Par : Adila KATIA
1ere partie
-Et si on allait faire les boutiques ? Peut-être trouveras-tu une robe ou un joli ensemble pour la réception que donne Hakima ?
?va regarde sa montre et secoue la tête. Elle n’a pas le temps. Elle a encore du travail.
- Désolée Feriel… Je dois trier les dossiers, les affaires non conclues, réplique-t-elle. ? la demande du grand patron !
- Si tu veux, propose son amie, je reste te tenir compagnie et on fera les boutiques après… J’appellerais ma mère pour la prévenir…
Mais ?va refuse.
- J’ignore combien de temps, je vais rester… Mais une autre fois, propose-t-elle.
- Appelle-moi quand tu seras prête !
?va lève la tête et lui lance un regard interrogateur. Elle a senti que la phrase est à double sens. Mais déjà Feriel se détourne, prête à partir.
- Quand j’aurais un moment !
- C’est ça, comme si le travail est tout dans la vie !
- Feriel, reviens !
Mais cette dernière a tiré la porte, derrière elle. ?va repousse les dossiers et s’accorde un moment de répit. Il lui arrive rarement de souffler un peu. Toute la journée, elle est là, au bureau de l’agence immobilière de son frère. Ali en possède trois. Installé depuis une dizaine d’années, à Alger, avec l’aide d’un ami, il s’est mis dans les affaires et il a un bon flair. Si bien qu’en l’espace de si peu de temps, il en ouvert deux autres. L’une à Constantine et une autre à Béjaïa. C’est elle qui assure celle-ci. Elle a deux employés, des proches de son mari.
De son défunt mari.
Elle pense à ce que lui a dit son amie Feriel. Elle faisait certainement allusion, à son veuvage. Cinq années ont passé depuis ce terrible jour où il a trouvé la mort, dans un accident de la circulation. Un camion lui est entré dedans. Le chauffeur était ivre.
Celui-ci s’en est tiré avec des fractures aux jambes mais son mari est mort, sur le coup. Il n’a pas eu le temps de réaliser. Ni même de souffrir.
- Tant mieux, dit-elle à voix haute, en regardant son portrait fait à la main, posé dans le meuble en face d’elle. Je ne l’aurais pas supporté…
Elle se rappelle de la venue des gendarmes, chez elle, en fin de journée. Ses beaux-parents et sa belle-sœur, alertés par l’affreuse nouvelle, l’avaient vite rejointe. Sans leur soutien, elle se demande ce qu’elle serait devenue.
Nadhir, avocat, était allé plaider la cause d’une victime d’un malheureux mariage. Il n’aura pas eu l’occasion de défendre ces intérêts jusqu’au bout.
- Tu me manques…
“Quand tu seras prête…”, résonne encore en elle. Son amie Feriel a l’habitude de lui envoyer des piques mais celle-là, elle l’a atteint au plus profond de son cœur.
Car même si des années ont passé depuis, elle ne s’est jamais faite à la mort de son mari. Elle a été si heureuse, avec lui qu’elle ne peut pas s’imaginer avec un autre. L’idée de refaire sa vie ne l’a jamais effleurée.
Mais maintenant qu’elle y pense, elle se rappelle que sa famille et ses amies passent leur temps à l’inviter. Soit à des fêtes, des réceptions, des sorties…
- Non, ils n’avaient pas d’autres idées, derrière la tête !
Même si c’est clair comme l’eau de roche, que leur but caché est de lui trouver un mari, elle se refuse à le concevoir.
- Ils ne peuvent pas me forcer la main…
Si tous croient qu’il est possible de tourner la page, d’oublier le bonheur perdu et de refaire sa vie, comme ça, en un claquement des doigts, ils se trompent. Car depuis un moment, elle ne vit que pour les souvenirs…






6 mai 2012
Adila Katia, EXTRAITS