Par : Yasmine HANANE -Email :hananedz@yahoo.fr
I- LE VILLAGE
J’ai longtemps entendu parler de mon village… Heu… pas du mien précisément puisque ce village je ne l’ai découvert que récemment ; mais tous les gens appelaient ce hameau perdu dans les montagnes “mon village”, comme si ce pronom possessif pouvait leur donner un peu plus de prestance.
Le village, donc, s’étendait majestueusement au haut d’une colline aux chemins accidentés, et aux ruelles étroites qui vous font penser à un tunnel sans fin.
Je n’étais pas encore arrivée… ! La poussière soulevée par les roues de mon véhicule m’empêchait de voir clair devant moi. Oh ! je crois que je pourrais rattraper le temps perdu puisque j’avais décidé de tenter l’aventure et de percer le mystère de tous ces coins dont j’ai entendu parler. Mon arrière-grand-mère avait, m’a-t-on dit, vécu un temps dans l’ombre des hautes montagnes qui entourent ces lieux.
Un dos d’âne que je n’avais pas remarqué stoppera net mes méditations. Mon véhicule fait une embardée et dérape avant de s’arrêter net. Je reprends mon souffle et tente de calmer les pulsations de mon cœur. J’ai eu chaud un moment à la vue du ravin qui me faisait face.
Pour reprendre mes esprit, je décidais de m’accorder une halte. Mais la poisse me collait : une de mes roues était à plat, et comme toutes les femmes, moi et la mécanique nous n’avions jamais fait bon ménage.
Je me laisse tomber dans l’herbe verdoyante. J’aspire à grandes goulées l’air pur qui ne manquait pas dans ces lieux paradisiaques, tout en tentant de me rassurer. Après tout, quelqu’un finira bien par passer… un homme de préférence… me dis-je. Un homme qui pourra m’aider à changer ma roue et m’orientera vers le chemin le plus court et le mieux balisé pour arriver au hameau.
Une bonne heure passe avant qu’un bus de transport public ne s’arrête non loin de moi. Quelques paysans en descendirent, puis des femmes avec des enfants en bas âge, et enfin un groupe de jeunes gens. Je me lève pour demander de l’aide, mais quelqu’un avait été plus prompt que moi. Un jeune homme à l’allure athlétique, qui n’avait apparemment pas les yeux dans sa poche, m’avait repérée. Il s’approche de moi le sourire aux lèvres :
- Vous avez crevé… ?
- Moi pas…. mais la roue de mon véhicule…
Je tendis mon index pour lui indiquer la pauvre roue qui venait de rendre l’âme.
Il rit :
- Vous avez le sens de l’humour à ce que je vois. Vous avez ce qu’il faut au moins ?
Je me dirige vers la malle pour prendre la roue de secours, le cric, et la clef…
- Je ne sais pas changer une roue… Je suis une femme.
- Hum…vous aimez toutes vous pavaner dans des véhicules de luxe pour affirmer votre droit à la liberté. Vous aimez égaler l’homme dans ses perspectives, mais lorsqu’il s’agit d’une panne, vous appelez au secours.
Je hausse les épaules d’un air impuissant :
- On n’aime pas se salir les mains… !
Il rit encore :
- Bonne réponse… Voyons un peu ce que cette pauvre roue a pu subir pour se dégonfler ainsi. Ah ! je vois… c’est un clou….
Il se penche et se met à dévisser les écrous, avant de retirer la roue et de la remplacer par une autre.
- Voila ! c’est réglé. Vous n’aurez plus qu’à voir un vulcanisateur pour réparer les dégâts.
Je pousse un soupir de soulagement :
- Vous méritez une médaille. Vous avez changé la roue si rapidement !
- J’ai l’habitude. Je possède un vieux tacot qui, de temps à autre, me fait voir de toutes les couleurs. Alors j’ai fini par apprendre toutes les ficelles du métier…
- Vous êtes mécanicien ?
- Mais non… juste un bricoleur… Je suis ingénieur en agronomie…
- Ah ! je … pensais…
- Ne pensez plus… Dites-moi plutôt où vous allez et je me ferais un plaisir de vous guider.
- Vous êtes du village ?
- On peut le dire… Mes grands-parents y sont nés, mais avaient préféré quitter les lieux très tôt pour habiter en ville. Nous avons tout de même quelques parents éloignés qui y habitent encore. Et puis, il y a l’ancienne maison de nos aïeux où de temps à autre nous passons des vacances…






5 mai 2012
EXTRAITS, Yasmina Hanane