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L’État national entre Révolution et contre-Révolution Par Badr’Eddine Mili

10 mai 2012

Contribution

Contribution : RÉFLEXIION

Il peut paraître, a priori, quelque peu désuet d’évoquer, aujourd’hui, la question de l’Etat national, dans une Histoire immédiate surdimensionnée par une mondialisation économique et militaire apparemment imparable.
Et pourtant, par quelque bout que l’on prenne les événements qui bousculent, en ce moment, le système de l’Ordre et de l’Autorité prévalant dans le monde arabe, tout renvoie à elle et tout la place au cœur de l’actualité de sociétés déboussolées qui souffrent de l’inachèvement ou, pire, de l’inexistence d’un Etat national qui les aurait sauvées du désastre qu’elles subissent si celui-ci avait été conduit au bout de son processus par des régimes en phase avec les aspirations de leurs peuples. Les mouvements de réforme, engagés ici et là, au Machrek et au Maghreb, invariablement parés de vertus passant pour être démocratiques, dans certains cas, imposées de l’extérieur, éclairent davantage sur la pertinence et la justesse des termes avec lesquels cette question interpelle aussi bien les forces sociales que le large spectre des élites intellectuelles et politiques agissant sur la scène arabe. Contemporaine de la Renaissance européenne et des idées modernes, la question de l’Etat national s’est posée, de différentes manières, au sortir de la période féodale. L’Etat-Nation que la bourgeoisie fit émerger en Grande-Bretagne et en France, au lendemain de la Révolution de Cromwell de 1660 et de la Révolution française de 1789 servit de porte-étendard au réveil des nationalismes européens opposés à l’Empire austro-hongrois et pressés de reconquérir leur identité et de former des Etats en adéquation avec leurs idéaux de liberté et de fidélité aux valeurs ancestrales, après le retentissant échec de la Commune. Le mouvement fut suivi, sous la même égide, par la réalisation tardive de l’Unité nationale allemande et de l’Unité nationale italienne, opérées, à marches forcées, successivement par le chancelier prussien Bismarck pour l’Allemagne et par le roi Victor Emmanuel II, Cavour et Garibaldi pour l’Italie, ce qui entraîna l’Europe dans une série de guerres mondiales impliquant d’autres nouveaux- venus, à la recherche de l’expansion, le Japon modernisé par le Meiji et les Etats-Unis, la nouvelle puissance montante du Nouveau Monde, un melting-pot multiculturel et multinational créé par les hobereaux vaincus par les Révolutions du Vieux Continent. Seules la Russie pré-capitaliste et la Chine dominée par le mode de production asiatique, un mélange de féodalisme et de communautarisme primitif, y firent exception, les deux ayant opté, à quelques variantes près, pour le communisme, l’antithèse du nationalisme, à la suite de la victoire du bolchevisme sur le gouvernement bourgeois de Kerensky et de celle du maoïsme sur le gouvernement «nationaliste» de Tchang-Kaï-Tchek, l’avatar de la révolution bourgeoise de Sun-Yat-Sen, étouffée dans l’œuf en 1911. Au Machrek et au Maghreb où le pouvoir était tribal, la maturation de l’idée de l’Etat national attendit, pour émerger, d’être mis à l’épreuve de la colonisation. Le premier pays du Maghreb à l’avoir utilisé fut l’Algérie qui, dès 1830, proclama sous la direction de l’émir Abdelkader, l’Etat algérien moderne dont la France dut reconnaître la souveraineté, sur les deux tiers du territoire, dans le Traité de la Tafna, signé par un maréchal Bugeaud défait. Pour la première fois surgissait, sur une terre algérienne, un embryon d’Etat national dirigé par une noblesse d’épée et de foi et inspiré de la volonté de défendre l’unité du peuple et l’intégrité du territoire dans un esprit de préservation et de consolidation des fondements d’un vivre- ensemble dont l’un des plus fédérateurs était un Islam de tolérance et de progrès diffusé par des universités rayonnant au-delà des frontières. Rien à voir avec l’Etat dit de la Régence érigé au XVe siècle par Kheïreddine Barberousse, un Etat féodal assis sur l’agriculture extensive, les grands domaines d’élevage équin et la course et tenu, d’une main de fer, par l’odjak et les janissaires turcs, aux effectifs régulièrement renouvelés par Constantinople. Sans être une implantation de peuplement, au sens strict du terme, la présence ottomane n’en revêtit pas moins les formes d’une domination coloniale exercée par une classe dirigeante formée de beys, de bachaghas et d’aghas, les piliers d’une administration de percepteurs qui opprima le peuple algérien selon les règles classiques de l’exploitation de l’homme par l’homme ; des rapports sociaux, magnifiquement illustrés par Bachir Hadj Ali, dans sa conférence de 1964, sur la musique algérienne, par le fameux dialogue qu’il avait transcrit, dans une saynète fabuleuse d’expression, entre le bendir bruyant et arrogant campant le caïd et la flûte frêle et chevrotante représentant le khammas, le premier criant «med ! med !», «donne ! donne !» et la seconde répondant «mnine ? mnine ?», «d’où ? d’où ?». Cette situation perdura et s’aggrava lorsque cet appendice de la Sublime Porte devenu puissant et auto-centré, s’émancipa de la tutelle de cette dernière et mena le pays à sa guise jusqu’à la bataille fatale de Navarin, où il perdit toute sa flotte. La suite, on la connaît… L’invasion déclenchée par Charles X, la fuite du dey et l’abandon, sans combat, de l’Algérie à ses envahisseurs, exception faite de l’héroïque résistance conduite, en 1847, sur les remparts de Constantine, par Ahmed Bey, Belabdjaoui et Benaïssa contre Damrémont, Perregaux, Lamoricière, Rohault de Fleury et St Arnaud, des généraux aguerris, connus sur les plus grands champs de bataille napoléoniens d’Europe. Loin d’être mise entre parenthèses par la défaite de l’émir Abdelkader et son exil au château d’Amboise puis à Damas, la question nationale fut reprise en main autant par les insurrections — des jacqueries géographiquement limitées et sans lendemain — que par les partis — la traduction moderne de la Résistance nationale — auxquels succéda le mouvement indépendantiste révolutionnaire incarné par le tandem FLN-ALN qui mit un terme, par les armes, à l’occupation du pays le 5 juillet 1962. A cette date, c’est tout naturellement que l’Etat algérien prit, officiellement, la succession, non pas de l’Administration coloniale ou de l’Etat ottoman malgré la communauté de religion que celui-ci avait entretenue avec le peuple algérien qu’il avait protégé des convoitises étrangères, cinq siècles durant, jusqu’à la déconfiture de Sidi Fredj, mais bel et bien de l’Etat de l’émir Abdelkader dont la doctrine constitutionaliste algérienne avait dit qu’il ré-émergeait d’une éclipse de 132 ans. C’est tout dire. Et de ce fait, il n’y eut aucune passation de pouvoirs avec quelque autorité que ce soit. L’Etat algérien n’hérita pas sa souveraineté, directement, du Gouvernement 0provisoire prévu par les Accords d’Evian et installé à Rocher-Noir (Boumerdès) sous la présidence de Abderrahmane Farès, une personnalité «neutre», accompagné par Chawki Mostefaï et Belaïd Abdeslam, les représentants du FLN, mais la tint du GPRA et du CNRA, les organes exécutif et législatif de la Révolution algérienne, dépositaires de la légitimité populaire et de la souveraineté nationale, organes représentés par Benyoucef Benkhedda qui fit son entrée, à Alger, à la proclamation des résultats du référendum sur l’autodétermination du 1er juillet 1962, malgré la crise fratricide de cet été-là. Et quoi qu’on dise des conditions aléatoires et très discutables de la restauration de l’Etat algérien, non exemptes de graves fautes politiques qui en pervertirent le processus de refondation, il n’en demeure pas moins que c’est l’Etat national et nulle autre entité institutionnelle qui fut, alors, installé à Alger. Le rapatriement de Syrie de la dépouille de l’Emir, décidé après le redressement du 19 juin 1965, par le président Houari Boumediène, habité par le credo d’un Etat qui survit aux événements et aux hommes, fut, de ce point de vue, un geste très parlant, doctrinalement confirmé, en 1976, par la Charte d’Alger qui rappela les référents civilisationnels et culturels du peuple algérien, expressément hissé, pour la première fois, dans les textes fondateurs, au rang de Nation. Rédha Malek avait parfaitement raison de dire que la Délégation algérienne aux négociations d’Evian fut intraitable sur les questions de l’unité du peuple, de l’intégrité du territoire et de l’identité de l’interlocuteur des autorités coloniales — en l’occurrence, le FLN, à l’exclusion du MNA messaliste et de toutes autres parties usurpatrices — et ne transigea sur aucune d’entre elles parce qu’elles renvoyaient à l’idée intransgressible de l’Etat national totalement indépendant, contrairement à ce qui se passa avec le Maroc et la Tunisie lorsque Mendès-France imposa au roi Mohammed V, aux négociations d’Aix-les-Bains, la présence d’El Glaoui, le sultan imposteur et aux négociations avec le Destour tunisien de Habib Bourguiba, celle des représentants du Bey Lamine et d’autres factions tunisiennes ; négociations au cours desquelles le gouvernement français ne concéda que l’autonomie interne. La raison en est, tout simplement, qu’au Maroc et, dans une moindre mesure, en Tunisie, l’Etat national n’existait pas encore. Il était resté féodal, un conglomérat de tribus et de forces hétérogènes prêtant allégeance, selon les intérêts du moment, au Makhzen ou au Beylick. Au Machrek et dans la péninsule arabique qui présentaient la même configuration tribale du pouvoir, le seul pays, là aussi, qui fit cavalier seul fut l’Egypte où la question nationale fut, très tôt, posée, par l’Etat de Mehemet Ali, l’émanation de la bourgeoisie capitaliste égyptienne, dont l’avènement fut hâté par l’arrivée de Bonaparte au pied des Pyramides. Plus généralement, la naissance du Mouvement national au Machrek qui correspondit à la chute de l’Empire ottoman dépecé et démembré entre protectorats anglais et protectorats français ne put saisir, pour des raisons plus subjectives qu’objectives, l’opportunité de faire la jonction avec les luttes des peuples du Maghreb. L’Égypte comme la Syrie et, plus tard, le nassérisme et le baâthisme, tenaient le Maghreb pour une contrée arriérée et inculte, écartée d’office du mouvement d’émancipation déclenché par Orabi et Zaghloul.A peine si le second avait toléré l’exil de l’émir Abdelkader à Damas où il sauva les chrétiens d’un massacre annoncé et si le premier avait accueilli, sans grande effusion, Abdelkrim El Khettabi, le leader de la résistance du Rif marocain contre la colonisation espagnole. Réminiscences de la conquête de l’Égypte par Ashnaq, le roi berbère et des vieux contentieux fatimides, ces réticences vis-à-vis du Maghreb ne s’estompèrent que dans les années 50 et encore, uniquement, pour céder le pas à des tentatives d’instaurer un tutorat sur les mouvements indépendantistes maghrébins avec un accent plus prononcé, s’agissant de la Révolution algérienne dont la Délégation extérieure emmenée par le triumvirat Ben Bella-Khider-Aït Ahmed, eut à subir les nuisances, à coups de manipulations et de velléités de domestication. Houari Boumediène, jeune étudiant à El Azhar, eut tout le loisir d’en mesurer la suffisance et la condescendance, un enseignement qui guida maintes décisions et initiatives qu’il eut à prendre, plus tard, une fois à la tête de l’Etat algérien. Nul n’ignore que, devant cet état de fait et aussi à cause de facteurs historiques indépendants de la volonté des uns et des autres, la sphère géographique d’élection où prospérèrent les mouvements indépendantistes maghrebins fut l’Europe, spécialement la Suisse, l’Allemagne, les pays scandinaves et la France où furent créés et où siégèrent l’Etoile nordafricaine, l’AEMNA (l’Association des étudiants musulmans nord-africains) et où travaillèrent, étudièrent et séjournèrent leurs principaux leaders Messali, Radjef, Inal, Bourguiba, Belafredj et bien d’autres. Toutes les professions de foi et les grandes actions dont la Révolution algérienne puis, à l’indépendance, l’Etat algérien, ont eu à soutenir, eurent pour, entre autres, mobiles, celui de réhabiliter le Maghreb face au Machrek — en fait l’Egypte et la Syrie — à commencer par la Conférence de Tanger de 1958 qui, forte de la communauté de destin forgée le 20 août 1955 dans le Nord- Constantinois et à Oued Zem et ensuite à Sakiet Sidi Youcef, se fixa pour objectif prioritaire post-indépendance, l’édification du Grand Maghreb uni, déjà enraciné dans l’Histoire, à travers l’épopée des Mourabitine et des Mouahidine, les empires les plus civilisés et les plus brillants que le Maghreb central ait connus. L’Etat national algérien, puissamment installé dans les années 70, à la tête du mouvement des pays non-alignés, avec une stature internationale affirmée, réussit, même, là où beaucoup d’Etats arabes faillirent. Sous l’impulsion de sa direction, il déplaça l’axe du nationalisme arabe et le domicilia au Maghreb, à la faveur de la Guerre d’Octobre, puis des Accords de Camp David, de la création du Front de la résistance et de la fermeté, de la proclamation de l’Etat palestinien à Alger et du déplacement du siège de la Ligue arabe à Tunis sous la responsabilité de Chadly Klibi, une première dans les annales de ce club de raïs et de rois. L’Etat national restauré en Algérie, avec un arrière- plan indéfendable de despotisme oriental mal éclairé et d’atteintes indéniables aux droits de l’Homme, était alors perçu, malgré tout, comme l’acquis primordial le plus visible que le peuple algérien ait arraché, sur un territoire érigé, pour la première fois dans son histoire, on ne le répétera jamais assez, en République et borné par des frontières sans précédent, une cible crainte et, en même temps, convoitée. La mort de Houari Boumediène et l’Infitah, à l’égyptienne, décidé par la bourgeoisie bureaucratique compradore et ses alliés féodaux qui trouvèrent en Chadli Bendjedid le parfait exécutant de leurs ambitions revanchardes, sonna le déclin de cet Etat. Contesté par l’ex-métropole et ses plus proches voisins, il ira jusqu’à essuyer l’infamie de sa remise en cause et de sa dénégation, ébranlé dans ses fondements et ses valeurs par l’islamisme armé, hostile au novembrisme et à l’idée même de Nation, allant chercher ses ordres dans les temples wahhabites de la Ouma et recrutant la jeune chair à canon algérienne pour alimenter les causes perdues de la régression en Afghanistan alors que soixante ans auparavant, Abdelhamid Ben Badis se rendait à La Meque pour y rencontrer Mohamed Abdou, Rachid Redha et Chakib Arslane pour lancer la Nahda anti-obscurantiste. La nuit et le jour ! La crise de l’Etat national algérien et, au-delà, des Etats nationaux du Machrek (Égypte, Syrie, Irak) relève, à l’analyse, de l’impitoyable confrontation entre les forces de la Révolution et celles de la contre- Révolution. L’inachèvement de la construction de l’Etat national au Maghreb comme au Machrek, lié aux retards accumulés du fait des contradictions, des atermoiements et des luttes de classes inabouties, a ouvert, très grandes, les portes au déni de sa souveraineté, l’exposant au dépècement, comme au Soudan, ou à la disparition comme en Libye, si tant est que dans ce cas il ait, un jour, existé, le tribalisme n’ayant jamais dépassé, ici, le seuil de la chefferie traditionnelle. Le péril qui plane aujourd’hui sur le sort des sociétés arabes vient de ce que les régimes dits nationalistes auxquels elles avaient relativement fait confiance, pour gérer leur destin, ont trahi et ont fait dévier leur processus d’émancipation totale, en abdiquant, au nom d’intérêts sectaires étroits, de leur responsabilité historique de réaliser les aspirations légitimes qu’elles mirent, plus d’un demi-siècle, à tenter de faire aboutir, en vain. L’abandon et le bradage des politiques d’intérêt national, l’instrumentalisation du panarabisme, de la question palestinienne, la dévitalisation du nassérisme des origines et du baâthisme version Michel Aflak – Salah El Bitar, l’instauration d’un pouvoir dictatorial dans des républiques devenues héréditaires, ont jeté en pâture de très larges franges protestataires — les plus fragilisées par la précarité — dans les bras de l’extrémisme, de l’intolérance et de l’intégrisme, le degré zéro de la pensée… une régression historique quand on se remémore les grandes victoires progressistes remportées par l’Algérie et l’Égypte dans les années 1960-1970. Juste une parenthèse pour faire remarquer que dans les épreuves et les combats que les sociétés arabes avaient connus et assumés afin d’avancer, ce furent, souvent, ceux qu’on attendait le moins et sur lesquels l’opprobre était jeté qui montèrent, seuls, sur les meurtrières avant-gardistes.Paradoxalement, sur les questions existentielles comme la question nationale, les plus nationalistes s’avérèrent être ceux qu’on présentait sous l’étiquette de parti de l’étranger et ceux qui glorifiaient les constantes identitaires apparurent comme les soutiens les plus serviles de l’Occident, une vieille réalité, plus vérifiable, encore, depuis la première guerre du Golfe jusqu’à l’expédition de l’Otan contre la Libye et le forcing pour abattre, aujourd’hui, la Syrie. Non pas qu’il faille absoudre le régime syrien des crimes abominables qu’il a commis et continue de commettre contre son peuple pas plus que ceux commis, pendant 40 ans, par le Guide libyen contre le sien. Il est, seulement, malheureux de constater que la chance offerte par les indépendances aux Etats arabes de s’en sortir ait été lamentablement gâchée par des politiques égoïstes, claniques, familiales et de courte vue ; un dommage irréparable qui fait la part belle à la thèse selon laquelle le meilleur successeur au nationalisme est l’islamisme. Les régimes arabes ont, longtemps, entretenu, avec le soutien occidental, cette illusion pour combattre les forces politiques populaires, focalisant la haine sur les élites patriotiques, les montrant du doigt aux assassins, utilisant l’islamisme contre les opposants, avant que celui-ci ne soit neutralisé, dans ses manifestations contestataires les plus violentes, au lendemain des attentats du 11 septembre. Retour de boomerang : l’islamisme se requinque, rebondit, prend le train en marche et se fait passer pour celui qui a abattu les dictatures, gagnant en respectabilité, promettant monts et merveilles démocratiques, dans un ordre nouveau où l’hypocrisie morale de jésuites fait office de programme politique. Voilà l’impasse dans laquelle les régimes tunisien, égyptien, libyen, yéménite, syrien ont fait se fourvoyer leurs peuples, le Maroc demeurant un cas à part, un Etat-Makhzen qui n’a pas pu résoudre sa problématique d’Etat national, égaré au Sahara occidental, dans un conflit expansionniste sans fin, miroitant à ses citoyens un grand Maroc chimérique, antinomique du Grand Maghreb de Mehdi Ben Barka et de Abdelhamid Mehri, le militant sincère et le dirigeant dévoué du Front national arabe, avant sa mort. On voit donc que la question de l’Etat national reflue très nettement, un peu partout, dans le Monde arabe où s’effacent, l’un après l’autre, les Etats nationaux frelatés, au profit du leadership des royaumes tribaux du Golfe qui, fonctionnant à l’allégeance, à partir d’une Histoire inventée, ont supplanté le nassérisme et le baâthisme, laissant entendre que ce n’est ni Oum Kalsoum, ni Abdelhalim Hafez et encore moins Kadem Essaher qui feront l’Unité arabe mais le clergé de l’Internationale wahhabite. La «parenthèse nationaliste» est-elle, donc, en train de se fermer comme le prophétisent certains historiens idéologues ? A défaut d’y répondre, avec sûreté, on peut uniquement dire que le malheur des sociétés arabes est de ne disposer d’aucune véritable bourgeoisie pour accomplir une révolution démocratique, dans toute l’acception du terme, car, enfin, on ne peut, quand même pas, considérer l’islamisme compradore qui enfourche la monture sociale plébeienne, son aire de lancement favorite, comme un parangon de démocratie. A moins, qu’ici et là, on ait engrangé, en deux temps trois mouvements, les vertus du travail productif et de la tradition démocratique dont se prévaut la bourgeoisie turque qui est parvenue depuis Atatürk, le père de la Turquie moderne, à imposer un modèle d’Etat national avancé, jalousé et redouté par la Vieille Europe, cette Europe plus attachée que jamais à l’Etat national protecteur, elle qui s’était fixée, il y a 60 ans, l’objectif de construire un Etat transnational s’avérant, in fine, impossible à greffer, en dépit de la mondialisation et des exigences du marché. Il est tout à fait admis, au regard de tout ce qui précède, que la question de l’Etat national dans le Monde arabe restera irrésolue et en suspens tant que celui-ci ne s’est pas décidé à se projeter dans l’Etat de droit, la condition sine qua non de son sauvetage. Et ce ne sont pas les chimériques parodies de «démocratie musulmane» jouées, ici et là, qui y changeront quoi que ce soit si l’on ne s’attaque pas à la racine du mal, à savoir cette paralysante coexistence entre féodalisme, capitalisme sauvage et voie nationale de développement, entre pauvreté et opulence, entre impunité et justice, entre patriotisme et trahison, dans une balkanisation fabriquée au bénéfice d’un Israël, plus belliqueux et dominateur que jamais, celuilà même auquel les régimes arabes présentés, ces quarante dernières années, comme antisionistes et anti-impérialistes, ont donné du grain à moudre, par leur gouvernance anti-citoyenne. En Algérie dont le peuple est appelé à se prononcer ce 10 mai sur un des volets des réformes proposées par le président de la République, l’Etat national est au carrefour des enjeux que se disputent, dans une grande confusion, plusieurs forces politiques et sociales, centrifuges et centripètes. Dans une conjoncture difficile, compte tenu de la cascade d’événements sécuritaires qui touche la périphérie du pays, à l’Est et au Sud, tout en s’efforçant, à l’initiative du segment opposé à l’ultralibéralisme et au cartel de l’informel, de sauver les meubles, pour faire l’économie d’une nouvelle aventure pénible, ne parvient toujours pas à proposer à la société, en dépit d’une relative défaite du terrorisme, une grande cause nationale, un grand projet mobilisateur et fédérateur qui la prémuniraient du danger de la discorde, voire de la dislocation. La dépendance vis-à-vis des hydrocarbures et la vaste superficie du territoire qui font la vulnérabilité géostratégique et économique de l’Algérie sont connues des grandes puissances. Et le peuple algérien en sait quelque chose, lui qui avait accepté, à son corps défendant, quand le pays fit faillite dans les années 90, de passer sous les fourches caudines d’un FMI carnivore, ce même FMI qui vient, aujourd’hui, le caresser dans le sens du poil, en demandant à son gouvernement de contribuer au financement de ses déficits. Le pouvoir n’a, apparemment, pas tiré toutes les leçons de ce triste épisode, en persistant à maintenir le cap sur les mêmes politiques, jouant sur les recettes d’un keynésianisme éculé, préservant les équilibres macro-économiques sans les traduire par une redistribution équitable des ressources nationales et, mieux, par une stratégie audacieuse de croissance industrielle auto-entretenue qui associe un patronat privé authentique, pas celui qui sous-traite pour le compte des économies étrangères. Frileux, amateur des demi-mesures, au lieu de s’appuyer sur ce qu’il y a de meilleur en lui et de construire quelque chose de plus grand que soi, à la hauteur des espérances de la Nation, il se méfie encore de l’alternance politique, de l’indépendance de la justice, de la liberté d’expression et semble trouver tout à fait normal de fermer les yeux sur les réelles intentions des partis de la régression et des pourvoyeurs des réseaux de la corruption qui sont, en maîtres-tartuffes, les premiers à dénoncer la corruption. Bien sûr, il ne viendrait à l’esprit de personne de nier que l’Algérie de 2012 n’est pas celle des années 1950. En ces années-là, les Algériens avaient une espérance de vie de 40 ans, se chauffaient au charbon, s’éclairaient au quinquet, mouraient de paludisme et de tuberculose, se nourrissaient de glands, d’olives et de figues, fréquentaient rarement l’école et se déplaçaient à dos d’âne. Il est à mettre à l’actif de l’Etat national et des ressources naturelles du pays toutes les conquêtes qui font qu’aujourd’hui les Algériens vivent, en moyenne, 75 ans, vont à l’université en grand nombre, disposent d’un grand parc de voitures, font leurs courses dans les supérettes, empruntent l’avion, voyagent à l’étranger et s’adonnent, de plus en plus, aux loisirs. C’est, peut-être, là, une comparaison schématisée mais elle a l’avantage de fournir des repères fiables pour mesurer le chemin accompli plus conséquent que celui effectué par le Maroc, la Tunisie, et même l’Égypte, selon les rapports annuels des institutions spécialisées de l’ONU. Mais, là où le bât blesse, c’est qu’on aurait pu mieux faire. En 1967, le premier pré-plan triennal, élaboré par l’équipe de Abdallah Khodja, le futur secrétaire d’Etat du gouvernement Boumediène, envisageait de dépasser le niveau du développement de la Bulgarie, le modèle des pays socialistes et celui de l’Espagne franquiste, le nouveau dragon de l’Europe ; un objectif resté, malheureusement, sans suite. Si en 1950, un Algérien pouvait être, au mieux, un mineur à Ouenza ou dans les houillères du nord de la France, au pire, un forçat déporté à Cayenne ou de la chair à canon exportée en Indochine, en 2012 l’Algérie en est encore réduite à comptabiliser le nombre de ses jeunes qui ne trouvent d’autres choix que de s’immoler ou de s’abîmer dans les noires abysses de la Méditerranée. Tragique destin pour un pays qui possède tout pour devenir ce que la Proclamation du 1e -Novembre voulait qu’il fût, au lieu d’emprunter des chemins de traverse qui le nivellent par le bas, déprécient ses valeurs fondatrices et offrent, généreusement, des primes à la médiocrité d’une classe politique où le népotisme et le clientélisme des fratries concurrencent l’effronterie, où les vieux canassons de retour se ruent sur les mangeoires de la République et où le vocabulaire fleuri des boudoirs de Mme Claude tient lieu de discours politique quand d’autres insultent le peuple en le comparant à une marionnette vouée à la fatalité du bendir et du gourdin, la victime idéale des moqqadems des zaouïas, l’ancien auxiliaire idéologique du colonat. Ceci dit, et quoiqu’on puisse reprocher aux moyens utilisés pour le construire avec tous les retards accumulés sur la voie de son aboutissement, l’Etat national doit être encouragé et pressé de se dépasser parce qu’il est la finalité de la Révolution de Novembre et doit être, à ce titre, actualisé, parachevé afin que l’Algérie accède au cercle des pays émergents, forte, souveraine, juste, démocratique, crédible ; une mission, pour ainsi dire, sacrée. Le Brésil et l’Afrique du Sud sont-ils meilleurs qu’elle ? Si on se souvient, un tant soit peu, que c’est notre pays qui les avait aidés, au temps de sa splendeur, à s’engager dans la voie de la libération finale, la réponse est évidemment non. Que l’on reconnaisse, au plus haut niveau de l’Etat, que l’Algérie n’a été gratifiée, depuis l’indépendance, que d’élections à la Naegelen est méritoire et renseigne sur la capacité de se remettre en question et de rectifier la trajectoire déviée, sur laquelle l’Etat national a été aiguillé, intentionnellement ou pas, consciemment ou non. Il faut tirer de ce jugement de valeur tous les enseignements appropriés mais pas seulement. Il faut réunir toutes les conditions politiques, immédiatement opérationnelles, pour passer à la vitesse supérieure et ouvrir, sans y être contraint par la violence, les voies du pouvoir aux élites porteuses d’un projet de société moderne où la valeur travailrecherche et la moralisation de la vie politique occuperont une position centrale. Ce sera là un programme lourd à exécuter pour ceux qui connaissent les pesanteurs plombant l’administration et la société elle-même, inhibée, dans certaines de ses composantes, par le conservatisme et l’ignorance. Que penser d’une société qui ignore encore son Histoire comme à l’époque de l’occupation où il avait fallu attendre le Centenaire de la colonisation pour prendre connaissance, enfin, en langue arabe, de la première «Histoire de l’Algérie contemporaine» rédigée par Moubarak El Mili, le co-fondateur de l’Association des ulémas algériens. Les chantiers de l’Algérie nouvelle sont parfaitement identifiés. Il s’est publié tellement d’études, d’ouvrages, de contributions, de débats, à ce sujet, que les écueils qui obstruent la voie ne sont plus un mystère pour personne. Et c’est parce que la tâche ne sera pas de tout repos, que tous les partenaires de cette indispensable entreprise de relèvement et de réforme de l’Etat national n’ont qu’à se mettre au travail, d’abord, pour assurer aux maux qui minent ce dernier une rémission irréversible. Une fois ce seuil franchi, on pourrait se payer le luxe, pour satisfaire ceux qui le revendiquent à cor et à cri, depuis des lustres, de proclamer la 2e, la 3e et pourquoi pas la 7e République, mais, là, n’est, évidemment, pas l’essentiel. Dans «L’élection d’un roi», son dernier ouvrage sur les présidentielles françaises, le correspondant de la RTBF belge à Paris, a compté qu’en 150 ans, la France a été gouvernée, après la Révolution de 1789, par deux monarchies, un Consulat, deux Empires, cinq Républiques et entre-temps un Etat, celui que Pétain présida en 1940, après la capitulation française face à l’Allemagne nazie, soit 11 régimes successifs. Le résultat est que tous ont passé la main alors que la démocratie et les valeurs de la République, l’héritage de la Révolution, ont survécu à leurs vicissitudes Comme quoi, il ne s’agit pas de rafistoler la façade quand ce sont les fondations — l’école, la justice, l’entreprise, la chose publique — qui ont besoin d’être valorisées en tant que socle et ciment de la modernité. La société, dans ce qu’elle a de plus éclairé, observe la conjoncture actuelle avec beaucoup de circonspection. Elle évalue les défis et les priorités avec un grand discernement et réagit, sainement, selon qu’elle doive reconnaître les mérites ou dénoncer les politiques de l’embrouille et du mensonge. De la même façon que les jeunes Algériens n’hésitaient pas, en 1951, à vider, à coups de couteaux, les sacs de semoule et les sachets de bonbons que les candidats de la Fédération des élus francophiles venaient distribuer à Aouinet-El-Foul et dans la Médina de Constantine pour les inciter à voter, à l’appel de Naegelen, montrant qu’ils n’étaient pas dupes de la tentative de corruption de leurs suffrages, les jeunes d’aujourd’hui font preuve de la même vigilance en établissant la différence entre le bon grain et l’ivraie, le vrai et le faux. Ils apprécient les programmes des uns et des autres, à l’aune de la raison, relevant, sans trop caricaturer, que ce sont ceux qui ont signé le protocole d’accord avec les observateurs de l’UE qui crient à l’ingérence étrangère, que d’autres n’ont pas trouvé mieux que de promettre aux Algériens de leur faire importer des véhicules d’occasion, comme si le peuple ne mérite que la quincaillerie et les produits subalternes des contenairistes et qu’enfin, les derniers déclarent, sans rire, que l’Algérie possède suffisamment de cadres pour gérer 16 Etats, sans parler des propositions farfelues des racoleurs à la petite semaine. De ce fatras d’amateurisme de néophytes imposteurs, les Algériens n’ont retenu qu’une chose : le poids de l’argent sale qui risque de tuer le match, en imposant sa loi d’airain. Pour prévenir ce risque qui dévoierait la vocation de la prochaine Assemblée nationale populaire appelée à rédiger la nouvelle Constitution, les forces sociales conscientes devraient réussir à maintenir les soupapes vitales de l’Algérie, grandement ouvertes, pour ne pas laisser le hasard et l’infantilisme s’emparer de leur destin et décider de leur avenir. De toutes les façons et qu’à Dieu ne plaise, à supposer que l’islamisme politique soit adoubé par un scrutin libre, il devrait prouver, dès le départ, qu’il est soluble dans la démocratie, qu’il accepte la règle de l’alternance dans les faits, et non par des déclarations de circonstance et qu’il consente, s’il dispose d’une majorité, à gouverner avec les autres familles politiques, dans l’intérêt bien compris de l’Etat national ; ce dont beaucoup doutent. Les aggiornamentos arabes, en cours, seraient, en effet, dans cet ordre d’idées, les bienvenus, si leurs nouveaux dirigeants n’étaient pas tentés de remplacer un monopole par un autre et une dictature par une autre, une démarche rampante qui propose une moralisation de bigots dont le premier à devoir profiter serait, non pas la société, mais l’Etat appelé, par tous, à démontrer son exemplarité. Mais gare à l’angélisme en politique qui conduit immanquablement à la compromission et à la résignation des soumis, la meilleure façon de contribuer à affaiblir le front intérieur. Sans vouloir jouer sur les peurs et apporter de l’eau au moulin de ceux qui les agitent pour perdurer, n’oublions pas, et l’Histoire récente ne cesse de nous le rappeler, que le peuple peut être amené à se tromper dans ses choix, tout comme les élites peuvent, délibérément, tromper le peuple. L’Algérie est dans ce scénario obligée de faire avec des processus imprévus et incontrôlés. Les Etats-Unis et Israël, avec le concours de la tête de pont que sont les royaumes du Golfe, préparent une attaque contre l’Iran pour détruire son système de défense militaire, une éventualité que Fidel Castro a détaillée, dans un SOS pathétique, publié par la presse internationale en mars dernier. Au Sahel, des forces occultes sont en train de déstabiliser les maillons les plus faibles de la région, avec l’intention inavouée de fixer le potentiel de l’Algérie et de lui faire jouer, à ses frais, un rôle de gendarme supplétif ; tout pour freiner, sinon stopper la progression des Etats nationaux contre lesquels l’Occident et Israël ont gardé une dent incisive pour avoir fait partie du Mouvement des pays non-alignés, noué une solide amitié avec l’ex-Union soviétique et soutenu, inconditionnellement, la lutte du peuple palestinien pour son droit à l’autodétermination, rien qui ne se paye, un jour ou l’autre, ainsi que l’ex-Yougoslavie, l’Iraq et la Libye en ont fait les frais, ces 20 dernières années. La conjuration de ces périls n’est pas une mince affaire. Les Etats qui veulent y faire face, avec détermination et efficacité, doivent régler les problèmes de leurs peuples et présenter un front intérieur uni, sans faille. Telle est la gageure à laquelle l’Etat national algérien est confronté à la veille d’un 10 mai qui coïncide avec la commémoration de la grande Intifada populaire de 1945. Cet Etat est obligé de négocier un virage très délicat de son Histoire, sachant qu’il a épuisé tous ses fonds de commerce traditionnels dont il mésusait, pour ne pas muer de fond en comble, et que l’heure de vérité, dans un sens ou dans un autre, va sonner. Pacifiquement, avec dignité, avec de la hauteur, le dépassement de soi et le souci de l’intérêt supérieur de la Nation, il dispose encore d’un volant souple et d’une latitude d’action suffisante pour assainir ses compartiments les plus malades, élaguer ses branches mortes et permettre aux jeunes pousses de prendre de la vigueur et d’être les meilleurs successeurs, ceux auxquels échoit la mission exaltante de mener le pays vers le salut puis de faire démarrer, sur les bases les plus profitables à tous les peuples de la région, le Grand Maghreb uni, la clef de l’avenir, la seule qui fera assimiler, sans trop de préjudices, les exigences de la mondialisation, dans une Méditerranée autour de laquelle plusieurs pays riverains connaissent des reclassements douloureux ; des reclassements que le philosophe français Michel Serre a qualifiés, dans son dernier ouvrage intitulé La petite poucette, de facteurs devant appeler à l’anticipation, dans un contexte marqué, contradictoirement, par le raccourcissement du temps moderne d’un côté et, de l’autre, par l’allongement considérable de la vie des générations. A charge pour les Etats nationaux du Machrek – du moins pour ceux qui y auraient accédé en tant que locomotive comme l’Égypte, la Syrie et l’Iraq, réhabilités et libérés du pouvoir des castes internes et de la chape étrangère – de construire, de leur côté, un ensemble régional viable avec lequel le Grand Maghreb uni traiterait sur un pied d’égalité. Chacun y jouera son rôle dans le respect de la spécificité nationale des uns et des autres. Les peuples et l’Histoire y trouveront leur compte.
B. M.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/05/09/article.php?sid=133932&cid=41

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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