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La nouvelle de Yasmina Hanane Brûlures dans l’âme 1iere partie

5 mai 2012

EXTRAITS, Yasmina Hanane

 

Par : Yasmine HANANELa nouvelle de Yasmina Hanane     Brûlures dans l’âme 1iere partie dans EXTRAITS 21_200_150

Nazim regarde Feriel dans les yeux :
- Alors que décides-tu ?
Feriel repousse sa tasse de café et se passe une main dans les cheveux avant de répondre :
- Tu as déjà tout planifié à ce que je vois.
- Oui, mais je te pose quand même la question. Tu es toujours prête à tenter l’aventure du mariage avec moi ?
- Quelle question ! Les dés sont déjà jetés.
- Je sais. Mais acceptes-tu de partager ma vie dans un trois-pièces avec ma mère et mes deux sœurs ?
Elle hausse les épaules :
- Ai-je le choix ? Tu ne veux pas entendre raison. Mon père nous propose un appartement plus spacieux et…
Nazim lève sa main pour l’interrompre :
- Je n’accepterai pas la charité de ton père. Mon avenir, j’aimerais l’édifier seul et par mes propres moyens.
Elle hausse encore les épaules :
- Quels moyens ? Tu n’es qu’un simple fonctionnaire et ton salaire suffira à peine à couvrir nos besoins quotidiens.
Il lui prend les mains et les serre dans les siennes :
- Feriel… je te promets de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour te rendre heureuse. Je ne suis pas riche certes, mais nos deux salaires suffiront amplement à nous mettre à l’abri du besoin.
- Crois-tu que nous pourrions vivre à l’aise dans un appartement à peine suffisant pour un couple et de surcroît cohabiter avec ta famille ?
Nazim pousse un soupir :
- Feriel… Au nom de notre amour cesse de me torturer. Cette situation durera le temps qu’il nous faudra pour mettre assez d’argent de côté et acheter notre propre maison.
- Cela prendra un siècle et je vais devoir entre-temps supporter toutes le sautes d’humeur des tiens.
- Pourquoi dis-tu cela ? Ma famille t’a acceptée, et mes sœurs t’aiment bien.
- Pas ta mère.
- Ma mère voit la différence de niveau, je le conçois… Mais j’estime qu’entre jeunes de la même génération, nous devrions plutôt penser à lever tous ces tabous. Une différence de milieu ou de niveau n’a plus d’importance de nos jours.
- Je crois que nous devrions plutôt penser à mettre assez d’argent de côté et au plus vite. Je ne pense pas tenir trop longtemps dans un appartement où je dois cohabiter avec plusieurs personnes.
- Arrête donc ! Mes sœurs finiront pas se marier, et telle que je la connais, ma mère se fera plutôt discrète pour nous permette d’être à l’aise. Feriel se saisit de son sac et se lève :
- Je crois que nous avons assez perdu de temps en parlotte… Il est temps de rentrer. J’attends des amis pour le dîner, et avant cela je dois passer chez ma coiffeuse.
Nazim se lève de son côté et dépose un billet sur la table :
- Très bien… Rentrons… Mais je n’ai pas encore fini… Nous reprendrons cette conversation demain.
- Cela ne servira à rien de ressasser encore ce sujet. Il sera inutile d’en reparler. Fais comme il te plaira. Je te préviens seulement que je n’aimerais pas que des étrangers s’immiscent dans ma vie intime.
- Des étrangers ? Mais tu vas vivre avec ma famille, qui sera aussi la tienne bien sûr.
Feriel ne répondit pas. Elle jette un coup d’œil autour d’elle. Dans ce petit restaurant en retrait de la grande ville, où ils venaient de déjeuner, il ne restait plus que quelques couples qui discutaient à voix basse. L’après-midi était déjà bien avancé et ils avaient parlé, comme à leur habitude, de leur mariage. Feriel pousse un soupir en regardant Nazim qui ajustait son blouson.

Yasmine HANANE Email : Y_hananedz@yahoo.fr

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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74 Réponses à “La nouvelle de Yasmina Hanane Brûlures dans l’âme 1iere partie”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    02.
    Elle tourne les talons et se dirige vers la sortie. Nazim la suit et tente de reprendre la conversation :
    - Feriel…ne me déçois pas s’il te plaît.
    Elle lève une main, et sans se retourner lance :
    - Assez parlé Nazim. Je suis fatiguée. Dans un mois tout au plus nous serons mari et femme. D’ici là, je ne veux plus entendre parler ni de tes projets, ni d’autre chose. Je vais tout juste rajouter que jusqu’à présent je n’ai jamais eu à affronter une telle situation. Mon père a toujours su me tirer d’affaire à chaque fois que j’en ressentais le besoin. Mais cette fois-ci, je crois qu’il s’est heurté à une véritable forteresse.
    Ils étaient arrivés au parking et Feriel se dirige vers le véhicule de Nazim garé pas trop loin.
    Elle ouvrit la portière avant et s’y installe. Nazim met le moteur en marche et démarre.
    La jeune femme regardait défiler le paysage printanier. Elle n’était pas très à l’aise aujourd’hui. Elle ne savait pas si elle pouvait reculer, mais appréhendait le futur. Certes elle aimait Nazim… cet architecte qui travaillait dans l’entreprise de son père, et que toutes les filles voulaient accrocher. Elle, elle n’avait pas eu besoin de trop d’efforts pour lui taper dans l’œil. Au début de leur idylle, elle n’avait vu que le bel homme et l’artisan à l’avenir radieux qui ferait à coup sûr son bonheur. Mais au moment où les choses sérieuses commencèrent, elle sut qu’elle aurait à affronter une autre réalité.
    Feriel n’admettait pas cette réalité. Elle n’admettait pas de devoir départager Nazim avec autrui, et de surcroit vivre sous le même toit que sa famille.
    Elle était la fille unique d’un riche entrepreneur et avait de tout temps été choyée et dorlotée. Elle avait toujours eu ce qu’elle désirait sans trop de mal, et sa vie, jusque-là, a été un fleuve tranquille.
    Pourquoi voulait-elle changer ? ou plutôt pourquoi devrait-elle changer ?
    Elle jette un coup d’œil à Nazim à côté d’elle, qui conduisait d’une main sûre. Ah ! Si seulement il voulait l’écouter. Les choses seraient bien plus simples.
    Elle ferme les yeux un moment et imagine le grand bonheur qu’elle pourrait vivre avec l’homme de ses rêves. Il suffirait que Nazim accepte. Il suffirait qu’il adhère à ses désirs et le tout sera parfait.
    Bien sûr, elle n’ira pas jusqu’à renier les siens… Mais tout de même, sa vie sera plus sereine, s’il ne s’entêtait pas à « couver » sa mère et ses sœurs.
    Elle savait qu’il était l’homme de la famille et que tout son monde se résumait à son travail et à son entourage immédiat. Il l’avait déjà prévenue. Il lui avait certifié aussi qu’il était prêt à sacrifier sa vie et son avenir, pour que sa mère retrouve un peu de bonheur et de sérénité. Elle avait été pour eux la mère et le père. Ce père dont il se souvient à peine et qui était mort dans un terrible accident de la circulation alors qu’il rentrait d’une mission.
    Feriel pose sa main sur le bras de son fiancé, et ce dernier lui jette un regard interrogateur.
    - Je n’aime pas te voir triste Nazim… Je veux seulement que tu comprennes que changer de vie et de milieu, signifie pour moi une nouvelle naissance. Je ne sais pas si je pourrais tenir… Je ne sais pas si ce bonheur qu’on recherche tous les deux ne sera pas de courte durée.
    Nazim ébauche un sourire :
    - Tu es si pessimiste que je ne retrouve plus la jeune fille insouciante que j’ai connue.
    Elle fait la moue :
    - J’ai changé tant que ça ?
    - Non… mais parfois tu m’intrigues.
    - Je ne vais pas tout de même sauter de joie à la perspective de devoir te partager avec ta famille. J’estime que lorsqu’un couple se marie, c’est pour fonder ses propres bases, et entamer une nouvelle vie.

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    03.
    Nazim acquiesce de la tête :
    - Oui… Je suis tout à fait d’accord avec toi… Mais dans mon cas, c’est un peu différent. Ce qui ne veut pas dire que nous n’allons pas concevoir nos propres idées…. Je suis encore au début de ma carrière…. Je ne vais pas te bercer d’illusions et te promettre de tout régler en un tour de main, mais je sais que si tu m’épaules, nous réaliserons tous nos rêves et nos projets prendront forme en un laps de temps très court.
    Feriel ne répondit pas. Elle replonge dans ses méditations. Pourquoi le monde est-il si compliqué ?
    Elle s’étire sur son siège et étend les jambes. Elle repense à ses parents. Ces derniers n’étaient pas très chauds pour ce mariage. En particulier sa mère. Ils voulaient pour elle ce qu’il y avait de mieux. Nazim leur plaisait certes…. Son sérieux, son éducation, son intelligence, ne les avaient pas laissé indifférents, mais il y avait ce problème de sa famille…. Elle se rappelle que son père avait tenté par tous les moyens de donner sa chance à Nazim…. Il lui avait proposé un poste plus intéressant dans son entreprise, où il était déjà voué à un bel avenir, en sus d’un appartement qu’il choisira à sa guise dans ses nombreuses promotions…. Un appartement bien situé, spacieux, et bien éclairé, où leur couple n’aurait pas à souffrir.
    Mais Nazim avait poliment refusé. Quand elle lui en avait demandé les raisons, il lui avait répondu, que sa fierté ne lui permettait pas d’accepter “l’aumône” des autres et qu’aucune force au monde ne pourrait le séparer des siens, du moins tant que ses sœurs n’étaient pas mariées.
    Au cœur de leurs nombreuses discussions, il a été jusqu’à lui demander de bien réfléchir avant d’entamer le grand plongeon. La vie ne faisait pas de cadeaux et chacun devrait ramer à sa façon pour arriver à bon port. Lui, avait jusque-là, su se contenter de peu pour répondre aux besoins des siens.
    Feriel s’était sentie frustrée, mais n’avait pas insisté. Elle avait compris que seule la ruse pourrait démêler cette situation. Mais en attendant, autant accepter de mener cette existence de “bagnard” à laquelle Nazim la destinait…. Elle ne voulait plus reculer… Oh non ! Pas du tout, car elle serait la risée des siens et de sa famille, qui ne voyaient pas d’un bon œil ce mariage. Elle s’était imposée à eux et avait confirmé son choix. Nazim était un homme bien, alors autant fermer les yeux sur le reste. Mais jusqu’à quand ?
    Un crissement de pneus et une secousse la tirèrent de ses méditations. Elle ouvrit les yeux pour constater que le véhicule venait d’être heurté par une camionnette venant en sens inverse et avait dérapé avant d’entamer des tonneaux. Nazim tente de reprendre le contrôle. En vain ! Elle eut juste le temps de pousser un cri, avant de se sentir propulsée par la portière.
    Une odeur de brûlé parvenait à ses narines. Elle entendit des gens crier et ensuite une terrible explosion. Qu’est-ce que c’était ? Elle n’arrivait pas à ordonner ses idées et sentit le sol bouger sous elle, avant de sombrer.
    Elle ne reprendra connaissance que quelques heures plus tard. Ne se rappelant rien, elle se demandait où elle était. Une odeur d’éther, un plafond blanc, une lumière opaque… Elle voulut soulever son bras, et sentit une légere pression… Il était relié à un flacon de sérum…. Elle était dans un hôpital ! Elle tenta de se relever, mais sa tête pesait une tonne. Elle avait le vertige et ses oreilles bourdonnaient.
    Elle se laissa retomber sur son oreiller. Des images défilaient devant ses yeux. Elle se rappelle tout à coup l’accident et porte instinctivement une main à son visage puis à sa tête.
    Non … Elle n’avait pas à s’inquiéter… À part quelques contusions, elle en était sortie indemne.
    Et Nazim ? Où était-il ?
    Elle sentit son cœur battre la chamade, et…, et s’il était mort ?
    Elle tenta encore de se relever, et cette fois-ci une infirmière arriva sur le fait :
    -Non, vous ne pouvez pas encore vous relever, vous êtes trop faible mademoiselle.
    -Je voulais prendre des nouvelles de mon fiancé…
    - Vous voulez parler de ce jeune homme qu’on avait retiré de la voiture ?
    - Oui, j’ai entendu une explosion avant de perdre connaissance et cela n’est pas pour me rassurer.

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    04.L’infirmière se mordit les lèvres avant de répondre :
    - Il va bien… Il est un peu secoué… Mais il est vivant…
    - Est-il blessé ?
    L’infirmière hoche la tête :
    - Oui. Mais ne vous en faites pas, les médecins ont fait du bon travail… Il sera bientôt sur pied.
    - Des fractures… ? Des cicatrices… ?
    - Un peu ça… Vous devez comprendre qu’un tel accident n’est pas sans laisser des séquelles.
    Feriel ferme les yeux. Nazim est-il aussi mal au point que le sous-entendait cette infirmière… ? Elle avait compris que son fiancé n’allait pas se remettre de si tôt d’une telle épreuve.
    - Estimez-vous heureuse mademoiselle que vous soyez encore tous les deux en vie. C’est un vrai miracle.
    La paramédicale lui prend la tension, puis examine le fond de ses yeux, avant de se relever :
    - Vous vous remettrez rapidement. Dans deux jours tout au plus, vous pourrez nous quitter.
    - Et Nazim ? Il en a encore pour longtemps.
    - Je ne pourrais me prononcer là-dessus…. Seuls les médecins peuvent vous renseigner.
    Mais vous ne devrez pas vous inquiéter. Tout s’arrangera pour vous deux.
    Feriel regarde le plafond, tout en essayant de chasser ces idées morbides qui envahissaient son cerveau.
    Elle avait un mauvais pressentiment. Les blessures de Nazim devaient être bien plus graves, qu’on ne voulait lui faire croire.
    L’infirmière avait quitté les lieux et Feriel se promet de se lever dès que ses vertiges s’estomperont.
    Elle ne devrait surtout pas rester là à se morfondre, sans pouvoir connaître toute la réalité sur l’état de santé de son fiancé.
    Ses parents vinrent lui rendre visite dans la soirée, et sa mère ne lésinera sur aucun “mot” pour accuser Nazim. C’est lui la cause de tous ces malheurs qui leur arrivent. Elle quitte les lieux en recommandant à sa fille de bien réfléchir avant de s’engager dans une aventure qui n’augurait rien de bon.
    Feriel, déjà secouée par tout ce qui lui arrivait l’écouta à peine. Elle jette un regard interrogateur à son père qui était resté à son chevet et ce dernier lui prend la main pour la rassurer :
    - Ne t’inquiète pas. Tout finira par s’arranger. Nazim s’en sortira j’en suis certain. Il est si fort de caractère.
    Feriel s’exclame :
    - Quelqu’un voudra-t-il me renseigner enfin sur son état ?
    Son père pousse un soupir :
    - Tu devrais être forte ma fille et accepter ton sort.
    Feriel se redresse :
    - Mais enfin que se passe t-il ? Nazim a-t-il succombé à ses blessures ?
    - Non… Non… Ce n’est pas ça… Nazim est vivant…
    - Alors que se passe-t-il ? Où est-il ? Que me cache-t-on ?
    - Ma fille les voies du destin sont impénétrables.
    Feriel s’écrie :
    - Assez… Assez… Je veux tout savoir… Me diras-tu enfin ce qui arrive réellement à mon fiancé ?
    - Bien sûr ma fille… Mais il faut que tu sois très courageuse pour accepter ce coup du sort. Nous ne sommes que des marionnettes dans les mains du destin.

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  4. Artisans de l'ombre Dit :

    05.
    Nazim se réveille avec un goût amer dans la bouche. Il tente d’ouvrir les yeux, mais ses paupières refusèrent d’obtempérer.
    Il porte la main à son visage et constate que de nombreux bandages l’enveloppaient. Son esprit refusait de répondre. Au fait, où était-il ? Les souvenirs le fuyaient. Il sentait des douleurs dans son corps entier. Ses jambes et sa colonne vertébrales le faisaient horriblement souffrir. Il avait une atroce migraine et sa langue était pâteuse.
    Une voix tentait de percer ses oreilles… Quelqu’un s’adressait à lui :
    - Alors Nazim… On reprend pied ? Cela nous rassure, mais pour le moment tu ne dois pas t’agiter. Tes blessures sont encore trop vives.
    Une main apaisante vint se poser sur son bras :
    - Je suis le docteur Nabil. Je peux t’assurer que maintenant tu es hors de danger… Je vais t’injecter un sédatif et tu vas te rendormir. Le sommeil est le réparateur de tous les maux.
    Il sentit une piqûre sur son bras, puis un brouillard l’emporte loin des rivages de la réalité.
    Feriel se tenait sur le seuil de la porte. Elle avait suivi le docteur Nabil, qui lui avait révélé l’atroce vérité sur l’état de Nazim, au chevet duquel
    la jeune femme se met et passe une main sur les nombreux bandages de son visage.
    - Va-t-il perdre la vue docteur ?
    -Non. Ses yeux sont intacts, mais le reste du visage est pratiquement brûlé.
    - Vous voulez dire que Nazim est totalement défiguré.
    - Hélas ! oui… Contrairement à vous, il n’avait pu s’extirper du véhicule au moment de l’explosion. C’est son visage qui est le plus atteint. Pour le reste… Je veux dire les fractures et les multiples contusions, nous pensons que dans un mois, tout au plus, tout rentrera dans l’ordre. Peut-être qu’une petite rééducation s’imposera, mais là n’est pas le véritable drame.
    Feriel sentit des larmes ruisseler sur son visage :
    - Il n’y a donc plus rien à faire docteur ?
    - Je ne pense pas. La chirurgie esthétique a fait de grands progrès de nos jours… Mais dans le cas de Nazim, je ne pense pas qu’elle nous soit d’un grand secours. Heureux encore qu’il n’ait pas perdu la vue !
    Feriel caresse le visage de son fiancé. Nazim était si beau… Il avait de très beaux traits et dégageait un charme fou. Comment sera-t-il lorsqu’on lui enlèvera tous ces bandages qui couvrent son visage.
    Comme s’il lisait dans ses pensées, le docteur Nabil poursuit :
    - Il sera couvert de cicatrices, que le temps finira par effacer, mais ne retrouvera plus jamais un visage… Rien d’expressif. Il aura un orifice à la place du nez, un reste de joues froissées, le front, le menton, une partie de son cou et le pourtour des lèvres totalement brûlés. Mais les lèvres, les dents et la bouche sont indemnes. Nazim pourra parler sans difficulté. Il a pu sauver ses yeux qui pourront plus ou moins refléter ses états d’âmes… Ce jeune homme ne sait pas encore ce qui l’attend. Lorsqu’il apprendra la triste réalité, Dieu seul sait comment il réagira.
    - J’aurais préféré le savoir mort et enterré, articule Feriel entre deux sanglots.
    - La vie et la mort sont entre les mains de Dieu. Nous n’y pouvons rien. Dieu nous fait passer par des épreuves dans ce bas monde et chacun de nous paye la rançon qui lui est exigée.
    Feriel essuie ses larmes :
    - Tel que je le connais, Nazim n’aimerais pas susciter la pitié. Il est si fier et si confiant en l’avenir… Je ne sais pas comment il va réagir lorsqu’il sera confronté à la triste réalité.
    Le médecin soupire :
    - J’appréhende aussi sa réaction. Je ferai de mon mieux pour le préparer psychologiquement à cette rude épreuve… Mais ce ne sera pas facile, ni pour nous ni pour lui. Il est si jeune et je suis certain qu’il était très motivé et prêt à mordre la vie à pleines dents.
    - Oui docteur… Nous nous apprêtions à nous marier dans les prochains jours… Nous discutions justement de notre projet…
    Feriel se mordit les lèvres. Cela lui paraissait si loin. Et puis maintenant, elle se rendait compte que leur conversation était totalement absurde. Nazim l’aimait et ne voulait que son bonheur. Et elle, elle avait voulu jouer aux grandes dames. Tout cela parce qu’elle ne voulait pas partager Nazim avec les autres… Elle le voulait à elle seule. Alors qu’il ne cessait de lui réitérer les multiples raisons qui l’obligeaient à vivre encore avec sa famille sous le même toit.

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  5. Artisans de l'ombre Dit :

    06.
    Quel autre homme sensé aurait fait la même chose ? Nazim était le garçon unique et le premier responsable de sa famille. Depuis qu’il a terminé ses études supérieures, il a pris la vie à bras-le-corps. Il n’avait cessé de lui répéter que sa mère s’était sacrifiée pour lui et ses sœurs sa vie durant, afin de leur permettre de faire des études et d’assurer leur avenir. Ses deux sœurs avaient arrêté leurs études au cycle secondaire et enseignaient toutes les deux dans une école primaire. Mais lui avait été plus tenace. Il avait grimpé tous les échelons pour décrocher son diplôme universitaire.
    La fierté de la famille, c’est lui. Enfin… c’était, se dit Feriel en essuyant ses larmes.
    - à quoi pensez-vous mademoiselle ?
    Elle sursaute. Le docteur Nabil était toujours à ses côtés, alors qu’elle s’était laissé emporter par ses méditations.
    - Oh, rien de spécial… Je me disais qu’avec cet accident, tous nos projets sont compromis.
    Le médecin lui met une main sur les épaules :
    - Je comprends votre état d’âme, mais si vous aimez Nazim, rien ne compromettra vos projets.
    Elle lève des yeux larmoyants vers lui avant de dire :
    - Même dans ce cas… Même si je consens à l’épouser et à faire ma vie avec lui, Nazim refusera. Il pensera que je le fais par pitié.
    - C’est à vous de lui faire sentir que rien n’a changé entre vous.
    - Je le conçois, mais… acceptera-t-il ?
    - Je vous suggère d’essayer tout de même. Après tout, vous êtes l’être le plus proche de lui pour le moment… Il pourra se confier à vous.
    - Mais il a sa famille… Sa mère, ses sœurs…
    - Je sais. Elles sont déjà venues demander de ses nouvelles.
    - Vous leur avez tout dit ?
    - Bien sûr. Pourquoi leur cacher une réalité qui leur sautera bientôt aux yeux ?
    - Et… comment ont-elles réagi ?
    - Heu… Bien sûr, elles n’ont pas sauté de joie, mais elles préfèrent tout de même le savoir vivant… Sa mère semble assez forte de caractère pour supporter cette épreuve. On voit que c’est une femme habituée à l’endurance.
    Feriel hoche la tête. Nazim était si fier de sa mère et elle le comprenait maintenant. Elle était de ce genre de femmes que rien ne faisait fléchir.
    - C’est déjà une bonne chose pour lui…
    - Oui, docteur. Nazim aura besoin d’un soutien moral permanent. Il aimerait se sentir entouré des siens.
    Le docteur lui jette un regard curieux :
    - Vous êtes avec eux vous aussi n’est-ce pas ?
    Elle hoche la tête d’un air triste :
    - Oh ! Je ne sais quoi vous dire. Nazim ne sera peut-être plus le même une fois sorti de la torpeur où vous l’avez plongé.
    Elle se dirige vers la porte et ajoute :
    - Je vais quitter cet hôpital au plus tard demain dans la matinée… Je vous reverrai avant de partir.
    Sans lui laisser le temps de répondre, elle quitte les lieux.
    Feriel revint dans sa chambre l’esprit embrouillé et l’âme en peine. Nazim ne méritait pas ce qui lui arrive… Et elle aussi ne mériterait pas de vivre avec un homme sans visage. Cette fois-ci ses parents seront très fermes avec elle. Elle le savait. Ils feront tout pour l’éloigner de lui.

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  6. Artisans de l'ombre Dit :

    07.
    Elle regarde par la fenêtre et remarque des roses blanches qui poussaient dans le jardin de l’établissement. Elle se rappelle alors que Nazim lui avait offert des roses pour son anniversaire. Des roses blanches, roses et rouges. Elle avait tout de suite piqué une rose rouge dans ses cheveux et soulevé le pan de sa jupe, tout comme les danseuses du flamenco. Ils avaient esquissé alors des pas de danse et s’étaient amusé comme des enfants.
    Elle laisse tomber le rideau et revint vers son lit. Elle s’allonge et se met à regarder le plafond.
    Aura-t-elle le courage de s’opposer à sa famille et de rester auprès de Nazim ?
    Elle passe toute la nuit à se reposer la question, sans pourvoir trancher.
    Vers le milieu de la matinée, sa mère vint la chercher :
    - Tu es encore en pyjama, s’écrie-t-elle ?
    - Ce n’est rien maman, je vais m’habiller.
    - Je pensais te trouver déjà prête.
    Elle fronce les sourcils et s’approche d’elle :
    - Tu n’as pas l’intention de prolonger ton séjour dans cet hôpital que je sache ?
    Feriel secoue la tête :
    - Non. Bien sûr que non. Mais je devrais rester au chevet de Nazim. Ce n’est pas juste de le laisser ainsi dans l’état où il se trouve.
    Sa mère la prend par les épaules et l’incite à s’asseoir :
    - Tu es sérieuse Feriel ?
    La jeune fille laisse échapper un flot de larmes :
    - Oh maman ! c’est terrible ce qui nous arrive.
    - Allons… allons… il n’y a rien qui mérite autant d’affliction.
    - Nazim est défiguré. Il n’a plus de visage. Il ne sera plus jamais comme avant.
    Sa mère la regarde dans les yeux :
    - Cesse donc de t’apitoyer sur lui. Il n’a que ce qu’il mérite. Cet accident est une bonne raison pour que tu consentes enfin à regarder la vérité en face. Tu mérites un meilleur parti. Nous n’avons plus rien à voir avec cet homme. Ton père a déjà réservé des billets d’avion. Nous irons toutes les deux passer quelques jours en Italie…
    - Mais maman… tu n’y penses pas… je ne devrais pas abandonner Nazim dans l’état où il se trouve.
    - Efface donc le nom de Nazim de ta tête. Tu verras que cela ira beaucoup mieux pour toi.
    Elle se met à jeter pêle-mêle les affaires de la jeune fille dans un sac, et lui tendit une robe :
    - Tu seras plus coquette après un bon bain et un passage chez la coiffeuse. En attendant, enfile cette robe et suis-moi.
    Feriel s’exécute. Tel un robot, elle s’habille et suit sa mère. Cette dernière se hâte vers la sortie, puis se retourne :
    - Je trouve ton pas trop hésitant. Ne sois pas têtue… Tu devrais plutôt t’estimer heureuse d’être sortie indemne de cet accident. Que deviendrais-tu si tu n’avais plus de visage toi aussi ?
    Feriel s’écrie :
    - Maman… je ne sais pas si tu as un cœur, une âme ou quelque chose qui y ressemble. Tu es d’une insensibilité incroyable.
    - Peut-être. Mais c’est mieux ainsi… Sinon je ne sais pas ce que vous serez devenus toi et ton père. Quand comprendras-tu donc que la sensibilité est l’apanage des gens faibles d’esprit ?
    Feriel ne répondit pas. Elle jette un coup d’œil dans le grand couloir et se dit qu’elle aurait dû s’en tenir à sa parole et revoir le docteur Nabil, et Nazim….Mais sa mère n’était apparemment pas de cet avis. Trop lasse pour opposer une résistance, elle se dirige vers la sortie en ayant l’impression d’avoir failli à son devoir. Quelque chose en elle la tourmentait… Serait-ce le remord ? Elle n’en savait rien… Bientôt ses parents lui feront oublier tout ce mauvais
    passage.

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  7. Artisans de l'ombre Dit :

    08.
    Nazim émerge de l’état comateux où l’avait plongé le sédatif. Il avait l’impression d’avoir dormi une éternité. Il tente d’ouvrir les yeux… mais il ne comprenait toujours pas pourquoi il n’y arrivait pas.
    Il entendit des voix, où plutôt des chuchotements autour de lui. Quelqu’un parlait… une personne pleurait… une femme… Il reconnu d’instinct la voix de sa mère… celle d’un homme… le médecin ! Nazim se rappelle alors … l’accident, l’explosion, le feu… les douleurs qu’il ressentait encore et qui traversaient son corps et son esprit telles des flammes ravageuses.
    Le médecin parlait de lui.
    “Nous ne pouvons faire mieux pour le moment…Le temps nous renseignera davantage sur les initiatives à entamer plus tard”.
    Nazim tente encore d’ouvrir ses yeux. Il porte la main à son visage et quelqu’un vint tout près de lui :
    - Patience. Nous allons enlever les pansements de tes yeux dans un moment. Ne t’agite pas ainsi Nazim.
    Le jeune homme tendit une main et sentit tout de suite une autre main prendre la sienne.
    - Je suis là mon fils.
    Nazim serre très fort la main de sa mère. Il la sentait si affligée, si triste. Est-il aussi mal au point que ça… ?
    Encore sous l’effet du sédatif, il ne pouvait parler. Ses mâchoires étaient serrées et il sentait un goût amer dans la bouche.
    Il entendit quelqu’un d’autre pénétrer dans sa chambre, puis déposer quelque chose à son chevet. Il comprit au cliquetis du matériel que c’était l’infirmière qui venait pour lui ôter les pansements.
    Il pourra enfin regarder autour de lui.
    Quelques minutes plus tard, il est débarrassé des bandes à gaze et des disques qui enserraient ses paupières. Mais il sentait encore comme des milliers de brûlures sur son visage.
    - Essaye de soulever tes paupières jeune homme.
    La voix du médecin était ferme et autoritaire, mais enrobée d’une trace d’inquiétude.
    Nazim soulève une paupière et fut tout de suite ébloui par la lumière. Il referme immédiatement son œil, mais le médecin le rassure :
    - La lumière te fait mal… cela va s’apaiser tout de suite. Essaye encore…
    Cette fois-ci Nazim réussira à ouvrir les deux yeux. Mais quelque chose le gênait encore. Un voile se dressa devant lui… Un voile opaque. Il battit des mains et sa mère vint tout de suite auprès de lui :
    - Cela se dissipera dans un moment, lance le docteur qui tentait de le rassurer.
    - Il est encore agité.
    - C’est tout à fait normal dans son état. Nous allons l’aider à revenir parmi nous… n’est-ce pas Nazim ?
    Le jeune homme tentait encore de rouvrir ses yeux… une fois, deux fois. La troisième sera la bonne. Il put distinguer enfin quelque chose : Un fond blanc qui reflétait une lumière : c’était le plafond !
    Il rabaisse ses yeux et découvre cette fois-ci une porte qui lui faisait face et un homme en blouse blanche. Ce dernier lui sourit :
    - Bienvenu Nazim… Je suis Nabil…
    Nazim jette un coup d’œil sur le côté et rencontre enfin le regard de sa mère. Il sentit des larmes piquer ses yeux… Cela lui fait si mal, qu’il fini par les refouler.
    Sa mère se lève et l’embrasse sur le front :
    - Grace à Dieu, tu es en vie mon fils.
    Le médecin s’approche de lui :
    - Alors comment te sens-tu ?
    Nazim tente de prononcer quelque chose, mais sa langue refuse de bouger.
    Le médecin lui serre la main :
    - Tu es encore trop faible pour parler, mais je peux t’assurer que ton cerveau n’a subit aucun dommage.
    Il lui prend le pouls puis se penche sur lui pour passer un doigt sur les rougeurs qui entouraient ses yeux.
    - Je pense aussi que ces cicatrices vont disparaître très rapidement.
    Il prend une petite lampe de sa poche et examine plus profondément ses pupilles :
    - Tu n’a pas mal au yeux Nazim ?
    Le jeune homme fait un signe de négation.
    - Parfait… c’est très rassurant.

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  8. Artisans de l'ombre Dit :

    09.
    Nazim porte une main à sa tête et le médecin, comprenant son geste, poursuit :
    - Je sais… Les douleurs vont durer encore quelque temps, mais tu es jeune, tu vas vite récupérer. Ne t’inquiète donc pas… Tes fractures vont être réduites, et d’ici un mois tout au plus tu pourras marcher normalement. Bien sûr une petite rééducation s’imposera et tout rentrera dans l’ordre au bout de quelques séances.
    Voulant éviter les questions les plus embarrassantes, le médecin préfère se retirer. Nazim se retrouve seul avec sa mère.
    Cette dernière avait les yeux rougis et les traits tirés. Nazim lui serre la main et elle laisse encore couler quelques larmes :
    - Oh mon fils ! Je n’ai pas vécu pareil cauchemar depuis longtemps. J’ai cru revivre ces moments terribles de l’accident qui avait emporté ton père. Je n’ai pas cru les médecins. Je voulais m’assurer que tu étais vivant et j’ai passé de longues heures dans cet hôpital à attendre que tu reprennes connaissance. Quand le docteur Nabil m’avait dit que tu étais hors de danger, j’ai pleuré de soulagement. Tu es en vie, et le reste m’importe peu.
    Nazim tente de parler :
    - Je… Heu… je…
    - Ne te fatigue donc pas mon fils. Je te parle et tu m’écoutes. C’est suffisant. Nous pourrons nous parler dans les jours à venir. Il se fait tard et je dois rentrer. Je reviendrai demain.
    Elle passe une main sur les bandages :
    - Tout ira bien mon fils… Dieu nous soutiendra dans cette terrible épreuve. Détends-toi donc et tâche de dormir sans ces “poisons” qu’on t’injecte à tout bout de champ. Demain, si le médecin le permet, je te préparerai une tisane apaisante qui t’aidera à te relaxer.
    épuisé, Nazim referme les paupières. Sa mère le contemple un moment et laisse couler longuement des larmes d’amertume. Son fils saura bientôt qu’il n’a plus de visage et que sa vie ne sera plus jamais comme avant.
    Elle quitte la chambre sur la pointe des pieds. Mais Nazim ne dormait pas. Il sentait qu’on lui cachait quelque chose. Ses blessures doivent être bien plus graves, se dit-il
    Il se rappelle les paroles rassurantes du médecin, mais sa voix sonnait faux.
    Il lève son bras droit, puis grimace de douleur. La lourdeur du plâtre ajoutée aux fractures le rendaient presque invalide. Il sentit ses jambes inertes et douloureuses. Pourra-t-il normalement marcher de nouveau un jour ? Ou bien va-t-il devoir s’aider d’une canne ? Es-ce là l’énigme ? Ne voulait-on pas le brusquer en lui certifiant que ses jambes ne pourront plus jamais le porter aussi allègrement qu’avant l’accident ?
    Il referme ses paupières, puis passe une main sur son visage pour la énième fois. Il sentit des milliers d’aiguilles piquer sa peau sous les bandages… Une… une brûlure… On dirait des brûlures. Soudain, il sursaute et une onde de choc traverse son corps. Feriel ! Il se rappelle qu’elle était avec lui. Est-elle aussi mal en point que lui, ou avait-elle trépassé ?
    Dans un élan, il tente de se relever et pousse un long cri de douleur. L’infirmier de garde accourut :
    - Que se passe t-il ?
    Il comprend tout de suite les intentions de Nazim.
    - Oh… monsieur veut déjà nous quitter ? Ne bougez pas jeune homme, vous êtes encore trop faible et vos multiples blessures saignent encore. Vous avez les deux jambes dans le plâtre. Vous ne pourrez pas quitter votre lit avant un bon bout de temps.
    Il l’aide à se rallonger et lui tendit un verre d’eau surmonté d’une paille :
    - Cela ne sert à rien de s’agiter… Détendez-vous… Voulez-vous un calmant ?
    Nazim fait un signe de négation, puis tente de parler :
    - Je… Feriel… Est-elle…
    Sa voix se casse, mais l’infirmier avait saisi le sens de ses paroles.
    - Feriel ? Vous voulez parler de la jeune fille qui était avec vous ? Elle a quitté l’hôpital aujourd’hui même, ses blessures étaient superficielles… à peine quelques égratignures.
    Nazim soupire de soulagement et se détendit. Enfin une bonne nouvelle !
    Il se laisse aller sur son oreiller. Des images lui revinrent en mémoire. Ils étaient ensemble, ils discutaient de leur mariage et faisaient des projets. Feriel était furieuse à l’idée de vivre sous le même toit que sa belle-famille.
    Il revoit son visage crispé et ressentait encore la froideur de ses paroles. Cela s’est passé quand déjà ?

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  9. Artisans de l'ombre Dit :

    10.

    Il avait perdu la notion du temps. Il ne savait pas depuis combien de temps il était dans cet hôpital et sur ce lit.
    Tant pis. Demain il demandera tous les détails au docteur Nabil. Ce dernier lui plaisait bien. Il parlait avec sagesse et semblait connaître son métier.
    Nazim reste ainsi un long moment à méditer sur son sort avant de sombrer dans un sommeil profond et bienfaisant et cette fois-ci sans sédatif.
    Il lui sembla avoir vécu une éternité, alors qu’il se réveillait des heures plus tard. En fait, c’était une voix de femme qui l’avait tiré de son sommeil. La voix d’une jeune femme en pleurs. Il n’eut aucun mal d’ailleurs à reconnaître la voix de sa sœur Nadia.
    Une autre voix lui demandait de se calmer ou de sortir de la chambre. Mais sa sœur continuait sur sa lancée, et cette fois-ci il entendit des sanglots et des paroles qui lui glacèrent les os :
    - Mon Dieu… Ce n’est pas vrai ! Nazim, mon frère, était si beau, si charmant. Ne me dites pas docteur qu’il ne va plus avoir de visage. Même pas quelques traits qui nous rappelleront le bel homme qu’il avait toujours été jusque-là.
    Le médecin garde le silence. Une manière de marquer son impuissance devant un tel cas. Nadia reprit sa litanie. Une autre voix s’ajoutera à la sienne. La voix de Meriem. C’était la benjamine. Meriem paraissait plus calme et, tout comme sa mère, elle s’en remettait à Dieu.
    - Nous devrions accepter ce coup du sort Nadia. Nous n’avons pas le choix. Remercions le Très-Haut que notre frère soit encore en vie.
    - Mais dans quel état ?, s’écrie Nadia d’une voix rageuse. Je… je ne sais pas comment il va réagir quand il saura qu’il n’a plus de visage, mais moi, je lui souhaiterais de mourir au plus tôt, car tel que je connais Nazim, il n’est pas évident qu’il accepte ce coup du sort dont tu parles !
    La voix du Dr Nabil s’élève enfin telle une pluie sur un incendie :
    - Détrompez-vous. Nazim est bien plus fort que vous ne le croyez. Il est intelligent et saura surmonter l’épreuve sans trop de mal. En fait, la véritable beauté ne réside pas dans le physique, mais plutôt dans l’âme. Et à ce que je comprends, Nazim n’en est pas dépourvu. Il saura vite accepter son sort et je l’aiderais de mon mieux à reprendre goût à la vie. Il ne faut surtout pas lui faire sentir l’intensité de votre détresse… Votre maman semble bien plus courageuse.
    Nadia se calme et Meriem demande :
    - Que pourrions-nous faire docteur pour atténuer ses souffrances morales ?
    - Ne jamais lui faire sentir qu’il n’est plus comme avant. Nazim restera à vos yeux tel que vous l’avez toujours connu… Heu… Je n’aimerais pas être indiscret, mais ne croyez-vous pas que la présence de sa fiancée serait d’une aide précieuse ?
    Nadia qui avait cessé de pleurer s’empresse de répondre :
    - Feriel a quitté l’hôpital depuis plus de vingt-quatre heures sans même passer le voir.
    - Elle est passée la veille, et nous avons discuté longuement ensemble. Elle semblait ébranlée. Mais ce que je n’arrive pas à saisir, c’est ce départ précipité, sans un petit regard vers Nazim. D’après ses dires, ils étaient sur le point de se marier.
    - Oui docteur, mais après ce qui vient d’arriver, ce mariage est forcément remis en cause.
    - Hum… Pourquoi dites-vous cela ? Peut-être que Feriel est encore sous le choc et finira par se montrer.
    - Feriel est une fille pourrie, gâtée, elle ne reviendra jamais vers quelqu’un qui n’a plus les traits du beau gosse qu’elle avait connu. Elle était si fière de l’exhiber tel un trophée devant ses amis…
    Elle pousse un soupir :
    - Nazim l’a aveuglement aimée… Il était prêt à se sacrifier pour elle…
    Le docteur Nabil ne répondit pas. Il avait rencontré tout au long de sa carrière plus d’une situation similaire et savait que, dans de tels cas, il y avait toujours un perdant.
    Les deux sœurs demeurèrent encore un moment au chevet de leur frère, avant de se décider à rentrer.

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  10. Artisans de l'ombre Dit :

    11.

    Nazim avait tout entendu… Il avait suivi la conversation les yeux fermés, et tout ce beau monde l’avait cru endormi. Maintenant il connaissait toute la vérité sur son état. En dehors de ses fractures et de ses blessures, il n’avait plus de visage. Plus jamais il ne retrouvera ses traits d’avant… Il deviendra comme ce lépreux de Guy Des Cars, ce lépreux qui devait camoufler son visage sous un sac en jute, car la maladie avait eu raison de lui et il n’avait plus rien à montrer.
    Curieusement, il n’avait pas bronché à ces révélations. Il semblait insensible à tout ce qui l’entourait. Parfois on appréhende la vérité, mais dès qu’elle est là, on l’accepte telle une amie du destin. Nazim ressentait plutôt de l’amertume à la pensée de ne plus jamais revoir Feriel. Oh ! il n’aurait jamais accepté qu’elle se sacrifia pour lui. Sa vie n’en valait plus la peine, mais un petit geste de sa part n’aurait pas été de trop.
    La reverra-t-il un jour ?
    Il en doutait. Il avait tout de suite saisi l’ampleur de sa détresse et l’occasion qu’attendaient ses parents pour la détourner de lui. Il savait que même dans le cas où Feriel revenait vers lui, la poigne ferme de sa mère l’en dissuaderait. Il ne lui en voulait pas… Oh ! non, pas du tout. Mais dans l’état où il était, il avait tant besoin d’un réconfort moral. N’entendant aucun bruit dans la chambre, il ouvrit ses yeux et constate que la pièce était plongée dans une pénombre bienfaisante. Le docteur Nabil s’était vraisemblablement retiré dans son bureau. Il reviendra prendre de ses nouvelles dans la journée et Nazim était décidé cette fois-ci à lui faire comprendre qu’il était prêt à accepter son sort et à panser ses blessures.
    Telle sera sa vie désormais, il savait que seul le courage, la volonté, et l’abnégation l’aideront à retrouver la voie de la persévérance.
    Il porte la main à sa tête. Une migraine le taraudait… Il était exténué par tous les évènements de ces derniers temps.
    Il referme les yeux et, paradoxalement, replonge dans un profond sommeil.
    Quelques jours passent. Nazim peut enfin s’asseoir, parler et même manger. Il avait longuement discuté de son état avec le docteur Nabil, et ce dernier reconnaît que non seulement son patient était un homme de bon sens, mais aussi doté d’une force de caractère inébranlable.
    Lorsque le jeune homme lui avait avoué qu’il avait suivi sa conversation avec ses sœurs de bout en bout et qu’il savait que son visage avait subi des dommages irréversibles, le médecin était demeuré perplexe un bon moment.
    Alors qu’il se demandait comment aborder ce sujet avec lui, Nazim l’avait devancé. C’était, certes, une bonne chose pour tous les deux. Car si l’un était condamné à vivre toute sa vie avec un visage mutilé, l’autre appréhendait le moment de vérité. Le moment où il devait retirer les pansements et dévoiler l’entière et triste réalité à son patient.
    Nabil regarde son patient et ébauche un sourire :
    - Tu me surprends Nazim. Tu me surprends et tu mets fin à mes multiples hésitations et à mes appréhensions.
    - Pourquoi docteur ? Qu’appréhendez-vous ?
    - Eh bien, franchement, je me demandais comment…
    - M’avouer la réalité… n’est ce pas ?
    - Oui. Je me demandais surtout comment tu allais réagir. Je tentais de faire reculer ce moment le plus tard possible, mais le glas a sonné et je dois enlever tes pansements dès demain…. Je ne savais plus quoi faire, ni comment t’y préparer.
    - C’est fait docteur. Je suis prêt à accepter ce nouveau visage… enfin, si on peut appeler ces lambeaux de chair qui restent collés à mes os, un visage.

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  11. Artisans de l'ombre Dit :

    12.
    ému, le médecin lui serre le bras :
    - Je n’aimerais pas te décevoir Nazim, mais il n’y a plus rien à faire pour toi au niveau des soins médicaux. Nous avons réussi à sauver ce qui pouvait l’être. Et je t’assure que c’est un véritable miracle que tes yeux soient encore intacts. La vue, c’est la vie.
    C’est un capital inestimable que la Providence a su t’offrir au moment où le reste du visage subissait les dégâts irréversibles des flammes.
    Nazim se rappelle qu’au moment de l’explosion, il avait instinctivement protégé ses yeux de son bras. D’ailleurs, il en porte encore les séquelles. Quelques cicatrices ornaient l’avant-bras, mais ce n’était rien par rapport au reste.
    - Vous pouvez m’enlever les pansements docteur. Je sens que plus rien ne pourra m’ébranler.
    Le médecin le regarde dans les yeux :
    - Nous sommes de simples êtres humains Nazim. Nous sommes dotés d’une conscience et de sentiments. Tant que nous sommes en vie, nous nous exposons à toutes sortes d’émotions. Nous ne pouvons rien changer à notre destinée. Néanmoins, j’avoue que j’admire ton abnégation… Tu sais te montrer courageux devant ce coup du sort. J’ai déjà vu des malades flancher pour bien peu.
    Nazim sentit quelque chose se briser en lui. Il venait de repenser à Feriel !
    La jeune fille avait quitté l’hôpital depuis plusieurs jours déjà, sans donner signe de vie. Même pas un coup de fil !
    Pire que ses blessures physiques et ses brûlures, le jeune homme ressentait une profonde amertume.
    Il ne comprenait pas la réaction de celle qui était, il n’y a pas si longtemps, prête à partager sa vie et à fonder une famille avec lui.
    Il ne s’attendait plus à donner une suite à ce projet. Il voulait lui demander de penser à faire sa vie et de l’oublier. Mais elle ne lui en avait même pas donné l’occasion. Il ressentait cela comme un affront et un mépris à son égard.
    Il se reprend et demande au médecin :
    - Les cicatrices de mon visage seront-elles très visibles ?
    - Pas vraiment… Nous avons tenté de “sauver la face”, mais cela mettra beaucoup de temps, les brûlures ne se cicatrisent pas rapidement. Je dirais que le plus grand risque est dépassé. Nous craignions une infection, mais cela ne s’est pas produit.
    Le médecin avait dit que les brûlures ne se cicatrisaient pas rapidement.
    Nazim soupire. Les brûlures de l’âme ne se cicatriseront jamais !
    - Demain, je t’expliquerai, poursuit le docteur.
    Quand tu ne seras plus obligé de porter tous ces bandages, tu t’habitueras à exposer ton visage à l’air libre. Cela te paraîtra délicat au début, mais tout rentrera dans l’ordre. La nature a toujours su répondre à nos attentes.
    Nazim passe le reste de la journée à méditer sur son sort. Il repense à ses projets et à tout ce qu’il devait entamer. Mais tout est tombé à l’eau maintenant.Il sentait ses forces revenir petit à petit, mais il n’était pas encore assez remis pour se lever. D’ailleurs, il va falloir tout d’abord qu’on lui enlève les plâtres. Il repose sa tête sur son oreiller. Sa mère était venue le matin même, et avait évité tout sujet se rapportant à son accident et à ses blessures. Elle lui avait mijoté des plats dont il raffolait d’habitude, mais qu’il ne put apprécier. Sa gorge s’était nouée et parfois il avait l’impression de suffoquer.

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  12. Artisans de l'ombre Dit :

    13.

    Il se reprend. Non ! Il ne faut pas qu’il tombe dans le cercle de l’anxiété et des angoisses. C’est le moment ou jamais de faire face à la terrible réalité de l’existence. Un faux pas, et tout risque de s’écrouler. Son courage et sa volonté entre autres.
    La sonnerie de son portable le fera sursauter. Il consulte le cadran, mais l’appel était masqué.
    Il décroche, mais n’entendit aucune voix au bout de la ligne. Ou plutôt il entendait une sorte de souffle… Un sanglot, lui semble-t-il. On avait tout de suite raccroché après.
    Il repose l’appareil sur sa table de chevet. Qui pouvait bien être ce correspondant mystérieux ?
    Une voix chuchotait au fond de lui : Feriel… Feriel.
    Feriel repose son portable et sortit sur son balcon. Elle se maudit mille et une fois. Pourquoi n’avait-elle pas eu le courage de parler à Nazim ? Pourquoi ne lui avait-elle pas avoué qu’elle n’était qu’une lâche, qui n’avait pu s’arracher à l’emprise de ses parents ?
    Elle n’avait plus le choix. Tout s’est imposé à elle. Sa mère s’était dressée sur son chemin pour lui barrer toute issue.
    Elle l’avait entraînée avec elle dans un voyage qui n’allait pas se terminer de sitôt. Une astuce pour l’éloigner de Nazim. Après l’Italie, elles vont séjourner en France, puis encore dans un autre pays. Feriel n’avait plus le courage de poser des questions. Elle connaissait les réponses… Elle connaissait sa mère, et toute opposition de sa part se heurterait à une muraille.
    Elle regarde la mer qui s’étalait devant elle à perte de vue. Le soleil brillait et quelques nuages blancs ornaient un ciel bleu. La vie aurait été plus belle si on l’avait simplifiée.
    Elle revoit le visage de Nazim. Le beau visage qu’elle connaissait si bien et dont elle était si fière. Puis tout d’un coup, le cauchemar revient. Elle ressentait au fond d’elle-même la douleur incontrôlable de ce qu’elle venait de vivre. Elle revoyait son fiancé, le visage caché derrière une tonne de pansements et les multiples blessures sur son corps. Un corps mutilé à jamais.
    Elle sentit encore les larmes inonder ses joues. Nazim ne méritait pas ce qui lui arrivait. Pis encore… Il ne méritait pas ce qu’elle lui infligeait en ce moment même.
    Elle reprend son portable et tente encore une fois de former le numéro. Mais ses mains tremblaient si fort qu’elle finit par battre en retraite.
    à ce moment précis, sa mère vint la rejoindre :
    - Quelle belle journée Feriel ! Que dirais-tu d’une balade en ville ? Nous allons faire du shopping, et puis nous reviendrons pour paresser au soleil sur la plage.
    Feriel, tel un automate, prend son sac et suit sa mère.
    Au même moment, à l’hôpital, on enlevait les pansements à Nazim.
    Le Dr Nabil dépose ses ciseaux et regarde le jeune homme dans les yeux :
    - Je ne te cache pas que tu n’es pas très beau à voir pour le moment, mais j’avoue que je ne m’attendais pas à ce que la peau de ton visage réagisse aussi bien aux premiers soins… Tu n’as presque plus de rougeurs et je constate que quelques cicatrices se referment déjà.
    Nazim regarde le médecin dans les yeux et tente de sonder le fond de ses pensées. Ce dernier le devance pour lancer :
    - Tu veux savoir si tu vas retrouver ton visage un jour ? Une question toute légitime. Tous les patients dans ton état se la posent.
    Il se racle la gorge et reprend :
    - Je vais être franc avec toi : nous avons fait de notre mieux pour suturer les cicatrices et redonner à ton visage un aspect humain. Je peux dire que nous avons fait du beau travail, puisque je constate que la plus grande partie de ton visage se cicatrise bien. Hélas, mon ami ! Même si ta peau répond bien à nos traitements, je ne pourrais te bercer d’illusions.
    Il serre le bras de Nazim et poursuit :
    - Je te demande d’être courageux. Tu as pu garder la vue et tu parles sans difficulté. C’est déjà une bonne partie de gagné. Et… (il passe une main sur la tête de Nazim) puis il y a tes cheveux. Tu les a gardés intégralement aussi… Le pourtour du visage est indemne et tes oreilles aussi. Tu as gardé tes cils et tes sourcils, cela va de soi, puisque tu as protégé tes yeux par ton bras. Que veux-tu de plus après un accident de cette envergure ?

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  13. Artisans de l'ombre Dit :

    14.
    Nazim s’agite. Il porte la main à son visage et tente de toucher les cicatrices, mais la douleur l’en dissuada. Il laisse tomber et demande :
    - Et ces cicatrices docteur ? Je vais les garder encore longtemps ?
    - Quelques semaines tout au plus. Je vais te prescrire des gels et des baumes cicatrisants. Cela t’aidera autant physiquement que moralement. Heu… Je veux dire que c’est toujours avec une grande satisfaction que nous constatons que les cicatrices se referment.
    Nazim ferme ses yeux. Malgré son courage, il avait peur d’affronter le moment de vérité. Il n’osait pas encore demander un miroir. Non… Il attendra. Il attendra encore un peu. Il attendra que ses cicatrices se referment.
    - Hum… à quoi penses-tu Nazim ?
    - à rien docteur. Je voulais seulement… retarder le moment. Je…
    - Tu n’oses pas encore affronter ton nouvel aspect. Tu veux laisser le temps passer et te préparer.
    Le médecin se lève et s’empare d’une petite glace qu’il avait déposée sur la table de chevet :
    - Quel que soit le recul que tu prendras, le moment de vérité sera toujours douloureux. Alors qu’on en finisse une fois pour toutes. Plus tôt tu connaîtras ton nouveau visage et plus tôt tu l’accepteras. Crois-moi Nazim, ce n’est pas de gaieté de cœur que je te demande cela, mais il est de mon devoir de te conseiller ce qui serait le mieux pour toi.
    Nazim baisse la tête et met une main devant ses yeux. Mais le médecin lui relève le menton et met d’office la glace en face de lui :
    - Regarde-toi donc et ne crains rien. Le vrai Nazim est en toi. C’est uniquement ton enveloppe charnelle qui vient de subir quelques dégâts. Jeune homme, si tu le veux vraiment, tu sauras que rien n’a changé en toi, car la beauté de l’âme est indélébile et rien ne pourra l’affecter. Par contre, le physique est soumis à toutes sortes de transformations tout au long de notre existence.
    Nazim serre son poing et se tient droit, tel un bagnard prêt à monter sur l’échafaud.
    - Courage Nazim ! Accepte ton sort et Dieu saura t’en récompenser.
    Nazim pousse un long soupir, puis ouvrit les yeux.
    Il lui sembla qu’une éternité s’était écoulée avant que le sang ne se remette à couler dans ses veines. Il se porte en avant et passe une main sur la glace que le médecin tenait toujours en face de lui.
    - Non, ce n’est pas vrai ! Mon Dieu non !
    Un long cri s’échappe de ses lèvres et il entendit des sanglots. Il se retourne et constate que ses sœurs et sa mère étaient juste à côté de lui.
    Il sentit une onde remonter tout le long de son corps avant de perdre connaissance.
    Il revint à lui quelques minutes plus tard. Le Dr Nabil se tenait toujours à ses côtés, mais il n’y avait personne d’autre dans sa chambre.
    - Alors Nazim, comment te sens-tu ?
    Le jeune homme ne répondit pas, mais le médecin poursuit :
    - Le premier choc est toujours le plus dur. Puis c’est le compte à rebours. Tu vois… Nous sommes tous préparés naturellement à subir des situations plus ou moins fâcheuses tout au long de notre vie. Je crois que, malgré tout, tu as bien supporté le premier effet. Je préfère que tu te retrouves seul quelques instants. Tu verras que, dans de tels moments, le mieux est de savoir supporter bravement la première étape. C’est pour cela d’ailleurs que j’ai préféré renvoyer ta famille.
    Le médecin se lève :
    - Je te laisse la glace. Tu auras encore un autre choc en te regardant une seconde ou une troisième fois. Mais une fois remis de tes émotions, tu t’estimeras heureux d’être tout simplement en vie.
    Le Dr Nabil quitte les lieux en laissant Nazim face à son nouvel aspect. Le jeune homme tente encore une fois de se regarder dans la glace, mais il n’eut pas le courage.
    Il balance l’objet contre le mur de sa chambre et se laisse retomber sur son oreiller, plus mort que vif.
    Des sanglots secouaient son corps. Il se met à pleurer comme il ne l’avait jamais encore fait.

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  14. Artisans de l'ombre Dit :

    15.

    La crise passe et s’estompe. Il regarde autour de lui, et constate que la glace n’était plus qu’un amas de débris éparpillés à travers la chambre.
    Il jure entre ses dents ! Il aurait aimé encore jeter un coup d’œil à son visage, ou à ce qu’il en reste.
    Il passe une main sur sa tête et sentit ses cheveux. Ah… ! il les avait tout de même gardés. Puis il passe la main sur ses deux oreilles… elles sont bien là… presque intactes… Seuls les pourtours portent de légères brûlures qu’on pourra facilement traiter. Et puis il y a ses yeux… il peut voir….Et aussi sa bouche et ses dents. Mais… en passant une main sur une joue il sentit une douleur vive. Ses joues sont enflammées. Ici la peau est boursouflée, prête à éclater. Avec le temps, les cicatrices vont se refermer… mais les séquelles seront profondes et éternelles. Il y a aussi son menton… il est tout mou… il n’est plus incurvé comme avant. En fait, maintenant il ne fait qu’une ligne avec le haut de son cou qui porte aussi d’autres brûlures… moins apparentes peut-être, mais aussi douloureuses que celles des joues et du reste du visage.
    Le plus grand choc vint en dernier : le nez !
    Nazim ne le sentait plus.. Tout bonnement parce qu’il n’existait plus… Il n’avait plus de nez… On dirait qu’un ouragan l’avait arraché d’une seule traite pour ne laisser à sa place qu’un orifice comblé pour le moment par des pansements.
    Le jour où il devra les enlever, il n’aura plus qu’un trou au milieu du visage.
    Nazim se rappelle avoir déjà vu des films de guerre, où les soldats avaient des visages mutilés. Les uns n’avaient plus rien d’humain. D’autres avaient gardé un semblant de vie en tentant d’accepter leur nouvel aspect. D’autres encore n’avaient plus que la moitié d’un visage, tandis que le côté opposé était totalement carbonisé.
    On les appelait les “mutilés”. Ils faisaient pitié et suscitaient des émotions incontrôlables.
    Et lui, maintenant, faisait partie de ces mutilés ! Il va susciter la pitié… !
    Non ! Non ! Non ! s’écrie t-il. Non ! il ne veut pas de pitié, pas de charité, pas d’émotion.
    Il tente de se relever et se rassoit tant bien que mal sur son lit.
    Si on lui avait dit qu’un jour il allait vivre une telle situation, il ne l’aurait jamais cru !
    Deux mois passent.
    Nazim quitte l’hôpital, et rentre chez-lui le cœur meurtri, mais décidé à affronter sa nouvelle existence avec abnégation.
    Il s’aidait d’une canne pour marcher. Les multiples cicatrices sur son bras droit n’étaient plus aussi visibles qu’au début, et on lui avait dit qu’elles disparaîtraient à jamais dans quelque temps. Par contre, il sentait encore des douleurs tout au long de ses jambes. Plusieurs séances de rééducation lui avaient permis d’en consolider les muscles, et bien qu’il n’arrive pas encore à marcher normalement, il pouvait se déplacer sans peine d’une chambre à une autre, ou même faire quelques pas à l’extérieur de la maison.
    Maintenant qu’il avait quitté l’hôpital, il devrait penser à entamer une nouvelle vie. Son visage s’était cicatrisé… mais… est-ce qu’on pouvait appeler ce tas de chairs amoncelées et fripées, un visage ?
    Nazim avait tenté tant bien que mal de se raisonner. Il avait tenté de parler et de sourire comme avant. Il avait réussi à retrouver le timbre normal de sa voix mais son sourire n’était plus illuminé… il n’arrivait pas à atteindre ses yeux… on dirait plutôt une grimace… Son sourire ne sera désormais que l’image de son âme meurtrie. Il ne pourra pas le contrôler ni le maitriser. Il le savait. Il savait que, malgré ses effort, son cœur saignait… Une hémorragie qu’il ne pourra jamais juguler…

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  15. Artisans de l'ombre Dit :

    16.

    Il fait quelques pas dans sa chambre, puis se laisse tomber sur son lit.
    Il devrait songer à mettre de l’ordre dans ses idées. Le psychologue de l’hôpital l’avait préparé à sa nouvelle existence. Il lui avait dit qu’avec le temps il finira par maîtriser ses émotions. Qu’il s’habituera à son nouvel aspect, mais qu’il devrait fournir d’énormes efforts pour maîtriser ses nerfs. L’angoisse le guettait à tout bout de champ et le piège risquait de se refermer sur lui.
    Nazim l’avait écouté tout au long de ses séances.
    Il comprenait que le médecin n’était qu’une canne pour l’aider à se relever et que la véritable thérapie était en lui. Lui seul devrait tout d’abord s’accepter, avant de penser à se faire accepter par les autres et à imposer son existence sans complexe.
    Il savait qu’il faisait peur aux enfants et même aux… adultes. Plusieurs malades à l’hôpital déjà le regardaient avec horreur, alors que des femmes s’enfuyaient à sa vue.
    à la place de son nez, il arborait un genre de “bouchon” en plastique. On devait le greffer, mais tous les plasticiens qu’il avait consultés, n’avaient pas trouvé la solution à son cas.
    Même après une greffe, il faut s’attendre au phénomène du rejet. Plusieurs tentatives seraient nécessaires, mais le résultat n’était pas garanti.
    Nazim avait fini par battre en retraite devant le pessimisme des uns et les mises en garde des autres.
    à sa sortie, il avait demandé conseil au docteur Nabil. Ce dernier, qui l’avait pris en estime, lui promet de l’orienter vers un spécialiste de sa connaissance, qui en ce moment précis suivait un recyclage dans une prestigieuse école à l’étranger.
    C’était l’ultime espoir qui demeurait et auquel Nazim s’accrochait de toutes ses forces.
    Il jette un coup d’œil par la fenêtre de sa chambre et constate que la nuit n’allait pas tarder à tomber.
    La nostalgie des sorties nocturnes le reprit. Pourra-t-il encore se rendre au cinéma avec ses amis, ou dîner dans un restaurant en galante compagnie ?
    Cette idée ravive en lui d’autres souvenirs. Il repense à Feriel.
    Une photo de la jeune femme trônait sur sa table de travail. Feriel, aussi jeune et aussi pleine de vie que lors de leur dernière rencontre, lui souriait.
    Il se saisit du portrait et se met à caresser le visage de sa dulcinée. Où pouvait-elle être en ce moment ?
    à maintes reprises la sonnerie de son portable l’avait tiré d’un profond sommeil. Et à maintes reprises, il avait espéré. Il s’était attendu à chaque fois à entendre la voix cristalline de sa bien-aimée.
    Hélas… à chaque fois qu’il décrochait, on coupait la communication.
    Il avait compris, ou… peut-être. Il n’en était pas aussi sûr. Enfin, peu importe…
    Si Feriel voulait lui parler, elle l’aurait fait sans encombre. Sans protocole et sans hésitation.
    Il tente de panser cette énième blessure de son âme par des arguments qui, même pour quelqu’un de sensé, n’avaient rien de logique.
    Feriel l’avait quitté. Elle ne reviendra plus. Il le savait, mais quelque chose persistait au fond de lui. Un reste d’optimisme sentimental.
    Feriel, même si elle n’est plus qu’un souvenir du passé, demeurera pour lui ce grand et unique amour qu’il n’avait jamais connu avant de l’avoir rencontrée.
    Comme pour se mettre du baume au cœur, il dépose la photo au fond d’un tiroir, en se promettant de la renvoyer un jour à son ex-fiancée. En refermant le tiroir, il sentit qu’il tirait définitivement un trait sur son “ancienne vie”.
    Chaque matin très tôt, il allait se promener dans le jardin de son quartier.
    Il n’osait plus s’y aventurer dans la journée, de peur d’avoir à affronter un regard apeuré ou de susciter la pitié.
    Aux premières lueurs de la journée, il aimait humer cet air pur qui pénétrait dans ses poumons et l’incitait à respirer profondément, évacuant ses angoisses et son stress. Il avait découvert un joli coin à l’ombre d’un arbre centenaire, un peu en retrait, où il passait une bonne demi-heure à méditer.
    Parfois, il se levait et émiettait un morceau de pain qu’il jetait aux pigeons ou dans le grand bassin. Il aimait voir ces poissons minuscules se précipiter sur cette nourriture providentielle et s’en rassasier.

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  16. Artisans de l'ombre Dit :

    17.

    Aidé de sa canne, il traversait le jardin de long en large, portant des lunettes et une casquette à larges rebords, couvrant une bonne partie de son visage. Un déguisement qui le protégeait des autres et le mettait à l’abri de tout commentaire.
    Un matin, où il s’était cru seul sur les lieux, il avait enlevé sa casquette et ses lunettes, et s’était approché du bassin pour s’asperger le visage.
    À peine avait-il touché l’eau, qu’il entendit un cri et des pas qui s’enfuyaient. Il se retourne brusquement et remarque une jeune femme et son enfant qui couraient à en perdre haleine.
    Il s’asseoit alors à même le sol et se met à pleurer à chaude larmes. Jusqu’à quand les gens le fuiraient ? Jusqu’à quand doit-il se protéger de la foule, et la protéger de lui ?
    Va-t-il demeurer ainsi à la merci de ce visage ravagé par le feu, qui faisait horreur aux gens ?
    Une main se pose sur son épaule :
    - Courage mon ami, courage… Tu n’es qu’un cas parmi tant d’autres.
    Il se retourne, et rencontre le regard de Riad, un voisin et ami d’enfance.
    - Je me fais horreur à moi-même. Quand je vois des gens qui me fuient ainsi, je me demande s’il ne serait pas préférable pour moi de me suicider.
    - Que dis là Nazim…? Les gens te fuient parce qu’ils ne te connaissent pas. Ils ne connaissent pas ta valeur ni tes qualités humaines. Les gens ne regardent que le superficiel. Alors, vois-tu, ou ils font semblant d’avoir pitié de toi ou ils te fuient. Mais ceux qui t’appréciaient pour ce que tu es réellement ne te fuient pas. Au contraire, ils savent que c’est en ce moment que tu as le plus besoin d’eux.
    Nazim met une main sur l’épaule de Riad :
    - Merci Riad. Cet accident m’a finalement permis de connaître mes vrais amis… Ceux qui, comme toi, ne m’ont pas fui.
    - Tu dois savoir Nazim, que nous sommes tous très éplorés par ce qui t’arrive. Personne ne peut rester insensible à ce que tu es en train de subir. Mais, s’il te plait, enlève cette idée de suicide de tes méninges. La vie est belle pour ceux qui savent l’apprécier à sa juste valeur.
    - Ok ! (il sourit) allons prendre un café, si toutefois tu n’as pas trop peur de moi.
    Riad sourit à son tour :
    - Voila qui est mieux. Je n’aurais jamais peur de toi Nazim. Tu peux compter sur mon aide et mon soutien à tout moment.
    Nazim, qui venait de remettre sa casquette et ses lunettes, tire son ami vers lui et le serre longuement dans ses bras. Le monde n’est pas aussi mauvais qu’il le pensait.
    Deux jours plus tard, le Dr Nabil lui téléphone pour lui annoncer que son ami le plasticien venait de rentrer de l’étranger et qu’il s’était permis de lui prendre un rendez-vous avec lui dans les jours qui suivent. Nazim devrait donc se rendre dans une ville de l’ouest, où le chirurgien avait ouvert une clinique.
    Le jeune homme reprend espoir. Quelque chose en lui avait remué. Il ne voulait pas se bercer d’illusions, mais, selon le Dr Nabil, ce chirurgien était un génie dans son domaine.
    Nazim se prépare sans tarder. Il demande à Riad s’il pouvait l’accompagner pour cette première entrevue. Son ami ne se fera pas prier pour accepter.
    Ils prirent la route vers cette ville de l’Ouest où tous les deux espéraient trouver l’issue qui permettra à Nazim de retrouver, sinon un visage, du moins un aspect moins effrayant.

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  17. Artisans de l'ombre Dit :

    18.
    La clinique se trouvait au milieu d’une forêt de chênes. On avait fait en sorte de créer dans cet endroit une atmosphère calme, accueillante et surtout rassurante.
    Des fleurs entouraient la bâtisse, dont les murs étaient couverts de lierre sauvage. La senteur de jasmin et d’autres plantes odorantes embaumaient l’air ; des oiseaux chantaient dans les arbres, et un petit ruisseau discret laissait couler une eau cristalline qui rajoutait son rythme aux multiples bruits de la nature.
    Nazim se sentit tout de suite à l’aise dans ce décor qui faisait penser à un lieu de pique-nique plutôt qu’a une clinique.
    Riad se met à rire :
    - Tu sembles heureux d’être dans ces lieux Nazim.
    - Oui. Tu peux le dire. Cela fait longtemps que je n’ai pas humé un air aussi sain, loin du bruit de la ville et de la méchanceté des gens.
    Il regarde autour de lui et remarque quelques “malades” qui portaient pour la plupart des bandages sur leurs visages.
    - Et puis, ici, on n’a pas trop à se cacher, tout le monde est dans le même bain.
    Riad lui serre le bras :
    - Passons aux choses sérieuses. Le Docteur te recevra-t-il tout de suite ? Ton rendez-vous a-t-il été programmé à ton arrivée sur les lieux ?
    - Oui… je crois que le Dr Nabil a pris les devants afin de me permettre une première entrevue avec ce plasticien. Je sens déjà que je n’aurais pas à trop m’en faire avec un homme qui fait de la nature une véritable thérapie pour ses patients.
    Il aspire l’air à grande goulée et sentit le stress quitter son corps et ses pensées.
    - Viens Riad… je vais demander à la réception si le médecin me reçoit tout de suite.
    Ils pénétrèrent dans un grand hall aux murs peints en blanc et rehaussés de portraits. On voyait çà et là des visages aux traits parfaits, et une statuette d’Isis, la déesse de la beauté, qui trônait au milieu d’un jet d’eau que retenait un bassin en marbre.
    Une jeune femme au sourire bienveillant leur souhaite la bienvenue. Elle comprit tout de suite que c’était de Nazim qu’il s’agissait et s’adressa à lui avec douceur :
    - Vous êtes ce jeune homme que le Dr Nabil nous avait recommandé n’est-ce pas ?
    - Oui… heu… le chirurgien me reçevra-t-il aujourd’hui, ou dois-je prendre rendez-vous pour un autre jour ?
    - Non… le Dr Lyes vous reçoit tout de suite. Il m’a même demandé de vous annoncer dès votre arrivée.
    Elle n’eut pas à le faire, car un médecin en blouse bleue sortit au même moment d’un bureau. Il s’avança vers Nazim et lui tendit la main.
    - Bienvenue chez-nous jeune homme. Vous êtes bien Nazim ? Je ne me suis pas trompé… ?
    - Vous ne vous êtes pas trompé Docteur. Mais comment…
    - Je l’ai deviné, l’interrompt le médecin. Le Dr Nabil m’a fait un tel portrait de vous que je ne pouvais ne pas vous reconnaître au premier coup d’œil. Suivez-moi donc… Nous allons discuter comme deux vieux amis dans mon bureau.
    Nazim jette un coup d’œil anxieux à Riad :
    - Vas-y donc… je t’attendrai ici. Ne t’inquiète, pas tout se passera bien.
    Nazim suit le médecin qui le précède vers un des bureaux du rez-de-chaussée.
    Contrairement à ce qu’il s’attendait, Nazim se retrouve dans un petit salon décoré avec beaucoup de soins.
    Des plantes verdoyantes étaient disposées aux quatre coins, un tapis aux couleurs gaies, sur lequel étaient jetés plusieurs coussins, couvrait le sol, des tableaux où figuraient des scènes de chasse ou tout simplement la nature étaient accrochés aux murs, et sur une grande table basse trônait un grand panier en osier qui contenait un énorme bouquet de fleurs. Le printemps était là !

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  18. Artisans de l'ombre Dit :

    19.

    Nazim est tout de suite subjugué. Il comprit que le médecin avait tout prévu. Le décor et tout ce qui l’entourait étaient déjà une première étape dans les soins qui devraient être prodigués à chaque patient.
    Le Dr Lyès, qui avait jusque-là gardé le silence, suivait les gestes et les regards du jeune homme.
    - Alors Nazim… Le décor te plaît ?
    - C’est tout simplement sublime docteur. Autant à l’extérieur de la clinique qu’à l’intérieur… On voit que vous avez pensé à tout.
    - Vous l’avez compris. Cela commence par là. Il faut savoir rassurer le malade, lui faire comprendre qu’on est là pour l’aider et qu’il peut compter sur nous… La première impression est toujours la bonne. Ce qui fait que l’accueil est primordial : le patient dès son arrivée sur les lieux prend l’ultime décision : partir ou rester. Et dans votre cas… Qu’avez-vous décidé ?
    Nazim sourit :
    - Vous voyez bien que je me sens très à l’aise avec vous docteur. Non seulement le décor me plaît, mais vous avez un parler franc et direct qui ne trompe pas.
    Le médecin invite Nazim à s’asseoir :
    - Vous devez être fatigué par votre voyage. Mettez-vous donc à l’aise. Nous allons tout d’abord nous faire servir un bon petit café.
    Il sonne, et une jeune fille vint déposer deux tasses de café fumant sur la table avant de s’éclipser. Nazim dévisage le médecin. L’homme avait l’air très sûr de lui. Il était grand de taille, avait les tempes grisonnantes et un visage rehaussé par des yeux de jais. Des yeux de génie. L’intelligence de ce chirurgien était si évidente qu’elle était presque palpable.
    - Tu as terminé ton examen mon fils.
    Nazim sursaute. Non seulement ce médecin lisait en lui, mais il s’était permis de le tutoyer. Un signe d’encouragement à son égard :
    - Excusez-mois docteur, mais… Vous l’avez bien dit, la première impression est toujours la bonne.
    Le médecin dépose sa tasse et se met à rire :
    - Bien jeune homme… On voit que tu apprends vite.
    - Je voulais…
    - Je sais… Tu voulais savoir à qui tu avais affaire. Mais c’est bien mon fils. Cela prouve que tu ne côtoies pas le premier venu… C’est un signe de sagesse.
    Nazim se met à siroter son café et le médecin poursuit :
    - Je crois qu’il est inutile pour toi en ce moment de garder ta casquette et tes lunettes.
    Nazim porte la main à son visage et hésite avant d’enlever ces accessoires qui l’accompagnaient depuis sa sortie de l’hôpital.
    - C’est devenu une seconde nature chez moi docteur. Je fais peur aux gens. Je dois cacher mon visage. Ou plutôt ce qu’il en reste.
    Calmement, le médecin s‘approche de lui et lui ôte sa casquette puis ses lunettes. Il s’éloigne de quelques pas et se met à le dévisager :
    - Relève donc un peu plus ta tête Nazim que je puisse lire dans tes yeux.
    - Pardon ?
    - Relève ta tête. Pourquoi t’entêtes-tu donc à garder ta tête et tes yeux baissés. Ne me dis pas que c’est un tic. On ne doit pas s’en affubler si c’est le cas.
    Nazim relève un peu plus sa tête et avance son cou, avant de regarder le médecin dans les yeux.
    Ce dernier s’approche plus près de lui et lui caresse les cheveux :
    - Très belle tignasse. Tu as de très beaux cheveux. Des cheveux très fins et fournis. Estime-toi heureux de les avoir gardés, ton cuir chevelu n’a apparemment subi aucun dégât. Tu as pu sauver aussi tes yeux, tes cils et tes sourcils. Un capital dans un visage.
    Instinctivement Nazim porte la main au milieu de son visage. Le trou du nez que camouflait toujours ce “bouchon en plastique” dénaturait tout. Le médecin suit son geste, puis lui prend la main :
    - Ce nez nous allons le refaire. Tu n’auras plus à en avoir honte. Je te promets de te redessiner un nez dont seraient jalouses toutes les femmes de la planète.
    Nazim éclate de rire. Le médecin le laisse faire. Un rire libérateur. Un rire qui sortait du fond de ses entrailles, avant de se muer en larmes :
    - Oh docteur ! Je ressemble à un ogre mangeur d’enfants. Les gens me fuient. Je n’arrive même pas à me regarder dans une glace.

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  19. Artisans de l'ombre Dit :

    20.

    Ses larmes ruisselaient… C’est la fontaine de jouvence, après une sécheresse.
    - Depuis quand n’as-tu pas pleuré Nazim ?
    La question le surprend :
    - Hein… ? Je ne me rappelle plus. J’ai pleuré à l’hôpital lorsque j’ai découvert que je n’avais plus de visage. Puis plus souvent depuis que je suis rentré chez-moi, c’est-à-dire à chaque fois que je voyais les gens me fuir ou que je me contemplais.
    - Bien. Mais cette fois-ci ta crise de larmes a été provoquée par un rire…
    - Heu… oui… je suppose.
    - Je suis plutôt certain. Tu as éclaté de rire, puis tu as pleuré. Tu sais que tu es en train d’évacuer ton trop-plein. Tes plaies intérieures ne demandent qu’à se refermer. Et je vais tout faire pour que ce soit ainsi. Le jour où tu quitteras cette clinique, tu auras non seulement un visage, mais aussi tu retrouveras une grande assurance en toi.
    Nazim ne répondit pas. Ce docteur pourra-t-il réellement lui façonner un visage, un vrai, avec un nez, un menton, un front, des joues… ?
    - Je pourrais refaire ton visage et te redonner confiance en toi. Mais le traitement sera long et le résultat dépendra beaucoup plus de toi que de mon scalpel.
    Il le prend par les épaules et lance :
    - Tu dois m’aider Nazim… Si tu acceptes de collaborer, nous arriverons à surmonter ensemble cette épreuve. Le Dr Nabil m’a longuement parlé de toi… un peu de ton passé… J’ai été indiscret bien sûr, car le traitement ne donne rien si je ne pénètre pas dans l’âme et le cœur de mes patients. Comprends-moi donc, mon fils. Je te tends une perche, tu dois la saisir sans hésitation et sans appréhension… Là sera notre point de départ.
    Nazim prend les mains du médecin. Des mains aux longs doigts effilés et qui avaient déjà refaçonné des dizaines, voire des centaines de visages :
    - Ma vie est entre vos mains docteur. Mon avenir dépendra de vous. On m’a déjà fait vos éloges. Vous êtes un génie dans votre domaine à ce qu’on dit. Je vous en supplie, mettez-fin à mes supplices. Je ne connais plus ni le sommeil ni la quiétude… Je suis prêt à tout pour retrouver non pas un visage, mais un aspect moins effrayant, un aspect qui ne fera plus peur aux gens.
    Le médecin pousse un soupir :
    - Je ne suis pas un dieu, Nazim… mais comme je te l’ai déjà précisé, je ferai de mon mieux pour te redonner un visage. Allons, ne sois pas si déprimé. J’ai vu des cas pires que le tien…
    - Non ! C’est vrai ?
    Le médecin sourit et se dirige vers une petite commode qui se trouvait au fond du salon. Il en retire quelques dossiers et revint vers Nazim :
    - Nous allons jeter ensemble un coup d’œil à mes albums. Les photos de mes patients. Vous allez juger par vous-même du résultat définitif de mes opérations.
    - Je… j’aimerais juste savoir, docteur, si ce que vous avancez n’est pas juste pour me rassurer.
    - Tu insinues que je ne veux que t’inciter à tenter ta chance, sans garantie aucune ?
    Nazim soupire :
    - Excusez-moi… Je ne doute pas du tout de votre volonté, mais, selon le Dr Nabil, je suis un cas désespéré.
    Le chirurgien lui tapote l’épaule :
    - Le docteur Nabil ne voulait pas te bercer d’illusions. Dans la plupart des cas critiques, les médecins préfèrent être francs avec leurs patients. Mais, à vrai dire, nous avons toujours quelque chose à proposer même pour les cas les plus désespérés… Ne serait-ce qu’un réconfort moral. Je peux en outre t’assurer que dans ton cas, tous les espoirs sont permis. Jette donc un coup d’œil à mon album.

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  20. Artisans de l'ombre Dit :

    21.
    Nazim s’assoit à côté du plasticien, et ce dernier ouvrit le premier dossier qu’il avait gardé sur ses genoux. Il prend un album photos et l’ouvrit. Nazim jette un coup d’œil à une première photo et sursaute. Un véritable masque de Dracula s’étalait devant ses yeux. Le visage n’avait rien d’humain. L’homme ou la femme (difficile à déterminer) n’avait gardé que quelques lambeaux de chair çà et là. Pour le reste, on voyait des os pointer sous un semblant de muscles qui ressemblaient plus à un camouflage. Le nez était écrasé, les yeux sans paupières, le crâne dégarni et les oreilles arrachées. Le bouche, par contre, était bien là, mais laissait paraître une gencive ensanglantée et des dents écartées ou cassées, anarchiquement plantées.
    - Un autre rescapé d’un accident de la route, lance le Dr Lyès. Un cas comme le tien. Bien pire, pourrais-je dire.
    - Et vous avez pu le rafistoler.
    - Bien plus que ça. Cet homme est reparti avec un visage de Don Juan. Mes infirmières sont toutes tombées amoureuses de lui.
    Malgré ses craintes et ses appréhensions, Nazim sentit le fou le rire le gagner. Une situation biscornue se dit-il. Entre les larmes et le rire, mon cœur balance.
    - Vas-y donc, ne te retiens pas. Donne libre cours à tes émotions. Ne refoule rien.
    Nazim se met à rire :
    - Nous rions des malheurs des autres, et nous oublions les nôtres.
    - Quels malheurs ! Jette donc un coup d’œil à cette photo.
    Il tourne la page et Nazim demeure sans voix. Un homme, encore jeune, souriait de toutes ses dents. Des cheveux noirs, un front haut, des pommettes, un menton incurvé et volontaire et un regard de séducteur. Un véritable acteur du 7e art !
    - Cet homme est très beau. Qu’avez-vous pu faire pour lui ? Il ne semble pas avoir eu besoin de vos services.
    Cette fois-ci, c’est au tour du médecin de rire.
    - Bien sûr que sur cette photo le portrait est bien plus beau que sur la précédente. On a du mal à croire qu’il s’agit de la même personne.
    Nazim crut ne pas avoir bien entendu.
    - Pardon ?
    - Jeune homme, je voulais te montrer que ce bel homme que tu vois sur cette photo n’est autre que celui qui t’a fait sursauter au premier coup d’œil. Quand il est venu me trouver, il n’avait qu’un amas de chairs écrabouillées en guise de visage.
    - Non ! Je rêve ! Vous voulez dire que cet homme est le même que sur la première photo ?
    - Parfaitement. Et je pourrais même te le présenter un de ces jours. à l’instar de la plupart des patients qui sont passés sous mon bistouri, cet homme se sent tellement redevable à notre clinique qu’il passe très souvent nous voir.
    - Redevable, c’est peu dire. Vous avez changé sa vie. Vous lui avez redonné un beau visage et beaucoup d’espoirs.
    - Il n’est pas le seul… Regarde.
    Le médecin tourne une autre page. Une jeune fille à la chevelure blonde arborait un méchant bec de lièvre qui lui coupait toute la lèvre supérieure et s’étalait jusqu’au milieu des narines
    Nazim s’écrie :
    - Oh la pauvre ! C’est vraiment dommage ! Cette fille aurait pu être belle. Elle a de beaux yeux et des traits réguliers. Sans cette “catastrophe”, elle passerait pour une très jolie jeune femme.
    - Cette fille avait vécu l’enfer.
    - Pourtant, elle n’était pas une rescapée d’accident…
    - Non. Elle est née avec cette “malformation” et on ne pouvait rien faire pour elle tant qu’elle n’avait pas terminé sa croissance. Alors tu imagines un peu son calvaire. être obligé de sortir, de se rendre à l’école, de s’exposer aux regards des autres avec cette “anomalie”. La pauvre a souffert le martyre. Elle est venue me trouver pour me raconter ses malheurs et me supplier de lui “recoller” ses lèvres et de suturer ses narines. à cette époque, je travaillais dans un hôpital et j’ai dû user de toute ma patience pour lui expliquer que cela ne se faisait pas en un tour de main comme pour une plaie. Elle a enfin compris et s’était résignée à reprendre ses études et à ne revenir me voir qu’à la fin de sa croissance.
    - Et ensuite ?

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  21. Artisans de l'ombre Dit :

    22.

    Le médecin montre une autre photo de la fille. Et cette fois-ci Nazim s’exclame :
    - C’est fabuleux… Elle n’a plus cette fente disgracieuse. Je dirais qu’elle a tout gagné puisque maintenant elle a des lèvres, et ses narines ne sont plus coupées au milieu. C’est du beau travail docteur. Désormais, elle ne devrait plus avoir honte de se montrer au monde. Elle devrait se maquiller, se mettre sur son trente et un et acquérir une assurance inébranlable…
    - À quand remonte ce miracle, Docteur ?
    - À une trentaine d’années.
    - Pardon… ?
    Le médecin hoche la tête :
    - À une trentaine d’année Nazim. Cette femme était devenue par la suite la mère de mes enfants. C’est par amour pour elle, que j’avais décidé de me spécialiser dans l’esthétique. Si je te disais que je l’avais aimée au premier coup d’œil, ce serait un mensonge. Mais au fur et à mesure que le temps passait, je ressentais une attirance envers elle… Elle était si jeune, si naïve, si vulnérable et cela me chagrinait à chaque fois de devoir repousser l’échéance de mettre fin à son calvaire. Mais elle n’avait pas encore l’âge et moi je n’avais pas encore choisi ma spécialité. Je calculais que pour le temps qui lui restait pour terminer sa croissance, j’aurais largement le temps d’étudier la chirurgie esthétique. J’ai passé plus de cinq années à l’étranger pour me spécialiser et me perfectionner. Dans ce domaine, on n’a pas droit à l’erreur. La devise était “prendre ou laisser”… Un slogan lourd de significations. J’étais pressé de passer à l’action. Je revins donc ; et comme j’avais gardé le dossier de cette patiente, je n’eus aucun mal à la contacter et à la programmer rapidement pour une première opération. Le reste devint un jeu d’enfant… Vous avez vu le résultat.
    - Vous voulez dire que c’était votre première opération, docteur Lyes ?
    - Parfaitement Nazim.
    - Pour un essai, c’était un coup de maître.
    - Oui ! Elle était tellement heureuse que lorsque je lui avais proposé de m’épouser elle n’avait pas hésité une seconde à me donner son accord.
    - Quelle aventure ! On dit que l’amour donne des ailes. Dans votre cas, cela me paraît vrai.
    - Oui.. mais ce n’est pas le cas de tout le monde, jeune homme.
    Nazim repense à Feriel et hoche la tête tristement.
    - Vous pouvez le dire… ce n’est pas le cas de tout le monde.
    Il relève la tête d’un geste brusque comme pour cacher son air abattu et poursuit :
    - Vous êtes heureux en ménage à ce que je comprends…
    Le Docteur Lyes ébauche un sourire :
    - Je l’ai été durant de longues années.
    - Vous ne l’êtes plus…? Cette femme n’est plus avec vous ?
    - Hélas non… Elle m’a quitté il y a un peu plus de cinq ans.
    Nazim sentit sa gorge se nouer. Il n’y avait pas donc que lui qui s’était fait éconduire par une femme. Ce médecin a dû vivre le même enfer, d’autant plus qu’il avait vécu de longue années avec la sienne.
    - Elle n’avait pas le droit de vous quitter, lance-t-il sans réfléchir, d’autant plus que vous avez fait pour elle ce qu’aucun autre homme n’aurait pu faire.

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  22. Artisans de l'ombre Dit :

    23.
    Le médecin souriait toujours d’un air calme. Il dépose son album sur la petite table du salon et revint vers Nazim :
    - Cela ne dépendait pas d’elle mon fils… elle n’avait pas le choix, il fallait qu’elle parte. Il fallait qu’elle me quitte.
    - Mais pourquoi s’écrie encore Nazim. Elles sont toutes pareilles… Elles sont toutes à blâmer. Vous la sauvez, vous lui assurez un avenir, la rendez heureuse… et après de longues années, hop… ! plus rien. Elle vous plante là et vous quitte sans remords.
    - Sans remords ? non … non…. elle n’est pas partie sans regret…. Elle voulait rester et continuer jusqu’au bout avec moi, mais le destin en a décidé autrement.
    - Le destin… ? Quel destin ?
    - Le sien…, le mien…
    Nazim secoue sa tête :
    - Vous voulez rire… Après tant d’années, et des enfants ! Heu… vous avez combien d’enfants ?
    - Deux, un garçon et une fille.
    Nazim le regarde avec des yeux ahuris. Le médecin poursuit :
    - Ils sont adultes maintenant et ont fondé à leur tour une famille chacun de son côté. Hélas ! Ma femme n’avait pu assister ni à leur mariage ni à la naissance de leurs enfants.
    Le médecin se met à rire avant de poursuivre :
    - Tu pensais que ma femme était partie refaire sa vie ailleurs, n’est ce pas ? (Il hoche la tête). Je t’ai laissé tirer les conclusions les plus biscornues. Non mon fils. Toutes les femmes ne se valent pas. La mienne a été rappelée par le Très Haut. L’heure du grand départ avait sonné pour elle.
    Nazim demeure perplexe. Il eut honte de lui-même tout d’un coup. Ses pensées avaient divagué vers d’autres rives… Toutes les femmes n’étaient pas Feriel. Et tous les hommes n’étaient pas des brûlés comme lui… Des brûlés dans leur âme plus que dans leur corps.
    Le médecin respecte son silence un moment, puis revint vers son album. Il montre d’autres cas, et d‘autres photos à son patient, et Nazim sentit une inébranlable confiance renaître en lui. Cette fois-ci, il n’hésitera plus ; c’est décidé, il mettra son destin entre les mains de ce génie.
    Il donne son accord, et le médecin lui fait signer plusieurs documents qui confirmèrent son engagement. Le Dr Lyes remet enfin tout le dossier le concernant à sa secrétaire et donne une tape amicale sur l’épaule de Nazim :
    - Et voilà ! Nous sommes engagés tous les deux dans ce combat désormais.
    - Oui. Heu… (il se rappelle tout à coup que ce médecin pratiquait des honoraires qui n’étaient pas à la portée de toutes les bourses). Heu… J’ai signé sans vous demander le montant de vos honoraires docteur.
    Le médecin se met à rire :
    - Nous avons largement le temps pour cela mon fils.
    - Je ne sais pas si je serais en mesure d’honorer mes engagements là-dessus.
    - Aimerais-tu retrouver un visage humain ?
    - Bien sûr. N’est-ce pas là la raison de ma venue… ?
    - Eh bien… disons que je ne suis pas le seul dans l’affaire… J’ai un personnel, des collaborateurs, des aides-soignants, et toute cette clinique à entretenir, mais je ne suis pas un homme sans cœur mon fils. Des opérations telles que celles que je prévois pour toi, demandent une fortune…
    Nazim se racle la gorge :
    - Je ne suis … ou plutôt je n’étais qu’un simple salarié… Je ne pense pas reprendre mon travail. Je n’en ai ni l’envie ni le courage de retrouver mon ancien employeur. Vous comprenez… j’étais l’élu de sa fille et…
    Le médecin lève la main :
    - Qu’à cela ne tienne, nous reparlerons de ces formalités plus tard…
    - Non, je préfère en parler tout de suite. J’ai quelques économies et mon assurance véhicule vient de me verser une somme assez conséquente… Je pense que cela suffirait à…

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  23. Artisans de l'ombre Dit :

    24.

    Le médecin l’interrompt encore une fois :
    - Le Dr Nabil m’a parlé de toi en termes élogieux… Je sais que tu vas reprendre pied si tu retrouves un visage. Nous aurions tout le loisir de reparler de ça lorsque tu te sentiras mieux dans ta peau.
    Nazim allait répliquer, mais le médecin ne lui en laisse pas le temps :
    - Je serais heureux de pouvoir t’aider, Nazim. Tu ne peux imaginer mon bonheur, à chaque fois que je viens en aide à des mutilés qui ont perdu tout espoir et toute envie de vivre. Dans ces moments-là, tu crois que je pense à ce que cela pourrait me rapporter ?
    - Oui… mais vous venez de préciser que la clinique demande un entretien qui…
    - Et tu crois que je n’ai que toi sur le billard ?
    Il se met à rire :
    - Tu auras l’occasion de découvrir un autre monde dans cette clinique. Un monde hétéroclite. Je ne fais pas de l’esthétique uniquement pour des cas qui en nécessitent réellement. Il y a des clients qui viennent chaque année pour des retouches… je veux dire pour des petites opérations qui leur font oublier leur âge. J’ai même rencontré des femmes qui piquent des crises d’hystérie rien qu’à la vue d’une ride. (Il rit). Elles ne sont pas les seules d’ailleurs. Nous avons même des hommes âgés qui refusent de vieillir.
    Ils sont si susceptibles devant leur glace qu’ils n’hésitent pas à dépenser les économies de toute une vie pour se faire retaper le visage…
    Et j’en passe. Il y a des filles qui rejettent leur physique… un nez proéminent, des joues trop rebondies, des lèvres trop minces, des yeux étroits…
    Ce genre de clients dépensent sans compter. Ils ont les moyens et peuvent se permettre des extravagances. C’est dans des cas comme ceux-là que j’exige le paiement à l’avance et même un cautionnement. Mais dans des cas comme le tien, je tente plutôt de « repêcher » mon malade… Le mot patient dans de tels cas, requiert toute sa signification.
    Nazim se lève. Il était ému par les dires du médecin. Ce dernier était un homme de cœur. Il n’en doutait plus.
    - Docteur… vous êtes non seulement un génie, mais un grand homme.
    - Je ne suis ni l’un ni l’autre mon fils, j’ai prêté serment pour venir en aide à mes semblables et je ne fais que mettre à leur disposition mon piètre savoir.
    Il soupire et poursuit :
    - Pour des raisons de service, je te demanderais de me remettre une photo de toi avant l’accident. Il serait impératif pour moi de te soumettre tout de suite à une prise de plusieurs clichés, afin que je puisse travailler sur des croquis et des moules….
    Oui…Je vais mouler ton visage afin d’essayer de pratiquer des opérations plus nettes. Je veux dire, des sculptures qui te rapprocheront plus de ton premier aspect.
    Nazim prend une photo d’identité qu’il contemple un moment, avant de la remettre au médecin.
    - Bien… je vois que tu étais un très bel homme… Tu le redeviendras bientôt, et pour toujours… fais-moi confiance.
    Il appelle sa secrétaire et lui donne les instructions requises afin que tout soit prêt au moment opportun.

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  24. Artisans de l'ombre Dit :

    25.

    Une dizaine de jours plus tard, Nazim entre en clinique. On procède à des analyses, puis à quelques examens de routine, avant de le programmer pour une première opération.
    Il était si agité à cette perspective qu’il en perdit le sommeil. Le Dr Lyes vint le retrouver quelques minutes avant son admission au bloc :
    - Alors, prêt.. ?
    - Oui…Heu… je suis un peu stressé…
    - Le contraire m’aurait surpris. Mais je te rassure… je vais procéder, pour cette première étape, à ce qu’on appelle un  » T  » C’est-à-dire une première opération qui consiste à remodeler le front et le nez.
    - Cela prendra-t-il beaucoup de temps ?
    - Trois heures… parfois un peu plus. Mais lorsque tu te réveilleras, ne t’agites surtout pas. Tu auras un peu mal, car la peau sera étirée sur plusieurs centimètres. Mais tu ne devras pas t’inquiéter, une infirmière resteras auprès de toi pour t’aider dans ce premier pas. J’ai déjà tout calculé. Pour cette première opération, nous n’aurons pas besoin de procéder à une greffe. Le front n’est pas totalement ravagé, nous allons profiter de cette peau encore saine, pour l’utiliser. Une longue entaille sera tout de même nécessaire sur ton cuir chevelu. Tiens, regarde un peu ces croquis.
    Il prend un carnet et le tendit à Nazim qui se met à le feuilleter. Des esquisses de visages sautent tout de suite à ses yeux. Il se reconnaît un peu dans ces caricatures primaires et tente de sourire :
    - Vous voulez dire que je vais retrouver un peu mon visage.
    - C’est le but que je me suis assigné. Je n’aimerais pas te décevoir, mais le résultat risque ne pas être aussi réussi que ces croquis.
    - Mais ce serait vraiment formidable, si je pouvais retrouver un visage et…
    - Alors, surmonte ton stress, et donnons-nous rendez-vous au bloc.
    Comme le médecin l’avait prévu, l’opération prit plusieurs heures. Nazim ne se réveillera que très tard dans la soirée, la bouche sèche, la tête prête à exploser et une horrible douleur au milieu de son visage.
    Il tente de se redresser, mais l’infirmière postée à son chevet, l’en empêcha. Elle lui tendit une paille et l’aida à ingurgiter quelques gorgées d’eau.
    - Vous êtes encore sous l’effet de l’anesthésie. Dans quelques heures cela ira mieux et vos douleurs vont s’estomper. Le Dr Lyes passera vous voir dans la matinée.
    Nazim replonge dans un sommeil sans rêve. Un sommeil lourd qui ne lui apporta pas à proprement parler le repos escompté, mais qui lui permet tout de même d’oublier un peu ses douleurs.
    Au petit matin, il se sentit mieux. Il put constater que le jour se levait et que l’infirmière qui avait passé toute la nuit à son chevet était partie.
    Il avait beaucoup moins mal que la veille, mais les multiples sutures sur le haut de son front et le pourtour de son nez étaient telles des aiguilles sur son visage.
    Il se sentit même un peu fiévreux et se dit que cela devait être normal après un long passage au bloc.
    Lorsque le médecin vint le retrouver, Nazim remarque tout de suite sa bonne humeur :
    - Alors jeune homme, on se sent comme un poisson dans l’eau, où comme un poisson hors de l’eau ?
    Nazim ébauche un sourire :
    - Je ne sais pas trop docteur… Parfois j’ai l’impression de flotter, et parfois la douleur se réveille et je me sens mal dans ma peau. J’ai passé une nuit assez agitée, mais cela semble aller mieux depuis ce matin.
    - Bien… Je vais te dire tout de suite que pour cette première opération, les résultats seront des plus appréciés. J’ai usé de tout mon savoir pour remodeler ton front et lui donner cet aspect bombé qu’il avait auparavant. Le nez m’a donné du fil à retordre (il rit), l’expression est bien choisie parce que, justement, je n’ai fait que suturer les multiples peaux qui l’entourent et travailler sur l’arête. Une fois tout cela cicatrisé, nous procéderons à une première greffe pour remettre en place l’arête et découper les narines. Heu… cela se fera bien sûr plus tard, quand nous aurons terminé avec le reste du visage.
    - La seconde opération sera pour quand docteur ?

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  25. Artisans de l'ombre Dit :

    26.

    Le médecin lui fait un clin d’œil :
    - On est pressé de retrouver son visage, hein ? Voilà qui est bien. Tu commences à reprendre confiance en toi et par-là même à me faire confiance. C’est une très bonne chose Nazim, je vais tenter de programmer une deuxième opération dans environ trois semaines.
    Nazim écarquille les yeux :
    - C’est aussi long que ça ?
    - Hum, jeune homme, on voit que tu ne connais rien à la médecine. Une opération telle que celle que tu viens de subir est tout simplement épuisante, tant sur le plan physique que moral. Les effets secondaires de l’anesthésie ne seront pas à écarter et puis il faut laisser le temps à la nature de terminer l’œuvre qu’on vient de commencer. Tes peaux doivent se cicatriser tout d’abord, sinon nous nous exposerions à coup sûr à des infections, dont les conséquences seront les plus à craindre.
    Nazim hoche la tête :
    - Je comprends docteur, je vais donc prendre mon mal en patience, mais pourrais-je voir un peu à quoi ressemble mon visage après cette première opération ?
    - Ah ! Quelle impatience mon Dieu ! Non, Nazim, je ne te permettrai de voir ton visage qu’une fois qu’il aura pris entièrement forme sous mon scalpel.
    - Pourquoi donc ? J’aimerais voir un peu ce que vous avez accompli.
    Le médecin lève sa main :
    - Je n’ai encore rien fait. Si je m’amusais à enlever les bandages et à montrer à mes patients les multiples cicatrices qu’ils ont après une telle opération, je ne ferais pas long feu dans mon métier. Ton visage en ce moment est non seulement encore brûlé, mais c’est un véritable “chantier de travail”. Tu ne comprendras absolument rien aux “tracés” des sutures et des plaies. Au contraire, cela pourrait t’effrayer et tu ne remettras plus jamais les pieds dans mon établissement. Alors au lieu de te sentir mieux, tu deviendras frustré davantage.
    Nazim pousse un long soupir :
    - Et moi qui croyais que ces opérations ne prenaient pas autant de temps.
    - La patience est notre alliée le plus sûre, sans cela, la chirurgie esthétique ne serait pas arrivée à ce qu’elle est de nos jours.
    Nazim se laisse aller sur son oreiller :
    - Je serais patient, je ne vais plus vous importuner, docteur.
    - Je compte bien. D’ici quelques jours, tu te sentiras beaucoup mieux. Tu pourras alors te lever, sortir, te promener dans le jardin ou t’occuper utilement. Nous avons une bonne bibliothèque, un réseau internet et une filmothèque qui fera pâlir plus d’un cinéphile.
    Nazim sourit :
    - Vous avez pensé à tout docteur.
    - La détente est une partie intégrante du traitement. Si vous êtes bien dans votre peau, le traitement sera mieux assimilé et le résultat plus spectaculaire. Vous pouvez bien entendu recevoir vos amis, votre famille.

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  26. Artisans de l'ombre Dit :

    27.

    Nazim se rembrunit : – Non, je ne veux voir personne, pas avant d’avoir retrouvé un semblant de visage. Ma mère et mes sœurs m’ont assez sapé le moral avec leurs lamentations et leurs larmes. Je préfère rester seul. La solitude est parfois nécessaire à quelqu’un dans mon état.
    - Comme tu veux Nazim…. Je, heu… je n’aime pas trop le mot solitude à vrai dire.
    Nazim sourit :
    - Et pourtant vous l’adoptez.
    - Hein ?
    - Oui, vous êtes seul. Vous vivez seul, vous travaillez, vous dormez, vous mangez. Vous avez un emploi du temps chargé et routinier. Sans vous en rendre compte peut-être, vous menez une vie de moine, Docteur… Le médecin sourit : Quelle observation ! Je ne me sens pas du tout seul Nazim…Tout au long de la journée, je suis entouré de mes patients, de mon personnel, des gens qui passent me voir.
    - Oui. Mais avez-vous une vie de famille ? Ne vous sentez-vous pas un peu à l’écart du monde quand vous rentrez chez vous chaque soir ?
    Cette fois-ci le docteur Lyes garde le silence un moment, avant de dire :
    - Vous voulez parler de ma vie privée? ( Il soupire ). Après des années de vie commune, mes enfants et ma femme m’ont quitté. Je n’ai pas eu à choisir.
    - Mais vous auriez pu refaire votre vie.
    - Oui, c’est tout le monde qui me reproche à vrai dire de vivre comme un moine, mais je préfère te dire tout de suite que j’accepte ma solitude. Je la préfère plutôt. J’ai une vie assez mouvementée. Des voyages, des conférences, des opérations qui demandent un temps infini. Quelle est la femme qui acceptera de partager la vie d’un homme qui passe ses journées et ses heures ailleurs?
    - Je pense plutôt docteur que vous avez peur de vous engager, lance cette-fois-ci Nazim d’une petite voix. Le médecin lui tapote le bras Assez parlé pour aujourd’hui. Tu es encore fatigué. Repose-toi donc. Nous aurons tout le loisir de rediscuter de tout cela un jour.
    Le médecin allait partir quand Nazim demande :
    - Et pour la prochaine opération, qu’avez-vous programmé ?
    - Le “O”.
    - Pardon ?
    - Le “O”, je veux dire, le pourtour des lèvres et j’en profiterais pour remodeler le menton et lui redonner sa forme initiale…Cela nous permettra aussi de “tirer” un peu sur la peau du cou et de faire une découpe dans la chair brûlée.
    Il fait un geste de la main et sort. Nazim le suit des yeux…Ce médecin semble porter un lourd fardeau sur ses épaules. Contrairement à ce qu’il lui avait certifié, il n’était pas un adepte de la solitude, mais plutôt un être très sociable. Les gens pensent pouvoir cacher leur désarroi alors que souvent, ils n’y arrivent pas pour la plupart. Une semaine passe. Nazim allait beaucoup mieux. Ses cicatrices s’étaient refermées et on lui avait mit un pansement plus “esthétique” sur le front et le nez, qui permettait de cacher aussi une partie des joues. Le jeune homme passait de longues heures à lire dans le jardin verdoyant. Il s’était découvert une véritable patience pour les œuvres littéraires, qu’il se procurait dans la bibliothèque de l’établissement. Il sentait renaître en lui un grand espoir, celui de reprendre un jour sa vie normale et de revivre comme avant, ou beaucoup mieux qu’avant….Son accident lui avait permis de comprendre encore mieux la vie et d’apprécier chaque instant à sa juste valeur.

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  27. Artisans de l'ombre Dit :

    28.

    On était au printemps et le temps était très doux.
    La clinique ne désemplissait pas. Nazim avait eu l’occasion de rencontrer à son tour des cas désespérés. Des cas qui, comme lui, venaient demander de l’aide. Il était ému parfois jusqu’aux larmes devant des situations qui le laissaient perplexe.
    Ces “mutilés” voyait le docteur Lyès comme un dieu. Ils venaient souvent le supplier de leur venir en aide et mettre fin à leur calvaire. Des hommes, des femmes et même des enfants sont quotidiennement reçus par le chirurgien qui tente par tous les moyens de leur redonner confiance et espoir.
    Nazim admirait davantage le sang-froid du médecin et son assurance devant ces cas.
    L’homme dont le cœur saignait (Nazim n’en doutait plus) remettait le compteur à zéro et recommençait avec son patient une nouvelle partie.
    Une partie longue et souvent interminable. Le gagnant repartait tout de même avec le cœur plus léger. Les cicatrices de l’âme sont toujours les plus délicates, et c’est là que tout commence.
    Les patients de luxe (comme on les appelait ici) sont, par contre, ceux qui viennent juste pour récupérer. Ces gens de la haute société, riches comme Crésus, se font programmer une fois par an pour une période de repos de plusieurs jours, et en profitaient pour montrer leurs petits “bobos” au médecin. Ce dernier procédait alors à des liftings ou à des séances de “rajeunissement” pour effacer des rides, remodeler un visage, couper les peaux disgracieuses, implanter des cheveux, refaire une poitrine ou ôter des kilos de graisses enfouis sous les muscles les plus exposés.
    Les femmes en particulier sollicitent souvent les services de la clinique, et la plupart préfèrent se confier directement au docteur Lyès, qu’elles considèrent comme leur sauveur.
    Pourtant, il y avait d’autres praticiens dans la clinique, qui n’avaient rien à envier au docteur Lyès. Mais tel un ange bienfaiteur, le docteur Lyès est adulé et souvent préféré aux autres, ce qui explique le nombre grandissant de ses rendez-vous quotidiens.
    Nazim savait aussi que la plupart de ces femmes étaient un peu entichées de ce chirurgien aux mains d’or. Mais rien ne pouvait ébranler l’homme. On dirait qu’il avait enterré ses sentiments et ses émotions depuis le décès de sa femme. Le jeune homme comprenait parfaitement son médecin sur ce plan. Un tel amour de jeunesse ne pouvait s’oublier facilement. Ah ! Que la vie est compliquée parfois !

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  28. Artisans de l'ombre Dit :

    29.

    Il repense à sa situation. Il était seul lui aussi. Seul et mutilé ! Il eut alors une énième pensée pour Feriel. Un moment de faiblesse… Il se passe une main sur le visage et touche les bandages qu’on venait de lui changer. Les pansements étaient élastiques et bien moins volumineux que ceux qu’il portait auparavant. Il ressentait même parfois des démangeaisons. Preuve que sa peau renaissait. Elle était aussi très sensible sous le front et Nazim savait que, de ce côté-là, il n’aurait plus à s’inquiéter. L’infirmière qui lui avait changé ses bandages le matin même lui avait certifié que son front et le haut de son nez avaient “bien pris” et qu’aucun risque d’infection n’était à craindre.
    Il était en train d’effectuer sa promenade matinale dans le jardin, avant d’aller s’asseoir sous son chêne habituel pour entamer un nouveau livre.
    Le jeune homme s’était découvert des passions insoupçonnables pour la lecture, le cinéma, l’informatique et les différents arts. Son passe-temps favori c’est tout d’abord cette séance de lecture quotidienne sous son arbre préféré.
    Loin de s’offusquer comme au début de son admission, il ne faisait plus attention aux regards des autres. C’est-à-dire des gens qui se rendaient dans cette clinique sans pour autant nécessiter un quelconque traitement. Ces derniers jetaient souvent des regards curieux aux nombreux opérés du visage qui ne manquaient pas dans ces lieux. Mais tout comme lui, la plupart de ces patients se conduisaient le plus normalement du monde. Ils discutaient entre eux, lisaient, s’amusaient ou recevaient des visites.
    Un monde que seuls pouvaient créer ceux qui avaient touché le fond avant de rebondir.
    Nazim jette un coup d’œil à sa montre-bracelet. Dans moins d’une heure, il devrait prendre ses médicaments. Il sourit à cette perspective. Lui qui n’aimait ni les médicaments ni les médecins, le voici soumis à une discipline médicale quotidienne et assez rigoureuse.
    Les fioles qu’on lui avait remises contenaient du collagène, qui était la première charpente de la constitution cellulaire et des vitamines sous toutes leurs formes.
    On le préparait déjà à la prochaine opération. Dans quelques jours, il devrait repasser sur le billard.
    Il s’allonge à même l’herbe verte, assez intense en cette saison et ouvrit son livre.
    Il ne voulait pas lire le résumé. Non… Il avait préféré découvrir le contenu au fur et à mesure de sa lecture. Une devise qu’il s’était assignée depuis qu’il avait constaté que les nombreux ouvrages disponibles dans la bibliothèque de la clinique étaient en grande partie très passionnants.
    Le livre qu’il avait entre les mains parlait de la Deuxième Guerre mondiale et de ses séquelles physiques et psychiques. La chirurgie esthétique avait trouvé dans cette bêtise humaine un champ favorable à sa progression. C’est de là que tout est parti à vrai dire. Les greffes, les implants, les rafistolages… étaient certes à l’état primaire. Mais que d’efforts depuis ! Que de recherches !
    Que de réussites ! Les greffes avaient remplacé les prothèses disgracieuses, et les liftings avaient pris beaucoup d’avance pour redonner aux visages leurs expressions et leur beauté initiale.
    On était déjà presque au milieu de la journée. Nazim referme son bouquin et s’étire avant de se relever. Il regarde autour de lui et remarque que le jardin commençait à se vider. C’est bientôt l’heure du déjeuner.
    Il lève les yeux vers le chêne sous lequel il s’était allongé et sourit. Le nid d’oiseaux était toujours là. Il avait assisté, bouche bée, à sa “construction” par des parents attentionnés, avant de les voir revenir portant leurs œufs avec précaution pour les déposer à l’intérieur de ce cocon.
    La femelle les couva alors, et chaque matin Nazim s’attendait à voir les oisillons sortir de leur coquille.
    Un monde merveilleux et innocent.
    Il revint à son monde, se relève et se dirige vers le bloc de la clinique. C’est alors qu’il la vit.

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  29. Artisans de l'ombre Dit :

    30.

    Elle était assise sur une roche et admirait les petits poissons qui se poursuivaient dans la grande marre en pierre. Elle passait et repassait sa main sous le jet d’eau qui ruisselait sur des cales assemblées.
    La jeune femme portait un chapeau à larges rebords qui cachait la moitié de son visage. Elle avait de très jolies mains fines, aux longs doigts effilés.
    Nazim s’approche d’elle et fait semblant de chercher quelque chose. Il ne savait pas pourquoi il voulait attirer son attention. Mais une chose était sûre : Il voulait savoir ce que faisait cette femme dans cet établissement. Le chapeau cachait sûrement une tragédie. Pourtant ce n’était pas la première femme qu’il rencontrait dans ces lieux.
    - Bonjour, lance-t-il dès qu’il fut près d’elle.
    Elle sursaute et relève la tête. Son chapeau tombe et elle s’empresse de le ramasser promptement et de le remettre sur sa tête. Mais Nazim avait eu le temps de remarquer la longue cicatrice qui lui barrait la joue gauche d’une extrémité à une autre.
    Les cheveux coupés courts n’arrivaient pas à camoufler cette disgrâce. Mais malgré tout, cette femme était très belle.
    - Excusez-moi… je vous ai effrayée ?
    La femme le regarde avec stupeur. Le jeune homme avait oublié durant quelques secondes qu’il n’avait pas de visage et qu’à la place de ses traits, il portait des pansements.
    Il se reprend et lève instinctivement une main comme pour se protéger.
    - Heu… excusez-moi encore… je… j’avais oublié que je n’avais pas de visage… Euh… je… je suis confus… je voulais juste… juste vous saluer.
    La jeune femme se ravise. Elle ébauche un sourire et lance d’une petite voix :
    - Vous ne m’avez pas effrayée. J’étais juste un peu surprise… Heu… moi aussi je suis passée par le scalpel… Heu… je veux dire que moi-aussi j’avais un visage mutilé…
    - C’est vrai ? (Il se racle la gorge) Cela ne se voit vraiment pas.
    Elle porte la main à la cicatrice sur sa joue gauche :
    - J’avais… j’avais un trou à la place de ma joue, et mon oreille s’était totalement décollée… Mais le docteur Lyes avait arrangé tout çà… Vous verrez… pour vous aussi ce sera la même chose.
    Nazim perd un peu de son assurance devant cette jolie femme aux grands yeux noirs et au nez retroussé :
    - Je… je ne sais pas si le docteur Lyes pourra me redonner un visage, mais sur vous cela semble bien prendre.
    Elle sourit encore :
    - Oui… On peut dire que je reviens de loin. Vous savez, quand vous êtes une femme et que votre visage n’est plus qu’une caricature, cela fait très mal.
    - Pour un homme aussi figurez-vous.
    Elle rit et Nazim sentit ses hésitations le quitter :
    - En tous les cas, vous êtes très belle. Le docteur Lyes n’a fait que colmater les cicatrices de votre joue.
    - Oh non ! Si vous aviez vu dans quel état je suis arrivée dans cette clinique, vous n’auriez jamais cru que je m’en sortirai, tant physiquement que moralement.
    - Que racontez-vous là ? Je suis encore plus mutilé que vous. À mon admission, mon visage n’avait rien qui l’indiquait… Je n’avais qu’un amas de chairs pendantes et brûlées.
    - Vous avez des brûlures au visage… ? Un accident… ?
    - Oui un accident de voiture… Et pour vous… ?
    Une tristesse voile les yeux de la jeune femme un moment, mais elle répondit d’une voix assurée :
    - Moi aussi j’ai eu un accident… Un accident domestique.
    - Le gaz… ?
    - Non… J’ai fais une chute de mon balcon… Une chute de quatre étages.
    - Vous êtes tombée du quatrième étage ?
    - Je suis tombée du quatrième étage, et j’ai atterri sur le toit d’un fourgon… C’est ce qui a amorti ma chute. Sinon je n’aurais pas répondu des conséquences.

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  30. Artisans de l'ombre Dit :

    31.

    Nazim regarde autour de lui et remarque que le jardin était pratiquement vide.
    - Vous résidez dans cette clinique ?
    - J’y ai passé plusieurs mois. Mais maintenant, je ne viens que deux fois par semaine. On m’a suturé la dernière cicatrice (elle porte encore la main à sa joue) et je pense qu’à l’instar du reste, dans quelques mois, il n’y aura plus de séquelles. Ou presque.
    Sans réfléchir, Nazim propose :
    - Je ne vous fais pas trop peur pour partager mon déjeuner ?
    Elle rit :
    - Pourquoi dites-vous cela ? Je viens de vous confier que je suis déjà passée par les mêmes étapes que vous. Moi aussi j’ai porté des pansements durant de longs mois.
    - Alors je conclus que vous acceptez de déjeuner avec moi ?
    Elle sourit :
    - Volontiers jeune homme. Heu… Je ne connais pas votre nom.
    - Nazim… Et vous ?
    - Nedjma
    - Nedjma ? Joli prénom… Vous êtes une star alors…
    Elle rit :
    - Pas du tout…J’ai l’air de tout sauf d’une star. Nazim n’avait pas remarqué que la femme boitait et s’aidait d’une canne pour marcher. Elle fait quelques pas devant lui, puis se retourne :
    - Vous allez déjeuner avec une boiteuse… Une handicapée.
    Nazim ne trouva pas tout de suite les mots qui conviendraient dans de telles circonstances, mais il sentit une grande émotion gronder en lui. Un mélange de pitié et de révolte. La jeune femme avait un air angélique. Un visage d’enfant. Un sourire à damner un saint. Même avec sa cicatrice sur la joue gauche, elle pouvait passer pour une belle femme. Mais maintenant il découvrait une calamité. Le pied droit de Nedjma était visiblement plus court que le pied gauche.
    Il prit une longue inspiration. L’image paraissait si irréelle. On dirait de la fumée sur un écran. Quelque chose comme un grain dans une machine.
    - Alors reprend Nedjma… On est déçu… ?
    Cette fois-ci Nazim s’empresse de répondre :
    - Déçu ? Mais non… Pas du tout… Je suis tout simplement un peu remué. Je… Je ne pouvais pas deviner… J’aurais dû comprendre qu’une chute de plusieurs étages n’est pas sans laisser de profondes séquelles physiques.
    - Et morales. On l’a déjà souligné.
    - Dans votre cas, je trouve que le moral est plutôt au beau fixe. Vous avez l’air d’une femme qui a beaucoup de caractère. Elle s’arrête à l’entrée de l’établissement et se retourne vers lui :
    - On m’a toujours dis que j’avais de la personnalité, du caractère, et que je pouvais faire face à des situations sans broncher. Hélas, il y a des choses dans la vie qui vous mettent dans tous vos états avant de vous réduire à néant.
    Nazim acquiesce :
    - Je suis passé par là… Heu… je n’en suis pas encore sorti à vrai dire.
    Elle agite une main :
    - Grâce à Dieu, j’ai encore mes deux mains pour frapper et une langue pour répondre et me défendre en cas de besoin.
    Ils rirent :
    - Nous gardons tous un côté agressif. Enfin je veux dire que malgré la rude épreuve que la vie nous a imposé, nous sommes redevenus nous-mêmes… quelque peu.
    - Pas quelque peu… Nous sommes redevenus nous-mêmes, car nous n’avons plus rien à cacher. Nos tares physiques parlent pour nous.
    - Vous parlez bien Nedjma. Vous êtes intelligente.
    - Pas plus que vous… Vous avez l’air d’un homme qui sait ce qu’il fait.
    Nazim se racle la gorge :
    - Heu… Je crois que je vous ai brusquée… Mon invitation à déjeuner tient toujours en tous les cas.
    - Eh bien si tu veux le savoir, je n’avais pas non plus l’intention de crever de faim. Je craignais de manger seule. Je n’aime pas trop la solitude, mais parfois je suis contrainte de la subir.

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  31. Artisans de l'ombre Dit :

    32.

    Ils se rendirent au foyer où déjeunaient déjà la plupart des résidents de la clinique. Nazim s’installe à sa table habituelle et invite Nedjma à y prendre place. Ils discutèrent de tout et de rien. Nazim tente de retenir la jeune femme plus longtemps, mais elle semblait préoccupée et s’empresse de se lever à la fin du déjeuner :
    - Je dois vous laisser… J’ai une séance de massage dans un quart d’heure. Merci de m’avoir tenu compagnie, c’était très sympa de votre part.
    Nazim se lève à son tour :
    - Attendez… Ne partez pas comme ça… Heu… j’aimerais avoir vos coordonnées. Nous… Nous pourrions devenir amis. N’est-ce pas dans le malheur que les êtres se rapprochent davantage ?
    Nedjma hoche la tête :
    - C’est ce qu’on dit. Mais comme je viens deux fois par semaine dans cet établissement, il n’est nul besoin pour nous d’échanger nos coordonnées. Nous pourrions nous revoir facilement tous les samedis et les mercredis.
    - Parfait. Je m’y ferai alors à ces rendez-vous. Vous… Vous pouvez par contre me retrouver soit dans le jardin, soit dans ma chambre. Je vais me faire opérer dans quelques jours. On me prépare pour un second passage sur le billard.
    - Alors le jour où je ne vous verrai pas au jardin, je comprendrai que vous êtes alité.
    - Très bien. Je serais heureux de vous revoir Nedjma.
    - Moi aussi Nazim. Ce fut un agréable moment ce déjeuner.
    Elle s’éloigne en boitillant et le jeune homme la suit des yeux. Il voulu la rappeler. Il tendit son bras, puis le laisse retomber. à quoi cela servirait-il. Cette femme ne voulait rien dévoiler de sa vie. Pas encore en tous les cas. Elle n’avait pas posé trop de questions sur la sienne non plus. Est-ce une hésitation ? Ou le moment était-il mal choisi ? Certes, ils venaient à peine de se connaître, mais Nazim avait l’impression de la connaître depuis une éternité.
    Il passe sa main sur la tête et se dit que la solitude devait lui peser plus qu’il ne le pensait.
    Deux jours plus tard, Dr Lyès revint le voir pour lui annoncer qu’il était programmé pour sa deuxième “séance”. Cette fois-ci, une greffe de peau serait nécessaire afin de colmater le creux du menton et le cou.
    Les tissus adipeux qu’ils allaient prélever serviront aussi à regonfler le pourtour des lèvres.
    Nazim écoutait les explications du médecin calmement. Cette fois-ci, le scalpel ne lui faisait pas peur. Il avait repris beaucoup de son assurance et ne comptait pas lâcher prise.
    Il certifie au médecin qu’il était prêt à tout ce qu’il pouvait envisager pour lui. La seule chose le préoccupait encore, c’était le temps que mettrait ce nouveau visage dont on lui faisait les éloges pour prendre forme.
    Le médecin le rassure encore. Tout prendra forme en temps voulu. La patience est toujours récompensée.
    Il lui avait présenté des opérés qui passaient de temps à autre dans son service. Des opérés qui, comme lui, étaient passés par l’enfer.
    Nazim avait écouté leur récit et sentit leur désespoir. Mais aussi leur bonheur d’avoir retrouvé un visage comme les autres. Un “titre” pour leur corps et leur âme.
    Quelques-uns avouèrent qu’ils n’avaient jamais cru en la chirurgie esthétique.
    Leurs blessures étaient trop profondes pour se cicatriser. Mais à chaque cas son remède. Et le meilleur allié était la patience.
    Nazim retrouve Nedjma au jardin le samedi suivant. Cela fait déjà plus de deux semaines qu’ils se connaissent et ils se sont découverts beaucoup d’affinités.
    - Je vais me faire opérer dans une quinzaine de jours. En premier lieu, on va procéder à un prélèvement de peau.
    - Je sais tout cela. Tu oublies que j’ai déjà subi toutes ces opérations.
    - Je n’oublies rien. Je voulais juste te prévenir.
    - Même si tu ne m’avais pas prévenue, je l’aurais su. Dr Lyès me l’aurait dit.
    Nazim l’interroge des yeux. Elle poursuit :
    - Dr Lyès me parle beaucoup de toi. Il a dû nous surprendre ensemble lors de nos promenades dans le jardin. Il a une grande estime pour toi Nazim et il espère te redonner ce visage dont tu rêves.
    - Que te raconte donc Dr Lyès ? Il ne devrait pas trop t’embêter par de telles considérations.
    - Cela ne m’embête pas du tout. Au contraire, j’aime beaucoup l’entendre parler de ses patients. Dr Lyès est un passionné. Il adore son métier et ne lésine sur aucun effort pour réussir dans ses tentatives. C’est un homme au grand cœur. Un homme qui ne vit que pour son métier et sa famille.
    - Je sais qu’il est passionné par son métier. Tu ne m’apprends rien là-dessus Nedjma. Mais ce médecin, ce faiseur de miracles, est seul ! Ne ressens-tu pas donc sa solitude ?

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  32. Artisans de l'ombre Dit :

    33.

    Nedjma acquiesce :
    - Tu l’as ressenti toi aussi ? Je pensais que j’étais un peu entichée de lui tout au début et cela m’a paru ridicule. Je me disais que cet homme avait tout pour être heureux et je m’étais totalement trompée. J’aimerais tant pouvoir faire quelque chose pour lui. Un lifting dans son subconscient par exemple.
    Nazim se met à rire :
    - Bien trouvé… Un lifting pour le subconscient d’un esthéticien, lui qui tente de suturer les plaies physiques, traîne dans les sillons de son âme une blessure indélébile.
    Il se penche vers Nedjma et chuchote :
    - à vrai dire, nous traînons tous cette blessure au fond de nous-mêmes. Nous allons peut-être venir à bout des maux de la chair, mais pour le reste, je peux te certifier que nous serons marqués à jamais.
    Nedjma garde le silence et Nazim remarque son air triste et contrarié :
    - Que se passe-t-il ? J’ai dis ce qu’il ne fallait pas ?
    Elle pousse un long soupir :
    - Tu réveilles quelque chose en moi. Quelque chose que je voulais oublier.
    Deux longues larmes tracèrent ses joues et Nazim se sentit coupable :
    - Oh… excuse-moi… Je ne voulais pas t’attrister. Je ne savais pas que ces quelques paroles allaient te bouleverser.
    - Pardonne-moi Nazim. Moi aussi je ne voulais pas réveiller les démons du passé, mais c’est plus fort. Il suffit parfois d’un geste, d’une parole…
    Elle renifle et poursuit :
    - Chacun de nous traîne, comme tu l’as si bien signalé, un monde de regrets et de remords au fond de lui-même… Une blessure, un écho à tous ce que nous subissons dans ce monde et que nous essayons d’enterrer sous des dehors insouciants. Les apparences sont souvent trompeuses. Si nous nous amusons à tenter de lire dans l’esprit de tous les gens qu’on rencontre tous les jours, nous allons découvrir mille et un secrets enfouis dans les dédales de l’âme. Ah… La vie ne fait pas de cadeaux et heureux ceux qui savent dominer leurs sens et leurs émotions.
    Elle se remet à pleurer et Nazim lui entoure les épaules de ses bras. Un geste dont il se serait cru incapable il y a à peine quelques jours :
    - Allons, allons, calme-toi donc Nedjma.
    Il regarde autour de lui et constate que leur place habituelle à côté du bassin à poissons était libre. Il entraîne alors la jeune femme vers le banc qui faisait face à la petite cascade d’eau et ils s’ y installèrent tous les deux.
    Nedjma gardait le silence. Mais Nazim sentait le volcan qui bouillonnait au fond d’elle-même. Elle avait séché ses larmes et appuyé sa tête sur l’épaule de Nazim. De temps à autre, ce dernier ressentait comme un sursaut qui secouait son corps. Cette femme avait souffert et souffrait encore. Cela se ressentait comme une douleur. Une douleur profonde, qu’on préfère ignorer, mais qui revient au moment où l’on s’y attend le moins.
    Nedjma lui cachait beaucoup de choses. Contrairement à lui qui s’était confié à elle et lui avait relaté sa vie passée en grandes phrases, cette femme avait préféré refouler au fond d’elle-même ses malheurs. Lorsqu’il lui avait demandé de lui parler d’elle, elle avait tout bonnement haussé les épaules, et s’était contentée de lui répondre, dans un geste évasif, qu’il n’y avait pas grand-chose à raconter. Elle avait tiré un trait sur son passé, et son présent s’arrêtait dans cette clinique. Tant qu’elle n’en avait pas terminé avec ses soins et retrouvé un visage lisse et sans cicatrice, elle ne saurait reprendre sa vie en main.
    - Nedjma, dit-il après un long moment de silence, tu ne devrais pas t’encombrer de tous ces souvenirs du passé. Le poison finira par s’étendre à tout ton corps. Tu refoules tout. La blessure de ton âme finira par te tuer si tu n’essayes pas d’évacuer le trop-plein.
    Nedjma relève sa tête et regarde Nazim dans les yeux :
    - Il y a des choses qu’on n’aime pas trop évoquer. Tu le sais bien Nazim, toi qui as vécu l’enfer. Tu sais bien que ces choses font très mal.
    - Oui… Mais ces choses-là sont comme une infection. Si tu ne prends pas à temps l’initiative de la traiter, elle finira par s’étendre à tout le corps. Il est vrai que chacun de nous tente de dominer ses sens et garde un goût d’amertume en évoquant certaines choses. Seulement, je trouve que tu es assez intelligente pour comprendre que seule une bonne thérapie fera l’affaire. Elle consiste tout juste à se confier à quelqu’un en qui on a une totale confiance.
    - Tu me proposes de consulter un psychologue. C’est ça ?
    Nazim lève la main dans un geste de protestation :
    - Mais pas du tout ma chère (il lui fait un clin d’œil), je peux faire l’affaire, si tu veux bien de moi… Je te comprendrais bien plus qu’un psychologue, car moi je connais toutes ces blessures de l’âme.

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  33. Artisans de l'ombre Dit :

    34.

    Nedjma hoche la tête :
    - C’est gentil de la part de quelqu’un qui souffre encore de ses blessures. Je crois savoir aussi que tu n’es pas encore
    totalement remis de ta déception sentimentale.
    Nazim pousse un long soupir :
    - J’avoue que depuis que je t’ai rencontrée, je me sens bien moins seul. D’ailleurs, tu as pu constater que ma confiance en toi est illimitée, puisque moi, j’ai eu le courage de te raconter ma vie.
    Nedjma acquiesce.
    - Tu as raison. Moi, je suis le vilain petit canard qui se cache dès qu’on s’approche trop de lui.
    Elle soupire de son côté.
    - J’aimerais tant pouvoir me libérer de ce poids sur mon cœur et ma conscience.
    - Qu’attends-tu ? Fais-le !
    - Tu es prêt à écouter mes balivernes ?
    - Plus que jamais.
    - Et si on laissait ça après ton opération ?
    - Il n’en est pas question. Le Dr Lyès m’a certifié l’autre jour que les sutures qu’il aurait à entreprendre autour de mes lèvres vont me gêner énormément pour parler. Alors profites-en maintenant que je peux encore te réconforter.
    Nedjma sourit.
    - Il n’y a pas que l’expression orale. Parfois il suffit d’un geste ou d’un regard.
    - Hum… Tu parles trop pour ne rien dire, Nedjma. Ma patience a des limites. Il prend un air menaçant et brandit son index :
    - Jeune fille, je vais te poursuivre jusqu’au bout du monde pour connaître le fond de tes pensées. Et comme je ne suis pas trop beau à voir en ce moment, je doute fort que ce jeu te plaira.
    Nedjma sourit.
    - Oh, je ne vais pas te permettre d’aller jusque-là mon petit fantôme ! Tu sais que tu es très beau avec tes bandages blancs.
    Elle rit.
    - Te rends-tu au moins compte que c’est sous cet aspect que je te connais depuis notre première rencontre ?
    Nazim baisse la tête et murmure :
    - Tu as peur de moi Nedjma ? Tu as peur de découvrir plus tard mon visage mutilé ?
    Nedjma lui donne une tape sur le bras.
    - Petit nigaud. Je plaisantais. Et je n’ai pas peur. Pas du tout alors. Je n’ai pas peur de découvrir ton visage. Je… je suis plutôt pressée de voir ton visage après toutes les opérations que tu devras subir. Je sais que le Dr Lyès ne te lâchera pas de sitôt. Du moins, pas avant que tu n’aies un visage “acceptable”. Nazim sentit une bouffée de chaleur monter tout au long de son corps.
    - Et si cela ne se produit pas ?
    Et si je dois garder mes cicatrices et mon visage mutilé à jamais ?
    Nedjma hésite une seconde puis se reprend :
    - Pourquoi anticipes-tu les choses ? Regarde un peu mon visage. Il n’était pas beau à voir non plus lorsque je suis arrivée dans cette clinique. Mais ce génie de médecin a su lui rendre son aspect initial sans trop de mal.
    - Ce n’est pas la même chose Nedjma. Toi tu es tombée d’une certaine hauteur. Ton visage n’était pas brûlé. Tu avais des blessures qui…
    - Oh arrête s’il te plaît. Si tu avais vu dans quel état j’étais, tu n’aurais pas cru tes yeux. Et puis pourquoi avons-nous bifurqué ? Nous devions parler de moi et non de toi. Tu m’as déjà tout raconté sur toi.
    Nazim ébauche un sourire.
    - Mais ce sont tes hésitations qui nous ont amenés à faire ce petit détour sur nous-mêmes.
    Il lui entoure les épaules de son bras.
    - Nedjma, je ne vais pas trop t’embêter avec des questions qui peuvent peut-être te blesser. Mais je suis prêt à t’écouter jusqu’au bout si cela peut te faire du bien.
    Nedjma se laisse aller contre lui. Elle sentait que Nazim ne cherchait qu’à l’aider et se sentit honteuse d’être si distante.
    - Je vais déballer mon sac. Gare à toi si tu m’interromps, ou, au cas où tu trouverais cela ennuyeux, tu essayes de te dérober car cette fois-ci, c’est moi qui vais te poursuivre.

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  34. Artisans de l'ombre Dit :

    35.

    Nedjma hoche la tête :
    - C’est gentil de la part de quelqu’un qui souffre encore de ses blessures. Je crois savoir aussi que tu n’es pas encore
    totalement remis de ta déception sentimentale.
    Nazim pousse un long soupir :
    - J’avoue que depuis que je t’ai rencontrée, je me sens bien moins seul. D’ailleurs, tu as pu constater que ma confiance en toi est illimitée, puisque moi, j’ai eu le courage de te raconter ma vie.
    Nedjma acquiesce.
    - Tu as raison. Moi, je suis le vilain petit canard qui se cache dès qu’on s’approche trop de lui.
    Elle soupire de son côté.
    - J’aimerais tant pouvoir me libérer de ce poids sur mon cœur et ma conscience.
    - Qu’attends-tu ? Fais-le !
    - Tu es prêt à écouter mes balivernes ?
    - Plus que jamais.
    - Et si on laissait ça après ton opération ?
    - Il n’en est pas question. Le Dr Lyès m’a certifié l’autre jour que les sutures qu’il aurait à entreprendre autour de mes lèvres vont me gêner énormément pour parler. Alors profites-en maintenant que je peux encore te réconforter.
    Nedjma sourit.
    - Il n’y a pas que l’expression orale. Parfois il suffit d’un geste ou d’un regard.
    - Hum… Tu parles trop pour ne rien dire, Nedjma. Ma patience a des limites. Il prend un air menaçant et brandit son index :
    - Jeune fille, je vais te poursuivre jusqu’au bout du monde pour connaître le fond de tes pensées. Et comme je ne suis pas trop beau à voir en ce moment, je doute fort que ce jeu te plaira.
    Nedjma sourit.
    - Oh, je ne vais pas te permettre d’aller jusque-là mon petit fantôme ! Tu sais que tu es très beau avec tes bandages blancs.
    Elle rit.
    - Te rends-tu au moins compte que c’est sous cet aspect que je te connais depuis notre première rencontre ?
    Nazim baisse la tête et murmure :
    - Tu as peur de moi Nedjma ? Tu as peur de découvrir plus tard mon visage mutilé ?
    Nedjma lui donne une tape sur le bras.
    - Petit nigaud. Je plaisantais. Et je n’ai pas peur. Pas du tout alors. Je n’ai pas peur de découvrir ton visage. Je… je suis plutôt pressée de voir ton visage après toutes les opérations que tu devras subir. Je sais que le Dr Lyès ne te lâchera pas de sitôt. Du moins, pas avant que tu n’aies un visage “acceptable”. Nazim sentit une bouffée de chaleur monter tout au long de son corps.
    - Et si cela ne se produit pas ?
    Et si je dois garder mes cicatrices et mon visage mutilé à jamais ?
    Nedjma hésite une seconde puis se reprend :
    - Pourquoi anticipes-tu les choses ? Regarde un peu mon visage. Il n’était pas beau à voir non plus lorsque je suis arrivée dans cette clinique. Mais ce génie de médecin a su lui rendre son aspect initial sans trop de mal.
    - Ce n’est pas la même chose Nedjma. Toi tu es tombée d’une certaine hauteur. Ton visage n’était pas brûlé. Tu avais des blessures qui…
    - Oh arrête s’il te plaît. Si tu avais vu dans quel état j’étais, tu n’aurais pas cru tes yeux. Et puis pourquoi avons-nous bifurqué ? Nous devions parler de moi et non de toi. Tu m’as déjà tout raconté sur toi.
    Nazim ébauche un sourire.
    - Mais ce sont tes hésitations qui nous ont amenés à faire ce petit détour sur nous-mêmes.
    Il lui entoure les épaules de son bras.
    - Nedjma, je ne vais pas trop t’embêter avec des questions qui peuvent peut-être te blesser. Mais je suis prêt à t’écouter jusqu’au bout si cela peut te faire du bien.
    Nedjma se laisse aller contre lui. Elle sentait que Nazim ne cherchait qu’à l’aider et se sentit honteuse d’être si distante.
    - Je vais déballer mon sac. Gare à toi si tu m’interromps, ou, au cas où tu trouverais cela ennuyeux, tu essayes de te dérober car cette fois-ci, c’est moi qui vais te poursuivre.

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  35. Artisans de l'ombre Dit :

    35.

    Nazim ne répondit pas, mais le regard qu’il lui adresse était empreint d’une grande douceur. Nedjma détourne son regard et baisse les yeux :
    - Cela remonte à une dizaine d’années. J’étais encore au lycée… en terminale. Je préparais mon bac, et mon seul souci était de décrocher le sésame qui me permettra d’accéder au plan supérieur. Je travaillais donc d’arrache-pied, et mes parents ne lésinaient sur aucun effort pour m’aider.
    J’étais douée dans les matières scientifiques, et les mathématiques en particulier. J’aimais beaucoup aussi les autres matières, mais mes préférences allaient vers les chiffres et les probabilités.
    Nous avions une femme comme professeur de maths. Vers le milieu de l’année, cette dernière, qui attendait un enfant, était contrainte de prendre son congé de maternité. Elle sera illico presto remplacée par un autre professeur. Un jeune homme fraîchement émoulu de la faculté, mais assez compétent.
    Dès que mes yeux rencontrèrent les siens, je compris que cet homme là allait détruire ma vie. Comment… ? Eh bien, imagine un peu, une jeune fille à peine sortie de l’enfance, qui n’avait d’autre alternaive dans la vie que celle d’atterrir à l’université, passait des nuits entières, voire même ses journées, à penser à ce jeune homme, qui était son professeur de mathématiques.
    Partageait-il mes sentiments ? Je n’en savais rien… Par contre, sa gentillesse avec moi n’avait pas de limite. Parfois, sous prétexte de revoir certaines équations que je n’avais pas bien assimilées durant le cours, j’allais le retrouver dans la salle des professeurs, et il se faisait un plaisir de reprendre la leçon rien que pour moi.
    Était-ce pour m’épater, ou pour m’attirer… ? Nous jouions tous les deux à un jeu malsain à vrai dire. Lui devait avoir d’autres préoccupations. Peut-être une femme qui l’attend à l’extérieur du lycée ; et moi je devais penser aux examens qui approchaient à grands pas. Mais le cœur a ses raisons que la raison elle-même ignore. Je ne pouvais lâcher prise. J’étais obsédée jusqu’aux os par les yeux rieurs et rêveurs de ce professeur, qui de son côté ne paraissait pas indifférent.
    Je pris soin de noter ses sorties, ses entrées, ses nombreuses interventions auprès des autres enseignants et aussi ses multiples participations aux travaux pratiques dans les autres matières, et aux animations culturelles.
    Il était adulé, et sa compagnie très recherchée. Très sympa, il ne refusait aucune proposition pour aider les élèves ou même le personnel administratif.
    Je me réjouissais de ses activités qui ne passaient pas inaperçues et me targuais de pouvoir l’approcher en dehors des classes pour d’autres explications sur le thème du jour ou sur d’autres sujets qu’il abordait sans complexe.
    Ma mère avait remarqué mon air excité et avait mis mon agitation sur le compte des épreuves qui m’attendaient. Mais ce qu’elle ne savait pas, c’est que mon cœur triplait ses pulsations rien qu’à la vue de mon casanova.
    J’étais plutôt triste à l’approche de la date des examens. Je n’avais pas le trac… mais autre chose. J’appréhendais le jour où, mon bac en poche, je devrais quitter le lycée, et… mon bien aimé… !

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  36. Artisans de l'ombre Dit :

    36.

    -Les mois filèrent. Je passais mon bac que je décrochais avec succès. Le jour de la remise des diplômes, je fus surprise de voir que c’était mon professeur bien-aimé qui était chargé de me remettre le mien. Il m’embrassa sur le deux joues, et à ce seul contact je faillis perdre la raison. Je trébuchais et il me retint. Une seconde passe.
    Une onde traverse mon corps et je cessais de respirer… Suis-je réellement sur terre ? J’étais sur un nuage rose.
    On mettra bien sûr le tout sur le compte de la grande émotion. Je suis bachelière et bientôt je rejoindrai les bancs de l’université.
    J’étais seule à connaître la véritable raison de ma confusion. Je versais quelques larmes, qui passèrent bien entendu inaperçues dans de telles circonstances. De retour à la maison, je m’enfermais dans ma chambre pour revivre en souvenirs cette cérémonie durant laquelle j’ai pu approcher cet homme que mon cœur réclamait.
    Les vacances finies, je rejoignais l’université. Je voulais épater moi aussi cet homme qui m’avait prise au piège au premier regard. J’optais dès le début pour les mathématiques. Un choix que mes parents et mes proches approuvèrent. Que pouvais-je faire de mieux, moi qui vénérais les chiffres ?
    Les mois passent. Je ne suis pas retournée au lycée malgré une irrésistible envie, mais je pouvais avoir des nouvelles de mon professeur par le biais de mes anciennes camarades.
    Je savais qu’il avait été titularisé et qu’il enseignait pleinement dans un autre lycée. Je tentais alors d’en connaître plus sur lui. Hélas au bout d’un temps, on m’apprit qu’il avait été appelé sous les drapeaux et que, pour des raisons administratives, il allait effectuer son service national dans une ville au fin fond du Sud.
    On avait besoin dans ces contrées éloignées d’un enseignant tel que lui, qui devrait, deux années durant, assurer des cours de mathématiques et de physique.
    Je pris mon mal en patience. Pour démontrer ma détermination à aller jusqu’au bout, je travaillais sans relâche. Je pus facilement donc décrocher ma licence et quitter l’université pour aller enseigner de mon côté les mathématiques dans un lycée. Un choix ? Plutôt une lubie. Faire comme lui. Suivre ses traces dans le seul espoir d’attirer son attention un jour.
    Deux années passèrent. Je commençais à perdre espoir. Jamais plus je ne le reverrais me dis-je. J’ai tout simplement construit des châteaux en Espagne. Cet homme qui a déjà dû terminer son service national depuis longtemps avait peut-être préféré rejoindre une autre ville du Sud.
    Un enseignant qui le connaissait bien me parla un jour de lui. Mustapha (c’est son prénom) avait effectivement choisi de rester encore quelques années au Sud où il appréciait le calme et la sérénité des lieux. Je n’osais demander ses coordonnées à mon collègue. J’étais partagée entre l’envie de poursuivre mon chemin sans demander mon reste et celle d’attendre encore, d’espérer…
    Cela faisait déjà cinq années qu’on ne s’était pas revus. Se rappelle-t-il seulement de moi ?
    C’était le cas pourtant !
    Les voies du destin sont impénétrables. Jamais, au grand jamais, je n’aurais cru que les choses allaient se dérouler à une telle vitesse. Du jour au lendemain, je me retrouve entraînée dans un engrenage d’événements auxquels je ne m’attendais pas du tout.
    Ce fut lors d’une cérémonie de fin d’année organisée par la direction de l’éducation que je le rencontrais. Nos regards se croisèrent, et nos sourires nous poussèrent l’un vers l’autre.
    Nous nous saluâmes et je tentais de calmer mon excitation. Je me pinçais très fort pour m’assurer que je ne rêvais pas.

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  37. Artisans de l'ombre Dit :

    37.

    Je ne rêvais pas ! Il était bien là, devant moi, avec son air de jeune premier et son sourire narquois :
    -Alors comment vas-tu ?
    - Bien et toi ?
    - Aussi bien que toi pour ne pas dire beaucoup mieux.
    Je le regardais d’un air qui en disait long sur ma curiosité :
    - Si c’est le cas, tu dois donc nager dans le bonheur.
    - Eh bien figure-toi que c’est le cas, depuis que je suis rentré du Sud… C’est-à-dire depuis cette semaine.
    Et ce qui ne gâche rien, c’est que je n’ai pas eu besoin de te chercher… Tu es là ! On dirait que tu m’attendais.
    Je rougis. Je suis certaine qu’il avait remarqué mon air excité et mon agitation. Je réprimais tant bien que mal cette envie qui me poussait vers lui.
    Cette envie de lui dire que j’étais la plus heureuse des femmes sur terre, puisqu’il était là et que moi je le cherchais depuis des lustres.
    Mais je n’eus pas besoin d’aller plus loin, car il m’entraîne tout bonnement à l’écart du reste des invités et m’embrassa sur le front, avant de me retenir, car j’avais tout bonnement perdu tout contrôle sur moi-même.
    - C’est la deuxième fois que je t’embrasse, et c’est la deuxième fois aussi que tu perds les pédales. Aurais-tu le syndrome de la romance, ou dois-je tout simplement prendre ça pour de la timidité ?
    Je respirais difficilement. Mustapha avait-il tout deviné ? Ou bien savait-il dès le début que j’étais follement amoureuse de lui ? Si c’était le cas, pourquoi n’avait-il rien fait pour se rapprocher davantage de moi et mettre fin à mes tortures qui avaient duré de longues années ?
    Je ne pus répondre à sa question… Je restais là, plantée devant lui à le dévorer des yeux. Il sourit et reprend :
    - Nedjma, tu es une femme épatante… Une femme que j’aimerais connaître davantage.
    -Heu… Moi aussi, finis-je par balbutier. Si tu savais…
    - Oui… Quoi… ?
    - Oh… Je ne sais quoi te dire au juste, ni comment m’exprimer, alors que je me suis préparée à cette rencontre depuis de longues années.
    Il me regarde amusé :
    - C’est vrai ? Aussi longtemps que ça ?
    Je hochais la tête et ma langue se délia d’un coup :
    - Tu ne peux pas imaginer ma souffrance et ces longues nuits où le sommeil me fuyait… Je n’avais qu’une seule pensée, une seule… Celle de te revoir et de t’avouer… de te dire crûment que je suis folle de toi.
    Je me mordis la langue… Mais trop tard.
    Le coup était parti. Je n’aurais jamais pensé que je pouvais être aussi loquace et effrontée dans un moment où la parole pouvait me trahir.
    Mais la parole m’avait trahie. J’ai tout déballé. J’ai vidé mon cœur et mis à nu mes états d’âme.
    J’étais comme une marionnette entre ses mains. Il savait tirer sur les ficelles de mon cœur, transpercer mon âme et lire en moi comme dans un miroir.
    Il sourit et met en exergue la blancheur de ses dents et l’éclat de ses yeux. Je me sentais défaillir. Prête à le suivre en enfer s’il le fallait.

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  38. Artisans de l'ombre Dit :

    38.

    Il relève une mèche sur mon front dans un geste amical et me dit :
    - Très bien. Je vais calculer tout ça pour trouver la bonne équation. Nous sommes comme une racine carrée. Tu vois… Deux mathématiciens qui tentent de trouver une issue dans un labyrinthe de chiffres.
    - Heu.. Excuse-moi. Je pense que je t’ai brusqué.
    Il rit :
    - Me brusquer ? Moi ? Mais pas du tout ma chère amie. Je crois avoir détecté en toi tous les symptômes d’une amoureuse transie alors que tu étais encore sur les bancs du lycée. Ce qui ne gâche rien, c’est que nous nous retrouvons des années plus tard, sans que cet amour ne soit affecté… Je dirais plutôt qu’il a pris de l’ampleur.
    - Hein ? Tu veux dire que toi aussi…
    Je ne pus terminer ma phrase. La révélation était si inattendue. Si j’ai bien compris, il partageait lui aussi mes sentiments depuis le début.
    Il hoche la tête et me prit la main :
    - Nedjma… que peut-on faire dans de tels cas ? Quand deux êtres se rencontrent et se sentent attirés l’un vers l’autre, sans aucune forme de pudeur ou de protocole ?
    - Je… Je n’en sais rien. Je… présume qu’il doivent se marier…
    - Parfait… Alors marions-nous.
    Avais-je bien entendu ?
    Je restais là les bras ballants, ne sachant quoi dire ni quoi faire. Je ne pouvais pas le savoir. J’étais loin d’imaginer que les événements allaient prendre cette tournure inattendue.
    - Tu ne dis rien ? me demande-t-il d’un air mi-sérieux, mi-taquin.
    - C’est une probabilité ?
    - Non… Une certitude.
    - Alors marions-nous.
    Il se penche et m’embrasse encore sur le front avant d’effleurer mes lèvres :
    - Tu ne peux savoir quel poids tu m’enlèves Nedjma… Je craignais tant un refus de ta part !
    - Un refus ? Tu veux rire… Et moi qui craignais de ne plus jamais te revoir !
    Il m’enlaça et nous passâmes un agréable moment à anticiper nos projets. Oui nous allons unir nos destins…
    Je vais devoir travailler davantage pour l’aider et l’épauler, afin que notre avenir en commun soit des plus radieux.
    Il vint demander ma main à mes parents. J’avais auparavant préparé ma mère et elle me demanda de prendre le temps de peser le pour et le contre d’une telle décision. Le mariage étant une chose trop sérieuse, ni moi ni Mustapha ne devrions nous précipiter. Arguant du fait que Mustapha vivait seul depuis la mort de ses parents, j’argumentais ma décision de m’engager avec cet homme de mille et une suppositions.
    Je plaidais tant et si bien sa cause que mes parents finirent par se ranger de mon côté en l’acceptant comme gendre. Il était ce fils qu’ils n’avaient pas eu, et sur qui ils voulaient compter pour les assister dans leurs vieux jours.
    Mustapha était si heureux qu’il jura devant Dieu et les hommes de me rendre heureuse et déclara à mes parents que, désormais, ils étaient les siens aussi.
    Il versera même quelques larmes d’émotion et ma mère le prit dans ses bras pour le bercer comme un enfant.
    Une image si émouvante que je n’arriverai jamais à la chasser de mon esprit.
    Nous unirons donc notre destin quelques jours avant la rentrée scolaire. Je restais quelque temps chez mes parents, car Mustapha devait retourner au Sud pour demander définitivement sa mutation dans une école du Nord.

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  39. Artisans de l'ombre Dit :

    39.

    Cela lui prit quelques semaines. Un temps que je jugeais trop long. Je n’arrêtais pas de l’appeler pour lui demander de rentrer. Il me promettait à chaque fois de faire de son mieux pour me rejoindre le plus tôt possible.
    Deux mois plus tard, il revint avec armes et bagages pour s’installer chez mes parents. Je ne disais rien au début, mais ne voyant rien venir, j’osais poser la question qui me brûlait les lèvres et lui demandais s’il n‘allait pas entreprendre des procédures pour l’acquisition d’un logement.
    Nous pouvions d’ailleurs louer un deux-pièces quelques part en attendant d’avoir un chez-nous.
    Mustapha se met à rire et me dit :
    - Pourquoi chercher ailleurs alors qu’on est bien ici. Toi tu restes avec tes parents et moi je complète ton petit bonheur, en restant auprès de toi. Ne suis-je pas le mari et le fils ? Allons Nedjma ! Tu espérais habiter ailleurs alors que l’appartement de tes parents et assez spacieux pour héberger une armée.
    - Mais nous ne sommes pas chez nous, m’écriais-je.
    - Un jour nous aurons un chez-nous, mais le coût de l’immobilier augmente de jour en jour, d’où la nécessité de serrer la ceinture jusqu’au dernier trou un bon bout de temps. Nous allons mettre nos économies en commun et même nos salaires, dans un compte spécial logement, afin d’épargner rapidement et réunir la somme requise pour l’achat d’un appartement.
    Il connaissait mes faiblesses et moi je n’y voyais que du feu.
    - Si c’est le cas, ton but est fort louable, lui répondis-je. Je pense que même mes parents nous aideraient.
    - Ils le font déjà, puisque nous avons le gîte et le couvert.
    - Ils feront encore mieux. Je vais leur demander ma part d’héritage. Nous avons des biens…
    Beaucoup de biens. Je suis la fille unique et mes parents seront heureux de me céder leur part, chacun de son côté, si je la leur demande… Mais je préfère prendre ce qui m’est dû en premier.
    Si cela ne suffit pas, nous allons les solliciter.
    Il lève la main et m’arrête dans un geste négatif :
    - Tu veux qu’on me prenne pour un homme sans scrupule ? Voyons Nedjma… Nos deux salaires nous permettront dans quelques années d’acquérir notre propre logement. Ton héritage tu le garderas pour plus tard.
    Il s’approche de moi en murmurant : “Pour nos enfants par exemple.”
    Je sentais mon cœur faire des bonds insensés. Des enfants, une famille, un homme que j’aime.
    Je ferme les yeux pour savourer ce bonheur qui inondait mon existence. Mustapha me prend dans ses bras et me dit :
    - Tu es heureuse Nedjma. Cela se voit et se ressent. Je ne vais pas briser ce bien-être en toi ma chérie, et je te dis tout de suite que je suis prêt à construire ce bonheur de mes propres mains. Je vais travailler nuit et jour pour assurer notre avenir et celui de nos enfants. Tu aimes les enfants n’est-ce pas ?
    - Oh oui ! Oui bien sûr. Quelle question absurde ! m’écriais-je.
    Je sautais de joie à la perspective d’être bientôt mère. Il ne manquait à ce bonheur qui m’inondait que la présence d’un enfant.
    Mustapha semblait heureux lui aussi. Il riait et retira de sa poche un écrin en velours :
    - Rien qu’à cette pensée tu mérites un cadeau.
    Je pris la boîte qu’il me tendait et l’ouvrit. Une belle chaîne en or blanc sertie de petites perles de culture s’étalait devant mes yeux telle une femme qui me narguait. Un moment j’eus le souffle coupé. C’était trop beau. Trop précieux.
    Je me blottis contre mon mari et me mettais à pleurer. Mais comme s’il le savait, Mustapha me tendit un mouchoir et me fit asseoir auprès de lui :
    - Assez d’émotion pour aujourd’hui, laissons-en un peu pour les jours à venir.

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  40. Artisans de l'ombre Dit :

    40.
    Je me mets à rire : – Toi qui voulais économiser, te voici ruiné… Ce bijou doit coûter une fortune.
    - Rien ne sera trop cher pour toi Nedjma. Mon étoile, ma bonne étoile… Tu as illuminé ma vie. Tu m’as rendu le sourire et tu m’as permis de retrouver ce bonheur en lequel je ne croyais plus. Tu me donnes plus que je n’espère et tu me reproches de t’offrir un simple bijou ? Non ma chérie… Je me sens bien plus redevable envers toi et je ne lésinerai sur rien pour te voir quiète et heureuse.
    Les jours et les mois passent et se ressemblent. Mustapha donnait des cours dans un lycée de la banlieue et ne rentrait que très tard le soir, et moi j’enseignais dans une école de mon quartier. Parfois je lui reprochais ses retours tardifs et il brandissait alors devant moi des liasses de copies à corriger. Pour ne pas me déranger, il s’installait au salon, où parfois il s’endormait sur ses copies.
    Je m’en voulais souvent à mort de l’avoir poussé à bout par mes remarques acerbes, mais il ne semblait pas les prendre en considération.
    De temps à autre, il s’absentait pour quelques jours. Des conférences, des recyclages pédagogiques, des examens à préparer, des corrections. Il était sollicité et ne pouvait refuser des missions de travail imposées par ses supérieurs.
    Moi j’étais encore fraîche émoulue, donc pas concernée par toutes ces activités. Mais je savais que ce n’était que partie remise.
    Je me demandais comment mon mari allait prendre ces choses, lorsqu’à mon tour je devrais suivre des cours de recyclage, passer des examens et me déplacer loin de chez moi.
    Un matin je me réveillais malade comme un chien. J’avais des nausées, et mon estomac se soulevait à la moindre odeur.
    Ma mère comprit tout de suite que j’étais enceinte. Elle en fut si émue qu’elle alla répandre la nouvelle dans toute la famille.
    Mon père vint m’en féliciter sans perdre de temps. Mes tantes m’appelèrent pour avoir de mes nouvelles, mes cousines me promirent de venir me rendre visite et me firent mille et une recommandations.
    Mustapha qui prenait son bain apprendra la nouvelle en dernier et je riais de son air courroucé :
    - Tu es ému n’est ce pas ? Tu seras papa pour la première fois, cela se comprend fort bien.
    Il ne répondit pas et se saisit de son cartable avant de quitter la chambre sans mot dire.
    Les hommes ont parfois des réactions bizarres, me dis-je. Mustapha voulait un enfant… Et maintenant que je lui apprends qu’il sera bientôt père, il me tourne le dos.
    Je mis le tout sur le compte de l’émotion et je m’endormis sans demander mon reste.
    à mon réveil vers la mi-journée, je retrouve Mustapha assis à mon chevet :
    - Je m’excuse pour ce matin, me dit-il, mais tu m’avais pris au dépourvu. Je n’admettais pas encore que nous allions devenir parents.
    J’étais soulagée de l’entendre enfin confirmer mes suppositions. Il avait un air exténué et je compris que dans son état une telle nouvelle, ne pouvait que le perturber. Mon mari se donnait à fond dans sa tâche et il fallait le ménager avant de lui annoncer sa paternité.
    Il m’embrassa sur le front et me félicita :
    - Heureux celui qui t’aura pour maman.
    - Heureux celui qui t’aura pour papa, répliquais-je sans broncher.
    Il se met à rire et me lance d’un air plus détendu :
    - Gare à toi. Parfois la vie joue de vilains tours.
    Je ne compris rien à ce qu’il voulait insinuer. Du moins sur-le-champ. Mais je supposais qu’il avait parlé dans un moment de grande émotion, sans trop réfléchir.

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  41. Artisans de l'ombre Dit :

    41.

    Je repris mes activités, et malgré mes grandes fatigues, je pus tenir jusqu’à la fin de l’année sans trop de mal. J’étais déjà au cinquième mois, et avec les chaleurs qui approchaient, il n’était pas aisé pour une femme dans mon état de travailler.
    Mustapha s’absenta durant plusieurs jours. Il était reparti au Sud où il devait assurer la correction des derniers examens avant les grandes vacances.
    Je pris mon mal en patience. Mustapha m’aime, je n’en doutais pas. Mais il était trop pris.
    Je ne cessais de me répéter cette phrase à chaque fois que le cafard ou le doute me gagnaient. Un mauvais pressentiment me taraudait. Je ne savais pas trop pourquoi, un rien m’inquiétait. Mustapha risque de ne jamais revenir, me dis-je. Je chassais cette idée. Pourquoi autant de soucis, alors que tout semblait aller pour le mieux ?
    Les vacances d’été arrivèrent. Je pris mon congé de l’établissement et de mes élèves en me demandant si mon mari avait prévu de partir quelque part pour quelques jours de repos. Nous en avions déjà parlé, mais comme à ses habitudes, Mustapha avait savamment détourné la conversation sous prétexte que nous aurions le temps d’en rediscuter.
    Je sentais que mes forces physiques s’amenuisaient de jour en jour. Mon ventre en s’arrondissant me rendait paresseuse et pathétique. Je dormais beaucoup et restais de longues heures devant l’écran de télévision à me demander ce que j’allais faire de mes journées.
    L’idée d’aller rejoindre mon mari au Sud me tentait, mais j’étais trop faible pour entreprendre un aussi long voyage. Et puis Mustapha ne semblait pas tellement chaud par cette perspective. Il ne cessait de me répéter que le voyage était non seulement long, mais fort contraignant, et que dans mon état, le climat chaud et sec du Sud ne me conviendrait pas.
    Ne voulant pas trop insister là-dessus, je battais en retraite et me contentais de passer de longues journées à me morfondre.
    Ma mère avait remarqué ce changement de tempérament. J’étais devenue impulsive et n’importe quoi me mettait en boule.
    Je n’étais plus cette fille attentive aux besoins de son entourage. J’étais devenue quelque peu égoïste et je ne pensais qu’à mon mari et au petit qui allait naître.
    Les journées passaient sans trop de changement. J’espérais que Mustapha allait rentrer sans tarder et ne vivais que dans cette perspective.
    à chaque fois qu’on s’appelait, il me demandait de patienter. Je n’en pouvais plus. Pourquoi mettait-il autant de temps pour revenir à la maison ? Que pouvait-il le retenir davantage au Sud, alors que l’année scolaire était terminée ?
    Ma patience à bout, je pris mon téléphone pour lui annoncer que je prendrais le premier autocar qui partait et que, morte ou vive, je vais le rejoindre.
    Il me sermonna et parut fort contrarié. Il me met en garde et me menaça de divorcer si je perdais le bébé. Après un déluge de colère et de mots non mâchés, il revint à de meilleurs sentiments pour me parler d’une voix douce.
    Il me rassura en me certifiant que je lui manquais à lui aussi, et que maintenant il n’était plus question que de quelques jours et il pourra se libérer. L’académie ne lui ayant pas encore délivré de titre de congé, il ne pouvait se décider à rentrer, d’autant plus que dans la ville où il se trouvait, il avait fort à faire pour préparer la prochaine rentrée et ne pouvait refuser de donner un coup de main dans une contrée où manquaient les infrastructures les plus élémentaires à une bonne reprise scolaire.
    J’avalais mon dépit. Je ne pouvais faire mieux d’ailleurs. J’étais dans une situation fort embarrassante. Je n’avais d’autre choix que celui de fermer les yeux et d’accepter mon sort. Je continuais à errer comme une âme en peine dans la maison.
    J’entrepris de préparer le trousseau de mon bébé en trouvant là une issue pour occuper mon temps libre. Je me mettais à courir les magasins en compagnie de ma mère qui me conseillait dans mes achats.

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  42. Artisans de l'ombre Dit :

    42.

    Le temps passait sans que mon mari daigne rentrer.
    Que se passe-t-il.. ? Était-il souffrant me demandais-je… ? Était-il souffrant et, ne voulant pas m’alarmer, il ne m’aurait rien dit ?
    Je tentais de chasser cette idée. Mustapha m’avait paru en bonne forme lors de nos conversations, et rien d’inquiétant ne transperçait dans sa voix.
    Que pouvais-je faire ? Attendre, encore attendre…
    Un matin, en ouvrant la fenêtre de mon balcon, j’aperçu une femme qui discutait au bas de l’immeuble tout en relevant son visage vers moi. Un voisin lui désignait mon balcon… et elle hochait la tête.
    Je tentais de la reconnaître, mais c’était une personne que je n’ai encore jamais vue. Elle devait avoir mon âge et était habillée d’une robe de grossesse. Cette femme, tout comme moi, attendait un enfant pour bientôt.
    Étions-nous au même mois… ? Je n’en savais rien. Son ventre pourtant me parut plus proéminant.
    Pourquoi m’étais-je posée cette question ? Je n’en savais rien. Pourtant quelque chose avait encore remué en moi.
    La femme parlait en gesticulant sans cesser de me regarder. Elle avait un visage fort expressif et on pouvait comprendre qu’elle était en colère.
    Qui était-elle donc… ? Que voulait-elle… ? Pourquoi me regardait-elle ainsi avec un air qui en disait long sur ses impressions sur moi ?
    Cette femme s’était sûrement trompée de cible, me dis-je. Je ne la connaissais pas. Je ne l’avais jamais vue.
    Et pourtant…
    Elle s’engouffre dans l’immeuble et vint frapper à notre porte. Ma mère alla ouvrir et la jeune femme entre sans façon dans notre appartement en criant :
    - Je veux parler à Nedjma… Est-elle toujours au balcon ? Si c’est le cas, appelez-là et dites-lui que je dois absolument lui parler.
    Abasourdie, ma mère demeure un moment sans réaction. C’est à ce moment précis, que je sortais de ma chambre.
    - Ah te voila… ! me lance la femme sans ménagement. J’ai mis du temps… mais je t’ai tout de même retrouvée.
    Elle me toise et remarque mon état :
    - Tu es enceinte toi aussi… ?
    Je passais une main protectrice sur mon ventre :
    - Oui. En quoi cela peut-il vous intéresser ?
    Elle ébauche un sourire ironique :
    - Cela m’intéresse au plus haut point, car cet enfant est celui de mon mari.
    Une minute passe… on pouvait entendre une mouche voler. Ma mère s’était approchée de moi et m’avait entouré la taille de son bras :
    - Je crois que vous vous trompez madame, parvenais-je enfin à murmurer.
    La femme se met à rire franchement :
    - Me tromper… ? J’aurais bien voulu, figurez-vous. Mais hélas non ! je ne me suis pas trompée. Vous êtes bien Nedjma la femme de Mustapha, n’est-ce pas ?
    - Oui. Et vous, qui êtes vous… ? Et qu’est-ce qui vous permet de vous introduire chez-moi pour me provoquer ?

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  43. Artisans de l'ombre Dit :

    43.
    La femme me regarde droit dans les yeux :
    - Je ne suis pas venue vous provoquer. Je ne suis pas du genre, mais la réalité des choses impose parfois des réactions imprévues.
    Je ne comprenais toujours pas. Ou est-ce mon cerveau qui refusait d’assimiler une réalité qui sautait aux yeux ?
    Je me retourne vers ma mère qui resserra son étreinte :
    - Maman… Maman…
    Ma mère s’interpose entre nous deux et demande à la jeune femme :
    - Qui êtes-vous donc ma fille ?
    La femme ébauche un sourire ironique :
    - Bonne question. Qui je suis ? Vous ne savez donc pas ? Ou bien avez-vous préféré jouer la comédie pour me dire que vous ignorez la vérité ?
    - Non ma fille. Nous ne jouons pas la comédie.
    J’ai plutôt l’impression que c’est vous qui jouez cette comédie.
    Ni moi ni Nedjma ne comprenons ce que vous êtes en train de débiter.
    La femme garde le silence une seconde, et ses yeux se mouillèrent. Elle titube et ma mère la retint de justesse :
    - Doucement… Pourquoi vous mettez-vous dans cet état ?
    La femme se met à pleurer à chaudes larmes. Ma mère la fit asseoir et alla lui chercher un grand verre d’eau.
    Elle se met à boire à petites gorgées avant de prendre une longue inspiration. Elle paraissait plus calme, mais la tension qui régnait dans l’air était presque palpable.
    Je m’approche d’elle et lui demande :
    - Qui êtes vous donc ?
    Elle soupire :
    - Je vous l’ai déjà dit… ou presque. Enfin je crois que vous avez compris que Mustapha et moi sommes mari et femme, et nous attendons notre troisième enfant.
    C’était à mon tour de tituber.
    Ma mère qui ne m’avait pas quittée me serra contre elle avant de demander :
    - Qui nous garantit que vous nous racontez la vérité ? Et puis, êtes-vous sûre qu’il s’agit de la même personne ? Ne serait-ce pas une simple erreur ? De nos jours, il y a tant d’homonymes…
    La jeune femme lève une main lasse :
    - J’aurais voulu que ce soit le cas, croyez-moi. Hélas ! Non ! Mustapha T…
    C’est bel et bien de lui qu’il s’agit. Il est professeur de mathématiques dans un lycée, et ces derniers temps il s’absente fréquemment.
    - Il travaille au Sud, lançais-je naïvement, comme si cette information pouvait mettre le holà à toutes mes appréhensions.
    Elle se met à rire :
    - Il a travaillé au Sud effectivement durant quelques mois. Mais cela remonte à plus de deux années. Il avait juste remplacé un enseignant. Cela n’a pas duré longtemps.
    - Mais non… Il… il est au Sud en ce moment. Il prépare la prochaine rentrée.
    La jeune femme me prit en pitié :
    - Tout comme moi, il t’a raconté des bobards ma chère amie.
    Elle secoue la tête :
    - Mustapha n’a plus remis les pieds au Sud depuis sa dernière mission qui remonte à plus de deux années.
    Mon Dieu ! Comme cet homme est perfide !
    Elle passe une main sur son visage puis sur son ventre.
    - Il est aussi d’un égoïsme incroyable. Il n’a pas pensé à cet enfant qui va naître…

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  44. Artisans de l'ombre Dit :

    4.

    Elle s’interrompt et me regarde, puis désigne mon ventre :
    - À nos enfants…
    Je n’entendais plus rien… J’avais l’impression de vivre en dehors du temps… d’être propulsée sur une autre planète où aucun sens ne pouvait servir.
    Je sentais mon sang se glacer dans mes veines. Ma langue était devenue lourde et pâteuse. Je n’arrivais plus ni à parler ni à assimiler ce qu’on me disait.
    Ma mère s’inquiète soudain :
    - Nedjma… Nedjma ma fille… qu’as-tu ?
    Elle m’entraîna vers ma chambre, et la jeune femme nous suit :
    - Désolée de te causer autant d’ennuis, mais je ne pouvais me résigner au silence en sachant que nous n’avions été toutes les deux que les dindons de la farce… Cet homme sans scrupules a peut-être une troisième femme ailleurs… Qu’en sait-on ?
    Je laisse ma mère m’allonger sur mon lit et me couvrir, avant de répondre :
    - J’aimerais connaître toute la vérité… Je ne peux pas prendre au sérieux ce que vous me racontez sans preuves formelles.
    La jeune femme ouvrit son sac et en sortit un livret de famille :
    - Tiens… tu peux juger par toi-même de son nom, son prénom et sa date de naissance… Tu as aussi notre date de mariage et les dates de naissance de nos deux premiers enfants. À l’instar du mien, le livret de famille de la jeune femme comportait des renseignements identiques.
    Mustapha T… Un nom qui dansa devant mes yeux un moment avant que je ne perde connaissance. À mon réveil, je constatais que ma chambre était plongée dans le noir. Les rideaux étaient tirés, et aucun bruit n’émanait de la maison. Je tente de me lever, mais un vertige m’en dissuada. Un bruit de pas qui approchent, puis la porte de ma chambre s’ouvrit :
    - Ah enfin, tu te réveilles. Comment te sens-tu ma fille ?
    Ma mère s’approche de moi et me touche le front :
    - Tu m’as fais une de ces peurs… Ton père a dû appeler le médecin. Ce dernier nous a rassurés sur ton état, avant de t’injecter un sédatif. Il nous a conseillé de te laisser te reposer. Il repassera demain matin.
    Je tendis ma main vers la porte, et ma mère comprit :
    - La cause de tes soucis est partie… Mais je pense qu’elle reviendra. Pourquoi ne s’est-elle donc pas manifestée plus tôt ?
    Je lève ma main pour interrompre ma mère :
    - Non… elle ne le savait pas. Ce salopard s’est joué de nous deux. Il pensait avoir gagné les deux parties.
    - Mais pourquoi ? Pourquoi un homme marié et père de famille s’amuse-t-il à un tel jeu ?
    Je haussais les épaules :
    - Je n’en sais rien. Par amour peut-être… ?
    Cette idée agissait comme un baume pour moi. Mustapha m’avait épousée parce qu’il m’aimait. Mais c’était comme donner un jouet à un enfant pour le consoler.
    Cet homme était un beau parleur… un fanfaron. Il s’était joué de mes sentiments et de ma naïveté. Cet homme ne m’a jamais aimée. Il… il voulait peut-être autre chose… un intérêt quelconque l’avait conduit vers moi.
    Je repensais aux projets qu’on faisait. Nous habitons chez mes parents depuis notre mariage et je remettais l’intégralité de mon salaire à ce mari indigne… l’argent !
    Le mot traverse mon cerveau comme un éclair et se dresse devant mes yeux!
    Il voulait mon salaire… !
    Quelle idiote j’étais ! Je n’y avais vu que du feu. Je comprenais maintenant sa réaction alors que je lui annonçais ma grossesse. Il ne voulait pas avoir des enfants avec moi… Cela allait compromettre ses projets… Il voulait juste de l’argent. Mon salaire… Et puis en sus, il vivait aux crochets de mes parents.
    Les absences fréquentes s’expliquent maintenant. Mustapha passait du bon temps au sein de sa famille ! Quand sa femme avait-elle fini par découvrir le pot aux roses ?
    Le lendemain, Nassima, sa première femme, revint pour prendre de mes nouvelles. Je la contemplais un moment : Mignonne à souhait, douce, agréable à la discussion, et surtout dotée d’un grand cœur.

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  45. Artisans de l'ombre Dit :

    45.

    La femme s’assoit à mon chevet et me prit la main :
    - Je ne vais pas te demander l’impossible….L’enfant que tu portes n’est qu’une victime et ne devrait pas payer les erreurs de son père.
    Je gardais le silence un moment puis dis :
    - Toi aussi….Je veux dire tes enfants aussi….Ils sont les victimes de cet homme….Je crois que tu accoucheras avant moi.
    Elle passe une main sur son ventre et hoche la tête :
    - Dans deux mois tout au plus…Et toi.. ?
    - Dans quatre mois.
    Elle prend une longue inspiration avant de poursuivre :
    - Je ..Je n’aimerais pas te perturber…Mais quelle solution vois-tu dans ce labyrinthe… Je suis prête à accepter tout ce que tu proposeras.
    Je fermais les yeux un moment et me laissais aller.
    Bien que je n’aie pas eu de ses nouvelles, je savais que Mustapha était chez lui ….Il n’avait jamais quitté la ville depuis la fin de l’année scolaire.
    Comme si elle lisait dans mes pensées, Nassima me lance :
    - Tu as deviné…. Il est à la maison…Nous ne nous adressons plus la paroles depuis quelques temps….Je veux dire depuis…Depuis que j’ai tout découverts.
    - Comment as-tu donc découverts toute cette perfidie.. ?
    Elle ébauche un sourire triste :
    - Un jour où je lui demandais de m’expliquer ses absences longues et répétées, ce salopard, me balance au visage qu’il s’était remarié. Sans prendre de gants, il me signifia qu’il n’hésiterait pas à me jeter dans la rue si je me mettais à le harceler….Avec deux enfants sur les bras, et un troisième dans mon ventre, où pouvais-je me rendre… ? Mon mari n’aimait personne…C’est un homme sans loi ni foi, qui fréquente les salles de jeu et y dépense la quasi-totalité de ses salaires. Pour subvenir aux besoins de mes enfants, je fais un peu de couture de temps à autre…Juste de quoi survivre…Je..Je n’ai pas fais des études assez approfondies pour espérer dénicher un poste de travail…..
    Le vertige me reprit. J’avais vu juste…..Mustapha voulait mon argent !
    Je regardais mon ventre qui s’arrondissait de jour en jour. Que vais-je devenir… ? Que vais-je faire… ?
    Je sentais que j’avais raté ma vie. Je ne voulais écouter personne au moment opportun et me voici prise à mon propre piège.
    Je n’avais pas le droit de torturer cet enfant qui naîtra dans quelques mois. Bien sûr, j’ai pensé au divorce. Mais, dans mon état, la perspective ne m’enchantait.
    Je revins vers Nassima dont les cernes sous les yeux renseignaient sur de longues nuits sans sommeil :
    - Ne fais rien pour le moment…..Je…Je vais réfléchir….Nous allons faire payer à ce monstre toutes ses erreurs….
    Elle hoche la tête et lève ses mains :
    - Que dieu le châtie….Que la justice divine lui fasse payer tout le mal qu’il nous fait.
    Je lui serre la main :
    - Ne t’en fais pas. Nous nous en sortirons.
    Elle toussote :
    - Heu….Tu m’en voudras pas de t’avoir ainsi bousculée…. ? A vrai dire, cela fait des jours que je te cherchais…Je voulais juste connaître la femme qui avait mis le grappin sur mon mari…
    Je l’interrompe d’un geste :
    - Je comprends fort bien ton attitude. A ta place j’aurais procédé de la même manière.
    Je pris quelques billets de mon porte monnaie et les lui tendis :
    - Tiens …C’est pour les enfants.

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  46. Artisans de l'ombre Dit :

    Elle regarde l’argent, puis me regarde avant de repousser ma main dans un signe de négation :
    - Non, merci…Je ne peux pas, mes enfants mangent à leur faim grâce à Dieu.
    Je retendis ma main en insistant :
    - Voyons, tu m’offenses par ton refus….Je, je veux me racheter vois-tu ? Je veux faire un petit geste de gratitude envers toi.
    Elle ouvrit tout grands les yeux :
    - De gratitude !
    Je hochais la tête :
    - Grâce à toi je découvre enfin la réalité, aussi amère soit-elle !
    Elle laisse échapper deux longues larmes sur ses joues :
    - Tu es la bonté personnifiée, Nedjma.
    - Alors accepte mon aide. Je, je saurais trouver une solution à notre embarrassante situation.
    Nassima pleurait ouvertement. Elle prit ma main et tenta de l’embrasser. Je la retirais promptement.
    - Je ne suis pas une sainte, ni le prophète(QSSSL). Je n’aimerais pas que tu te sentes mon obligée…Je n’ai fait qu’un petit geste envers tes enfants….Je pourrais en faire d’autres si les circonstances me le permettent.
    Nassima se lève en s’essuyant les yeux :
    - Que Dieu te protège toi et ton enfant….Et que tous les malheurs tombent sur notre…mari indigne !
    Je ne répondis pas. J’étais encore sous le choc de cette révélation que je n’attendais aucunement. Des images passaient devant mes yeux…
    Des images de mon mariage…Des moments où j’ai cru que le bonheur était à portée de main…
    Une illusion… Un mirage…Je comprenais maintenant amplement les multiples hésitations de Mustapha chaque fois que je tentais d’en savoir davantage sur lui et sur sa famille.
    Nassima me regardait sans rien dire. J’étais aussi désolée pour elle que pour moi.
    Je me levais et me mis à marcher de long en large à travers ma chambre. Quelque chose en moi refusait d’admettre cette réalité pourtant indubitable.
    Au bout d’un moment je demandais :
    - Sait-il que tu es venue me voir?
    Nassima secoue sa tête :
    - Non, il ne le sait pas. Il ne sait pas non plus que j’ai retrouvé ton adresse dans ses affaires…Il m’aurait battue à mort si c’était le cas.
    - Quoi ? Il te bat?
    Elle baisse les yeux et se remet à pleurer :
    - Il est parfois difficile d’admettre la vérité, mais c’est le cas. Mustapha est un monstre. Chaque fois que l’envie le prend, il n’hésite pas à me battre à mort et devant les enfants. Parfois, il s’en prend même à eux.
    - J’étais sidérée !

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  47. Artisans de l'ombre Dit :

    47.

    Je découvrais, comme derrière un brouillard qui commençait à se dissiper, l’image d’un homme que je pensais connaître. Hélas ! Je découvris que je ne connaissais rien de lui… Absolument rien. L’homme que j’avais connu, aimé et épousé n’était pas le même !
    J’étais si confuse que je n’arrivais pas à ordonner mes idées.
    Je continuais ma ronde à travers ma chambre. Il faut faire quelque chose me dis-je. Il faut triompher de cet homme ignoble. On ne peut pas rester là les bras ballants à regarder le temps passer alors que les choses prenaient de plus en plus d’ampleur.
    Qu’allons devenir toutes les deux ? Et qu’allaient devenir les enfants d’un tel père ? Peut-être que cet homme avait une troisième femme… ? Oui… il pouvait facilement contracter un autre mariage sans crainte, étant donné que nos lois l’autorisent à prendre quatre épouses.
    - Je dois rentrer…
    Nassima me tire de mes méditations.
    - Les enfants doivent s’impatienter. Je leur ai dit que je sortais pour une petite course.
    Les enfants ! Un mot que berçent dans leur cœur toutes les mamans ! Ces anges ! Cette bénédiction du créateur ! Pourquoi devrait-on leur faire endurer nos marasmes ? Ils auront aisément le temps de connaître les leurs plus tard.
    Je demandais :
    - Ils ont quel âge les chers petits ?
    - Kamelia a huit ans et Badis en a six.
    - Vous vous êtes donc mariés depuis plusieurs années…
    - Oui… une dizaine d’années.
    Je fais un rapide calcule pour remonter le temps, et je conclu que Mustapha était déjà marié alors que j’étais encore en classe de terminale et folle amoureuse de lui.
    Quelle imbécile j’étais !
    - Tu peux rentrer Nassima… Je… je vais voir ce que je peux faire dans l’immédiat.
    Nassima me serre le bras avant de me quitter. Je ressentais son désarroi… Je ressentais sa détresse. Cette femme ne pouvait compter que sur elle-même pour sauver ses enfants.
    Je me rassieds sur mon lit, et ma mère vint me rejoindre avec le plateau du petit déjeuner :
    - Tu n’as rien avalé depuis hier… tu veux donc faire une syncope ?
    Je repousse le verre de jus qu’elle me tendait. La syncope, ce n’est pas le jeûne qui la provoquera mais d’autres facteurs.
    J’enfile en hâte des vêtements de sortie et pris mon sac sous le regard éberlué de ma mère qui tente de me raisonner. Mais dans une telle situation, la raison elle-même n’avait plus lieu d’être.
    Je croisais mon père au seuil de l’entrée. Il me jette un regard curieux avant de brandir son index, signe chez-lui d’une grande contrariété :
    - Ce salaud, si je l’attrape je lui tords le cou.
    - C’est ce que j’ai l’intention de faire père.
    Je sortais hâtivement pour éviter des questions embarrassantes et me mettais à marcher d’un pas rapide. Je sentais tout le poids de ma déception qui, cumulée au poids de mon ventre, me rendait furieuse !
    J’étais furieuse de ne pas pouvoir aller plus vite et furieuse d’avoir été prise au piège des sentiments. J’étais une idiote qu’un petit chenapan sans scrupules avait fait rouler dans la farine.
    Je m’arrête dans un jardin public, achète un journal avant m’asseoir sous un arbre.
    Je n’en pouvais plus. Ma respiration était saccadée et mes forces commençaient à m’abandonner.
    Mon Dieu… mon Dieu, ne cessais-je de répéter… Mon Dieu aidez-moi… Aidez-moi à voir plus clair et à prendre la décision la plus logique dans cette affaire.
    J’ouvris mon journal et tentais de lire les titres. Bien sûr le cœur n’y était pas… Mais quelque fois la lecture me permettait d’apaiser mon esprit.

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  48. Artisans de l'ombre Dit :

    48.

    Je tournais les pages du quotidien et tentais d’assimiler ce que je lisais. Un fait divers saute à mes yeux. Une femme avait tué son mari… Elle l’avait agressé avec une barre de fer, puis sans s’en départir s’était acharnée sur le corps jusqu’à ce que ses forces s’épuisent.
    L’article parlait d’une affaire de mœurs.
    Je fermais les yeux en froissant la page. Cette malheureuse a dû perdre la raison au moment des faits, ou peut-être en apprenant que son mari la trompait.
    La réaction d’une femme trahie est inattendue et n’est pas toujours compréhensible pour le commun des mortels.
    Je serrais mes mains l’une contre l’autre et mes ongles s’enfoncèrent dans ma chair. En un éclair, je compris ce que je devais faire.
    Je me levais et me remettais à marcher. Cette fois-ci je me dirigerais vers le bureau d’une amie, avocate de son état.
    On était encore au milieu de la matinée et je savais que j’avais de fortes chances de la trouver dans son cabinet.
    Ce fut le cas. Farah me reçut tout en s’étonnant de me voir aussi agitée. Je lui narrais alors ma mésaventure et lui demandais conseil.
    Elle se met à réfléchir un long moment avant de m’aiguiller :
    - Tu peux toujours déposer plainte pour abus de confiance et abandon de famille…
    - Mais je veux qu’il paye aussi pour l’autre… Nous sommes deux à avoir été abusées.
    Farah pousse un soupir :
    - Hélas ! Nos lois et la charia permettent à l’homme de prendre jusqu’à quatre épouses s’il en éprouve le besoin. Seulement là aussi, et avant d’entreprendre quoi que ce soit, il doit d’abord avoir l’aval de son épouse ou ses épouses s’il en a plus d’une. Dans ton cas par exemple, les choses ne se sont pas déroulées de la sorte. Normalement, ton mariage, vis-à-vis des préceptes religieux, n’est pas valide. Mais cet homme t’a épousée devant Dieu et les hommes… Tu possèdes un livret de famille, tu es donc son épouse légitime au même titre que sa première épouse.
    - Pourquoi parles-tu donc d’abus de confiance ?
    - Il y a abus de confiance Nedjma, car ton mari t’a caché la réalité sur son état d’homme marié et il en a fait de même avec Nassima. Ensuite, comme c’est un homme qui ne revient au foyer que le temps d’un éclair, tu auras aussi la possibilité de l’attaquer pour abandon de famille.
    - Bien. Mais aurais-je gain de cause ?
    Elle hausse les épaules :
    - L’affaire ne sera pas aussi aisée que tu ne le penses. Mais je ferai de mon mieux.
    - Et que pourras-tu faire pour Nassima et ses enfants.
    Farah me regarde droit dans les yeux :
    - écoute Nedjma… Toi tu es venue poser ton problème et je t’ai donné mon avis. Je doute fort que cette femme en fasse de même. à ce que j’ai compris, c’est le genre de femmes effacées qui n‘aimeraient pas trop se retrouver devant le tribunal.
    C’était le cas effectivement. Je remercie Farah en lui promettant de repasser la voir dès que j’aurais pris la décision qui me paraîtra la plus logique.
    Je revins à la maison. Fatiguée, malheureuse et sans trop admettre encore ce qui m’arrivait.
    Je venais à peine de rentrer dans ma chambre que mon portable se met à sonner. C’était Mustapha. Mon sang ne fit qu’un tour dans mes veines. Je décrochais et sans lui laisser le temps de me dire quoi que ce soit, je déballais tout ce que j’avais sur le cœur et le traitais de tous les noms.

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  49. Artisans de l'ombre Dit :

    49.

    Je ne le laissais pas placer un mot. à chaque tentative de sa part, je reprenais mes remontrances. Je lui appris que je savais tout et qu’il devrait me rembourser l’intégralité de mes salaires. Dans le cas contraire, je l’attaquerais en justice sans hésitation aucune.
    Il garda le silence.
    Je reprenais mes remontrances et, dans mon élan, je prononçais le nom de Nassima. Au moment où je me rendais compte de ma gaffe, je constatais qu’il avait raccroché.
    Que va-t-il se passer ? Mustapha a dû tout comprendre en entendant le nom de sa femme et, tel qu’elle me l’avait certifié, il allait lui faire passer un mauvais quart d’heure.
    Je m’en voulais à cette pensée.
    Nassima va m’en vouloir aussi, et le comble je ne connaissais même pas son adresse.
    Je passais de longues heures à méditer sur mon sort et le sien. Dans l’après-midi, mon téléphone se remet à sonner. C’était encore lui.
    - Elle a eu son compte, me lance-t-il et avant que je n’ai pu placer un mot, il avait raccroché.
    Je sentais une sueur froide suinter le long de mon dos. Cet homme était capable de tout. La phrase me trottait dans la tête.
    J’ouvrais la fenêtre de mon balcon et me penchais par-dessus la balustrade.
    Quelque chose me disait que mon mari n’était pas loin. En effet, je constatais qu’il se tenait à l’entrée de l’immeuble. Il lève la tête et me montre un couteau en désignant ses poignets.
    Avais-je saisi le message ? Va-t-il se couper les veines ?
    Sans réfléchir je tentais de l’en empêcher par des gestes apaisants. Je me penchais davantage pour lui faire des signes. Je vis des gens accoururent. Quelqu’un demande une ambulance. Mustapha s’était coupé les veines des deux poignets sans prendre en considération ni mes supplications ni mon affliction.
    Une façon de tirer sa révérence sans avoir de compte à rendre à qui que ce soit.
    Je poussais un long cri avant de perdre connaissance alors que j’étais penchée sur la balustrade. Ma mère accourut. Mais c’était trop tard. Mon corps bascula et atterrit sur le toit d’un véhicule, la tête la première. Dans mon élan, j’avais emporté un pot de terre, dont les débris s’étaient profondément enfoncés dans mon visage.
    L’ambulance arrive à temps pour qu’on puisse me prodiguer les premiers soins. On emporta le corps de Mustapha à la morgue, et le mien au service des soins intensifs.
    Je passais plusieurs jours dans un état comateux. Lorsque enfin je repris connaissance, on m’apprit que j’avais perdu le bébé dans ma chute et maintenant que le danger semble écarter, je pourrais toujours espérer avoir d’autres enfants. Ce qu’on ne m’avait pas appris sur le champ, c’était que mon visage n’avait plus rien d’attrayant.
    On m’installa dans une chambre isolée et, durant de longues journées, je ne pouvais ni bouger, ni même respirer sans mon masque à oxygène.
    Tous les matins, le médecin passait prendre de mes nouvelles et donnait des instructions pour qu’on me change les pansements et qu’on m’aide à reprendre mes réflexes.
    Je sentais que les sutures de mon visage tiraient. Un jour, je demandais à une infirmière de me passer un miroir.
    Je perçus tout de suite son hésitation. Elle argua qu’elle n’en possédait pas, mais qu’elle allait m’en procurer un à sa prochaine garde.

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  50. Artisans de l'ombre Dit :

    50.
    Je gardais le silence un moment en passant ma main à travers les multiples sutures et les pansements qui me couvraient pratiquement tout le corps.
    J’avais une fracture à la jambe, une autre au bras, une troisième au bassin. Mais cela ne semblait pas m’inquiéter outre mesure. Ce que je craignais le plus, c’était de ne plus avoir un visage ou de devoir vivre avec un visage strié de cicatrices.
    J’attendis… j’attendis de pouvoir me lever pour m’approcher de la grande glace qui surplombait le lavabo de ma chambre,
    et ce fut l’horreur !
    Je ne me reconnaissais pas !
    Nedjma se met à sangloter et se jette dans les bras de Nazim :
    - C’était affreux !
    Il la tint serrée contre lui. Il comprenait… Il comprenait très bien ce qu’elle a dû ressentir… Il avait déjà vécu cette horrible révélation… Et lui c’était bien pire !
    - Je sais… je sais, finit-il par prononcer. Je ressens amplement ta souffrance.
    Elle continuait de pleurer et il poursuit :
    - C’est fini maintenant… Le cauchemar est terminé. Je t’assure que tu es très belle même avec cette coquine cicatrice qui te barre la joue gauche… On dirait juste une décoration… Heu… Je ne sais comment te dire… Heu… je crois que j’ai déjà vu ça sur des statuettes grecques.
    Elle relève la tête, le regarde, puis éclate de rire :
    - Tu as le mot pour dénouer les pires situations Nazim… Moi une statuette grecque ?
    - Je n’ai pas dis ça… Je parlais de ta cicatrice.
    - Oui, je sais… Mais figure-toi que les cicatrices que portent les statuettes grecques sont celles que des mains criminelles ont tracées.
    - Mais c’est le même cas pour toi…
    Elle porte la main à sa joue et acquiesce :
    - Si tu voyais mon visage à ma sortie de l’hôpital !
    - Chut… ! Ne dis rien. Je te connais avec un visage très beau. Je ne vois pas la nécessité de remuer le couteau dans la plaie… Tu as vécu de rudes moments. N’y penses plus. Le passé est enterré… D’ici quelque temps le dernier souvenir de cette malheureuse expérience disparaîtra définitivement.
    Elle hoche la tête :
    - D’après le docteur Lyès, dans un mois, deux tout au plus, on n’y verra que du feu.
    - Tu vois. Et moi donc qui n’en suis encore qu’à mes premiers soins.
    Elle passe une main apaisante sur son bras :
    - Cela ira bien, j’en suis sûre. Toi aussi tu t’en sortiras. Tu sais bien que le temps est le plus grand guérisseur. Tes cicatrices finiront elles aussi par se colmater et tu auras un visage… Peut-être pas comme celui que tu as perdu, mais tout de même un visage.
    Elle soupire :
    - Je t’ai embêté avec mon long récit n’est-ce-pas ?
    - Pas du tout… Tu me trouves plutôt désolé pour ce qui t’arrive… Des salauds de l’espèce de Mustapha méritent d’être guillotinés. Ils sont bien plus nombreux que tu ne le penses.
    Nedjma hoche la tête :
    - Oui, je l’ai appris à mes dépens.
    Le jour finissait. La jeune femme se lève et tendit sa main à Nazim :
    - Rentrons, il se fait tard. C’est bientôt l’heure du dîner et… et puis tu devrais profiter d’un maximum de repos avant ta prochaine opération.

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  51. Artisans de l'ombre Dit :

    51.
    Deux semaines passent. Nazim subit avec succès sa deuxième opération réparatrice.
    Dr Lyès confirma davantage son art dans ce domaine. Cette fois-ci, il avait redonné au visage sa “caricature initiale”. Le pourtour des lèvres, le menton, le cou et même les bas-joues avaient repris leur place. Les tissus prélevés sur des parties du corps avaient adhéré sans difficulté aux poches et aux creux sur lesquels ont les avait implantés, de sorte que les risques d’éventuels rejets étaient écartés.
    Dr Lyès s’en était frotté les mains à sa sortie du bloc. Cette seconde opération, assez délicate en somme, a été un succès. Maintenant il ne reste plus qu’à remplir les joues afin de leur redonner leur gonflant avant de travailler sur les peaux déjà suturées, mais dont les cicatrices étaient encore très apparentes.
    Plusieurs autres opérations seront nécessaires pour affiner les pourtours et redessiner les traits, afin de travailler le visage et de lui enlever cet aspect cireux qui tend à caractériser chaque passage au scalpel.
    Mais dans ce cas précis, Dr Lyès excellait. Il avait souvent vu des patients refuser d’avoir un visage de “poupée de cire” et savait qu’après les opérations de base, il faut penser à rehausser l’éclat des traits et de la peau du visage.
    Pour cela, plusieurs massages au collagène naturel et à base d’huiles tirées de plusieurs plantes s’avèrent nécessaires. Après plusieurs séances, le résultat final est souvent spectaculaire.
    Nazim reprit connaissance et sentit tout de suite une présence auprès de lui. Il n’eut aucun mal à deviner que c’était Nedjma.
    Cette dernière se lève et approche son visage du sien.
    - Alors comment se sent-on après un passage sur le billard ?
    Nazim rabat ses paupières pour signifier qu’il se sentait sonné mais assez bien.
    Les bandages autour de sa bouche l’empêchaient de répondre. Comme pour sa première opération, il avait cette désagréable impression que des milliers de piqûres lui perçaient la peau.
    Nedjma passe une main sur son bras :
    - Je ressens amplement ta souffrance, mon cher ami. Je suis passée par là plusieurs fois, mais je constate que tu es plus courageux que moi… Il m’est arrivé de pleurer et de crier et à maintes reprises j’ai voulu arracher les pansements qui enserraient mon visage. Par contre, toi, tu sembles bien calme.
    Il hoche la tête et tendit le bras. Elle se retourne et constate que Dr Lyès les regardait du seuil de la porte :
    - Je vois que tout va bien…
    Il s’approche de Nazim et lui prend le pouls :
    - Parfait… L’anesthésie se dissipe. Tu sembles un peu pâle. Ce qui est tout à fait normal après ton passage au bloc, mais tout rentrera dans l’ordre progressivement.
    - Il ne peut pas parler. Il est gêné par ses pansements docteur. Alors je vais faire la conversation pour nous deux.
    Le docteur ébauche un sourire :
    - C’est gentil Nedjma. Je vois que tu peux facilement remplacer l’infirmière de service.
    - Je ne sais rien faire d’autre que parler.
    - C’est déjà beaucoup. Nazim se sentira à coup sûr moins seul.
    - Heu… pourquoi doit-il garder le bandage du front et du nez ? Je… je crois que la première opération est assez réussie pour libérer ces deux parties du visage.
    Nazim ouvrit de grands yeux et jette un regard suppliant au médecin. Ce dernier comprit le message et pose une main rassurante sur son bras :
    - Non Nedjma. Tout comme pour toi, je préfère terminer totalement mon œuvre. Dans la chirurgie esthétique, on ne peut pas apprécier un résultat partiel. Tout comme pour l’œuvre d’un artiste peintre, on ne peut apprécier le tableau que lorsqu’il est entièrement achevé. Nedjma hoche la tête :
    - Bien. Donc Nazim prendra son mal en patience et moi aussi.
    Dr Lyès lui pince la joue :
    - Je crois que tu es bien plus impatiente que lui…
    Il contemple un moment la cicatrice sur sa joue gauche et passe un doigt dessus :
    - Les cellules mortes ne tarderont pas à disparaître. La joue regonfle de l’intérieur… Dans quelques jours, tu n’auras plus qu’une fine trace qui finira par disparaître complètement avec le temps.
    Il se tut et repassa son doigt sur la cicatrice avant de poursuivre :
    - Tu redeviens la jolie femme que tu étais. Je ne me suis pas trompé. Tu es d’une beauté à couper le souffle Nedjma.

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  52. Artisans de l'ombre Dit :

    52.

    La jeune femme sourit : – Tu ne disais pas çà lors de mon admission dans cette clinique.
    - Je ne pouvais mentir. D’ailleurs même si j’avais osé, tu ne m’aurais pas cru, puisque je ne connaissais même pas ton visage. Il y avait tellement de sutures dessus qu’on aurait pu facilement lire une carte géographique.
    Elle éclate de rire :
    - C’est donc ça ! Moi qui croyais qu’un chirurgien tel que vous ne prenait pas en considération tous ces aspects physiques.
    - Et comment ! Je suis justement là pour réparer le physique, et remonter le moral.
    Il rit :
    - Tout comme Nazim, tu as bien répondu à mon scalpel. Je n’en suis que plus heureux.
    Il sortit, non sans avoir fait un signe à Nazim qui avait suivi silencieusement toute la conversation.
    Une infirmière vint changer le flacon de sérum. Nedjma se tint un moment à l’écart mais remarque une agitation inaccoutumée chez le jeune homme.
    Elle revint à son chevet et tente de le rassurer :
    - Je sais que la douleur se réveille. Un mauvais moment à passer encore et, dans quelques heures, tu pourras respirer.
    Nazim referme les yeux. Il ne savait s’il pouvait ressentir de l’amour pour une femme, mais son cœur s’était serré lorsque le docteur Lyes faisait des éloges sur la beauté de Nedjma.
    Il lui sembla même qu’il courtisait la jeune femme. Cette dernière aurait pourtant pu être sa fille !
    Il se rappelle que le médecin était veuf depuis plusieurs années et que lui-même lui avait reproché sa solitude trop lassante et même trop palpable.
    Il se surprit à le haïr… Oh ! pas ce terme ! non… pas ce terme. Ce médecin lui a redonné l’espoir de reprendre un jour sa vie normale…
    Il se traita d’ingrat et d’imbécile… Nedjma ne ressentait rien pour lui, alors pourquoi se torturait-il ainsi.
    - Hé… tu es là ?
    Il revint sur terre et constate que Nedjma plaçait des fleurs dans un vase à son chevet :
    - Je les ai cueillies pour toi. Elles sentent très bon. Ta chambre va embaumer la rose…
    Il fait rouler ses yeux pour approuver et se surpris encore une fois à regarder Nedjma.
    Pourquoi lui paraissait-elle encore plus belle que lors de leur première rencontre ?
    Nedjma avait prit un peu de poids et des fossettes s’étaient creusées sur ses deux joues.
    Son visage rayonnait et son teint rose renseignait sur sa plénitude intérieure. Enfin, cette femme faisait le deuil de la souffrance… elle semble avoir enterré les mauvais jours à jamais.
    Qui était donc à l’origine de sa métamorphose ?
    Ses idées s’assombrirent. Elle a sûrement un penchant pour le docteur Lyes. À l’instar de toutes ses patientes, Nedjma doit nourrir secrètement un profond sentiment pour lui. Voilà ce qui explique son bonheur !
    - Tu veux que je te laisse te reposer Nazim… ?
    Sa voix cristalline vint caresser ses oreilles. Il tendit la main et serre la sienne.
    - Je sais… tu veux me garder auprès de toi. Ne t’inquiète pas, je serais là à ton réveil. Je veux que tu sois plus en forme.
    Nous pourrions alors discuter sans interruption… (elle rit). Ma parole, je deviens un véritable moulin ces derniers temps… Je ne cesse pas de parler.
    Elle se lève, et dans un geste compatissant, l’embrasse sur le front :
    - Repose-toi, je repasserais dans une petite heure.
    Deux jours passèrent. Nazim avait repris assez de force pour s’asseoir, se lever et discuter. Certes, les sutures autours de ses lèvres l’empêchaient de parler correctement, mais il préféra sentir la douleur physique que garder plus longtemps cette douleur morale qu’il découvrit brusquement et qui l’encombrait.
    Il avait oublié tout ce qu’il avait enduré et tout ce qui l’attendait encore avant de retrouver un vrai visage. Il ne pensait plus à son physique amoindri, ni aux multiples cicatrices qui traçaient encore son corps.
    Tout cela lui paraissait insignifiant devant la nouvelle souffrance qu’il commençait à ressentir.

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  53. Artisans de l'ombre Dit :

    53.

    Nedjma était revenue le voir à maintes reprises et ils avaient discuté de choses et d’autres. Elle était une agréable compagnie et il avait découvert que, derrière son visage ferme, se cachait un grand cœur. Un cœur qui ne demandait qu’à étaler ses sentiments.
    L’aimait-elle ?
    Il n’en savait rien. Il avait compris qu’il ne lui était pas indifférent, mais ce n’était pas assez. Pas assez en tous les cas pour lui, pour comprendre la profondeur de son attachement.
    On était encore en début de matinée. Nazim se sentait assez en forme pour se lever et arpenter sa chambre. Les roses déposées à son chevet dégageaient un agréable parfum. Il en prit une et l’approcha de son nez.
    Le contact avec ses bandages lui rappelle la triste réalité. Mais il ne se laissa pas aller.
    Il s’approche du lavabo et tente de découvrir ce qui se cachait derrière le masque blanc qui encadrait son visage.
    “C’est comme une chrysalide, lui avait dit malicieusement Nedjma. Il ne te sera possible de voir ton visage que lorsque ce dernier aura pris une forme finale ».
    Elle s’était mise à rire de son rire contagieux qui, tel un baume, avait atteint les tréfonds de l’âme.
    Nazim passe une main sur ses pansements. Il aurait donné cher pour découvrir ne serait-ce qu’un dixième de ce que Dr Lyès avait réparé. Ce dernier s’en était frotté les mains lorsqu’on lui avait changé les bandages au lendemain de son opération.
    Nedjma avait applaudi. Aucun des deux n’avait voulu lui en dire davantage.
    Il revint vers son lit et s’y laisse tomber.
    Un splendide soleil brillait à l’extérieur. Nazim avait envie de sortir pour accueillir la nature naissante. Il se sentait encore faible pour se hasarder tout seul dans le jardin et espérait que Nedjma ne tarderait pas à se pointer.
    La veille, elle avait passé de longues heures à lui faire la lecture. Elle l’avait aidé à avaler quelques cuillerées de soupe avant de le forcer à prendre une compote de pommes qu’elle avait préparée elle-même à son intention.
    Il avait apprécié son geste, et sa sollicitude lui était allée droit au cœur.
    Pourtant une ombre passe devant ses yeux, et il sentit une tristesse l’envahir. à la fin de sa visite, Nedjma lui avait parlé du Dr Lyès et avait fait ses éloges. Ce dernier était venu la chercher pour la raccompagner.
    Bien sûr, ils avaient échangé des amabilités, et le médecin l’avait rassuré. Son état n’était plus aussi désespéré qu’il le pensait et les prochaines opérations qu’il devrait subir incessamment détermineront définitivement les traits du visage. Le docteur lui avait tapoté l’épaule, en lui demandant de ne plus s’inquiéter.
    Pour détendre l’atmosphère, il raconta l’anecdote de la journée et Nedjma s’amusa en l’écoutant narrer les séquences d’une scène entre une femme et son mari. Cette dernière voulait refaire son nez et remodeler ses pommettes. Mais vu le coût excessivement élevé de l’opération, le mari s’y était opposé, arguant qu’elle était belle ainsi avec son nez en bec d’aigle, ses bas-joues et ses rides. La femme était alors entrée dans une colère noire et lui avait jeté tout de go que maintenant, elle était certaine qu’il entretenait une relation hors mariage avec une jeunette et que l’argent qui devait servir pour les opérations de lifting irait tout bonnement dans la tirelire de la donzelle, ou serait utilisé dans le seul but de satisfaire ses désirs.
    Sur ce, elle avait jeté son sac au visage de son mari avant de piquer une crise d’hystérie. Le médecin avait dû user de toute sa patience pour apaiser les esprits. La femme n’avait fini par se calmer que lorsque l’homme a sorti son carnet de chèques.
    - Va-t-elle retrouver un semblant de jeunesse ? avait demandé Nedjma en riant, à la fin du récit.
    Dr Lyès sourit :
    - La jeunesse n’est pas toujours dans le physique. Le tout est dans l’esprit. Et d’après la scène de tout à l’heure, notre bonne dame n’est plus de la prime jeunesse. Elle pourra se rafistoler le visage autant de fois qu’elle le voudra, elle ne retrouvera jamais la fraîcheur de ses vingt ans.
    - Alors cela ne servira à rien de se faire un lifting et de se torturer dans un bloc opératoire.
    - Absolument. Chaque âge a son charme. Et à chaque âge on a une nouvelle conception de la vie. Les idées de vingt ans n’ont plus lieu d’être à quarante ou cinquante ans. Tout comme une jeune femme de vingt ans ne pourrait avoir les idées d’une femme d’âge mûr. Tu dois en connaître un bout là-dessus jeune demoiselle.
    - On me rebat assez les oreilles avec la formule : si jeunesse savait et si vieillesse pouvait.
    - Tout à fait. Cela résume donc en une phrase les aléas de l’âge et de la vie. Nazim avait suivi en silence cette conversation. Il ne pouvait pas parler et n’en avait pas envie. Il regarde Nedjma qui riait en discutant avec Dr Lyès. Ce dernier semblait heureux lorsqu’elle lui avait annoncé que son orthopédiste lui avait confirmé que, dans quelques mois, on va lui retirer la broche de son tibia, et qu’après quelques séances de rééducation elle finira par retrouver sa vitalité et remarcher comme avant, c’est-à-dire sans boiter.
    Nazim avait hoché la tête pour marquer sa satisfaction. Dr Lyès par contre a passé le bras autour des épaules| de la jeune femme en l’entraînant à l’extérieur de la chambre.

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  54. Artisans de l'ombre Dit :

    54.
    Ce geste avait eu pour effet de raviver une douleur dans l’âme du jeune homme. Il voulut se ressaisir, mais ne put que s’enfoncer dans sa tristesse.
    La matinée avançait sans que Nedjma ne réapparaisse.
    Nazim erra à travers les couloirs comme une âme en peine. Il avait tant espéré revoir la jeune fille et discuter avec elle. Cela lui aurait fait le plus grand bien.
    Il sentait son cœur palpiter à cette évocation. Il se pose mille et une questions sur sa situation tout en se demandant s’il était aussi fragile que ça…
    Est-il aussi faible pour s’éprendre d’une femme qui aurait plutôt besoin de quelqu’un de plus fort à ses côtés ?
    Il secoue sa tête : non… Ce qu’il lui arrive, il le savait bien… Il était tout simplement amoureux. Amoureux et jaloux. Oh oui ! Quel vilain petit canard il était !
    Cette pensée le fait sourire. Nedjma aimait l’appeler ainsi de temps à autre pour le taquiner.
    Il pousse un long soupir en repensant aux regards langoureux que lançait Dr Lyès à Nedjma. Il ne doutait plus des sentiments du médecin envers la jeune femme. Cela sautait aux yeux !
    Mais enfin, se dit-il en se donnant une tape sur le bras, ne lui avait-il pas lui-même reproché sa solitude ? Ne lui avait-il pas répété à chaque fois que l’occasion s’était présentée, qu’il devrait penser à partager sa vie et ses succès avec quelqu’un ?
    Bien sûr, il était sincère dans ses propos. Il voulait le pousser à refaire sa vie et à se consacrer un peu à son existence, lui qui passait la totalité de son temps dans sa clinique.
    Mais le jeune homme était loin de se douter que cet homme allait le devancer pour courtiser Nedjma.
    Et elle donc… ? Qu’en pense-t-elle ?
    Est-elle éprise de ce médecin ? Est-elle tombée amoureuse comme toutes ces femmes qu’il traitait et à qui il rendait le sourire ?
    Nedjma était un cas désespéré à son arrivée dans cette clinique. Dr Lyès lui avait redonné confiance et lui avait permis de revivre.
    Ne serait-ce pas ingrat de sa part de refuser les avances d’un homme qui lui a permis d’aimer la vie à nouveau ?
    Nedjma devait se sentir plutôt son obligée !
    Nazim se passe une main sur ses bandages. Il sentait une migraine et un bourdonnement gagner les profondeurs de ses oreilles.
    Il s’appuya un moment contre le mur du couloir, avant de rejoindre d’un pas traînant sa chambre.
    Elle était là !
    Il eut du mal à la regarder en face ! Elle était là, assise sur son lit, qui l’attendait.
    - Où étais-tu donc ? Je me demandais si j’avais bien fait de venir aujourd’hui.
    Nazim se laisse tomber auprès d’elle, le souffle court :
    - Je… J’étais juste à côté dans le couloir. Je me… morfondais dans ma chambre. Tu es entrée par la porte de service… C’est pour cela que tu ne m’as pas remarqué.
    - Comment te sens-tu ? J’ai l’impression que tu n’es pas bien…
    Le jeune homme lève sa main dans un geste de protestation :
    - Cela ira mieux dans un moment. Je suis juste un peu fatigué.
    - Normal. Cela fait à peine trois jours depuis qu’on t’a opéré… Tu vas encore ressentir des fatigues durant quelques jours.
    Il va falloir que tu te reposes davantage et surtout que tu manges mieux. Regarde un peu ce que je t’ai préparé.
    Elle soulève le couvercle d’un panier de pique-nique et Nazim hume des odeurs qui lui firent venir l’eau à la bouche.
    - Hum… Cela sent bon !
    - Je t’ai préparé un potage de légumes, une salade variée, un cocktail de fruits et un gâteau au chocolat.
    - Tu es un amour Nedjma… Je n’ai pas senti la faim venir de toute la matinée, mais maintenant, je t’avoue que je ne pourrais résister à ce déjeuner qui me paraît un festin.
    - Pas du tout…
    Il y a juste de quoi déjeuner convenablement après une opération chirurgicale.

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  55. Artisans de l'ombre Dit :

    55.

    Nazim se frotte les mains :
    - Qu’attends-tu donc pour servir… Je ne pourrais résister davantage à toutes ces odeurs qui se dégage de ton panier, cela me change réellement des repas servis dans cette clinique.
    Nedjma sourit et se lève :
    - Bien, je vais rapprocher cette table un peu plus près de ton lit.Tu seras plus l’aise pour manger assis n’est ce pas ?
    - Oui (Il sourit), mais je ne refuserais pas ton aide, si tu veux encore me faire manger à la petite cuillère comme la dernière fois.
    - Eh bien, non. Je trouve que tu n’es plus aussi impotent pour une telle initiative, je vais plutôt partager ton repas cette fois-ci.
    - À la bonne heure.
    Le déjeuner se déroula dans une ambiance bon enfant. Nedjma s’était surpassée pour préparer ce repas que Nazim apprécia au plus haut point. Il se lécha les doigts en avalant la dernière bouchée du gâteau au chocolat.
    - C’est délicieux…Je sais que je risque d’avoir des coliques avec tout ce chocolat avalé à la va-vite, mais ma gourmandise l’a emporté…C’est un vrai régal.
    Nedjma sourit :
    - Je suis ravie de te l’entendre dire, je craignais que ma cuisine ne te plaise pas.
    - Tu veux rire, tu es un vrai cordon bleu.
    - Pas tant que çà, j’aime bien cuisiner de temps à autre, mais la plupart du temps, je préfère laisser ma mère se débrouiller…Elle par contre, est un vrai cordon bleu.
    - Tu as donc de qui tenir.
    - Oui, et pas uniquement dans ce domaine.
    - C’est certain. On dit bien telle mère, telle fille. Qu’a donc pu t’enseigner ta maternelle ?
    - Beaucoup de choses, elle est d’une sagesse et d’une bonté inimaginable. Elle est douce et très affectueuse. Je crois que je ne pourrais jamais l’égaler.
    Nazim sourit :
    - Je pense que tu as déjà toutes ces qualités.Pourquoi te sous-estimes-tu autant ?
    La jeune femme secoue la tête :
    - Ma mère ne serait pas facilement tombée dans le piège que m’avait tendu Mustapha… Si je l’avais écoutée dès le début, je ne serais pas aujourd’hui dans cette clinique.
    - Eh bien moi, je crois que c’est plutôt une bonne chose…
    - Pardon ?
    Nazim soupire :
    - Nous ne sommes pas les artisans de notre destin… C’était écrit que tu devrais vivre cet épisode de ta vie. Et puis dans le cas contraire, nous ne nous serions pas rencontrés.
    - Ah, te voilà venir… Quel égoïste tu es, Nazim !
    - Pourquoi égoïste ? N’apprécies-tu pas ma compagnie ?
    - Si, mais si c’était écrit que nous nous rencontrions, pourquoi nous ne sommes pas rencontrés ailleurs et dans de meilleures circonstances ?
    - Personne ne pourra répondre à cette question, les voies du destin sont impénétrables.

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  56. Artisans de l'ombre Dit :

    56.

    Nazim se mordit les lèvres et la jeune femme remarque sa moue :
    - Tu as encore mal ?
    - Oui…un peu. Les sutures autour de mes lèvres tirent de plus en plus. J’admets que je dois encore fournir beaucoup d’efforts pour parler et même pour manger.
    Nedjma se lève :
    - Alors je préfère te laisser… Tu devrais te reposer davantage pour reprendre rapidement tes forces et te préparer à la prochaine étape.
    - Combien d’étapes dois-je encore subir ? lance Nazim d’un air désolant.
    Nedjma lui tapote l’épaule :
    - Une fois la troisième opération terminée, tu n’auras plus que les “petites retouches” à subir… Mais j’avoue que ce n’est pas une partie de plaisir. La douleur, le stress et tout le tableau des aléas postopératoires ne sont pas à négliger. Quoi qu’il en soit, je trouve que tu t’en sors assez bien pour les deux premières opérations… Dr Lyès m’a dit l’autre jour que si tous ses patients étaient comme toi, il n’aurait aucun souci à se faire.
    Nazim sentit son cœur se serrer :
    - Tu… tu vois souvent Dr Lyès ?
    - Oui… à chaque fois que je suis de passage dans la clinique, il me demande de passer dans son bureau. C’est toujours de bon cœur que je me prête à ses conversations, fort intéressantes du reste…
    - Et puis quoi… ?
    - Hein… ?
    -Heu… Je voulais dire… Et puis après… Il… Dr Lyès fait-il la même chose avec toutes ses patientes.
    - Ma foi, je n’en sais rien… En tous les cas, avec moi, il est très courtois. Il me sert lui-même le thé. Je trouve ça très galant de sa part… Tu n’es pas d’accord ?
    Nazim garde le silence.
    - Tu sembles plutôt sceptique… Que se passe-t-il Nazim ?
    - Heu… rien… Je trouve plutôt déplacé pour un médecin de se conduire de la sorte avec sa patiente…
    - Mais pas du tout mon cher… Dr Lyès me connaît assez maintenant pour se permettre quelques familiarités. Et je pense qu’il se conduit de la même façon avec tous ses anciens patients…
    Nazim lève la main :
    - C’est… Je ne sais pas comment t’expliquer. Mais j’ai l’impression que Dr Lyès te courtise.
    Nedjma demeure interdite un moment avant d’éclater de rire :
    - Dr Lyès me fait la cour ? (Elle rit encore)… L’idée ne m’a jamais effleurée…
    - Tu n’y vois que du feu Nedjma… Tu ne veux peut-être pas voir du tout… Mais pour un homme c’est clair : tu lui plais. Nedjma s’arrête de rire pour prendre un air sérieux :
    - Tu peux penser ce que tu veux… Mais si cela peut te rassurer, je peux t’assurer que depuis ma triste aventure, je n’ai plus ni l’envie ni l’intention de jouer encore avec le feu… Je trouve que j’ai payé un tribut assez lourd ainsi.

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  57. Artisans de l'ombre Dit :

    57.

    Nazim se râcle la gorge. Il avait tout à coup chaud, et très soif. Ses mains étaient moites et il se sentit mal à l’aise.
    Il se verse un grand verre d’eau avant de l’avaler d’une traite.
    Il avait très mal maintenant. Ses douleurs physiques s’étaient réveillées d’un coup. Une lassitude s’empare de son corps et de son esprit. Il tendit la main vers Nedjma qui lui faisait face et lance d’une voix mal assurée.
    - S’il te plaît Nedjma, je ne me sens pas bien, j’aimerais qu’on reprenne ce sujet plus tard.
    - Oh bien sûr, s’empresse t-elle de répondre en remarquant tout d’un coup que Nazim était las. Veux-tu que je t’aide à t’allonger?
    - Non, c’est bon, je vais essayer de faire un petit somme, dit-il en se laissant aller sur son oreiller.
    - Tu es sûr que ça va ? N’aimerais-tu pas que j’appelle un médecin ?
    Il lui fait un signe de négation avec sa main :
    -Non, j’ai envie d’être un peu seul. Cela ira mieux après.
    Nedjma le regarde un moment. Nazim lui semble plus fatigué et bien plus tendu qu’a son arrivée.
    Elle remonte la couverture sur lui et s’empresse de récupérer son panier avant de quitter la chambre.
    Deux jours passent encore. Nedjma n’était pas revenue, mais Nazim savait qu’elle finirait par se montrer. Il était habitué maintenant à ses passages irréguliers.
    Il devrait aussi s’habituer, se dit-il, à ses entrevues avec le docteur Lyes. Ne lui avait-elle pas certifié qu’elle était ravie de ses rencontres galantes.
    Il se sentait encore un peu triste à cette idée, mais admet que Nedjma n’était pas une femme facile à embobiner maintenant.
    Son passé ravivé à chaque fois, renseignait sur ses appréhensions. Elle était sur ses gardes et évitait les hommes trop entreprenants.
    Mais le sentiment ne se commande pas !
    Le jeune homme se dit que lui-même avait eu une malheureuse expérience. Et pourtant, son cœur s’est remis à vibrer. Ses sentiments s’étaient réveillés à un moment où il avait cru que le monde s’écroulait.
    Il n’avait jamais pensé qu’il allait tomber encore amoureux, et portant!
    On dit que c’est dans le malheur que les êtres s’unissent le mieux. Et s’il se référait à son attachement à Nedjma, il donnerait amplement raison à tous ceux qui avaient connu l’amour dans de telles circonstances.
    Armé de sa patience, il reprend espoir. Nedjma finira bien par revenir. Il saura lui parler, il ne faut surtout pas la brusquer se dit-il. Elle est encore si fragile, si susceptible. Seul le temps pourra la persuader de sortir de sa solitude, Nedjma était encore jeune et fort belle et ne devrait pas vivre à l’écart du monde.
    Il se sourit à lui-même : n’était ce pas son cas ? Il avait lui aussi juré sur tous les saints qu’on ne le reprendra plus, que l’amour ne sera plus qu’un mauvais souvenir dans sa vie, un souvenir qui ravivera de temps à autre ses plaies morales et physiques.
    Et puis, au moment où il s’attendait le moins, le voici qui se pointe encore et qui le torture en le mettant face à une femme qui à coup sûr sera réticente à toutes les propositions, où bien finira t-elle par baisser l’échine devant le docteur Lyes ? Le médecin était certes bien plus âgé qu’elle, mais en amour, ni l’âge, ni rien d’autre n’a d’importance. Le docteur Lyes a su lui redonner espoir et confiance et saura la faire sortir de sa cage pour l’entraîner dans son monde à lui.
    Elle meublera sa solitude et il sera pour elle, ce protecteur, qui la mettra à l’abri de tous les aléas.
    Que pourra t-elle demander de plus ?

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  58. Artisans de l'ombre Dit :

    58.

    Nazim secoue sa tête. L’image lui paraissait irréelle. Comme dans un conte de fées, le prince devrait plutôt être jeune et beau. Tiens… ! Comme lui, par exemple !
    Il oublie un moment que son visage n’était plus celui qui faisait chavirer le cœur des jeunes filles.
    Oui… un prince… un prince beau et amoureux.
    Il sourit et la douleur de ses sutures le réveille. Il revint alors sur terre et porte la main à son visage. Un visage qui n’en était plus un.
    Il passe une main sur les bandages. Ses yeux s’embuèrent. Non ! Il n’était plus le prince beau et attirant. Il n’était qu’une loque qui ne faisait plus le poids dans une balance où souvent le physique prenait une grande place.
    Il se laisse tomber sur son lit et se met à pleurer à chaudes larmes.
    La porte de sa chambre s’ouvrit au même moment. Nedjma demeure interdite un moment avant de s’approcher de lui. Apparemment, il n’avait pas encore senti sa présence.
    Nazim pleurait… de rage.. ? de dépit… ? Elle n’en savait rien. Pourtant elle comprenait assez le comportement de son ami. Elle-même avait connu des moments de profonde détresse. Il lui a fallu des jours, voire des mois, pour sortir de ce labyrinthe qui menaçait de l’engloutir.
    Nazim lui avait pourtant semblé plus fort pour supporter toutes les épreuves qu’on lui imposait. Il avait fini par s’habituer aux lieux, à son entourage immédiat et avait lié amitié avec plusieurs patients qui l’avaient pris aussitôt en sympathie.
    Nazim avait un caractère très doux. Il était aussi doué d’une intelligence hors du commun et jouissait d’une grande culture.
    Bien entendu, il souffrait encore de son état. Il n’avait plus de visage… comme il aimait à le lui répéter. Mais elle ne l’avait connu qu’avec ses pansements et ses bandages, et cela ne l’a pas empêchée d’apprécier sa compagnie.
    Le jeune homme lui avait montré des photos de lui avant cet horrible accident. Il était non seulement très beau, mais doté d’un charme fou…Elle ne doutait pas une seconde que ses conquêtes étaient nombreuses. Cet homme n’avait pas besoin de courtiser une fille pour l’attirer… C’était plutôt le contraire qui avait dû se passer.
    Elle allonge son bras et pose une main sur son dos. Il sursaute à ce contact et se relève promptement en passant une main nerveuse sur ses yeux. Il tente de se détendre avant de se retourner vers Nedjma :
    - Ah c’est toi ! Je ne t’ai pas entendue arriver.
    - Je viens d’entrer dans ta chambre… Heu comment te sens-tu aujourd hui ?
    Elle avait sciemment évité de lui demander pourquoi il pleurait. Nazim était si fier qu’il aurait pris la question pour une insulte.
    - Heu… ça va, répondit-il. Je me sens un peu mieux.
    - Le Dr lyes n’est pas venu te voir ?
    - Si… il est passé hier soir et m’a amplement rassuré sur l’évolution positive de la deuxième opération… Je dois reconnaître aussi que mes sutures me font moins mal… Beaucoup moins mal qu’il y a deux jours.
    - À la bonne heure… Tu me vois heureuse pour toi.
    Merci. Et toi comment te sens-tu ? Ta jambe va mieux ?
    - Oui… Je dois subir l’intervention avant de tirer les conclusions… Mon orthopédiste est plutôt optimiste.

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  59. Artisans de l'ombre Dit :

    59.

    Nazim s’assoit sur son lit et l’invite à en faire de même. Nedjma lui tendit un livre :
    - N’est-ce pas ce que tu cherchais ?
    Il prit l’ouvrage et s’écrie :
    - Ah ! Tu l’as trouvé ! C’est un ouvrage que je cherchais depuis plusieurs mois.
    - La porteuse de pain de Xavier Montepain. Je n’ai fait que le demander à une ancienne bibliothécaire.
    - C’est génial Nedjma. Je vais l’entamer dès ce soir.
    - Bien… Tu te sentiras moins seul avec une bonne lecture. C’est ce qu’on n’a jamais cessé de me répéter.
    - La lecture est une seconde nature chez moi. J’adore les livres… Je ne sais pas comment j’ai pu m’en passer tous ces derniers mois.
    Elle toussote :
    - Après ton accident, tu étais plutôt préoccupé par ton état de santé. ça s’explique.
    Il hoche la tête :
    - C’est vrai… Heu… Même que je le suis encore…
    - Non… Tu es beaucoup moins inquiet qu’à ton arrivée dans cette clinique. Reconnais que Dr Lyès a fait des miracles sur ton moral.
    Nazim acquiesce :
    - Oui… Je ne renie pas son geste envers moi. Il a été d’un précieux soutien moral.
    - Et moi donc ?
    Elle souriait de toutes ses dents, et Nazim eu un mal fou à garder son calme. Il voulait tout à coup lui dire les quatre vérités en face.
    Lui crier au visage qu’il en avait marre de souffrir. De souffrir seul pour une cause non partagée. Il voulait lui avouer son amour pour elle et les nuits blanches qu’il passait à ruminer des idées noires. Il appréhendait l’avenir !
    Maintenant son physique lui importait peu. Il savait que s’il la perdait, plus rien n’aura d’importance pour lui.
    Il se racle la gorge avant de répondre :
    - Toi… ? Mais bien sûr que tu as joué un rôle indéniable dans ma torture morale.
    - Pardon ?
    Il fait mine de rire :
    - Non… Tu n’as rien compris bien sûr… Je voulais juste te taquiner… Grâce à toi j’ai pu reprendre pied et apprécier la vie. Maintenant je veux vivre pour admirer chaque lever du soleil et attendre tes visites.
    Elle rit :
    - Tu parles en termes poétiques. Pourrais-je savoir ce qui se trame dans ton esprit ?
    Elle met un doigt sur son front et touche les bandages qui l’entourent :
    - Là dedans… Qu’y a-t-il Nazim ?
    Il prend sa main et sans réfléchir l’approche de sa bouche. Elle se rétracte mais le laisse faire. Il la fixe dans les yeux et lui dit sans chercher ses mots :
    - Je t’aime Nedjma.
    La jeune femme sursaute et retire promptement sa main. Elle le regarde d’un air curieux et s’éloigne instinctivement de lui.
    - Excuse-moi… Excuse-moi, je crois que je t’ai brusquée.
    Nedjma se lève et tire sur son pull d’un air nerveux avant de répondre d’une petite voix :
    - Je ne sais pas comment tu peux encore aimer après tout ce que tu m’as raconté… Je pensais que depuis ton accident tu ne pouvais plus t’attacher à quelqu’un.
    - Exact… Mais il se trouve que tu es là… Et… (il s’humecte les lèvres)… j’ai réappris à faire confiance à mes sentiments. J’ai réappris à vivre. Comme je te l’ai déjà précisé, je veux encore rêver. Je crois que tu m’as accroché au premier regard. Mais je ne voulais rien m’avouer. Je fuyais une réalité qui s’imposait à moi. J’ai voulu te fuir, retrouver ma sérénité morale et ne penser qu’au jour où je sortirai de cette clinique avec un visage neuf. Mais vois-tu, je n’ai pu attendre jusque-là pour t’avouer mes sentiments… Tu es trop proche de moi maintenant pour que je me contente de cacher le soleil avec un tamis.

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  60. Artisans de l'ombre Dit :

    60.
    Nedjma garde le silence. Elle avait baissé les yeux et contemplait le parterre d’un air détaché.
    Nazim poursuit :
    - Bien sûr, il n’est pas dit que tu devrais partager mes sentiments. Je ne vais pas m’imposer à toi. Tu es libre Nedjma… Tu es libre de vivre ta vie à ta guise. Et surtout de ne pas donner suite à la proposition d’un être sans visage comme moi.
    Nedjma fait deux pas et s’arrête en face de lui :
    - C’est pour cela que tu pleurais ?
    Il hoche la tête d’un air désolé :
    - Oui… Je ne suis pas fait en métal Nedjma. Je suis un être humain avec un cœur et du sang dans les veines.
    - Je t’ai toujours trouvé romantique, Nazim.
    - Ah ! Et tu n’aimes pas bien sûr les romantiques. Les hommes en particulier. N’est-ce pas un signe de leur faiblesse, le romantisme ?
    - Oh non ! s’écrie la jeune femme. Oh non ! Ne crois pas que nous, les femmes, sommes faibles puisqu’on dit que nous sommes plus sensibles. Non ! Ce trait de caractère est typique à un être humain normalement constitué. Sauf que certains machos se croient au-dessus des autres.
    Nazim pousse un soupir :
    - Mais tout ce résumé ne répond pas à ma proposition.
    - Laquelle ?
    Nazim se lève et s’approche d’elle :
    - Ne joue pas les innocentes Nedjma… Je suis certain que tu as bien saisi le fond de ma pensée.
    - Je ne suis pas obligée de te répondre tout de suite.
    Nazim sourit :
    - Parfait… Je devrais conclure dans ce cas que tu n’es pas contre le fait que je sois tombé amoureux de toi.
    - Cela ne se commande pas, voyons !
    - Oui, mais cela devrait se partager, sinon quelle importance aurait mon sentiment envers toi.
    Elle sourit :
    - Tu tombes amoureux d’une femme boiteuse et à peine sortie d’une impasse bien délicate.
    Il la prend par les épaules :
    - Je tombe amoureux d’une femme formidable… Une femme qui m’a aidé à reprendre pied au moment où le monde entier m’avait abandonné. Que tu boites ou que tu sois borgne, cela m’est bien égal, du moment où toi-même tu ne connais même pas mon visage.
    Elle redevint sérieuse :
    - Heu… l’autre jour dans le bureau de Dr Lyès, je suis tombée sur une de tes photos.
    Je… je t’avoue que je suis restée sans voix devant ton physique… Tu étais si beau Nazim.
    - Oui… Je l’étais… Mais je ne le suis plus maintenant. Je ne suis plus qu’une loque ambulante.
    Elle met une main sur son bras :
    - Ne sois pas donc aussi sceptique… Dr Lyès m’a certifié que tu vas retrouver un beau visage. Pas celui que tu as perdu, mais un visage assez agréable à regarder.
    - Et dans le cas contraire ?
    - Tu veux dire au cas où les opérations ne réussiraient pas ?
    - Oui… Rien n’est encore joué.
    - Mais si… Tout est déjà joué puisque la charpente de son visage est déjà remodelée.
    Il reste les joues et les quelques retouches d’usage… Dr Lyès échoue rarement dans ce qu’il entreprend, d’où sa renommée. Tu vois bien qu’il a déjà travaillé sur mon visage et, ma foi, je ne suis pas trop mécontente.
    - Tu es sublime… Il t’a rendue non seulement belle, mais il t’a donné aussi le moyen le plus sûr de rendre un homme malheureux.

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  61. Artisans de l'ombre Dit :

    61.

    -Alors… Il fera sûrement la même chose sur toi. Tu seras non seulement beau, mais tu auras le moyen le plus sûr de rendre une femme malheureuse.
    - à ce que j’ai compris, tu… tu ne pourras m’aimer que lorsque j’aurais atteint la perfection physique.
    Elle se tut et le fixe dans les yeux avant de lancer :
    - Nazim… Tu sais très bien que le sentiment ne se commande pas. Tu sais aussi que ce n’est pas uniquement le physique qui peut plaire chez un humain…
    Elle le tire par le bras et le fit asseoir sur son lit avant de prendre place à ses côtés :
    - Je t’apprécie beaucoup Nazim… Certes, je n’ai pas connu le bel homme que tu étais, mais j’ai eu plutôt à découvrir le véritable Nazim, celui qui se cache en toi. Et c’est celui-là qui m’intéresse. Un homme qui est trop beau devient orgueilleux, égoïste et arrogant. Ne dit-on pas que la beauté ne se mange pas en salade.
    Nazim lui prend la main :
    - Si je comprends bien, tu n’es pas indifférente à ma proposition…
    - à tes sentiments tu veux dire… ?
    - Oui, à mes sentiments… J’aimerais que tu partages mes sentiments Nedjma… Oublions le passé et reprenons nos vies à zéro.
    Elle sourit :
    - J’aimerais bien figure-toi, mais il n’est point facile de tirer un simple trait sur une situation aussi désastreuse que la mienne ou la tienne. Nos blessures saignent encore. Je crois que nous devrions nous donner un peu de temps avant de penser à nous lancer dans une autre aventure. Cette fois-ci, aucun échec ne sera permis et la moindre petite erreur nous sera fatale.
    Nazim garde le silence un moment avant de répondre :
    - Je vais plutôt vite en besogne, je le reconnais, mais je pensais que…
    Elle lève la main d’un air suppliant :
    - J’ai compris… Tu voulais prendre le taureau par les cornes depuis que tu as soupçonné une éventuelle relation avec Dr Lyès…
    - Tu as tout compris.
    - Je comprends fort bien ta réaction, mais je préfère te dire tout de suite que rien ne pourra se décider avant que nous soyons tous les deux sortis des sentiers battus.
    - Tu as raison Nedjma… Tu es bien plus sensée que moi…
    - Mais non petit nigaud. Je suis juste plus pragmatique. Je vais me faire opérer pour récupérer ma jambe et ne plus boiter, et toi tu vas poursuivre ton séjour dans cette clinique pour retrouver ton visage. Après toutes ces épreuves qui nous attendent, nous pourrons reparler de toute cette histoire.
    - Mais tu continueras à venir me rendre visite Nedjma, n’est-ce pas ?
    Sa voix était nouée tant il avait peur que la jeune femme ne lui tourne le dos.
    Elle tente de lui pincer la joue, mais ne put que toucher les bandages :
    - Bien entendu… Essaye donc de m’en empêcher.
    - Et Dr Lyès dans tout ça ?
    - Quoi Dr Lyès ?
    - Ne va-t-il pas te courtiser davantage et te gagner avant moi ?
    Elle fronce les sourcils :
    - Mais qu’est-ce qui t’amène à penser à de telles choses ? Ne suis-je donc qu’un objet à gagner dans une loterie ?
    - Je suis désolé, je voulais juste m’assurer…
    - T’assurer de quoi ? Qu’il ne va pas me proposer le mariage ? Que je ne vais pas lui sauter au cou ?
    Elle soupire :
    - Tu me prends donc pour une petite effrontée Nazim… Je pensais que tu avais une meilleure opinion de moi.
    Confus, Nazim balbutie :
    - Pardon ma chère amie. Pardon… Je ne suis qu’un imbécile qui ne comprend rien aux sentiments des autres… Je t‘ai touchée dans ton amour-propre Nedjma. Je m’en veux à mort.

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  62. Artisans de l'ombre Dit :

    62.

    Nedjma ébauche un sourire :
    - Tu reconnais tes erreurs et c’est déjà beaucoup… Mais s’il te plaît épargne-moi dorénavant tes scènes de jalousie.
    - Promis… Tu ne m’y reprendras plus. Je vais tâcher de prendre mon mal en patience.
    - Parfait. Tu te conduis enfin en vrai gentleman.
    - Un gentleman ? Comme aux siècles précédents ?
    - Oui. Nous n’avons fait que changer d’époque. Rien d’autre n’a changé en vérité chez l’humain.
    - À l’époque des gentlemans, on kidnappait les femmes et on s’enfuyait en les emportant…C’était à qui mettra la main par n’importe quel moyen sur sa dulcinée.
    Nedjma se met à rire :
    - Je crois que je fais fausse route. Je voulais juste que tu t’assagisses un peu.
    - Je suis le plus sage des hommes. Dans le cas contraire, je n’aurais pas hésité une seconde à te sauter dessus. Te rends-tu compte au moins que nous sommes tous les deux seuls dans une chambre de cette immense clinique. Je pourrais t’enfermer et te garder autant que je le voudrais auprès de moi. Mais je suis trop sage pour que de telles pensées effleurent mon esprit. Ne trouves-tu pas ?
    Nedjma lui donne une tape dans le dos :
    - Monsieur se prend pour un don Juan. Hum… Je vais devoir faire très attention la prochaine fois que je viendrais te voir, afin de ne pas tomber dans ton piège de séducteur.
    Elle rit :
    - Je pense sincèrement ce que je dis. N’est-ce pas que tu risques de me séduire ?
    Nazim se met à rire :
    - Moi je suis déjà séduit, Nedjma. Mais je te promets que rien de fâcheux ne t’arrivera avec moi.
    Elle se lève et l’embrasse sur les deux joues ou plutôt ce qui semble être ses joues :
    - Je n’en doute pas. Mais je crois qu’il est grand temps pour moi de me sauver. J’ai passé trop de temps auprès de toi aujourd’hui. À ma prochaine visite, nous irons faire une longue promenade dans le parc.
    - Et ça sera pour quand ?
    - Je n’en sais rien. Disons que je préfère t’en faire la surprise.
    - J’adore tes surprises.
    - Alors prend ton mal en patience.
    - Ai-je une autre alternative ?
    - Petit crétin, je ne vais pas m’attarder davantage. Je te laisse savourer ta lecture.
    - Oh ! j’ai complètement oublié que tu m’avais ramené de la lecture. Ce sera un vrai régal.
    - Alors bonne lecture et à bientôt.
    Les jours passèrent. Nazim subira plusieurs autres opérations. Le docteur Lyes l’avait surpris à maintes reprises en compagnie de Nedjma. Cette dernière venait lui tenir compagnie quotidiennement. Mais cela ne semble pas être du goût du chirurgien.
    Nazim était plutôt serein. Il sentait que son visage prenait forme enfin et ressentait la présence de Nedjma à ses côtés comme un baume bienfaiteur sur ses nombreuses blessures, tant morales que physiques.
    La jeune femme s’était faite opérée de sa jambe et avait depuis quelque temps repris des séances de rééducation.
    Maintenant en remarquait à peine son handicap. Elle utilisait, certes, encore sa canne, mais on avait du mal à croire qu’il y a à peine quelques mois, elle boitait franchement.
    Nazim était content pour elle et n’attendait que le jour, où débarrassé de ses bandages, il pourra lui aussi reprendre une vie normale et enfin goûter au bonheur de ce bas monde.
    Cela fait déjà plusieurs mois qu’il était “enfermé” dans cette clinique et dans ses bandages. À chaque fois qu’il demandait au Docteur Lyes s’il pouvait enfin entrevoir ne serait-ce qu’une partie de son visage, ce dernier l’exhortait à la patience. Excédé, Nazim finira par battre en retraite.

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  63. Artisans de l'ombre Dit :

    63.

    Par un matin d’hiver enfin, le médecin vint le retrouver pour lui annoncer qu’il était temps qu’il “rencontre” enfin sa nouvelle tête.
    Nazim bondit de joie, mais cette dernière sera de courte durée, car il sentit l’anxiété et l’appréhension le gagner. Et si jamais son nouveau visage n’était pas celui qu’il s’attendait à voir ?
    Certes, on lui avait assuré à maintes reprises que toutes les opérations qu’il avait subies étaient un succès, mais personne ne pourra se mettre à sa place pour affronter l’ultime étape.
    Le médecin pose une main sur son bras :
    - Tu es inquiet Nazim et cela se comprend. Tu as pourtant demandé à voir ton nouveau visage à maintes reprises.
    - Oui… Mais maintenant j’ai peur… J’ai peur d’être déçu.
    - Pourquoi ne parles-tu pas plutôt de réussite et de satisfaction. Ne crains-tu pas plutôt d’être agréablement surpris ?
    Nazim le regarde d’un air étonné :
    - On ne craint pas d‘être agréablement surpris docteur. Je ne vous suis pas…
    Le médecin pousse un soupir :
    - Si ton nouvel aspect physique te surprend… Je suis d’ailleurs certain que tu seras étonné du résultat. Ne deviendras-tu pas un peu égoïste ou orgueilleux ? Ce sont les deux tares spécifiques aux beaux gosses et nous avons déjà connu des cas semblables ici même dans ma clinique.
    Nazim garde le silence. Il repense à Nedjma. La jeune fille lui avait promis de reparler de leur relation une fois ses opérations terminées. Va-t-elle tenir sa promesse ?
    Il se retourne vers le médecin :
    - Vous voulez dire docteur que si je retrouve un visage attirant, je deviendrai comme ces Casanova, sans foi ni loi, qui n’ont d’autre souci que de séduire les femmes pour les abandonner ensuite ?
    - Tu as fort bien saisi le fond de ma pensée.
    Nazim se passe une main sur ses nombreux bandages :
    - Vous vous trompez docteur… Je ne suis pas un sans-cœur qui ne pense qu’à se payer du bon temps. Je suis un être sensible et je n’aimerais en aucun cas dépasser les limites de la décence, ni avec les femmes ni avec les hommes… Tout le monde n’est pas pétri dans la même pâte.
    Dr Lyès se lève et s’approche de lui :
    - Parfait jeune homme… Nous verrons bien… Pour le moment, je me vois dans l’obligation de te demander de me suivre dans mon cabinet où je vais procéder à l’enlèvement de tes bandages… Nous y serons bien plus à l’aise et personne d’autre que nous deux ne verra ton nouveau visage. Tu pourras te contempler autant de temps qu’il te plaira devant les nombreuses glaces qui ornent les lieux et, seulement après, tu décideras de la suite des événements.
    - Hein ? Quels événements ? De quoi parlez-vous docteur ?
    - Tout arrive à point à ceux qui savent attendre. Alors pourquoi s’impatienter… Tu as déjà pris ton mal en patience de longs mois durant… Il ne reste que quelques minutes maintenant. Quelques petites minutes qui décideront de ton sort à jamais.
    Nazim se lève et suit le médecin. Ce dernier ouvrit la porte de son cabinet particulier et le fit entrer.
    Le jeune homme qui ne connaissait pas encore les lieux jette un regard circulaire autour de lui. Est-ce là que le médecin recevait Nedjma et lui servait le thé ? Est-ce ici même qu’il tentait de la séduire ?
    Le médecin remarque son regard inquisiteur et s’approche de lui :
    - Je ne reçois chez moi que des patients assez particuliers. Je veux dire ceux avec qui je me sens très lié.
    - Comme moi docteur ?
    - Oui.
    - Je vous remercie… Mais est-ce nécessaire pour vous de procéder à l’enlèvement de mes bandages ici même. Les lieux sont-ils assez stérilisés ? N’y a-t-il pas un risque d’infection ?

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  64. Artisans de l'ombre Dit :

    64.

    Le médecin se met à rire :
    - Tu parles comme un savant dans un laboratoire étranger au sien… Bien sûr que je prends mes précautions pour éviter tout risque d’infection. Pour cela tu n’as qu’à jeter un coup d’œil derrière toi.
    Nazim se retourne et constate que les longues tentures qui ornaient le mur cachaient une porte.
    - Tu vois Nazim… Je ne suis pas aussi inconscient que tu le penses. Avant tout je suis un chirurgien averti.
    - Bien docteur… Alors finissons-en.
    - à la bonne heure mon garçon. Tiens, enfile d’abord cette blouse et met ce bonnet en plastique sur tes cheveux.
    Le jeune homme s’exécute et le médecin qui avait de son côté enfilé une tenue de bloc lui cède le chemin :
    - Après-toi… Tu vas tout droit t’allonger sur le divan qui te fait face.
    Il allume le plafonnier. Une chaude lumière blanche inonde les lieux. Nazim avance d’un pas hésitant vers le divan indiqué, avant de s’y allonger.
    - Prend tes aises et surtout détends-toi.
    Nazim prend une longue inspiration et jette un coup d’œil au médecin. Ce dernier semble avoir préparé le matériel nécessaire qu’il ressortit d’un stérilisateur encastré dans le mur.
    Il s’avance d’un pas assuré vers son patient :
    - Je vais d’abord mouiller tes bandages avec une lotion spéciale afin qu’ils se décollent de la peau et sans que nous ayons à tirer dessus. Voilà c’est fait… Maintenant ne bouge plus et ferme les yeux, je vais d’abord couper les extrémités avant de pouvoir dégager tout “le masque” d’une seule traite.
    Nazim sentait son cœur battre la chamade. Sera-t-il déçu ? Ou bien sera-t-il agréablement surpris et comblé ?
    Les coups de ciseaux du chirurgien autour de son visage résonnaient tel un marteau dans sa tête.
    Il aurait voulu arracher lui-même les bandages… Il aurait aimé enlever cette carapace qui l’étouffait et qui depuis des mois cachait ses nouveaux traits.
    Le médecin dépose enfin ses ciseaux et se frotte les mains :
    - Prêt, Nazim ?
    Le jeune homme qui avait la gorge trop nouée pour répondre se contente de hocher la tête.
    - Parfait mon garçon… Je vais tirer sur le “masque”. Cela ne fera pas mal, mais le contact avec l’air pourra te provoquer quelques picotements assez désagréables qui se dissiperont au fur et à mesure que la nouvelle peau de ton visage s’acclimate à l’environnement… Tu me suis bien, n’est-ce pas ?
    Nazim hoche la tête encore une fois. Il était si habitué à ses bandages que, quelque part en lui, il se sentait un peu triste à l’idée de devoir s’en débarrasser. Surprenant n’est-ce pas ? L’être humain est insatiable dans ses désirs. Il avait attendu ce grand jour… Et maintenant ?
    Le médecin tire d’un coup sec sur le pourtour du masque et ce dernier se détache sans difficulté.
    Nedjma traverse le parc et se dirige vers le grand bâtiment. Elle évite l’ascenseur bondé de monde à cette heure de la journée et prend les escaliers.
    Sa jambe tirait encore et elle s’aida de sa canne pour monter jusqu’au deuxième étage. Elle arrive essoufflée devant la chambre de Nazim et passe une main nerveuse sur ses cheveux avant de tourner la poignée.
    La chambre était vide !
    Nedjma jette un regard autour d’elle et constate que Nazim n’avait pas pris son livre avec lui comme à ses habitudes lorsqu’il allait se promener. Où est-il donc passé se demande-t-elle ?
    Elle dépose un boîte contenant des petits fours sur la table de chevet et ressortit de la chambre en clopinant.

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  65. Artisans de l'ombre Dit :

    65.

    Elle traverse le couloir et se dirige vers l’infirmerie.
    - Pouvez-vous me renseigner, demande-t-elle à la jeune fille qui s’y trouvait ?
    - Bien sûr… Que puis-je faire pour vous ?
    - Je cherche Nazim. Le jeune patient de la chambre n° 3.
    - Ah ! Vous voulez parler du brûlé…
    - Tout à fait. Heu… je crois qu’on ne l’appelle plus ainsi… Il n’est plus brûlé depuis ses opérations…
    - Je suis tout à fait d’accord avec vous madame. Mais il se trouve que je l’ai vu en compagnie du docteur Lyes il y a environ deux heures. Ils se dirigeaient tous les deux vers le cabinet particulier du chirurgien.
    - Le cabinet particulier ? Ah le cabinet du docteur Lyes…Celui à l’étage. Parfait… je vais m’y rendre… Peut-être y sont-ils encore. Elle remercie la jeune infirmière et se dirige vers le bureau médical du docteur Lyes. Elle connaissait bien ce bureau où elle avait passé de longues heures à discuter avec ce dernier.
    Elle entendit des voix. Une voix qu’elle ne connaissait que trop, criait fort et ferme… Nazim semblait en colère. Mais le médecin semblait plutôt calme et sûr de lui.
    Elle ouvrit la porte et pénètra dans le cabinet. Là, une grande surprise l’attendait.Elle eu du mal à retrouver ses sens. Les deux hommes qui lui faisaient face s’étaient tus à son entrée et la regardaient sans rien dire. Que pouvaient-ils d’ailleurs dire devant un regard qui les renseignait amplement.
    Nedjma fait un pas vers Nazim.
    Elle s’arrête et tente encore d’assimiler l’image qui l’affrontait. Elle se frotte les yeux et se pince très fort. Non elle ne rêvait pas.
    Nazim la regardait d’un air suppliant. Que pourrait-elle donc trouver pour le rassurer ?
    Elle se racle la gorge et sentit la sécheresse de sa bouche. Elle avait soudain très chaud et tira sur son écharpe… On dirait qu’une main lui serrait le cou. Elle défait le nœud de sa chemise et se débarrasse de son manteau.
    Nazim et le médecin gardaient le silence. Un silence lourd dont les relents étaient sensibles. L’atmosphère était chargée d’électricité.
    - Mais enfin… arrive-t-elle à articuler… mais enfin… que faisiez-vous tous les deux ?
    Le docteur Lyes s’avance vers elle et toussote :
    - Je viens d’enlever les bandages à Nazim. Il… il est comment ? Comment le trouves-tu donc Nedjma ? Ai-je bien travaillé ?
    Nazim était figé dans une position qui renseignait amplement sur ses craintes. Ses mains tremblaient et il avait du mal à se tenir debout. Pourtant Nedjma aurait juré qu’il avait tenté de provoquer une bagarre. Elle l’avait nettement entendu crier… Peut-être même insulter le médecin… Elle n’en était pas sûr sur ce dernier point, mais elle aurait juré qu’il y avait anguille sous roche.
    La jeune femme se passe une main sur le visage avant de tendre le bras et de toucher le visage de Nazim :
    - Non… pas encore Nedjma… La peau est beaucoup trop fragile et un simple contact pourra provoquer une infection. Je vais tout d’abord demander à Nazim de passer un baume protecteur sur son visage. Il est encore boursouflé et tout rouge. Mais tout va rentrer dans l’ordre dans quelque temps.
    Nedjma demeure muette. Nazim, qu’elle ne connaissait qu’a travers le masque de ses pansements, lui paraissait « nu »… Il expose cette nudité saugrenue devant-elle. Il en avait peut-être honte.
    - Tu ne réponds pas à ma question Nerdjma. Comment trouves-tu mon œuvre ?
    La jeune femme relève la tête et éclate tout d’un coup en sanglots.
    Le docteur Lyes s’approche d’elle et tente de la prendre dans ses bras. À ce moment, et comme mu
    par une force incroyable, Nazim s’interposa entre eux :
    - Ne la touchez-pas !
    Intrigué, le médecin se retourne vers lui :
    - Pourquoi ? Pourquoi ne dois-je pas la toucher ? J’en ai bien le droit, puisque elle est toujours ma patiente.
    - Heu… (Il se passe une main sur son visage et sentit une légère brulure). Heu… excusez-moi. Je crois que j’ai eu ma dose d’émotion pour aujourd’hui… Tout ce stress me rend nerveux.
    Il s’approche de Nedjma et la regarde en face :
    - Je ne voulais pas que tu me surprennes. J’aurais dû te préparer bien avant à m’affronter avec mon nouvel aspect… Je… je ne savais pas que le docteur Lyes allait me proposer d’enlever les bandages sans m’en avertir auparavant.

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  66. Artisans de l'ombre Dit :

    66.

    Sans lui laisser le temps de poursuivre, le médecin toussote et lance :
    - Non… Je voulais juste voir à quoi pouvait ressembler le nouveau visage de Nazim… Je suis en droit d’être le premier spectateur de mon œuvre… Je craignais une déception… Je crains toujours la réaction de mes patients au dernier moment.
    On ne sait jamais comment un être humain profondément blessé pourrait réagir. Alors j’ai dû prendre seul cette décision et je n’ai informé Nazim qu‘au dernier moment.
    Un lourd silence régnait dans le cabinet. On aurait pu entendre voler une mouche, si ce n’était le cliquetis régulier d’une pendule murale. Nedjma s’essuie les yeux et s’avance vers Nazim :
    - Comment te sens-tu ?
    Le jeune homme avait la voix chevrotante et le regard effrayé :
    - Comment me trouves-tu ?
    Nedjma ébauche un sourire :
    - Si un jour on m’avait dit que tu n’avais pas de visage et qu’on avait dû t’en fabriquer un, je ne l’aurais jamais cru.
    Elle renifle et deux longues larmes glissèrent sur ses joues :
    - Tu es… tu es magnifique Nazim. Je n’ai pu retenir mes larmes tout à l’heure quand je t’ai découvert sans tes bandages. Je retrouve le jeune homme de la photo… Heu… J’exagère peut-être, mais je t’assure que tu n’es pas loin de celui que tu étais… Dr Lyès a fait un travail fabuleux.
    Nazim lui prend les deux mains et les serre dans les siennes :
    - Je te plais ainsi avec ce visage refait ?
    - Si tu me plais ? Mais tu vas semer une véritable catastrophe autour de toi. Toutes les femmes vont vouloir t’approcher.
    Il lui met un doigt sur la bouche pour l’interrompre :
    - Chut… Je ne veux plaire qu’à toi. Peu m’importe le reste du monde… Sérieusement me trouves-tu assez abordable maintenant sans tous ces bandages sur mon visage ?
    Elle sourit :
    - Tu es sublime… Tu es superbe… Je ne trouve plus de mots pour décrire mon admiration. Tu es un véritable Don Juan.
    Il rit, mais s’interrompt tout de suite en grimaçant :
    - Aie… J’ai encore le visage qui brûle…
    - C’est logique… Ta nouvelle peau ne s’adapte pas encore à l’environnement… Cela te passera. J’ai déjà connu moi aussi cette sensation. N’est-ce pas docteur… ?
    Le médecin qui jusque-là avait suivi la scène sans les interrompre s’approche d’eux :
    - Je voulais lui expliquer certaines techniques maxillo-faciales… Mais monsieur s’était emporté avant que je n’ai pu placer un mot. Il avait peur que les rougeurs qui entourent les extrémités du visage et les petites cicatrices autour de sa bouche et de son nez, ne disparaissent pas… Il m’a fait toute une scène. Heureusement que vous êtes arrivée à temps.
    - C’est pour cela que vos chamailleries me sont parvenues avant même que je n’ouvre la porte ?
    - J’ai toujours pensé que la beauté rendait les gens orgueilleux et égoïstes. La preuve est là… Monsieur a oublié que lorsqu’il était arrivé dans cet établissement, il n’avait pratiquement pas de visage.

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  67. Artisans de l'ombre Dit :

    67.

    Nazim baisse les yeux. Il était confus. Il savait que les véritables raisons de sa colère n’étaient pas du tout ces rougeurs dont parlait le médecin.
    - Je suis désolé docteur… Je ne voulais pas en arriver là.
    - Bien jeune homme. Mais tu n’as pas encore donné ton avis. Ton nouveau visage te plaît-il au moins ?
    Nazim s’approche d’une glace et passe un doigt sur les nouveaux traits de son visage. Lorsque le médecin avait terminé sa besogne et l’avait débarrassé de ses bandages, le jeune homme avait eu la peur de sa vie.
    Quelque chose en lui refusait encore de se rendre à l’évidence. Il avait repoussé la glace que le chirurgien lui tendait et s’était détourné pour pleurer. Mais les larmes lui firent tellement mal, qu’il s’en abstint immédiatement.
    Sa peau s’était comme enflammée au contact des gouttes lacrymales, et il s’était promptement levé.
    Sans s’en rendre réellement compte, il s’était dirigé d’un pas robotisé vers la grande glace qui lui faisait face. Là, il avait eu le souffle coupé. Il avait du mal à croire que le bel homme qui lui faisait face était lui-même… Certes, les boursouflures étaient encore visibles sur le haut de son cou, le menton et les joues, mais le médecin lui avait expliqué qu’avec un traitement de base et des massages, tout rentrera dans l’ordre.
    Quelques petites retouches seront nécessaires pour adoucir les cernes autour de ses yeux, le creux de son menton et le pourtour de son nouveau nez.
    Le premier moment d’émotion passé, Nazim avait dansé de joie. Il s’était mis à se regarder dans toutes les glaces qui l’entouraient. Il courait d’un coin à l’autre du cabinet sans se lasser.
    Enfin épuisé, il revint s’asseoir sur le divan sans cesser de se regarder dans la glace qui lui faisait face.
    Le médecin s’était approché de lui à ce moment-là et Nazim, qui maintenant voulait être tout à fait lui-même en retrouvant un aspect physique fort agréable, s’était mis à relever ce qu’il pensait être des imperfections du bistouri. Il avait alors oublié qu’à son arrivée dans cet établissement, son visage n’en était plus un et il portait un bouchon qui remplaçait son nez brûlé.
    Sans prendre la peine d’écouter les conseils et les indications du chirurgien, il s’était emporté et s’était mis à crier. Dr Lyès, de son côté, avait perdu son sang-froid, et les deux hommes en seraient sûrement arrivés aux mains, n’était la venue inattendue de Nedjma.
    - Alors Nazim, on s’est calmé… Nedjma t’a-t-elle enfin rassuré ? redemande le médecin.
    Nazim hoche la tête :
    - Oui… Je ne me reconnais pas encore. J’ai l’impression de contempler un étranger…
    - Cela va de soi… Tu n’es pas encore “toi-même” Mais bien vite tu t’y habitueras. Déjà que tu commences à compter les imperfections…
    Il rit et poursuit :
    - Cela prouve que tu es content. Je ne vais pas te tarabuster davantage avec mes questions. Retourne dans ta chambre et repose-toi. Cela suffit pour aujourd’hui.
    Nazim interroge Nedjma des yeux, et cette dernière ébauche un sourire radieux
    - Je serais heureuse d’avoir à donner le bras à un aussi bel homme que toi.
    - Je pensais que c’était plutôt les hommes qui donnaient leur bras.
    - Certes, mais étant donné les circonstances, je préfère mettre toute galanterie de côté.
    Le jeune homme se met à rire :
    - J’ai comme l’impression de me réveiller d’un profond et long cauchemar.
    - Mais c’est le cas. Tout ça c’est du passé maintenant…
    Elle lui tendit le bras, et il s’en empara heureux :
    - Allons-y… Vous connaissez le chemin jeune demoiselle ?
    - Parfaitement.
    - Dans le cas contraire, je me ferais le plaisir d’être votre chevalier servant pour vous l’indiquer.
    Elle lui donne une tape dans le dos :
    - Monsieur se prend déjà pour un chevalier, alors qu’il est encore en pyjama… Qu’en sera-t-il lorsque tu porteras de beaux habits ?

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  68. Artisans de l'ombre Dit :

    68.

    Ils rirent et quittèrent le cabinet particulier du Dr Lyès. Ce dernier les suit des yeux un moment alors qu’ils ressortaient tous les deux dans le grand couloir.
    Il tire sur sa blouse, avant de l’enlever et de la jeter avec rage sur son divan.
    Nazim ouvrit la porte de sa chambre :
    - Après toi ma chère amie.
    Il rit :
    - C’est drôle. Il y a à peine deux heures, j’étais encore ici à me morfondre. Lorsque Dr Lyès est venu me proposer ses services pour la dernière étape, j’étais tellement nerveux que je ne savais plus quoi faire. J’appréhendais surtout le moment où j’allais devoir m’affronter à moi-même, je veux dire à mon nouvel aspect.
    - Et maintenant ?
    - Je donne ma langue au chat (il rit). Je te donne la parole. Me vois-tu heureux ou bien ai-je l’air de quelqu’un qui hésite encore à sortir de son trou ?
    - Je dirais plutôt que tu es pressé de sortir de ton trou. Il y aura de toute façon beaucoup de mouches autour de toi…
    - Je n’aime pas les mouches. En particulier celles qui s’approchent trop des hommes sans défense comme moi. Veux-tu me faire croire que je ne pourrais plus montrer ma tête sans me faire agresser ?
    Nedjma fait la moue :
    -Peut-être bien… Je ne pourrais répondre dans l’immédiat à cette question. Et si on faisait l’essai tout de suite ?
    - Tu me proposes une promenade ?
    - Pourquoi pas. à condition cependant que tu t’habilles plus décemment…
    - Oh ! Mademoiselle prend déjà ses grands airs !
    - Non pas du tout… Je te vois très mal déambuler dans le jardin avec ce pyjama où s’accrochent encore quelques fils et d’où se dégage cette odeur tenace d’éther et d’alcool.
    - Tu as raison… Mais si je me mets sur mon trente et un, ce n’est pas pour tourner dans ce jardin dont je connais déjà chaque recoin.
    Elle le regarde d’un air amusé :
    - Tu veux déjà sortir ? Tu es pressé de sentir le regard des autres sur toi ?
    - Dis plutôt que je suis pressé d’humer le vent de la liberté… Je me sens si libre, si indépendant, si vivant… Je renais de mes cendres Nedjma… Peux-tu comprendre cela ? (Il se tape la tête). Mais pardi, bien sûr que tu le comprends… Tu es passée par là.
    La jeune femme l’écoutait toujours d’un air amusé :
    - Nazim… je te comprends. Tu as raison de vouloir vivre à cent à l’heure après toutes ces épreuves que tu as subies. Mais crois-moi, il te faut encore du temps… Tu es obligé de t’habituer tout d’abord à ta nouvelle apparence, et ensuite, comme te l’a si bien précisé Dr Lyès, il ne faut pas brûler les étapes. Ta peau est encore fragile… Elle ne supportera pas les changements atmosphériques dans l’immédiat.
    Laisse là d’abord s’habituer à l’environnement. Lorsque tes cicatrices et les rougeurs qui soulignent encore tes traits ne seront plus aussi visibles, tu pourras penser à sortir autant de fois que tu en auras envie. Tu iras alors où bon te semblera… Peut-être tout d’abord te payer un bon dîner dans un grand restaurant… Question de tâter le terrain ou de revivre des expériences.
    Nazim se met à rire :
    - Tu ne veux donc pas croire qu’aucune femme ne pourra plus m’attirer en dehors de toi ?
    - Hum… J’aimerais bien le croire, figure-toi… Mais… Enfin seul l’avenir nous le dira.
    Nazim s’assoit sur son lit et tire de la poche de son pyjama un long tube :
    - Dr Lyès m’a demandé d’étaler cette crème toutes les deux heures sur mon visage… Il m’a demandé aussi d’éviter le soleil pendant au moins quelques jours ou de sortir avec un foulard sur le visage. J’avoue que l’expérience ne me tente pas. Je n’aimerais pas encore ressentir un “masque” sur mon visage même si ce n’est qu’un simple foulard.
    - Je vois que tu reprends tes sens et ton sérieux.
    - Pour l’instant, je sens que mon estomac réclame son dû. J’ai une de ces faims !

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  69. Artisans de l'ombre Dit :

    69.

    Il se passe une main sur le ventre :
    - Si on allait manger quelque chose au foyer ?
    Nedjma se lève et prend la boîte de petits fours qu’elle avait déposée auparavant sur la table de chevet :
    - Regarde, je t’ai préparé des petits fours aux amandes. Qu’en diras-tu si on les prenait avec un bon thé sucré.
    - Génial ! Tu as pensé à tout pour fêter mon retour à la vie normale !
    Elle sourit :
    - Je voulais juste te faire plaisir. Je ne savais pas que le dernier rempart allait tomber aujourd’hui.
    Il l’attire vers lui :
    - Je pourrais encore faire tomber un autre rempart…
    Elle tente de le repousser mais il la prend dans ses bras et elle n’opposa plus de résistance :
    - Tu vois bien que j’aimerais tout d’abord m’assurer de tes sentiments envers moi Nedjma. Tu as partagé beaucoup de ton temps avec moi et ton soutien moral m’est allé droit au cœur. Maintenant je veux que tu partages aussi les bons moments. Et j’ai attendu trop longtemps cet instant.
    Il la sentit tout à coup tremblante et prête à éclater en sanglots :
    - Qu’as-tu donc ? Tu as peur de moi ?
    Elle se dégage de son étreinte :
    - Non… Non Nazim… Ce n’est pas cela. Je… je….
    Elle refoule ses larmes et passe une main nerveuse sur son front :
    - Je vais t’avouer quelque chose… Je ne voulais pas t’en parler avant mais… mais maintenant que tu es sorti de cette mauvaise impasse, je ne voudrais pas que tu ressentes de l’animosité à mon égard, tout simplement parce que j’estime que nous n’avons plus de secrets l’un envers l’autre.
    Nazim, qui avait pris un petit four et s’apprêtait à le mettre dans sa bouche, redépose le gâteau et se retourne vers Nedjma :
    - Tu l’air de quelqu’un qui supporte un lourd fardeau tout d’un coup. J’aurais dû m’en douter bien avant de cet air triste que tu caches sous des apparences d’insouciance et de gaîté. Je me disais que c’était juste une impression.
    La jeune femme déglutit :
    - Je suis triste Nazim… Si tu savais à quel point je le suis…
    Elle pousse un long soupir qui aurait pu faire fondre des pierres.
    Nazim est de plus en plus intrigué. Il pose sa main sur le bras de la jeune femme :
    - Que se passe-t-il donc ? Qui y a-t-il Nedjma… ? Que me caches-tu donc ?
    Le jeune femme essuit ses yeux et relève une mèche sur son front. Elle toussote puis lance :
    - Le Dr lyes a demandé ma main…
    Nazim demeure de marbre. Un silence de plomb s’abattit soudain sur eux.
    Le jeune homme s’était, certes, préparé à une telle éventualité. Mais, avec le temps, il avait trouvé ses soupçons ridicules et s’était même blâmé de sa jalousie morbide. Nedjma l’avait rassuré. Elle n’avait aucunement l’intention de refaire les erreurs du passé. Même avec lui, elle avait étalé ses réticences.

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  70. Artisans de l'ombre Dit :

    70.

    La jeune femme le tire par la manche de son pyjama :
    - Tu ne dis rien… ?
    - Heu… je… je….
    Il sentit un froid glacial s’emparer de ses os et, en parallèle, une désagréable transpiration imbiber son corps. Quel paradoxe !
    - Je… je m’attendais à cette proposition… je t’avais déjà prévenue Nedjma.
    - C’est pour cela que je t’en parle justement.
    - Je pense que les jeux sont faits. Bien sûr, tu vas accepter sa proposition. Je te souhaite beaucoup de bonheur.
    Il se détourne pour cacher les larmes qui brillaient dans ses yeux et qui brûlaient ses joues.
    - Qui te dit que je vais accepter ?
    Nazim garde le silence. Il y a à peine quelques minutes, il aurait dansé le sirtaki tellement il se sentait heureux. Mais maintenant…
    Il refoule ses larmes et se retourne :
    - Pourquoi pas Nedjma ? Cet homme t’a rendue belle à souhait… Grâce à lui tu revis… Tu pourras vivre heureuse. Tu seras non seulement protégée, mais aussi à l’abri du besoin pour le restant de tes jours.
    La jeune femme demeure interdite un moment avant de s’écrier :
    - Pourquoi dis-tu cela… ?
    - Je n’ai rien à t’offrir Nedjma… Rien. Une femme aussi jeune et aussi belle que toi a le droit de vivre heureuse. Je ne pourrais pas t’offrir le bonheur auquel tu aspires. Moi je n’ai ni fortune, ni biens, ni même un travail.
    Elle met une main sur sa bouche :
    - Chut ! tu parles trop vite, et tu tires des conclusions incompatibles.
    - Pourquoi… ? N’ai-je pas dit des réalités ?
    - Pas du tout… Penses-tu que la fortune du Dr Lyes me rendra heureuse… ? Penses-tu que c’est uniquement l’argent qui fait le bonheur… ? Tu oublies que j’ai vécu comme une nonne durant de longues années parce que ma première expérience dans le mariage s’est avérée des plus désastreuses.
    - Raison de plus pour rectifier le tir… !
    - Tu as raison là-dessus. Mais dans quel sens ?
    - Eh bien… Je pense que tu aurais compris qu’avec un homme tel que moi, tu n’atteindras jamais la perfection et le confort matériel.
    Nedjma s’emporte :
    - Ah oui… ? Parce que monsieur pense que je suis à la recherche du confort en faisant fi des sentiments et de la relation humaine ! Je crois que tu as été contaminé par ta première fiancée Nazim. Aujourd’hui, après une longue traversée du désert, tu reviens à ce que tu reprochais justement à Feriel.
    Nazim se senti honteux. Il rougit. Et cette fois-ci aucun masque ne pouvait le protéger du regard aiguisé que lui lançait Nedjma. Il se reprend :
    - Désolé… Nedjma… Je te fais mes excuses. Je ne sais pas ce qui me prends… La pensée de te perdre m’est intolérable.
    - C’est insensé de ta part de tirer des conclusions hâtives alors que j’ai déjà mis le holà à toute cette situation.
    Nazim lui jette un regard interrogateur :
    - Tu veux dire…
    - Pardi ! laisse-moi donc te raconter ce qui s’est réellement passé avec le docteur Lyes.
    Nazim la regarde curieusement.
    - Raconte donc… Je ne dirais plus un mot avant la fin de ton récit.

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  71. Artisans de l'ombre Dit :

    71.

    Nedjma toussote :
    - Il y a quelques jours, le Dr Lyès m’a invitée comme à ses habitudes à prendre le thé dans son bureau. Il y a comme cela des jours, où j’aimais sa compagnie. Et cela ne veut pas dire que je suis séduite par cet homme. Non, détrompe-toi… Je le considérais comme un grand frère. Peut-être même un confident. Mais cette fois-ci, je le sentais un peu tendu, un peu préoccupé. Je savais qu’il souffrait de sa solitude et je tentais par quelques conseils ou plutôt par quelques mots apaisants de mettre un baume sur ses blessures. Il me surprit alors par sa proposition. Il voulait faire de moi, me dit-il, non seulement sa femme, mais une agréable compagne pour ses vieux jours. Je demeurais sans voix… Je suis restée interdite un instant, avant de reprendre mes esprits et de réaliser que je ne rêvais pas. Je lui expliquais alors que je n’avais aucunement l’intention de refaire ma vie de sitôt après tout ce que je venais de subir. Mais il me rabroua en faisant référence à notre relation. Il ira jusqu’à me reprocher de passer plus de temps avec toi qu’avec lui, et me dit que s’il ne tenait qu’à lui, il t’aurait gentiment renvoyé sans terminer son œuvre. Il avait un regard envieux et jaloux et, à un moment donné, je pensais qu’il allait m’agresser. Il se reprit à temps et se radoucit avant de me proposer de nouveau le mariage tout en me demandant de bien réfléchir. Lui pouvait m’assurer le Pérou, par contre avec toi, je n’aurais que des ennuis. Je rétorquais que je n’avais pas à réfléchir. Que lui n’était que mon médecin et que toi tu es un ami. Un ami à qui j’ai pu confier mes malheurs et qui avait amplement compris mes états d’âme, car lui-même avait vécu la même situation que la mienne ou presque. Furieux, il s’est levé en me menaçant… Il avait brandi son index vers mon visage, puis s’était ravisé à mi-chemin de sa colère pour ébaucher un rire mauvais et sournois. Celui qu’il allait détruire serait plutôt toi. Tu n’étais pas encore prêt à la dernière étape et il pouvait enlever les pansements et te massacrer le visage en faisant croire à un accident… Cela pouvait arriver, me précise t-il… Après tout, il n’était qu’un être humain et non un ange… Il n’était qu’un chirurgien exposé à toutes les erreurs du métier. Là je pris réellement peur… Ce grand monsieur, celui qui réalise des miracles, celui que nous prenions pour un génie ou un ange gardien n’était qu’un mesquin jaloux, envieux, perfide, sournois. L’argent pouvait le rendre puissant certes… Mais il ne pouvait acheter le sentiment. Je compris la profondeur de sa détresse. Je sentais son désarroi… Mais sa façon d’agir se rapprochait de celle d’un inculte, d’un bandit des grands chemins. En quelques minutes, l’image idyllique que j’avais de lui s’effrita devant mes yeux. Quelque chose se brisa en moi… Je revoyais la scène où je t’ai trouvé en train de sangloter sur ton lit. à ce moment précis, je compris l’intensité de ta détresse. Je savais que l’amour que tu me portais était profond et sincère. C’est depuis que j’ai aussi réalisé que, malgré moi, mes sentiments avaient évolué et que je tenais à toi plus qu’à quiconque. Certes, tu n’avais pas encore de visage, mais tu avais un cœur et des qualités que d’autres ne possèdent pas, à l’instar du Dr Lyès. J’ai fait croire à ce médecin que je prendrais le temps de réfléchir comme il me le proposait. Cela fait déjà plusieurs jours que je ne dors plus. Je ne fais que penser au moment crucial où le chirurgien va devoir trancher. J’étais malheureuse à l’idée de devoir te quitter, mais plus malheureuse encore à celle de t’imaginer défiguré à vie cette fois-ci. Des images hideuses se dressaient devant mes yeux… Des images où je te voyais sans nez, sans oreilles, sans joues. Arborant une tête de Quasimodo. Ce n’était pas que tu me faisais peur. Non ! C’était le fait que tu vas prendre mes sentiments envers toi pour de la pitié… Je n’en pouvais plus. Les quelques heures où je pouvais fermer l’œil, je faisais des cauchemars…

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  72. Artisans de l'ombre Dit :

    72.
    Elle se tût et pousse un soupir avant de poursuivre :
    - Des jours passèrent. J’évitais de rencontrer le médecin ou de répondre à ses appels téléphoniques. Que pouvais-je lui dire… ? Que je n’avais pas encore tranché…. ? Que j’étais indécise…. ? Une indélicatesse de ma part aurait précipité ta destruction….
    Alors je pris mon mal en patience tout en espérant que le Dr Lyes finira par entendre raison.
    J’ai tellement prié pour ça que, finalement, mon souhait a été exaucé. Quand je t’ai retrouvé tout à l’heure dans son cabinet, je n’ai pu retenir mes larmes ni réprimer mes sanglots. Ce médecin a peut-être remis sa proposition en cause.
    - Non… ! l’interrompt Nazim.
    - Hein … ?
    - Non … je pense plutôt qu’il n’a pas eu le temps d’exécuter sa menace… Tu es arrivée au bon moment…
    - Comment le sais-tu ? Tu étais déjà débarrassé de ton “masque” à mon arrivée…
    - Oui, mais tu oublies les imperfections. Ce médecin a fait exprès de laisser “traîner” quelques rougeurs et cicatrices çà et là afin que je lui demande de les “corriger”… C’est à cette étape qu’il aurait exécuté son plan.
    Horrifiée Nedjma porte une main à sa bouche :
    - Quelle stratégie machiavélique ! Je n’avais vu que du feu.
    - Moi aussi, figure-toi…
    - Oh Nazim…Oh Nazim tu l’as échappé belle. Je crois que nous sommes protégés par la divinité…
    Il lui prend les mains et les portes à ses lèvres :
    - Je crois en la divinité… Mais toi aussi tu as su me protéger en arrivant à point.
    - Ce n’était qu’une simple coïncidence…
    - Malgré… c’était le moment crucial qu’aurait choisi le Dr lyes pour passer à l’action…
    Je comprends mieux maintenant son empressement pour m’enlever mes pansement dans son cabinet particulier…
    Ce cabinet où il ne reçoit que les plus proches de ses patients.
    Nedjma se serre contre lui :
    - Tu comprends donc l’ampleur de ma tristesse…
    J’étais tombée des nues à sa proposition. Mais ma tristesse s’est accentuée à ta vue tout à l’heure. Tu es redevenu le bel homme… L’homme que toutes les femmes convoiteront sans protocole. Je sentais comme une barrière à l’orée d’une fontaine, alors que je mourais de soif…
    - Tu veux dire que tu regrettes le Dr Lyes ? lance Nazim d’un air amusé.
    Elle rit :
    - Taquine-moi si tu veux… mais j’avais peur… Peur de te perdre alors que je venais à peine de te retrouver.
    À ce moment précis, la porte s’ouvrit et le Dr lyes apparaît. Nazim se sentait prêt à lui sauter au cou à la moindre incartade… mais il n’en eut pas besoin :
    - Je vois que vous vous retrouvez jeunes gens, lance le médecin sur un ton où perçait plutôt l’indifférence.
    Il se retourne vers Nazim :
    - Je pense que Nedjma t’a mis au courant des projets que j’avais édifiés pour elle.
    - Dites plutôt du plan machiavélique que vous avez érigé à mon encontre pour l’accaparer.
    Le médecin hausse ses épaules :
    - À la guerre comme à la guerre… tous les coups sont permis. Il y a ensuite un gagnant et un perdant. J’avoue que je n’aime pas perdre… J’en ai même horreur…
    C’est ce qui en a fait la clé de mes succès. Mais lorsqu’il m’arrive de perdre, je sais perdre loyalement.
    Il soupire :
    - Pourtant c’est toi-même qui m’avais reproché ma solitude Nazim… Tu avais insisté tant et tant pour que j’y mette fin… Tu m’avais redonné le goût de tenter d’autres conquêtes et de m’ouvrir d’autres horizons sentimentaux. Mais ce que tu n’avais pas prévu, c’est que le hasard joue parfois de mauvais tours.

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  73. Artisans de l'ombre Dit :

    73.
    Il met les mains dans ses poches et voyant que les deux jeunes gens gardaient le silence tout en attendant une suite, il poursuit :
    - Eh bien je pense que j’ai perdu cette partie. Peut-être qu’en contrepartie je vais gagner autre chose. De la reconnaissance par exemple.
    - De la reconnaissance ?
    - Oui, jeune homme. Certes je me suis conduit comme un imbécile et je me suis laissé emporter par des illusions. Mais je sais reconnaître mes torts et redresser la barre au bon moment.
    Je me suis surpassé pour vous redonner à tous les deux un visage. Je peux tirer une satisfaction incommensurable à chaque fois que je vous verrai ensemble et si bien assortis. Je… j’avais pensé que les menaces allaient apporter un résultat… Une honte pour moi. Je voulais juste retrouver une nouvelle jeunesse… pas une jeunesse physique, celle-là j’aurais pu me la fabriquer, mais disons plutôt une nouvelle vie… Un nouveau souffle. Hélas ! Cette jeunesse-là personne ne pourra la reconquérir. Nous sommes les esclaves du temps et nous le resterons à jamais. Même si notre physique a été mille et une fois corrigé et rajeuni.
    Il soupire avant de continuer :
    - Après une longue carrière et une vie bien pleine, je me surprends à jouer aux adolescents et aux amoureux transis… Non… Rendons à César ce qui lui appartient… Ma vie est derrière moi.
    Et les années ou les jours qui me restent à vivre je vais devoir les vivre ici même dans cette clinique, auprès d’autres patients qui, comme vous, viendront me supplier de leur redonner un visage et des traits qui exprimeront les joies et les chagrins de leur âme. Mon devoir s’arrêtera là. J’ai déjà reçu ma dose de bonheur en ce monde…
    La solitude ou l’ennui ne pourront m’atteindre si je sais les gérer à distance. Et Dieu seul sait si je ne les ai pas déjà gérés.
    Il passe une main dans ses cheveux :
    - Je suis heureux de constater que j’ai tout de même tenu à ma parole. Nazim, tu es devenu le bel homme que tu étais. Peut-être que tu n’es pas encore toi-même, mais le temps s’appliquera à te redonner ce plus qui te manque encore. Un jour tu oublieras même cette phase noire de ton existence où tu errais comme une âme en peine dans un labyrinthe à la recherche d’un visage. Beaucoup de patients dans ton cas ont préféré tirer un trait sur leur passé et ont oublié même leur premier visage.
    Je veux dire leur visage d’origine. C’est ce qui se passera sûrement pour toi.
    Il se retourne ensuite vers Nedjma et sourit :
    - Pour toi, c’est encore plus spectaculaire ! Tu es devenue tellement attirante ces derniers temps, que malgré toutes ces femmes qui essayent de me séduire, je n’ai pu résister à te courtiser.
    Tu es la seule qui a pu remuer en moi un sentiment que je n’ai plus ressenti depuis plusieurs années. J’ai même cru que mon cœur s’était endurci, et que plus jamais je ne connaîtrais l’agréable souffrance de l’amour. Je ne pourrais que te remercier. Oui… Je te remercie de m’avoir fait souffrir et de m’avoir fait sentir que je suis encore en vie.
    Il ébauche un sourire triste…
    - Je devrais te demander pardon pour le mal que je t’ai causé, mais… je ne le ferai pas, parce qu’en réalité, je n’ai fait que te bousculer pour te démontrer que la vie vaut toujours la peine d’être vécue, quelles qu’en soient nos peines.
    Après un naufrage, lorsqu’on touche le fond, on rebondit toujours. Et quand on rebondit, on ne craint plus la noyade, car on aurait appris à nager.

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  74. Artisans de l'ombre Dit :

    74.

    -Tu comprends donc Nedjma. Tu comprends donc que grâce à moi tu as découvert un sentiment plus profond envers Nazim. Tu as compris que l’amour, que tu t’entêtais à rejeter, te collait encore à la peau et qu’il ressurgissait au moment où tu t’y attendais le moins. Ne dis rien encore… Pour te confirmer mes dires, je te pose une seule question : si tu n’avais pas connu Nazim, n’aurais-tu pas répondu favorablement à ma proposition ? ( Il rit) Mon petit doigt me donne toutes les raisons de croire que tu aurais flanché. Au fond, Nedjma, tu cherches un réconfort. Un baume sur les brûlures de ton âme. C’est le même cas pour Nazim. Et pour tous les humains. Nous sommes si vulnérables devant les coups du destin (il soupire). Mais ce coquin fait toujours bien les choses… Que l’on accepte son sort ou pas, les dés sont jetés bien avant qu’on n’atterrisse dans ce monde et à chacun de nous sa dose de bonheur ou de malheur. Un équilibre en somme pour un subconscient qui n’aime pas être trop malmené. Quels égoïstes nous sommes ! Nous acceptons de gagner, mais nous refusons de perdre ! En fin de parcours, chacun de nous ne pourra récolter que ce qu’il a semé. Les lois divines sont intransigeantes. Nous devrions donc vivre nos joies comme nos peines et apprécier tous les coups du sort.
    Il se tut un moment, puis se dirigea vers la porte en levant une main en guise d’adieu :
    - Sur ce… Tous mes vœux mes enfants. Je vous souhaite bien du bonheur. De temps à autre, ayez une pensée pour un homme comme moi, qui pense plus aux autres qu’à lui-même. Si bien que, parfois, il se permet de devenir un moralisateur assidu pour qu’on puisse profiter pleinement de ses conseils.
    Il tourna les talons et ressortit de la chambre avant que Nazim et Nedjma n’aient pu placer un mot.
    Ils demeurèrent un moment silencieux, puis Nazim lance :
    - Il se prétend moralisateur, alors que…
    - Chut… l’interrompt Nedjma. Je crois qu’il a fait ce qu’il fallait pour nous rassurer. Je comprends fort bien son état d’âme et ses préoccupations. La solitude le rend parfois fou, mais il s’accroche à son métier pour oublier. Il aime se sentir adulé et envié. Le fait de repousser la laideur et de s’attaquer à tous les caprices de la nature lui font sentir qu’il est fort… Mais au fond, comme il le reconnaît lui-même, nous ne sommes que des humains… Des êtres vulnérables, des instruments entre les mains du destin.
    Elle sourit :
    - Je te sentais si tendu que j’ai pensé que tu allais lui sauter au cou.
    - C’est ce que j’avais l’intention de faire s’il avait osé t’importuner…
    - C’est vrai ?
    - Mais bien sûr… Crois-tu que je l’aurais laissé faire ses caprices et continuer à te faire chanter ?
    Elle lui pince la joue :
    - Et maintenant, que comptes-tu faire ?
    Il la regarde un moment, puis la tire vers lui :
    - Eh bien te mettre le grappin dessus, avant que le destin ne tente de s’acharner encore sur nous.
    - Ah ! je vois. Cette fois-ci tu vas défier le destin.
    Ils rirent, puis Nazim lance :
    - Pourquoi pas… Mais pour cette fois je crois qu’il devient notre allié, puisqu’il nous rapproche davantage et nous permet d’apprécier la vie à sa juste valeur.
    Il soupire :
    - J’espère que tu te rends compte de ce que nous avons vécu tous les deux…
    - Bien plus que tu ne le penses… Nous avons traversé l’enfer.
    - Alors, l’interrompt-il, acceptes-tu maintenant d’être ma compagne dans une traversée plus agréable ?
    Elle sourit et vint se blottir contre lui :
    - N’auras-tu pas des appréhensions ou des regrets plus tard ?
    - Des regrets ?
    - Oui… La traversée sera sûrement longue et parfois ennuyeuse… La vie ne fait pas toujours de cadeau. Et je ne serai pas toujours cette belle et jeune femme que tu connais aujourd’hui.
    Nazim la serre contre lui :
    - Ne redis jamais ça Nedjma. Je t’ai connue et aimée pour tes qualités et ton grand cœur. Tu ne connaissais de moi en guise de visage qu’un tas de bandages. Mais même en cet état-là, tu appréciais ma compagnie. J’en connais beaucoup qui n’auraient pas résisté à la proposition de Dr Lyès. à elles la richesse et la gloire. Mais toi tu as tout bonnement refusé. Tu as préféré “l’homme sans visage” à qui tu rendais visite et qui t’attendait chaque jour avec impatience. C’est ça le vrai sentiment. C’est ça la vrai vie. L’être humain est certes vulnérable, mais lorsqu’il sait accepter son sort, il gagne toujours. Je t’ai gagnée Nedjma… Je t’ai gagnée après une rude bataille. Tu as été ce baume bienfaiteur sur les brûlures de mon âme.
    Il lui relève le menton et la regarde dans les yeux :
    - Ne vas pas croire donc que je te lâcherai de sitôt.

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