… Ne trouves-tu pas que le hasard fait bien les choses ?
    Hakima se dit que mille lumières ne pouvaient rendre la vue à un aveugle. Nawel avait souffert de sa solitude, et à la première occasion, était tombée amoureuse d’un homme qu’elle ne connaissait même pas.
    - Il travaille dans un cabinet ou à l’hôpital ?
    - Oh ! je n’en sais pas trop. Je n’ai pas cherché à connaître les détails… Mais par contre, il semble tellement amoureux de moi que je ne doute plus de ses intentions.
    - Mais tu viens à peine de le connaître.
    - Nous avons toute la vie devant nous pour nous connaître…
    Elle s’approche de Hakima :
    - Tu ne sembles pas trop convaincue…
    - Heu… Moi… Non… Non…. Au contraire, je suis heureuse pour toi. Mais… Fais tout de même attention ! Dans ce monde, les gens deviennent de plus en plus insensibles et avares de sentiments.
    - Pas Omar… Il est médecin !
    - Et alors… C’est un homme non ! Qu’en sais-tu ?
    Nawel s’écrie :
    - Pourquoi gâches-tu ma joie Hakima ? Pourquoi entraves-tu mon bonheur ?
    - Je ne te gâche rien… J’essaye seulement de te mettre en garde contre tous ces vautours qui rôdent autour des filles sans défense. Tu parles de vautours, alors que Omar est un amour !
    Hakima se tût. Nawel était piégée dans le cercle de l’amour, si on pouvait appeler cette sensiblerie un amour. Elle ne pourra jamais comprendre la réalité des faits. Hakima se promet de faire une petite enquête sur cet “élu” d’un jour pour se rassurer, et mettre son amie à l’abri d’une déception qui pourrait la détruire. L’image de Houria se dresse devant ses yeux… Houria était perdue à jamais… Depuis qu’elle avait quitté l’orphelinat, Hakima n’avait pas eu de ses nouvelles, mais il y a quelques jours, elle avait appris, par une de ses connaissances, que cette dernière était en prison… Affaire de drogue, ou de proxénétisme ? Elle n’en savait rien. La seule chose qu’elle savait de cette “amie de fortune” était qu’elle avait viré depuis son adolescence, par le bon vouloir de ces salopards, qui exploitent la misère des gens sans défense, à leur propre gré. Houria s’était-elle mariée avec ce “patron” de bar dont elle lui avait parlé, ou bien ce dernier l’avait-il juste embobinée par des projets insensés afin de gagner sa confiance ? Hakima sentit les larmes lui picoter les yeux. Elle ne pouvait laisser Nawel s’engouffrer dans une aventure dans seul le Créateur en connaissait l’issue.
    - Tu ne réponds pas Hakima ?

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  33. Artisans de l'ombre Dit :

    34eme partie

    Nawel la tire de ses méditations, et la jeune fille, tente de prendre un air détaché avant de répondre :
    - Je te souhaite bien du plaisir ma chérie, mais tout de même, ne sois pas trop empressée, tu es encore au début de ton cycle universitaire, et le chemin est encore long devant toi. L’amour, tu pourras le rencontrer à n’importe quel moment, et le jour où tu seras libre d’aimer, j’aimerais que tu reçoives quelque chose en échange, quelque chose de sincère et de profond . Le sentiment est un océan de sensations. Seuls les plus avisés en connaissent la profondeur.
    - Ta, ta, ta…Tu parles comme une maman envers une jeune première.
    - Nous sommes toutes des jeunes premières Nawel. Quel que soit notre âge, nous avons toutes besoin d’être conseillées.
    - Je peux donc m’estimer heureuse d’être avec une fille aussi sage, et prévisible que toi ( Elle rit). Voyons maman, tu as mon âge, et toi non plus, tu ne connais rien encore de la vie.
    - Je ne dis pas le contraire, mais je n’aimerais pas que tu souffres.
    Nawel s’étire :
    - J’ai l’estomac qui gargouille. Il se fait tard. Allons-nous mettre quelque chose sous la dent.
    Hakima la suit, mais n’avait pas le cœur à manger ou à faire quoi que ce soit ce soir-là. Dès leur retour dans leur chambre, elle se met au lit, et repense encore une fois à Houria. Où était –elle à ce moment précis ? Etait –elle dans une prison lointaine ou toute proche ? À quoi occupait-elle son temps ? Va-t-elle la revoir un jour ?
    Elle se posait des questions, auxquelles elle n’avait aucune réponse. Nawel avait allumé sa lampe de chevet, et lisait. Hakima l’entendit fredonner un air connu. Oui, son amie était amoureuse, ou semblait l’être, on ne pouvait se tromper sur son compte.
    Dès le lendemain, et juste à la sortie d’une conférence, Hakima se rendit à l’hôpital. Athmane fut heureux de la revoir, et lui proposa une tasse de café au foyer.
    Elle accepte de bon cœur, et demande des nouvelles de Nesma. Le jeune médecin sourit :
    - Elle va bien, nous préparons notre mariage pour la fin de l’année.
    - Oh c’est formidable.
    Athmane hoche la tête :
    - J’avoue que j’ai eu beaucoup de chance de rencontrer mon alter ego…(Il rit). En dehors de toi, c’est la seule femme qui m’a impressionné.
    Hakima fait un geste menaçant :
    - Je ne pourrais t’impressionner autant que Nesma. Et même dans ce cas précis, ne t‘emballe pas trop, car tu ne pourras jamais découvrir les véritables intentions d’une rivale.
    Elle toussote, et prit un air menaçant :
    - Prends garde, car une femme jalouse devient comme une tigresse qui recherche ses petits.
    - Oh laisse tomber, j’ai compris.
    Ils rirent, et Hakima reprend son sérieux pour lancer :
    - En fait Athmane, je voulais juste te demander une information.
    - Vas-y, je t’écoute.
    - Heu, c’est au sujet de Nawel.
    - Oui, que puis-je faire pour elle ?
    Hakima se passe la langue sur les lèvres :
    - Nawel est orpheline de mère. Comme tu le sais, ce manque affectif a laissé de profondes traces en elle et, et il se trouve qu’elle vient de faire la connaissance d’un médecin.
    - Je ne vois aucun mal.
    - Moi non plus mais quelque chose en moi refuse de l’admettre. Il y a cette intuition féminine qui me pousse à croire que cet homme veut juste se payer du bon temps.
    - Peut-être aussi que tu te trompes.
    - Je n’en disconviens pas, mais Nawel vient juste de faire sa connaissance, et elle est déjà sur un nuage rose. Tu comprends, Athmane, je ne veux pas avoir affaire à une deuxième “Houria”. Je suis déjà assez ébranlée par ce qui arrive à cette pauvre fille.
    Athmane la regarde dans les yeux :
    - Et que pourrais-je faire ?
    - Te renseigner sur cet homme, il a dit à Nawel qu’il exerçait dans cet hôpital…Il s’appelle Omar, Dr Omar.
    Athmane l’interrompt brutalement en tapant sur la table :
    - Ne me dis pas que ce fou recommence encore ses coups.
    - Hein ?
    Athmane se passe nerveusement une main sur le front :
    - Cette fois-ci, c’est moi qui irait lui passer la camisole de force, s’il s’entête encore à s’approcher de ton amie.
    Hakima lève une main :
    - Attends un peu, je ne te suis pas. Explique-moi…
    - Il n’y a rien à expliquer, à part que cet homme raconte depuis des années la même chose à toutes les filles qu’il rencontre. Combien de victimes a-t-il laissées sur son chemin ? Dieu seul le sait. Même sa femme et ses enfants n’ont pas été épargnés.
    - Sa femme et ses enfants ? Que racontes-tu là?
    Athmane pousse un soupir :
    - Dis à Nawel de s’éloigner de ce malade. Ce Omar est un simple infirmier au service psychiatrique. Pour épater ses conquêtes, il se fait passer pour un médecin. Cet homme est dangereux. C’est un “sans cœur et sans foi” qui profite de la naïveté et de l’innocence des jeunes filles à peine sorties de l’adolescence. Il a déjà eu mèche avec des affaires de mœurs, mais des gens haut placés, l’ont aidé à s’en sortir. Jusqu’à ce jour, personne n’a rien pu faire pour arrêter ce diable. Et bien sûr ça continue…

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  34. Artisans de l'ombre Dit :

    35eme partie

    Hakima porte une main à sa bouche.
    - Pauvre Nawel. Comment vais-je lui annoncer ça ?
    - Il faut lui en parler avant qu’il ne soit trop tard. Cet homme sans scrupules est capable de tout. Tout à l’heure, j’irai moi-même lui en toucher un mot. S’il s’avisera tournoyer encore autour de Nawel, fais-le moi savoir tout de suite.
    Sidérée Hakima se lève :
    - Incroyable. Je ne me trompe jamais en matière d’intuition. J’ai donc bien vu.
    Athmane lui tapote le bras :
    - Même si tu n’avais rien vu ni rien su, la vérité aurait éclaté un jour ou l’autre. Seulement, Nawel y aurait peut-être déjà laissé des plumes.
    - Je vais rentrer Athmane. Il faut que je parle à Nawel.
    - Parfait ! Mais vas-y doucement….Un cœur amoureux, ne voit que tu feu….
    - Ah ! Tu en connais des choses on dirait…. ?
    Athmane fait un clin d’œil :
    - Plus que tu n’en sais.
    Hakima rentre à la cité U et retrouve une Nawel effondrée. Cette dernière lui raconte, qu’en sortant de la faculté, elle avait vu le Dr Omar qui faisait le pied de grue sur le trottoir d’en face. D’emblée, elle avait cru qu’il l’attendait. Mal lui en pris car une jeune blonde l’avait rejoint et était montée dans son véhicule. Omar n’avait même pas remarqué que Nawel l’observait.
    - C’est peut-être sa sœur, lance Hakima d’un air ironique.
    - Heu…J’avoue que je n’y avais pas pensé. Mais si c’est le cas, je devrais avoir honte de moi-même.
    - Non (Hakima secoue la tête) ! Non…c’est à lui d’avoir honte. Ce type est un salopard de la pire espèce…
    -Hein ? Comment…comment oses-tu… ?
    - J’ai osé Nawel ; pour ton bien, j‘ai osé aller retrouver Athmane, qui m’a dévoilé beaucoup de choses…Des choses qui n’honorent pas du tout notre bonhomme.
    Hakima rapporte à son amie toute la vérité. Elle n’omettra aucun détail pour la mettre en garde contre ce vaurien qui aurait pu lui gâcher la vie.
    Nawel pleura ce jour-là toutes les larmes de son cœur. De dépit…de rage et de rancœur….Il y a donc des gens qui n’ont ni conscience ni foi. La leçon avait été très dure à assimiler, mais, depuis ce jour, Nawel ne reparla plus ni d’hommes ni de sorties galantes ni encore moins d’aventures.
    À l’instar de Hakima, elle se lança corps et âme dans ses études.

    UN BEL AVENIR, MAIS…
    Cinq années passèrent. Hakima venait de terminer ses études et faisait des stages pratiques dans des quotidiens et des agences de communication. Son sérieux et son assiduité lui permirent de décrocher très facilement un poste de travail dans un des quotidiens les plus connus. Le rédacteur en chef et les chefs de rubrique se “l’arrachaient”. En fin de compte, elle décida d’opter pour la rubrique culturelle, où plusieurs opportunités d’approfondir ses connaissances lui étaient permises.
    Malgré sa réussite, la jeune fille garda le contact avec Malek et ses enfants. De temps à autre, elle leur rendait visite et les mettait au courant de ses projets. Dalila venait de boucler ses 16 ans, et Sofiane avait déjà 21 ans. Grace à l’aide précieuse de Hakima, il faisait des études en sciences commerciales ; il était bien loin de l’adolescent immature qu’elle avait rencontré des années plus tôt. Hakima ressentait maintenant cette satisfaction du devoir accompli. Elle avait tellement craint de faillir dans sa tâche d’éducatrice qu’elle se sentait un peu coupable de quitter cette “famille” sans s’assurer sur l’avenir de ses deux poulains.
    Dalila faisait des progrès considérables et s’améliorait de jour en jour. Si elle ne parlait pas couramment, elle assimilait ce qu’on lui disait et s’avéra assez intelligente pour se prendre en charge elle-même.
    Elle était très attachée à Hakima, et cette dernière n’était pas indifférente à cet attachement qu’elle comprenait fort bien.
    Nawel, de son côté, avait décroché son diplôme de médecine. Grâce à Athmane, qui l’avait encadrée pour son internat, elle a pu accéder à un poste de travail dans le même hôpital tout en se promettant d’avoir un jour son propre cabinet.
    Les deux jeunes filles partageait toujours la même chambre d’université. Nawel ne voulait plus retourner chez elle et n’allait dans la grande villa de son père que pour lui rendre visite de temps à autre, lorsqu’il n’était pas en voyage.
    Par contre Hakima, elle, n’avait pas où aller. D’ailleurs, elle s’était inscrite dans une coopérative immobilière afin d’avoir un jour ce “petit chez-soi” dont elle avait tant rêvé.
    Elle se disait que d’ici là, si Nawel n’était pas encore mariée, c’est elle qui va l’héberger cette fois-ci. Grâce à sa présence, Hakima avait su reprendre pied. Nawel était pour elle non seulement sa confidente mais aussi cette image réelle d’une société qui tentait de se fier aux apparences, sans tenir compte ni des sentiments ni de la dignité d’une personne.
    Non ! elle n’abandonnera jamais Nawel. Même si, un jour, elles devraient se quitter ; leur amitié survivra malgré les aléas de la vie.

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  35. Artisans de l'ombre Dit :

    36eme partie

    Ce matin-là Hakima venait de rentrer d’un reportage lorsque son chef de rubrique, Hamid, l’interpelle :
    - Salut toi. Tu reviens de cette exposition de peinture au palais de la culture ?
    - Oui. C’est sublime ! Ce jeune peintre en herbes, promet. Il m’a tout de suite fait penser à Auguste Renoir.
    - Tu veux dire l’impressionnisme ?
    - Oui. Mais d’un autre style. Disons une autre expression… Une touche de modernisme. Un mélange de sentiments qui se dégage d’une manière si limpide, que cet artiste nous fait ressentir d’une façon très directe ses états d’âme.
    - Tu t’exprime bien toi aussi à ce que je vois, dit Hamid en riant.
    - Fort heureusement. Sinon je ne serais pas dans ce journal.
    - Bien…Pense-tu rédiger ton papier avant le bouclage ?
    - Bien sûr. Je ne rentrerai pas avant de l’avoir rédigé. Veux-tu me laisser un moment ?
    Hamid sourit :
    - Moi je te laisserai. Mais je ne peux rien te promettre pour Faouzi.
    Hakima pousse un soupir :
    - Le rédacteur en chef. C’est lui qui est de corvée ce soir ?
    Hamid hoche la tête :
    - Oui. Mais il était déjà là en début d’après-midi, et n’a pas cessé de demander après toi depuis. (Il lui fait un clin d’œil )Que veut-il chez-toi au juste ? Il semble bien emballé.
    Hakima fait un geste impatient :
    - Tu veux bien me laisser rédiger mon article, il se fait tard, et je dois rentrer. Je suis bien fatiguée.
    - OK. Je te laisse travailler. Appelle-moi dès que tu auras terminé. Je sais que tu es une grande. Mais je dois tout de même relire tout ce qui doit passer dans ma rubrique.
    Hakima lui tire la langue :
    - À vos ordres chef (elle s’installe devant son ordinateur). Je ne vais pas trop tarder pour accoucher de ce papier. Une petite heure tout au plus.
    Elle retire de son cartable, un carnet où elle avait noté ses impressions, l’avis du public et une petite interview avec l’artiste.
    Elle se met à sucer son stylo, puis souligne des paragraphes, entoure des mots et trace des flèches. Une petite mise au net s’impose pour que le papier prenne forme. Un prélude, un corps de texte, puis une conclusion.
    Elle adorait son métier, et c’était toujours pour elle un plaisir de pouvoir faire partager ses impressions et ses reportages à chaud, avec ses collègues et ses lecteurs.
    Elle commence à saisir son texte, puis revoit certains passages. Elle revient sur quelques phrases et les peaufine, avant de passer à un autre paragraphe.
    Elle ne sentira une présence derrière elle que lorsqu’elle terminera la saisie de son papier et lancera l’impression.
    - Waou ! C’est super. Si tout le monde travaillait comme toi, je n’aurais pas besoin de superviser la rédaction.
    Elle se retourne en sursaut et se retrouve nez à nez avec Faouzi :
    - Toi ?
    - Oui. Je te dérange ?
    Hakima sourit :
    - Je n’ai pas senti ta présence lorsque je saisissais mon texte. Et maintenant que j’ai terminé, ta présence ne pourrait me gêner puisque je vais rentrer tout de suite.
    - Pas encore. Il faut qu’on relise ton article avant de signer l’autorisation de publication.
    - Hamid est encore là. Il pourra se charger de la correction et du reste…
    Faouzi semblait mal à l’aise, puis se reprend :
    - Je préfère qu’on revoie ce texte ensemble Hakima. Je pourrais te déposer ensuite. Je n’en ai plus pour longtemps. Il ne reste que ton papier à insérer dans la rubrique culturelle.
    - Pourquoi voudrais-tu qu’on relise ce papier ensemble ? À quoi sert alors le chef de rubrique ?
    - À faire des mots croisés.
    - Vraiment ?
    - Je t’assure. D’ailleurs tu peux le vérifier.
    Il tendit son index vers le bureau qui leur faisait face et Hakima remarque qu’effectivement Hamid faisait des mots croisés. Une façon de s’occuper afin de lui permettre de travailler tranquillement.
    - C’est vrai. Mais je vais tout de suite l’appeler. Il est ici pour travailler, et non pas pour faire des mots croisés.
    Faouzi s’interpose :
    - Pourquoi pas ? C’est une occupation saine, surtout pour un journaliste.
    - Tu aurais dû donc faire la même chose, au lieu de venir te planter derrière mon dos

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  36. Artisans de l'ombre Dit :

    37eme partie

    Faouzi rit : – Je n’aime pas du tout les mots croisés. (Il chuchote ) Je t’assure que je préfère te regarder travailler….
    Hakima s’empare de son sac :
    - C’est fait. J’ai terminé mon travail. Je vais demander au chauffeur de me déposer. Bonsoir…
    Faouzi lui barre le chemin :
    - Le chauffeur est parti.
    Hakima est médusée :
    - Le chauffeur est parti. Mais…
    - Il n’y a pas de mais. C’est moi qui l’ai autorisé.
    - Ah ! Et pourquoi donc ? Pour m’accompagner ?
    Faouzi regarde la jeune fille dans les yeux :
    - Tu vois comme tu es intelligente !
    - Et si je refusais ?
    - Comment ?
    - Si je refusais de rentrer avec toi ?
    Faouzi lui lance un regard de travers :
    - Tu veux passer la nuit ici ou quoi ?
    - S’il le faut je n’hésiterai pas. Ta manière de t’immiscer ainsi dans ma vie ne me plaît pas Faouzi !
    Le jeune homme baisse les yeux. Il avait honte. Honte d’avoir pensé un moment que sa “stratégie” allait fonctionner.
    Pourtant Hamid l’avait prévenu. Hakima n’était pas une fille facile. Elle était belle. Belle d’une beauté qui se reflétait même dans ses écrits.
    Depuis qu’elle travaillait à la “culturelle”, cette journaliste ne l’avait jamais déçu. Sauf dans un domaine. Faouzi avait tenté à maintes reprises de lui proposer une sortie, ou un déjeuner. Mais elle l’avait toujours “gentiment” reconduit.
    Il reconnaissait qu’il était un peu trop entreprenant avec elle. Mais que pouvait-il faire. Son cœur battait la chamade à chaque fois qu’il la voyait. Il se sentait incapable d’avouer ses sentiments. Mais incapable aussi de les cacher plus longtemps. Cette fille va lui filer entre les doigts s’il ne s’empressait pas de prendre les devants.

    AUSSI VITE QUE LES EAUX DU FLEUVE
    OU LE VENT DU DÉSERT
    NOS JOURS S’ENFUIENT
    CEPENDANT DEUX JOURS NOUS LAISSENT INDIFFÉRENTS
    CELUI QUI EST PARTI
    ET CELUI QUI ARRIVE DEMAIN

    C’était Hamid qui venait de parler. Faouzi se retourne vers lui :
    - Alors c’est fini ces mots qui se croisent.
    Sans prendre en compte sa remarque, Hamid continue :
    TOUT EST ÉCRIT SUR LE LIVRE DU DESTIN
    QUE FEUILLETTE LE VENT DU HASARD.
    - À quoi tu joues donc Hamid…. ?
    - Aux mots croisés Faouzi (Il rit). Et toi à quoi tu joues ?
    - À rien mon cher. Hakima vient de terminer son papier, et je vais boucler. Veux-tu relire ?
    - Bien sûr… Mais je pense que tu devrais lire davantage pour comprendre ces vers de Omar Khayam.
    - Je ne suis ni poète, ni rêveur.
    - Ah ! c’est dommage… Parce que justement, j’ai plutôt cru déceler en toi une âme poétique… Disons du romantisme. Dommage ! Je me trompe peut-être.
    Il jette un coup d’œil à Hakima qui riait sous cap et lance :
    - Je vais te raccompagner. Tu ne passeras pas la nuit ici. Moi je ne fais pas de chantage.
    - Merci Hamid.
    Faouzi rougit :
    - Comment ça ? Tu devais rentrer avec moi Hakima !
    - Je ne t’ai rien demandé.
    - Mais je te l’ai proposé ! J’ai même renvoyé le chauffeur pour…
    Il se tût et se mordit les lèvres.
    - Oui, nous l’avons compris, dit Hamid… Mais tu connais la susceptibilité de notre amie.

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  37. Artisans de l'ombre Dit :

    38eme partie

    Faouzi sortit du bureau pour se diriger vers le service technique en lançant :
    - Un quart d’heure Hamid… Je veux ce papier dans un quart d’heure, pas une minute de plus. Je suis fatigué moi aussi, je veux rentrer.
    - Mais je pourrais aussi te déposer mon cher ami…
    Offusqué, Faouzi ne répondit pas. Il était temps de passer au bouclage. C’étaient ça les choses sérieuses pour le moment.
    Hamid conduisait prudemment sur l’autoroute. Il se faisait tard, et la circulation était intense. Les gens s’empressaient de rentrer chez eux après une longue journée de travail.
    Hakima était plongée dans ses pensées. Elle repensait à Faouzi et à son entêtement à lui faire la cour, alors qu’elle lui avait fait savoir à maintes reprises qu’il ne l’intéressait pas.
    Elle se mordit les lèvres. Cet homme pourtant avait tout pour plaire. Il était jeune, beau, éduqué, cultivé. Tout ce qu’une femme sensée pouvait souhaiter. Mais… (elle pousse un soupir). Faouzi n’était pas pour elle. Elle n’était pas comme les autres.
    - Il n’a pas mauvais fond…
    C’était Hamid qui venait de la tirer de ses méditations.
    Il avait dû percevoir son soupir…
    - Pardon… ?
    - Je veux parler de Faouzi. Malgré ses airs “vagabonds”, il n’a pas un mauvais fond… C’est quelqu’un qui t’aime, et qui a les plus nobles intentions à ton égard.
    Hakima prit un air renfrogné et croisa les bras :
    - Tiens, tiens… Monsieur prend la défense de son ami…
    Hamid fait un geste de sa main :
    - Rien du tout. Je préfère te dire tout de suite que quand Faouzi parle de toi, ses yeux brillent. On peut lire en lui comme dans un livre ouvert !
    Il se tourne vers elle :
    - Ne me dit pas qu’une fille aussi intelligente n’est pas sensible à ses propositions.
    Hakima garde le silence un moment avant de lancer :
    - Que pourrais-je faire Hamid… Tu es le seul à connaître ma véritable identité… Derrière mon masque quotidien, j’ai un cœur qui saigne et une âme qui se fissure à chaque fois qu’un homme, comme Faouzi, tente de m’approcher.
    - Mais tu es en train de te détruire, petite folle. Jusqu’à quand vas-tu continuer ce jeu… ?
    - Tant que j’ai encore un souffle en moi…
    - Hein… ? Tu parles sérieusement ?
    Elle hoche la tête :
    - Qui aimerait partager sa vie avec une fille qui n’a aucune racine… Aucune origine…
    Une fille qui a grandi dans un orphelinat… Avec tout ce que cela suppose comme tabous. Je…
    Hamid met une main sur son bras :
    - Assez parlé ainsi de toi Hakima. Pourquoi brandis-tu toujours des arguments qui ne collent plus ? Les temps ont évolué. Tu n’as pas à avoir honte… Alors là pas du tout… Tu es jeune et très belle. Tu es cultivée et très douée… Tu feras à n’en pas douter une longue et belle carrière dans le domaine de l’information… Tes débuts sont déjà prometteurs…
    Elle l’interrompt :
    - Mais cela ne suffit pas Hamid. Crois-moi, lorsque Faouzi apprendra la réalité sur mon compte, il ne sera plus aussi entreprenant. Il aura même des regrets.
    Oui… Il regrettera d’avoir aimé une fille comme moi.
    Hamid dépasse un véhicule et lance :
    - Tu te fais des idées Hakima… Faouzi n’est tout de même pas aussi vieux jeu que tu le penses… Et puis, le mal ne vient pas de toi. Tu n’as été que la victime d’une inconscience.
    Elle hoche la tête :
    - Une inconscience ! Je paye le tribut de cette inconscience jusqu’au bout. Peux-tu comprendre ça… ?
    - Non je ne comprends pas. Je ne comprends rien non plus à ton entêtement…

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  38. Artisans de l'ombre Dit :

    39eme partie

    Hakima ne répondit pas. Elle savait que Hamid ne saisira jamais la profondeur de son état d’âme. Elle savait qu’elle était la seule, hormis peut-être Nawel, à connaître la torture quotidienne d’une situation telle que la tienne. Hamid était au courant de son passé. C’était son chef et un bon ami… Elle s’était confiée à lui. Il était, en dehors de Athmane, le second homme en qui elle avait confiance, et elle savait qu’il n’allait pas la trahir.
    - Tu es le seul au journal à savoir que je réside dans une cité universitaire. Même quand c’est le chauffeur qui m’accompagne, je lui demande toujours de me déposer devant l’entrée d’un immeuble qui se trouve à une cinquantaine de mètres de la cité.
    Hamid sourit :
    - Et quel mal y a-t-il à cela ?
    - Rien bien sûr… Mais je n’aimerais pas qu’on le sache. C’est pour cela que je ne voulais pas me faire raccompagner par quelqu’un d’autre.
    - Pauvre Faouzi. Quelle tête il faisait tout à l’heure quand tu as refusé sa proposition…
    Elle rit :
    - Comprends-moi Hamid, je n’avais pas le choix. Je n’aimerais pas qu’il se sente… frustré ou blessé, mais… Je regrette, je ne veux pas qu’il découvre non plus mon passé…
    Hamid soupire :
    - Je ne sais pas si un jour tu te réveilleras à temps de ta torpeur, pour comprendre que la vie ne s’arrête pas dans une chambre universitaire.
    Elle sourit :
    - Petit taquin… Je ne peux pas changer ma vie Hamid… Je m’en veux de torturer Faouzi, mais… ai-je le choix ?
    - Tu ne le tortures plus maintenant, tu le tues.
    - Pourquoi dis-tu cela ?
    - Il n’y a que les fous qui peuvent comprendre la folie de l’amour. Faouzi perd les pédales devant toi…
    - Arrête donc ton cinéma Hamid !
    Hamid contourne un rond-point et s’arrête devant la cité universitaire :
    - Te voici chez toi ma chère. Je te souhaite une agréable nuit.
    Elle ouvrit la portière et s’apprêta à sortir :
    - Je…
    - Oui… ?
    - J’aimerais te demander un service Hamid.
    - Je t’écoute.
    - J’aimerais que Faouzi comprenne que je ne suis pas la fille qu’il cherche, que je ne pourrais pas faire son bonheur. Il mérite bien mieux que moi.
    Hamid lève les bras, impuissant :
    - Si c’est ce service que tu me demandes, je préfère te dire tout de suite, que je suis « hors service ». Que Dieu me préserve de la souffrance de mes semblables.
    - Tu ne veux donc rien faire pour moi ?
    - Je ferais tout pour te voir heureuse Hakima… Tout ce qui est en mon pouvoir… Mais ne me demande pas plus que je ne pourrais en supporter. Le regard triste de Faouzi m’a transpercé le cœur. Tu deviens cruelle Hakima…
    Elle rit :
    - Je retire ce que j’ai dit… Je saurais comment lui expliquer ça le moment opportun.
    - Ah !… Si ma femme était aussi têtue que toi lorsque je l’avais connue, je crois que j’aurais opté pour le célibat éternel… Quelle torture !
    - Nous ne sommes plus au temps de Roméo et Juliette.
    - Roméo et Juliette… ? Ma chère amie, dans chaque ville de ce monde, et à chaque minute, naissent un Roméo et une Juliette. La tragédie de William Shakespeare devient réalité… Une réalité vécue quotidiennement par des millions de couples.
    - Eh bien soit. Mais Juliette jouera la comédie jusqu’au bout, et Roméo se suicidera sur l’autel de l’amour.
    - Ne badine pas avec les sentiments Hakima. Ecoute ton cœur et laisse ton âme s’exprimer… C’est le seul conseil que j’aurais à te prodiguer.

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  39. Artisans de l'ombre Dit :

    40eme partie

    Ils se quittèrent et Hakima rejoint sa chambre d’un pas traînant. Elle repense aux derniers mots de Hamid, et se dit que parfois la vie est complexe.
    Nawel était déjà rentrée, et lisait une revue :
    - Ah te voilà enfin s’écrie-t-elle à sa vue…On peut dire que tu n’as pas chômé aujourd’hui.
    - Du tout. J’étais en couverture au Palais de la culture….Un peintre….Un impressionniste avait exposé ses œuvres.
    - Bien. J’irais jeter un coup d’œil dans la semaine. Si cela en vaut la peine bien sûr.
    - Je t’y encouragerais. C’est tout simplement fabuleux. Un artiste qui promet dans son domaine.
    Nawel se lève et remarque l’air contrarié de son amie :
    - Qu’as-tu Hakima ? On dirait que tu viens de recevoir une mauvaise nouvelle.
    - De qui donc ?
    - Je ne sais pas moi… Du journal, de tes collègues…
    Hakima ébauche un sourire triste :
    - Tu sais bien que rien ne pourra plus m’atteindre Nawel. Ma vie n’a jamais été gaie.
    Nawel s’approche d’elle :
    - Il y a des moments où tu m’intrigues toi. Parfois tu es une femme accomplie, parfois tu prends cette air de bête blessée, qui couve un volcan.
    - Merci pour tes impressions… C’est vraiment motivant.
    - Mais je t’assure que tu n’as pas une tête agréable à regarder en ce moment.
    Hakima dépose ses affaires et relève ses cheveux :
    - Je suis fatiguée. Je vais prendre une douche et me mettre tout de suite au lit.
    La jeune fille la regarde un moment, avant de replonger dans sa lecture. Évidemment Hakima lui cachait beaucoup de choses, se dit-elle.

    NAWEL ET AMMIR…
    Deux jours passent. Nawel venait de terminer sa garde de nuit et s’apprêtait à rentrer chez-elle. Heureusement qu’elle était véhiculée, se dit-elle. Avec cette chaleur, le trajet jusqu’à la cité U ne serait pas de tout repos.
    Une fois au volant, elle s’engage dans une allée qui menait vers un raccourci, afin d’éviter l’autoroute, qui en ces heures de pointe, ne serait pas conseillée.
    La radio diffusait un morceau de musique classique, et Nawel s’en délectait. Elle aimait la musique sous toutes ses formes, et en faisait même une thérapie pour ses moments de cafard.
    Que serait le monde sans ces agréables partitions que des génies comme Bach ou Mozart ont pu capter des tréfonds secrets de la nature. Des vagues de musique la submergèrent.
    Elle se détendit et prend une longue inspiration. Elle se sentait fatiguée après une longue nuit passée auprès de ses malades. Mais tout compte fait, elle ne le regrette pas. Elle avait pu sauver in extremis, un enfant d’une intoxication alimentaire, et avait aussi prodigué des soins à des patients, qui l’attendaient dans son service. Parfois un simple geste apaisant atténue la douleur. Nawel reconnaissait que la médecine ne serait jamais une science exacte… Combien de fois le lui avait-on répété durant ses stages, et son internat. On avait vu des “miracles” se produire, et des médecins avisés, hésitaient souvent à prononcer leur diagnostic avant une période d’observation. Ceci quand le patient ne nécessite pas une prise en charge immédiate. Mais tout compte fait, la science s’avère tout même une arme contre les aléas qui peuvent affecter le corps humain.
    Elle revoyait encore le visage inondé de larmes de la maman de l’enfant intoxiqué. Cette dernière s’était mise à genoux devant elle et lui avait embrassé les mains pour la supplier de sauver son enfant.
    Un seul regard avait suffi à Nawel pour constater que l’enfant avait juste un pas à franchir pour se retrouver dans un autre monde, si elle ne faisait pas ce qu’il fallait dans l’heure qui suit.
    Elle avait alors relevé la maman et lui avait signifié qu’elle n’était pas Dieu, mais qu’elle allait faire tout ce qui était en son pouvoir afin d’éviter la fatalité.
    Un lavage d’estomac s’était alors avéré nécessaire, mais salvateur ! L’enfant avait vomis tout ses boyaux et s’était tout de suite après senti soulagé…
    Il avait repris des couleurs et avait demandé après sa maternelle. Nawel en larmes l’avait serré contre elle un long moment. La satisfaction du devoir accompli, l’avait imprégnée…C’est le visage radieux et le sourire aux lèvres qu’elle avait été annoncé la bonne nouvelle à la jeune maman.
    Un accidenté aussi sera sauvé par ses soins… Un jeune homme d’une vingtaine d’années qui conduisait une grosse moto à plus de 120/h et qui avait percuté un arbre.
    Sans son casque, ce jeune homme serait plus de ce monde… Mais s’il s’en était sorti, le garçon gardera longtemps les séquelles de sa folie… Nawel avait tout de suite détecté une hémorragie interne et s’était empressé de la faire juguler, avant de faire appel à un chirurgien pour une opération délicate du genou…
    Le jeune homme s’était fracturé la rotule, et une partie de son pied qui s’était coincé dans un amas de ferraille lors de l’accident. Le visage grimaçant de douleur, de ce jeune premier, l’avait ému…
    Elle imaginait bien mal, un aussi beau et aussi jeune garçon, passant le restant de sa vie à boiter. A coup sûr, après l’opération, la jambe sera plus courte et il n’y aura plus rien à faire… Mais cela valait tout de même bien mieux qu’un corps disloquer et sans vie. Ah ! ces jeunes fous lorsqu’ils s’y mettaient ! Combien de fois, ne s’était-elle pas retrouvée devant les corps sans vie de ces adolescent à peine sortis de l’enfance ?
    En tous les cas, pour la nuit dernière, elle pouvait s’estimer heureuse.
    Elle n’avait perdu aucun malade, ni blessé, et vers les premières heures du matin, elle avait pu se permettre une pause, car l’affluence du début de la nuit, s’était estompée.
    Avant de quitter son service, elle avait encore fait la tournée de ses malades pour s’assurer qu’aucun d’entre eux n’avait besoin de ses soins. Sa consultation terminée, elle attendit l’arrivée de la relève, avant de sauter dans sa voiture pour rentrer chez elle, afin de s’accorder quelques heures de repos bien mérité.

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  40. Artisans de l'ombre Dit :

    41eme partie

    Prise dans ses méditations, elle ne vit pas tout de suite le véhicule venant en sens inverse, qui fonçait tout droit sur elle. Elle freina rageusement au milieu de la chaussée, et son véhicule fit un soubresaut :
    - Mais il est fou, s’écrie-t-elle, c’est un sens interdit !
    Elle tente d’effectuer une marche arrière, mais il était trop tard. Le véhicule stoppe à quelque centimètres du sien. Elle avait fermé d’instinct les yeux, prévoyant une collision, mais le chauffeur qui semblait maîtriser le volant, s’était arrêté à sa hauteur en la frôlant à peine.
    Folle de rage, Nawel descendit de sa voiture les mains sur les hanches, et le regard foudroyant :
    - Alors-là, on peut dire que vous savez conduire, s’écrie-t-elle, à la vue de l’homme qui venait tout bonnement vers elle, les mains jointes sous le menton.
    - Je suis désolé, je….
    - Oh, taisez-vous donc, vous ne savez pas conduire. Comment avez-vous obtenu votre permis ? À la loterie ? Vous feriez mieux d’aller le repasser, vous êtes fou, vous auriez pu me tuer.
    L’homme s’était incliné devant elle, et avait gardé le silence, accusant ses remontrances sans broncher, alors qu’elle débitait son fiel.
    Elle fronce les sourcils. N’avait-elle pas exagéré ? Après tout, quand on prend le volant, il faut s’attendre à tout. Peut-être que ce jeune homme ne connaissait pas le quartier !
    Elle tente de reprendre son calme, et lance d’une voix moins forte :
    - C’est un sens interdit, monsieur…
    L’homme relève enfin sa tête, et la regarde en face :
    - Je m’en suis rendu compte, mais il était déjà trop tard pour reculer, je ne connais pas ce quartier, et je n’ai pas remarqué le panneau du sens interdit. Toutes mes excuses mademoiselle pour tous ces torts que je vous cause. Je suis…je suis vraiment navré.
    Nawel fait un geste impatient :
    - Ce n’est rien, mais faites gaffe la prochaine fois… Vous auriez pu provoquer l’inévitable.
    Il ébauche un sourire :
    - Mais non, je roulais à faible vitesse. Vous vous êtes alarmée à ma vue voilà tout.
    - Hein ? Vous me prenez pour qui donc ? Je vous voyais foncer sur moi, tel un ouragan, et vous prétendez rouler à petite vitesse à cette allure ?
    Il sourit encore :
    - Je me sens coupable de vous avoir provoqué toute cette frayeur mademoiselle. Veuillez accepter mes excuses, je vous prie…
    - Oh, arrêtez donc. Vous m’exacerbez avec votre air de mendiant quémandant une pièce.
    - Vous me pardonnez ?
    L’homme l’avait interrompue d’une voix si douce, qu’elle s’était sentie tout de suite coupable d’une situation qui la dépassait. Pourquoi s’était-elle montrée si désagréable avec ce jeune inconnu ? N’avait-elle pas elle-même provoqué parfois des situations assez complexes en stationnant n’importe où, pour faire ses courses ou en provocant des embouteillages parce que le moteur ne voulait pas démarrer. Ce conducteur n’avait en réalité rien fait de mal.
    Le sens interdit qui se trouvait au début du grand virage n’était pas visible au premier coup d’œil.
    Ce n’était donc pas lui le coupable, mais les instances qui étaient chargées d’installer ces panneaux de circulation, à des endroits non appropriés.
    Elle relève la tête et constate que l’homme souriait toujours. Il avait gardé un calme inébranlable, alors qu’elle s’était emportée comme une diablesse.
    Elle eut honte d’elle-même, mais ne voulant pas trop le montrer, elle lance d’une voix sèche :
    - C’est bon, vous pouvez disposer.
    - Je peux disposer ?
    Il rit, et Nawel constate à son grand étonnement, qu’il avait un beau rire, et surtout une très belle dentition. Pourquoi faisait-elle attention à de tels détails ?
    Elle se reprend pour répondre :
    - Oui, libérez le chemin afin que je puisse passer.
    - Oui, bien sûr, je vais tenter de faire une marche arrière et me rabattre sur le côté pour vous céder le passage.
    Il passe une main sur l’aile gauche du véhicule de Nawel, puis sur le sien, où hormis une petite “éraflure” il n’y avait aucun autre détail à relever.
    - Vous voulez qu’on fasse un constat, demande Nawel en suivant des yeux le geste de l’homme.
    - Un constat ? Mais non, votre véhicule est indemne, et le mien, porte à peine une petite trace disons un petit souvenir de cette rencontre matinale, à laquelle nous ne nous attendions pas tous les deux.

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  41. Artisans de l'ombre Dit :

    42eme partie

    Nawel remonte dans son véhicule :
    - Cela vous apprendra à conduire sur des routes que vous ne connaissez pas.
    - On apprend tous les jours mademoiselle. Et ce n’est pas parce que j’ai raté un panneau de sens interdit que je vais m’arrêter…
    Il rit :
    - Vous n’avez jamais commis d’infraction depuis que vous avez décroché votre permis ?
    - Heu…(Nawel se sentit confuse). Je préfère m’abstenir de vous répondre là-dessus monsieur.
    L’homme lui tendit une carte :
    - M. Ammir Khumar (le nom est improvisé). Pour vous servir…
    Nawel demeure interdite. Elle prend la carte et lit :
    - Ammir Khumar – chancelier – ambassade de la République de l’Inde-
    Elle relève la tête et regarde l’homme en face d’elle. Quelques détails lui avaient échappés.
    En effet s’il était brun, l’homme avait des cheveux très fins et drus, d’un beau noir corbeau, un front dégagé, et des yeux en amande, dont elle n’arrivait pas à déterminer la couleur.
    Le regard doux et souriant du diplomate finira par la convaincre :
    - Vous êtes indien ?
    - Aussi évident que vous êtes algérienne.
    - Mais que faites-vous en Algérie ?
    Elle se rendit compte de sa bourde et rougit avant de reprendre prestement :
    - Si je me fie à votre carte de visite vous êtes chancelier à l’ambassade indienne.
    - Parfaitement.
    - Je devrais vous féliciter. Vous parlez admirablement notre langue, et même un français sans accent.
    L’homme sourit, et Nawel constate enfin que ses yeux étaient d’un vert irisé.
    - Venant de vous, je prendrais ces remarques pour des éloges. Mais il se trouve que je vis depuis de longues années dans votre grand et beau pays. J’ai adopté votre langue et votre culture… J’adore l’Algérie que je considère comme mon second pays, ainsi que son peuple si généreux et si accueillant
    - Merci. Notre hospitalité n’est plus à démontrer. Nous sommes un peuple fier de ses origines, tout comme tous les peuples qui se respectent d’ailleurs.
    - Je vous prie donc d’accepter encore une fois mes excuses mademoiselle pour tout le désagrément que j’ai pu vous causer.
    Nawel pousse un soupir :
    - C’est bon. N’en parlons plus
    - Voilà qui est mieux. Je m’en voudrais à mort de vous avoir causé cette frayeur matinale
    - N’insistez plus, sinon je regretterais de vous avoir pardonné.
    Il rit encore, et Nawel lance d’un air moqueur :
    - Vous êtes plutôt bon pour une pub de dentifrice. Vous ne cessez donc pas de sourire ou de rire.
    Il rit de plus belle :
    - Je suis si content de savoir que vous me pardonnez.
    Dans notre pays, nous avons ce qu’on pourrait appeler un côté jovial que ne connaissent que les gens qui sont nés au printemps alors qu’on fête le holi.
    - Le holi ? Qu’est-ce que c’est ?
    - C’est la fête de l’arrivée du printemps. Les gens sortent dans la rue et s’amusent à se mouiller et à se colorer. Il y a aussi la fête du diwali, là, on allume des bougies, des feux d’artifice et on s’offre des cadeaux.
    Une façon amusante d’accueillir la belle saison… C’est peut-être pour cela que je suis d’un tempérament plutôt gai.
    - Amusant, lance Nawel, qui commençait à s’énerver. Cet homme va-t-il enfin libérer le passage ?
    Mais le jeune Indien continue sur sa lancée :
    - Je suis aussi fier de mon pays et de sa culture, que vous l’êtes du vôtre… Et ce serait un plaisir pour moi de vous faire découvrir une facette des coutumes indiennes. J’aimerais vous convier à l’une des réceptions que nous organisons de temps à autre au niveau de notre ambassade, où vous aurez à découvrir les mille et un secrets de notre culture millénaire.

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  42. Artisans de l'ombre Dit :

    43eme partie

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  43. Artisans de l'ombre Dit :

    44eme partie

    Elle joint les mains, tout comme le jeune Indien et se met à relater sa mésaventure matinale à Hakima… Le sens interdit, le véhicule venant en sens inverse, les courbettes du jeune homme, ses manières, belles et sérieuses, son sourire blanc comme neige, et ensuite, la grande révélation… Et l’invitation…
    Nawel exhibe la carte de visite et la tendit à Hakima :
    - Jette un coup d’œil là-dessus donc…
    Hakima prend la carte et se met à lire :
    - Ammir Kumar… C’est un chancelier ?
    - Oui. À l’ambassade de la République de l’Inde !
    - Je l’ai compris… Ammir… C’est plutôt un prénom arabe, cet homme doit être de confession musulmane.
    - Comment le sais-tu ?
    - Tu oublieS que j’exerce un métier qui demande des connaissances et de la documentation dans tous les domaines.
    - Mais tu ne connais rien ni à l’Inde ni aux Indiens..
    Hakima prend son petit air moqueur :
    - Tu me prépareras donc un scoop à la prochaine rencontre, et je me ferais un plaisir de réaliser un reportage sur la culture indienne.
    - Euh… À la prochaine rencontre ? Mais tu n’y penses pas… Cet homme m’a, certes, remis sa carte, et m’avait demandé de le contacter, mais je ne vais pas le faire…
    - Pourquoi pas ? Il pourrait devenir un ami, et te faire découvrir, les mille et un secrets de son pays… L’Inde est non seulement un beau pays, mais c’est aussi une culture, une riche culture…
    Nawel lui pince la joue :
    - Mademoiselle me donne des conseils, alors qu’elle-même refuse les invitations et les sorties.
    - Je ne refuse pas quand cela s’avère nécessaires pour mes recherches. Mais… Enfin Nawel, tu sais que je refuse les avances et les propositions galantes, mais pas une invitations culturelle.
    Nawel sourit :
    - Petite peste. Tu me prends donc pour une effrontée ?
    - Pas du tout. Cet Ammir connaît notre pays, puisque il t’a certifié qu’il y vivait depuis plusieurs années. Mais toi tu ne connais rien du sien. Où est donc le mal ? Fais-toi plutôt un plaisir de le contacter pour assister à l’une de leurs réceptions. C’est toujours intéressants de découvrir les us et les coutumes des autres pays, tu ne trouves pas ?
    - Oui. Bien sûr. Mais l’intérêt serait plutôt pour toi. Pour ton métier…
    - Quoi ? En dehors des journalistes… Tu veux dire, que le reste du monde doit couper les ponts culturels et se confiner chacun dans son petit coin.
    Elle se lève en consultant sa montre :
    - Nawel je dois partir maintenant. Repose- toi. On reprendra notre discussion ce soir.
    La jeune fille la retint encore par le bras :
    - Si tu rentres aussi tard que d’habitude, je ne te garantirais rien. Dodo. Je préfère faire dodo.
    - Non. Je te promets de rentrer plutôt ce soir. Je n’ai rien de spécial pour aujourd’hui. Peut-être un article ou deux sur le cinéma universel…
    Elle fronce les sourcils, comme si elle s’était rappelé quelque chose :
    - Tiens. Pendant que j’y pense. Après Hollywood… On parle aujourd’hui de Bollywood. Le cinéma indien a fait ses preuves.
    Elle rit :
    - Si je m’engage là-dessus, c’est parti pour une journée de documentation. À ce soir Nawel.
    Elle quitte les lieux, en laissant son amie sans voix. Nawel demeure un instant interdite, puis reprenant la carte de visite que Hakima avait laissé sur son lit, elle se met à la relire avant de la glisser dans son sac.

    Faouzi
    Hakima arrive au siège de son journal avec une bonne demi-heure de retard. Elle fait le tour des bureaux, passe par le service technique, puis par la pub, avant de se rendre à la salle de rédaction où quelques-uns de ses collègues travaillaient silencieusement. Chacun était absorbé par la rédaction d’un article ou d’un reportage, où simplement mettaient des notes au propre afin de les exploiter plus tard. Quelques jeunes reporters s’apprêtaient à quitter les lieux, ordre de mission en main, et des techniciens, qui venaient d’arriver, travaillaient sur la saisie et la mise à jour des programmes.

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  44. Artisans de l'ombre Dit :

    45eme partie

    Hakima cherchait Hamid. Ce dernier n’était pas encore arrivé. Elle sera donc obligée de l’attendre afin qu’il lui donne de la matière. La veille, ils avaient décidé ensemble d’entamer une série de “papiers” concernant les arts, le cinéma en particulier. Les pages culturelles promettaient, et Hakima se délectait d’avance à l’idée de devoir entamer une longue et enrichissante documentation sur le 7e art.

    Elle dépose son sac et tire une chaise pour s’asseoir. Une main la tire par son épaule. Elle se retourne et relève la tête :

    - Bonjour Faouzi, lance-t-elle en se dégageant.

    - Bonjour, lui dit-il à voix basse. Je… j’aimerais te parler Hakima. J’ai quelque chose à te proposer.

    - De la matière… ?

    Il soupire, puis sourit :

    - De la bonne matière…

    - Un reportage alors… ?

    Il met un index sur sa bouche et chuchote :

    - Viens dans mon bureau. Ce n’est pas un endroit pour parler ici… On dérange.

    Hakima se lève et le suit :

    - Oh là là… Mais tu aurais pu tout simplement me laisser un ordre de mission et une fiche technique.

    Faouzi ouvrit la porte de son bureau et l’invite à entrer :

    - Je vais te remettre plutôt quelque chose de plus important.

    Hakima se laisse tomber sur un siège et balance son sac sur une table basse :

    - Alors je t’écoute.

    Faouzi s’assoit devant son bureau et prend ses aises, avant d’allumer une cigarette :

    - Je ne sais pas si je choisis bien le moment Hakima, mais le sujet nous concerne directement tous les deux.

    - Tu veux qu’on fasse un travail d’équipe ou quoi ? Hamid m’avait parlé hier de son projet sur le cinéma universel…

    - Oublie un peu le travail veux-tu, l’interrompt Faouzi en tirant sur sa cigarette, et en rejetant longuement la fumée.

    Hakima toussote et met une main devant sa bouche :

    - Tu fumes comme une locomotive. Je ne supporte pas la cigarette, tu le sais très bien.

    Il éteint son mégot et vint s’asseoir en face d’elle :

    - Et moi… tu me supportes ?

    Elle le regarde, intriguée :

    - Pardon… ?

    - Heu… Je veux dire…

    Il s’interrompt et se met à se gratter la tête :

    - Oh, je ne sais plus par quoi commencer. J’ai passé toute la nuit à chercher mes mots.

    - Hein ? Tu cherches tes mots ? Tu es rédacteur en chef et…

    - Veux-tu m’épouser Hakima ?

    De surprise, la jeune fille se lève d’un bond :

    - Hein ?

    - Heu… Je crois que je m’y suis encore mal pris… Je te demande si tu veux devenir ma femme Hakima. Je ne sais pas comment on fait pour demander une fille en mariage. Je ne connais rien aux formules romantiques… Je suis un simple d’esprit, un rustre.

    Hakima se met à rire :

    - Un simple d’esprit… Laisse-moi rire. Je n’en crois pas un mot. Mais…

    - Mais quoi ? Oh là là ! Montre-moi donc un peu comment font les autres pour demander la main d’une fille. Il se mettent à genoux pour la supplier, ou bien se contentent-ils de lui acheter un cadeau et des fleurs… Je suis nul bien sûr dans les deux cas, mais je ferai comme tu me le demanderas. Hakima riait toujours. Et Faouzi s’emporte :

    - Pourquoi ris-tu donc ? J’ai dit quelque chose de mal ? Je ne suis pas un poète moi, mais je t’aime Hakima… Et je veux passer le reste de mon existence dans ce monde auprès de toi. Dis oui… je t’en prie et fais de moi l’homme le plus heureux du monde.

    Hakima se rassoit et prend un mouchoir pour s’essuyer les yeux avant de répondre :

    - On peut dire que tu vas vite en besogne toi.

    Faouzi lui prend la main :

    - Pourquoi attendre davantage. Cela fera bientôt deux années qu’on travaille ensemble, et je n’ai jamais cessé de te courtiser. Mais tu semblais à chaque fois si indifférente, si lointaine… J’ai cru un moment que tu avais déjà quelqu’un dans ta vie… Alors je t’ai suivie, et j’ai procédé à ma petite enquête…

    - Quoi ?! Tu as fais la taupe ? Tu m’as espionnée ?

    - Appelle ça comme tu veux. Mais ne m’en demande pas les raisons… Je ne pourrais absolument pas te répondre… Je n’ai fait que suivre l’élan de mon cœur.

    - Mais tu ne connais encore rien de moi.

    - Mais si… J’en connais un bon bout.

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  45. Artisans de l'ombre Dit :

    46eme partie

    Hakima lui jette un regard inquiet. Il sourit et lance :

    - Je sais par exemple que tu habites encore à la cité “U”.

    - Parfait, et que sais-tu d’autre ?

    - Que tu partages une chambre avec ton amie intime Nawel. Qu’elle est médecin et que vous vous entendez-bien.

    - Et quoi d’autre ?

    - Que tu es une bonne fille, une bonne journaliste et une femme cultivée, qui fera une bonne épouse et une bonne maman.

    - Ce n’est pas assez.

    - Pourquoi ? Je n’ai pas besoin d’en savoir plus, je connais déjà l’essentiel.

    - Justement, je t’apprends que tu ne connais pas l’essentiel.

    Faouzi se lève :

    - Je ne sais pas de quoi tu parles, mais tu as le droit de poser toutes tes conditions. J’aurais aimé t’inviter à déjeuner afin qu’on discute plus amplement de notre projet, mais je connais ta réponse à l’avance. Tu as toujours refusé mes invitations, alors je me vois contraint de réduire ma proposition à cette entrevue dans mon bureau. Si cela t’offusque, tant pis, je ne pouvais pas faire autrement. Mais mon invitation tient toujours.

    Hakima l’interrompt d’un geste impatient :

    - Ce n’est pas ton bureau qui me dérange figure-toi, mais je ne pourrais donner une réponse favorable à ta demande.

    - Pourquoi donc ? s’écrie Faouzi. Que veux-tu d’autre comme preuve de mon intérêt et de mon amour pour toi ?

    Hakima croise les jambes et prend une longue inspiration avant de répondre :

    - Je ne sais pas si tu pourras un jour comprendre les raisons de mon refus. Je ne veux pas qu’un jour tu regrettes ton geste Faouzi.

    - Mais pourquoi ? Je ne regrette rien, si ce n’est la froideur et la brutalité de ta réponse.

    - Excuse-moi Faouzi si je te brusque, mais je ne peux pas t’épouser. Je n’ai ni le droit d’aimer, et encore moins celui de me marier.

    Faouzi s’emporte :

    - Qu’as-tu donc ? Pourquoi ne peux-tu ni aimer, ni te marier ?

    Il la saisit par les bras et se met à la secouer violemment :

    - Réponds-moi Hakima, pourquoi ne peux-tu pas te marier ? Pourquoi ? Tu es atteinte d’une maladie ?

    Hakima baisse la tête et murmure :

    - On peut appeler ça une maladie. Oui, je suis malade Faouzi. C’est ça, je suis malade, je ne peux pas t’épouser ni toi ni un autre.

    Elle passe sa langue nerveusement sur ses lèvres et reprend :

    - Tu mérites la meilleure des filles Faouzi. J’en connais quelques-unes qui se seraient fait une joie d’accepter ta demande en mariage, mais tu m’as choisie moi. Pourquoi ? Pourquoi le hasard s’acharne-t-il ainsi sur moi ?

    Elle se met à sangloter, et Faouzi de plus en plus intrigué se poste devant elle :

    - Tu m’intrigues Hakima.

    Elle se lève :

    - Un jour tu sauras tout Faouzi , un jour tu sauras.

    Elle se précipite vers la porte pour sortir, et se heurte à Hamid. Elle relève la tête pour le regarder dans les yeux, et ce dernier remarque ses larmes :

    - Que se passe-t-il donc ? Pourquoi pleures-tu Hakima ?

    Sans répondre, la jeune fille sort dans le couloir et va s’enfermer dans son bureau.

    Hamid se retourne vers Faouzi :

    - Tu lui a passé un savon, hein ? Tu deviens agressif ces derniers temps avec elle.

    Faouzi se passe une main sur le visage :

    - Je ne comprendrais jamais cette fille !

    Hamid s’approche de lui :

    - Mais que veux-tu donc comprendre ? Qu’elle ne veut pas sortir avec toi ? Elle a tous les droits de refuser, et ce n’est pas pour ça que tu va la sermonner !

    Faouzi hoche la tête :

    - Je ne suis pas aussi têtu que tu le penses. Moi j’ai des ambitions, je vois plus loin que le bout de mon nez. Ce n’est pas ce que tu crois Hamid.

    - Que s’est-il donc passé pour que Hakima soit dans cet état ? Cette fille ne pleure pas facilement. Ce n’est pas une petite nature non plus. Faouzi lève les mains d’un air impuissant :

    - Je n’ai jamais vu une fille pleurer parce qu’un homme qui l’aime lui déclare ses sentiments et demande sa main.

    Hamid écarquille les yeux :

    - C’est vrai ? Tu lui a proposé le mariage ?

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  46. Artisans de l'ombre Dit :

    47eme partie

    Faouzi hoche la tête : – Oui…. C’est vrai que je ne suis pas un poète…. Je ne sais pas choisir mes mots(il ébauche un sourire). C’est le comble pour un rédacteur en chef, n’est-ce pas ? Mais je t’assure, Hamid, que j’ai les plus nobles intentions envers elle.

    Hamid se racle la gorge :

    - Et…. et que t’a-t-elle répondu ?

    - Oh, des banalités du genre “je ne suis pas faite pour aimer ou me marier”. D’autres filles auraient été heureuses de se savoir désirées par quelqu’un comme moi. Puis, tout d’un coup, elle m’a certifié qu’elle était atteinte d’une maladie. Ensuite elle s’est mise à sangloter. Une première depuis son recrutement.

    Hamid s’assoit et invite Faouzi à se mettre près de lui :

    - Il y a des choses que tu ignores Faouzi, des choses que Hakima n’a pas pu te révéler.

    Faouzi le regarde curieusement :

    - C’est à peu près le même langage qu’elle m’a tenu…. Mais enfin, que devrais-je donc savoir ? Quel secret me cache-t-on ? N’ai-je pas le droit de savoir ?

    Hamid lui tapote l’épaule :

    - Je n’ai pas non plus le droit de te révéler certaines choses sur Hakima, mais vu les circonstances, je crois qu’il est grand temps que tu apprennes la vérité. Après, il serait saugrenu de te demander si tu voudrais encore l’épouser.

    - Mais qu’a-t-elle donc pu faire au point de se sous-estimer de la sorte ?

    - Elle ? rien, bien sûr. Disons qu’elle est plutôt victime des circonstances du hasard.

    - Vas-y, je t’écoute…Tu es en train d’attiser ma curiosité.

    Hamid pousse un long soupir :

    - J’ai promis à Hakima de garder le secret. Mais je crois qu’elle me pardonnera cette fois-ci d’avoir osé t’en confier un bout.

    Il prend une cigarette et l’allume avant de poursuivre :

    - La vie de Hakima n’a pas été de tout repos, tu sais…. C’est une fille exceptionnelle, intelligente, belle et ambitieuse…. Elle aurait pu être plus heureuse si elle n’avait été élevée à l’assistance publique.

    Faouzi est sidéré :

    - Quoi ? Tu me fais marcher Hamid, Hakima élevée dans une institution d’État ? Tu insinues qu’elle est orpheline ?

    - Oui…. Cette fille n’a jamais connu ni ses parents ni sa famille, c’est une enfant qu’on a retrouvée au bas des escaliers d’une mosquée un certain jour d’hiver.

    Faouzi change de place. Son visage avait pris une couleur pourpre et il sentit une désagréable transpiration imbiber son corps.

    - Je n’arrive pas à te suivre…Le dossier de Hakima ne mentionne pas …

    - Bien sûr que non. Hakima a quitté cette institution voilà des années. Elle a fait de brillantes études et a su se prendre en charge… Enfin, je veux dire qu’au moins elle a réussi dans sa vie professionnelle…. Mais son cœur saigne…. Elle ne veut être un fardeau pour quiconque.

    Tôt ou tard on découvrira son secret, et on la montrera du doigt… Elle ne veut pas s’exposer à une telle humiliation ni exposer quiconque avec elle, je veux dire mari ou enfants…. Tu vois à peu près les raisons qui l’ont poussée à refuser si promptement ta demande en mariage ?

    Faouzi n’en revenait toujours pas. Il se verse un grand verre d’eau et se rassoit :

    - Je ne sais plus quoi penser, je commence ma journée par de telles révélations… La réaction de Hakima me touche énormément.

    Il pousse un soupir :

    - Tant pis pour les convenances, je ne veux pas la perdre… Cette fille me plaît, Hamid. Je ne dors plus, je ne mange plus. Je passe mes nuits, et même mes journées, à penser à elle. Je ne peux ni l’oublier ni la laisser me filer entre les doigts.

    - Alors assume ! Prend ton courage à deux mains et va la voir. Il faut qu’elle sache que tu connais la vérité sur elle. Toute la vérité. Et à vous deux vous saurez faire face à tous les obstacles.

    Faouzi le prend par les épaules et le serre dans ses bras :

    - Merci, mon ami. Je vais donner un peu de temps à Hakima pour se ressaisir. Je ne veux pas la brusquer. Peut-être reviendra-t-elle vers moi….

    Hamid l’interrompt :

    - Cela m’étonnerait…. Mais je vais tenter de faire de mon mieux afin de la rassurer sur ton compte. Hakima mérite de goûter enfin au bonheur comme toutes les filles de son âge. Elle va sûrement m’en vouloir de t’avoir révélé son secret, mais tant pis, je vais considérer ça comme un premier pas vers une meilleure vie pour elle.

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  47. Artisans de l'ombre Dit :

    48 eme partie
    Il se lève pour sortir en brandissant l’index :

    - Il faut savoir aussi être diplomate dans la vie Faouzi…

    Faouzi sourit en regardant son ami quitter le bureau. Il s’installe devant son ordinateur, et se met au travail sans trop d’entrain.

    L’Indien

    Nawel venait de terminer son quart. On était à la mi-journée, et il faisait une chaleur torride. Elle enlève sa blouse et enfile une petite veste avant de se donner un coup de peigne et de retracer son rouge à lèvres. La matinée n’avait pas été de tout repos. Des malades affluaient toutes les minutes à son service, et elle dut encore une fois faire face à des situations assez complexes.

    Elle se saisit de son sac à main et prend ses clefs. Son véhicule n’était pas garé trop loin, et elle s’empresse de rejoindre le parking par la petite porte de service.

    Elle sent des courbatures le longs de ses muscles et se promet de faire un peu de footing dans l’après midi, avant d’opter pour un bain chaud. Elle ouvrit la portière de sa voiture et s’apprêta à monter lorsqu’elle remarqua qu’un véhicule de couleur bleue lui bloquait le passage. Ce véhicule n’était –il pas celui qu’elle avait croisé il y’a quelques jours dans un sens interdit ?

    Elle revint sur ses pas, et remarque le jeune brun qui la regardait :

    - Encore vous ! s’écrie t-elle. Mais ma parole, on dirait que vous faites exprès de me bloquer le passage chaque fois que vous me rencontrez !

    Le jeune homme sourit :

    - Vous l’avez deviné enfin ! Bien sûr que je le fais exprès…Je n’ai pas d’autre alternative pour vous aborder et j’ai longtemps attendu votre coup de fil.

    Nawel sentit la moutarde lui monter au nez :

    - Mais pour qui vous prenez vous donc ? Pour le Raja ?

    Il sourit encore :

    - Vous vous rappelez donc de moi ?

    - Oui… Vous êtes le chancelier indien…. Vous excellez dans l’art de persécuter des femmes sans défense comme moi.

    Il lève une main suppliante :

    - S’il vous plaît Nawel. S’il vous plaît, je ne veux pas vous importuner mais…

    - Vous connaissez mon nom ? Je ne me rappelle pas vous l’avoir donné.

    - Non, vous ne m’avez pas fait cet honneur, mais il se trouve que je l’ai remarqué sur l’une des ordonnances de ma mère…

    - Pardon… ?

    Il hoche la tête :

    - Oui, docteur, vous avez traité ma mère pour un ulcère de l’estomac et depuis, elle n’a pas cessé de faire votre éloge.

    Nawel ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais ne put rien prononcer. Elle se rappelle toutefois avoir reçu une vieille femme indienne dans son service. Elle était aux urgences ce soir-là, et elle avait porté assistance à cette pauvre femme qui se tordait de douleurs. Oui c’était vrai… !.Elle se rappelle cette adorable mère de famille, qui joignait les mains pour la remercier. Elle était accompagnée d’une femme plus jeune qu’elle. Probablement sa fille. Comme elle ne comprenait pas leur langage, elle s’était contentée de rassurer les deux femmes par des gestes, avant de pouvoir communiquer avec un homme qui les avait rejointes, et qui parlait couramment le français.

    - Oui Nawel, tu as reçu ma mère, et tu l’a bien traitée….Elle se porte à merveille maintenant….Il fut un temps où j’ai pensé l’évacuer à l’étranger….Mais elle s’était opposée arguant du fait, qu’elle n’avait jamais rencontré un médecin aussi doué que toi. Elle a préféré te faire confiance et elle avait raison.

    L’homme avait osé faire le pas. Il l’avait tutoyée ! Elle relève les yeux et le regarde en face :

    - Eh bien, merci. Tu remercieras ta mère pour moi, je n’ai fait que mon devoir…J’ai prêté serment pour soulager les souffrances dans la mesure des mes modestes connaissances médicales.

    - Mais moi je veux te remercier plus amplement Nawel. Je, j’aimerais t’inviter à partager mon déjeuner. J’ai passé des heures à t’attendre sous ce soleil de plomb. Je crois que je mérite une petite attention de ta part.

    Nawel ne savait plus quoi répondre. La raison lui disait de planter cet homme là et de s’en aller, mais une petite voix montait en elle…Une voix insistante qui lui demandait de sortir de son “cocon” et de sourire à la vie. Après tout, ce jeune homme paraissait bien éduqué, et ses manières “hindoues” l’amusaient. Il joignait les mains pour la saluer ou la supplier, il souriait d’un air franc, et avait de beaux yeux. Elle le regarde en face et sourit :

    - Si jamais un jour on m’avait dit que j’allais déjeuner avec un Indien, je n’en aurais pas cru un mot.

    - Tu veux dire que tu acceptes… ?

    - Ai-je le choix ? Tu bloques toujours mon véhicule.

    Il rit heureux et détendu :

    - Nous allons prendre le mien. Nous allons manger dans un restaurant de mon pays…Je suis certain que tu vas apprécier nos mets.

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  48. Artisans de l'ombre Dit :

    50eme partie
    - J’aimerais bien découvrir les recettes de ton pays… Mais je ne devrais pas trop tarder…
    - Parfait…. Nous allons déjeuner, puis je te redéposerais dans ce parking avant la fin de l’après-midi.
    Il s’installe devant le volant et met un CD de musique indienne. Nawel se détendit. L’air conditionné, et un parfum capiteux rendait l’atmosphère du véhicule très agréable.
    - Tu te rappelles au moins mon nom Nawel.. ?
    - Oui… Euh Amar… Amar … Heu, j’ai oublié la suite, dit-elle toute confuse.
    Il sourit :
    - On peut dire que tu as de sérieux problèmes de mémoire. Je m’appelle Ammir et non Amar… Ammir Kumar.
    Elle se mordit les lèvres :
    - Je suis désolée… Ta carte est toujours dans mon sac à main.
    - Et pourrais-je savoir à quoi a-t-elle servi ?
    Elle sourit :
    - À rien… Je plaisante bien sûr…. Mon amie Hakima m’avait conseillée d’assister à vos réceptions…. Si cela ne tenait qu’a elle, je l’aurais fait le jour même de notre rencontre.
    - Hakima avait raison…
    - C’est différent… Elle est journaliste… Elle travaille dans la culturelle…. Elle s’intéresse à tout ce qui touche de près les cultures universelles. Elle visionne des films, écoute de la musique classique, échange des idées via l’internet, et rencontre beaucoup de gens… Des artistes, des hommes de lettres et de culture….
    - Tu devrais la suivre toi aussi dans ces initiatives, Nawel.
    - Moi… Mais je n’ai pas le temps… Je suis trop prise dans l’engrenage de mon travail….
    - Ce qui ne t’empêcherait pas de sortir, de rencontrer des gens, d’assister à un concert de musique ou d’aller voir un film de temps à autre.
    - Hum… Tu as peut-être raison… Mais je ne suis pas aussi passionnée qu’elle.
    Il sourit :
    - Que connais-tu de mon pays.. ?
    - Hein… ? Et toi que connais –tu du mien, répondit-elle hâtivement afin d’esquiver la question.
    Il rit et Nawel trouve encore une fois qu’il avait de fort jolies dents.
    - Une façon comme une autre de me répondre par la négative. Ce n’est pas grave… Je te ferais découvrir beaucoup de choses, si tu le veux bien.
    - Tu ne réponds toujours pas à ma question Ammir, l’interrompt-elle afin de mettre fin à son embarras.
    - Quelle question… ? Ah.. Si je connaissais l’Algérie… ?
    Il prit une longue inspiration avant de lancer :
    - Algérie mon amour…. Tu ne peux pas savoir à quel point j’adore ton pays… Ses gens…Son histoire…. Sa culture… Ses us et ses traditions…. Tout est si merveilleux ici… Si simple, si beau… Vous avez le grand Sud, la Kabylie, les Aurès, et un tas de jolies villes…. Je n’ai pas encore vu un pays où la mer rejoint la forêt sans transition, et où le printemps rejoint l’été d’un pas allègre. L’Algérie représente pour moi un second pays…. J’adore ton pays Nawel…. Si ce n’était pas le cas, je n’aurais jamais consenti à rester autant d’années ici…
    - Mais je pensais que les diplomates bougeaient sans cesse.
    - Exact. Seulement dans mon cas, je peux dire que j’ai eu beaucoup de chance …. J’ai été rappelé à plusieurs reprises.
    Il se met à rire :
    - Je suis indispensable dans un pays où on utilise comme langues courante, l’arabe et le français. Et je peux m’estimer heureux de connaître ces deux langues.
    - Mais tu parles aussi assurément l’anglais. Et même pour les deux premières langues, je pense que tu aurais facilement pu les utiliser dans un autre pays..
    - C’est vrai. Mais j’ai opté pour l’Algérie… J’ai tellement plaidé ma cause, que l’ancien ambassadeur était obligé de repartir sans moi…( Il rit) … Je lui ai raconté une de ces blagues salées…
    - Hein… ?
    - Heu…. Pardon, je crois que j’ai mal utilisé le mot… Je veux dire une blague assez drôle….
    - Et c’était quoi cette blague ?.
    Il sourit et la regarde :
    - Eh bien…Je lui ai dit que j’étais en relation avec une Algérienne, et qu’on devait se marier…
    - Aussi simple que ça ? Et il a mordu à l’hameçon pour plaider ta cause au niveau du ministère des Affaires étrangères de ton pays.
    Il sourit d’un air espiègle :
    - Non… Je plaisantais bien sûr… Mais cela avait suffi pour qu’il comprenne que je voulais un renouvellement de contrat ici dans ce beau pays. Et étant donné que je suis considéré comme un élément assez “sérieux”, j’ouvre droit de temps à autre à quelques faveurs.
    - Mais jusqu’à quand… ?
    - Je n’en sais rien…Peut-être qu’a la prochaine “rotation” je serais obligé de quitter les lieux. Mais je n’aimerais pas trop y penser.
    Il contourne un jardin, et va tout bonnement garer devant un restaurant indien que Nawel ne connaissait pas :
    - Je ne connais pas cet endroit figure-toi…
    - Cela ne m’étonne pas. La plupart des clients de ce restaurant sont des habitués. Des gens du Moyen ou de l’Extrême-Orient qui apprécient la cuisine indienne. Bien sûr, il y a aussi des Algériens, et des passagers étrangers….
    Il lui ouvrit la portière et l’aide à descendre :
    - Après toi…

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  49. Artisans de l'ombre Dit :

    50eme partie

    Le restaurant avait cette allure typique des lieux que l’on découvre pour la première fois. Une senteur exotique, une atmosphère feutrée, et surtout un air romantique. Quelques couples déjeunaient en écoutant une musique du folklore indien. Nawel remarque quelques Algériens, mais la plupart des clients étaient étrangers, formant un monde cosmopolite.
    Ammir prend le bras de Nawel et se dirige vers une table au fond de la salle :
    - Ma table habituelle.
    Aussitôt installé, un serveur vint prendre la commande. Nawel parcourut le menu et lève les bras :
    - Je te laisse choisir pour moi. Primo je ne sais pas lire le hindi, ensuite je ne connais rien à l’art culinaire indien.
    - Eh bien c’est simple… Si tu prenais la peine de jeter un coup d’œil au verso, tu trouveras que le menu est en langue française… Ensuite, comme tu ne connais rien aux mets indiens, je te préviens tout de suite que notre cuisine est assez épicée pour un palais méditerranéen.
    - Ah !… Je n’aime pas les épices… !
    Ammir se met à rire :
    - Les plats indiens sont nombreux et variés… Laisse-moi faire.
    Il passe commande, et on leur sert en premier lieu les fameux chappattis tout chauds pour accompagner un hors-d’œuvre d’épinards et de pommes de terre dont le goût, légèrement relevé et acide, plut tout de suite à Nawel. Ensuite, un cocktail de brochettes marinées et un plat de riz au safran et au poulet pour finir par un dessert exotique et un thé.
    Nawel se lèche les doigts :
    - C’est succulent. Je n’ai jamais autant mangé.
    Elle porte une main à sa taille :
    - On peut dire qu’aujourd’hui j’ai anéanti tous les efforts déployés ces derniers temps pour observer un régime diététique. Bonjour les calories. Ammir sourit :
    - Tu me fais penser à ma sœur Farida…
    - Hein.. ? Ta sœur s’appelle Farida ?
    - Oui… En quoi cela t’étonne-t-il ?
    - Je ne sais pas. Je pensais que les prénoms indiens…
    - N’étaient pas comme les prénoms arabes ?
    - Heu… oui… C’est ça !
    - Eh bien détrompe-toi. Nous sommes musulmans, donc nous avons forcément des prénoms arabes. Mon frère aîné s’appelle Faisal et ma mère se prénomme Aisha.
    Nawel écarquille les yeux :
    - Ça alors ! Qui l’aurait cru…
    - Ton amie la journaliste… Je suis certain qu’elle en connaît quelque chose.
    Nawel se rappelle alors des dires de Hakima lorsqu’elle lui avait parlé de Ammir. Cette dernière lui avait tout de suite répondu qu’il devait être musulman comme son prénom l’indiquait.
    - Je… J’ai parlé de toi à Hakima, et elle m’avait certifié que tu étais musulman.
    Ammir ouvrit ces mains :
    - C’est gentil… Elle a compris tout de suite… Elle doit être vraiment très cultivée.
    - Oui… Elle fait beaucoup de recherches.
    Ammir prend deux cartes d’invitation et les tendit à Nawel :
    - S’il te plaît, ne refuse pas de venir à notre soirée… J’aimerais que tu ramènes avec toi Hakima aussi.
    Nawel prend les deux cartons et lis : “Soirée artistique indienne… Chorégraphie, musique et chants….”
    Le programme paraissait riche, mais Nawel tente de refuser l’invitation, arguant du fait qu’à la date supposée, elle serait de garde.
    Ammir sourit :
    - Je serais capable d’annuler toute cette manifestation si tu ne viens pas… Veux-tu me faire plaisir et me présenter Hakima… ?
    - Je… Je ne sais pas si elle serait d’accord…
    - Moi je suis certain qu’elle va plutôt s’empresser d’accepter… Heu… Je veux… J’aimerais te présenter à ma mère et à ma sœur. Je sais que tu les a déjà rencontrées, mais cette fois-ci vous feriez connaissance plus officiellement. Ma mère en sera enchantée. Farida, ma jeune sœur, est en vacances en ce moment, mais elle ne tardera pas à repartir au pays. Il y a aussi mon neveu Souleymane, son adorable petit garçon.
    Nawel est émue :
    - Je ne sais quoi te répondre Ammir…
    - Dis oui… S’il te plaît !
    Il avait pris un air si implorant que Nawel éclate de rire :
    - Plus tenace qu’une limace…
    - Ce n’est pas une réponse…
    - Je ne pourrais refuser un si grand honneur… Je viendrai pour rencontrer ta mère et ta sœur… Et je ramènerai Hakima…

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  50. Artisans de l'ombre Dit :

    51eme partie

    - Exact. J’attendrais avec impatience ton arrivée.
    Nawel met les deux cartes dans son sac et Ammir lance :
    - J’espère qu’elles n’auront pas le même sort que ma carte de visite.
    - Non. Oh ! non. Je te promets d’en parler dès ce soir à Hakima.
    Elle jette un coup d’œil à sa montre :
    - Déjà 16h !
    Ammir se lève et s’empare des clés de son véhicule :
    - Je suis désolé Nawel. Je t’ai retenue. À vrai dire, je n’ai pas vu le temps passer.
    Nawel sourit :
    - Eh bien pour être quitte, moi non plus.
    Ils rirent, et s’empressèrent de quitter les lieux.

    UNE VIE…UN RÊVE
    Hakima éteint son ordinateur et ramasse ses affaires. Elle avait travaillé d’arrache-pied depuis la matinée, et estima qu’il était grand temps pour elle de rentrer. Ses recherches s’étaient avérées fructueuses, et elle avait maintenant assez de matière pour préparer un long exposé sur le cinéma universelle. Le festival de Cannes se tiendrait bientôt, et elle espérait décrocher un billet pour la couverture de cet évènement mondial. Elle tente de se détendre et de ne penser qu’à son travail… Mais elle ne put s’empêcher de penser à Faouzi et elle sentit renaître en elle toute la tension de la matinée. Elle ferme ses yeux comme pour effacer une amère réalité. L’oubli ne viendra pas de si tôt. Elle se rappelle d’un poème qu’elle avait écrit alors qu’elle était encore adolescente et se met à le réécrire sur une feuille qui traînait sur son bureau. Sans trop savoir pourquoi, elle termine le poème et le relit, avant de froisser la feuille. Elle s’apprêtait à la jeter dans la corbeille à papier qui trônait à ses pieds, lorsqu’elle sentit une main se poser sur son épaule. Elle sursaute et se retourne vivement. Faouzi se tenait juste derrière elle. Il prit la feuille qu’elle venait de froisser, la déplie puis se met à lire :

    UNE VIE… UN RÊVE
    Le vent a heurté ma cabane
    Et le secret d’une nuit s’envola
    Une parole à peine prononcée
    Battit des ailes, et s’en alla.
    Que de larmes versées
    Sur cette feuille ensommeillée.
    Le bruit des vagues
    Mouilla mon rêve
    Et le cri d’une mouette
    Se perdit au loin
    Peine perdue
    Plage perdue
    Mais d’où vient cet inconnu ?
    Le vent a heurté ma vie
    Et je suis ce destin qui me suit.
    Faouzi tire une chaise et se met à côté d’elle :
    - Il est très beau ce poème Hakima… C’est de qui ?
    Elle hausse les épaules :
    - Oh ! c’était juste des fadaises que j’écrivais quand j’étais au lycée…
    - Il est de toi ! Tu m’impressionnes de plus en plus. Je ne savais pas que tu étais poète aussi.
    Elle baisse les yeux :
    - Un ancien passe-temps.
    - Tu devrais écrire davantage. Je t’aiderais à éditer un recueil…
    Elle relève les yeux et lance :
    - Non. Je… J’écris des poèmes de temps à autre juste pour me…
    - Oui ?
    - Juste pour oublier les aléas de la vie… Pour me déstresser. Je n’ai pas l’intention de publier. Enfin, du moins pour le moment.
    Faouzi la contemple un moment puis lance :
    - Aussi ambitieuse que tu es, je crois qu’il est temps pour toi de penser à publier. J’ai lu quelques-unes de tes nouvelles. Un vrai régal. Tu as lu les messages de tes lecteurs au moins ?
    Elle hausse les épaules encore une fois :
    - J’essaye de faire de mon mieux pour ne pas les décevoir. Mais je ne suis pas un ange. Je ne suis qu’un être humain doté d’une intelligence limitée.
    Faouzi ébauche un sourire :
    - J’aimerais bien te croire. Mais vois-tu, il se trouve que tu es extrêmement intelligente. Tu as un bel avenir devant toi Hakima.
    - Je me contente de mes couvertures quotidiennes et de mon salaire Faouzi. Grâce à Dieu. Je peux vivre à l’abri du besoin. Je n’en demande pas plus.
    - Qui te dis le contraire ? Mais cela ne t’empêchera pas d’avancer dans ton travail et d’aspirer à un meilleur poste. Je sens que tu vas grimper allègrement tous les échelons. Tu es jeune, ambitieuse et très douée dans ton domaine.

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  51. Artisans de l'ombre Dit :

    52eme partie
    Faouzi sourit :
    - Je crois que c’est plutôt moi qui devrais m’excuser. Je… je crois que je t’ai brusquée avec ma proposition.
    Hakima secoue sa tête :
    - À vrai dire, ce n’était pas ta proposition qui m’a bouleversée, c’est autre chose… Un jour tu sauras.
    - Je sais… Je le sais déjà, l’interrompt-il. Hamid m’a tout raconté.
    Hakima demeure interdite :
    - Hamid t’a raconté toute la réalité sur moi !?, arrive-t-elle enfin à articuler.
    Faouzi la prend par les épaules :
    - Je ne regrette pas ma proposition… Elle tient toujours. Tu n’as pas choisi ton destin, et tu n’as pas le droit de détruire ta vie.
    Hakima baisse les yeux et se met à jouer avec un stylo, d’un air nerveux :
    - Je ne peux pas m’imposer à toi Faouzi… Je ne veux pas que tu regrettes un jour ton geste.
    Faouzi hoche la tête :
    - Je ne regretterai rien, si ce n’est le fait de n’avoir pas cherché à te connaître mieux. Ton chef de rubrique connaît tout de toi, alors que moi, ton prétendant, je n’ai fait que survoler le côté platonique.
    Elle pousse un soupir :
    - Je ne voulais pas que les gens me prennent en pitié… J’en ai assez vu à l’orphelinat. Je t’assure Faouzi que ça serait une folie pour toi de vouloir faire de moi ton épouse.
    Faouzi brandit son index :
    - Si c’est ainsi que tu considères les choses, je te dirais que j’apprécie cette folie… Je veux juste une réponse de toi, et ma vie changera à jamais.
    Hakima se sentit si vulnérable et si triste qu’elle ne put prononcer un mot. Faouzi poursuit :
    - J’aimerais juste savoir une chose : Hakima, pourquoi n’as-tu jamais tenté de remonter la piste de tes origines ?
    Elle hausse les épaules :
    - C’est ce que mes amis ne cessent de me répéter… Mais je n’en vois pas l’utilité, étant donné que mes parents n’ont pas trouvé mieux que de me larguer sur les escaliers d’une mosquée.
    - Es-tu sûre de ces faits ?
    - Bien sûr… Lorsque j’ai tenté de connaître les origines de ma naissance, je me suis heurtée à un mur de silence. Personne ne savait rien sur moi. La seule chose qu’on ne cessait de me répéter est que la personne qui m’avait déposée au petit matin à l’entrée de cette mosquée aurait pu me laisser dans la forêt, où j’aurais servi de repas aux animaux. Tout compte fait, je ne sais pas si ça n’aurait pas été mieux.
    Faouzi lui tapote le bras :
    - Ne dis pas ça Hakima. À chacun son destin. Tu as peut-être mal dans ton âme, mais tu ne sais pas ce que l’avenir te réserve… Peut-être ne t’a-t-on pas déposée là de gaieté de cœur… Peut-être qu’on y était contraint.
    Elle pousse un autre soupir :
    - Pourquoi n’a-t-on donc pas cherché après moi ensuite… ?
    - Eh bien, les circonstances ne l’ont pas permis, ou bien la personne qui connaissait ton existence ne voulait pas qu’on te retrouve pour un tas de raisons…
    - Je n’en crois rien… Je suis indésirable, voilà tout… Suis-je le fruit d’un accident ? D’un viol ? D’une aventure sans lendemain ? Est-ce que la femme qui m’a portée durant neuf mois n’avait pas senti mes pulsations ?
    Est-elle morte à ma naissance ? L’a-t-on tuée pour adultère ? Et mon père ? Qui était-il ? Un vagabond de passage ? Ou un simple aventurier à la recherche de jouissances charnelles ? Dans tous les cas, je n’étais qu’un fardeau trop lourd à porter, dont on s’est empressé de se débarrasser.
    Faouzi chuchote :
    - Quelles que soient les origines de ta naissance, je maintiens ma proposition. Et cette fois-ci, tu n’auras aucune raison de la refuser, car je connais maintenant toute la vérité… Je ne pourrais que t’admirer davantage pour ton courage et ta sagesse.
    Je t’en prie Hakima, ne sois pas aussi dure envers moi et envers toi-même…
    Elle se lève et se saisit de son sac :
    - Je suis flattée Faouzi… Flattée et même fière de voir qu’un homme comme toi m’accorde autant d’intérêt et d’ amour… Mais malheureusement, il serait biscornu et saugrenu d’envisager une suite… Tu connais notre société et ses tabous.
    Faouzi s’emporte :
    - Je n’ai rien à voir avec cette société et avec ces tabous que tu t’entêtes à brandir tel un bouclier à tout bout de champ… Je sais que je t’aime et je veux faire ma vie avec toi.

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  52. Artisans de l'ombre Dit :

    53 eme partie
    Hakima se retourne vers lui et lance d’une voix assurée :
    - J’accepterais ta proposition à une seule condition.
    Faouzi lui prend les mains et les porte à ses lèvres :
    - Pose toutes les conditions que tu veux… Il n’y aura aucune contrainte.
    - As-tu parlé de moi à ta famille.. ? Ou du moins à ta mère.. ?
    Faouzi pris au dépourvu lâche ses mains, et se met à se gratter le menton :
    - Es-ce important… ?
    - Mais c’est le premier pas à faire Faouzi….Ta famille doit tout savoir sur moi avant de donner son consentement à ce mariage. Veux-tu qu’on me considère comme cette intruse qui prend leur fils aimé ?
    Faouzi se passe une main dans les cheveux :
    - Je t’avoue que je n’y avais pas pensé…
    - Tu ne connaissais encore rien de moi, alors ce n’était pas nécessaire pour toi d’informer qui que ce soit avant que je ne te donne mon consentement.
    - Oui….C’est çà….Mais je ne pense pas que ce sera une entrave…Je vais tenter d’en discuter dès ce soir avec ma mère.
    - Tu verras que la première chose qu’elle te demandera, c’est des informations sur mes origines et ma famille.
    Faouzi ébauche un sourire au coin des lèvres :
    - Ne t’en fais pas…Je saurais comment lui présenter les choses, mais ne tente plus de t’esquiver…Je ne suis pas un ogre mais je ne te lâcherais plus…
    Elle sourit :
    - On verra Faouzi. On verra seulement….
    - Quoi… ?
    - Je n’aimerais pas te blesser mais au cas où ta mère refuserait, n’insiste pas….Elle en aura toutes les raisons…Je ne suis pas comme tout le monde.
    Il pousse un soupir :
    - Je ne suis pas un pion tout de même, moi aussi j’aurais mon mot à dire. Si ma famille te refuse, je t’épouserais contre son gré…
    Hakima l’interrompt d’un geste brusque de sa main :
    Je n’aimerais pas çà…. Je ne veux pas être le bouc émissaire d’un refus, affaire familiale tout à fait légitime. Qui aimerait voir son fils épouser une fille sortie tout droit d’un orphelinat ?
    - Mais pardi… ! Nous ne sommes plus à l’ère des dinosaures !
    Hakima lui prend le bras :
    - J’aimerais te croire Faouzi…Tu es si sincère, et si simple, mais la réalité est tout autre… Commence par en discuter avec ta mère… D’accord ?
    Elle quitte le bureau, et Faouzi la suit des yeux. Il repasse sa main dans ses cheveux, puis jette un coup d’œil à sa montre-bracelet. Il était temps pour lui aussi de penser à rentrer.
    Nawel venait de prendre un bain, et était en train de se sécher les cheveux devant une glace, lorsque Hakima revint.
    - Tu m’avais promis de rentrer tôt ce soir, lance Nawel, en appuyant sur le bouton de son séchoir pour l’arrêter.
    Hakima lui jette une serviette à la tête :
    - Termine ta besogne, ma chère amie. Après j’ai des choses à te raconter.
    Nawel sourit :
    - Et si je commençais moi d’abord à te raconter ce qui m’est arrivé aujourd’hui ?
    - Je ne pense que cela en vaut la peine autant que pour moi.
    - Ah bon… ? Mademoiselle se prend pour Miss Monde … ? Tu as sûrement décroché un billet pour le Festival de Cannes.
    Hakima secoue ses boucles :
    - Si ce n’était que çà…. !
    Elle prend un air sérieux et lance :
    - Je ne t’en dirais pas plus avant le diner…J’ai un de ces creux.
    Elle ouvrit le réfrigérateur, et en ressortit une barquette de poulet, et des œufs.
    - Je vais réchauffer le dîner…Tu veux une omelette ?
    Nawel qui n’avait pas encore totalement digéré son déjeuner refuse :
    - J’ai trop mangé aujourd’hui, je crois que je n’aurais aucun mal à reprendre quelques kilos si je m’amusais à engloutir encore un dîner.
    Hakima la regarde curieusement :
    - Tu as déjeuné dehors ? Ce n’est pas dans tes habitudes. Un séminaire ?
    Nawel reprend le séchage de ses cheveux :
    - Oui, un séminaire. Tu peux le dire, mais un séminaire très agréable cette fois-ci. Je peux t’assurer que je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer.

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  53. Artisans de l'ombre Dit :

    54 eme partie
    - J’ai l’impression qu’il y a anguille sous roche… Je sens comme un parfum de romantisme dans l’air.
    Nawel accentue la vitesse de son séchoir :
    - J’adore tes tournures de phrases… J’aimerais tant apprendre ton langage poétique…
    - Hum… Nous ne sommes pas sur la même longueur d’ondes Nawel. Ton domaine c’est les ordonnances, et cette odeur tenace de désinfectant que tu traîne avec toi, et moi, c’est mes lectures et mes papiers…
    - N’empêche qu’on se partage nos tendances.
    Elle éteint son séchoir et se met à se brosser les cheveux :
    - Je crois que je vais devoir changer de coiffure… Mes cheveux sont trop longs. Qu’en penses-tu ?
    Hakima hausse les épaules tout en remuant son omelette dans la poêle :
    - Fais-ce qui te plaît… Les goûts et les couleurs…
    - Oh ! laisse tomber… On dirait qu’on t’a marché sur les pieds ce soir. Tu es d’une humeur à couper au couteau.
    Hakima sourit :
    - Désolée ma chérie. Mais j’ai eu une journée assez chargée.
    - Comme toujours… Et moi donc… Tu crois que j’ai eu le temps de faire des mots croisés ?
    La jeune fille dépose son dîner sur la table et tire une chaise pour s’asseoir :
    - Je viens de recevoir une demande en mariage.
    Nawel laisse tomber sa brosse :
    - Une quoi ?
    Hakima entame son dîner et reprend :
    - J’ai reçu une demande en mariage te dis-je…
    Nawel ramasse sa brosse et vint vers elle tout sourire :
    - Qui est le malheureux élu …, ? lance t-elle d’une voix taquine..
    Hakima dépose sa fourchette :
    - Malheureux… ! Tu peux le dire, le mot est juste.
    Nawel se sentit honteuse :
    - Je plaisantais Hakima, je t’assure que….
    - Je te connais assez Nawel… Je sais que tu plaisantais… Mais réellement le mot est juste… Mon prétendant est bien malheureux d’être tombé sur une fille comme moi.
    - Mais pourquoi donc ? Où pourra-t-il trouvé un meilleur parti ?
    - Ah Nawel ! Toi aussi tu deviens aveugle ou quoi… Qui suis-je donc ?
    - Une fille formidable, qui comblera de bonheur le plus réticent des hommes.
    - Arrête tes balivernes… Je suis tout aussi malheureuse pour lui, car c’est à cause de moi qu’il va souffrir.
    - Qui va souffrir ? Ton prétendant ?
    - Oui…
    - C’est un collègue à toi ?
    - Faouzi… Le rédacteur en chef…
    Nawel tire une chaise et s’assoit auprès de son amie :
    - Celui dont tu m’avais parlé. Celui qui ne cessait pas de te courtiser ?
    Hakima acquiesce :
    - Oui.
    - Et où est le problème ? Tu n’as qu’a lui parlé de toi…
    - C’est déjà fait… Hamid avait pris les devants… Mais Faouzi ne veut pas en démordre… Il maintient sa proposition.
    - À la bonne heure…
    - Quelle bonne heure ? Attends que sa mère soit mise au courant et tu verras s’il ne va pas retourner sur ses pas comme un bon fils de bonne famille.

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  54. Artisans de l'ombre Dit :

    55eme partie
    Nawel lui entoure les épaules : – Tu connais mieux que moi ce Faouzi, Hakima. Je ne sais pas à quel genre d’homme tu as à faire, mais s’il tient à toi, aucune force au monde ne l’empêchera de t’avoir. La famille n’aura qu’à s’incliner. Et puis, je crois que les mœurs ont évolué. Tu es une fille bien éduquée, cultivée, belle, intelligente… je ne vois pas ce qu’il lui faudrait de plus.
    - Tu ne comprends donc pas Nawel ? Tu ne comprends donc pas que ma situation dissuadera plus d’un homme à m’approcher ? Je ne suis pas comme toi. Je n’ai aucun port d’attache.
    - Pour le port d’attache, le mien non plus n’est pas meilleur. Je n’ai pas vu mon père depuis plus de six mois. S’il était mort, j’aurais été pleurer sur sa tombe… mais il se trouve qu’il est encore de ce monde, et je ne sais même pas où il est.
    Hakima lui tapote l’épaule :
    - Désolée Nawel… je ne voulais pas te blesser. Mais toi au moins tu as un nom… une origine….
    - Cela ne m’a pas servi à grand-chose vois-tu ? Je me suis faite toute seule.
    Elle sentit la détresse de son amie et reprend :
    - Je ne vais pas te faire une leçon de morale Hakima, mais je peux te certifier une chose : si ce Faouzi est ton mektoub, rien ne le fera reculer.
    - Mon mektoub est bien net Nawel… je ne suis pas faite pour aimer ou me marier.
    - Quelle catastrophe mon Dieu ! lance Nawel en joignant les mains d’un air dramatique.
    Hakima se met à rire :
    - Arrête ! Tu ne peux pas comprendre mon état d’âme.
    - Ce que je ne comprends pas Hakima… c’est plutôt ton entêtement à porter sur ton dos toutes les misères du monde.
    - Tu ne pourras jamais saisir l’immensité de ma frustration. Jamais, Nawel, tu n’arriveras à atteindre ça. Jamais ! Je connais trop notre société pour m’incliner.
    - Mais Faouzi le sait. Il sait tout sur toi maintenant. Ne veux-tu pas tirer un trait sur ton passé et reprendre ta vie à zéro ?
    - Impossible ! Notre société appréhende les tabous… et je suis moi-même un tabous.
    - Tu n’as pas eu à choisir. Tu es une victime.
    - Justement ! c’est ce que j’essaye de te faire assimiler… Je suis une victime, et je ne veux en aucun cas en faire d’autres.
    Nawel secoue sa tête :
    - Têtue…Têtue….Faouzi aura fort à faire avec toi pour avoir le dernier mot.
    - Je lui ai tout simplement demandé d’en parler à sa famille… Il en tirera la conclusion de lui-même.
    - Mais tu n’y penses pas… Si Faouzi revient vers toi, c’est qu’il t’aime… Tu n’as pas le droit de le faire souffrir.
    - Je n’ai pas le droit non plus de l’entraîner dans un labyrinthe… Je veux qu’il sache, une fois pour toute, qu’un cas comme le mien est sans issue… sans espoir.
    Elle repousse son assiette et se dirige vers son lit :
    - Je vais quitter le journal Nawel. Je n’aurais plus le courage de le regarder en face.
    Nawel s’exclame :
    - Mais tu es folle ! Tu vas mettre ta carrière en péril à cause d’une situation qui n’en vaut pas la peine. Attends au moins la réponse de Faouzi.
    Hakima baisse les yeux :
    - Ce n’est pas la peine. Je la connais déjà.
    Elle s’allonge sur son lit et met un coussin sur son visage. Au bout d’un moment elle le rejette et regarde Nawel :
    - Tu voulais me parler de quelque chose ?
    Nawel hausse les épaules :
    - Ce n’est pas important ; après ce que tu viens de me révéler, je n’en ai plus envie.
    Hakima se redresse sur un coude :
    - C’est à quel sujet ?
    - Oh ce n’est rien. J’ai des invitations… des invitations pour un gala artistique.
    Hakima se laisse retomber sur son lit et se couvre :
    - Nous en reparlerons demain matin.
    Elle ferme les yeux et se laisse emporter. Nawel l’observe un moment avant de se décider de son côté à rejoindre son lit.

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  55. Artisans de l'ombre Dit :

    56
    Faouzi faisait les grands pas dans le salon où sa mère venait deservir le dîner.
    - Maman…Maman…Je t’en prie écoute–moi..Comprends donc les choses.
    - Que veux-tu que je comprenne… ? Que tu veux épouser une fille sans racines… ? Qui est cette fille.. ? Qui sont ses parents…. ? N’est-elle pas le fruit d’un péché… ? Tu veux donc ramener le péché sous mon toit…. ?
    - Maman, avant tout, il faut que tu saches que Hakima est une fille formidable, elle est intelligente, cultivée, et bien éduquée….Elle a un comportement irréprochable.
    - Bien sûr…Elle sort d’une institution publique, l’interrompt sa mère d’un air ironique….Que pourrait être une fille élevée dans un orphelinat… ? D’ailleurs où habite t-elle ?
    - À la cité universitaire.
    - Ah…Ah..Ah… Tu veux donc que j’aille demander sa main à la cité universitaire…Je vais m’adresser à qui ? À l’administration de la cité, ou vais-je devoir m’adresser à l’orphelinat ? Faouzi lève une main suppliante : S’il te plaît mère, s’il te plaît cesse de te moquer de moi….Je ne fais que te parler d’une fille qui ne voulait pas me donner sa réponse avant que je t’en parle.. Tu vois, elle est si susceptible qu’elle a peur de choquer les autres.
    La vieille femme se saisit d’un éventail, et se met à s’éventer :
    - J’aimerais bien te croire mon fils. Mais il se trouve que j’ai déjà pris les devants pour toi.
    - Quoi… ? Que veux-tu dire par là… ?
    - Tu as oublié donc notre dernière conversation au sujet de Zohra ?
    - Zohra ?
    - Oui Zohra ta cousine …. Vous avez été élevés ensemble et vous vous connaissez bien…. Zohra est une fille bien comme il faut et elle a des doigts d’or. Elle est un cordon-bleu et sait tenir parfaitement une maison. Que te faut-il de plus et où trouveras-tu mieux que ta cousine ?
    Faouzi demeure interdit. Il se pince….Non, il ne rêvait pas… Il était devant sa mère, qui lui parlait de sa cousine Zohra….Un nom qui le faisait sursauter à chaque fois qu’il l’entendait.
    Il s’approche de sa mère, et lui prend l’éventail des mains :
    - Tu veux faire mon malheur, maman.. ?
    Sa mère lui caresse les cheveux :
    - Je veux plutôt t’empêcher de faire ton malheur…Pourquoi choisis-tu une fille sans famille, alors que Zohra n’attend qu’un signe de toi ?
    - Mais tu n’y penses pas maman…Je ne pourrais jamais imaginer cette fille comme mon épouse…D’ailleurs, on se déteste mutuellement …Tu oublies donc nos disputes.. ?
    - Cela n’a plus rien à voir….Vous êtes tous les deux adultes aujourd’hui….Les querelles font partie du passé…Zohra s’est assagie et toi aussi….( Elle sourit). D’ailleurs je lui en ai déjà touché un mot et elle n’attend plus qu’un signe de toi.
    Faouzi jette l’éventail et se relève promptement :
    - Je vois que tu as déjà tout manigancé….Tu veux me voir lié à Zohra, une infirme…Elle boite et elle a un bec de lièvre, et ….des….(Il fait un signe sur sa tête) des cheveux qui poussent comme un palmier….Elle est inculte…Elle ne sait pas compter jusqu’à dix…et…
    Sa mère l’interrompt :
    - Cesse de dire des méchancetés sur ma nièce….La beauté physique n’est pas tout chez une femme, et puis même si elle est laide, elle n’a pas eu à choisir son destin.
    - Hakima non plus, lance Faouzi d’une voix forte.
    Irritée, sa mère se lève :
    - Tu veux que je te dise mon fils :
    Elle ôte son foulard et tire sur ses cheveux :
    - Tant que je suis de ce monde, et tant qu’il me restera un seul cheveu sur la tête, je jure devant Dieu tout puissant, que cette fille sans origines, que tu veux ramener de la rue sous mon toit, ne sera jamais des nôtres…
    Tu veux donc me ridiculiser devant la famille et nos ennemis… ? Ton pauvre père doit se retourner dans sa tombe. Où est passée donc ta fierté Faouzi…. ? Cette fille t’a déjà anéanti. Elle veut te mettre le grappin dessus…Bien sûr où trouvera-t-elle meilleur parti…Une fille de rue comme elle… ? Alors écoute-moi bien : Où tu consentiras à épouser ta cousine Zohra, où tu n’es plus mon fils.
    À ce moment précis, Zohra entre au salon. Elle s’assoit près de sa tante et se serre contre elle, puis elle ébauche un sourire et fait un clin d’œil à Faouzi. Ce dernier rouge comme une pivoine, s’empresse de quitter les lieux.
    Il se dirige vers sa chambre et s’enferme à double tour.
    Des larmes de déception et d’amertume coulaient sur ses joues. Il comprenait enfin la détresse de Hakima, sa souffrance, et le mal être des amoureux incompris.
    Demain, il en rediscutera longuement avec Hamid. Il n’abandonnera jamais Hakima, même au prix de sa propre vie.

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  56. Artisans de l'ombre Dit :

    57.
    Le jeune homme est sidéré… Il comprend enfin les appréhensions de Hakima. Nawel se réveille avec une drôle de sensation. Elle tente de se rappeler ce qui c’était passé la veille, mais n’y parvient pas tout de suite. Elle se laisse retomber sur son oreiller et referme les yeux. Un bruit la tire de sa torpeur… Hakima prenait sa douche. Elle jette un coup d’œil au réveille-matin et constate que la matinée était bien avancée. Elles ont dû dormir comme des marmottes toutes les deux.
    La mémoire lui revint, et elle se rappelle tous les événements de la veille. Son déjeuner avec Ammir, l’invitation de ce dernier, et ensuite la conversation qu’elle avait eue dans la soirée avec son amie.
    “Pauvre Hakima, se dit-elle. Si au moins elle n’était pas aussi réticente… La vie n’a jamais été douce avec elle, et maintenant c’est elle qui refuse de vivre.”
    Nawel s’étire. C’était sa journée de repos, et elle pouvait paresser encore un peu dans son lit. Elle met la radio et laisse son esprit vagabonder. Ammir… (elle sourit) Un Indien… Elle imaginait déjà la tête de Hakima lorsqu’elle lui rapportera sa seconde rencontre avec cet homme.
    Elle se lève et branche la cafetière électrique, avant de jeter un coup d’œil à son reflet dans la glace : “Il faut que je rafraîchisse ma coupe et que je me fasse faire un nettoyage de peau… Je parais terne avec ces cernes sous les yeux et mes cheveux sont aussi raides que les baguettes d’un tambour…”
    Elle se fit une moue et tire sa langue : “Tu devrais penser à t’acheter aussi de nouvelles affaires… Changer ton maquillage et… faire un peu de sport pour maintenir ta ligne.”
    Elle repense au déjeuner de la veille et se passe une langue sur les lèvres. C’était un vrai délice, et Ammir s’est avéré un agréable compagnon.
    Hakima ressort de la douche en s’essuyant les cheveux :
    - Déjà levée ?
    - Et toi donc… ?
    Hakima pousse un soupir :
    - à vrai dire, je n’ai presque pas dormi… Heureusement que j’ai une matinée de libre aujourd’hui, je commence le travail avec l’équipe de l’après-midi, vers 13h00.
    - Moi, c’est quartier libre aujourd’hui… Je vais te déposer, et puis j’irais flâner un peu, j’ai envie de faire du shopping… Je veux m’acheter des vêtements, quelques produits de beauté, et peut-être passer chez mon esthéticienne si j’ai le temps…
    Hakima se plante devant elle :
    - Je sens comme un parfum de romantisme dans l’air…
    - C’est la même phrase que tu as prononcée hier soir…
    - Je la maintiens… Je sens que tu me caches des choses Nawel !
    Nawel met les mains sur ses hanches :
    - M’avais-tu laissé le temps de t’en parler ? Je ne peux rien te cacher, tu le sais bien.
    Hakima prend deux tasses et verse du café chaud. Nawel prend la corbeille à pain et une plaquette de beurre qu’elle dépose sur la table :
    - Assieds-toi Hakima, je vais te raconter une de ces histoires !
    - à dormir assise…
    Nawel se met à rire :
    - C’est pour cela que je te demande de t’asseoir pardi !
    - Bien. Alors je t’écoute.
    Nawel dépose sa tasse devant elle, et se met à beurrer son pain. Elle regarde Hakima qui buvait son café à petites gorgées et sourit :
    - Tu ne devineras pas… Tu ne devineras jamais qui m’attendait hier à ma sortie de l’hôpital.
    Hakima pose sa tasse :
    - Quelle que soit cette personne, tu parais tout à fait heureuse de l’avoir rencontrée.
    Nawel met une main sur sa joue :
    - Heureuse ? C’est un peu exagéré… Mais je peux t’assurer que j’ai passé un agréable moment.
    - Un jeune et bel homme au regard rêveur…, lance Hakima d’une voix taquine.
    Nawel pousse un soupir :
    - Ammir… Ammir Kumar.
    Hakima laisse tomber sa cuillère :
    - Le diplomate indien ?
    Nawel hoche la tête :
    - Exactement ! Je ne m’y attendais pas… Figure-toi que cette fois-ci il m’a invité à déjeuner…
    - Et tu as accepté sans résistance ? Je ne te comprends plus… La dernière fois tu n’avais pas l’air aussi emportée.
    - Mais attends donc que je te raconte…
    Elle se lève et va fouiner dans son sac pour en ressortir les deux cartes d’invitation.
    - Regarde donc… Il nous invite toutes les deux à une soirée artistique indienne…
    - Mais il ne me connaît pas !
    - Petite sotte… Bien sûr que non… C’est moi qui lui avais parlé de toi !
    - Hein ? Pourquoi donc… ?

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  57. Artisans de l'ombre Dit :

    58-
    Nawel fait un geste impatient : C’était pour lui en mettre plein la vue… Tu reconnais que je suis nulle en culture universelle, mais pour compenser mon manque, je lui ai parlé de toi, en précisant que tu étais une journaliste douée pour tout ce qui touche à la culture universelle.
    Hakima sourit :
    - Et bien sûr, il ne pouvait pas t’inviter sans un chaperon pour une telle soirée.
    - Tu consens donc à m’accompagner Hakima.
    - Bien sûr. Je ne vais pas rater l’occasion de découvrir davantage la culture millénaire d’un pays tel que l’Inde… C’est tellement profond, tellement varié qu’on s’y perd.
    Nawel bondit sur ses pieds et l’embrasse sur la joue :
    - C’est dans deux jours… Nous aurons l’occasion de rencontrer la famille d’Ammir aussi… Il veut me présenter à sa mère et à sa sœur. J’ai eu à les rencontrer déjà aux urgences de l’hôpital…
    Hakima fronce les sourcils :
    - Tu es en train de t’emmêler Nawel. Vas-y doucement. Je n’arrive pas à te suivre.
    Nawel se rassoit :
    - Je suis tellement confuse… Voilà,
    elle se lance dans son récit plus explicitement cette fois-ci. Hakima se reverse du café et l’écoute jusqu’au bout sans l’interrompre. À la fin de son récit, Nawel lui demande :
    - Qu’en penses-tu ?
    Hakima sourit :
    - C’est dans la chaleur de ton cœur que mon souffle cherche refuge… Dois-je me détruire pour pouvoir t’aimer ?
    - Hein ? Mais que dis-tu là, je ne te suis pas.
    Hakima sourit :
    - C’est la réplique d’Aamir Khan dans le film Fanaa…
    - Fanaa ? Aamir qui… ?
    - Aamir Khan… Une grande star de Bollywood. Le film Fanaa a eu un succès fou à sa sortie en 2006. Je l’ai revisionné dernièrement afin de relever quelques notes pour une éventuelle étude cinématographique, un vrai régal.
    - Tu disais : “Dans le souffle de ton cœur… ”
    - Non, “c’est dans la chaleur de ton cœur que mon souffle cherche refuge… Dois-je me détruire pour pouvoir t’aimer ?”
    - C’est sublime ! Mais je ne vois pas la relation avec ma rencontre…
    - Ah, ah !… Moi non plus ma puce… Mais je peux t’assurer que ta relation avec cet homme ne s’arrêtera pas au stade de l’amitié.
    - Tu es folle Hakima. Ce jeune diplomate voulait juste me remercier d’avoir traité sa mère.
    - Hum… Je vois…
    - Tu regardes trop de films hindous… Tu es trop loin de la réalité Hakima.
    - Ah, Ah, Ah… Plus réaliste que moi, ça n’existe pas, je ne suis ni romantique ni amoureuse.
    Elle s’interrompt tout d’un coup et repense à Faouzi :
    - Cela vaut mieux d’ailleurs pour moi, poursuit-elle.
    Nawel lui pince la joue :
    - Tu repenses encore à Faouzi… Je vois qu’il ne t’est pas indifférent.
    Hakima soupire :
    - Je n’aimerais pas trop me leurrer… Cet homme a une famille. Il doit épouser aussi une fille de famille… Je n’ai rien à lui offrir moi… Rien… Que mes malheurs, et un passé sans racines.
    Nawel s’écrie :
    - Cesse donc d’être aussi sceptique… Tu ne sais pas ce que l’avenir te réserve.
    - Oh que si ! J’en connais déjà un bon bout… Ce que je vis, n’est que le reflet de ce qui m’attend.
    Nawel bondit sur ses pieds :
    - Tu veux que je te dise… ? Pourquoi ne m’accompagnes-tu pas tu pas pour faire du shopping, et te coiffer. Cela t’évitera d’affronter Faouzi aujourd’hui et te permettra de te changer les idées.
    Hakima se met à réfléchir avant de répondre :
    - C’est une bonne idée, mais je dois quand même me rendre au journal. J’ai un travail à remettre à Hamid… Et puis je dois aussi le mettre au courant de mon intention de quitter mon job prochainement.
    Nawel lui jette un regard plein de reproches :
    - Pourquoi anticipes-tu les choses ? Attends au moins la réponse de Faouzi. Ne serait-il pas lâche de ta part de lui tourner le dos de cette manière ?
    - Je n’ai pas d’alternative.
    - Oh que si ! Tu peux au moins en parler à Hamid…
    Hakima hoche la tête :
    - Tu as raison… Je vais lui en parler au plus tôt.
    Elle sourit :
    - Allons-nous préparer… Pour une fois, nous allons passer une demi-journée à flâner et à faire les vitrines… Amusant, non ?
    Nawel se met à rire :
    - Tu retrouves ta bonne humeur, c’est le moins qu’on puisse dire.

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  58. Artisans de l'ombre Dit :

    59.
    Elles arrivèrent vers la mi-journée

    à la rédaction. Hakima entraîne Nawel vers son bureau, et cette dernière est vite prise dans le tourbillon de l’atmosphère rédactionnelle. “On dirait qu’il y a le feu”, se dit-elle Elle s’installe sur une chaise, et se met à observer le remue-ménage des reporters et des journalistes qui s’interpellaient et se bousculaient devant le service techniques, ou devant les ordinateurs. Des voix lui parvinrent de l’autre côté du couloir. Un photographe réglait son appareil photo, et un autre, le sac en bandoulière, courait derrière un reporter qui avait déjà quitté les lieux Nawel jette un coup d’œil autour d’elle. Hakima était devant son ordinateur, et montrait quelque chose à un agent de saisie. À ce rythme infernal, nous ne quitterons pas de sitôt la rédaction.
    Un homme venait d’arriver. Il sourit à Nawel :
    - Tu es Nawel, l’amie de Hakima n’est-ce-pas ?
    - Oui. On se connaît ?
    L’homme hoche la tête :
    - Moi du moins. Hakima m’a tellement parlé de toi, que j’ai l’impression de t’avoir toujours connue. La preuve est que je te tutoie sans appréhension.
    Nawel sourit :
    - Tu es sûrement Hamid.
    - Tout à fait.
    Hakima vint vers eux :
    - Je vois que vous avez déjà fait connaissance.
    - Nous nous connaissions déjà, dit Nawel d’ un air mi-sérieux, mi-taquin.
    - Tu veux dire que Hamid t’a reconnue ? Je ne sais pas comment il fait, mais il a le flair pour aborder les gens et les mettre tout de suite à l’aise.
    - La règle essentielle pour un journaliste, ou bien je me trompe, lance Hamid en riant.
    Hakima lui donne une tape sur le dos :
    - Non tu ne te trompes pas. Tu tombes toujours à pic. Je vais accompagner Nawel, nous avons des courses à faire, mais j’ai déjà remis mon papier et tu peux toujours y jeter un coup d’œil, il est à la saisie.
    Hamid tendit une enveloppe à Hakima :
    - Qu’est-ce que c’est ?
    - Un ordre de mission, ton passeport et tous les documents nécessaires pour la couverture du Festival de Cannes. Tu partiras dans une semaine.
    - Hein, tu plaisantes. C’est toi qui devrais partir.
    Hamid lui met l’enveloppe dans la main :
    - Ce sont les ordres du rédacteur en chef. Je ne peux pas refuser de les exécuter.
    - Faouzi ? Mais où est-il donc ? Son bureau est fermé et je ne le vois nulle part.
    Hamid met les mains dans ses poches. Il paraissait embarrassé, mais se ressaisit vite pour répondre :
    - Il est parti en mission très tôt ce matin.
    - En mission ? Mais où ?
    - Je ne sais pas, il m’avait appelé pour me demander d’assurer l’intérim de la rédaction. Je crois qu’il sera absent pour plusieurs jours.
    - J’ai terminé un peu tard hier soir. Nous avons discuté un moment ensemble, mais il ne m’a pas parlé d’une éventuelle mission.
    Hamid l’interrompt d’un geste :
    - Tu connais le sillage de l’information Hakima, un monde imprévisible. Faouzi a dû avoir vent de quelques rumeurs qu’il voulait confirmer lui-même. Tu le connais. Lorsqu’il tient quelque chose, il ne la lâche plus.
    - Mais pourquoi tout ce mystère ? Et pourquoi ne s’est-il pas fait accompagner ?
    Hamid lève la main d’un geste suppliant :
    - S’il te plaît Hakima, je n’en sais pas plus que toi sur cette mission. Est-ce quelque chose de confidentiel que Faouzi déballera comme un trophée à son retour ?
    Il hausse les épaules et poursuit :
    - Quoi qu’il en soit, il a insisté pour que tu sois l’envoyée spéciale au Festival de Cannes.
    Hakima est confuse. Elle jette un coup d’œil à Nawel, qui comprend vite ses intentions et s’empresse de lancer :
    - C’est ce que tu voulais Hakima n’est-ce pas ? Le Festival de Cannes où tu rencontreras tous les géants du cinéma universel. Quelle aubaine !
    Hakima contemple l’enveloppe dans sa main :
    - Je ne pourrais pas partir Hamid.
    Le chef de rubrique fronce les sourcils et s’écrie:
    - Tu ne peux pas refuser cette mission. C’est une grande responsabilité que Faouzi a mise entre tes mains, tu ne vas pas t’y dérober et nous décevoir. Qui est mieux placé que toi pour une telle manifestation culturelle ?
    - Oh, ce ne sont pas les journalistes qui manquent. N’importe qui pourra.
    - Personne d’autre ne partira Hakima. Nous avons déjà eu bien du mal à avoir nos places. Tu partiras avec le photographe et un reporter mais c’est toi qui superviseras les grandes lignes. Tu nous feras un envoi détaillé et quotidien.

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  59. Artisans de l'ombre Dit :

    60.
    Cependant, vu les circonstances, elle tente de repousser la proposition. Mais son chef de rubrique est formel : c’est à elle qu’échoit cette mission. La jeune fille rougit et baisse les yeux. Elle avait tellement rêvé de participer à ce festival ! Mais après son entretien de la veille avec Faouzi, elle s’était juré de battre en retraite. D’ailleurs, l’idée de démissionner de la rédaction trottait encore dans sa tête. Avec cet ordre de mission qu’elle venait de recevoir, elle pouvait reléguer cette idée aux calendes grecques. Du moins pour les jours à venir. À son retour de Cannes, elle avisera.
    Elle relève la tête et met l’enveloppe dans son sac à main :
    - Bien… Je vois que je ne pourrais plus reculer.
    - Je savais que tu ne reculeras pas devant une telle opportunité… Ta signature suffira à amadouer les plus réticents.
    Hakima pousse un soupir :
    - Je ferais de mon mieux… Je sais que la partie ne sera pas facile. Il y aura des journalistes du monde entier.
    - Raison de plus pour arracher notre place parmi eux. C’est ça le combat de la plume.
    Nawel les regarde tous les deux avant de se lever :
    - Elle ira à ce festival. Ne t’inquiète pas Hamid. Je vais tellement le lui répéter qu’elle sera pressée de quitter les lieux. Au même instant, un jeune homme à l’allure athlétique, les bras ballants et la chemise ouverte fait son irruption dans le bureau :
    - Hamid… Ah te voilà enfin! Je t’ai cherché partout. Ils ont un problème au service technique, la page sportive s’avère trop “pleine”. Il s’arrête et jette enfin un coup d’œil autour de lui. Confus, il balbutie un bonjour à l’intention des deux jeunes filles.
    Hakima fait les présentations :
    - Nawel… mon amie… Nawel je te présente Adel, le chef de la rubrique sportive.
    Sans réfléchir, Nawel lance inopinément :
    - Comme son allure l’indique.
    Elle se rendit compte de sa gaffe et porte une main honteuse à sa bouche :
    - Oh excusez-moi. Je.. Je plaisantais bien sûr… C’est venu comme ça…
    Adel sourit :
    - Je suis flatté. Que faites-vous dans la vie ? Moi, je ne sais pas deviner la tâche d’une personne à son allure.
    Ils rirent :
    - Nawel est médecin, dit Hamid.
    - Médecin ? Mais ça tombe bien… Je voulais justement me rendre chez un médecin… Mais je n’en ai pas eu le temps.
    - Vous n’avez pas l’air souffrant, vous avez plutôt bonne mine.
    - Oui docteur, mais il se trouve que j’ai parfois des picotements dans la gorge et dans les yeux… Je suffoque… J’ai le nez bouché… Cela m’arrive assez souvent au printemps particulièrement… C’est une sensation désagréable que de…
    - Je vois… Je vois… Passez demain matin à mon service à l’hôpital. Je vais vous ausculter. Peut-être pourrais-je faire quelque chose pour vous…
    Adel sourit et Nawel le trouve très charmant avec les petites fossettes creusées dans ses joues.
    - Je viendrais pour sûr…
    Il se retourne vers Hamid :
    - Pour le moment, l’urgence est dans ma rubrique… Veux-tu me signer l’ordre de publication ?
    Il fait un signe aux deux jeunes filles et sortit… Hamid le suit.
    Hakima lance un regard à son amie et sourit :
    - Adel est très timide…
    - Ce n’est pas l’impression qui se dégage de lui. Je sens plutôt qu’il est très sociable.
    - Oui… Mais pas avec tout le monde.
    - Toi non plus Hakima.
    Hakima ne souriait plus. Elle avait le cœur gros à l’idée de devoir encore travailler dans une rédaction, où on risquait de découvrir toute la réalité sur son passé. Faouzi sera-t-il en mesure de garder le secret en cas de refus de sa famille ? Rien n’était sûr. Pourtant, Faouzi savait garder les secrets. C’était d’ailleurs là tout le secret de sa réussite !
    Nawel la tire par le bras :
    - Il est temps de partir si tu veux faire les magasins avec moi.
    Sans répondre, Hakima prend son sac et la suit.

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  60. Artisans de l'ombre Dit :

    61.
    HOURIA
    On était au milieu de l’après-midi. La ville affichait un air de gaieté, et une foule dense encombrait les trottoirs. On dirait que tout le monde s’était donné le mot pour sortir en cette journée printanière. Nawel avait les bras chargés, et Hakima, qui s’était contentée de s’acheter une tenue de sortie, tenait son sachet au bout du bras, tout en gardant cet air absent que Nawel ne lui connaissait que trop.
    - Veux-tu qu’on aille prendre une glace ou un café quelque part Hakima ?
    Hakima hausse les épaules :
    - Si tu veux… Je suis fatiguée d’avoir trop marché, et puis regarde un peu tous ces gens qui se bousculent. Tout le monde semble pressé, et pourtant personne ne l’est réellement.
    - Qu’en sais-tu ? à chacun ses préoccupations. Et puis à la rédaction non plus, ce n’est pas le grand calme… Tu devrais donc être habituée à cette vie infernale et quotidienne…
    Hakima tendit son index pour indiquer une terrasse de café :
    - Allons nous installer là… C’est un beau coin. Le lieu surplombe un beau jardin… Nous aurons une belle vue et la paix pour un moment.
    Nawel acquiesce et, sans plus hésiter, les deux jeunes filles s’installèrent à une table et passèrent commande. Elles discutaient tranquillement entre elles et ne se rendirent pas compte qu’une femme à l’allure négligée et misérable les regardait. Elle les suivait depuis un moment déjà et avait hésité à entrer au salon de thé et à s’installer sur la terrasse. Mais maintenant qu’elle s’était rapprochée des deux jeunes filles, elle ne savait plus si elle devait les aborder ou retourner sur ses pas.
    Hakima parlait de sa mission à Cannes et élaborait déjà un programme varié pour se lancer dans cette aventure dont rêvaient la plupart de ses collègues.
    Nawel l’écoutait en souriant. Elle était heureuse pour elle. Au moins, Hakima réussissait dans son travail. Elle était douée, et son sérieux lui était reconnu. La preuve, c’est elle qu’on avait choisie pour un événement d’une telle envergure.
    Elle relève la tête et remarque la présence de la femme non loin d’elles. La femme croise son regard et baisse les yeux, mais demeure loin et silencieuse. Un serveur la rabroue et elle tente de se défendre. Hakima remarque le manège et se lève d’un bond. Elle s’approche du serveur et le sermonne :
    - Vous n’avez pas honte de vous en prendre comme ça à une femme sans défense ?
    - Excusez-moi mademoiselle. Mais cette femme n’est qu’une mendiante… Elle vient de temps à autre par ici tendre la main, et cela dérange nos clients et porte atteinte à la notoriété de notre établissement.
    Hakima s’approche de la femme et lui prend le bras :
    - Viens avec moi… Tu dois avoir faim, n’est-ce pas ?
    La femme ne répondit pas et garde les yeux baissés. Hakima la secoue :
    - Tu es muette ou quoi ? Viens prendre place à notre table et je te promets que personne ne viendra t’importuner.
    - Hakima…
    La jeune fille eut froid dans le dos. Cette voix ne lui était pas inconnue.
    - Hakima… Je ne sais pas si tu m’as reconnue…
    La jeune fille est perplexe. Nawel s’approche d’elle et demande :
    - Que se passe-t-il donc ?
    Hakima contemple la femme un moment sans dire un mot. Son regard se mouille et elle sentit les larmes mouiller ses joues.
    Nawel s’écrie :
    - Mais tu pleures… ! Que s’est-il passé ?
    Elle regarde la femme et poursuit :
    - Que lui as-tu dis ? Tu connais Hakima ?
    Hakima renifle et lève une main :
    - S’il te plaît Nawel. Cette femme était avec moi à l’orphelinat. Elle s’appelle Houria !
    Nawel qui commençait à comprendre les entraîne toutes les deux vers la table :
    - Vous attirez les regards sur vous deux au milieu de la terrasse. Installez-vous donc. Nous avons tout le temps pour discuter discrètement.
    Hakima tire une chaise et sans quitter du regard Houria, elle l’invite à s’asseoir. Elle reprend sa place, sans trop d’enthousiasme cette fois-ci.
    - Alors Houria, que t’arrive-t-il donc ? Comment es-tu arrivée au stade de la mendicité ?
    Pour toute réponse, Houria se met à pleurer à chaudes larmes. Hakima la détaille un moment. Houria semblait avoir le double de son âge. Une dentition cassée et gâtée, un visage buriné et ridé à souhait, des touffes de cheveux mal coiffés dépassaient d’un foulard sale et déchiré, sa gandoura était trop large et tachée d’huile. Houria n’avait plus que la peau sur les os, et semblait affamée et malade.

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  61. Artisans de l'ombre Dit :

    62.
    Hakima commande pour elle du café au lait, des gâteaux et une bouteille d‘eau minérale :
    - Mange d’abord, tu me raconteras ton histoire après.
    Houria engloutit les gâteaux et prend son café. Elle reprend des couleurs et se verse un grand verre d’eau qu’elle but d’une seule traite.
    Elle s’essuie la bouche avec sa manche, puis se met à se curer les dents avec ses ongles sales et cassés. Nawel lui tendit un mouchoir. Elle le prit et se met à le humer avec cet air de femme abandonnée, qui ne l’avait pas quitté depuis qu’elle les a rencontrées. Hakima qui ne cessait de la regarder reprend :
    - Je ne veux pas te bousculer Houria, mais je t’assure que j’ai failli avaler ma langue lorsque, enfin, je t’ai reconnue… Tu as tellement changé.
    Houria hoche la tête et se mouche :
    - Oh Hakima ! Oh ma chère ! Je voulais venir te voir à la cité universitaire ou au journal, mais je me suis abstenue… Je ne voulais pas te créer des ennuis. Je suis confuse pour tout à l’heure, je voulais juste m’approcher pour te regarder… Tu as beaucoup embelli… Et on voit bien que tu as réussi dans ta vie… Par contre, moi… Elle se remet à pleurer :
    - Je viens de sortir de prison il y a deux semaines. J’ai traîné ma savate un peu partout. Je voulais du travail… n’importe quoi… Mais qui voudrait d’une femme repris de justice… ?
    Hakima lui tapote la main :
    - Tu as toujours filé du mauvais coton Houria… Les conseils qu’on te prodiguait à l’orphelinat n’ont apparemment pas porté leurs fruits. Combien de fois t’ai-je répété que les endroits mal famés que tu fréquentais ne menaient à rien, sinon à ta destruction.
    Houria pleurait toujours. Elle relève la tête et lance :
    - Je sais… Je n’ai compris la réalité des choses que lorsque j’ai senti le brasier me brûler. Je pensais décrocher la lune. Au début, je travaillais bien… Heu… si on peut appeler ça un travail… Je chantais dans une boîte bien en vue. Et puis il y avait Redouane, le gérant, qui m’avait promis le mariage.
    - Oui, je me rappelle bien… Pourquoi t’a-t-il donc laissé tomber… ?
    - Il… il ne m’a pas laissé tomber… Enfin… Je veux dire qu’au début on était bien ensemble, je travaillais tous les soirs et l’argent rentrait à flots… Un jour, je me suis rendu compte que j’étais enceinte. Et c’était le début de la descente aux enfers… Redouane me demandait d’avorter… Il ne cessait de me répéter qu’il ne pouvait être le père du bébé et qu’il ne voulait pas d’un… bâtard chez lui.
    - Mais vous étiez mariés !
    Houria soupire :
    - A vrai dire, je n’avais aucun papier officiel de ce mariage… Nous vivions en ménage.
    Hakima soupire à son tour :
    - Rappelle-toi mes mises en garde. Tu as plongé la tête la première dans la mare au diable.
    - Mais je pensais que j’avais un bel avenir auprès de lui.
    - Oui… Je le conçois… Mais tu as oublié que ce genre d’hommes n’ont ni foi ni loi… Ce ne sont que de grands salauds qui exploitent la misère des autres. Je savais que cet homme te voulait juste pour ses intérêts. Ensuite que s’est-il passé ?
    - Eh bien j’ai dû avorter… J’étais malade comme un chien… Mais j’ai tenu bon… Je descendais tous les soirs dans la grande salle et je travaillais malgré ma grande fatigue, et les remords qui commençaient à me submerger. J’étais Houry la blonde… celle qu’on cherchait pour égayer les soirées. J’étais jeune, belle, attirante et bien sûr rentable.
    - Et ensuite… ?
    - Eh bien, un jour je me suis rendu compte que Redouane se payait ma tête… Il était marié à une émigrée et avait des enfants de l’autre côté de la Méditerranée… Moi j’étais juste “la remplaçante” qui, non seulement lui tenait compagnie dans sa solitude ici au bled, mais savait attirer la clientèle. Un jour, un homme est venu lui parler… Redouane me fait un clin d’œil. L’homme voulait me “louer” pour plusieurs jours… Il venait de lancer un nouvel établissement et avait besoin de “nanas expérimentées”. Bien sûr, il allait payer tout ce qu’on lui demandait et même promettre des pourboires au plus “gentilles”.
    Je refusais ce travail… J’étais censée être la femme du patron, par conséquent je ne devais travailler que dans sa boîte. Mais Redouane se mit en colère et me prit par les cheveux…

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  62. Artisans de l'ombre Dit :

    63.
    Elle s’arrête et se reverse un verre d’eau. Hakima lui serre les mains et l’exhorte à continuer. Houria poursuit :

    - Il me menaça de me tuer si je n’exécutais pas ses ordres. Je ripostais qu’on était ensemble et qu’il était mon mari. Il me rigole au nez et me gifle. Ce qu’il voulait de moi, c’était uniquement mes “charmes”… C’était cette “marchandise” qui lui permettait de rouler sur l’or, alors que je n’avais pas une robe de rechange. Il contrôlait tout, même les pourboires ne m’étaient pas permis. Je m’emportais, je ne savais plus ce que je faisais. Je me saisissais alors d’un couteau et le lui plantais dans l’abdomen. Il tomba à mes pieds. Il y’avait du sang partout… Les gens quittaient les lieux en courant. Je voyais des visages s’approcher de moi… Des mains et des doigts qui se tendaient vers moi… Des éclats de voix. J’ai perdu connaissance. à mon réveil, on m’apprit que Redouane venait de mourir et que la police était là. Je n’avais aucun argument valable pour me défendre. Tout le monde s’était ligué contre moi. Je fus jetée en prison et jugée pour meurtre avec préméditation. J’étais condamnée à une vingtaine d’années. Hakima soupire :
    - Mais on t’a libérée. Tu n’as passé que quelques années à ce que je comprends.
    Houria hoche la tête :
    - Je ne sais comment l’expliquer… Comme par hasard, un jour je reçois la visite d’un avocat. Ce dernier me révèle qu’un homme était venu le voir et lui avait demandé de plaider ma cause… Il me demanda de lui relater les faits tels que je me les rappelais… Je lui rétorque que comme j’étais dans un état second, je ne me rappelais pas de tous les faits… Mais que j’avais intentionnellement tué Redouane, parce qu’il m’avait non seulement exploitée, mais s’était aussi payé ma tête durant de longues années. Je lui racontais les promesses de l’homme, ses projets et enfin son harcèlement. Cet avocat prend en compte ma déposition et fait un appel en cassation. On revoit alors mon procès… Je fus rejugée et on réduit ma peine à une dizaine d’années. Mais au bout d’une année, l’avocat revint à la rescousse et demanda une autre réduction de peine… Ma bonne conduite plaida en ma faveur. Un matin, on vint m’annoncer que j’étais libre… Libre de partir. De humer l’air de la liberté. Je n’en revenais pas. Cette avocat, c’est la Providence qui me l’a envoyé. Je quittais la prison. Mais une autre prison m’attendais à l’extérieur : la société. Au début, je pensais qu’en retrouvant ma liberté, je pourrais toujours reprendre ma vie en main. Hélas ! Là où je me présentais, je ne recevais que des réponses évasives… Les gens fronçaient les sourcils en me regardant d’un air parfois plein de pitié, et d’autres fois d‘un air furieux… On me repoussait et on me demandait de ne jamais montrer mon nez chez eux. Je crevais de faim des jours durant. Alors je me suis mise à mendier. Je tendais la main à tout bout de champ. Parfois je ramassais la pitance d’une journée… Mais souvent, je m’endormais sur un carton dans le couloir d’un immeuble ou à même le trottoir, le ventre creux.
    Elle ouvrit ses bras :
    - Même mon corps ne peut plus servir à grand-chose. Je n’ai plus ni ma santé ni les moyens de me refaire une beauté.
    Elle se mouche, puis se remet à pleurer :
    - Un jour, je t’ai attendue à la sortie de la cité universitaire… Je n’ai pas osé t’aborder, mais je t’ai suivie. J’ai compris alors que tu avais terminé tes études et que tu bossais dans un grand journal. Je… je voulais te demander de me dénicher un petit job. N’importe quoi. Quelque chose qui me mettra à l’abri du besoin et des mauvaises intentions. Je n’ai pas eu le courage de t’approcher ce jour-là… Ni aujourd’hui non plus. Mais le hasard a fait que tu me voies et que tu viennes vers moi. Oh Hakima ! Au nom de Dieu… Au nom de notre enfance à l’orphelinat… Aide-moi… Je t’en prie.
    Hakima garde le silence un moment. Elle savait qu’elle ne pouvait pas abandonner Houria. Mais elle savait aussi que sa réinsertion dans la société ne sera pas facile. Cette fille donnerait plutôt raison aux multiples appréhensions dont on affublait les filles élevées dans des institutions publiques. Telle que sera sa conduite à l’avenir, Houria sera marquée à jamais par son passé.
    Elle jette un coup d’œil à Nawel qui, jusque-là, avait suivi la conversation sans broncher. Cette dernière regarde Houria avant de dire d’une petite voix :
    - Il y a peut-être une petite solution pour toi dans l’immédiat… Mais tu devrais penser à assurer ton avenir Houria.
    Houria hoche la tête :
    - Si vous m’aidez, je finirai par trouver du travail. Un travail honnête, qui me mettra à l’abri de toutes les tentations. Certes, je n’ai pas à vrai dire un bon cursus scolaire, mais je sais me débrouiller. Je pourrais travailler comme vendeuse dans une boutique, ou comme femme de ménage…

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  63. Artisans de l'ombre Dit :

    64.
    Hakima l’interrompt : – Nous verrons plus tard. Ce qui urge pour le moment, c’est de t’installer quelque part. Nawel connaît une association pour femmes en détresse. Elle va nous y conduire. Là-bas tu seras prise en charge jusqu’à ce que tu retrouves un peu de ton assurance.
    Elle contemple la tenue de Houria et poursuit :
    - Tu sembles sortie tout droit d’un asile de fous… Allons t’acheter tout d‘abord quelques affaires décentes.
    Elles se lèvent. Houria était émue, et marchait derrière les deux jeunes filles sans dire un mot. Nawel se dirige vers son véhicule, et met ses paquets dans la malle, avant de s’installer au volant.
    Houria monte à l’arrière, et Hakima s’installe sur le siège du passager. Elle prit quelques billets d’argent de son sac à main et se met à les compter. Nawel lui tendit une petite liasse :
    - C’est tout ce que j’ai sur moi, je pense que cela suffira à acheter quelque habits à notre amie.
    Houria se remet à pleurer :
    - Excusez-moi, je suis confuse, je ne sais pas comment vous remercier pour votre générosité.
    Hakima met un doigt sur sa bouche :
    - Ne dis plus rien, Houria. Contente-toi de suivre nos instructions, et tu verras que la vie, n’est pas aussi noire que tu le penses. Elles s’arrêtèrent devant un magasin de prêt-à-porter, et achetèrent deux robes, un pantalon, une chemise, un pyjama, quelques sous-vêtements et tout un nécessaire de toilette. Puis se dirigèrent vers le siège de l’association des femmes en détresse, où, grâce aux relations de Nawel, Houria est admise. On lui attribue un lit dans une grande chambre, où se trouvaient déjà quelques femmes qui comme elles, n’avaient plus où s’adresser.
    Rassurées sur son état, Nawel et Hakima, promirent à la jeune femme, de repasser la revoir dans le courant de la semaine. Hakima lui laissera ses coordonnées, afin qu’elles demeurent en contact.
    Prise dans l’engrenage, de cette “aventure” inopinée, les deux filles ne purent rentrer chez elles qu’au crépuscule, exténuées, mais tout de même heureuses d’avoir pu prêter assistance à une délaissée comme Houria.

    POUR L’AMOUR D’UNE FEMME !
    Au même moment, Hamid décrochait son portable à la rédaction :
    - Allo Faouzi ?
    - Oui Hamid… Comment cela se passe-t-il ?
    - Fort bien, Hakima partira au Festival de Cannes. Elle avait eu quelques réticences, mais je me suis imposé.
    - Tu as bien fait. N’a-t-elle pas demandé après moi ?
    - Oh que si… ! Elle était même étonnée lorsque je lui ai certifié que tu étais en mission. Heu… au fait où es-tu donc en ce moment ?
    Faouzi pousse un soupir :
    - Je viens d’arriver à Batna. Je vais entamer la première étape de mon voyage. Rappelle-moi donc le nom de la mosquée…
    - La mosquée ? Ah, tu veux parler de celle où on avait déposé Hakima, alors qu’elle n’était qu’un nouveau-né ?
    - Tout à fait.
    - Tu es donc aussi obstiné que ça ?
    - Plus que jamais. Je veux remonter jusqu’à la source de cette histoire… Peut-être que cela m’aidera à retrouver une trace de la famille de Hakima.
    Hamid avait les larmes aux yeux :
    - Tu l’aimes donc à ce point, Faouzi ?
    Faouzi garde le silence. On ne peut pas décrire un état d’âme, se dit-il, retrouvant presque spontanément les paroles de Hakima. Il repense à ce qu’elle lui avait dit et ressentit une grande admiration pour elle.
    - Allo, Faouzi tu es là ?
    - Hein ? Heu, oui, je suis là. Dis-moi donc, tu as pu mettre la main sur le dossier de l’orphelinat ?
    - Oui, la chose ne s’était pas avérée aisée mais étant donné que j’avais un ordre de mission, la directrice de l’établissement avait consenti à me donner quelques renseignements qui nous permettront d’entamer cette enquête.
    - Aller donne-moi donc le nom de cette mosquée.
    Hamid prend un bout de papier de sa poche et lit :
    - Mosquée D…. située à la lisière de la forêt A, à une vingtaine de kilomètres de Batna. L’imam qui officiait à cette époque s’appelait cheikh Mohamed M., je ne sais pas s’il est encore de ce monde, mais tu retrouveras sûrement sa trace.
    - C’est certain. Je vais tenter de me rendre ce soir même à cette mosquée.
    - Fais très attention à toi Faouzi. Tu ne connais pas bien les lieux, et sait-on jamais qui tu pourrais rencontrer sur ton chemin.
    Faouzi sourit :
    - Essaye plutôt de m’avoir d’autres renseignements sur cette affaire, Hamid. Je te rappellerai bientôt.
    Ils raccrochèrent et Hamid demeura pensif. Sacré Faouzi ! Si on lui avait dit un jour qu’il allait tomber sous le charme d’une femme et tenter de réhabiliter ses origines pour l’épouser, il n’en aurait pas cru un mot. Faouzi était un homme de terrain. Un homme dur à la besogne.
    Mais honnête et très sensible. Hamid se passe une main dans ses cheveux : aussi sensible que cet homme, il n’en avait jamais vu. Pourtant Faouzi affichait quotidiennement un air autoritaire qui masquait amplement ses sentiments !

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  64. Artisans de l'ombre Dit :

    65.
    On était en week-end. Nawel ne tenait plus en place. Elle avait enfin consenti à contacter Ammir, pour confirmer sa présence et celle de Nawel à la soirée culturelle. Pour la circonstance, elle avait changé de coiffure, s’était soigneusement maquillée et avait opté pour un tailleur classique couleur bois de rose, qui rehaussait son teint.
    Hakima pousse un sifflement d’admiration :
    - Tu sors d’un défilé de mode ou quoi ? Tu es toute belle Nawel, je pourrais te parier que cet Indien ne regardera plus jamais une autre femme que toi.
    Elles rirent :
    - Et toi donc, dit Nawel, pour une fois, tu ne portes pas tes jeans et tes baskets. Cette robe te va à ravir et tes cheveux relevés te rajeunissent. Mais tu devrais rajouter une touche de rouge sur tes lèvres.
    - Tu sais bien que je n’aime pas trop le maquillage.
    - Cela s’appelle juste une mise en valeur, tu ne vas pas transformer ton visage en un tableau de Picasso. Regarde-moi donc un peu, suis-je trop maquillée moi ?
    - Juste ce qu’il faut.
    - Alors tu prends ma trousse et tu fais la même chose. Ah, avant que je n’oublie, ton collègue Adel n’est pas passé pour sa consultation.
    Hakima se met à rire :
    - Adel ? Tu ne le connais pas encore. Il a la frousse des blouses blanches et des injections.
    Nawel rit :
    - Dis-lui de venir en début de semaine, je ne porterai pas ma blouse de médecin en sa présence.
    - D’accord, je vais tenter de le raisonner. C’est un gentil garçon.
    Elle jette un coup d’œil à sa montre :
    - Je crois qu’il est temps pour nous de partir, il est presque 20h et l’ouverture est à 21h. Avec la circulation qu’il y a sur l’autoroute, nous allons mettre au moins trois quarts d’heure pour arriver.
    Nawel prend son sac à main et vérifie qu’elle avait les invitations.
    - Allons-y. Je préfère arriver un peu tôt pour te présenter à Ammir Kumar.
    Elles arrivèrent au palais de la Culture à l’heure prévue, et n’eurent aucun mal à se faufiler parmi la foule des invités. La plupart étaient des attachés de différentes ambassades, mais il y avait aussi des membres de la communauté indienne, faciles à reconnaître à leurs tenues. Quelques hommes arboraient le sarwal karmi et le fameux turban, tandis que les femmes portaient toutes un sari et avaient un bendis entre les sourcils.
    Nawel prend Hakima par le bras :
    - Moi qui pensais qu’on était les plus élégantes.
    Hakima lui pince le bras :
    - Nous sommes très bien habillées ainsi. Si tu veux un sari, tu n’as qu’à le demander à ton ami indien.
    Comme par enchantement, ce dernier vint à leur rencontre :
    - Enfin vous êtes là !
    Il leur serre la main à toutes les deux avec un sourire radieux :
    - Tu es bien sûr Hakima, dit-il à la jeune fille, précédant ainsi Nawel qui voulait faire les présentations.
    - Oui, et toi, tu es Ammir.
    Ils rirent :
    - Je suis aussi facile à reconnaître que le bendis qu’arborent nos femmes sur leur front.
    Il se retourne vers Nawel et lance :
    - Tu es ravissante. Cette coiffure te change. Venez toutes les deux, je vais vous présenter à ma famille.
    Il prend le bras de Nawel et l’entraîne vers un coin du grand hall, où discutaient quelques femmes. La jeune fille n’eut aucun mal à reconnaître la vieille femme qu’elle avait soignée et sa fille.
    Ces dernières quittèrent le groupe et s’approchèrent. Ammir fait les présentations :
    - Nawel et Hakima son amie.
    À la grande surprise de tous, Hakima joint les mains et lance :
    - Namasté (salutations)
    Les deux femmes sourirent et vinrent embrasser les deux jeunes filles sur les joues.
    - Tu parles hindi Hakima, demande Ammir.
    - Juste quelques phrases. À force de faire des couvertures sur l’industrie cinématographique indienne, j’ai fini par apprendre quelques mots.
    - Notre langue est un véritable mélange de dialectes.
    - Atcha (vraiment) ? Vous avez aussi un mélange de mots arabes et d’anglais, mais bien entendu l’accent diffère.
    - Forcément. Venez, nous allons nous installer à une table en attendant le début du spectacle.
    - Tchalo (allons-y), lance Hakima, en les étonnant encore une fois.
    Ils s’attablèrent devant des verres de thé vert et une variété de confiseries indiennes au goût exquis.
    Ammir explique à sa mère que Hakima était journaliste. Sa sœur Farida qui avait appris quelques rudiments de français tente d’entamer une conversation avec Nawel :
    - Alors comment vas-tu Nawel ?
    - Bien, et ta maman, comment se sent-elle ces derniers temps ?
    -Oh, cela va beaucoup mieux depuis son passage chez toi à l’hôpital. Elle ne cesse d’ailleurs de faire tes éloges, et lorsque mon frère Ammir nous avait dit qu’il t’avait rencontrée, elle ne tenait plus en place. Elle était si empressée de te revoir.

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  65. Artisans de l'ombre Dit :

    66 eme partie

    Comme si elle avait lu dans les pensées de sa fille, la vieille femme tendit le bras et prend la main de Nawel avec un sourire :
    - Choukria…Nawel…
    - Pardon ?
    - Elle te remercie, lance Hakima avec un sourire.
    - Ah ! Et que dois-je lui répondre ?
    - Dis-le en anglais… For nothing… ou bien You welcome
    Nawel sourit en regardant la vieille femme. Cette dernière avait un regard franc et un charme aussi séducteur que celui de son fils. Elle joignit les mains :
    - For nothing !
    Farida ébauche un sourire :
    - Ma mère n’arrive pas à apprendre une langue autre que sa langue maternelle.
    Hakima s’insurge :
    - Samdjouna (comprends-le) Farida. Comme nos vieilles mamans, elle est celle qui veille sur les origines et la culture familiale ; il est… comme vous dites… zarouri (indispensable) pour elle de ne pas trop s’éloigner de son fil conducteur. Djantihou (le sais-tu ) ?
    Farida hoche la tête en joignant les mains :
    - Ji (oui) matlab (tu veux dire) que sans nos aïeules, nous aurions perdu nos repères.
    - Somta (je vois) que tu as compris. Enfin je sais que tu as saisi le fond de mes pensées.
    Ammir, qui s’était éloigné un moment, revint vers elle :
    - Je vois que vous avez sympathisé. Je crois que le premier volet va commencer. Je vais vous conduire à vos places respectives.
    - Le premier volet consiste en un récital de ghazal (poésie) n’est ce pas ? demande Hakima en consultant son programme.
    - Oui. Nous allons assister à une petite opérette romantique.
    - Le romantisme est si ancré dans vos mœurs que cela se reflète non seulement dans vos films, mais même dans votre quotidien.
    - On voit que vous vous intéressez à notre culture. C’est un honneur pour moi de rencontrer quelqu’un de votre envergure.
    - Sono (écoute ) Ammir… un bon journaliste doit s’imprégner des cultures du monde entier. Nous sommes appelés à courir le monde pour la couverture médiatique des différentes manifestations. Alors il est indispensable pour chaque journaliste respectueux de son métier d’avoir un minimum de connaissances sur la culture universelle.
    - Je suis d’accord avec vous. Dois-je comprendre que vous êtes appelée aussi à couvrir des manifestations cinématographiques prochainement.
    - Hakima va participer au festival de Cannes, Lance Nawel non sans une certaine fierté dans sa voix.
    - Formidable….Vous aurez l’occasion de vivre un véritable bouillon de culture.
    Hakima sourit :
    - J’ai visionné certaines productions indiennes dernièrement… Je vois que votre Bollywood n’a rien à envier au grand chantier du 7e art.
    Ammir sourit :
    - Nous avons toujours été parmi les premiers dans ce domaine.
    - Je sais… Le célèbre film Djanitou, avait fait ravage en son temps… Jusqu’à ce jour les gens s’en rappellent… Il y avait bien une vedette comme Shashi Kappour et une autre comme Sharmila Tagore.
    - Bien parlé… Mais, de nos jours, nous assistons à une émergence incroyable de nouvelles stars.
    Hakima lève la main :
    - Laissez-moi vous citer certains : Shahrukh Khan, Ajay Devgan, Kajom, et Aamir Khan…
    - Quelle assurance dans votre façon de citer les noms de ces célébrités ! Vous avez sûrement visionné leurs œuvres.
    - La plupart… Pour Aamir Khan, par exemple, j’ai visionné une bonne partie de sa filmographie. J’ai beaucoup apprécié ses interprétations et sa sensibilité dans Lagaan, Fanna, Mann, Akel Tulm etc.
    Elle sourit et tendit son index :
    - Le cinéma algérien ne pourra peut-être pas concurrencer votre Bollywood, mais nous avons aussi notre industrie du 7e art et de très bons comédiens. Il y en a même qui sont parvenus à se faire connaître dans plusieurs pays.
    - Je n’en disconviens pas, puisque moi-même je suis un fan de Hadj Abderrahmane, Yahia Benmabrouk, Keltoum, Sid-Ahmed Aggoumi et tous les autres… Je me suis beaucoup intéressé au grandes œuvres, telles que l’Opium et le bâton, la Grande maison, la fameuse Bataille d’Alger, etc.
    Ils étaient arrivés à l’entrée de la salle, et Nawel s’impatientait :
    - Vous avez fini vos palabres tous les deux ? Le spectacle va commencer et nous ne sommes pas encore installés.
    - Nos places sont réservées, dit Farida d’une voix douce, tandis que sa mère prenait les devants.

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  66. Artisans de l'ombre Dit :

    67eme partie

    Ammir leur désigne leurs sièges, et vint tout bonnement s’installer auprès de Nawel qui avait à sa gauche Farida.
    On éteint les lumières, et les spectateurs furent emportés dans un monde de couleurs et de lumières.
    Après le récital poétique, une chorale de chants hindous prend le relais, suivi d’une très belle chorégraphie.
    Le spectacle prit au moins trois heures. Lorsque les lustres se rallumèrent, Hakima eut du mal à s’extirper de son siège.
    Ammir lui jette un coup d’œil interrogateur :
    - Tu t’es endormie Hakima ?
    - Bilkouli (pas du tout)… Le spectacle était tout simplement fabuleux…Je ne regrette pas d’être venue.
    - À la bonne heure.
    On ressortit de la salle pour se retrouver dans le grand hall de l’entrée :
    - Un dîner est prévu au siège de notre ambassade, dit Ammir… Voulez-vous vous joindre à nous..
    - Non…Pas pour cette fois-ci, Répondit Nawel. Je te remercie infiniment pour cette inoubliable soirée.
    - Tout le plaisir a été pour nous, lance Ammir. En particulier pour moi, poursuit-il d’une petite voix.
    - Choukria…. dit Nawel, déclenchant ainsi de grands éclats de rire.
    - C’est bien Nawel… Il faut apprendre le hindi, ainsi tu pourras discuter aisément avec ma mère… Connaît-elle quelques mots comme toi Hakima ?
    - Néhé (non), kouchni (rien)… Tu vois bien qu’elle ne comprends rien à une discussion hindi.
    - Apprends-lui donc quelques rudiments, cela lui servira peut-être un jour.
    - Tout s’apprend dans la vie, et tout sert… Qui sait, peut-être irions-nous visiter l’Inde un de ces jours.
    - Je me ferais un plaisir de vous y inviter personnellement. Vous pourriez ainsi visiter le Tadj Mahal, les forts, les musés indiens et bien entendu Bollywood et ses secrets.
    - Merci Ammirji. Mais les rêves ne se réalisent pas toujours.
    - Vous êtes bien désignée pour la couverture du festival de Cannes. N’était-ce pas aussi un rêve pour vous ?
    - Oh que si. S’écrie Nawel. Elle n’en avait pas cessé de m’en parler des jours durant.
    Ammir ouvrit ses bras :
    - Tous les rêves sont permis ma chère amie… Et souvent ils se réalisent au moment où l’on s’y attend le moins.
    Nawel et Hakima prirent congé de leurs hôtes. Les femmes s’embrassèrent chaleureusement, et la mère d’Ammir serra longuement Nawel dans ses bras, avant d’inviter les deux jeunes filles à un thé chez elle le jour qui les arrangera.
    Ammir serra la main de Hakima, avant de se pencher pour embrasser Nawel sur les deux joues. Cette dernière rougit jusqu’à la racine des cheveux et porte la main à sa joue encore chaude.
    Le jeune homme lui fait un clin d’œil taquin :
    - Chez nous aussi, nous avons appris à embrasser comme les Méditerranéens… Mais seuls quelques privilégiés ont droit à cette faveur.
    Hakima tire son amie par le bras pour l’entraîner vers la sortie :
    - Merci pour cette agréable soirée Ammirji…
    Elle joignit ses mains, et salue une dernière fois le trio, avant de suivre Nawel.
    Elles se retrouvèrent en quelques secondes dans le véhicule de cette dernière. Hakima regarde son amie, puis pique un fou rire.
    - Pourquoi ris-tu ainsi ?
    Elle porte la main à son visage, puis à sa coiffure :
    - J’ai quelque chose qui n’est pas correcte dans ma tenue, ou ai-je encore dis des bêtises ?
    Hakima s’arrête de rire et la regarde dans les yeux :
    - Tu avais fais une de ces têtes lorsqu’ Ammir t’a embrassée ! J’ai eu un mal fou à réprimer mon rire… Heureusement que les salamalecs avaient pris fin.
    Nawel sourit :
    - Et toi donc ! Je ne savais pas que tu parlais le hindi…
    - Je ne parle pas le hindi… J’en connais juste quelques mots.
    - Assez en tous les cas pour tenir une conversation.
    - Pas du tout, ma puce… Le hindi est une langue très riche et très variée. Il faut vraiment s’y appliquer pour l’apprendre, et surtout pour avoir l’accent…
    - Moi je trouve que tu as été formidable. Tu en avais mis plein la vue à Ammir et à sa famille.
    - Il sont adorables. Tu ne trouves pas ?
    - Si… Mais pourquoi l’avais-tu appelé Ammirji….
    - Eh bien c’est une marque de respect… Chez-nous par exemple, on appelle un noble “Si F’len”… le ji final, souligne un respect pour la personne.
    - Je comprends…
    Elle met le contact :
    - La soirée a été très réussie…
    Hakima lui pince la joue :
    - Tu es tombé sous le charme d’Ammir n’est-ce pas ?
    - Moi… ? Mais tu es folle… Je… Je le connais à peine…
    - On n’a pas besoin de se connaître, quand le cœur entame son langage… Ammir n’avait d’yeux que pour toi… Il discutait avec moi certes, mais c’était toi qu’il regardait.
    Nawel passe la première et démarre :
    - Je ne me suis pas rendu compte. Tu divagues…
    - Petite menteuse…Tu t’en ai rendu compte bien sûr… La soirée te plaisait. Mais je pense que sans la présence d’Ammir, tu ne serais pas restée jusqu’à la fin… Hum… Je me trompe peut-être.

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  67. Artisans de l'ombre Dit :

    68.
    Nawel lui donne une tape sur la main :
    - Assez parlé de moi. Quand partiras-tu à Cannes ?
    - Dans deux jours.
    - Bien… J’aurais la paix pour une semaine au moins…
    Hakima lui pince encore la joue :
    - Tu iras rencontrer Ammir… Il t’appellera sûrement bientôt pour te réitérer l’invitation de sa mère. Elle est si affectueuse cette honorable dame, qu’à ta place je n’aurais pas le courage de repousser cette invitation.
    - Tu es invitée toi aussi, je te le rappelle.
    - Oui, mais l’attention est plutôt focalisée sur toi. Moi je serai absente…
    Nawel fait la moue :
    - Eh bien, je refuserai de m’y rendre sans toi. Je ne pense pas que je serais obligée de répondre à cette invitation dans l’immédiat.
    Hakima sourit :
    - Non, bien sûr, mais je te signale que les Indiens n’aiment pas trop se faire attendre. Alors merirasté et apnérasté !
    - Pardon… ?
    - Merirasté (je prends mon chemin) et apnérasté (tu prends ton chemin)
    - Ah non ! S’il te plaît Hakima, ne me laisse pas seule. J’aime bien ces gens, mais je me… sens gênée. Et je n’ai pas le droit de les décevoir… Tu me comprends ?
    - Kourib (presque). Tu en fais un mouchkil (problème) pour une affaire très simple.
    Elle serre la main de son amie, qui conduisait prudemment sur l’autoroute assez fluide à cette heure tardive de la nuit.
    - Ne t’en fais donc pas… Je sais que tu sauras faire ce qu’il faudra au moment venu.
    Le lendemain, Hakima se rendit à son journal pour récupérer son billet d’avion. Elle discute un moment avec Hamid, qui lui rappelle sa mission et la nécessité d’assurer des envois quotidiens, puis donne rendez-vous au reste de l’équipe pour le lendemain matin. Ils devraient tous se retrouver à l’aéroport à l’heure prévue.
    Avant de quitter la rédaction, elle se rendit à la rubrique sportive pour sermonner Adel et lui rappeler que Nawel l’attendait pour le lendemain.
    Le jeune homme semblait gêné, mais tente de sourire avant de dire :
    - Je n’aime ni les hôpitaux ni les blouses blanches, encore moins l’odeur de l’éther et de l’alcool. Nawel n’a pas son propre cabinet ?
    - Non… Elle est bien auprès de ses malades à l’hôpital. Tu ne vas tout de même pas refuser une consultation dans son service ?!
    - Heu… Je passerai demain matin. J’espère que je n’aurais pas à trop attendre. Je ne me sens pas du tout à l’aise dans ces lieux de souffrance.
    Hakima lui tapote l’épaule :
    - Ne t’en fais donc pas. Nawel te prendra en charge rapidement. C ‘est promis.
    Elle lui fait un signe amical et quitte les lieux.

    L’ENQUêTE
    Faouzi arrive dans le village indiqué par Hamid. On était déjà au crépuscule et il avait passé beaucoup de temps à repérer l’endroit. Grâce à un taxieur enfin, il put arriver sans trop de mal à la lisière de la forêt où se dressait la mosquée en question. Des fidèles se regroupaient pour la prière d’el-maghreb, et Faouzi dut attendre un moment avant de pouvoir accéder à l’intérieur de l’édifice.
    L’imam reconnut tout de suite l’étranger de passage et s’empressa de l’accueillir :
    - Sois le bienvenu jeune homme. Viens t’asseoir un moment avec nous, je vois que tu viens d’arriver.
    Faouzi s’assoit à même le tapis, et son hôte lui tapote l’épaule :
    - Je m’apprêtais à siroter un thé. Dieu a voulu que tu y prennes part.
    Faouzi incline la tête et remercie l’imam :
    - Je ne suis que de passage dans votre village… Mon taxi m’attend.
    - Je vois… Que puis-je faire pour toi jeune homme ?
    Un jeune garçon vint déposer une théière et deux verres. L’homme de culte verse la boisson chaude et parfumée à la menthe. Il tendit un verre à Faouzi et reprend :
    - On voit que tu viens de la grande ville. Cherches-tu après quelqu’un… ?
    Faouzi hoche la tête :
    - Oui. Mais je ne sais vraiment pas par où commencer. En fait, je cherche… je cherche après la famille d’un bébé déposé sur les escaliers de cette mosquée il y a un peu plus de vingt-six ans.
    L’imam dépose vivement son verre et pâlit :
    - Hein ? Tu parles d’une histoire qui remonte à plus d’un quart de siècle.
    - Oui. Je vais tenter de remonter la piste de cet enfant… de ses origines.
    L’imam lui jette un regard curieux :
    - Qui es-tu jeune homme ? Et de quel droit tentes-tu de retrouver la piste d’un bébé kidnappé il y a plusieurs années ?
    Faouzi sursaute :
    - Kidnappé ? Tu as bien dis “kidnappé” ?
    L’imam se mordit la langue. Avait-il parlé trop vite ? S’était-il engagé trop loin ?
    Faouzi insiste :
    - Je veux tout savoir sur cette histoire.
    Il prend la main de l’imam et poursuit :
    - Je vous en conjure vénérable homme. Ce bébé est aujourd’hui une jeune et jolie femme… Elle travaille dans un journal dont je suis le rédacteur en chef, et je veux l’épouser devant Dieu et les hommes. Mais… mais….
    L’imam lui tapote la main :
    - J’ai compris. J’ai compris mon fils ! Toutefois, si vraiment tes intentions sont nobles, je ne lésinerai pas à t’aider. Mon père avait déjà entamé des recherches à l’époque. Mais il était trop vieux et trop malade. Il est mort avant d’avoir pu faire quoi que ce soit.
    - Ton père ?
    - Oui… L’ancien imam de cette mosquée. à cette époque, j’étais encore étudiant. C’est bien plus tard que j’ai eu vent de cette histoire qui avait bouleversé tous les habitants de notre village si calme et si serein d’habitude.

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  68. Artisans de l'ombre Dit :

    69.
    Faouzi serre les mains de son hôte :
    - Raconte-moi tout ! Raconte-moi tout s’il te plaît cheikh. Au nom de Dieu, n’omet aucun détail.
    Il sortit un papier et une photo de sa poche :
    - Regarde cette photo… C’est celle de la jeune femme en question. Et ce papier que je n’ai pu avoir qu’après maintes interventions stipule que cette fille avait été remise à un orphelinat en cette date, puis en était sortie dix-huit années plus tard. L’avenir de cette femme dépend de son passé dont elle refuse de parler. Elle en a honte. Elle n’est qu’une victime bien sûr, mais elle refuse de vivre et ne veut entendre parler ni de mariage ni de sentiments… En fait, cette jeune fille survit. Elle a une personnalité inébranlable, mais notre société ne rate rien ni personne.
    L’imam se remet à siroter son thé, marquant ainsi un temps d’arrêt et de réflexion.
    Faouzi était assis sur des charbons ardents. Il prit une cigarette et l’alluma, inhalant profondément la fumée.
    Il semblait nerveux et avait les mains qui tremblaient. La patience n’était pas sa tasse de thé. L’imam repose son verre :
    - Qui ne me dit pas que tu ne cherches qu’une rançon comme tous les autres ?
    Faouzi sursaute :
    - Pardon ?
    - Oui… il y a beaucoup de gens qui étaient venus voir mon père pour en apprendre plus sur le bébé.
    Faouzi extirpe de la poche de son veston sa carte de presse et sa carte d’identité :
    - Je te remets mes papiers. Tu pourras tout de suite prendre contact avec le journal et te renseigner sur moi.
    L’imam repousse les papiers de la main :
    - De nos jours, rien n’est sûr. Par contre, les traits d’un visage renseignent mieux sur la personnalité d’un individu.
    Il sourit avant de poursuivre :
    - Je vais te raconter tout ce que je sais sur cette histoire. Mon père n’avait pas été trop loquace là-dessus, mais j’en ai appris des choses au contact des villageois.
    Il pousse un long soupir :
    - Cela s’était passé en plein hiver, alors que les forêts étaient enneigées et qu’il faisait un temps à ne pas mettre un chien dehors. Les fidèles ne sortaient de chez eux que pour les prières quotidiennes. Au petit matin d’un jour gris, mon père qui officiait la prière de l’aube fut sidéré de découvrir qu’on avait déposé un petit carton qui contenait un nouveau-né de sexe féminin. Les fidèles l’avait découvert sur les escaliers de l’entrée. Il prit le bébé et le remet à ma mère, qui lui prodigua les soins nécessaires. L’enfant était frigorifié. Il n’était pas assez habillé pour affronter le froid, et pas assez robuste pour y survivre. On eut un mal fou à lui redonner des forces. Entre-temps, mon père et quelques sages de notre village entreprirent des recherches pour retrouver une quelconque trace des parents de cet enfant. Après quelque temps, la neige commença à fondre, et n’ayant rien trouvé comme piste salvatrice, mon père dut remettre l’enfant à un commissariat de police. Une enquête sera ouverte, et on lança des recherches plus poussées… Hélas, aucun indice sérieux ne sera trouvé. D’où l’obligation de remettre l’enfant à une institution d’état. On maudit Satan et on mit l’abandon de l’enfant sur le compte d’une “erreur” commise par un couple jeune et inconscient. Le dossier de ce bébé sera ainsi clos.
    Des années plus tard, alors que j’ai pris le relais dans cette mosquée, ma femme vint me retrouver pour me dire qu’un homme était venu demander après l’enfant déposé sur les escaliers de la mosquée. Mise au courant, ma mère lève les mains au ciel et lance une prière :
    “Que celui qui a commis le péché de détruire la vie de cet innocent soit maudit à jamais.”
    Deux jours plus tard, un homme qui n’était pas du village demande après l’ancien imam. On l’orienta évidemment vers la mosquée, où je lui confirme que mon père était décédé depuis plusieurs années.
    L’homme se frappe la tête :
    - J’arrive en retard… J’arrive en retard. Que Satan soit maudit.
    Je le tranquillise autant que je le put, mais l’homme semblait mal à l’aise et me lança d’une voix à peine audible :
    “Je suis bien malade. Je n’en ai plus pour longtemps. Le remords me ronge et je veux corriger ma faute avant de me retrouver entre les mains de Dieu. La punition divine me fait rappeler chaque jour mon crime. Je veux faire quelque chose, afin que cette fille ne soit pas mise à l’écart d’une société qui ne pardonne pas de telles erreurs. Elle n’est que le bouc émissaire d’un coup monté, un manège machiavélique.”

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  69. Artisans de l'ombre Dit :

    70.
    L’homme s’était mis à pleurer : “Vois-tu mon fils, aussi longue que sera notre vie, nos fautes finissent toujours par ressurgir. La passé nous rattrape pour nous torturer. Heureux celui qui fait du bien, car il aura la paix éternelle.” J’eus du mal à comprendre. Mais l’homme s’était levé et avait lancé :
    “Je vois que ton père a remis le bébé à l’état, mais je ne pourrais m’adresser à un commissariat ou à un quelconque orphelinat sans soulever des questions. Je ne pourrais pas non plus m’adresser à la famille de l’enfant, car je risque de retourner en prison. Oui, j’ai passé les dix dernières années en taule. Vois-tu, la mauvaise graine survit toujours. J’ai volé, j’ai escroqué, j’ai trahi, mais je n’ai jamais tué… Jamais. J’ai été arrêté avec toute la bande pour trafic de drogue. J’étais pauvre, sans le sou, et la seule issue qui restait pour moi était de m’allier à ces groupes de malfaiteurs pour subvenir aux besoins de ma famille.”
    L’homme avait le souffle court et portait sans cesse la main à sa poitrine :
    “Ici… ici. Mon cœur ne tente de tenir le coup que pour le jour où je retrouverai cette enfant, afin de la remettre à sa famille.”
    J’ai essayé de le raisonner, en lui expliquant qu’il y a des formalités à entreprendre afin de retrouver la trace de cette fillette, mais il refusa de m’écouter. Il avait peur et se mit à débiter son récit d’une voix tremblante : “Je suis fautif peut-être, mais je n’ai fait qu’exécuter les ordres de ces gens qui ne vivent que pour l’odeur de l’argent. On m’avait demandé de kidnapper l’enfant pour demander une rançon à la famille. Je voulais refuser, mais j’avais le couteau sur la gorge. On m’expliqua ce que je devais faire, et j’exécutais le plan sans faille. Je choisit le jour où on donnait la grande fête qui, dans nos coutumes, suivait chaque naissance pour procéder au kidnapping. Les véritables ravisseurs m’attendaient non loin de là. Le bébé avait faim et pleurait. Je le serrais contre moi. Sa petite frimousse commençait à bleuir. Je pris peur. Si ce bébé mourrait… à ce moment, je revoyais l’image de mes propres enfants, mais le courage me manqua… Alors au lieu de revenir sur mes pas et de rendre l’enfant à ses parents, je pris la poudre d’escampette et je me mis à courir à travers la forêt jusqu’au petit matin. Là, j’hésitais longtemps à remettre le bébé à l’imam en main propre, et à lui en donner tous les détails. Qu’allait-on faire de moi ? La police me rattraperait. Ou bien pire, la bande des malfaiteurs qui m’avait chargé de cette mission me tuerait sans remords. Qui s’occupera dans les deux cas de mes gosses à moi ? Alors je déposais le carton sur les escaliers de la mosquée. J’attendis que les fidèles en ressortent, et je ne me décidais à ne revenir sur mes pas qu’après m’être assuré que l’enfant était entre de bonnes mains. Je m’enfuis alors, en ayant gros sur le cœur. Un poids qui ne m’avait jamais quitté… jamais. Je pris ma famille. Je changeais de ville, mais le passé me rattrapait toujours… Je faisais des cauchemars à chaque fois que je fermais les yeux. Je travaillais avec des trafiquants de drogue. Je gagnais assez d’argent pour tenir encore quelque temps. Je me disais que je finirais par battre en retraite. Je prenais de l’âge, et seul un travail honnête allait me permettre de redémarrer à zéro. Hélas ! La malchance me collait à la peau. Au cours de ma dernière opération, la police mit la main sur toute la bande. Je fus ainsi jeté en prison, sans avoir pu revenir sur mes pas et donner l’adresse et le nom des parents du bébé en question à l’ancien imam. En apprenant sa mort aujourd’hui, je mourrais tous les jours mille fois, avant de rendre mon dernier soupir.”
    - Je tentais de raisonner cet homme, reprit l’imam. Je lui expliquais que Dieu dans Sa clémence pardonne toutes les fautes, à condition qu’on les reconnaisse et qu’on ressente le remords, les regrets. Je voulais connaître la réalité, les origines de cet enfant, et entreprendre ensuite moi-même les démarches nécessaires. Mais l’homme refusa d’en dire plus. Il sortit de la mosquée en se traînant. Je restais perplexe un moment, tout en me demandant si j’avais eu affaire à un homme normal. Mais les détails étaient justes. Et même la date était exacte. Je ne connaissais absolument rien de l’homme, sauf qu’il venait de sortir de prison où il avait passé de longues années pour trafic de drogue. Je me demandais si je ne devais pas me rapprocher des services judiciaires pour le dénoncer et en apprendre plus sur lui. Ma femme m’en dissuada. Après tout, qui nous confirmera les dires de ce malheureux ? N’était-il pas revenu dans le seul but de reprendre l’enfant afin de faire chanter la famille une fois de plus ? En tout état de cause, nous avons appris que le bébé avait une famille, mais où se trouvait-elle et qui est-elle ? On n’en savait rien.
    - Et cet homme ? Vous ne connaissez rien de lui ou de sa famille ?
    - Absolument rien. C’est un homme que je n’ai jamais vu par ici, et s’il ne m’avait pas raconté son histoire, je n’aurais jamais su que c’était le ravisseur de ce bébé.
    - à quand remonte votre rencontre avec lui.
    - Je ne me rappelle pas bien. Peut-être à une dizaine d’années ou à une douzaine tout au plus.

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  70. Artisans de l'ombre Dit :

    71.
    C’était l’heure de la dernière prière, et des fidèles affluaient. L’imam se lève :
    - Tu m’excuseras mon fils, mais je n’ai pas d’autres renseignements. Toutefois, laisse-moi tes coordonnées. Sait-on jamais ? Peut-être que je me rappellerais d’autres détails.
    Faouzi s’empresse de remettre sa carte de visite à l’homme, avant de le remercier et de quitter les lieux.
    Il retrouve le chauffeur de taxi endormi sur son volant, et le réveille en le tirant doucement pas l’épaule. Ce dernier sursaute avant d’ouvrir les yeux :
    - Ah vous voilà enfin ! Je pensais que vous alliez passer la nuit dans cette mosquée jeune homme.
    Faouzi s’installe à côté de lui et lance :
    - L’affaire qui m’amène dans ce village n’est pas des moindres. Il y a l’avenir d’une personne en jeu.
    Le bonhomme le regarde d’un air curieux :
    - Je ne vous suis pas bien.
    Faouzi lève une main :
    - Vaut mieux ne pas trop me suivre. Je suis peut-être un peu dingue. Mais maintenant que je sais que le bébé a été kidnappé, ce qui sous-entend qu’il n’est pas un enfant illégitime, je veux retrouver coûte que coûte sa famille.
    Le chauffeur est de plus en plus intrigué :
    - Je ne vous comprends pas jeune homme, mais au cas où je pourrais vous être d’une quelconque aide, n’hésitez pas à faire appel à moi. J’habite au centre-ville de Batna.
    Faouzi lui tendit sa carte de visite. Le chauffeur y jette un coup d’œil :
    - Vous êtes journaliste. Vous travaillez à Alger et vous êtes ici pour une enquête sur quelqu’un ?
    Faouzi hoche la tête :
    - Il se fait tard. Je n’aurai pas le temps de vous narrer tous les détails.
    Il le dévisage un moment avant de poursuivre :
    - Vous êtes de la région ?
    - Oui ! Je suis un Chaoui jusqu’à la racine des cheveux. Mes parents sont nés dans les Aurès tous les deux, et durant la guerre, ils ont dû quitter leur patelin pour s’installer en ville… Vous comprenez ? Les bombardements, les incursions nocturnes. Bien sûr à cette époque j’étais encore un adolescent.
    - Vous connaissez beaucoup de familles à Batna ?
    - La plupart des anciennes familles. D’ailleurs ici on a tous un lien de parenté. Je veux dire qu’entre anciens, les échanges et les mariages étaient légion. Mais de nos jours, la ville prend de l’ampleur. Et comme toutes les grandes villes, il y a l’exode rural, et des gens de toutes les régions du pays viennent s’installer ici.
    - Cela se comprend. Les temps évoluent pour tout le monde.
    Faouzi marque un temps d’arrêt. La nuit avait enveloppé les lieux, et la route était déserte. Un petit vent tiède s’était levé, mais le ciel était étoilé. La forêt s’étendait sur les deux côtés de la route, à perte de vue. Faouzi se demanda s’il pouvait interroger le chauffeur. Ce dernier lui paraissait fiable. Il était âgé d’une soixantaine d’années et avait l’air d’un bon père de famille.
    - Dis-moi mon ami, finit-il par demander. Je ne sais pas si le moment est bien choisi, mais j’aimerais juste savoir si tu n’avais pas entendu parler de l’enlèvement d’un bébé dans la région.
    - Un enlèvement ? Quand ça ?
    - Cela remonte à plus d’une vingtaine d’années. Vingt six ans ou un peu plus. L’enfant, une fille, était née dans une famille aisée, et on l’avait kidnappé au septième jour de sa naissance pour demander une rançon. Cette affaire ne vous rappelle rien ?
    Le chauffeur repousse sa casquette:
    - Vous êtes sûr que vous n’êtes pas trop fatigué jeune homme ? Il fait trop chaud pour la saison, et vous n’êtes pas habitué au climat sec de notre région.
    Faouzi sourit :
    - Ce n’est pas la première fois que je viens dans cette région hospitalière. J’ai déjà fait plusieurs couvertures médiatiques. La plus récente remonte au dernier Festival de Timgad.
    Le chauffeur ébauche un sourire :
    - Content de vous l’entendre dire (il toussote). à vrai dire, les affaires de kidnapping et d’enlèvement ne sont pas ma tasse de thé. Je suis quelqu’un qui trime dur pour gagner sa vie. Parfois, il m’arrive de ne pas rentrer chez moi des jours durant. Heureusement que mes enfants sont assez grands maintenant pour se débrouiller seuls.
    Il se frotte le crâne, puis remet sa casquette en place avant de poursuivre :
    - Néanmoins, comme vous me plaisez bien jeune homme, je vais vous aider. Ici rien ne passe inaperçu pour les avertis. Je vais contacter un ami à moi. Un gérant de café. Lui seul pourra me renseigner là-dessus sans faille. Vous connaissez l’ambiance des cafés n’est-ce pas ?
    Faouzi acquiesce en souriant :
    - J’en connais un bon bout. Les cafetiers sont parfois mieux informés que les journalistes.
    Le chauffeur se met à rire :
    - Eh bien, je n’ai rien à vous apprendre là-dessus. Dès demain je m’occuperai de cette affaire. Qui sait ? Peut-être que vous aurez un bon fil conducteur
    - Je compte sur vous mon ami.
    Ils étaient arrivés devant l’hôtel où Faouzi avait retenu une chambre, et le chauffeur lui dit :
    - Le journée a été bien pleine pour vous. Allez vous reposer.
    - Vous passerez me prendre au milieu de la matinée. Cela vous arrange-t-il ?
    - Parfaitement jeune homme. Vous pouvez compter sur moi.
    Faouzi descendit et referma la portière du véhicule, avant de le saluer le chauffeur.

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  71. Artisans de l'ombre Dit :

    72.
    ADEL
    Adel faisait les grands pas dans la salle d’attente. On lui avait dit que le docteur Nawel était en consultation et qu’elle n’allait pas tarder à rejoindre son service.
    Adel s’impatientait. Ces lieux de souffrance où régnait cette “puanteur” de médicaments, d’alcool et d’éther ne motivaient pas son attente. Si cela ne tenait qu’à lui, il aurait déjà pris ses jambes à son cou, mais il avait promis à Hakima de passer pour la consultation, et Nawel lui avait fait dire, par un infirmier, qu’elle allait le recevoir dans quelques instants.
    Il prit une cigarette, puis remarque la mention “Interdiction de fumer” qu’on avait inscrite en gros caractères sur la porte. Il remet la cigarette et le briquet dans sa poche et se rassoit.
    Cinq minutes passent. Ses mains commencèrent à trembler. Il se leva et se mit encore à arpenter les lieux. Il attendra encore cinq minutes, et si Nawel ne s’amène pas, il n’hésitera plus à s’en aller. Il n’aura qu’à lui laisser un mot d’excuses.
    À peine cette pensée l’avait-elle effleuré que Nawel vint le retrouver. Elle ne portait pas de blouse blanche !
    Adel se lève :
    - Heu, bonjour docteur. Heu, je…
    Nawel sourit :
    - Excuse-moi de t’avoir fait attendre, mais j’étais en consultation.
    Elle jette un coup d’œil à sa montre-bracelet :
    - Je crois que tu es un peu en avance pour notre rendez-vous, mais cela m’arrange, j’ai déjà fait ma tournée auprès de mes malades, donc nous avons tout notre temps. Viens…
    Elle lui indique son bureau d’une main, et Adel la suit plus mort que vif.
    Nawel s’installe derrière son bureau et sourit :
    - Bon, comment cela va-t-il ?
    - Heu… bien, je vais bien.
    - Tu me disais lors de notre dernière rencontre que tu souffrais de picotements à la gorge et dans les yeux. Tu as aussi parfois des difficultés à respirer, c’est ça ?
    Adel hoche la tête et précise :
    - Oui, mais cela ne m’arrive pas tout le temps. Je pense que je deviens plus vulnérable au printemps, parfois cela m’arrive aussi à chaque changement de saison.
    - Tu n’as jamais pensé à consulter ?
    Il fait un signe de négation :
    - Non, je déteste les médecins.
    - Eh bien merci.
    - Oh pas vous, je ne voulais pas dire ça. Excusez-moi
    Nawel souriait toujours :
    - Tu sembles souffrir d’une phobie des blouses blanches Adel. On voit ça bien plus souvent que tu ne crois dans notre métier. Je vais t’ausculter. Veux-tu t’allonger et te détendre ?
    Elle lui indique la table d’auscultation, et Adel tente de se détendre. Il ouvrit sa chemise et laisse Nawel l’ausculter.
    Cette dernière lui demande de respirer, puis de se relever, avant de le rallonger pour ausculter sa gorge, son nez et ses oreilles. Elle termine et repose son stéthoscope sur le bureau :
    - Tu peux te rhabiller Adel.
    - C’est grave docteur ?
    - Oui, aussi grave qu’un rhume en hiver.
    Elle rit en remarquant l’air effaré du jeune homme.
    - Tu as tous les symptômes apparents d’une allergie aux poussières, au pollen et à certains détergents. Les allergies se traitent et tout rentre dans l’ordre. Je vais t’administrer tout de suite une injection de Deprostane, et d’ici quelque temps, si tu ne remarques pas d’amélioration, tu reviendras pour un test.
    - Un test ?
    - Oui, un test d’allergie. C’est rapide, indolore et efficace pour déterminer toutes les allergies auxquelles tu pourrais être exposé.
    Adel reboutonne sa chemise et vint s’asseoir en face de Nawel :
    - Tu as dis, tu as dis que tu allais m’injecter ce Depo… quoi ?
    - Deprostane.
    - Oui, Deprostane (il pousse un soupir). Tu ne peux pas me donner quelque chose à prendre oralement ?
    - Pourquoi ? Une injection est bien plus efficace dans ton cas.
    Adel hoche la tête. Il semblait préoccupé, mais Nawel se lève et prend une seringue et sa boîte de pharmacie. Elle prépare le mélange et imbibe un coton d’alcool :
    - Lève-toi Adel.
    Adel se lève, mais refuse de s’approcher d’elle.
    - Approche donc, tu as peur ou quoi ?

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  72. Artisans de l'ombre Dit :

    73.
    Le jeune homme semblait prêt à rendre son dernier soupir :
    - Vous n’allez pas me faire mal avec ce, cette seringue, Nawel je….
    - Approche Adel, je te promets que tu ne sentiras rien, parole de médecin.
    Elle lève sa main en signe d’engagement. Le jeune homme hésite encore, puis se décide à remettre son destin entre les mains de cette femme qui représentait pour lui, malgré sa grande beauté, le symbole vivant de la torture humaine. Tous les médecins sont comme cela, se dit-il. Ils vous baratinent pour mieux vous faire souffrir.
    Néanmoins, il prend une longue inspiration et s’approche de Nawel, qui d’une main sûre passe le coton imbibé d’alcool sur sa peau avant d’y introduire l’aiguille. L’opération n’avait pris que quelques secondes, mais pour Adel, ce fut une éternité. Le médecin avait terminé, et jette la seringue dans un “haricot métallique” avant de s’approcher d’un lavabo pour se laver les mains.
    Adel était encore à sa place les yeux fermés, les doigts crispés sur une chaise et transpirait de tous ses pores. La jeune femme le regarde curieusement :
    - Cela ne va pas Adel ? C’est terminé, tu peux te détendre.
    Le jeune homme ouvre les yeux et regarde autour de lui :
    - Tu m’as piqué ?
    Nawel acquiesce :
    - Oui, c’est terminé.
    Adel se passe une main sur le visage :
    - Je n’ai rien senti, même pas la pointe de l’aiguille.
    - À la bonne heure, pourquoi demeure-tu donc ainsi crispé ?
    Le jeune homme ébauche un sourire et remet de l’ordre dans ses vêtements :
    - Moi crispé ? Tu n’y penses pas. Je n’ai jamais été aussi courageux de ma vie. J’ai supporté la torture sans broncher !
    Nawel éclate de rire :
    - Voyons Adel, ce n’est rien, ce n’était qu’une simple injection.
    - Oui, une simple injection.
    Il se retourne vers elle :
    - Tu es sublime Nawel.
    Il s’approche d‘elle et à sa grande surprise, dépose deux bises sur ses joues :
    - Je viendrais tous les jours faire des injections chez-toi. Tu es sublime, veux-tu déjeuner avec moi ?
    Nawel porte la main à sa joue. Elle n’en revenait pas encore :
    - Tu vas bien Adel ? Tu es sûr?
    Il sourit de toutes ses dents :
    - Aussi sain que moi aujourd’hui, cela n’existe pas sur terre. Alors acceptes-tu de déjeuner avec moi, ou dois–je me mettre à genoux pour t’en supplier au risque de nous faire surprendre par quelqu’un.
    Nawel allait protester mais Adel poursuit :
    - Je ne veux rien savoir, c’est décidé. Pour te remercier de m’avoir ôté la phobie des injections, je t’emmène déjeuner dans un grand restaurant.
    Sans attendre sa réponse, il lui prend le bras et la tire vers la sortie :
    - Mais attends donc, s’écrie Nawel. Je vais prendre mon sac, et fermer mon bureau.
    Adel sourit :
    - Enfin, tu deviens raisonnable.
    Nawel sourit :
    - Qui l’est devenu, toi ou moi ?
    - Les deux, répondit Adel sans hésitation.

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  73. Artisans de l'ombre Dit :

    74.
    LE KIDNAPPING
    Faouzi ouvrit un œil. La chambre était plongée dans le noir, mais il savait que le jour s’était déjà levé. Il se demanda où il était, puis se retourna sur le côté pour se rendormir sans demander son reste.
    Une demi-heure plus tard, la sonnerie du téléphone le tira de son sommeil. Il se réveilla en sursaut et se demanda encore une fois où il était. La mémoire lui revint d’un coup, et il décroche le combiné sans tarder :
    - Bonjour Faouzi… lance une voix. Je crois qu’on avait rendez-vous en milieu de matinée. On est presque à la mi-journée et tu n’es pas encore là. Cela fait plus d’une heure que je t’attends à la réception.
    Il reconnut instantanément la voix du chauffeur et saute sur ses pieds :
    - Donne-moi juste dix minutes.
    Il raccroche et se dirige vers la salle de bains, avant de s’habiller à la hâte.
    Le bonhomme l’attendait dans son taxi en lisant le journal. Faouzi reconnut l’en-tête et s’écrie :
    - C’est mon canard… (Il sourit) Tu es un fidèle lecteur à ce que je vois.
    Le chauffeur répond sans hésiter :
    - Je ne le rate sous aucun prétexte. D’ailleurs c’est le premier journal que je lis quotidiennement. On peut dire que je suis un habitué !
    Faouzi s’installe à côté de lui :
    - Très bien… C’est un bon point pour commencer la journée.
    Le chauffeur replia son journal et se tourna vers lui :
    - Le bon point mon fils, c’est le renseignement que j’ai pour toi.
    Faouzi qui s’apprêtait à mettre sa ceinture de sécurité suspend son geste :
    - Tu as quelque chose pour mon enquête. ?
    Le chauffeur hocha la tête :
    - Les cafetiers sont plus informés que les journalistes sur certains faits (il sourit)… J’ai pris l’initiative d’aller voir mon ami ce matin. Si Ahmed tient un café au centre-ville de Batna. Je l’ai mis au parfum et il m’a fait comprendre qu’il en connaît un bout, mais qu’il préfère t’en parler directement.
    - Comment cela ? Il n’a pas posé de questions ? Il ne t’a pas demandé pourquoi un journaliste s’intéresse à une affaire aussi ancienne ? Il n’a pas douté ?
    Le chauffeur l’interrompt :
    - Si Ahmed est un ami de longue date. Il ne refuse jamais de m’aider lorsque cela s’avère nécessaire. Je ne vois pas pourquoi il ne me ferait pas confiance… J’ai dit que tu étais un ami de ma famille et que tu voulais écrire quelque chose sur cette affaire qui avait défrayé la chronique en son temps.
    Faouzi est ému :
    - Merci… Oh merci beaucoup… Je ne vais pas trop m’attarder là-dessus… Allons donc voir ton ami.
    Le chauffeur démarre, et un quart d’heure plus tard Faouzi est attablé à la terrasse d’un café. Ammi Ahmed, comme l’appelaient les clients, l’avait chaleureusement reçu et n’avait pas hésité à venir s’assoir près de lui.
    - Alors mon fils… D’après Si Aïssa mon ami, tu veux faire un reportage sur cette affaire de kidnapping qui remontre à plus d’un quart de siècle ?
    - Oui Ammi Ahmed. Je suis ici depuis deux jours, et je n’ai pas pu avoir grand-chose à ce sujet. Les quelques notes que j’ai pu arrache, me confirment certes que ce kidnapping a bien eu lieu et qu’on avait perdu la trace de l’enfant.
    Le cafetier pousse un long soupir :
    - Que Dieu châtie ces malfaiteurs. Ils ont plongé la famille de Ammi Mabrouk dans le désarroi et la tristesse durant de longues années.
    Faouzi prend un calepin et un crayon et commence à prendre des notes :
    - J’aimerais tout savoir au sujet de cette affaire… Peux-tu remonter à ses débuts.
    - Oui, bien sûr. Je remonterai encore plus loin si tu veux…
    - Raconte… Donne-moi tous les renseignements que tu détiens sur la famille, et les événements qui ont précédé cette triste affaire.
    Ammi Ahmed dépose la tasse de thé qu’il était en train de siroter,- et croise les bras en regardant au loin. Il semblait méditer et revivre des scènes lointaines. Mais il revint vite à Faouzi :
    - El-Hadj Mabrouk est originaire de mon village… Je suis né à Arris. Je l’ai donc connu, alors que je tenais à peine sur mes pieds. Nous étions d’une classe différente certes, mais chez nous dans les Aurès, la richesse ne pouvait pas être une entrave pour un bon voisinage.
    La famille de Si Mabrouk était aisée. Elle possédait des biens… Beaucoup de biens… Des terres, du bétail, des maisons, des puits, des champs de blé, des arbres fruitiers, etc. Mais autant sa fortune était immense, autant les cœurs était grands. Si Mabrouk et les siens savaient être généreux. Ils offraient des parts de leurs biens à toutes les familles du village. Cela se faisait si discrètement et si régulièrement que l’on s’en rendait à peine compte.

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  74. Artisans de l'ombre Dit :

    75.
    Le vieil homme se remet à siroter son thé à petites gorgées et à méditer avant de poursuivre :
    - Les gens du village étaient heureux de pouvoir manger à leur faim, sans avoir besoin de mendier, et la famille de Si Mabrouk répartissait les dons selon les besoins du voisinage. On vivait donc heureux et dans une harmonie sans pareille. Les villageois étaient simples, sages, et savaient se contenter de ce que leur offrait la Providence, mais il y avait un nuage qui planait sur le bonheur de tous. Les paysans étaient affligés par le fait que Si Mabrouk, qui était marié à sa cousine germaine depuis de longues années, n’avait pas encore d’héritier. Sa femme s’est avérée stérile, et aucun remède ne put venir à bout de cette calamité.
    Les parents et les proches commencèrent à s’inquiéter, et d’aucuns harcelaient Si Mabrouk à prendre une deuxième épouse.
    Si Mabrouk s’en remit à l’évidence. S’il mourrait sans descendance, ses biens seraient dilapidés ! Il prit donc la décision de convoler en justes noces, non sans avoir au préalable demandé l’accord de sa première femme. Cette dernière, triste mais déterminée, ira elle-même à la recherche de la perle rare qui comblera son mari de bonheur. Quelques mois plus tard, Si Mabrouk épousera une jeune fille d’un village voisin. Et une année plus tard, il sera l’heureux père d’un robuste garçon qu’on prénomma Lamri. On donna une fête qui dura plusieurs jours, et on offrit des waâdates pour conjurer le mauvais œil.
    Un second, puis un troisième garçon vinrent successivement au monde : El-Hachemi et Mustapha. Si Mabrouk était au comble du bonheur. Non seulement son vœu d’avoir des enfants est exaucé, mais la descendance mâle lui assurait à jamais la consécration.
    La guerre de Libération faisait rage, et Si Mabrouk quitta le village pour mettre sa famille à l’abri des mauvais coups. Il s’installa en ville où il acheta plusieurs magasins et se lança dans le commerce de gros.
    Les deux aînés grandissaient. À peine adolescents qu’ils se sont déjà initiés à toutes les ficelles du commerce. Par contre, Mustapha, le benjamin, faisait des études. Certes, il savait qu’il finirait par rejoindre les autres, mais étant donné qu’il avait la chance de mettre les pieds dans une école, il ne rechigna pas à suivre un cursus scolaire normal.
    Nous sommes de la même génération et nous nous rencontrâmes donc sur les bancs d’école. Plus tard, nous effectuâmes le service national ensemble dans une ville de l’Ouest algérien.
    Deux années plus tard, Mustapha se maria. Il était le seul à ne pas avoir encore fondé une famille, alors que Lamri et El-Hachemi avaient déjà des enfants. Si Mabrouk prenait de l’âge, certes, mais il était toujours actif et dirigeait la maison d’une main de fer.
    Mustapha, qui avait pris pour femme une fille de son village, aura d’abord deux garçons puis une fille. C’est cette dernière qui sera kidnappée au septième jour de sa naissance.
    Faouzi sursaute et cesse de prendre note :
    - Que s’est-il réellement passé ?
    - Eh bien, mon fils, les gens sont parfois bizarres. On aurait juré que c’était un des employés de Si Mabrouk qui aurait fait le coup. Un malfaiteur du nom de Youcef…
    - Un malfaiteur que la famille connaissait ?
    Si Ahmed hoche la tête :
    - Oui. Et pour cause, les coups de fil que la famille recevait renseignaient à plus d’un titre sur cette personne et sur ses intentions. Le malfaiteur n’opérait pas seul, il avait sa bande bien sûr. Il avait demandé une forte rançon, sans quoi le bébé allait être exécuté et jeté dans un puits. Et surtout, il avait menacé de passer immédiatement à l’acte si la famille s’amusait à alerter la police.
    - Et ensuite… qu’a-t-on fait ?
    - Si Mabrouk n’avait pas hésité un instant. Il avait chargé ses fils aînés d’exécuter les instructions de ces malfaiteurs. Lamri et El-Hachemi avaient mis l’argent dans un grand sac et s’étaient rendus à l’endroit indiqué pour le déposer. Mais, à leur grande surprise, personne ne vint le prendre. Ils attendirent sagement jusqu’au lever du jour, puis revinrent chez eux tête baissée. Au petit matin, la sonnerie du téléphone résonne dans la maison, et Si Mabrouk apprendra que sa petite fille avait été jetée dans un puits. Il n’aura pas le temps d’en connaître les raisons, car la “voix” avait tout bonnement raccroché.

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  75. Artisans de l'ombre Dit :

    La fête de la veille se transforma en deuil, et on lança des recherches pour retrouver le corps du bébé. En vain… Plusieurs jours durant, on tenta de fouiller les puits de la région afin de trouver une trace. Ce fut peine perdue.
    Un mois plus tard, un paysan se présente à la famille pour lui annoncer que le cadavre d’un bébé avait été retrouvé au fond d’un ancien puits. Si Mabrouk et ses fils s’y rendirent immédiatement. Ils tentèrent de reconnaître le corps, mais il était en état de décomposition avancé, et comme il s’agissait d’un nouveau-né, aucun indice, hormis ses cheveux noirs, ne pouvait démentir le fait. Mais ce qui était sûr, c’est que les malfaiteurs avait exécuté leur méfait… Personne n’en avait compris les raisons, alors que Si Mabrouk et ses fils avait exécuté les ordres à la lettre.
    Ils prirent donc le corps du bébé, l’enterrèrent et s’en remirent à Dieu pour châtier les adeptes de Satan.
    Voici toute l’histoire mon fils…
    Faouzi reste sans voix un moment. Le bébé retrouvé dans le puits n’était-il pas celui de la fille disparue que la famille recherchait ?
    Si c’était le cas, Hakima ne serait pas cette fille, et son enquête ne serait plus qu’un vague souvenir. Il n’épousera pas Hakima !
    - Alors Faouzi, tu as d’autres questions ?
    La voix du chauffeur le fait sursauter. Il émerge de ses méditations pour demander :
    - Puis-je te poser encore une question ou deux ammi Ahmed ?
    - Bien sûr mon fils.
    - Je veux juste savoir si la famille était certaine que le bébé retrouvé au fond du puits était bien le sien.
    Le cafetier hausse les épaules :
    - Cette affaire remonte à des années. à cette époque, la médecine ne pouvait pas encore établir un test ADN pour confirmer la filiation de cet enfant. Je me rappelle cependant une chose : la famille de Si Mabrouk avait affirmé que le bébé avait un indice révélateur. Un signe particulier, comme on appelle ça aujourd’hui. Le nouveau-né avait une tache de vin au niveau de la cuisse droite… Une tache qui ne passerait pas inaperçue, mais comme je l’ai déjà souligné, lorsqu’on retrouva le petit corps au fond du puits, il était dans un tel état de décomposition qu’il était inutile de passer à des vérifications qui n’auraient d’ailleurs servi à rien, puisque le bébé était perdu.
    Faouzi sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine :
    - Cette tache de vin les aurait pourtant renseignés définitivement sur l’identité du bébé. Peut-être était-ce juste une coïncidence. Peut-être que ce n’était pas la fillette qu’on recherchait.Si Ahmed met une main sur le bras de Faouzi :
    - Que pourrais-je te dire de plus mon fils… Je t’ai rapporté les événements tels qu’ils s’étaient déroulés à cette époque. Le bébé retrouvé était-il le vrai ou pas ? Je ne peux pas m’en porter garant. J’ai même entendu parler des mois plus tard qu’un clochard, un peu simple d’esprit, était venu rôder des jours durant devant la maison de Si Mabrouk… Il répétait à qui voulait l’entendre qu’il savait où se trouvait le bébé kidnappé, et qu’il était prêt à y conduire les parents. Bien sûr, personne ne l’avait cru…
    Pour être sincère, je dirais que cette histoire avait laissé chez moi, comme chez tous ceux qui en avaient entendu parler, un goût d’inachevé. Mais ne voulant pas remuer le couteau dans la plaie, personne n’a voulu en reparler… C’est ainsi que les années passèrent, et on oublia ce mauvais souvenir. Faouzi note les derniers mots dans son calepin avant de se lever :
    - J’aimerais en fin de parcours savoir où habite cette honorable famille de Si Mabrouk.
    Ammi Ahmed se met à rire :
    - Là. Tu pourras chercher le soleil en plein jour. La famille de Si Mabrouk est l’une des plus connues dans la ville, et même dans la région. Ce sont tous de grands commerçants… Père, fils, petits-fils…

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  76. Artisans de l'ombre Dit :

    78.
    Nawel repousse son assiette et se met à détailler Adel. Ce dernier, le moment d’euphorie passé, semblait timide et gêné. Elle sourit en le regardant, et se dit qu’elle était peut-être la seule femme au monde à s’attabler, pour la seconde fois en quelques jours, avec un homme qu’elle connaissait à peine. Ammir Kumar traversa ses pensées. Il l’avait invitée d’une manière un peu chevaleresque certes, mais elle n’avait pu se soustraire à son regard de feu. Et aujourd’hui, il y a ce jeune fou qui a peur d’une injection, mais qui n’a pas hésité non plus à s’imposer à elle.
    Elle pousse un soupir qui n’échappa pas à son compagnon :
    - à quoi penses-tu Nawel ?
    Elle revint sur terre et répondit d’une voix calme :
    - à ma sagacité.
    - Ta sagacité ?
    - Oui. Je ne suis pas une femme facile à inviter. J’ai toujours fui la société, mais il se trouve qu’aujourd’hui, je fais fi de tout bon sens pour te suivre.
    - Mais il n’y a aucun mal. Je t’ai invitée à déjeuner.
    - Vraiment ?
    - Bien sûr. Tu en doutes ?
    - Tu appelles tout le cirque que tu as fais une invitation ?
    Adel se met à rire :
    - Excuse-moi, je t’ai brusquée… Je ne sais pas ce qui m’a pris.
    - L’atmosphère des hôpitaux ne te sied pas. Tu voulais quitter les lieux au plus vite en “m’emportant” avec toi.
    Il sourit :
    - Je ne suis pas non plus comme ça d’habitude. Tu ne m’en veux pas j’espère ?
    Nawel sourit :
    - Et si je t’en voulais ? Que ferais-tu ?
    - Eh bien… Je ne sais pas…Je pourrais peut-être me mettre à genoux comme le faisaient les chevaliers d’autrefois, pour te supplier de me pardonner.
    Ils rirent, et Adel prend une cigarette et s’apprête à l’allumer. Nawel l’en empêche :
    - Arrête ça. Je ne supporte pas la fumée de cigarette.
    Adel se reprend et dépose la cigarette qu’il avait déjà au bout de lèvres. Nawel poursuit :
    - Si tu veux vivre longtemps et en bonne santé, bannis le tabac de ton quotidien.
    Adel sourit :
    - C’est le médecin qui parle.
    - En connaissance de cause. Si tu continues à me tenir tête, je te promets une belle série d’injections.
    Adel souriait toujours :
    - Si tu dois me les administrer de la même façon que la précédente, je m’y prêterai avec plaisir.
    - Ce n’est pas toujours évident… Je pourrais charger un infirmier de cela.
    Adel se rembrunit :
    - Ah non ! S’il te plaît pas ça.
    Nawel le regarde curieusement :
    - Tu projettes ta phobie autour de toi… On le ressent si bien qu’on a l’impression que tu portes cette peur depuis des années.
    Adel hoche la tête :
    - Tu touches le point culminant. Bravo !
    Il se verse un verre d’eau et remplit celui de Nawel avant de poursuivre :
    - Ma phobie des injections remonte à mon enfance. Un jour, mon père m’emmène dans un hôpital pour un vaccin. Je devais avoir à cette époque quatre ou cinq ans… Il faisait chaud ce jour-là, et il y avait beaucoup d’enfants qui, comme moi, attendaient d’être vaccinés. Mon père s’impatienta et demanda à un infirmier de notre voisinage de passer m’administrer le vaccin le soir à la maison. Ce dernier s’amène avec un arsenal de seringues et de flacons qu’il étala devant mes yeux, avant de préparer l’injection en question. Je pris mes jambes à mon cou.
    Une course poursuite s’ensuivra à travers toute la maison… On me rattrapa et on me tint fermement devant mon tortionnaire. Ce dernier prendra alors sa revanche et m’administra le vaccin d’une façon si brutale qu’il toucha une veine. Mon sang coula… On prit peur, et on m’emmena aux urgences de l’hôpital. Un autre infirmier me prit en charge et “colmata” ma plaie. L’incident fut clos. Mais depuis ce jour, j’ai développé une phobie pour les hôpitaux, les blouses blanches, et bien entendu les seringues et les injections.
    Adel prend son verre d’eau et le but d’un trait :
    - Ce récit est-il suffisant pour vous convaincre docteur ?

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  77. Artisans de l'ombre Dit :

    79 eme partie

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  78. Artisans de l'ombre Dit :

    80 eme partie

    Voila il avait tout déballé…. ! Il prit un mouchoir et s’essuya le front, tandis que son interlocuteur le dévisageait curieusement :
    - Une affaire qui concerne ma famille…
    - Oui, une sale affaire. Ta jeune sœur a été kidnappée et…
    Le jeune homme lève la main :
    - Qui t’a dit que j’avais une sœur qui a été kidnappée ?
    Faouzi s’embrouille :
    - Je, je ne sais par quoi commencer, mais je t’assure que mes intentions sont des plus nobles. J’ai fait une longue enquête à ce sujet, et mes pérégrinations m’emmènent chez vous aujourd’hui…Je pourrais plutôt souffler de soulagement, car le chemin a été bien long. Si je puis me permettre, tu es bien Kamel, le fils aîné de Si Mustapha.
    Le jeune homme hoche la tête :
    - Je vois qu’on t’a bien renseigné. (Il soupire). Mon père sera heureux de constater qu’il y a enfin quelqu’un qui s’intéresse à une affaire que mon grand père a préféré enterrer et oublier…Nous étions encore de petits enfants moi et mon frère Nabil lorsque cela s’est produit. Ma mère nous a tout narré bien plus tard…Mais que pouvait-on faire après tant d’années…..Mon père me faisait de la peine…Beaucoup de peine…Il ne cessait de répéter à quiconque voulait l’écouter que sa fille n’était pas morte…Qu’un jour il allait la retrouver….
    Il soupire encore et regarde Faouzi dans les yeux :
    - J’espère que tu ne viens pas réveiller de vieux démons ?
    - Je n’en ai absolument pas l’intention, bien au contraire, j’aimerais que ton père sache qu’il a totalement raison…Sa fille est encore en vie…Elle est journaliste….En ce moment, elle se trouve au festival de Cannes.
    Kamel porte une main à sa bouche :
    - Hein… ? Tu es sérieux jeune homme… ? C’est bien de ma sœur dont tu parles… ?
    Faouzi sourit :
    - J’en suis plus que certain. Et toutes mes intentions sont sérieuses car je compte bien devenir ton beau-frère.
    Le petit enfant se met à tirer son père par la manche. Ce dernier le soulève et se met à lui caresser les cheveux d’une main nerveuse avant de lancer :
    - Veux-tu rentrer prendre le thé….Ma mère doit être dans sa chambre….Elle pourra te recevoir…
    Faouzi lève la main d’un geste de protestation :
    - Réglons d’abord cette affaire entre hommes…Même Hakima n’est pas encore au courant de mes investigations.
    - Hakima ?
    - Oui….Ta jeune sœur s’appelle Hakima…C’est le nom qu’on lui a attribué dans l’institution où elle a été élevée.
    - Ma sœur…La fille de Si Mustapha a été élevée dans un orphelinat !
    Faouzi lui serre le bras :
    - Qu’a cela ne tienne. Des incidents de ce genre arrivent tous les jours. Dans le monde entier des enfants disparaissent et réapparaissent.
    - Mais pourquoi n’a-t-elle donc pas essayé elle-même de retrouver notre trace. Elle est aussi journaliste n’est ce pas ?
    Faouzi sourit encore :
    - Le cordonnier mal chaussé….En réalité Hakima refuse de se confier, et il avait fallu que je me hasarde à demander sa main, pour que toute la réalité de cette affaire remonte à la surface…Hakima pense que ses parents s’étaient débarrassé d’elle, car elle était …un…un enfant indésiré. Jusqu’a cette minute, elle ignore encore qu’elle a une famille, et des frères…( Il lui fait un petit clin d’œil)…Les liens du sang ne trompent jamais, la preuve Hakima a tes traits et les mêmes yeux que toi. Je donnerais ma main à couper si je me trompe.
    Kamel insiste :
    - J’aimerais que tu rentres, et que tu attendes mon père. Je ne veux pas te perdre de vue une seconde ( Il avait le regard mouillé et Faouzi sentit sa gorge se serrer). Tu nous ramènes de si bonnes nouvelles mon brave ami !
    Faouzi le rassure :
    - Je suis descendu à l’hôtel C… Ce n’est pas très loin d’ici. Je vais devoir rentrer pour me reposer un moment….Mais chose promise, je reviendrais dans la soirée. Heu…veux-tu mettre au courant ton père ?
    - Oh oui, bien sûr. Je ne sais pas comment m’y prendre, mais sois certain que dès son retour, il saura tout. J’ai juste peur que ma mère ne soit choquée une deuxième fois. Elle est devenue si susceptible ces derniers temps.
    - Cela se comprend. Retrouver sa fille après tant d’années alors que tout le monde la croyait morte, n’est pas chose facile à accepter. Ne t’avance pas trop Kamel, mettons d’abord ton père au courant, la suite viendra d’elle-même.

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  79. Artisans de l'ombre Dit :

    81eme partie

    Ammir Kamur décroche son portable et forme un numéro. Cela fait déjà une semaine qu’il attendait un coup de fil de Nawel, mais cette dernière ne semblait pas prête à le contacter. Heureusement que Hakima avait eu l’ingénieuse idée de lui refiler le numéro de son mobile.
    Il laisse sonner un moment, mais la disquette se déclenche. Le correspondant ne répondait pas. Nawel devait être encore à l’hôpital. Ira t-il encore la courtiser au parking ? Il sourit à cette pensée. Pas plus tard qu’hier, sa mère lui avait parlé d’elle avec chaleur, avant de lui lancer au visage qu’il était déjà vieux, et que si elle ne le harcelait pas, il ne prendrait jamais femme.vBien sûr elle avait pensé à Nawel, la jeune fille lui plaisait beaucoup.
    Ammir se passe une main dans les cheveux. Elle lui plaisait à lui aussi. Nawel était jeune, belle, instruite…Tout ce qu’un homme de son rang pouvait désirer. Et puis aussi instable qu’il était, où ira-t-il dénicher une perle aussi rare que cette jeune Algérienne ?
    Il se promet de ne pas trop hésiter la prochaine fois qu’il la verrait pour lui faire connaître ses intentions… Comment va-t-elle réagir ?
    Ne ferait-il pas mieux d’en parler d’abord avec Hakima ? Cette dernière la connaissait mieux que lui et pourrait lui montrer le chemin le plus court pour arriver a son cœur.
    Mais en attendant, que perdrait-il à recontacter Nawel pour l’inviter à prendre le thé ou à dîner chez-lui ?
    Certes cette invitation avait déjà été lancée, mais aucune réponse ne lui était parvenue. Qui ne tente rien n’a rien, se dit-il en formant encore une fois le numéro de Nawel. Cette fois-ci, une voix douce et chaude lui répondit, et Ammir lance d’une voix autoritaire :
    - Nawel veux-tu m’épouser ?
    Il se mordit les lèvres. Mais que lui prend-il tout d’un coup ?
    Nawel semblait distraite. Avait-elle entendu ?
    - Ah, bonjour Ammir…Mais de quoi parles-tu donc ?
    - Euh … Je me disais qu’on… qu’on pourrait se revoir. L’invitation de ma mère tient toujours tu sais.
    Nawel semblait lointaine :
    - Excuse-moi Ammir…Je suis au volant …Je t’entends très mal…Je dois récupérer Hakima de l’aéroport, elle rentre aujourd’hui de Cannes. Rappelle-moi plus tard.
    Elle raccrocha et descendit de sa voiture. En réalité, elle était à l’aéroport depuis déjà un bon moment. Hakima l’avait appelée dans la matinée, pour lui confirmer l’heure de son arrivée, mais apparemment le vol de Cannes accuse déjà plus d’une demi-heure de retard. Nawel avait les mains tremblantes…Elle avait bien entendu la proposition de Ammir….( Elle sourit ). Ce jeune diplomate voulait l’épouser….Quoi de plus normal pour un homme qui avait des intentions sérieuses… !
    Elle tente d’occuper son esprit en se promenant à travers les boutiques de l’aéroport. Elle remarque un livre qu’elle voulait s’acheter depuis longtemps, et s’approche de la librairie. On annonçait l’arrivée du vol de Cannes. Elle s’empresse de prendre l’ouvrage et de payer. Hakima sera-t-elle surprise, si elle lui apprenait qu’Ammir voulait l’épouser ? Elle secoue ses boucles brunes et se dit que rien ne pourrait ébranler son amie. Hakima avait déjà remarqué que cet homme était amoureux d’elle lors de la soirée artistique indienne. Elle lui avait même certifié que chez les Indiens, il n’est pas du tout difficile de se faire des amis. La famille d’Ammir l’avait facilement adoptée. Que demander de plus ?
    Elle chasse ses idées et s’approche du hall d’arrivée. Des passagers se bousculaient en portant des bagages, ou en tirant des chariots. Quelques étudiantes revenaient d’un séminaire, et discutaient entre elles à haute voix… Un couple s’embrassait en se tenant la main… La séparation a dû être bien longue pour ces deux jeunes gens. Enfin, voilà son amie. Hakima tirait une lourde valise à roulettes, et portait son inséparable caméscope en bandoulière… L’équipe technique qui l’accompagnait s’était dispersée, et Nawel agita son bras pour attirer son attention :
    - Hé Haki….Je suis là…. Par là….
    Hakima marque un arrêt et cherche des yeux Nawel. Cette dernière continue d’agiter son bras en criant son nom. Enfin la jeune fille la remarque et se dirige tout droit vers elle.
    Elles tombèrent dans les bras l’une de l’autre :
    - Ah Nawel…Tu m’as tellement manqué ma puce …
    - Hé…Hé…..Mademoiselle semble tellement sûre d’elle…. Et moi donc…. !
    Hakima lui pince la joue :
    - Je ne sais pas…Tu ne semblais pas enthousiaste à l’idée de venir me récupérer…
    - Écoutez-moi celle-là ! Tu sais que j’ai dû me faire remplacer pour venir te chercher.
    Hakima sourit :
    - Je pensais bien que tu n’allais pas me laisser faire le pied de grue dans ce labyrinthe. Tu vas bien ?

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  80. Artisans de l'ombre Dit :

    82.Nawel semblait fatiguée et ses yeux cernés auguraient d’une grande agitation.
    - Oui, assez bien. Je suis un peu claquée ces derniers temps. Et toi, comment cela s’est-il passé à Cannes ?
    - Formidablement bien. Tu ne peux pas imaginer ce qu’on pourrait apprendre au contact de toutes ces grandes stars venues du monde entier. Il y a cet amalgame de cultures et d’affinités. Une grande concurrence entre producteurs, réalisateurs et acteurs. Un monde cosmopolite… Un univers de couleurs et de paillettes.
    - Quelle chance ! Tu me raconteras plus tard en détail ce séjour de rêve. Dépêchons-nous donc de rentrer, tu dois être fatiguée par tous ces événements et le voyage.
    Hakima dépose sa valise dans la malle du véhicule et referme la portière d’un coup sec :
    - Tu me déposeras tout d’abord à la rédaction… Faouzi m’a appelée juste avant l’embarquement. Il a insisté pour que je passe le voir dès mon arrivée.
    - Faouzi était absent.
    - Il est rentré hier soir…
    Nawel se demanda si elle devait révéler à Nawel que Hamid était passé la voir pour lui demander un renseignement des plus délicats sur elle. Mais elle préféra garder le silence sur ce fait… Si Faouzi était rentré, c’est qu’il avait réussi à retrouver la famille de Hakima. Pourvu que le choc ne soit pas trop dur pour elle.
    Elle regarde son amie et lance :
    - Ammir vient de demander ma main… heu… au téléphone s’il te plaît.
    Hakima ébauche un sourire et hausse les épaules :
    - Quand un cœur se casse, il ne fait pas de bruit, mais fait des ravages. Je t’avais dis que cet Indien te dévorait des yeux.
    - Mais tu n’y penses pas. Je vais épouser un Indien !
    - Quel mal y a-t-il à cela ? Avant tout, si cet homme te plaît, pourquoi refuser ?
    Nawel manœuvre pour sortir du parking et se retourne vers son amie :
    - C’est toi qui parle ainsi ?
    - Oui. Je te réponds dans la logique des choses.
    - Parfait. Mais je te rappelle que tu avais repoussé quelqu’un qui t’aimait aussi… Tu n’avais pas hésité à piétiner son cœur. Les ravages seront peut-être plus importants de ce côté-là.
    Hakima pousse un long soupir et s’étire sur son siège :
    - Ce n’est pas du tout pareil Nawel… Tu connais mes raisons.
    Nawel tapote la main de son amie :
    - Elles ne sont pas aussi valables que les miennes.
    Hakima se redresse :
    - Tu veux dire que tu vas refuser Ammir ?!
    Nawel accélère et prend l’autoroute, avant de répondre :
    - Je n’en sais encore rien… Mais si je dois suivre la raison, il y a de fortes chances pour que je repousse cette demande.
    EIles arrivèrent à la rédaction. On était en fin de journée, et il ne restait que l’équipe technique et quelques journalistes qui venaient de rentrer de leurs différentes missions.
    Hamid vint à leur rencontre :
    - Ah voici nos revenantes.
    Il embrasse Hakima sur les deux joues et serre la main à Nawel :
    - Tes articles sont très bien passés ma chère amie… Tu nous as gâtés avec ces “clins d’œil” quotidiens à partir de Cannes. Tu t’es bien débrouillée et je suis très fier de toi.
    Il allait continuer, lorsque Faouzi sortit de son bureau :
    - Ah te voilà Hakima ! J’étais si pressé de te revoir que, dès que j’ai entendu ta voix dans le couloir, je n’ai pas pu résister. Allons dans mon bureau, j’ai quelque chose de très important à t’apprendre.
    Ignorant Hamid et Nawel, il entraîne Hakima dans son bureau. Cette dernière se laisse tomber sur une chaise et croise les jambes :
    - Je t’écoute Faouzi, qu’y a-t-il de si important pour que tu oublies même de saluer mon amie ?
    Faisant fi de sa remarque, Faouzi lance d’une voix nouée :
    - Hakima… Je… J’ai retrouvé ta famille.
    Hakima se redresse :
    - Pardon ?!
    Faouzi se rapproche d’elle et reprend d’une petite voix :
    - J’ai retrouvé ta famille Hakima… Tu as des parents, des frères, un grand-père…
    Hakima se lève d’un bond :
    - Tu as… Tu… as…
    La jeune fille tremblait de tous ses membres. Elle retombe sur sa chaise inerte.
    Faouzi se précipite :
    - Hakima… Hakima…
    Il se met à la secouer. La jeune fille entrouvrit ses paupières. Elle tente de se relever, mais Faouzi la maintint sur sa chaise et lui verse un verre d’eau qu’elle se met à boire à petites gorgées.

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  81. Artisans de l'ombre Dit :

    83.
    Le jeune homme ne savait plus quoi faire. Il regarda la jeune fille qui semblait encore sous le choc d’une telle révélation, et dit d’une petite voix :
    - Excuse-moi Hakima, j’aurais dû savoir qu’on n’annonce pas une telle nouvelle de cette manière. Je suis un rustre. J’ai été trop brusque et…
    Hakima l’interrompt d’un geste et repose son verre :
    - Tu as retrouvé ma famille Faouzi ? Tu as retrouvé ma famille ?
    Le jeune homme hoche la tête :
    - Oui… Je viens de rentrer de Batna. Je n’ai pas pu attendre davantage pour t’annoncer la nouvelle… Mais je m’y suis mal pris comme d’habitude.
    - Peu importe la façon dont tu me l’apprends. Raconte-moi plutôt comment tu as fais et où tu t’es rendu pour retrouver ainsi la trace de mes parents… Enfin si c’est le cas.
    - Tu en doutes ?
    Hakima semblait plus calme :
    - Je ne doute pas du tout de tes intentions. Mais comment veux-tu que je crois au père Noël, alors qu’il n’existe pas. La chose me paraît insensée.
    Faouzi se passe une main sur le visage :
    - Je vais tout te raconter. Veux-tu prendre le temps de m’écouter jusqu’à la fin sans m’interrompre ?
    Hakima pousse un long soupir :
    - Je t’écoute. Vas-y.
    Faouzi tire une chaise et se met en face d’elle :
    - Voilà…Tout a commencé le week-end dernier…
    Nawel était restée dans le couloir et regardait la porte du bureau où Faouzi avait entraîné Hakima, et qui demeurait close depuis un moment.
    Pour passer le temps, elle s’était installée sur une chaise et avait tiré de son sac un manuel de médecine.
    Hamid vint la rejoindre après une courte absence :
    - Excuse-moi Nawel, c’était l’heure du bouclage, et je ne pouvais pas me dérober. Voilà… (Il se frotte les mains) Nous venons de mettre les dernières retouches aux rubriques, et il ne reste que l’édition… On peut enfin respirer.
    Il sourit :
    - Je vois que tu occupes utilement ton temps. Veux-tu un café ou un thé ?
    Nawel referme son manuel :
    - Merci… je n’aime ni l’un ni l’autre. J’aimerais plutôt connaître les raisons de cette question insolite que tu étais venu me poser dans le parking de l’hôpital.
    - Quelle… quelle question ?
    Nawel le regarde en face :
    - La tache de vin sur la cuisse droite…
    Hamid lève une main suppliante :
    - Je ne sais pas s’il serait convenable pour moi de te raconter quelque chose que ton amie elle-même ignore ou pourra juger un peu… indiscrète. Nawel prend une longue inspiration :
    - Parce que ta question, tu ne la trouves pas indiscrète ?
    Hamid s’en mordit les lèvres :
    - Que veux-tu savoir Nawel ?
    - Tout. Je veux connaître toute l’histoire. En guise de mission, Faouzi était parti à la recherche de la famille de Hakima… Je me trompe ?
    Hamid ébauche un sourire :
    - On ne peut rien te cacher.
    - Alors… J’attends.
    - Installons-nous dans mon bureau, nous serions plus à l’aise.
    Nawel se lève et suit Hamid, qui ouvrit son bureau et l’invite à entrer :
    - Je ne sais pas par où commencer, lance-t-il en s’installant devant elle, mais ce que je peux te certifier, c’est que Faouzi m’avait demandé de garder le secret jusqu’à ce soir.
    - Très bien… Je comprends donc son empressement à mettre Hakima au courant. A-t-il retrouvé enfin cette famille ? A-t-il pu remonter tous les événements pour arriver à la source ?
    Hamid sourit :
    - Faouzi est un fin limier… Il n’abandonne jamais… Et quand il est sur une piste, il ne la lâche plus.
    Cette fois-ci sa mission devrait lui permettre de construire son avenir. Alors tu imagines un peu son obsession.
    - Je t’écoute…
    - Eh bien… voilà… Faouzi m’avait chargé d’envoyer Hakima au Festival de Cannes, alors que lui-même s’était rendu à Batna…

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  82. Artisans de l'ombre Dit :

    84.
    EST-CE LA BONNE PISTE ?
    à peine l’avion a-t-il atterri que Faouzi prend la main de Hakima :
    - Ammi Aïssa nous attend sûrement. Je l’ai appelé pour lui donner l’heure de notre arrivée.
    - Ammi Aïssa ? Ah tu veux parler du chauffeur de taxi ?
    - Oui… Mais pour moi, il représente plus qu’un chauffeur de taxi. Je lui dois beaucoup dans le dénouement de cette histoire.
    - Le dénouement ? Tu parles déjà de dénouement, alors que je n’ai pas encore rencontré cette famille dont tu parles.
    - Mais je crois que c’est le but précis de notre déplacement jusqu’à Batna. Dans quelques instants, tu rencontreras ta famille Hakima.
    La jeune fille ne semblait pas encore convaincue :
    - Tu m’as dis leur avoir proposé un test ADN pour confirmer la filiation.
    Faouzi lui serre la main :
    - Une simple formalité. Ce test ne sera que le dernier rempart. Et puis pourquoi t’inquiéter ? Lorsque j’ai rencontré ton frère Kamel, puis ton père, tous mes doutes s’étaient envolés comme par enchantement. Les traits de famille ne trompent jamais. Kamel te ressemble comme deux gouttes d’eau, et tu as hérité de la couleur des cheveux de ton père et de la forme de ses yeux… Des détails qui trompent rarement.
    Hakima affiche encore un air hésitant, mais elle est contrainte de suivre Faouzi qui la tenait toujours par la main. Ils se dirigèrent vers la sortie. Ammi Aïssa les attendait. Il leur souhaita la bienvenue, et sans demander son reste il les invite à monter dans le taxi et démarre.
    - Où allons-nous ?, demande Hakima.
    - Chez-toi, lance Faouzi avec un sourire. Chez-toi… Tu vas d’abord faire connaissance avec ta petite famille.
    - Ma petite famille !?
    Hakima se pince très fort pour être sûre qu’elle ne rêvait pas.
    - J’ai une famille… Faouzi… Tout ça me paraît tellement irréel.
    - Je te comprends… J’ai moi-même proposé à tes parents de te ramener ici à Batna… Je ne voulais pas brusquer les choses, car si je les avais écoutés, tout le monde aurait débarqué à Alger sans crier gare. Tu imagines un peu tout ce monde à la rédaction !?
    Hakima écarquille les yeux :
    - Hein ? Ils auraient débarqué à la rédaction ?
    Faouzi se met à rire :
    - Mais où veux-tu donc qu’ils débarquent ?
    Hakima soupire :
    - Je ne sais pas… Je ne sais plus… Toute cette agitation me fatigue. Je ne sais plus quoi faire ni quoi répondre, je suis confuse.
    - Cela se comprend bien mon amie. Tu n’es pas arrivée à la fin de tes surprises.
    Il désigne une villa au coin de la rue :
    - Tu vois cette maison ? C’est celle de tes parents…
    - Hein ? Nous arrivons déjà ?
    - Tu n’es pas heureuse d’être là ?
    Hakima se met à trembler :
    - Je… Je ne sais plus… Ne serait-il pas plus logique de rentrer à Alger ?
    - Tu es folle !? Après tout ce que j’ai entrepris, tu veux que j’abandonne ? Non Hakima… Essaye plutôt de maîtriser tes émotions… Je comprends fort bien tes appréhensions, mais cela se dissipera bien vite, crois-moi.
    à leur descente du taxi, Ammi Aïssa leur dis :
    - Je reste dans les parages si vous avez besoin de mes services… Mais tel que je connais Si Mustapha, je ne pense pas qu’il va vous libérer de sitôt.
    Faouzi le remercia et prend le bras de Hakima :
    - Allons-y.
    Ils s’approchèrent du portail. Faouzi n’eut pas besoin d’appuyer sur la sonnette. Kamel et son père ainsi qu’une femme les attendaient.
    Faouzi se retourne vers Hakima :
    - Ils sont aussi pressés de faire ta connaissance que tu l’es de faire la leur.
    Kamel s’approche d’eux :
    - Soyez les bienvenus.
    Il regarde Hakima et sourit :
    - Sois la bienvenue ma sœur.

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  83. Artisans de l'ombre Dit :

    85.
    La jeune fille est émue. Faouzi n’avait pas menti. Ce jeune homme avait ses traits, et d’aucuns feraient facilement le rapprochement.
    Kamel ouvrit tout grand le portail et les invite à entrer.
    Si Mustapha s’approche. En guise de bienvenue, ses yeux s’embuèrent, et il se détourne pour cacher ses larmes. Par contre, sa femme s’approcha de Hakima. Elle la contemple un moment, puis la prend dans ses bras :
    - Ma fille… Oh ma fille… Après toutes ces années, après que tout espoir s’est éteint en moi, je te retrouve enfin.
    Hakima, émue, n’arrive pas à prononcer un mot. Elle déglutit. Sa bouche était sèche, et elle arrivait à peine à respirer.
    La bonne femme lui prend le bras :
    - Viens donc… Entre chez toi… Ne reste pas là… Au nom de Dieu le Miséricordieux, que ton retour nous replonge dans le bonheur et la paix… Que cette maison accueille tes pas dans la joie et la sérénité.
    Hakima suit la femme. Est-elle ma mère ? se demande-t-elle.
    Elle entendit Faouzi dire quelque chose aux deux hommes, et ces derniers lui répondirent dans un chuchotement.
    La jeune fille est conduite dans un grand salon couvert de tapis et décoré à l’orientale. Un assemblage de cuivre et de velours. Des coussins étaient jetés pêle-mêle sur les canapés, et une grande table ronde en bois sculpté ornait le centre de la pièce.
    La femme l’installe sur un sofa et s’assoit près d’elle :
    - Tu dois être fatiguée par le voyage…
    Hakima la contemple un moment avant de pouvoir répondre :
    - Pas vraiment… J’ai l’habitude de voyager.
    - Cela va de soi, puisque tu es journaliste.
    La femme sourit :
    - Si Dieu le veut, je suis ta mère. C’est moi qui t’ai mise au monde. Hélas… Je n’ai pas pu t’élever, mais grâce à Dieu, on te retrouve enfin…
    Des larmes brillaient dans les yeux de la femme, qui se moucha, avant de se ressaisir ;
    - Mets-toi à l’aise Hakima… Je reviens dans un instant.
    Elle revint dix minutes plus tard avec un plateau chargé de gâteaux et de boissons :
    - Tu dois avoir faim. En attendant que le dîner soit prêt, prenons quelques rafraîchissements.
    Hakima accepte le verre de jus frais que la femme lui tendait, et goûte aux succulents gâteaux au miel.
    Son hôtesse ne la quittait pas des yeux. Elle souriait et lui caressait les cheveux :
    - On dit que l’instinct maternel ne trompe jamais. Vois-tu, je t’ai tout de suite reconnue… Je suis certaine maintenant que tu es ma fille. Je ne veux même pas vérifier la marque de naissance sur ton corps.
    - La marque de naissance ?
    - Oui… Ne porte-tu pas une tache de vin sur ta cuisse droite ?
    Hakima écarquille les yeux :
    - Comment le sais-tu ?
    La bonne femme se met à rire :
    - Je parle en connaissance de cause. Quand je t’ai mise au monde, le premier détail que l’accoucheuse avait relevé, c’était cette tache de vin. C’est un signe qui ne trompe pas…
    Elle s’approche de Hakima et poursuit :
    - Me suis-je trompée… ?
    Hakima secoue sa tête :
    - Non… Je porte effectivement une tache sur ma cuisse droite.
    Elle relève sa jupe et exhibe ce signe particulier devant la femme :
    .- C’est cette tache-là dont tu parles ?
    La femme laisse échapper un flot de larmes et prend Hakima dans ses bras :
    - Oh ma fille… Oh ma fille… J’ai perdu l’espoir de te retrouver un jour. Dieu a fini par exaucer mes longues prières. Gloire et louanges au Créateur qui m’a permis de te revoir vivante, avant de quitter ce monde.
    Hakima, émue, serre sa mère dans ses bras. Un étrange sentiment s’empare d’elle, et elle sentit son cœur se serrer :
    - Maman ! Tu es ma mère… ?
    La femme la serrait toujours contre elle :
    - J’ai rêvé de ce moment durant de longues années. Tu ne peux pas imaginer le poids de notre souffrance moi et ton père… Nous étions convaincus que le corps du bébé qu’on avait retrouvé au fond du puits n’était pas le tien… Nous savions que tu vivais quelque part, mais toutes nos recherches s’étaient avérées vaines… Ton grand-père voulait tirer un trait sur ce passé douloureux et nous avait interdit d’en reparler.

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  84. Artisans de l'ombre Dit :

    86.
    Hakima soupire :
    - Il m’est difficile, après tant d’années, de croire à tout ce qui m’arrive aujourd’hui.
    Une voix d’homme l’interrompt :
    - Pour nous aussi, c’est le même cas.
    C’était son père qui avait parlé. Il s’approche des deux femmes en souriant :
    - Je ne vais pas te harceler par des questions qui peuvent attendre, mais si tu doutes de nous Hakima, ne te gêne pas pour le dire… C’est très compréhensible d’ailleurs. Tu ne nous connais pas, tu avais à peine une semaine dans ce monde lorsque ces malfaiteurs t’avaient kidnappée.
    Hakima lève les yeux et remarque le regard interrogateur de Faouzi :
    - Heu.. Je ne sais quoi vous dire… Faouzi m’a tout raconté… Il m’a tout révélé sur ce passé que j’ignorais totalement. C’est lui qui vous a retrouvés. Je crois que pour lever le doute, un test ADN est nécessaire et…
    Son père lève la main en agitant son chapelet :
    - Nous savons ressentir les liens de sang, ma fille. Tu es bien notre enfant.
    - Elle porte la tache de vin sur la cuisse droite, lance sa mère avec un sourire.
    - Eh bien ! aucun doute n’est plus permis. Que Dieu soit loué !
    Il se retourne vers Kamel, qui discutait avec Faouzi :
    - Qu’attends-tu pour conduire Faouzi dans sa chambre. Il doit être bien fatigué ce pauvre garçon. Nous lui devons tant !
    Faouzi proteste :
    - Vous êtes très généreux. Je n’ai fais que quelque chose que j’estime de mon devoir.
    Il sourit et jette un coup d’œil à Hakima :
    - Un devoir envers ma future femme et envers sa famille. N’est ce pas là le gage d’un gendre ?
    Si Mustapha lui tapote l’épaule :
    - Seule une femme peut motiver un homme à accomplir des miracles. Notre fille a su jouer sa carte, et elle a gagné.
    Kamel l’interrompt :
    - Aussi jolie qu’elle est, ma sœur n’aurait pas eu beaucoup de mal à convaincre le plus réticent des hommes.
    Faouzi se racle la gorge :
    - Comme je vous l’ai déjà signalé lors de ma dernière visite, Hakima avait refusé de m épouser, arguant du fait qu’elle n’avait ni famille ni origines… Ces arguments n’avaient fait que renforcer mes intentions. Alors il ne restait qu’une chose à faire : retrouver ses origines. La tâche ne s’avéra pas facile, mais grâce à Dieu, on peut dire que j’ai réussi à l’accomplir jusqu’au bout. Je ne sais pas maintenant si Hakima trouvera un autre subterfuge…
    Si Mustapha sourit :
    - Où trouvera-t-elle un mari aussi digne d’elle ? La preuve formelle de ton attachement s’étale ici même, devant ses yeux.
    Hakima lance d’une voix à peine audible :
    - Trop de choses m’arrivent en même temps…..Mon esprit s’embrouille… J’appréhende encore les résultats du test ADN.
    Si Mustapha s’approche d’elle et lui tapote l’épaule :
    - Rien ne t’oblige à effectuer ce test ma fille. Tu as les traits de notre famille, et cette tache de vin confirme à elle seule ta filiation.
    Hakima secoue la tête :
    - Quoi que vous me dites tous, je demeure sceptique. Je… j’hésite encore à…
    - Très bien ma fille. Je ne vais pas trop t’embêter pour ce soir… Allons dîner. Demain nous aviserons.
    Malgré sa fatigue, Hakima se réveille aux aurores. Durant les quelques heures où le sommeil l’avait emportée, elle n’avait fait que des rêves incohérents. Son esprit refusait de raisonner.
    On avait évité de reparler du test ADN durant le dîner. La jeune fille avait fait connaissance avec les deux enfants de Kamel. Maïssa et Merouane, ses neveux ! Elle avait des neveux se dit-elle… On lui parlera de son autre frère Nabil, qui n’arrivera que le lendemain de Constantine. Lui aussi était père de deux enfants. Hakima fait le compte : elle avait des parents, deux frères, et quatre neveux, sans compter ses deux belles-sœurs. Naïma, la femme de Kamel, s’avéra d’ailleurs d’une agréable compagnie. Comme elle, elle était universitaire mais ne travaillait pas. Elle évita d’aborder le sujet culminant de la soirée, et elles discutèrent ensemble de tout et de rien.

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  85. Artisans de l'ombre Dit :

    87.
    Naïma l’accompagna dans sa chambre, et demeura avec elle un moment afin de lui permettre de se familiariser avec les lieux. Avant de la quitter, elle lui fera promettre de l’appeler en cas de besoin. Hakima l’apprécia beaucoup. Elle se sentit un peu moins seule auprès de cette jeune femme de la même génération qu’elle.
    Elle s’étire et remonte la couverture sur elle. Le matin hésite encore à se lever, mais elle entendait déjà des pas dans le couloir. C’étaient sûrement ses parents qui s’étaient levés pour la prière de l’aube.
    Elle repense aux événements de la veille et se gratte le menton. Cela s’est déroulé tellement vite qu’elle avait encore du mal à admettre la réalité.
    Seul le test ADN confirmera ou infirmera ses doutes. D’ici là, elle se sentait incapable de réfléchir à un quelconque projet.
    Dans le cas positif, ses parents lui demanderont-ils d’habiter avec eux ?
    Faouzi leur a sûrement appris qu’elle partageait une chambre dans la cité U. Leur avait-il parlé de Nawel aussi ?
    Elle repense à cette dernière. Nawel s’était jetée à son cou lorsqu’elle avait appris que Faouzi avait retrouvé sa famille. Elle était si heureuse pour elle qu’elle en avait pleuré.
    Que deviendra-t-elle toute seule dans cette chambre qu’elles avaient partagée durant de longues années ?
    Hakima ferme les paupières. Elle ne veut pas penser à l’avenir. Elle se l’était interdit. Du moins se dit-elle jusqu’aux prochaines révélations du test ADN… ADN… L’écho revenait tel un leitmotiv dans son esprit, et se cognait aux profonds recoins de son crâne.
    Sa respiration devint plus saccadée. Elle ne vivra plus jusqu’à ce moment. Elle ne pourra plus respirer… Ses doutes la torturaient… Elle n’aimerait surtout pas que ces braves gens, qui prétendent être ses parents, soient déçus. Non… Car dans ce cas, elle serait encore plus déprimée.
    Elle se lève, et se met à arpenter la chambre meublée avec goût.
    C’était une jolie pièce dont la fenêtre donnait sur un jardin tout en fleurs, alors qu’une longue tige de jasmin en encadrait les rebords.
    Elle tire le rideau et se met à contempler la nature naissante. Des reflets dorés jouaient sur les pétales gorgées de rosée. Le soleil saluait le matin, et le jour arborait une levée majestueuse, agrémenté de chants d’oiseaux.
    Hakima passe une main caressante sur la vitre, où une image pittoresque se reflétait.
    Elle était à plus de 500 km d’Alger… Loin de sa chambre universitaire et de la rédaction. Et dans une famille qui pourrait être la sienne et qui était d’origine chaouie.
    Elle se laisse tomber sur son lit. Est-elle une Chaouia vraiment ? Une Chaouia fière, brave et loyale, comme toutes les femmes de cette région qui ont marqué l’histoire de leur nom ?
    Elle sentit son cœur se gonfler d’orgueil. Oui, sûrement qu’elle aimerait suivre les traces de ces héroïnes sur lesquelles elle avait tant lu.
    Un coup frappé à sa porte la tire de ses méditations. La poignée est tournée d’un petit geste discret, et une forme se faufila dans la chambre :
    - Hakima, tu es réveillée ?
    C’était sa mère !
    La jeune fille se redresse sur son lit et l’invite d’une main à se rapprocher. La brave femme vint s’asseoir auprès d’elle, et se met à lui caresser les cheveux :
    - Je n’ai pas pu fermer les yeux de la nuit. Je n’arrivais pas à croire ce qui nous arrivait.
    Hakima sourit :
    - Moi aussi… J’ai très peu dormi.
    - Je le savais… C‘est pour cela que juste après la prière, je n’ai pas hésité à te rejoindre.
    Elle la regarde un moment avant de poursuivre :
    - Tu ressembles beaucoup à ton frère Kamel et à ton père… Je pensais que quelqu’un hériterait de mes traits, mais… (elle se met à rire). C’est ton père qui a eu le dessus.
    Hakima lui serre l’épaule :
    - Ne t’avances pas trop… Attendons d’abord ce test…
    La femme lève une main :
    - Dieu fait si bien les choses ma fille. S’il t’a permis de fouler le sol de cette maison et de nous rencontrer, ce n’est pas par hasard… Je ne vois aucune nécessité à effectuer ce test, ni ton père d’ailleurs…
    - Mais pour lever tout malentendu et toute hésitation, il faut passer par là… La médecine aujourd’hui nous permet d’écarter tous les doutes.
    La femme pousse un soupir :
    - Si tu y tiens. Mais je t’assure que pour nous l’affaire est déjà classée.
    Elle se lève et invite Hakima d’un geste :
    - Le petit-déjeuner est déjà servi… Allons rejoindre Naïma et ton frère au salon. Ton père est sorti très tôt pour une course urgente, mais il ne tardera pas à rentrer. Heu… comment s’appelle déjà ce jeune homme qui t’accompagnait ?
    - Faouzi ?
    - Oui… Faouzi. Je ne sais pas s’il est déjà levé ou devrais-je envoyer Kamel le réveiller ?
    - Ne t’en fais donc pas pour lui… Je crois qu’il connaît la maison mieux que moi… Il finira par montrer son nez.

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  86. Artisans de l'ombre Dit :

    88.
    Elles rirent :
    - Franchement, ce jeune homme me plaît beaucoup. Il semble si sérieux, si franc. Je suis heureuse d’apprendre qu’il s’intéresse à toi.
    Hakima préféra garder le silence. Pour l’instant, elle ne voulait imaginer aucune suite. Si cette famille n’était pas la sienne, elle repoussera encore une fois la demande en mariage de Faouzi.
    Le petit-déjeuner se déroula dans une ambiance bon enfant. Hakima se détendit et joua avec son neveu, tandis que son frère Kamel prenait la petite Maissa dans ses bras. Naïma leur versa du thé, et Hakima apprécia la galette chaude et croustillante que sa belle-sœur avait préparée spécialement pour elle.
    Kamel se leva et alla déposer sa fille dans son lit, tandis que Naïma se mit à débarrasser la table.
    Hakima se retrouva encore une fois seule auprès de sa mère. Enfin… Comme cette dernière se considérait déjà comme telle, la jeune fille finit par s’y faire.
    Elles se sourirent, et la vieille femme lui prend le bras :
    - Je n’aimerais pas raviver de vieilles blessures, mais j’aimerais savoir comment tu as vécu dans cet orphelinat ?
    Hakima déglutit difficilement. L’orphelinat ! Ah ! Cela fait des années qu’elle n’y avait plus remis les pieds.
    Elle repense à ces années qu’elle avait passées dans cette institution, et soudain l’image de Nafissa se dressa devant elle.
    - Si cela est trop pénible pour toi, n’en parle pas.
    La voix de la femme la tira de ses méditations. Hakima se reprend :
    - Oh non ! Je… je repensais juste à cette étape de ma vie. C’était… Comment pourrais-je te décrire ça ? Heu… Je n’aime pas tellement le mot ‘institution’. Pour moi et les filles qui y vivaient, c’était notre maison. Nous n’avions pas d’autre endroit où aller. Même si ces lieux étaient d’une froideur inimaginable. Nous étions des orphelines. Nous n’avions ni parents ni personne d’autre vers qui nous tourner.
    - Tu as dû souffrir de cette situation. Enfant, adolescente et même adulte…
    Hakima hoche la tête :
    - Il y avait bien pire que moi.
    Elle repense à Houria… Mais que devient-elle donc ?
    - Je peux m’estimer heureuse d’avoir eu une maman qui venait tous les jours me rendre visite et me ramenait un tas de choses.
    - Une maman ?
    - Oui… Enfin… une femme charitable… Une femme qui portait en elle tous les malheurs du monde, mais qui avait un cœur aussi grand que l’univers. Elle s’appelait Nafissa… C’est grâce à sa générosité et à son affection que j’ai pu entamer un processus scolaire et faire des études supérieures.
    La vieille femme égrenait son chapelet :
    - Cette femme, tu la contactes encore ?
    Hakima secoue sa tête :
    - Elle n’est plus de ce monde.
    - Que Dieu ait son âme. Tu semble triste à son évocation, cela prouve ton attachement à elle.
    Hakima laisse échapper un flot de larmes :
    - Je ne sais pas ce que je serais devenue sans elle. Elle a su me donner tant…
    Sa mère lui tapote la main :
    - Nos actes sont toujours récompensés ma fille. Si ce n’est pas dans ce monde, c’est dans l’autre.
    Hakima renifle :
    - J’étais avec elle, lorsque l’accident s’est produit.
    - L’accident ?! Quel accident ?
    La jeune fille essuie ses yeux et reprend d’une petite voix :
    - Je vais tout te raconter. Cela s’est passé un jour où je devais passer le week-end chez elle. Elle m’y invitait souvent, et ce jour-là… La jeune fille revoyait toute la scène devant ses yeux. Elle revoyait la grande maison, la bibliothèque, l’escabeau sur lequel elle était juchée, l’homme aux yeux globuleux qui voulait abuser d’elle sans vergogne, et la décision que Nafissa avait prise d’abandonner maison et biens afin de la protéger… Puis il y avait eu cette voiture venant à toute allure en sens inverse… Le fracas des tôles métalliques qui s’entrechoquent, le sang, l’odeur de l’éther à l’hôpital… Et puis aussi, il y avait ce petit enfant qui revenait de très loin… Ce petit orphelin… Une autre victime des aléas de la vie. Lui au moins avait connu ses parents, et ses grands-parents s’étaient chargés de son éducation… Que devient-il donc celui-là aussi ? Elle ferait mieux de demander à Faouzi d’entreprendre une autre enquête à ce sujet. Elle ébauche un sourire triste… Ah la vie ! Elle ne fait pas toujours de cadeau.

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  87. Artisans de l'ombre Dit :

    89.
    à la fin de son récit, un silence de mort régnait dans la pièce. Elle lève les yeux et constate que son père, son frère Kamel, ainsi que Faouzi s’étaient joints à elles. Elle ne s’en était même pas rendu compte.
    Son père se lève et vint vers elle :
    - Tout cela c’est du passé Hakima… Nous allons tenter de te faire oublier ce mauvais passage, quoique nous ne puissions effacer ni ces années ni tout ces événements qui t’ont profondément marquée.
    Elle constate que dans les yeux de son père brillaient non seulement des larmes mais aussi un profond sentiment de détresse.
    Kamel s’approche :
    - Je ne veux pas te bousculer Hakima, mais j’ai pris rendez-vous dans une clinique privée pour les prélèvements… Euh… je veux parler du test ADN. Es-tu prête ?
    Hakima se lève:
    - Oui bien sûr. Bien sûr que je suis prête.
    Faouzi s’approche d’elle :
    - Si tu appréhendes…
    Elle lève la main et proteste :
    - Je n’appréhende rien Faouzi. Je veux juste être certaine que ces braves gens sont bien ma famille. Je ne veux aucun doute là-dessus.
    Ils descendirent tous et s’engouffrèrent dans le véhicule de Kamel. Le silence régnait. Fort heureusement, l’établissement en question ne se trouvait pas loin et, dès leur arrivée, un homme en blouse blanche s’approcha d’eux. Il salua Si Mustapha et les hommes, puis s’approcha des femmes. Il sourit en regardant Hakima :
    - Si je peux me permettre, je pense que vous êtes bien la fille de Si Mustapha et la sœur de Kamel…
    Il donne une tape dans le dos de ce dernier :
    - Vous avez les mêmes traits de famille… Il y a une telle ressemblance entre vous que, pour moi, le test ADN ne sera même pas nécessaire.
    - C’est le docteur Lotfi, lance Kamel à l’intention de Faouzi et de Hakima, puis se retourne vers le médecin en souriant :
    - Je suis content de voir que vous constatez vous aussi ces traits de ressemblance, mais Hakima ne veut rien savoir… Elle préfère un test ADN pour s’assurer une fois pour toutes que nous sommes bien sa famille.
    - Les désirs de notre demoiselle sont des ordres, dit le médecin avec un sourire.
    Il les précède à l’intérieur d’un laboratoire ultrasophistiqué et donne des instructions à une infirmière.
    Cette dernière s’approche de Hakima et lui sourit :
    - Si vous permettez, je vais procéder à un prélèvement salivaire, avant de vous couper un bout d’ongle et de prendre une mèche de vos cheveux… Le prélèvement salivaire à lui seul est en principe suffisant, mais pour faire mieux nous allons procéder à des analyses approfondies.
    Hakima acquiesce. Si Mustapha et sa femme se prêtèrent à la même opération.
    Kamel et Faouzi attendaient dans le couloir. Le jeune homme paraissait anxieux :
    - Quelque chose ne va pas Faouzi ?
    - Tout va bien Kamel, mais ça ira mieux quand les résultats du test ADN seront connus.
    Kamel lui serre le bras :
    - Cela ira bien… Tu as peur pour ta proposition ?
    Faouzi hoche la tête :
    - Tu ne connais pas encore Hakima. Elle est têtue comme une mule. Rien ne la fait reculer. Elle persistera dans son refus, tant qu’elle n’a pas la preuve formelle que vous êtes sa famille.
    Kamel sourit :
    - Tu as peur de la perdre, n’est-ce pas ?
    - J’avoue que oui. Cette femme m’influence à un point incroyable… Je n’ai jamais encore rencontré un tel entêtement.
    - C’est dans les gènes mon vieux, lance Kamel d’un air amusé.
    - Eh bien c’est justement là la clé du problème… Je compte sur ces gènes pour faire approuver ma proposition.

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  88. Artisans de l'ombre Dit :

    90.
    à leur retour à la maison, ils trouvèrent Nabil et sa petite famille qui venaient d’arriver de Constantine.
    Le frère cadet avait beaucoup d’allure et était habillé avec soin. Nadia, sa jeune femme, quant à elle, semblait sortir tout droit du magazine de Vogue. Habillée d’un tailleur-pantalon de couleur blanche sur une chemise d’un rose indien, elle portait des cheveux coupés court et colorés, et était maquillée avec recherche.
    Les effluves d’un parfum de grande marque embaumaient le salon où Naïma venait de servir des boissons. Nabil s’approche de ses parents qu’il embrassa sur le front, et regarde Hakima :
    - C’est donc toi ma petite sœur ?
    Hakima ébauche un sourire :
    - Peut-être que oui, peut-être que non…
    - Nous venons d’effectuer le test ADN, lance son père. Cette petite y tenait tellement.
    - Cela va de soi, lance Nadia d’un air hautain, sait-on jamais d’où sort cette femme !
    L’atmosphère se chargea d’électricité. Hakima se sentit gênée, et comme pour chercher du réconfort, elle s’était tout bonnement approchée de Faouzi. Ce dernier lui prit la main, et la garda dans les siennes :
    - N’aie pas peur, tout ira bien pour toi…, lui chuchote-t-il.
    Nadia la dévisage un moment avant de lancer :
    - C’est donc toi la fille de l’orphelinat ?
    Hakima lui jette un regard meurtrier. Contrairement à Naïma, cette femme semblait prête à déclarer la guerre. Mais pourquoi ? se demande-t-elle. Elle ne me connaît même pas.
    Nadia poursuit :
    - Une fille élevée dans une institution d’état, et qui, un quart de siècle après, cherche après ses parents et tombe sur une famille riche et aisée. Que demander de plus, lorsqu’on est sans racines. Bravo ! L’étude a été menée d’une main de maître à ce que je vois.
    - Quelle étude ? demande Hakima d’une voix où perçait la colère.
    Nadia hausse les épaules :
    - Eh bien, ne me dites pas que vous n’avez pas fait des recherches sur notre famille. Notre famille en particulier. Vous avez tout bonnement tout appris sur la disparition d’un bébé, et hop, vous voilà transformée en victime. C’est ça ou je me trompe ?
    Hakima est sidérée. Elle devint muette et ne put même pas prononcer un mot. Faouzi la rassure :
    - Ne lui répond pas, elle veut te jouer sur le moral.
    Si Mustapha se lève d’un bond :
    - Nadia, si tu t’entêtes à t’adresser sur ce ton à notre fille, je t’avertis que je vais devoir réagir d’une manière à laquelle tu ne t’attends pas.
    Nadia ébauche un sourire mauvais, et se met à siroter son thé à petites gorgées sans répondre. Nabil, qui vraisemblablement n’avait aucune autorité sur sa femme, lance d’une petite voix :
    - Hakima… C’est bien ton prénom n’est-ce pas ?
    La jeune fille hoche la tête, et Nadia la devance :
    - C’est le prénom qu’on lui a attribué à l’orphelinat. Elle ne connaît pas encore son véritable prénom.
    - Je ne veux pas le connaître, s’écrie Hakima en se levant d’un bond.
    Faouzi la tira par la manche, mais elle se dégage :
    - Sachez madame que je n’ai fait aucune enquête. Je ne soupçonnais même pas l’existence de ces braves gens, qui se prétendent mes parents et ma famille. Je n’ai jamais, jamais pensé à entamer des recherches dans ce sens. Il se trouve que quelqu’un a pris la liberté de le faire à ma place. Je ne suis pas ici pour diviser la famille ou pour créer des conflits… Je ne vous connais pas. Vous non plus d’ailleurs, et de ce fait je ne comprends pas votre animosité à mon égard.
    Nadia hausse les épaules avec mépris :
    - Vous ne pouvez pas prétendre à une relation avec une femme de mon rang. Vous n’êtes qu’une…
    - En voilà assez !, s’écrie Si Mustapha qui, à l’instar de sa femme, avait suivi tout la scène avec un froncement de sourcils qui en disait long sur leurs pensées. Il jette un coup d’œil à Nabil qui baisse les yeux, impuissant.
    - Nabil, si tu ne sais pas faire taire cette vipère, je vais devoir te demander de quitter les lieux et de l’emmener loin d’ici. On t’avait demandé de venir rencontrer celle qui pourrait être ta sœur, je ne vois pas l’utilité de la présence de cette langue pendue chez moi.
    Nadia se met à rire :
    - Tu vois que j’avais raison Nabil. Je t’avais prévenu. Cette fille va diviser la famille. Cela commence bien déjà. Au fait, père Mustapha, le vieux est-il au courant de toute cette mascarade ?
    - Le vieux ?, demande Kamel… Tu veux parler de notre grand-père Mabrouk ?
    - Et qui donc d’autre ? Je suis certaine que cette “trouvaille” ne va pas l’enchanter. Vous allez devoir vous départager les biens… Et avec qui ?
    Kamel regarde son frère :
    - Nabil, je ne sais pas dans quelle pâte tu es pétri, mais franchement ta femme dépasse les bornes.
    Sans laisser à quiconque le temps de la devancer, Nadia s’entête :
    - Vous n’êtes même pas sûrs que cette fille est de votre sang, que vous êtes déjà à ses pieds. Je ne fais que vous rappeler que les biens de Si Mabrouk doivent revenir à qui de droit. Ai-je exagéré là-dessus ?.
    Hakima écarquille les yeux de stupeur. Cette femme va vite en besogne :
    Elle se lève et tire Faouzi par le bras :
    - Allons-nous en Faouzi… Nous devrions rentrer sur Alger maintenant. Je t’ai suivi jusque-là, mais je crois qu’il est de mon devoir maintenant de te rappeler qu’on a un travail qui nous attend. Nous avons perdu assez de temps comme ça.

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  89. Artisans de l'ombre Dit :

    91.
    Faouzi tente de la calmer, et Si Mustapha lance d’une voix autoritaire :
    - Tu n’iras nulle part ma fille. Nous sommes tes parents. Si tu veux de nous bien sûr.
    Il pointe un index menaçant vers Nadia :
    - Tu n’as pas à nous montrer notre conduite. Tu oublies d’où tu viens… Je vais te le rappeler si c’est le cas.
    Nadia devient blême et jette un regard suppliant à Nabil. Hakima s’insurge :
    - Non… s’il vous plaît arrêtez, je ne veux pas être à l’origine d’un conflit familial. Je ne vais pas trop tarder chez vous… Je dois rentrer. Mon travail m’attend à la rédaction, et c’est la même chose pour Faouzi. Appelez-nous lorsque vous obtiendrez les résultats du test ADN.
    Si Mustapha s’approche d’elle :
    - Je ne veux pas que tu repartes dans cet état d’esprit Hakima. Nadia est indigne de porter le nom de notre famille. Elle oublie qu’elle n’était que la fille d’une ancienne employée dans notre maison… à la mort de cette dernière, nous l’avons recueillie et élevée comme notre propre fille. La preuve, elle est ma bru aujourd’hui, mais je crois que son ingratitude n’a d’égaux que son entêtement et sa mauvaise foi. Nous nous sommes mépris sur son compte à ce que je vois.Nadia se lève d’un bond :
    - Rentrons Nabil. Tu vois que cette fille a envoûté toute ta famille. Il avait suffi que cet homme frappe à votre porte pour que la machine s’enclenche…
    Kamel, rouge de colère, s’écrie :
    - Non… Ce n’est pas comme ça que cela s’est passé. Faouzi nous avait mis sur une piste, et nous avons suivi les traces pas à pas… Nous avons interrogé l’imam de la mosquée… C’était son père qui avait retrouvé le bébé sur les escaliers de cette même mosquée. Ce dernier nous avait même révélé que le ravisseur était revenu des années plus tard pour avouer son crime, et puis il y a Si Ahmed le cafetier. Grand-père nous avait avoué aussi, qu’avec le temps, le remords le rongeait. Il était certain que le bébé retrouvé au fond du puits n’était pas notre sœur. Et puis il y a les traits de famille, et cette marque de naissance que Hakima porte sur son corps. Nadia fusille son beau-père du regard :
    - Tu m’as humiliée devant cette… cette…
    - Pas un mot de plus. Sors de chez moi petite sorcière.
    Nadia cherche des yeux son mari, qui s’était confiné dans un silence gênant :
    - Il nous met à la porte… et tu.. tu ne dis rien ?
    Si Mustapha s’écrie :
    - Tu mets le feu à ma maison, et tu veux que je t’embrasse ?! Hors de ma vue ! Sinon je ne répondrai plus de mes actes. Nadia se saisit de son sac et appelle ses enfants qui jouaient dans la cour avec leurs cousins :
    - Allons-nous en. Nous n’avons plus de place dans cette maison. On préfère les femmes d’une autre espèce.
    - Cela suffit Nadia, s’écrie enfin Nabil… Si je savais que tu allais faire toute cette scène, je ne t’aurais pas demandé de m’accompagner.
    - C’est la vérité qui fait mal… Hein… ?, s’écrie Nadia. J’aimerais bien connaître la suite de tout ce scénario. Vous allez voir où vous mènera toute cette histoire sans queue ni tête. Elle se dirige vers la sortie, et se retourne vers Hakima, qu’elle fusille du regard avant de hausser les épaules. Nabil baisse les yeux et la suit sans dire un mot.

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  90. Artisans de l'ombre Dit :

    ÉPILOGUE
    Nawel reprend de la salade et sourit à Adel qui était assis en face d’elle :
    - J’aime beaucoup cet endroit, lui dit-elle. Je ne savais pas que tu connaissais des coins aussi sensas…. !
    Adel sourit :
    - Je te ferais découvrir le paradis sur terre. Consens à donner une suite favorable à ma proposition…
    Nawel sourit :
    - Une telle proposition mérite une longue réflexion Adel, lorsqu’on s’engage avec une personne, c’est pour toute une vie. Cela fait tout de même peur, tu ne trouves
    pas ?
    Adel lui prend les mains :
    - Moi, j’ai déjà fais mon choix… Je ne reviens pas là-dessus. Je suis journaliste, fils unique d’une famille qui se compose de quatre filles et de mes parents. Mes sœurs sont toutes mariées. Mes parents vivent dans un appartement situé sur les hauteurs et… et si cela peut te rassurer, je t’informe que je viens d’acquérir un appartement semi-fini, et je pense qu’il sera fin prêt d’ici la fin de l’année.
    Nawel repense à sa solitude… à la villa de son père où résonne le silence depuis plusieurs années :
    - Détrompe-toi Adel. Vivre auprès de tes parents ne me dérangerait nullement. Bien au contraire, j’ai toujours rêvé de la chaleur d’une famille…
    Adel lui jette un regard étonné :
    - Tu es aussi malheureuse que ça Nawel… ?
    - Bien plus que tu ne le crois…. Je me sens si seule… Parfois, je me demande même si mon père se rappelle de mon existence. Depuis que j’ai terminé mes études, il ne s’occupe plus de moi. Nous nous faisons un signe vague de temps à autre lors de certaines occasions ou de fêtes où mon père dépose une valise pour en reprendre une autre. Il est partout sauf chez lui, et rencontre un tas de gens sauf sa propre fille.
    Nawel se tait. Elle ne pouvait aller plus loin, l’émotion lui avait noué la gorge. Adel déglutit, avant de lancer :
    - Je ne connaissais pas cet aspect de ta vie Nawel. Excuse-moi si j’ai remué le couteau dans la plaie.
    Nawel tente de sourire :
    - Non… Tu n’a rien remué. Ma vie n’a jamais été un fleuve tranquille. Heureusement que je n’ai pas raté mes études.
    Elle secoue sa tête et poursuit :
    - Je n’ai pas connu ma mère. Elle est décédée alors que j’étais en bas âge. Mais je ne connais pas non plus mon père ; et pourtant il est bien vivant. Sait-il le mal qu’il m’a fait… ? Sait-il qu’à la place des chèques qu’il me signait, un regard attentionné de lui m’aurait comblée ? Il m’a privée de son affection et de sa présence ; et même lorsqu‘il est présent, son esprit est tellement absorbé par ses affaires, qu’il oublie jusqu’à mon existence !
    Adel lui reprend la main et lui dit d’une voix basse :
    - Je comprends pourquoi tu préfères encore la cité « U ».
    Elle hoche la tête :
    - Au moins là, j’ai Hakima et les autres filles autour de moi… Je me sens bien moins seule que dans notre villa.
    Le jeune homme est ému :
    - Je ne sais quoi te dire Nawel. Mais je te promets une chose : je tenterais par tous les moyens de combler ce manque affectif qui te fait souffrir. J’espère te faire oublier tout ce passé que tu traîne tel un boulet à ta cheville, et qui continue à te torturer.
    Nawel rit :
    - Tu n’as pas peur du médecin, Adel ? Tu n’as pas peur de ma blouse blanche et des injections ?
    - Heu… non….Je ne pense pas qu’auprès d’une femme telle que toi j’aurais à affronter encore de telles phobies. Tu parais si sûre de toi, Nawel, que j’ai du mal à croire qu’au fond de ton âme se cache une grande souffrance.
    Nawel pousse un soupir :
    - Que de souffrances cache un être humain au fond de lui !
    - Alors… que décides-tu ?
    - Hein ?
    - Que décides-tu ? Veux-tu devenir mon épouse ou…
    Nawel le regarde dans les yeux :
    - Patience… tu auras ma réponse au moment opportun.
    La journée tirait à sa fin. Un petit vent s’était levé, et quelques nuages s’amoncelaient. Après la chaleur de la journée, un orage ne serait pas de trop.
    Nawel ouvrit la porte de sa chambre et donne de la lumière :
    - Hakima !
    La jeune fille s’étire, et se redresse pour s’asseoir dans son lit :
    - Bonsoir Nawel.
    - Mais quand est-ce que tu es rentrée ?
    - Dans l’après-midi.
    Nawel dépose ses affaires et vint se mettre auprès d’elle :
    - Comment cela s’est-il passé à Batna ?

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  91. Artisans de l'ombre Dit :

    93.
    Hakima sourit :
    - Assez bien…
    - Et cette famille ?
    - Oh ! une famille assez ordinaire. Je crois que j’ai deux frères, quatre neveux, des parents, et même des grands-parents, des oncles, et un tas de cousins.
    - Formidable ! Mais pourquoi es-tu rentrée de sitôt ?
    - Tu sais bien que je bosse.
    Nawel lui donne une tape sur le bras :
    - Ne me raconte pas de bobards à moi. Que s’est-il passé Hakima ? Tu n’as pas l’air très en forme.
    Hakima regarde Nawel avant de répondre :
    - Pour lever tout quiproquo, nous avons fait des prélèvements pour un test ADN. Les résultats ne seront connus que dans dix jours, alors j’ai demandé à Faouzi de me ramener avec lui à Alger.
    Nawel la pince :
    - Tu es encore sous le coup de l’émotion. Tu n’arrives pas à assimiler tous les événements de ces derniers jours.
    - Mon père ne voulait rien savoir… Ma mère était contente et rassurée de découvrir que je porte cette tache de vin sur ma cuisse. Mais j’ai insisté pour subir ce test…
    - Bien… Et ensuite que comptes-tu faire ?
    - Je ne sais pas encore Nawel. Peut-être que je vais donner une réponse favorable à Faouzi.
    - Peut-être ?! Mais ma chère, pour tout le mal qu’il s’est donné, tu es une égoïste attitrée.
    Hakima garde le silence et Nawel poursuit :
    - On dirait que retrouver ta famille ne t’enchante pas Hakima.
    La jeune fille hausse les épaules :
    - Après toutes ces années, tu crois qu’il est facile pour moi de rencontrer des gens qui se prétendent être ma famille et de m’y faire sans trop de mal ?
    Elle secoue la tête :
    - Je n’ai ressenti aucune émotion, si ce n’est plutôt de la pitié ou une certaine tendresse envers mes géniteurs… Enfin, si c’est réellement le cas.
    Nawel l’attire vers elle :
    - Moi qui pensais que tu allais être heureuse et comblée de retrouver une famille et de pouvoir répondre positivement à la proposition de Faouzi.
    Hakima lui presse la main :
    - Je sais Nawel. Mais il y a des choses qu’on n’arrivera jamais à élucider. Je me disais aussi que le bonheur pour moi était de remonter jusqu’à mes origines. Je ne suis pas déçue certes, mais l’incertitude et le doute se sont immiscés, je dois d’abord m’assurer que mon sang est bien celui de Si Mustapha et de sa famille.
    Nawel se lève :
    - Je comprends tes hésitations ma chère, tu as peur de la déception.

    Une dizaine
    de jours plus tard
    Nawel s’essuie les mains et remet sa veste. Elle venait de terminer une consultation et s’apprêtait à quitter les lieux, lorsque son portable se met à sonner :
    - Allo…
    - Nawel… Enfin tu réponds… J’ai passé la journée à essayer de te rejoindre, sans succès.
    - Ammir… Comment vas-tu ?
    - Oh… Je crois qu’il faut reprendre ta question… Dis-moi plutôt comment va ma mère ?
    - Ta mère ? Serait-elle malade ?
    - Elle n’a pas cessé de me harceler pour te contacter. Je voulais te rappeler notre invitation, et… et…
    - Je suis vraiment désolée Ammir… Hakima était absente et je ne pouvais pas me libérer.
    - Et maintenant ?
    - Heu… Maintenant je dois rentrer…
    - J’aimerais te rencontrer Nawel. Je dois absolument discuter avec toi.
    - De quoi ? De ta proposition ?
    Ammir se met à rire :
    - Je crois que j’ai lancé la balle trop haut. Bien sûr Nawel. Jusqu’à quand me feras-tu languir ?
    - Ammir, tu es incorrigible !
    - Pense ce que tu veux, mais je ne reculerai pas avant d’avoir une réponse.

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  92. Artisans de l'ombre Dit :

    94.
    Nawel ne savait plus quoi dire. Elle ne voulait pas blesser cet homme qui l’aimait profondément, elle n’en doutait pas, et elle ne pouvait pas non plus s’engager, car maintenant elle était bien plus sûre de ses sentiments.
    - D’accord Ammir, je te verrais le week-end et nous mettrons ensemble les choses au point. Mes amitiés à ta mère.
    Elle raccroche et s’empresse de quitter les lieux. Elle repense à Hakima qui ne tenait plus en place. Les résultats de l’ADN, devaient être connus dans la journée, et la jeune fille ne s’était pas rendue à son travail. Elle était malade d’inquiétude. Nawel lui avait préparé une tisane avant de la quitter, et lui avait fait promettre de l’appeler à la moindre nouvelle.
    Hakima n’avait pas appelé. Nawel était inquiète. Elle tenta de la joindre par téléphone. En vain. La sonnerie résonnait sans suite.
    Nawel se met à réfléchir. Devrait-elle contacter Faouzi ? Ou bien tout bonnement passer le voir à la rédaction. Ce dernier lui avait aussi paru fort soucieux la veille, alors qu’elle récupérait Hakima.
    Elle se décide à passer au journal, et sans trop attendre, se rendit directement au bureau de Faouzi.
    En ouvrant la porte, elle entendit des éclats de voix. Hakima discutait avec un homme et Faouzi. À son entrée, les voix se turent. Un silence régna durant un moment avant que Faouzi ne vint tout bonnement vers elle :
    - Bonsoir Nawel, j’ai une grande nouvelle à t’annoncer.
    Nawel lève la main :
    - J’ai compris, le test ADN est positif, Hakima a retrouvé les siens.
    Elle s’approche de son amie et l’enlace :
    - C’est merveilleux ma chérie…
    Elles s’embrassèrent, et Hakima la présenta :
    -Mon frère Kamel, il est venu spécialement de Batna pour me confirmer les résultats du test ADN.
    Nawel regarde Kamel et sourit :
    - Rien qu’a vous regarder tous les deux, on en ferait la relation, vous êtes bien frère et sœur, les traits de famille ne trompent pas.
    Faouzi toussote :
    - Laisse-moi donc t’apprendre une autre grande nouvelle Nawel.
    La jeune fille sourit :
    - Je crois que je devine la suite…Tu vas épouser Hakima….Le mariage est pour quand… ?
    Loin de la foule et du bruit, Ammir était attablé à la terrasse d’un grand salon de thé. Il attendait Nawel. Cette dernière arriva avec une bonne demi-heure de retard.
    Confuse, elle se lance dans les détails mais Ammir, en gentleman, l’arrête :
    - Je comprends…Une urgence de dernière minute, les courses, la circulation…Mais en fin de compte, tu viens à notre rendez-vous…. Que demander de plus…Je suis si heureux de te revoir Nawel….
    La jeune fille ébauche un sourire :
    -Moi aussi, je suis heureuse…Comment va ta maman.. ?
    - Bien merci…Elle attend toujours ta visite…
    - Heu…Oui….Tu m’excuseras auprès d’elle… J’ai eu tant à faire ces derniers temps….
    Ammir commande deux glaces avant de revenir vers elle :
    - Je ne veux pas trop tourner en rond Nawel…..Je pense que tes affaires ne t’ont pas empêchées de réfléchir à ma proposition…..
    Nawel semble embarrassée. Néanmoins, elle se reprend :
    - Oui…Oui bien sûr…. J’ai bien réfléchi….
    Ammir sourit :
    - Alors….Je suis aussi impatient que ma mère de connaître ta réponse ma chère amie.
    Nawel prend une longue inspiration :
    - Ammir..Tu es quelqu’un de bien ….Un homme sincère, dévoué, éduqué, cultivé, et j’en passe….Heureuse sera celle qui partagera ta vie….
    - Alors qu’attends-tu … ?
    - Eh bien (Elle se mordit les lèvres) Eh bien…Je n’y vais pas par quatre chemins pour t’annoncer que j’ai déjà accordé ma main à un autre homme….
    Elle se tut, et releva les yeux pour croiser ceux du jeune Indien, dans lesquels elle ne pouvait lire que de la douceur…Et pourtant…Elle ressentait sa souffrance profonde.
    - Oh, ( des larmes picotaient ses yeux)….Désolée Ammir…..Je vais me marier avec ….
    Elle ne put continuer sa phrase. Des larmes d’amertume coulaient sur ses joues. Elle pensa à sa solitude, et à son père qu’elle n’avait pas revu depuis de longs mois.

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  93. Artisans de l'ombre Dit :

    Ammir lui tendit un mouchoir et lui tapote les mains :
    - Pourquoi toute cette tristesse Nawel ? N’es-tu pas heureuse ?
    Nawel essuit ses yeux et se mouche :
    - Je… je ne voulais pas te blesser Ammir. Je suis triste pour toi car je comprends la profondeur de tes sentiments…
    - Oh… je suis certes déçu et triste, mais cela me passera si je te sais heureuse et comblée avec ton future mari.
    Elle hoche la tête :
    - Je… je voulais que tu saches surtout que nous pourrions rester de très bons amis… même si un jour ton devoir t’éloigne du pays… je… j’aimerais que tu gardes en souvenir notre amitié. J’ai été chanceuse de rencontrer un homme de ta branche. Mais mon devoir demeure auprès de mes malades dans mon pays… Toi, par contre, ton devoir t’appelle auprès de ta représentation diplomatique. Un jour tu quitteras l’Algérie pour te rendre dans un autre pays, ou tout bonnement rentrer chez-toi. Alors tu regretteras d’avoir cédé à un moment de faiblesse. Je ne pourrais jamais quitter mon pays Ammir…
    Le jeune homme déglutit avant de répondre :
    - Tu me vois aussi triste que toi de devoir te quitter. Mais à bien réfléchir, tu touches à un point sensible Nawel… Non seulement ton analyse s’avère des plus logiques, mais je me rends compte que j’ai eu une chance inouïe de rencontrer une femme aussi sincère et aussi fidèle envers son pays… Mon admiration pour toi n’aura désormais plus de limite.
    Il lui prend la main et la serre dans la sienne :
    - Sois heureuse Nawel ! Tous mes vœux de bonheur pour toi et ton futur époux.
    Il se lève :
    - J’espère que tu m’inviteras à ton mariage.
    Nawel sourit à travers ses larmes :
    - Bien sûr… Mais avant cela, tu es déjà invité à celui de Hakima.
    - Hakima… ? Elle se marie… ?
    - Oui, avec son rédacteur en chef. C’est dans deux semaines.
    La fête battait son plein. Hakima est enfin sereine. Elle jette un coup d’œil à Faouzi qui se tenait à ses côtés. Ce dernier lui souriait, heureux et détendu :
    - Toute ta famille est là, et la mienne aussi. Je n’arrive pas encore à croire qu’on a pu réunir tout ce monde autour de nous.
    - Oui, j’avoue que je ne m’y attendais pas… Lors de mon déplacement à Batna pour la régularisation des papiers, il y avait tant de monde chez mon grand-père Mabrouk que j’avais du mal à retenir tous les noms.
    - Cela se comprend. Tu as vécu seule durant de longues années, et hop ! un jour tu te découvre une grande famille. Heu…je n’oublierais jamais cette waâda que ton grand-père avait organisée pour fêter le retour de l’enfant prodige… J’ai mangé tellement de couscous que j’en ai été malade… (Il rit). Mais à bien faire les comptes, cela en valait bien la peine.
    Nawel, qui discutait avec des invités, vint vers eux. Elle était accompagnée d’un homme que Hakima présenta tout de suite à son mari :
    - Faouzi… je te présente Ammir Kumar. Un diplomate indien… C’est un ami à moi et à Nawel… Je suis heureuse que tu sois là Ammir.
    - Tous mes vœux de bonheur mes amis, leur dit-il en leur serrant la main.
    Il prend une enveloppe et la tendit à Hakima :
    - Pour que Bollywood ne soit plus un rêve, voici un billet pour New Delhi et une prise en charge totale pour un voyage en Inde… J’espère que tu t’y plairas.
    Hakima écarquille les yeux :
    - Un voyage en Inde ! Je n’en reviens pas !
    - Fais-nous donc un bon reportage à ton retour, dit Ammir avec un sourire.
    Adel s’approche d’eux :
    - Je vois que tout est bien qui finit bien.
    Il entoure Nawel de ses bras :
    - Nous allons nous marier nous aussi vers la fin de l’été… N’est ce pas ma puce ?
    Nawel acquiesce :
    - Oui… Mais d’ici-là, tu devras terminer ta série d’injections.
    - Je ferais ce que tu voudras… Je n’ai rien d’autre à faire d’ailleurs que suivre tes directives.
    Ils rirent. Ammir embrasse les deux couples avant de prendre congé.
    Après des années de souffrance et de privation, Hakima put enfin respirer… Elle avait retrouvé une famille, fondé un foyer et entamé une belle carrière. La fille des Aurès, ressentirait toujours cette fierté liée à son sang. Et quoi qu’il en soit, les liens du sang sont toujours les plus forts. Elle n’en doutait plus d’ailleurs, depuis que la vérité lui est apparue, tel un rayon de soleil au milieu d’une tempête.
    Nawel, de son côté, se maria avec Adel. Elle est heureuse de ressentir la chaleur d’une famille autour d’elle. Ses beaux-parents la prirent tout de suite en affection, et elle n’eut plus rien à demander si ce n’est une vie paisible et sereine auprès de son mari.
    Ammir gardera longtemps le contact avec ses deux amies. Un jour pourtant, il dû quitter l’Algérie pour rentrer chez-lui. Nawel avait été perspicace dans ses prévisions. Le temps lui donnera raison. Mais malgré la distance, les liens d’amitié demeurèrent plus forts…
    Ah ! j’oublie un autre détail : Houria. Après une longue traversée du desert, cette « revenante » pu enfin retrouver le droit chemin. Elle avait déniché un travail dans un atelier de couture et confirma tout de suite ses talents dans ce domaine où il s’avèra être une grande experte dans le prêt-à-porter et les tenues de soirée. Loin d’être ingrate, elle avait gardé le contact avec Hakima et Nawel qui l’avaient aidée à reprendre confiance en elle, à un détour de son existence où elle s’était crue perdue à jamais. C’est comme cela qu’elle débarque un matin à la rédaction pour annoncer à Hakima qu’elle venait de s’associer à une autre couturière pour lancer sa propre affaire. Depuis, Houria retrouva toute son assurance et pu même porter assistance à d’autres femmes, qui, comme elle, avaient, à un moment de leur vie, succombé à la tentation.
    La fille des Aurès : un récit inspiré d’une histoire vraie.
    Fin
    Y. H.
    Y_hananedz@yahoo.fr

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