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La nouvelle de Adila Katia “Je t’attendais…”

14 mai 2012

Adila Katia, EXTRAITS

 

Par : Adila KATIALa nouvelle de Adila Katia     “Je t’attendais...”  dans Adila Katia 20_200_150

Fathma entre lentement dans la pièce qui sert de salon. Son père et son oncle parlent avec un homme, plus précisément un prétendant. Veuve depuis cinq ans, elle s’est consacrée à ses deux filles. Celles-ci vont à l’école maintenant, et aux yeux de sa famille, elles sont assez grandes pour se passer d’elle. 
Fathma pose la corbeille de fruits sur la table basse et s’apprête à sortir quand son père Ali lui ordonne de s’asseoir. Elle obéit sans avoir levé les yeux une seule fois. Son oncle maternel Merouane ne perd pas son temps pour faire les présentations.
Mon cher Dahmane, voici ma nièce Fathma ! Comme tu le vois, elle est encore jeune et bien portante… à mon avis, c’est la femme qu’il te faut !
Je suis aussi de ton avis… mais elle, elle n’a pas dit son mot, remarque Dahmane. Certainement qu’elle a des conditions !
Fathma ? dit Ali en se tournant vers elle. Si tu as quelque chose à dire, c’est le moment ! Il aura ainsi tout le temps d’y réfléchir, ajoute-t-il. Au cas où tu demanderais la lune !
Je veux mes filles avec moi, murmure-t-elle sans les regarder.
Elles sont très bien ici ! Il est venu pour demander une femme en mariage non pas pour prendre toute une famille à sa charge, rétorque son père avec un air sévère qu’elle sait reconnaître quand il est mécontent. Comme tu peux le voir, il est de bonne famille et nos grands-pères ont été de bons amis… Aujourd’hui, une alliance entre nos familles serait une manière de les honorer !
Ils ne sont plus de ce monde, murmure-t-elle avant d’avoir le courage de les regarder. Je ne demande pas des bijoux en or… à mes yeux, il n’y a pas plus cher que mes filles ! Je pourrais tout supporter tant qu’elles seront avec moi !
C’est d’accord ! intervient Dahmane en souriant. J’accepte la présence de tes filles jusqu’à leur mariage !
Bien, en conclut l’oncle Merouane. Donc, tu acceptes de te marier avec lui ? De prendre soin de lui et de ses biens ?
- Oui.
- Mais toi, Dahmane, tu avais des conditions, je crois ? se rappelle Merouane en se tournant vers lui.
Dahmane a hoché la tête lentement.
Bien, puisque tout est clair et parfait, nous allons fixer la date de votre mariage ! Tu as certainement autre chose à faire…
Fathma quitte le salon, sans  dire un mot. Elle va à la cuisine où l’attendent ses belles-sœurs et sa marâtre.
Alors, comment est-il ? lui demande l’une d’elles. Est-il vieux ?
Non, il n’est pas vieux, répond Fathma. Et il est bel homme…
Mais comment est-il ?
Fathma n’a pas exagéré en disant qu’il est bel homme. Blond aux yeux verts, plutôt bien conservé pour son âge. Il doit faire des jaloux. De taille moyenne, il n’a pas un kilo de trop. Il ne fait pas son âge. Tu en as de la chance alors ! Et tes filles, lui as-tu dis ? lui demande sa marâtre Dahbia.
Bien sûr ! rétorque-t-elle. Il est d’accord pour que je les prenne avec moi ! Fathma n’aurait jamais accepté de se marier avec lui s’il lui avait refusé de prendre ses filles sous sa tutelle. Sa marâtre et ses belles-sœurs sont sans pitié depuis son retour à la maison. Veuve, avec deux petites filles à sa charge, sans même une pension pour survivre, ses beaux-parents n’ont pas hésité à lui demander de partir. Ils ont voulu garder ses filles mais elle a refusé de s’en séparer. La vie sans elles lui serait insupportable. Sa famille lui en a fait voir de toutes les couleurs et ses demi-frères voient mal son retour et le fait qu’elle ne veuille pas se remarier pour pouvoir prendre soins de ses filles.  Elle n’aurait jamais pu les leur confier. Ils ont trop à faire avec leurs propres familles. Et les querelles qu’elle et ses belles-sœurs ont presque chaque jour doivent les stresser. L’unique solution est qu’elle se case à nouveau.
Les rares prétendants qui ont précédé Dahmane sont tous repartis déçus. à chaque fois qu’ils ont parlé de ses filles et de leur bien-être si elles restent chez leurs grands-parents, elle n’a pas hésité à les renvoyer au risque d’être en froid avec toute la famille. Maintenant qu’elle a trouvé chaussure à son pied, elle imagine leur soulagement. Elle a hâte de voir ses filles rentrer de classe afin de leur apprendre la nouvelle. Elles n’ont que sept et six ans. Elles ne feront pas les difficiles et accepteront son mariage. Fathma le pense et veut y croire…

 

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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68 Réponses à “La nouvelle de Adila Katia “Je t’attendais…””

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 2eme partie
    Par : Adila KATIA

    Si Nora, l’aînée, ne lui pose pas de questions, semblant accepter l’idée que sa mère puisse se remarier, la cadette Yamina fait tout un tapage. Elle ne comprend pas pourquoi elle allait devoir partir, encore une fois…
    Fathma la laisse s’exprimer. Elle doit attendre la nuit, une fois que la famille se soit séparée après le dîner pour leur parler. Elle et ses filles n’ont pas de chambre. Elles dorment dans le salon. Elle profite de ce moment propre à elles pour leur expliquer.
    Votre père est mort… On ne peut pas vivre indéfiniment ici ! Vous voyez bien que je trime durant toute la journée uniquement pour que vous soyez avec moi !
    Même là-bas, tu travailleras, réplique l’enfant. Pourquoi partir ? Puisque rien ne changera !
    On sera chez nous, lui assure Fathma. Vous aurez votre propre chambre, personne ne vous demandera de partir… Là où on va aller, ce sera pour toujours ! Vous serez à l’aise et à l’abri de tout besoin !
    Mais je ne veux pas aller là-bas, insiste Yamina en larmes.
    Si tu veux retourner chez tes grands-parents, il n’y a aucun problème, dit Fathma qui devine que même les prières ne pourraient rien y changer. Tu partiras après mon départ !
    Je veux rester ici !
    S’ils veulent bien de toi, rétorque la mère. Et toi, Nora ? Comment se fait-il que tu restes silencieuse ?
    Je n’ai rien à dire… Je sais que papa est irremplaçable, mais on sera mieux là-bas, dit l’aînée, très réaliste. Moi, j’irai où tu iras !
    Venez ici !
    Elle les serre contre son cœur et leur promet de les protéger tant qu’elle sera en vie.
    Je n’ai pas le choix, leur dit-elle. Si votre père m’avait laissé une pension, un toit, croyez-vous que j’aurais accepté de me remarier ? J’ai besoin d’avoir une situation stable… Jusqu’à quand mes demi-frères et leur famille accepteront-ils de nous avoir chez eux ? Pour eux, c’est trois bouches de plus à nourrir, deux filles à habiller, à qui acheter des livres, des cahiers et surtout à soigner… Vous comprenez pourquoi il faut que je me case à nouveau… Ce n’est pas parce qu’il me plaît que j’ai accepté sa demande en mariage, mais tout simplement parce qu’il veut bien de vous deux. Il aurait pu refuser mais il a tenu compte de ma condition… N’est-ce pas une preuve de respect ?
    Yamina n’en est pas convaincue mais elle ne lui fait plus de crise de larmes devant ses oncles et le reste de la famille. Elle ne se montrera pas le jour où Dahmane reviendra avec des cousins et des amis pour officialiser leur union. L’imam du village se fera la joie de réciter la Fatiha. Des femmes les ont aussi accompagnés et une ambiance de fête a régné dans la demeure de Ali durant tout l’après-midi. Elle est jeune et belle, entend Fathma qui est contrainte à rester assise, exposée aux regards des invitées. Avec un peu de chance, elle lui donnera un fils !
    Il était temps qu’il se marie, fait remarquer une autre. Sa défunte femme était stérile. Un autre s’en serait vite séparée pour fonder une famille… Mais il n’est pas trop tard pour bien faire !
    Fathma ne s’est pas posé la question. Elle a cru que Dahmane est stérile et que s’il a tenu à se remarier, c’est pour avoir une compagne et quelqu’un pour s’occuper de sa maison. Non, elle ne s’est jamais demandée si elle aura d’autres enfants.
    Elle n’a pas plus de trente-cinq ans, elle peut encore procréer. Lui donner un fils ? En assurant sa descendance, elle allait se frayer le chemin menant à son cœur. Il l’aimera. Fathma qui n’y a jamais pensé auparavant le souhaite de tout cœur.
    En regardant ses filles se tenir à l’écart de la fête, comme si l’événement ne les concerne pas, elle ne peut s’empêcher de s’inquiéter. Leur vie allait changer, et pour s’y adapter, il faudra du temps et de la patience. Elle en a conscience. Si elle est aussi inquiète, c’est parce qu’elle ignore tout de Dahmane. Apparemment, il est sympathique. Fathma ne se fait pas d’illusions. Tout être humain a ses qualités et ses défauts. Elle prie pour qu’il soit de nature calme. Elle ne voudrait pas que ses filles aient à souffrir de son choix…

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 3 iéme partie
    Par : Adila KATIA

    -Mes chéries, je reviendrais plus tôt que vous ne le croyez, leur promet-elle le jour de son mariage. Ne faites pas de bêtises en mon absence ! Je reviendrais vous chercher !
    Ses filles s’accrochent à son cou et se mettent à pleurer. Même si elles ne resteront séparées qu’une semaine, elles ont du chagrin, toutes les trois. Fathma s’efforce d’être courageuse mais c’est plus fort qu’elle. Sa marâtre entre et se met à crier.
    Tu viens de bousiller ton maquillage !
    Fathma se tamponne les yeux, avec un mouchoir, pour sauver ce qui reste de khôl. À l’air furieux de sa marâtre, elle n’y est pas parvenue.
    Pourquoi pleurez-vous ? Dahmane n’est pas assez bien pour toi ?
    - Si, il est même parfait, répond Fathma.
    - Si tu te fais du souci pour elles, sache que je prendrais soin d’elles, lui dit sa marâtre. Et puis, ce n’est que pour quelques jours !
    - L’école, comment on fera pour venir ? s’inquiète Yamina.
    - Dahmane que vous appellerez khali, leur dit Dahbia, vous inscrira dans l’école de son village ! Comme ça, vous serez ensemble ! Vous en avez de la chance qu’il vous ait acceptées, ajoute-t-elle à l’intention des petites filles. Beaucoup de chance même …
    Un concert de klaxons leur parvient. Dahbia met les filles à la porte et aide sa belle-fille à mettre son burnous. Elle la trouve très belle en blanc. Grande, brune, Fathma possède un charme fou. Elle n’a pas besoin d’artifice pour être belle. Il lui suffit de sourire.
    Même avec ses yeux lavés de tout maquillage, son regard noir accroche et séduit. Dahbia se dit que la malchance lui a joué un mauvais tour, en lui prenant son mari.
    - Je te souhaite d’être heureuse !
    Fathma a perdu la notion du temps. Impassible, elle voit Dahmane venir s’asseoir près d’elle, pendant deux minutes. Il est venu accompagné de sa famille et de ses amis. Ils ne sont pas les seuls à faire la fête, même ses deux frères et ses belles-sœurs dansent. Fathma ne sourit même pas. Elle ne doute pas de leur joie. Ils allaient être “débarrassés” d’elle et de ses filles. Elle les comprend. Elle ne leur en veut pas …
    Des larmes rendent ses yeux plus brillants. Encore une fois, elle pense à ses filles qui ne sont même pas entrées au salon. Vient l’heure de partir. Dahmane prend sa main et est surpris de la sentir glacée.
    - Tu as peur ?lui demande-t-il à l’oreille.
    Fathma secoue la tête de gauche à droite, sans le regarder et rougit en sentant leurs familles et leurs amis les manger des yeux, curieux de savoir ce qui se dit.
    - Allez vous deux, c’est l’heure de partir ! notre couscous va refroidir, lui dit un cousin. Allez !
    Fathma sort au bras de Dahmane. Des rubans de soie blanche ont été accrochés aux poignées des portières de la voiture rouge. Quand elle prend place à l’arrière, elle a presque un sourire lorsque Dahmane refuse que sa “belle- mère” en fasse de même.
    - Prenez place dans l’autre voiture, lui dit-il avant de s’adresser à Fathma. Où sont tes filles ?
    - Elles ne viennent pas, murmure-t-elle. Une autre fois …
    - Mais elles doivent assister à la fête !
    Dahmane prie son beau-père d’aller chercher ses filles. Nora et Yamina sont si surprises qu’elles ne se font pas prier pour rejoindre leur mère sur la banquette arrière de la voiture. Fathma ne peut s’empêcher de passer les bras, sur leurs épaules, pour les rapprocher d’elle. Elle est émue, des larmes se mettent à couler. Dahmane l’ignore mais il vient de gagner son cœur. Elle ne se fait plus de souci pour ses filles. Elles viennent de se trouver un père sans vraiment le savoir …

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 4eme partie
    Par : Adila KATIA

    En se mariant, Fathma a craint de ne pas être à la hauteur. Elle ne connaît rien de Dahmane, de ses préférences et de ses habitudes. Elle veut le satisfaire sur tous les plans. Elle ne veut pas le décevoir. Ses filles sont surprises par son changement. Elles ne l’ont jamais connue coquette et n’en reviennent pas en la trouvant bien coiffée, bien maquillée. Elles la trouvent plus belle. C’est comme si elle est devenue une autre en se mariant…
    Non pas qu’elle ne les aime plus autant qu’avant mais elle s’occupe de sa propre personne comme elle ne l’a jamais fait. Dahmane, ébloui devant sa beauté, ne la quitte presque pas quand il rentre de son travail. Nora et Yamina en sont presque jalouses lorsqu’elle lui prête plus d’attention qu’à elles.
    Dès qu’elles la voient toute à lui, elles s’éclipsent dans leur chambre. Matériellement, il ne leur manque rien. Elles ont été surprises de découvrir en arrivant dès le premier jour qu’il leur a aménagé une chambre. Elles ont chacune une garde-robe et chacune un bureau. Depuis toujours, elles n’ont jamais eu de lits propres à elles, juste un grand matelas épuisé où elles se recroquevillent avec leur mère. Non, elles doivent bien le reconnaître, Dahmane leur a donné ce qu’elles n’espéraient pas avoir.
    En fait, si Nora lui est reconnaissante, Yamina ne lui pardonne pas de leur avoir pris, en échange du luxe, leur mère. Au fil des mois, loin d’être aussi sage qu’avant, elle se met à avoir de mauvais résultats à l’école. Fathma s’en inquiète. Elle ne comprend pas pourquoi sa fille a des résultats si décevants. Pourtant, elle a tout fait pour qu’elle ne les rate pas. Chaque jour que Dieu fait, elle les a surveillées pendant qu’elles faisaient leurs devoirs.
    à chaque période de compositions, elle les aide dans leurs révisions. Elle a beau y réfléchir, elle ne comprend pas pourquoi l’une a eu des résultats excellents et l’autre pas.
    - Qu’est-ce qu’il te manque pour avoir de bonnes notes comme ta sœur ? l’interroge-t-elle. Tu me fais honte… Dahmane va être déçu quand il verra ton carnet !
    - Pourquoi le lui montrer ?
    Il faut bien sa signature, lui rappelle Fathma.
    - Ce n’est pas mon père, crie Yamina, pour qu’il le signe…
    - Non, il est devenu ton père le jour où il t’a adoptée, dit Fathma. Il s’occupe de vous deux comme si vous étiez ses propres filles ! Et il ne fait pas que s’occuper de vous, il vous gâte ! Vous fêtez votre anniversaire, vous recevez des cadeaux, il vous emmène chez vos copines, parfois en ville, et toi ! Qu’est-ce que tu lui donnes en échange ? Un deux de moyenne générale… J’ai honte à ta place !
    - Tu vas me renvoyer ?
    Fathma est si déçue qu’elle en a des larmes aux yeux.
    - Tu ne m’aimes plus ! en conclut Yamina. Tu passes ton temps à le vanter… Si tu devais lui donner une note, ce serait dix sur dix !
    - En effet, il a tenu ses engagements ! Il est un père parfait, réplique Fathma. Et toi, tu es indigne d’être sa fille !
    - J’étais sûre qu’un jour tu ne voudrais plus de moi, dit Yamina. Depuis que tu es ici, je ne compte plus pour toi !
    - Comment peux-tu dire des choses aussi insensées, tu es ma fille ! Comment peux-tu croire que je puisse ne plus vouloir de toi ? s’écrie sa mère. Si je suis déçue et fâchée, c’est parce que tu veux gâcher ta vie ! Pourquoi ne prends-tu pas exemple sur ta sœur ? Elle est polie et gentille, elle fait tout pour se rapprocher de son père, toi, tu fais le contraire… comme si cela pourra t’apporter du bien !
    Fathma ne sait plus que faire. à l’air buté de sa fille, elle sait que rien de ce qu’elle lui a dit ne la poussera à prendre exemple sur sa sœur. Rien de ce qu’a fait son mari pour elle ne l’a touchée.
    Elle a toujours senti que Yamina ne lui a jamais pardonné de s’être remariée.
    - Tu te plaisais bien chez tes grands-parents ? lui demande-t-elle. Tu voudrais retourner là-bas ?
    - Oui…
    - Pourquoi ?
    - Parce que ce n’est pas mon père.
    Toutes à leur discussion, elles n’ont pas entendu la porte qui venait de s’ouvrir. Nora qui se tient à l’écart leur fait signe de regarder derrière elles. Fathma s’efforce à sourire comme si de rien n’était. Mais Dahmane ne répond pas à son sourire. Il a tout entendu…

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  4. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 5eme partie
    Par : Adila KATIA

    Fathma s’est levée, fermant le carnet de sa fille, pour qu’il ne le voie pas tout de suite. Elle s’efforce de sourire, en allant vers lui.
    -Te voilà enfin ! lui dit-elle. Tu prends un café avec moi ?lui propose-t-elle en le prenant par le bras, pour l’emmener à la cuisine. Je ne voulais pas en prendre sans toi !
    -De quoi vous étiez en train de parler, l’interroge Dahmane en la suivant vers la cuisine.
    -De rien de précis, ment-elle. Assieds-toi … comment s’est passée ta journée ?lui demande-t-elle, comme d’habitude.
    -Bien … Les filles ont été sages ?
    Fathma prend tout son temps pour répondre. Elle leur sert du café avant et s’assoit en face de lui. Elle ne peut pas lui cacher que Yamina n’est pas bien ici. Les résultats de ses deux derniers trimestres prouvent qu’elle n’est pas heureuse.
    Dahmane n’est pas aveugle. Il le sait depuis le début que Yamina leur en veut.
    Elle n’a pas été préparée au fait que sa mère puisse se remarier un jour. Même si cela fait des mois depuis qu’ils vivent tous ensemble, elle n’est pas parvenue à l’accepter.
    -Oui, elles ont été très sages, répond Fathma. Si Nora reste concentrée sur l’école, Yamina est toujours sur un nuage … comme tu le vois, on peut lui faire une montagne de cadeaux, on ne peut pas espérer un seul sourire en retour, que penses-tu de l’envoyer chez ses grands-parents ?
    -Non, sa place est ici, rétorque Dahmane. Elle ne se sentira pas mieux ailleurs !
    -Je veux bien te croire, murmure Fathma. Mais peut-être que cela lui fera du bien de l’éloigner d’ici, pendant quelque temps … Après, elle se rendra compte qu’elle est très bien ici !
    -Non, il ne faut pas qu’elle parte, son sentiment de rejet va se renforcer, le problème ira en s’aggravant, en conclut Dahmane. Les autres penseront que je ne veux pas d’elle ici. Non, non et non, elle restera ici … et pour ce qui est de ses résultats scolaires, on va lui en parler … si elle persiste à ne pas travailler, elle sera punie !
    Fathma est d’accord. Elle et son mari tiennent le même langage avec Yamina. Pour punitions, elle est privée de sorties et ne regardera plus la télévision tant qu’elle n’en fera qu’à sa tête.
    Depuis qu’ils se sont entendus sur la manière de ramener Yamina à bien apprendre ses leçons, Dahmane va souvent voir la maîtresse d’école. Cette dernière le tient au courant de ses progrès. Yamina en a fait mais peu, trop peu même. Cela encourage le beau père à persévérer. Yamina a besoin d’être maintenue sévèrement sinon elle ne réussira jamais sa scolarité. Un jour, en les ramenant d’école, il leur parle de la vie.
    -Tout ce que vous apprenez à l’école, ce n’est pas pour moi, leur dit-il. Vous le gardez pour vous. Plus tard, tout cela vous servira ! Vous serez amenées à travailler, à faire votre vie … vous n’aurez besoin de personne, vous ne dépendrez de personne … vous ferez ce que vous voudrez de votre vie, vous n’aurez de compte à rendre à personne parce que vous serez capable de vous débrouiller toutes seules ! Sans instruction, vous serez toujours à la merci des autres ! Vous ne saurez même pas vous défendre et imposer votre volonté. Est ce que vous comprenez que si je suis sévère quant à vos études maintenant et plus tard, c’est parce que je vous aime et que je ne veux pas faillir à mon devoir de père ? Je ferais tout pour que vous ne ratiez pas votre vie ! Vous ne pouvez pas la réussir sans acquérir un maximum de connaissances !
    -Ne t’en fais pas papa, dit Nora. Je ne te décevrais pas ! … Même Yamina. La preuve, elle fait des efforts …
    La concernée ne souffle pas un mot. Dahmane n’est pas étonné. Il ne s’attend pas à ce qu’elle prenne en considération, ses propos. Il espère qu’elle finira par changer, en grandissant. Elle est encore une enfant. C’est pourquoi il ne se fâche pas lorsqu’elle le boude pendant des jours et des jours. Les années passent sans que la situation se soit améliorée entre eux. Fathma en est malade de déception. Yamina a certes fait des efforts, dans son parcours scolaire mais au grand regret de toute la famille, elle reste en retrait de leur bonheur…

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  5. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 6eme partie
    Par : Adila KATIA

    La mère désespère. Elle ne sait plus quoi faire. Les années ont passé. Yamina et Nora sont de belles jeunes filles maintenant. Si l’une est calme et raisonnable, en plus d’être studieuse, l’autre est son contraire, tout le temps distraite et en plus insolente. Sa dernière année au CEM, sa mère n’est pas près de l’oublier. Dahmane a été convoqué plusieurs fois, par le surveillant général. Yamina ne s’est pas contenté de ne pas s’intéresser aux cours, elle profite d’être au fond de la classe, pour se faire les ongles quand ce n’est pas pour bavarder. Ses professeurs l’ont souvent renvoyée du cours parce qu’elle est devenue insupportable.
    Le surveillant général qui est un ami de Dahmane le tient au courant.
    - C’est incroyable comme elles ne se ressemblent pas ! fait-il remarquer. Nora est une élève parfaite, sa conduite est irréprochable … pourquoi ne prend-elle pas exemple sur elle ?
    C’est une tête brûlée !
    - Je le pense aussi, dit le surveillant. Garde-la à l’œil, dehors, lui recommande-t-il. Elle est jeune, belle et butée !
    -Pourquoi ai-je l’impression que tu ne me dis pas tout ?
    -Tu le sauras par toi-même si tu l’as à l’œil ! il s’agit de ton honneur, de celui de ta famille !
    Dahmane n’a pas besoin d’en entendre plus pour comprendre que sa fille n’est pas seulement une mauvaise et insupportable élève, sa conduite à l’extérieur de l’établissement est indigne d’une fille de bonne famille. Il remercie son ami de l’avoir averti et rentre chez lui. Il est furieux.
    Fathma s’affole, elle ne l’a jamais vu dans cet état.
    -Que se passe-t-il ? Quelqu’un t’aurait agressé ?
    -Non, crie-t-il.
    -Quelqu’un a-t-il touché à ton commerce ?
    -Non !
    Elle lève les mains, tremblante de la tête aux pieds en sentant une main invisible lui serrer le cœur. Elle vient de se rappeler que Dahmane a été convoqué par le surveillant général. Elle devine que Yamina en a trop fait. Cette fois, c’est la goutte qui fait déborder le vase. Fathma n’a jamais vu son mari aussi furieux. Son visage blond a pris une couleur de brique. Elle a peur …
    -Tu ne veux pas savoir, l’interroge-t-il.
    Fathma hoche la tête.
    -Ta fille sort avec un garçon, lui apprend-t-il. Elle a été vue … elle ne se contente pas de mettre la pagaille en classe, il faut aussi qu’elle joue avec mon honneur ! Je n’ai pas voulu faire de scandale, tout à l’heure, lui confie-t-il. J’avais peur de ne pas me maîtriser. Quand ta fille rentrera, dis-lui de ne plus recommencer !
    Fathma s’est mise à pleurer. Quand il s’en rend compte, il regrette d’avoir laisser éclater sa colère. Elle est devenue livide et elle recule quand il fait un pas vers elle.
    -“Ta fille”, souffle-t-elle. Elle n’est plus ta fille parce qu’elle … elle est jeune, lui rappelle-t-elle. À cet âge, on croit à l’amour … et puis, rien ne prouve qu’elle sorte vraiment avec ce garçon !
    -Je ne suis pas resté la surveiller ! j’ai peur de ma réaction, je crains de ne pas pouvoir me contrôler ! Avertis-la, dis-lui de ne pas faire d’erreur, l’honneur n’a pas de prix ! Elle doit le savoir, pourquoi joue-t-elle avec ?
    Fathma l’ignore. La nouvelle l’a bouleversée. Elle ne peut pas tenir debout. Elle va dans sa chambre et se met au lit. Dahmane est retourné à son commerce, croyant que cela allait lui passer. Elle ne comprend pas sa fille. Elle aurait pu être heureuse, pourquoi tient-elle toujours à se compliquer la vie ? Pourquoi mettre ses nerfs à l’épreuve, une fois de plus ? Que veut-elle vraiment ? Fathma se le demande et décide d’avoir une discussion des plus franches avec sa fille. Elle n’a pas six ans mais quinze ans. À cet âge, elle doit comprendre certaines choses. En sortant avec un garçon, au village, elle ne doit pas s’attendre à être félicitée par sa famille. Un autre que Dahmane n’aurait pas hésité à la ramener à la maison. Dans la famille, on ne badine pas avec l’honneur. Certaines sont battues à mort puis interdite de sorties pour toujours.
    Dahmane aurait pu le faire mais c’est certainement par égard pour elle. Elle lui en est reconnaissante, sachant au fond de son cœur que si un jour, il lève la main sur elle, elle ignore ce que fera sa fille. Dans tous les cas, rien de bon …

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  6. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 7eme partie
    Par : Adila KATIA

    Fathma est encore au lit à quatre heures et demie lorsque sa fille Yamina rentre du CEM. Elle est surprise de la trouver au lit et en sourit même.
    Qu’est-ce que tu fais encore au lit ?
    Je suis malade, répond-elle.
    Tu te crois enceinte cette fois ? l’interroge Yamina. Tu espères encore ?
    Non, si je ne suis pas bien c’est à cause de toi, lâche sa mère. Qu’est-ce que tu fais en dehors des cours ?
    Rien, je reste avec mes copines !
    Des copines ? reprend Fathma. Si seulement c’est avec elles que tu passes ton temps ! Ton père a été voir le surveillant général, il en a appris des choses !
    Si c’est pour se plaindre de l’ambiance que je mets en classe il aurait pu prendre son mal en patience, c’est bientôt la fin de l’année ! Ce sera aussi la fin de ta liberté si tu traînes encore avec tes copains, l’avertit Fathma en quittant son lit. Ton père était furieux… Comment peux-tu te comporter de la sorte alors que tu sais que les gens épient les moindres faits et gestes des filles du village ? Tu fais honte à la famille. En t’affichant avec un jeune, tu souilles notre honneur ! Ton père ne te le pardonnera pas !
    Yamina éclate de rire puis soupire, comme si elle n’en revenait pas.
    Mon père, lui rappelle-t-elle, est mort depuis des années… celui-là c’est ton mari ! Ingrate ! rétorque Fathma. Il se comporte comme un vrai père avec vous ! Il vous a adoptées… Il a pris soin de vous, il s’est arrangé pour que vous soyez enviées de vos camarades… Vous n’avez jamais eu besoin de quelque chose, rien n’a manqué … de quoi peux-tu te plaindre ? Même quand tu fais des bêtises, tu n’as jamais été punie ! rappelle-moi un jour où il t’aurait frappée !
    La punition est quotidienne, dit Yamina. Le fait d’être ici est pire que les coups ! Je rêve de partir d’ici…
    Ah oui ? Parce que tu es maltraitée ? Et moi qui croyais que tu étais une fille comblée ! Si tu veux partir chez tes grands-parents, je ne te retiens pas !
    Yamina se met à crier, à casser ce qui se trouve sur la coiffeuse. Elle en a gros sur le cœur, et lui reproche son mariage.
    Tu nous as coupées de notre vraie famille, lui crie-t-elle. Cela fait des années que je ne les ai pas vus ! Qui sait s’ils voudront de moi après ce que tu as fais ?
    C’est eux qui m’ont demandé de partir, rétorque Fathma. Je n’avais pas de fils avec lui ! Je ne pouvais pas rester… J’étais jeune, je n’avais pas le choix, il fallait que je me marie et je suis bien tombée… Dahmane est quelqu’un de merveilleux… je n’aurais pu espérer mieux !
    C’est ça ! Qu’est-ce que tu ne dirais pas ! Tout ce qui compte pour toi, c’est ton petit confort !
    Si tu en es persuadée, sache, et je suis sérieuse, que tu peux partir quand tu veux… les vacances sont pour bientôt… je vais demander à Dahmane de t’emmener, lui dit sa mère. Comme ça, tu pourras te rendre compte par toi-même que je n’ai pas seulement pensé à mon confort mais aussi au tien… Je n’ai pas besoin de parler de Nora, elle en a conscience ! La bêtise ne l’a pas aveuglée…
    Nora est meilleure que moi ? En quoi ?
    Je n’ai pas à répondre… Tu connais toutes ses qualités, je n’ai pas besoin de les énumérer ! Plus tard, c’est toi qui vas te trouver sans travail, sans toit ! Je ne me fais pas de souci pour Nora. Elle est très bien partie pour réussir sa vie !
    Yamina ne tient pas compte de ce que lui dit sa mère. Pour elle, sa place n’est pas ici. Elle n’a jamais été heureuse. Son père lui manque. Rien de ce qu’a pu faire Dahmane en bien et malgré l’attention dont il l’a entourée n’a pu lui accorder ce qu’elle veut. Son père, personne ne peut le remplacer. Au fond d’elle-même, il n’est jamais mort. Sa mère ne peut pas le comprendre.

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  7. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 8eme partie
    Par : Adila KATIA

    Dahmane n’est pas de l’avis de sa femme. Il n’est pas d’accord pour laisser Yamina aller chez ses grands-parents pendant les vacances. Fathma doit lui expliquer pourquoi elle refuse.
    Ses grands-parents vivent presque dans la misère ! Les filles de son âge sont interdites de sorties ! Yamina ne supportera pas de vivre là-bas plus de quarante-huit heures !
    Tu veux qu’elle prenne conscience de sa chance, mais elle le sait, répond Dahmane. C’est une éternelle insatisfaite ! Où qu’elle soit, elle ne sera jamais bien !
    Mais elle ne sera jamais mieux qu’ici ! Elle reviendra calmée et remerciera Dieu de sa chance, de lui avoir tout donné ! Emmène-là, le prie-t-elle. Il faut qu’elle parte !
    Dahmane ne peut plus refuser. Il l’emmène dès le premier jour des vacances. Yamina, qui le boude depuis quelque temps, ne lui dit même pas au revoir. Il en est très peiné vu qu’il ne l’a pas grondée quand il a appris qu’elle sortait avec un garçon. Fathma s’en est chargée et, d’après les rumeurs, Yamina s’est tenue tranquille.
    Le bulletin de ce trimestre n’est pas des meilleurs. Il est évident que si elle continue à ne pas travailler en classe, elle sera exclue en fin d’année. Dahmane ne l’espère pas. Il sait que si elle reste cloîtrée à la maison, elle allait poser des problèmes. Elle et sa mère seront en conflit.
    Il regrette que Yamina ne prenne pas exemple sur sa sœur Nora. Il va la chercher. Nora est en première année, au lycée, qui se situe à trente kilomètres de chez eux, et il a fallu la placer en internat. La jeune fille ne cache pas sa joie quand elle sort du lycée. Elle est heureuse de rentrer à la maison.
    Comment vont maman et Yamina ?
    Bien ! mais tu vas passer les vacances seule, Yamina est allée chez tes grands-parents !
    Pourquoi ? Qui a eu l’idée ?
    Elle ne veut plus vivre avec nous, lui confie-t-il. Elle ne se plait pas chez nous.
    Elle va revenir ! Je connais ma sœur, elle ne pourra jamais vivre là-bas… pour de courtes vacances, peut-être, mais y vivre, jamais ! Elle va revenir en courant, dit Nora en riant. Elle est vraiment incroyable !
    Tout comme le reste de la famille, elle a cru qu’en grandissant, Yamina allait s’assagir. Pour tous, c’est la déception. Fathma est désemparée. Elle souffre depuis le départ de sa fille. Nora tente de la réconforter.
    Elle me fait de la peine… Si elle continue ainsi, elle va échouer dans sa vie ! J’ai l’impression qu’elle ne s’en rend pas compte ! Elle est emplie de haine ! Pourtant, Dahmane vous aime et a tout fait pour que vous soyez heureuses… Mais, est-ce que je me trompe ? Est-ce qu’il aurait pu faire mieux ?
    Je ne crois pas, répond Nora. Papa est le meilleur ! Yamina s’en rendra compte un jour !
    Chaque jour que Dieu fait lui paraît une éternité. Fathma espère que le court séjour servira à ouvrir les yeux à sa fille. Que lui faut-il pour en prendre conscience ? Ce séjour allait être bénéfique pour sa fille, elle en est convaincue. Yamina allait rentrer calmée.
    Les remords la pousseront à demander pardon et surtout à se rattraper en classe. Si elle s’y met le prochain trimestre, avec un peu de chance, elle redoublera et pourra se donner à fond. Elle et Dahmane ne lui feront aucun reproche.
    Ils l’aideront comme ils le peuvent. Si Yamina prend exemple sur sa sœur, elle pourra se convaincre que ses filles sont enfin heureuses. Fathma aurait pu vivre dans le bonheur. Même si elle n’a pas pu donner un fils à Dahmane, ce dernier s’évertue, depuis le premier jour, à les rendre heureuses. Yamina leur a donné du fil à retordre.
    En partant chez ses grands-parents, elle a voulu mettre leurs nerfs à l’épreuve. Fathma sait qu’elle leur reviendra. Elle ignore seulement que la déception rendra sa fille encore plus hargneuse et insupportable.

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  8. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 9eme partie
    Par : Adila KATIA

    Il reste deux jours avant la reprise des cours lorsque Yamina revient de chez ses grands-parents. Toute la famille est heureuse de la revoir. Fathma espère qu’elle s’est enfin calmée. Elle ne lui demande pas comment s’est passé son séjour. Elle devine que sa fille a dû déchanter. Elle a cru pouvoir trouver mieux mais la vie en pleine campagne est insupportable pour ceux qui ne sont pas habitués à travailler la terre. Elle se souvient des jardins potagers. Les légumes qu’ils consomment viennent tous de là. Ils n’ont pas les moyens d’acheter au marché. Chaque année, ils sèment du blé et de l’orge. Lorsque la récolte des moissons a été bonne, ils ne manqueront pas de semoule durant l’année et même la suivante. Elle se rappelle que les galettes étaient cuites au feu de bois.
    J’ai de la chance, dit-elle en regardant sa cuisine. J’ai deux filles. J’ai toutes les commodités … une machine à laver, un grand frigo, un congélateur, un ventilateur et même le téléphone… J’ai vraiment de la chance… Si seulement j’avais pu lui donner un fils, regrette-t-elle.
    Fathma est si soucieuse qu’elle ne s’est pas rendu compte du fait qu’elle pensait à voix haute. Nora qui a tout entendu s’approche d’elle et la serre dans ses bras.
    Mais il t’aime même si tu n’as pas pu en avoir ! Et puis, tu nous as !
    Je le sais… vous m’avez tant donné ! Je n’arrive pas à imaginer ma vie sans vous ! soupire Fathma. Si Yamina…
    Elle n’est pas facile, remarque Nora. Ce doit être sa crise d’adolescence… Cela lui passera dans quelque temps !
    Et pourquoi n’en fais-tu pas une ? Tu n’es pas plus âgée qu’elle, tu es son aînée ! Pourquoi boude-t-elle ? Elle est partie parce qu’elle le voulait ! Elle est revenue de son propre chef… Que veut-elle vraiment ?
    Elle doit être déçue… Elle devait s’imaginer autre chose que ce que tu lui avais décrit, répond Nora. Elle était certainement partie pour ne plus revenir !
    Pourquoi n’essaies-tu pas de lui parler ? Si Dahmane rentre et la trouve en train de bouder, j’ignore comment il réagira ? Va lui parler, la prie-t-elle. Peut être qu’entre vous, le contact sera plus facile ?
    Nora ne refuse pas. Elle s’en va trouver sa sœur. Celle-ci n’est pas dans sa chambre. Elle est sortie dans la cour et Nora la surprend en train de parler avec un jeune homme. Il a un sourire avant de partir sans même lui dire au revoir. Yamina ne l’a pas vue arriver. Elle sursaute presque en tournant les talons. Mais l’effet de surprise passe vite et laisse place à la colère.
    Qu’est-ce que tu fais là ? Tu m’espionnais ?
    Non, je voulais te parler… Apparemment, je suis mal tombée… Qui étais-ce ?
    Un copain…
    Que te voulait-il ? Tu avais rendez-vous ou il passait par hasard ? lui demande Nora. Tu es rentrée pour lui ? Ou parce que tu ne te plaisais pas là-bas ?
    Yamina s’emporte, ne supportant pas l’allure que prend la discussion.
    C’est un interrogatoire ma parole ? s’écrie-t-elle. C’est maman qui t’envoie ?
    Non, je voulais passer un peu de temps avec toi… Demain, je retourne à l’internat, on ne se verra pas pendant longtemps, dit Nora. Tu m’as manquée… J’étais peinée de ne pas te trouver !
    Je ne te crois pas… Tu as profité de mon absence pour te faire une place dans leur cœur… Nora, la gentille, la plus intelligente, la plus sérieuse, la plus affectueuse… Elle n’est pas ingrate comme Yamina ! C’est ce qui se dit tout le temps ! crie Yamina. Je n’en peux plus… Dis à maman de ne pas s’en faire, dans quelque temps, elle n’entendra plus parler de moi !
    Comment ça ? Qu’est-ce que tu as l’intention de faire ?
    Yamina n’a aucunement l’intention de la mettre dans la confidence. Elle regrette d’en avoir trop dit. Elle se met à rire, s’appuyant à son épaule.
    Tu devrais voir ta tête ! Tu as vraiment cru que je préparais mon départ ?
    Oui…
    Ma chère Nora, qui voudra de moi ? Je n’ai pas où aller… Et qui pourrait me supporter à part vous ? J’aurais eu soixante-dix ans qu’on aurait dit que je suis une vieille grincheuse mais je n’ai que quinze ans ! Pourquoi suis-je comme ça ?
    Personne ne peut répondre à la question. Nora aurait voulu chasser les interrogations qui l’empêchent d’être heureuse. Pour y parvenir, il faudra la comprendre et ce n’est pas le cas…

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  9. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 10eme partie
    Par : Adila KATIA

    Yamina a beau lui tenir des propos rassurants, Nora ne la croit pas. Elle ne parvient pas à chasser son inquiétude. Elle voudrait se tromper mas elle est sûre et certaine d’avoir bien saisi le message de sa sœur. Elle a une idée en tête qui ne présage rien de bon. Avant de retourner à l’internat, elle prend son père, à part. Elle ne peut pas partir sans lui confier ses craintes. Elle ne veut pas avoir de regrets.
    - Je crois que Yamina a l’intention de fuguer, lui dit-elle. Elle n’est pas bien. Il ne faut pas lui faire confiance !
    - Est-ce qu’elle partira seule ?
    - Je n’en sais rien.
    Nora n’ose pas lui parler du jeune homme qu’elle a vu avec sa sœur. Elle ne le connaît pas et ignore quelle relation ils peuvent bien entretenir. Elle reste bouche bée quand il lui apprend qu’elle a été vue à plusieurs reprises avec des garçons. Elle tente de la défendre.
    - C’était peut-être des camarades de classe, moi-même, j’en avais !
    - Je sais mais ceux-là, Yamina les voit en dehors du collège, insiste Dahmane. Le surveillant général m’avait convoqué pour me mettre au courant ! Je ne serais pas surpris si elle nous faisait ce coup-là! Je vais la surveiller ! Je n’ai plus le choix…
    - Je suis désolée papa ! Je voulais en parler à maman mais je crois que c’est une mauvaise idée ! Elle en tomberait malade !
    - Tu as bien fait !
    Nora part de la maison tranquille. En se confiant à son père, elle sait qu’il fera tout pour que sa sœur ne fugue pas. Avant la reprise des cours, il demande à des cousins et des amis, de garder un œil sur sa fille. Il veut connaître le moindre de ses gestes. Il ne veut pas être pris au dépouvu.
    - Tes mauvaises notes ne te permettront pas de passer au lycée, lui dit il. Travaille ce dernier trimestre pour avoir la chance de redoubler ! À moins que tu ne veuilles rester à la maison ?
    - Oui.
    - Oui quoi ? veut savoir Dahmane.
    - Ce que tu veux ; je vais travailler ce trimestre !
    Elle a beau le lui dire, il n’en croit pas un mot. Il ne peut pas la forcer. Tout ce qu’il pouvait faire, c’est la surveiller, dans son propre intérêt. Qui sait si elle n’a pas l’intention de le berner pour partir avec son ami ? Il n’a aucun doute sur l’existence de ce dernier. Une fois qu’il aura mis la main sur lui, il lui en fera voir de toutes les couleurs. Il se le jure. Celui qui a osé toucher à ses filles ignore ce qui l’attend. Il ne pourra pas tomber sur pire que lui. Dahmane la laisse donc reprendre les cours en feignant de se désintéresser d’elle et de ses activités. Fathma, de son côté, est rassurée en remarquant qu’il ne parle plus de Yamina en mal. Elle est persuadée que celle-ci a fini par comprendre qu’il est de son intérêt de se rattraper dans ses cours.
    La réalité est tout autre. Dahmane a été averti des agissements de sa fille. Elle profite de chaque heure libre, non pas pour réviser mais pour fréquenter un garçon qui répond au prénom de Kader. Celui-ci, exclu du lycée, passe son temps devant l’établissement à draguer les filles. Depuis quelque temps, même si un grillage les sépare, ils se voient régulièrement. Ils peuvent se voir, se parler, se toucher du bout des doigts. Et même être surpris par le surveillant général. Kader prend la poudre d’escampette en le voyant venir. Yamina est prise en flagrant délit.
    - À mon bureau !
    Elle ne peut que le suivre, sans un mot. Elle s’attend à ce qu’il la sermonne, la punisse mais rien de tout cela ne se passe.
    - Est-ce que je peux partir ? ose-t-elle demander.
    - Non ! après…
    Yamina ne demande pas après quoi. Elle a deviné qu’ils doivent attendre son père. Ce dernier ne tarde pas à venir. Il est furieux et, plus que jamais, elle est frappée par sa vieillesse. Elle a aussi un autre choc. C’est la première fois qu’il lève la main, sur elle.

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  10. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 11EME PARTIE
    Par : Adila KATIA

    Le sang de Dahmane n’a fait qu’un tour quand on est venu lui dire que Yamina et son petit ami ont été surpris ensemble. Le grillage entre eux n’est rien pour lui. Le fait que sa fille ait été vue une nouvelle fois, est plus qu’il ne peut supporter. Il la traîne jusqu’à la voiture et l’emmène à la maison.
    Fathma manque de s’évanouir lorsqu’ils entrent. Yamina a la joue en feu. La marque de la main de Dahmane ne partira pas tout de suite. Et il est si furieux qu’il est à bout de souffle.
    À partir d’aujourd’hui, elle ne sort plus ! elle en a trop fait ! je n’ai pas quarante ans … je ne peux pas courir après elle, ou après ce filou ! je n’en ai pas la force ! si je pouvais mettre la main sur lui, je te jure que je lui flanquerais une raclée qu’il n’oubliera pas de toute sa vie !
    Malheureuse, qu’as-tu en tête ? Pourquoi tiens-tu à nous humilier de la sorte ?
    Je n’ai rien fait de mal, se défend sa fille. On parlait seulement … et lui, il s’est comporté comme si …
    C’est ton père … même s’il n’est plus jeune, son orgueil est intact ! … quelle réaction voudrais-tu qu’il ait en apprenant que tu joues avec l’honneur de la famille ? Si ce garçon est issu d’une bonne famille, il doit savoir que ce n’est pas toléré …Qu’est-ce qu’il te voulait ?
    Mais c’est juste un copain ! rétorque Yamina à sa mère. Il n’est pas question de mariage !
    En plus ! mais pourquoi te montrer avec lui ? Tu sais que les gens ne font que surveiller les autres, pour jaser ! dit Fathma. Tout le village doit être au courant ! Grâce à lui …
    Enfant indigne, tout ce qui arrive est de ta faute ! comment peux-tu te tenir là, à parler de lui avec haine et rancœur alors qu’il fait tout pour te protéger ?s’écrie sa mère.
    Quand elle se tourne vers lui, elle remarque qu’il et pâle et trop silencieux. Elle s’approche de lui. Il s’est assis et se tient la tête.
    Dahmane ? Qu’as-tu ?
    Ma tête va exploser …
    En fait, il se sent si mal qu’il éprouve le besoin d’aller s’étendre un peu. Il s’appuie à elle pour se rendre à leur chambre.
    J’ai chaud, ouvre la fenêtre !
    Fathma fait ce qu’il lui demande et s’assoie près de lui, sur le lit. Jamais elle ne l’a vu aussi pâle.
    Va fermer la porte ! elle ne doit plus sortir … ce garçon a une mauvaise influence sur elle … tout à l’heure, quand j’irais mieux, je vais voir ses parents !
    Tu veux un peu d’eau ?
    Oui …
    Fathma sort de la chambre et en se rendant à la cuisine, elle aperçoit la porte d’entrée ouverte. Elle va la fermer avant de se rendre à la cuisine, pour y prendre une bouteille d’eau fraîche. Lorsqu’elle retourne auprès de son mari, elle remarque qu’il souffre.
    Tu as mal quelque part ?l’interroge-t-elle en lui servant un verre d’eau.
    Oui, je crois que c’est mon cœur … mais ça va passer !
    Il boit un peu.
    Je vais me reposer !
    Si tu es d’accord, je vais appeler le médecin ! propose-t-elle.
    Non, non … va voir Yamina et parle-lui ! Dis-lui …dis-lui que je regrette de l’avoir frappée !
    Je lui dirais, lui promet-elle, si elle veut bien m’écouter ! Repose-toi ! Fathma se rend au salon et n’y trouvant pas Yamina, elle va à sa chambre. Aucune trace d’elle. Même dans les autres pièces …
    Où peut-elle être ?se demande-t-elle. Le cartable n’est plus au salon. La mère en conclut que Yamina est retournée en classe. Comme toujours, elle n’en fait qu’à sa tête …

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  11. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 12eme partie
    Par : Adila KATIA

    Fathma ne pensera plus à sa fille, habituée à ce qu’elle n’en fasse qu’à sa tête. Dahmane a fini par s’assoupir. Elle ne fait pas de bruit, ne voulant pas l’en tirer, ils auront tout le temps de discuter plus tard.
    La mère a pris conscience que Yamina a épuisé les réserves de patience de Dahmane. Elle a dépassé les limites et semble ne pas en avoir pris conscience. Fathma est décidée à avoir une discussion avec elle. Si elle persiste à ne pas les écouter, elle ne devra pas être surprise si elle est interdite de sortie.
    “Elle mérite d’être punie. Ses camarades ne posent pas autant de problèmes à leurs parents. Yamina est l’unique fille dont les gens doivent parler.”
    Elle leur fait honte, il n’aurait pas pu lui arriver pire que d’être déçue par sa fille. Dahmane a tant fait pour elles. Fathma regrette que Yamina soit aussi butée et surtout aussi ingrate. Dahmane les a gâtées. Elle se rappelle qu’avant même de se marier avec lui, Yamina s’est montrée difficile. Elle n’a jamais voulu qu’elle se marie et n’a jamais accepté ce mariage.
    Le temps n’a pas arrangé les choses. Sa crise d’adolescence la mène droit à l’échec. Si elle est exclue de l’école, Fathma la voit mal se calmer à la maison. Elle pense déjà à l’avenir. Est-ce que son mari acceptera qu’elle puisse faire une formation ?
    Des jeunes filles du village qui n’ont pas pu aller loin dans leurs études en ont fait. Elles sont infirmières ou sages-femmes. Peu importe le stage qu’elle fera, pour Fathma, Yamina ne doit pas rester inactive et enfermée. Sa fille est comme une bombe à retardement. Elle se demande pourquoi elle est si différente de sa sœur aînée, pourquoi elle ne prend pas exemple sur elle…
    Fathma ! Fathma…
    J’arrive !
    L’appel de son mari lui a semblé bizarre. Elle abandonne son ménage et court à lui. Dahmane se tient assis. Il est toujours aussi pâle.
    Que fait-elle ? lui demande-t-il.
    Elle est retournée en classe, répond-elle.
    Je t’ai dis qu’elle ne doit pas sortir ! dit-il en se levant. Pourquoi l’as-tu laissé partir ?
    Elle a profité de l’instant où je m’occupais de toi, lui apprend-elle en le suivant. Tu te sens mieux ?
    Oui et je vais de ce pas la chercher… Il est presque quatre heures… Si je tombe sur ce Kader, je fais un malheur !
    Fathma a beau le prier, il refuse de l’écouter.
    Elle va rentrer d’un moment à l’autre, lui dit-elle. Pourquoi ne restes-tu pas ici ?
    Il est hors de question que je l’attende ici… Dorénavant, je l’accompagnerai et la ramènerai. Je ne peux pas lui interdire de sortir… C’est l’unique solution pour l’empêcher de faire de graves erreurs !
    Fathma est persuadée que même en la surveillant à plusieurs, rien ni personne ne pourra l’empêcher d’en faire qu’à sa tête. C’est dans la nature de sa fille de contrarier ses proches. Elle ne s’inquiète pas quand il part. Elle pense que dans une demi-heure il sera de retour avec Yamina. Elle prépare un goûter même si elle sait que Yamina ne le prendra pas avec eux. De nature rancunière, elle ne pardonnera pas à Dahmane de l’avoir frappée.
    Fathma ! Est-ce que Yamina est rentrée ?
    Dahmane est vite revenu et il panique quand elle hoche la tête.
    Non… tu ne l’as pas trouvée ? Mais où est-elle alors ?
    Dahmane va à sa chambre et y jette un coup d’œil. Il ne manque rien dans sa garde-robe.
    Où cache-t-elle sa tirelire ? demande-t-il à Fathma qui le suit sans comprendre ce qu’il cherche vraiment.
    Dans le tiroir de son bureau…
    En le contournant, il trouve la tirelire vide. Il devient livide.
    Elle a pris son argent ! Yamina est partie !
    Non, elle est certainement chez une voisine ou une copine…
    Fathma l’a dit sans conviction. Elle s’assoie sur le lit de sa fille et se met à pleurer. Si Yamina est partie, elle n’est pas près de la revoir avant longtemps…

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  12. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 13eme partie
    Par : Adila KATIA

    Dahmane et Fathma ne peuvent pas le savoir, mais Yamina est partie en bus. La colère a guidé ses pas vers les arrêts de taxis et de bus. Et des bus il en passe chaque jour au village. Elle est tombée sur l’un deux et n’a pas hésité à monter. Elle n’a pas cherché à savoir où il se rend. Ce qui compte pour elle, c’est de s’éloigner de sa famille et de son village. Après ce qui s’est passé ce matin, elle ne se voit plus vivre avec son beau-père.
    Sa joue est encore marquée par la gifle qu’il lui a donnée. Jamais elle lui pardonnera.
    Bonjour, dit le receveur. Vous vous rendez où ?
    À votre destination finale, répond Yamina. Vous allez à Alger ?
    Non, à Sétif… si vous vous rendez à Alger, on vous dépose au prochain arrêt, propose le receveur.
    Oui…
    Yamina descend donc à la prochaine station sans vraiment savoir si elle pourra partir sur Alger. C’est sur un coup de tête qu’elle a pris son argent de poche. Quand elle est sortie dehors, elle n’a eu aucunement l’intention de fuguer. Maintenant qu’elle est descendue du car, elle se voit mal retourner au village. Elle attend longtemps avant de pouvoir se rendre à Alger. Elle ne partira pas par bus mais en taxi. En tardant, des amis de la famille ou des gens du village lui auraient posé des problèmes en la reconnaissant. Ils se seraient vite doutés qu’elle est ici sans le consentement de ses parents. Elles ne se déplacent jamais seules. Dahmane les a toujours accompagnées quand elles ont à faire loin du village.
    Yamina se rappelle que la sœur d’une camarade de classe, Souhila, travaille à l’hôpital Mustapha. En se renseignant auprès des passants qu’elle croise, elle parvient à s’y rendre.
    Au bureau des renseignements, elle demande après Farida C. L’agent ne la connaît pas et ne peut pas l’orienter.
    Elle est au service Pierre et Marie Curie, se rappelle Yamina. Peut-être qu’elle est encore de service ?
    Avec ce renseignement, je peux vous aider à la trouver !
    L’agent profite de la présence d’un infirmier qui passe près d’eux pour lui demander de l’emmener au service. Cinq minutes plus tard, Yamina attend dans le hall d’entrée.
    Vous êtes une parente ? lui demande l’infirmier.
    Sa sœur, ment Yamina. Pourvu qu’elle soit là, souhaite-t-elle en son for intérieur …
    Elle trouve le temps bien long. Comme l’infirmier tarde à revenir, elle panique à l’idée que Farida ne soit pas là. Elle allait passer la nuit dans la rue. Pour louer une chambre d’hôtel, il faut présenter une pièce d’identité, elle n’a aucun papier.
    C’est elle…
    Yamina se tourne en reconnaissant la voix de l’infirmier. Elle soupire de soulagement en voyant qu’il est revenu avec Farida, la sœur de sa camarade.
    Farida fronce les sourcils.
    Bonjour, dit Yamina en allant l’embrasser chaleureusement. Comment vas-tu ?
    Bien, mais qui es-tu ? l’interroge Farida. Comment peux-tu me connaître ? Je ne te connais pas… Qui es-tu ?
    Je suis l’amie de Souhila, répond-elle. J’ai besoin d’un service…
    Yamina attend que l’infirmier se soit éloigné d’elles pour poursuivre.
    Je n’ai pas où passer la nuit, lui dit-elle. Je me suis rappelée que Samia a une sœur ici… j’espérais que vous pourriez m’aider… je dois passer la nuit à Alger !
    Où sont tes parents ?
    À la maison…
    Comment se fait-il qu’ils t’aient laissée venir seule ? Pourquoi es-tu ici ? l’interroge-t-elle.
    C’est une longue histoire, murmure Yamina. J’ai besoin de vous…
    Est-ce que tes parents savent que tu es ici ?
    La jeune fille n’a plus le choix. Elle secoue la tête. Farida pousse un cri exaspéré. Elle ne lui laisse pas le choix…

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  13. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 14eme partie
    Par : Adila KATIA

    Farida a vite deviné que Yamina a fugué. Elle connaît ses parents. Ce sont des êtres adorables. Elle les a vus à plusieurs occasions et elle ne peut pas se tromper. Elle a en face d’elle une adolescente irréfléchie et au mauvais caractère.
    Elle ne peut pas l’abandonner ici. Elle sait qu’elle n’a pas de famille à Alger. La seule qui pourra l’accueillir est la rue et elle est pleine de dangers pour une jeune fille, de son âge. Même si elle est encore jeune, sa beauté ne passe pas inaperçue. Yamina est une belle brune. Elle l’ignore mais on peut abuser d’elle. Elle ne connaît rien de la vie de la ville.
    Elle risque de tomber sur des personnes malveillantes aux activités pas nettes du tout. Mais surtout, sa fugue peut mal finir.
    C’est pourquoi Farida ne refuse pas de la prendre chez elle. En fait, elle n’a pas encore de chez elle. Elle vit chez une famille. Celle-ci habite une grande villa, dans un quartier chic. Elle a loué une chambre meublée. La location lui revient très cher. Mais c’est le prix à payer pour être dans un quartier chic et sécurisé.
    Yamina pousse un cri d’admiration en entrant dans le studio.
    Hé bien, on peut dire que tu sais bien choisir ! s’exclame-t-elle.
    Ce n’est pas à moi … mais tu peux te mettre à l’aise, dit Farida en faisant de même. Je vais me rafraîchir !
    Après une journée à l’hôpital, à tenter de faire sourire les malades de son service, elle éprouve le besoin de se doucher. Une manière de se débarrasser de l’odeur de l’hôpital. Elle met une robe d’intérieur et libère ses cheveux. Lorsqu’elle sort de la salle de bain, Yamina n’en revient pas. C’est une autre femme.
    Je te trouve plus belle, sans ton chignon, lui dit-elle. Il y a longtemps que tu es ici ?
    Oui, presque six ans … avant, je vivais chez mon oncle, lui confie-t-elle, tout en allant leur préparer du thé. Après l’obtention de mon diplôme, j’ai décidé de faire ma vie !
    Pourquoi n’es-tu pas rentrée au village ? Ta famille est là-bas …
    Je sais mais j’ai décidé de vivre ici, pour des raisons personnelles, répond Farida en apportant une assiette de gâteaux secs. Et toi, pourquoi as-tu quitté le toit familial ? Tu n’étais pas bien ?
    Le visage de Yamina se ferme.
    Non, absolument pas, répond-elle.
    Tes parents sont merveilleux … j’ai eu l’occasion de parler avec eux, ils sont vraiment admirables, poursuit Farida. Surtout ton père …
    Ce n’est pas mon père, l’interrompt Yamina. Il est le mari de ma mère …
    Mais c’est un bon père ! insiste Farida. Il a bien pris soin de toi … il suffit de voir tes habits, tes chaussures pour savoir que rien n’est cher à ses yeux … ce qui importe pour lui, c’est que tu sois bien … je croyais que vous étiez deux ?
    Nora est à l’internat … elle est bien, avoue-t-elle. La seule à avoir des problèmes, c’est moi ! Aujourd’hui, il m’a fait un scandale devant tout le monde … il m’a même frappée !
    Tu lui en as tellement voulu que tu es partie ! As-tu seulement laissé un mot ?veut savoir Farida. Est-ce qu’ils t’ont vue partir ?
    Non …
    Tu es encore en colère ?
    Oui, et je peux te dire que plus jamais je ne retournerai vivre avec lui, dit Yamina. Je vais rester en ville !
    Et que feras-tu ? Tu n’as pas fini ta scolarité, et pour vivre en ville, il faut beaucoup d’argent. Il te faut avant tout, des papiers … tu n’as même pas l’âge d’avoir une pièce d’identité, réplique Farida. Tu fais un caprice d’enfant de riches … tu ne réfléchis pas … c’est très mauvais !
    Je vais me trouver du travail, dit Yamina en se levant et bombant sa poitrine, elle lâche : je fais déjà femme … je dirais que j’ai vingt-deux ans !
    Tu n’es pas sérieuse, j’espère ? Pour qui pourrais-tu travailler ?l’interroge Farida. Tu ne sais rien faire de tes dix doigts ?
    C’est vrai, mais j’apprendrai vite … je pourrais travailler dans un restaurant, dans un hôtel. Je me trouverai un studio et je ferai des économies … j’achèterai un appartement et une voiture … je mènerai la belle vie !
    Farida la laisse parler. Elle a de la peine pour l’adolescente qui rêve d’une belle vie alors que dans la vie rien ne se donne. Elle allait l’apprendre à ses dépens. Si elle ne réussit pas à la persuader de rentrer à la maison …

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  14. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 15eme partie
    Par : Adila KATIA

    Farida ne peut pas se résoudre à laisser Yamina croire qu’elle ne peut en faire qu’à sa guise. Elle est encore mineure et ses parents doivent se ronger les sangs depuis qu’ils ont découvert qu’elle a fugué.
    Ta mère doit être morte d’inquiétude, lui dit-elle. Tu ne voudrais pas qu’on aille l’appeler ?propose-t-elle.
    Non, elle est tranquille maintenant … je ne lui causerai plus de problèmes !
    Ce doit être la fête à la maison, dit Yamina. Je ne veux plus y retourner … si tu ne veux pas de moi, ici, je partirai demain !
    Non, ce n’est pas que je ne veuille pas de toi, la rassure Farida. Mais il faut les rassurer! Même si tu ne veux pas y retourner, même si tu n’aimes pas ton beau-père adoptif, ta mère reste ta mère … Tu ne veux vraiment pas lui donner de tes nouvelles ?
    Pas de sitôt, rétorque la jeune fille. Si elle sait que je suis ici, elle viendra !
    Mais tu peux l’appeler sans lui dire où tu es …
    Yamina fronce les sourcils, n’appréciant pas sa façon d’insister.
    Si tu continues, demain tu ne me trouveras pas ici !
    Non, je ne veux pas que tu partes, tant que tu ne te feras pas une situation, je tiens à ce que tu restes ici ! fais comme chez toi !
    Jure-moi que tu ne les contacteras pas !
    Tu as ma parole !
    Yamina s’endort rassurée. Farida n’a pas voulu la contrarier. Si elle n’aborde plus le sujet, c’est par crainte de la voir partir. Elle lui recommande de ne pas sortir durant son absence.
    Mais comme toujours, Yamina n’en fait qu’à sa tête et sort. Elle a l’adresse en poche au cas où elle se perdrait. Il y a tant de ruelles. Elle apprend à aller au marché, à la boulangerie, au hammam. Elle a quelques repères. Farida trouve qu’elle s’en sort bien.
    Au bout de quelques jours, Yamina commence à s’ennuyer. Il n’y a pas grand-chose à faire. Elle y étouffe …
    - Tu ne pourrais pas me débrouiller un petit boulot, prie-t-elle un soir Farida.
    Tu dois connaître des gens … je pourrais faire le ménage … être serveuse …
    - Si tu avais quitté l’école avec ton bac en poche, tu irais à la fac ! tu n’aurais pas à faire le ménage pour quelques sous … Quant à être serveuse, tu es trop jeune … ils voudront voir tes papiers !
    Ce que je te propose, c’est de rentrer chez toi … de reprendre tes études … plus tard, tu pourras avoir un vrai job !
    - Non, je ne rentrerais pas … trouve- moi une autre solution, prie Yamina. Je pourrais garder des enfants … Mens sur mon âge s’il le faut ! Si tu n’essaies pas de m’aider, je m’en irai, l’avertit-elle.
    C’est bon, inutile de crier … je connais une famille qui pourrait avoir besoin d’une baby-sitter ! Enfin si elle n’en a pas encore engagé une !
    Tu laisses une annonce quelque part, dit Yamina. Il faut que je me trouve un petit boulot !
    Farida a envie de lui dire que si elle retourne chez elle, elle n’aura pas à travailler dès maintenant. Il lui suffit d’être conciliante avec sa famille au lieu d’être insupportable. Mais sachant que Yamina risque de le prendre très mal, elle ne dit plus un mot sur le sujet.
    Dès le lendemain, elle propose les services de Yamina à une amie qui est en relation avec des femmes riches qui pourraient avoir besoin d’une aide à domicile.
    Farida ne l’aura pas fait pour rien. Une semaine après, son amie lui apprend qu’une famille à Hydra cherche une jeune fille pour garder des enfants.
    Ils tiennent à ce qu’elle vive chez eux. Ils veulent l’avoir à plein temps …
    Ils proposent quel salaire ? Cela ne suffit pas d’être blanchie et nourrie ! dit Farida. Et puis, je veux les rencontrer !
    Aucun problème … je passerai te prendre demain, on ira chez eux.
    Farida a de la peine. Elle s’est habituée à Yamina et elle ne veut pas l’envoyer chez ces gens sans savoir s’ils sont dignes de confiance. Yamina est jeune et belle. Elle ne s’en rend pas compte, mais à son passage, les garçons se tournent comme pour s’assurer qu’ils n’ont pas rêvé …

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  15. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 16eme partie
    Par : Adila KATIA

    Yamina saute de joie en apprenant qu’il y a une proposition. Farida aurait voulu attendre, pour le lui apprendre, d’avoir vu ceux qui pourraient être ses employeurs. Mais la jeune fille l’a harcelée de questions si bien qu’elle a craqué. Elle lui a parlé de cette proposition.
    Ce n’est pas encore sûr, il faut que je les voie avant… je dois m’assurer que ce sont des gens bien !
    Quand ? Il ne faut pas perdre de temps, la presse Yamina. Je ne voudrais pas que la place revienne à une autre ! J’en ai besoin…
    Je les verrai demain !
    Farida profite de la pause-déjeuner pour se rendre chez eux. Elle découvre avec soulagement que c’est un couple qui a besoin d’une nourrisse à plein temps. Le mari est pilote et sa femme est hôtesse de l’air. Ils ont déjà une femme de ménage et ils ont besoin de quelqu’un pour s’occuper de leurs deux enfants. L’aîné est âgé de trois ans et le second n’a qu’un an. Ils sont adorables. Farida a conscience de l’extrême jeunesse de Yamina et si elle pourra être à la hauteur de ses nouvelles responsabilités.
    Yamina est jeune, les prévient-elle. Ce sera la première pour elle…
    Si elle est vraiment intéressée par ce boulot, elle prendra bien soin d’eux, dit Nadia, la maman. Au cas où elle est inquiète si l’un d’eux n’est pas bien, elle pourra toujours appeler le pédiatre ! Il est de la famille, il viendra ici en cas d’urgence…
    Est-ce qu’elle aura à vivre seule durant vos absences ?
    Non, la femme de ménage et son mari vivent ici… ils sont de la famille… Vous avez encore d’autres questions ?
    Oui, quel salaire ? demande Farida.
    Rachid lui avance un chiffre qui répond au-delà de son attente.
    - Et elle vivra avec nous ! Si elle est de nature sociable, elle sera comme notre fille aînée !
    Bien… quand commence-t-elle ?
    Dès demain, dit Nadia. Au fait, ses parents pourront la voir quand ils veulent ! Sa famille est la bienvenue !
    Nos parents vivent au bled, je suis sa sœur… Je serais la seule à lui rendre visite…
    Farida, rassurée, est retournée à l’hôpital pour terminer son service. Lorsqu’elle rentre en fin de journée, elle tente une dernière fois de ramener Yamina à la raison.
    Tu sais, il n’est pas trop tard pour retourner chez tes parents !
    Non, c’est hors de question… alors, tu y as été ?
    Farida hoche la tête.
    C’est un couple bien installé, tous deux travaillent dans une compagnie aérienne étrangère ! Le mari est pilote et sa femme est hôtesse de l’air ! Ils ont à leur service un couple, tu ne seras pas seule avec les enfants… tu penses t’en sortir ? l’interroge-t-elle. Vraiment ?
    Oui, il le faut…
    Yamina ne veut plus être une charge pour Farida. Cette dernière a déjà fait beaucoup pour elle. Mais surtout le fait de ne pas avoir contacté sa famille lui a prouvé qu’elle est digne de confiance. Quand elle sera sortie d’affaire, plus tard, elle se promet de ne pas l’oublier. Elle lui prouvera sa reconnaissance en réussissant.
    Grâce à ce travail à temps plein, sachant qu’elle vivra avec cette famille, Yamina est persuadée qu’elle pourra économiser une somme importante. Elle se voit déjà acheter un appartement où elle sera chez elle, libre de chanter à tue-tête, où elle pourra recevoir ses amies. Si un jour elle en aurait…
    Elle est si excitée par le tournant qu’allait prendre sa vie qu’elle n’en dort pas de toute la nuit. Le matin, elle se lève avant Farida et prépare le petit déjeuner. Ensuite, elle s’occupe de sa propre personne, tenant à faire bonne impression à ses employeurs. Elle allait regretter Farida. Celle-ci a été si gentille avec elle qu’elle en a presque oublié sa mère et sa sœur. Elle se demande si ces dernières se sont faites à son départ, si elles en souffrent. Ou peut-être l’ont-elles déjà oubliée ? Bien des fois, elle a été tentée de les appeler pour les rassurer mais la crainte de tomber sur son beau-père l’a poussée à raccrocher bien avant que ça ne sonne à la maison.

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  16. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 17eme partie
    Par : Adila KATIA

    -Je te souhaite bonne chance, lui dit Farida en l’accompagnant à son travail. N’oublie pas que tu es la bienvenue quand tu veux !
    _ Merci pour tout, murmure Yamina. C’est sûr que je reviendrais…
    _ Un petit conseil, lui dit Farida avant de la laisser repartir. N’oublie pas d’aller revoir ta famille !
    _ Un jour, promet-elle rapidement, pour ne pas s’éterniser sur le sujet. Je t’appellerais plus tard !
    Elle se tourne vers la dame d’un certain âge qui a ouvert bien avant qu’elle ne sonne à la porte de la villa. Elle a dû la voir ouvrir le petit portail, en fer forgé et s’engager dans l’allée.
    _ Bonjour ! Tu dois être Yamina ? Moi, c’est Zohra… On t’attendait…
    La jeune fille retient de justesse “waw”. Elle n’a jamais vu un hall aussi spacieux et aussi ensoleillé. Deux enfants descendent un escalier en riant. Ils débordent d’énergie et de joie de vivre.
    _ Les enfants, venez par ici ! Voici Yamina, elle s’occupera de vous désormais ! Moi, je ne peux plus courir après vous !
    Ils s’arrêtent à sa hauteur et la regardent en souriant. Khalti Zohra les lui présente.
    _ Voici Sara et Badredine…Dites-lui bonjour !
    _ Bonjour, disent-ils en chœur avant de sortir dans le jardin.
    _ Leurs parents ne sont pas là?demande Yamina.
    _ Non, mais vous avez tout le temps de les rencontrer ! Je vais vous montrer votre chambre, dit khalti Zohra en l’invitant à la suivre à l’étage.
    _ Ne me vouvoyez pas, la prie la jeune fille.
    _ Comme tu veux…Voici ta chambre, s’il te manque quoi que ce soit, n’hésite pas à me le demander !
    _ Vous n’êtes pas une femme de ménage ordinaire, remarque Yamina en regardant autour d’elle, n’en revenant pas d’avoir une pièce aussi spacieuse et toute équipée, rien que pour elle.
    _ Moi et mon mari sommes de très proches parents à tes employeurs, lui confie-t-elle. Je m’occupe de tout, en leur absence. Je te laisse ranger tes affaires. Rejoins-moi ensuite à la cuisine, pour prendre le petit déjeuner !
    Lorsque khalti Zohra sort, elle s’étend sur le lit, en fermant les yeux. Elle a l’impression d’être sur un nuage. Elle est heureuse d’être ici. Les rires des enfants, dans le couloir la poussent à se lever. Elle prend son sac et le vide. Ses affaires sont vite rangées dans la garde-robe. Il reste tant de place.
    Les enfants font irruption dans la chambre. Elle ignore pourquoi mais elle les trouve adorables.
    Elle ne le réalise pas tout de suite que s’ils ont trouvé une baby-sitter, à plein temps, elle s’est aussi trouvée une famille. Ses employeurs l’ont vite adoptée. Elle s’occupe si bien des enfants. Elle demande rarement ses jours de repos. Les rares fois où elle s’absentait, c’était pour se rendre chez Farida. Son amie Souhila venait souvent à Alger. Elles se voient plus fréquemment lorsqu’elle vient y étudier. Elles sortent ensemble faire des achats. Lorsque le printemps est là, Yamina a envie d’être plus jolie. Avec son amie, elle court les boutiques en quête de tenues plus légères et aux couleurs qui sont à la mode. Elle se sent plus légère. Un jour, elles sortent de la capitale. Elles vont à la campagne où la verdure a pris le dessus. Elles pique-niquent sur un tapis de marguerites, de jonquilles, de boutons d’or et de coquelicots. Yamina est heureuse comme une enfant à qui tout est permis, à qui tout sourit. Souhila n’en revient pas lorsqu’elle la voit se rouler dans l’herbe. Elle ne tarde pas à l’imiter. Une journée pour se donner le temps de se ressourcer et de faire le plein d’énergie avant de rentrer.
    Lorsqu’elle rentre à la maison, le bonheur se lit dans ses yeux. Les enfants lui tombent alors dans les bras. Ses employeurs y sont sensibles. Le reste du temps, elle est avec eux. Lorsqu’ils partent en vacances, au bord de la mer, ils l’emmènent avec eux. Et lorsqu’ils rendent visite à leurs familles respectives, elle restait à la maison en compagne de khalti Zohra. Elle l’aidait de temps à autre surtout lorsqu’elle décide de récurer la maison, de fond en comble.
    De temps à autre, Farida lui rend visite. Elle en profite à chaque fois, pour lui dire de retourner au village, voir sa famille. Mais Yamina refuse.
    Le temps a vite passé. Trois années après son arrivée, Nadia et Rachid lui proposent de les accompagner à l’étranger. Mais la jeune fille n’a aucun papier.
    _ Il faut en faire…Une pièce d’identité et un passeport ! Je t’aurais bien accordé quelques jours de congé mais les enfants tiennent à ce que tu viennes avec nous !

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  17. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 18eme partie
    Par : Adila KATIA

    Yamina ne sait plus quoi faire. Elle a besoin de ses papiers et craint de tomber sur la famille de son père adoptif. Si elle tarde à les faire, ses employeurs allaient se poser des questions. En fait, pendant ces trois dernières années, elle leur a menti à chaque fois qu’elle prenait son week-end. Elle l’a parfois passé chez Farida et s’est souvent rendue à la cité universitaire après avoir emmené Sara à la crèche. Elle en parle avec Souhila, elle est au courant de la situation. Cette dernière a quelques idées.
    Tu as dix-huit ans maintenant, tu peux les faire toi-même, lui dit-elle. Et c’est rapide !
    J’ai peur d’être reconnue, lui confie Yamina. Et il faut le livret de famille… Je ne veux pas les revoir !
    Tu as grandi depuis, tu es devenue plus femme… et puis, tu as changé, lui dit son amie. Si tu ne veux vraiment pas être reconnue, tu te teins les cheveux, tu les coupes différemment et je suis sûre et certaine que personne ne te reconnaîtra !
    Yamina n’a pas le choix et suit les conseils de son amie. Cependant, avant de se rendre au village, elle envoie son amie Farida pour avoir des renseignements sur sa famille.
    Je ne veux pas partir comme ça… vas-y à ma place… renseigne-toi auprès de la coiffeuse du village. D’après Souhila, elle en sait long sur toutes les familles !
    Je ne peux pas te refuser ce service, pendant ces trois années, tu t’es bien comportée, lui dit Farida. Je m’y rendrais la semaine prochaine !
    Yamina n’en doute pas. Elle se consacre plus aux enfants. Badredine est en première année primaire et Sara va à la crèche. Elle est libre le reste de la journée. Un après-midi, elle va voir Souhila.
    Alors, du nouveau ?
    Farida va en éclaireur ! Après, j’irais les faire… c’est juste une question de temps, dit Yamina. Si j’arrive à partir en France avec eux, tu peux être sûre que je ne reviendrais pas !
    Comment ça que tu ne reviendras pas ?
    Les enfants sont grands maintenant. Nadia et Rachid n’auront plus besoin de moi, poursuit Yamina. Non, non, ce n’est pas ce que tu imagines, s’écrie-t-elle à la tête choquée de son amie. Non, ils ne me font aucun problème… mais je dois faire ma vie ! Si l’occasion de partir se présente, je ne la raterais pas !
    Pourquoi partirais-tu sans revoir ta mère et ta sœur ? Que tu ne veuilles pas revoir ton père, soit, mais ta mère, penses-tu seulement à ce qu’elle a enduré pour toi. Ce serait bien que tu aies sa bénédiction ? Tente de la raisonner, Souhila. Pour partir le cœur et la conscience tranquille !
    Bénédiction ou pas, je pars ! Je ne resterai pas ici, je vais tenter ma chance, en France ou ailleurs !
    Pourquoi ne m’écoutes-tu pas ?
    Si, j’ai tout entendu. Je te promets d’y réfléchir, lui dit-elle. Tout dépendra de ce que m’apprendra Farida ! Après, j’aviserai !
    Farida profite du week-end pour se renseigner auprès de la coiffeuse. Elle lui en apprend beaucoup. Nora est à la fac d’Alger depuis des mois. Les parents sont toujours installés dans leur ancienne villa et tous deux vont bien. Il ne leur a pas été facile de se faire à son départ. Ils ne se font plus d’illusions mais ils espèrent toujours son retour.
    Tu leur as parlé ?
    Non mais la coiffeuse est de la famille de ton beau-père. Elle va souvent leur rendre visite, lui confie Farida. J’ignorais qu’elle était aussi proche d’eux !
    Tu disais que Nora est ici, à Alger ? l’interroge-t-elle. Comment se fait-il que Souhila ne me l’ait pas dit !
    Oui, elle étudie la médecine… Je crois qu’elles sont fâchées.
    Avec ce précieux renseignement, Yamina se rend dès le lendemain à proximité de la fac centrale et l’attend. Elle tente de reconnaître sa sœur parmi les étudiantes qui entrent et sortent de la fac. Elle devra attendre toute une semaine avant de l’apercevoir.
    C’est un choc pour elle. Nora a beaucoup changé. Sans son sourire, elle ne l’aurait jamais reconnue. Car elles se sont bousculées. Nora s’est excusée en souriant et est entrée à la fac. Elle ne l’a pas reconnue. Yamina en a été bouleversée…

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  18. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 19eme partie
    Par : Adila KATIA

    Yamina ne peut se résoudre à partir sans avoir parlé à sa sœur Nora. Encore sous le choc, elle va l’attendre à proximité de la fac centrale. Du banc où elle se tient, elle a vue sur l’entrée. Si Nora ressort, elle ne la raterai pas. Elle n’en revient pas que sa sœur ait pu la bousculer, s’arrêter et la regarder le temps de deux secondes, pour s’excuser puis poursuivre son chemin comme si elle s’était adressée à une inconnue.
    Elle souffre à l’idée qu’au bout de trois années, sa sœur aînée n’ait gardée aucun souvenir d’elle. Elle se demande si sa mère l’aurait reconnue. Pourtant elle n’a pas encore suivi les conseils de son amie, de se teindre les cheveux, de changer de coupe.
    Yamina n’aura pas à attendre longtemps. Nora ne tarde pas à sortir en compagnie de deux amies. Comme la fois précédente, elle passe près d’elle et ne la reconnaît même pas.
    La jeune sœur quitte le banc et la rattrape.
    S’il vous plaît ! est ce que je peux vous parler ?lui dit-elle une fois à sa hauteur.
    Nora s’arrête et la regarde en fronçant les sourcils.
    Je vous connais ? lui demande-t-elle. Que voulez-vous ?
    Juste … juste te parler Nora ….
    Qui vous a dit comment je m’appelle ? Vous me connaissez ?
    Je te connais et même très bien ! Tu ne te souviens pas de moi ? Rien dans mes yeux ou dans mon visage ne te dit qui je suis ? l’interroge Yamina. Cela fait trois ans qu’on ne s’est pas vues !
    Trois ans… mais qui es-tu ? Tu es de mon village ? demande Nora.
    Non, plus que ça ! Je suis ta sœur Yamina…
    Ah… je ne te crois pas… Cela fait une éternité qu’elle a fugué … personne ne sait où elle est ni ce qu’elle est devenue, lâche Nora, avec un soupir à fendre l’âme. Comment sais-tu que je suis sa sœur ?
    Parce que je suis Yamina…
    Pour le lui prouver, elle lui montre la cicatrice de son avant-bras droit, faite en tombant de la fenêtre de sa chambre. Elle a voulu se cacher pour gagner la partie du jeu en sortant dans la cour. Elle a cru pouvoir vite rebondir mais elle est tombée, le bras en avant. Seule, la famille le sait. Quand Yamina lui raconte, Nora n’en croit pas ses oreilles et ses yeux. Ainsi la belle jeune fille en face d’elle est sa sœur.
    Tu as tellement changé ! s’écrie-t-elle en la prenant par les bras. Mon Dieu, même maman ne te reconnaîtrait pas.
    J’ai embelli au moins ? plaisante Yamina.
    Oui, tu es même très belle mais …
    Nora a un tas de questions à lui poser. Elles lui brûlent les lèvres. Elle n’est pas à l’aise dans cette rue. Elle veut la voir en face d’elle. Elle lui propose d’entrer dans une pizzeria. Elle s’accroche à son bras comme par peur qu’elle lui échappe et se fonde parmi les passants.
    Qu’est-ce que tu es devenue depuis ? l’interroge-t-elle.
    Je suis la nourrice de deux enfants et je suis nourrie et logée… Je suis très bien traitée. Mais dis-moi comment va maman ?
    Bien, elle a souffert de ton départ, lui confie Nora. Quand je lui dirais, elle ne me croira pas ! Comment as-tu fait pour savoir où j’étais ?
    Une amie… Nora, j’ai besoin de toi … Il me faut des papiers !
    Pourquoi n’irais-tu pas les faire ? Cela sera l’occasion de revoir maman et papa … tu sais, quoi que tu en penses, dit Nora, ils t’aiment !
    Ne me parle pas de lui !
    Pourquoi ? Papa a été formidable avec nous… Je ne te comprends pas… Enfin, je ne t’ai jamais comprise, rectifie sa sœur. Papa nous a toujours aimées ! Il a tout fait pour nous ! Tu sais, quand tu es partie, il est tombé malade ! Il est devenu diabétique …
    Cela ne me touche pas, rétorque Yamina. Arrête de me parler de lui … alors, tu es d’accord pour faire mes papiers ?
    Oui, mais à une condition !
    Yamina se demande ce qu’elle allait exiger d’elle en échange. Elle a déjà une petite idée. Elle se doute déjà de ce que sa sœur allait exiger
    d’elle …

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  19. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 20eme partie
    Par : Adila KATIA

    -Ne me demande pas l’impossible !
    Nora la regarde en souriant. Elle lui dit ce qu’elle attend d’elle.
    - Avant, réconcilie-toi avec maman et papa ! cela nous fera du bien de nous retrouver après tout ce temps.
    - Mon père est mort depuis longtemps… Celui que tu appelles papa est un inconnu, je ne l’ai jamais aimé ! J’ignore pourquoi mais les choses sont ainsi, dit Yamina. Quant à maman, sois sûre et certaine qu’elle me manque beaucoup… Je la reverrais avec plaisir !
    - Quand ? l’interroge Nora.
    - Dès que tu m’auras rapporté mes papiers administratifs, pas avant ! Tu m’excuses grande sœur mais il faut que je parte maintenant, dit Yamina après avoir jeté un coup d’œil à sa montre. Je dois récupérer les enfants !
    - Où pourrais-je te contacter ?
    Yamina lui dicte son numéro de téléphone. Elle laisse un billet pour régler les consommations auxquelles elles n’ont pas touché. Elles sortent ensemble de la pizzeria. Au moment de se dire au revoir, Nora étreint sa sœur comme pour se prouver qu’elle ne rêve pas. Elle est si heureuse de l’avoir en face d’elle. Elle est aussi soulagée de savoir qu’elle n’a pas mal tourné. Elle aurait pu mal tomber.
    Dieu merci, se dit Nora en la regardant partir. Elle est vivante et elle est en bonnes mains !
    Elle est si heureuse qu’elle ne peut s’empêcher d’entrer dans un taxiphone. Elle appelle sa mère pour la mettre au courant. Fathma a aussi l’impression de rêver. Depuis longtemps, elle a perdu espoir d’avoir de ses nouvelles. Des villageois l’avaient vue monter dans le car en partance pour Sétif et, depuis, aucune trace d’elle. Elle a attendu son retour, se persuadant qu’un jour elle en aurait assez de vagabonder d’une ville à une autre. Elle a imaginé tant de choses depuis son départ. Il n’y a pas eu une seule nuit où elle n’a pas pensé à elle, où elle n’a pas pleuré son absence. Maintenant que Nora “l’a retrouvée”, elle allait tout faire pour la voir.
    - Sais-tu où elle habite ?
    - Non mais j’ai son numéro de téléphone ! Elle a besoin de papiers… elle a dix-huit ans maintenant, lui rappelle-t-elle. Il faudra bien qu’elle passe signer sa pièce d’identité puis pour retirer son passeport !
    - Où a-t-elle l’intention d’aller ? l’interroge Fathma subitement inquiète.
    - Elle travaille comme éducatrice, lui apprend sa fille aînée. Apparemment, ça marche bien pour elle… ses employeurs veulent la prendre avec eux !
    - Arrange-toi pour qu’elle ne parte pas sans que je l’ai revue ! Ta sœur me manque… La savoir proche de toi et la pensée qu’elle puisse partir encore me sont insupportables, lui confie sa mère les larmes aux yeux. Je voudrais la voir !
    Nora lui promet de la ramener à la maison. Elle retourne à ses cours même si elle sait qu’elle ne pourra pas se concentrer. Elle est émue par leurs retrouvailles. Elle n’ignore pas que sa mère doit être dans tous ses états. Lorsque Dahmane rentre, il ne comprend pas pourquoi elle est si agitée, pourquoi ses yeux brillent de larmes contenues. Fathma fuit son regard.
    - Qu’est ce que tu as ? Arrête-toi et laisse-moi te regarder dans les yeux, lui ordonne-t-il en posant la main sur son bras. Je te connais assez bien pour savoir que je peux lire dans tes yeux !
    Fathma jette un coup d’œil vers lui et tourne la tête comme pour l’empêcher de voir clair en elle. Un bref moment a été suffisant pour son mari. Il en est perplexe.
    - Tu es heureuse mais craintive… Que s’est-il passé en mon absence ?
    Nora a téléphoné, lui dit-elle. Elle t’embrasse, bien sûr !
    Je devine que ce n’est pas tout !
    En effet, lâche-t-elle enfin. Et elle lui dit tout. Son cœur de mère n’en peut plus…

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  20. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 21eme partie
    Par : Adila KATIA

    Malgré tout et après tout ce temps, il est heureux d’apprendre qu’elle est toujours en vie et qu’elle va bien.
    Dieu merci, on la retrouve enfin ! Sais-tu quand elle viendra ?
    Non… mais elle doit faire des papiers, elle est majeure maintenant, lui dit-elle. elle est grande et capable de se débrouiller !
    Elle serait morte si elle n’avait pas été débrouillarde, en convient-il. Dieu merci, Nora n’est pas allée étudier à Béjaïa ou à Constantine. Notre chère Nora a réussi là où les avis de recherches n’ont rien donné. Tu crois qu’elle voudra rester un peu ?
    Fathma l’ignore. Elle est très déçue lorsque Nora vient en cours en fin de semaine pour retirer les papiers, dont Yamina a besoin, de la mairie. Étant très pressée, elle ne s’attarde pas à la maison. Si Fathma est déçue, c’est par peur que sa fille ne vienne pas les voir. Nora a discuté avec sa sœur au téléphone. Ses employeurs veulent bien lui établir un certificat de résidence pour lui faciliter la vie. Yamina n’aura pas à se rendre au bled pour faire sa pièce d’identité et son passeport.
    Au bout de quelques semaines, elle les obtient.
    Elle a l’impression de rêver. Le formulaire de demande de visa rempli avec soin par ses employeurs, elle se dit que la chance est de son côté. Les coups de fil de sa sœur aînée mettent un peu d’ombre dans sa joie. Elle lui rappelle sa promesse.
    - Tu ne vas quand même pas partir sans la bénédiction de papa et de maman !
    - J’ai peur de rentrer à la maison, lui avoue-t-elle. Ton père voudra me punir en me gardant enfermée !
    - Je te jure que non ! Il est si heureux que tu ailles bien ! Je te le jure … il n’attend que ton retour pour faire la fête, lui dit Nora. Il s’en voulait… il se croyait responsable de ta fugue et il ne s’est pas pardonné de ne pas avoir su te comprendre !
    - Je vais réfléchir, promet Yamina. Rappelle-moi plus tard !
    La jeune fille veut encore réfléchir. Elle ne veut pas se rendre au village mais elle ne peut pas partir sans avoir vu sa mère. La crainte de tomber sur son beau-père et de se retrouver cloîtrée lui dictent de ne pas s’y rendre. L’unique solution est de leur proposer de venir à Alger.
    Nora ne semble pas surprise par sa proposition, comme si elle s’en est doutée à l’avance. Elle n’insiste pas. Elle appelle aussitôt ses parents et leur demande de venir à Alger. Ces derniers ne comprennent pas pourquoi et posent bien des questions. Nora trouve des excuses pour sa sœur, prétextant qu’elle a du travail et qu’elle ne peut pas s’absenter plus d’une heure.
    - Quand ?
    - Demain matin ou demain après-midi, répond Nora. Vous avez le choix !
    - On viendra l’après-midi, décide Dahmane.
    Nora recontacte tout de suite Yamina pour la prévenir. Aux yeux de la sœur aînée, le plus important est qu’elle ait accepté de les revoir.
    Le lendemain, dès midi, elle abandonne ses camarades pour aller rejoindre Yamina dans un restaurant que celle-ci a choisi comme lieu de rendez-vous.
    Leurs parents ne tardent pas à arriver. Yamina se lève à leur arrivée. Nora l’attrape par la main et la rassure d’un sourire.
    - Tout se passera bien. Il suffit de le vouloir, lui souffle-t-elle… la prie-t-elle presque. Pense à maman …

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  21. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 22eME PARTIE
    Par : Adila KATIA

    Yamina ne cache pas sa joie en voyant sa mère. Fathma manque de se trouver mal. Elle est heureuse de revoir sa fille. Nora est émue jusqu’aux larmes. Dahmane se tient en retrait, attendant un geste de sa fille.
    Tout en étreignant Yamina contre elle, sa mère lui murmure à l’oreille :
    Je t’en prie, par respect, fais un geste envers lui !
    Yamina prend tout son temps pour lui sourire. Sa mère se sépare d’elle pour leur permettre de se dire bonjour. Ils se font la bise sans dire un seul mot.
    Asseyez-vous ! leur souffle Nora. Tout le monde vous regarde…
    Cela n’a aucune importance pour eux. Mais ils ne peuvent pas rester debout alors qu’ils ont déjà une table. Yamina prend place près de sa mère et garde sa main dans la sienne. Fathma ne perd pas son temps et se met à lui poser des questions, sans pouvoir lui laisser le temps de répondre.
    Comment vas-tu ? Mais tu es resplendissante ! Je me faisais du souci pour toi… Apparemment, ton travail n’est pas salissant, ajoute-t-elle en remarquant la propreté de ses mains. Qu’est-ce que tu fais précisément ? Est-ce que je peux venir voir où tu habites ? Est-ce que cela poserait problème à tes employeurs ?
    Yamina et Nora éclatent de rire. Leur mère ne lui a pas permis de répondre, ne serait-ce qu’une seule fois. Elle ne s’en rend pas compte puisqu’elle poursuit encore :
    Tu as fait un passeport pour te rendre où ? Toute seule ou avec eux ? Ce sera dans le cadre du travail ?
    Oui, ne t’en fais pas pour moi, dit Yamina, je m’en sors très bien…
    Fathma profite de la venue d’une serveuse pour se moucher et sécher ses larmes. Elle a un pauvre sourire pour son mari. Cette réunion familiale ne lui est pas facile à supporter. Prétextant vouloir fumer, il sort. Fathma en profite pour reprocher à Yamina son attitude.
    Tu as fais ce que tu voulais, on ne t’en tient pas rigueur parce qu’on t’aime ! Je te prierais de t’efforcer à lui parler ! Il a toujours été bon avec toi, avec nous… Pourquoi te comportes-tu de la sorte ?
    Pourquoi me l’imposer ? Je n’ai rien à lui dire, rétorque Yamina en commençant à s’énerver. Rien et rien, pourquoi faut-il toujours que je vous le crie ?
    Tu es grande maintenant ! Je ne te demande pas de l’aimer mais juste d’avoir un semblant de politesse et de respect… Je ne voudrais pas rentrer tout aussi déçue que lui ! Si je te le demande, c’est pour qu’on puisse se revoir quand on veut… Si tu persistes à l’ignorer, je vais en souffrir ! Je t’en prie…
    Yamina hoche la tête. Comment s’efforcer ? Elle n’en a ni la force ni l’envie.
    Va le chercher, dit-elle à Nora. Ils vont nous servir…
    Pendant le déjeuner, Nora et sa mère alimentent la conversation. Yamina se contente de faire des brèves remarques. Quant à Dahmane, il ne souffle mot. Il la regarde parfois, semblant se demander pourquoi elle lui en veut autant. Pourtant, il ne lui a rien reproché. En fuguant, elle a été la cause de bien des souffrances.
    S’il a supporté le diabète, être le sujet favori des commères a mis, par contre, ses nerfs à rude épreuve. Il a remué ciel et terre pour la retrouver. Parfois, il s’est surpris à la croire morte. Il a souvent tenté de trouver une réponse à ses questions. Il ne l’a jamais frappée et encore moins punie. Il l’a gâtée tout autant que Nora.
    Si cette dernière est calme, raisonnable et consciencieuse, il imagine sans peine son avenir tout tracé après ses études de médecine.
    Fathma et Yamina parlent de ce voyage qu’elle fera. Il ne peut s’empêcher de penser que, comme toujours pour elle, l’avis des autres ne compte pas et qu’elle s’entêtera à faire ce qu’elle veut. Elle refuse qu’ils rencontrent ses employeurs et de les revoir dans quelque temps. Après les vacances, propose-t-elle à sa mère quand ils quittent le restaurant, une heure plus tard.
    Je viendrai, promet-elle.
    Ce sera le plus beau jour de ma vie, dit Fathma qui s’est remise à pleurer. Appelle-moi de temps à autre !
    Promis !
    Sachant qu’elle ne reverra pas sa mère avant longtemps parce qu’elle n’a pas l’intention de rentrer au village, elle décide de les accompagner à la gare routière. Elle les regarde prendre place dans le car puis elle part. Elle ne veut pas pleurer devant eux…

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  22. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 23eme partie
    Par : Adila KATIA

    La jeune fille ne rentre pas à Hydra. Elle se rend à l’hôpital, pour voir Farida. Celle-ci est surprise. Elle l’emmène dans un bureau vide, pour qu’elles puissent discuter tranquillement. Yamina est triste. Elle en a gros sur le cœur et elle éprouve le besoin de se confier.
    - J’ai vu maman. Elle était si heureuse, lui raconte-t-elle. Dahmane l’a accompagnée. Je me serais bien passée de le voir celui-là !
    - Elle ne pouvait pas venir seule, réplique Farida. Et puis, dis-toi que ta mère a de la chance. S’il n’avait pas été tolérant, il n’aurait jamais accepté que vous vous retrouviez ! Mais qu’est-ce que tu lui reproches à ton père ?
    - Je ne sais pas…
    - Mets-toi en tête qu’il est respectueux !insiste Farida. Un autre t’aurait attrapée par la peau du cou et ramenée à la maison ! Tu as fugué et tu les as laissés sans nouvelles pendant trois ans !
    Si ta famille ne t’aimait pas autant, elle ne t’aurait pas pardonné ! J’espère que tu as été conciliante avec eux !
    - Je m’y suis efforcée. Pour dire vrai, je n’ai pas dit trois mots à Dahmane ! Je l’ai ignoré, reconnaît la jeune fille.
    - C’est bête de ta part. S’il avait été mauvais, j’aurais compris tes sentiments, dit Farida, très déçue. Mais il a toujours été bon avec vous ! Malgré tout ce que tu as fait comme erreurs, il n’en a pas tenu compte ! Il a fait l’effort de passer l’éponge ! Ce que tu peux être têtue !
    - Peut-être mais mes sentiments n’ont pas changé. C’est un étranger à mes yeux, dit-elle. Il ne remplacera jamais mon père ! Depuis toujours, j’ai l’impression que tout ce qu’il fait pour moi et Nora, c’est pour gagner le cœur de maman !
    - Tu te trompes. On peut jouer la comédie, pendant un temps déterminé, lui affirme son amie, mais toute une vie, je n’y crois pas… À mon avis, l’affection et la sollicitude dont il fait preuve envers vous sont sincères ! Ta mère mérite que tu fasses un geste pour que la réconciliation soit définitive !
    Yamina promet d’y réfléchir. Mais elle n’y pensera même pas. Elle a un projet en tête. Elle n’en a parlé à personne. Elle veut profiter de ce voyage pour fausser compagnie à ses employeurs. Aussi bons soient ils ! Elle ne veut plus vivre ici ! Elle mendiera plutôt que de revenir ici. Elle veut un vrai travail et avoir son propre appartement. Elle ne peut pas vivre indéfiniment chez ses employeurs. Certes, ils sont bons avec elle et la payent bien mais jusqu’à quand travaillerait-elle jour et nuit ?
    Depuis qu’elle vit chez eux, elle s’occupe des enfants même les jours où ils ne travaillent pas. Les week-ends consacrés à sa propre personne ont été bien rares. Elle tient à avoir une vie privée. El pourquoi pas un petit ami ?
    À Nora qui l’appelle souvent, pour lui demander quand elle rendra visite à leurs parents, elle prétexte n’avoir pas de journée de repos, parce qu’ils se préparent à partir en voyage. C’est en partie vrai…
    Le jour “J” arrive enfin. Dès le premier juillet, ils partent en France. Yamina est aussi excitée que les enfants. Ils ne tiennent plus en place. Ils ne dorment pas durant les deux heures de vol.
    Rachid et Nadia se tiennent devant eux. Ils parlent de la maison prêtée par des amis et qu’ils vont occuper durant tout le mois. Rachid n’en profitera qu’une semaine. Le temps juste de s’assurer qu’ils sont bien installés et qu’ils ne manquent rien.
    Le pavillon est situé à quelques kilomètres seulement de Paris. Yamina n’en revient pas de sa chance. Ils vont passer les vacances dans la capitale française. Elle pense déjà à l’instant où elle pliera bagage. Où se rendra-t-elle ? Elle ne se pose même pas la question. De quoi vivra-t-elle ? Une autre se le serait demandé mais Yamina qui est persuadée que la chance est de son côté, n’y pense même pas.
    Elle est persuadée qu’elle allait connaître des gens d’ici et qu’elle sympathiserait avec eux. Elle ne se servira pas des amis de Nadia, pour s’installer ici. Elle ne veut pas qu’on la retrouve. Mais en attendant le moment opportun, elle se tient tranquille. Elle ne veut pas lui mettre la puce, à l’oreille…

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  23. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 24eme partie
    Par : Adila KATIA

    Les premiers jours, Yamina ne sort jamais seule. Les enfants font toujours un tapage quand elle s’apprête à sortir, pour faire des courses ou emmener le linge sale à la laverie du quartier.
    La jeune fille voudrait profiter de la moindre sortie, pour mieux connaître le quartier. Elle n’a pas eu le temps de rencontrer des gens. Le peu qu’elle a croisé sont des voisins et ils ne lui ont pas paru sympathiques. Nadia, de son côté, ne perd aucune occasion pour rendre visite à ses amis et projette même de passer un week-end ou deux chez de proches parents. Elle a prévu de les emmener.
    Yamina voudrait rester dans le quartier. Elle prétexte être fatiguée.
    Je voudrais me reposer un peu…
    Bien, je te fais confiance… N’oublie pas de fermer les fenêtres. Je ne voudrais pas de mauvaises surprises à mon retour !
    La jeune fille la rassure. Elle prendra soin de la maison durant leur absence. Rachid qui est déjà rentré à Alger appelle, et en ne les trouvant pas, il se met en colère. Il ne comprend pas pourquoi elle n’est pas partie avec eux.
    J’étais fatiguée, ment-elle.
    Laisse la lumière de l’entrée allumée, lui conseille-t-il. Et quand tu sors la journée, arrange-toi pour vite rentrer ! On ne sait jamais ! Des voyous peuvent avoir remarqué l’absence des propriétaires… Est-ce que tu comprends ?
    Oui, oui, je ferai attention à tout ça, promet-elle.
    Aussi, ne fait pas confiance aux gens… On ne sait jamais sur qui tu pourrais tomber.
    Encore une fois, elle promet de rester sur ses gardes. Comme toujours, elle ne l’a tient pas. Elle sort et se donne tout le temps pour se promener. Elle fait du lèche-vitrine, durant une heure ou deux, puis va s’asseoir dans un jardin public. L’endroit favori des personnes âgées. Yamina ne s’y rend pas par hasard. Elle y a remarqué une vieille qui vient chaque après-midi. Un bout de pain à la main, elle l’émiette pour les pigeons. Elle rentre régulièrement chez elle. Le pas lent et légèrement courbée, elle marche péniblement.
    Yamina lui a proposé son aide, un léger sourire au visage.
    Je peux vous aider à traverser la route ?
    Si vous voulez…
    La jeune fille lui prête le bras. Elles traversent ensemble la route. La vieille dame la remercie.
    C’est très gentil ! Merci…
    Vous habitez loin d’ici ? Si vous voulez, je peux vous accompagner jusqu’à chez vous ?
    Si tu n’as rien d’autre à faire, je veux bien !
    Durant le trajet jusqu’à son appartement situé au second étage d’un bâtiment, elles font connaissance. Yamina apprend que la dame s’appelle Josette et qu’elle vit seule. La solitude la pousse à sortir une heure ou deux, rencontrant des gens de son âge. Si ce n’est la prise de ses médicaments, elle ne rentrerait pas tout de suite.
    Il faut que je mange quelque chose après ! Parfois, je suis contrainte à m’allonger…
    Pourquoi ne prenez-vous pas quelqu’un pour s’occuper de vous ? l’interroge Yamina.
    Mes enfants refusent, lui dit-elle. Quand ils peuvent, ils viennent… Ils font tout pour moi, la cuisine, le ménage, les courses ! Ils font du mieux qu’ils peuvent …
    Mais la nuit, se permet Yamina de lui faire remarquer, vous êtes seule… Si vous êtes mal, ils viendront trop tard à votre chevet !
    Je les appellerai ! Le téléphone sert à ça aussi ! Viens, allons-nous asseoir au salon !
    Non, je dois rentrer !
    Reste prendre le thé en ma compagnie, l’invite Josette. Cela me ferait très plaisir…
    Yamina ne se fait pas prier. Elle reste prendre le thé. Elle sourit en pensant que tout va pour le mieux. Pour un début, elle s’en sort bien…

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  24. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 25eme partie
    Par : Adila KATIA

    Yamina ne tardera pas chez Josette. Juste le temps de prendre le thé ensemble puis de lui laver la vaisselle. Le lendemain et les jours suivants, elles se voient encore au jardin. Au cinquième jour, Yamina est surprise et inquiète de ne pas l’y trouver. Ayant quelques repères, elle se rend chez elle. Josette n’est pas bien. Elle a passé une très mauvaise nuit et elle n’a pas pu sortir de chez elle, même si elle en meurt d’envie. Josette n’en a pas la force.
    Je suis bien heureuse de te revoir !
    Je me faisais du souci, dit la jeune fille. Est-ce que vous allez bien ?
    Josette lui rappelle, sans sourire, sa maladie chronique et son âge avancé. Elle a plus de soixante-dix ans.
    Avec mon diabète et mon rhumatisme, je n’en ai plus pour longtemps, ajoute-t-elle après avoir soupiré. Je suis touchée par ta gentillesse… Le jardin public n’est pas un bon endroit pour toi ! Il n’y a que des vieux et des pigeons… Tu n’as rien d’autre à faire ?
    Hélas non, avoue-t-elle. Je cherche du travail…
    Ne me dis pas que tu veux t’occuper d’une personne âgée et malade ? réplique Josette, visiblement déçue quand elle hoche la tête. Pourquoi ? Tu es si jeune, tu devrais penser à terminer tes études dans ton pays, lui conseille-t-elle. Tu as toute la vie pour travailler !
    Je ne veux pas retourner en Algérie, lui confie Yamina. Je ne peux pas…
    Pourquoi ? Tu n’as plus de famille…
    Oui…
    La vieille dame la croit et prend sa main.
    J’aimerais t’aider mais tu sais qu’il n’est pas facile de vivre sans papiers… Ici, ils sont très sévères ! Si tu te fais attraper, ils t’expulseront ! Tu n’auras plus droit de séjour ici. Mais si je réussis à échapper à la police, je pourrais vivre ici, m’occuper de vous comme si vous étiez ma mère, dit Yamina. Je me ferais discrète, je vous le jure !
    Si mes enfants te surprennent, tu peux être certaine qu’ils te dénonceront, l’avertit Josette. S’il ne tenait qu’à moi, je te garderais ici, mais ce serait prendre un gros risque où tu serais l’unique perdante !
    Au point où j’en suis, je n’ai plus rien à perdre… Vous voulez bien de moi ?
    J’aimerais bien mais ma pension ne me permet pas de pouvoir prendre une aide à domicile, dit la dame. Ce n’est pas l’envie qui me manque !
    Je me contenterais de peu, la rassure Yamina, manquant de se mettre à genoux. Je vous jure de ne jamais vous décevoir… Je ferais tout comme vous voulez !
    Josette lui demande un temps de réflexion. Elle veut en parler à se enfants d’abord.
    Yamina retourne au pavillon, angoissée. Elle a la désagréable surprise de trouver Nadia et les enfants de retour. Elle pâlit d’un coup en les voyant.
    Ils n’ont pas supporté d’être séparés de toi, lui confie-t-elle. Ils t’imaginaient malade et clouée au lit !
    La jeune fille, malgré sa mauvaise humeur, en est très touchée. Sara et Badredine l’ont toujours aimée. Depuis trois ans, ils ne se sont jamais séparés. Le cœur serré, elle se dit qu’ils devront se faire à leur séparation. Car, même sans l’aide de Josette, elle n’a pas l’intention de rentrer au pays…

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  25. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 26eme partie
    Par : Adila KATIA

    Yamina a l’impression que le temps s’écoule vite. Nadia ne lui laissera plus un moment de répit. En plus d’avoir à s’occuper des enfants, elle doit aussi préparer les repas. Nadia s’est mise à recevoir des amis. Bien avant leur arrivée, elle est chargée de les surveiller dans leur chambre. Si les invités tardent, elle doit les mettre au lit et ne pas se montrer avant leur départ.
    Yamina reste donc dans la chambre à attendre. Elle profite de ce temps pour y réfléchir. Elle n’a pas eu l’occasion de revoir Josette et se demande comment elle fera. Elle veut partir la veille de leur retour sur Alger. Ainsi, Nadia n’aura pas le temps de chercher après elle. Elle ne veut pas lui en laisser le temps.
    Elle décide de passer à l’action à la première occasion. En réfléchissant un peu plus, elle se dit qu’elle ne serait pas perdante en la provocant. L’occasion…
    La jeune fille sait que la veille de leur retour, ils ont prévu une sortie au restaurant. Elle en profitera pour préparer ses affaires dès le matin. Après, elle feindra d’être malade pour pouvoir rester à la maison. à leur retour du restaurant, il n’y aura plus aucune trace d’elle.
    Elle se plaint d’avoir des douleurs en milieu de matinée, ce jour-là. Nadia propose d’appeler un médecin, mais elle refuse.
    C’est certainement la gaufre que j’ai mangée dehors quand j’ai emmené les enfants à la tour Eiffel, dit-elle. Cela finira par passer !
    Je vais jeter un coup d’œil dans la trousse de médicaments… Peut-être qu’il y a quelque chose contre l’indigestion, dit Nadia en allant à la salle de bains. Ce serait dommage que tu ne puisses pas sortir avec nous, d’autant plus que c’est notre dernier jour de vacances à Paris !
    Je regrette…
    Nadia revient au bout de deux minutes avec des comprimés pour la soulager de ses douleurs. Yamina les prend avec un verre d’eau puis se rallonge.
    Je vais rester une heure au lit… j’espère que cela va passer…
    J’ai des courses à faire… Je prends les enfants avec moi pour que tu puisses te reposer, décide Nadia. J’espère qu’à notre retour tu te sentiras mieux…
    Les enfants viennent l’embrasser puis partent avec leur mère. Yamina ne perd pas son temps, elle se lève et range ses affaires dans son sac de voyage. Elle voudrait sortir et se rendre chez Josette, mais elle craint que Nadia ne revienne tout de suite, sachant que les enfants ne tiennent pas en place.
    Ils reviennent moins d’une heure après. Rachid arrive par le vol de l’après-midi. Il s’inquiète de la voir au lit. Yamina a été rarement malade depuis qu’elle vit chez eux.
    On l’emmène aux urgences, propose-t-il avant de reprocher à sa femme de ne pas l’avoir fait. On ne sait jamais, ça peut être grave !
    Mais Yamina refuse.
    ça va passer, les rassure-t-elle. Ne vous en faites pas, demain je serai sur pied !
    On va annuler le resto, décide Nadia. On ne peut pas te laisser seule… On dînera tous ensemble !
    Je m’en voudrais à mort d’avoir gâché votre dernière soirée à Paris… Allez-y sans moi, les prie la jeune fille. Si je me sens bien à votre retour, je vous aiderai à boucler les valises ! Sinon, elles attendront demain… Je vous en prie, partez…
    Elle insiste tant qu’ils finissent par se rendre au restaurant, la conscience tranquille. à peine ces derniers partis qu’elle se lève et prend ses affaires. Elle fracasse le cadenas du sac de Nadia et prend quelques billets pour dépanner quelques jours. Elle ne traîne pas les pieds. Elle sort du pavillon, en courant presque. Elle se rend au quartier où habite Josette. Elle sonne plusieurs fois et commence à paniquer quand elle ne lui ouvre pas. Elle comptait passer la nuit chez elle. Elle a le sentiment d’être mal partie…

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  26. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 27eme partie
    Par : Adila KATIA

    C’est le comble de la malchance pour la jeune fille. Elle reste près d’une heure, devant la porte, espérant que Josette allait revenir d’une minute à l’autre. Elle ne revient pas. Ne voulant pas attirer l’attention des voisins-qui sait, s’ils n’appelleront pas la police- Yamina se fait toute petite même quand elle commence à s’impatienter. Il est très tard. Josette n’allait pas rentrer. Il est près de 22h quand elle quitte la cage d’escalier. Elle marche au hasard, le sac à l’épaule. Elle est furieuse contre sa malchance. Elle comptait sur la dame et sa compréhension, pour rester chez elle, quelque temps.
    _ Je voulais qu’elle me dépanne, pense-t-elle. Et me voilà à traîner dans les rues ! Où vais-je passer la nuit ?
    Elle pense à se rendre à l’hôtel mais ce serait vite dépenser les quelques billets pris dans le sac de Nadia. Elle imagine la mine qu’elle fera quand elle le découvrira. Elle ne sautera pas de joie et poussera son mari Rachid, à alerter la police.
    Je dois me mettre à l’abri, se dit-elle, pour qu’ils ne me retrouvent pas !
    Elle ne veut pas traîner dans les rues plus longtemps. Malgré la déception et la colère, elle ressent la faim. Elle entre dans un restaurant et doit attendre un moment. Quand une table se libère enfin, un serveur l’y mène. Elle se reconnaît un peu en lui. Le restaurant appartient à un couple originaire du Maghreb et les employés aussi. Les plats servis lui rappellent ceux que faisait sa mère.
    Que prenez-vous ?lui demande le serveur.
    Le plat du jour, répond-elle. Est ce que votre patron est ici ?
    Oui, pourquoi ?
    Je voudrais le voir, si c’est possible …
    Elle suit le serveur des yeux et le voit s’adresser à une femme d’âge mûre. Petite, ronde et les cheveux teints en blond, on peut dire que c’est une belle femme. Son sourire lui paraît sincère. Quand elle vient à sa table, Yamina se demande si elle aura le courage de lui dire ce qu’elle pense. Une idée lui a traversé l’esprit et comme toujours, elle est impulsive.
    À votre service ! lui dit-elle en se penchant légèrement vers elle.
    Voilà, je suis à la recherche d’un petit boulot, lâche-t-elle d’un coup. Est-ce que vous n’avez pas besoin d’aide ?
    Non, je n’ai pas besoin d’une nouvelle employée, répond la patronne.
    Vous n’avez pas où m’envoyer ? Vous ne connaissez pas quelqu’un qui aurait besoin d’une aide, à domicile ou ailleurs ?insiste Yamina alors que le serveur apporte une assiette de courgettes et de poivrons farcis. Je ferais n’importe quoi, je vous en prie !
    Vous n’avez pas où passer la nuit, n’est-ce pas ?l’interroge-t-elle après avoir remarqué son sac. Vous n’avez pas de famille ? Pas d’amis ?
    Hélas, ni l’une ni l’autre … je vous en prie, aidez-moi !
    Mebrouka !
    Un vieux vient d’appeler la patronne par son prénom. Celle-ci répond par un geste de la main. Yamina sourit, sentant comme un signe du destin.
    Votre prénom est déjà une réponse favorable pour moi, dit-elle.
    Je ne fais pas de cadeaux et personne n’est gagnant avec moi, répond Mebrouka. Mais mangez tant que c’est chaud ! je reviendrais vous voir après !
    La jeune fille remarque qu’il n’y a plus beaucoup de clients. Ils allaient bientôt fermer. Tous ont où rentrer ce soir sauf elle. À moins que Mebrouka ait été touchée et veuille bien la prendre dans son service. Mais comment savoir ? Elle trouve le temps bien long et l’angoisse lui noue l’estomac. Elle a à peine touché au plat …

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  27. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 28eme partie
    Par : Adila KATIA

    -Le plat n’est pas à votre
    goût ?
    Yamina est trop angoissée pour avaler quoi que ce soit. Elle s’efforce de sourire au serveur qui s’est arrêté pour savoir pourquoi elle n’a pas encore touché au plat.
    Si j’étais vous, je mangerais… Ne vous faites pas de souci, ça ira ! lui affirme-t-il en clignant de l’œil.
    Ah…
    Yamina se demande s’il n’est pas au courant. Mebrouka s’est absentée pendant un moment. Se pourrait-il qu’elle en ait touché deux mots au personnel ?
    Qu’a-t-elle dit ?
    Rien, elle voulait seulement savoir si on avait besoin d’une aide, lui répond-il. Avec un peu de chance, on vous aura parmi l’équipe du soir !
    Ce serait merveilleux ! s’écrie la jeune fille. J’ai besoin d’un travail !
    Alors, prenez des forces, lui conseille-t-il. Vous en aurez besoin !
    Yamina grignote beaucoup plus qu’elle ne mange. Elle pense à la patronne. Si elle en a parlé avec ses employés, il est évident qu’elle pense à la prendre dans son service.
    Elle attend seulement une confirmation auprès des autres. Avec un peu de chance, Yamina en est persuadée, elle ne sortira pas de ce restaurant sans un petit boulot. Peu importe ce qu’elle fera, tout ce qui compte, c’est qu’elle puisse subvenir à ses besoins.
    Que prendrez-vous au dessert ?
    Un morceau de tarte aux fraises, demande-t-elle alors que Mebrouka revient s’asseoir à sa table, en face d’elle.
    Vous n’avez pas grand appétit, remarque-t-elle.
    J’ai une chape de plomb sur le cœur… Vous avez eu le temps de réfléchir à ma demande ? l’interroge Yamina. Est-ce que vous avez quelque chose à me proposer ?
    Oui, je viens d’appeler ma sœur. Elle a besoin de quelqu’un pour s’occuper de son pavillon à plein temps, lui dit-elle. Elle est dépressive… il faudra être patiente avec elle… tu es d’accord ?
    Et comment ! s’exclame Yamina. Je n’aurais pu trouver mieux… je commence quand ?
    Dès ce soir ! Je vais t’emmener chez elle ! Termine ton dessert…
    Yamina est si soulagée de ne pas avoir à passer la nuit dehors. La gorge nouée, elle ne peut plus rien avaler. Elle règle ses consommations et attend Mebrouka, impatiente de partir. Elle a conscience d’être sauvée. Elle n’est pas près d’oublier ce jour de toute sa vie.
    Elle est passée en l’espace de quelques heures de l’espoir au désespoir. Maintenant qu’il lui semble que la chance est de son côté, pour de bon, la jeune fille décide d’être raisonnable et reconnaissante envers ces femmes.
    Quelques minutes plus tard, Mebrouka l’emmène en voiture chez sa sœur. Il est près de onze heures du soir, mais les lumières du pavillon sont allumées. Yamina n’aura pas à attendre le lendemain pour faire sa connaissance. Hadda, la sœur de Mebrouka, travaille sur son ordinateur et une pile de livres est ouverte sur le bureau. Pour quelqu’un de dépressif, elle semble passionnée par son travail.
    Sois la bienvenue… comment t’appelles-tu ?
    Yamina…
    La femme lui posera bien des questions et la jeune fille tente de répondre de façon à la satisfaire. Elle laisse tomber une remarque qui aurait dû l’inquiéter.
    C’est bon puisqu’elle n’a pas de famille ici ! J’aurais été dérangée par leur visite et tu sais que j’ai horreur de ça !
    Bien… Hadda, tu devrais lui montrer sa chambre… vous aurez tout le temps de faire connaissance ! Elle apprendra à te connaître plus tard…
    Merci Mebrouka !
    J’espère que tu te plairas ! Bonne nuit !
    Bonne nuit !
    Yamina suit Hadda au premier étage du pavillon. Elle ouvre la porte d’une chambre de bonne qui communique avec une petite salle de bain.
    Si tu as besoin de quoi que ce soit, descends me voir !
    Yamina la remercie. Elle ne tient surtout pas à la déranger. Elle a le plus important, un travail à plein temps et un toit. Elle l’ignore mais elle est très mal tombée…

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  28. Artisans de l'ombre Dit :

    “Je t’attendais…” 29eme partie
    Par : Adila KATIA

    Résumé : Mebrouka ne la prend pas dans son équipe. Sa sœur a besoin d’une aide à domicile. Elle lui propose Yamina. Celle-ci est d’accord parce qu’elle n’a pas de famille. Yamina est conduite dans sa chambre. Heureuse de s’en être bien sortie. Elle ignore être très mal tombée…

    Même si elle n’a pas dormi de toute la nuit, Yamina se lève très tôt. Elle range ses affaires dans sa garde-robe, puis prend une douche rapide. Elle sait qu’en acceptant de travailler à plein temps, elle n’aura pas de temps pour s’occuper de sa propre personne.
    Elle descend en bas et elle n’aura pas à chercher longtemps en essayant de trouver la cuisine. Elle prépare du café et en prend un peu. La cuisine est un vrai chantier. Elle conclut que sa patronne n’est pas une personne ordonnée et propre. Elle n’attend pas d’avoir son ordre pour retrousser ses manches et se mettre à nettoyer. Tout est sale. Elle ne doit pas seulement laver la vaisselle et la faïence, il faut nettoyer les meubles, passer un chiffon sur chaque objet. Le résultat au bout de quelques heures est frappant. Quand Yamina a retiré les rideaux et lavé les vitres, il se dégage de la cuisine de la lumière tant tout brille.
    Hadda, sa patronne, fronce les sourcils en y entrant. Elle a encore les yeux gonflés de sommeil et croit rêver. Yamina s’est surpassée.
    C’est à croire que tu es venue avec une fée ! lui dit-elle. Prépare-moi un bon petit-déjeuner et amène le moi au salon !
    Oui madame…
    Yamina s’apprête à lui demander ce qu’elle prendra précisément quand elle se rend compte de son absence. Hadda est déjà au salon. La jeune fille prépare un plateau. Ne connaissant pas ses goûts, elle y pose des gâteaux, des fruits, du jus et un grand bol de lait.
    Elle emmène le tout et dépose le plateau sur la table basse. Hadda fronce une nouvelle fois les sourcils.
    C’est quoi tout ça ? Je ne vais pas en guerre, lui dit-elle tout en servant un verre de jus. La prochaine fois, mets-moi deux tartines de beurre et de la confiture !
    Bien madame… et pour ce qui est du déjeuner, est-ce moi qui vais le préparer ? l’interroge-t-elle.
    Oui… je vais chercher ma vieille tante, tu devras aussi t’occuper d’elle, lui apprend Hadda.
    La jeune fille hoche la tête. Quand on sonne à la porte d’entrée, Hadda sort une clef de la poche de sa robe de chambre et va ouvrir. C’est Mebrouka. Yamina est heureuse de la revoir. Mais celle-ci semble contrariée.
    Pourquoi ne m’as-tu pas dit que tu as fugué ? lui reproche-t-elle. Un homme est passé, il a même fait le tour de tous les restaurants, les hôtels du quartier, pour retrouver ta trace…
    T’aurais pu me le dire. Tu es venue d’Algérie avec un visa touristique !
    Vous ne lui avez pas dit que j’étais ici ? s’inquiète la jeune fille en devenant blême. Dites ?
    Non !
    Merci, murmure-t-elle, reconnaissante. Hadda lui demande ses papiers.Ils seront dans mon bureau… mais, puisque tu es en situation irrégulière, tu ne devras jamais sortir !
    Oui madame.
    Yamina s’en va lui apporter ses papiers, confiante.
    Personne ne doit te voir à la fenêtre ! lui recommande-t-elle. Personne ne doit te savoir ici…
    Quand je recevrai, tu devras rester dans ta chambre… Si cela s’apprenait que je te cache ici, j’aurais affaire à la justice, mais toi, tu seras confiée à la police et expulsée sur-le-champ !
    C’est bon, j’ai compris, dit la jeune fille. Je me ferai discrète…
    Et elle ne voit aucun mal quand Hadda ferme à clef après le départ de Mebrouka. Quand elle sort aussi, Yamina entend la clef tourner dans la serrure. Elle se dit qu’elle fait tout cela pour sa propre sécurité. Elle en est persuadée…

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  29. fatmi Dit :

    “Je t’attendais…” 30eme partie
    Par : Adila KATIA

    Yamina n’est jamais sortie. Les premiers jours, elle craint de tomber sur Rachid, sachant qu’il est encore à sa recherche. D’après Mebrouka, il profite de la moindre escale pour faire le tour des restaurants tenus par les Maghrébins.
    Elle ne s’en est pas rendu compte tout de suite mais le temps a vite passé. Plusieurs semaines sans sortir, sans avoir de contact avec d’autres que Hadda et Mebrouka. Au début, elle se méfiait pour ne pas être vue et dénoncée à la police. Maintenant elle se permet de regarder par la fenêtre. Lorsque Hadda la surprend, elle ne comprend pas pourquoi elle se met en colère. Pourquoi elle le lui interdit…
    Mes voisins sont des racistes, lui dit-elle pour réponse. S’ils se doutent de quoi que ce soit, tu peux être sûre de te retrouver au service de l’immigration clandestine !
    Mais ils travaillent, réplique Yamina. Ils ne sont presque jamais chez eux… Les rares personnes qui passent ont l’esprit ailleurs… Personne n’a remarqué ma présence…
    Je ne veux plus entendre parler de toi ! Contente-toi de faire ce que je te dis…
    Depuis ce jour, Hadda est très dure avec elle et ne lui parle presque pas. Lorsqu’elle s’adresse à elle, c’est pour lui donner des ordres.
    La vieille tante Zoubida qui vit depuis peu avec elles est amnésique. Yamina est chargée de s’occuper d’elle. Elle la suit à travers le pavillon. Elle ne peut pas lui faire confiance quand elle se rend à la cuisine et à la salle de bains. Mais au bout de quelques mois, elle n’en peut plus. Elle se plaint, même si elle sait qu’elle allait mettre Hadda hors d’elle.
    Je dois tout assumer seule. Je suis à bout moralement, physiquement. J’ai besoin de me reposer, de respirer de l’air frais.
    Je refuse de te laisser sortir, tu te feras arrêter par la police, rétorque Hadda.
    Je ne vais pas rester toute ma vie enfermée, réplique la jeune fille. Je n’en peux plus. Je dois voir un médecin.
    Si tu as besoin de médicaments, j’en achèterai à la pharmacie… Décris-moi ton mal.
    Yamina baisse les bras. Et comme si elle n’a que faire de son temps libre, à la demande de Mebrouka, elle se voit forcée de pétrir des galettes et de préparer des gâteaux. Elle tient encore quelque temps, mais il suffit d’un rien pour qu’elle se sente à bout. Elle voudrait se sauver, mais Hadda a placé des cadenas aux volets et au téléphone. Elle garde les clefs dans sa poche et n’oublie jamais de vérifier que tout est bien fermé.
    Yamina ne sait plus quoi faire. Dans la glace de sa garde-robe, elle ne se reconnaît plus. Elle a tellement maigri. Elle pleure en constatant qu’elle s’est trompée. La chance n’a pas été de son côté.
    En fait, Mebrouka l’a avertie à sa manière en lui parlant de la dépression de Hadda. Elle aurait dû se douter que sans aucun suivi médical les choses ne se passent pas normalement. En se mettant à son service, elle a pris le risque d’être à sa merci. Elle est devenue sa prisonnière, une esclave des temps modernes…

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  30. fatmi Dit :

    Je t’attendais 31eme partie
    Par : Adila KATIA

    Dans les rares moments de solitude, la nuit, Yamina se rappelle sa famille. Celle-ci ignore le calvaire dans lequel elle vit depuis des mois. Elle regrette de les avoir quittés. Elle n’en a fait qu’à sa tête et les conséquences de ses actes sont loin de ce qu’elle a espéré. En quittant Rachid et Nadia, elle a cru qu’en se trouvant un toit, elle se mettrait à l’abri. Elle s’est imaginée tomber sur des gens bien qui l’aideront à s’installer. Elle qui ne voulait plus vivre au pays en regrette la chaleur. Elle reconnaît après tout ce temps à se rebeller pour rien qu’elle n’a jamais souffert comme maintenant. Il ne lui a jamais rien manqué chez son beau-père. Ils ont toujours pris soin d’elle et de Nora. Comme sa sœur lui manque… Si sa famille pouvait savoir où elle est, sa mère aurait prié Nora de la contacter. Ils auraient su où la trouver. En ne donnant plus signe de vie, ils auraient cherché après elle. Mais comme toujours, elle n’a jamais mis quelqu’un dans la confidence, elle le regrette… Pourquoi pleures-tu ?
    La question de la vieille Zoubida lui fait prendre conscience de ses larmes. Occupée à lui donner un bain, ses pensées sont si lointaines qu’elle n’a pas senti son regard scrutateur et interrogateur.
    Je n’en peux plus… Ma famille me manque, je veux rentrer chez moi…
    Hadda ne voudrait jamais, tu es trop précieuse à ses yeux… dit la vieille. Même moi, j’ai besoin de toi ! On ne peut plus se passer de toi…
    Yamina éprouve le besoin de se confier. Elle est rassurée, sachant que Zoubida oublie tout, au bout de quelques minutes. Elle s’ouvre à elle.
    Cela fait des mois que je suis ici… je lui ai remis tous mes papiers, j’ignore ce qu’elle en a fait ! Elle ne m’a jamais donné un sou… Quant au repos, je n’y ai pas droit… Est-ce que c’est juste ?
    Non… elle devrait te laisser sortir de temps à autre, répond Zoubida. Si tu veux, je lui en toucherai un mot… Peut-être qu’elle m’écoutera ?
    J’en doute fort… Si elle refuse de m’écouter, je lui volerai ses clefs, lui dit-elle. Tu en profiteras pour partir… Cela ne marchera pas, murmure Yamina, le cœur serré. Oublie cette idée… Oublie tout, la prie-t-elle en l’aidant à sortir de la baignoire. Non, je profiterai de la première occasion, lui promet Zoubida.
    Elle ne la laisse pas seule dans la salle de bains. Elle l’aide à s’habiller, à se mettre au lit puis descend dans la cuisine. Elle lui prépare le dîner et s’apprête à lui monter son plat quand Hadda rentre. Pose-le à la salle à manger ! Elle dînera avec moi… Yamina s’exécute, dépose le plat et monte chercher la vieille tante. Puis elle retourne à la cuisine pour apporter de la vaisselle et dîner. Pendant ce temps, elle a complètement oublié la conversation qu’elle a eue avec Zoubida.
    Hadda est allée se changer pour le dîner. Yamina ! Viens vite ! crie Zoubida. La jeune fille court, imaginant qu’elle a eu une chute. Mais non, Zoubida a les clefs. Hadda les a oubliées ou a-t-elle cru qu’elle n’oserait pas les prendre ? Yamina ne se pose même pas la question. Elle prend les clefs et court à la porte. Les mains tremblantes, elle n’arrive pas à glisser la clef dans le trou de la serrure. La première n’est pas la bonne. Le temps lui paraît suspendu… Qu’est-ce que tu fais ?
    Oh non … Yamina pleure de désespoir. Elle n’aura pas eu le temps d’ouvrir que Hadda est derrière elle. Elle lui arrache les clefs des mains puis la roue de coups. Pour briser toute volonté en elle de partir, pour la forcer à se soumettre à son autorité. Elle la traîne jusqu’à sa chambre et l’y enferme. Pour longtemps…

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  31. fatmi Dit :

    Je t’attendais 32eme partie
    Par : Adila KATIA

    Est-ce que tu as compris ? Si tu tentes encore de partir, tu le regretteras ! Dis-moi si tu m’as comprise ? l’interroge Hadda, collant l’oreille derrière la porte pour mieux l’entendre. Dis-moi le !
    C’est le silence dans la chambre où est enfermée Yamina. Hadda l’a privée de nourriture. Elle y est depuis plusieurs jours. Hadda commence à s’impatienter. Son entêtement semble l’avoir endurcie. C’est pourquoi elle tarde à lui ouvrir.
    Elle veut une réponse avant de lui ouvrir. La réponse tant attendue et voulue n’est pas sortie de la bouche de Yamina.
    Tu t’es engagée à me servir de jour comme de nuit… pourquoi vouloir partir puisque tu ne trouveras rien ailleurs ?
    Qu’est-ce que tu fais là ? elle ne veut toujours pas ouvrir, demande Zoubida en arrivant derrière elle. Ce qu’elle peut avoir mauvais caractère ! Laisse-la bouder ! Son ventre finira par lui faire entendre raison !
    C’est de ta faute, lui reproche-t-elle en la prenant par le bras pour l’emmener dans sa chambre.
    Mais je n’ai rien fait, se défend la vieille tante.
    Tu as pris mes clefs pour l’aider à partir !
    Zoubida nie évidemment être pour quelque chose dans ce qui est arrivé. Elle n’a plus aucun souvenir de l’incident de cette fameuse nuit.
    Heureusement que je t’ai entendue l’appeler !
    Sans cela elle ne se serait pas doutée de ce qui se tramait à quelques mètres d’elle. Elle aurait certainement mis Zoubida dans une maison de retraite si elle n’avait pas été sa tante. Elle ne peut pas se séparer d’elle. Le lien de sang est plus fort que la colère. Elle ignore cependant que la vieille tante a parfois un retour de mémoire et qu’elle a mauvaise conscience en ces instants-là. C’est rare mais cela lui arrive.
    Hadda ne s’en est pas rendue compte même si elle s’occupe d’elle depuis que Yamina est “punie” pour sa tentative de fuite. Elle est prête à attendre encore longtemps, aussi longtemps que nécessaire pour qu’elle se calme et rende les armes. Elle doit accepter le fait d’être sous son autorité. Ouvrez-moi ! Je n’en peux plus… Hadda aide sa tante à se mettre au lit puis retourne devant la porte de la chambre de Yamina. Elle lui repose la question.
    Tu as compris la leçon ? Est-ce que tu recommenceras ?
    Non, non, je ne recommencerai plus… Hadda est soulagée. Quand elle ouvre la porte, elle découvre une autre Yamina. Elle est d’une pâleur mortelle et n’a plus que la peau sur les os. Affaiblie, elle ne parvient presque pas à se lever de son lit. Hadda l’aide à se redresser et lui glisse deux coussins derrière le dos. Yamina a un malaise. Elle a le souffle court.
    Il faut que je voie un médecin, murmure-t-elle. Dès que tu auras un peu mangé, tu te sentiras mieux…
    Hadda va lui chercher du lait et un bout de pain. Yamina se jette dessus. Elle boit et mange vite au risque de s’étouffer.
    Hadda la regarde, rassurée.
    Dans le fond, elle est persuadée que l’envie de partir lui est définitivement passée… et elle se trompe …

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  32. fatmi Dit :

    Je t’attendais 33eme partie
    Par : Adila KATIA

    Yamina reprendra lentement. La séquestration laissera des séquelles auxquelles Hadda ne donne aucune importance. Elle ne se fait aucun souci quant aux malaises dont est souvent prise la jeune fille. Elle continue à tout fermer même si Yamina est plus que jamais silencieuse. Pas un regard, pas un soupir … Pourquoi elle ne reçoit jamais ? demande-t-elle à Zoubida un jour où elles dînent seules. Qu’est ce qu’elle fait précisément comme travail ?
    Elle tient un bar et un hôtel …
    Pourquoi ne s’est-elle pas mariée, l’interroge-t-elle, profitant de ce court instant où la mémoire ne lui a pas encore faussé compagnie.
    Mais elle l’a été, répond la vieille tante. Elle a même des enfants …
    Elle ne les a jamais gardés … pourquoi ? A-t-elle droit de visite ? Ou a-t-elle été mauvaise avec lui ? Ou avec ses enfants ?
    Cela s’est très mal passé … dit la vielle tante. Très, très mal passé.
    Mebrouka ne lui ressemble en rien. Pourquoi ne vient-elle plus ?
    Je crois qu’elles se sont querellées. Hadda est difficile à comprendre … où sont mes médicaments ?veut savoir Zoubida. Tu les as déjà pris, répond la jeune fille. Viens maintenant, c’est l’heure de te coucher !
    Comme d’habitude, elle l’emmène se coucher. Puis elle retourne ranger la cuisine. Une fois, la pièce propre et rangée, elle se rend au salon et fouille dans le bureau, à la recherche de renseignements.
    Il n’y a que des livres et des revues. Elle voudrait aussi jeter un coup d’œil sur l’ordinateur mais elle n’a pas le mot de passe pour l’ouvrir.
    Elle abandonne et regrette de ne pas pouvoir casser les cadenas des volets. Hadda a pris le soin depuis le début de ne rien laisser traîner.
    Il y a tout à la maison sauf ce qui pourrait lui servir. Même le téléphone, jamais elle ne l’oublie …
    Yamina ne désespère pas. Un jour, Hadda oubliera de fermer ou même les clefs. Elle attendra patiemment cet instant là.
    Plusieurs mois passent, un temps où elle s’est tenue tranquille, pour endormir la méfiance de Hadda. Celle-ci continue à travailler jusqu’à une heure tardive de la nuit.
    Elle dîne parfois à la maison, en compagnie de sa tante. Parfois, elle lui demande de mettre la main à la pâte, de pétrir des galettes ou des beignets en grande quantité, parfois de préparer des plats traditionnels.
    La jeune fille s’exécute sans dire mot, consciente qu’elle n’a pas le choix. Elle ne rechigne pas à la tâche.
    Hadda est capable de tout.
    Après l’avoir séquestrée abusivement, elle ne serait pas surprise de la revoir passer à l’acte si elle la contrarie.
    Depuis cette période-là, il lui arrive d’avoir des malaises.
    Elle n’a plus repris de poids. Mais malgré ça, elle se sent plus forte.
    Plus déterminée que jamais à saisir sa chance, à la première occasion qui se présentera à elle.
    Elle tient à retrouver sa liberté.
    À quoi tu penses ?lui demande Zoubida qui a remarqué son regard lointain. Aux miens, répond-elle. Je me demande si je les reverrais un jour …
    Mais bien sûr que tu les reverras, lui affirme la vieille tante, très confiante. Puisque tu y tiens …
    Et l’occasion se présentera un soir où Hadda recevra des amies. Elle est contrainte à rester avec elles et n’a pas fermé la porte d’entrée à clef. Ses amies auraient trouvé la chose bizarre. À la demande de Hadda, Yamina préparera des glaces.
    Quand elle vient les chercher, elle en profite pour lui ordonner : Monte à ta chambre ! tu feras le reste demain !
    Bien madame !
    En fait, Hadda, toujours très vigilante, attend de la voir monter au premier, pour retourner au salon. Yamina s’efforce à garder la tête froide car c’est le moment ou jamais …

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  33. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 33eme partie
    Par : Adila KATIA

    Yamina reprendra lentement. La séquestration laissera des séquelles auxquelles Hadda ne donne aucune importance. Elle ne se fait aucun souci quant aux malaises dont est souvent prise la jeune fille. Elle continue à tout fermer même si Yamina est plus que jamais silencieuse. Pas un regard, pas un soupir … Pourquoi elle ne reçoit jamais ? demande-t-elle à Zoubida un jour où elles dînent seules. Qu’est ce qu’elle fait précisément comme travail ?
    Elle tient un bar et un hôtel …
    Pourquoi ne s’est-elle pas mariée, l’interroge-t-elle, profitant de ce court instant où la mémoire ne lui a pas encore faussé compagnie.
    Mais elle l’a été, répond la vieille tante. Elle a même des enfants …
    Elle ne les a jamais gardés … pourquoi ? A-t-elle droit de visite ? Ou a-t-elle été mauvaise avec lui ? Ou avec ses enfants ?
    Cela s’est très mal passé … dit la vielle tante. Très, très mal passé.
    Mebrouka ne lui ressemble en rien. Pourquoi ne vient-elle plus ?
    Je crois qu’elles se sont querellées. Hadda est difficile à comprendre … où sont mes médicaments ?veut savoir Zoubida. Tu les as déjà pris, répond la jeune fille. Viens maintenant, c’est l’heure de te coucher !
    Comme d’habitude, elle l’emmène se coucher. Puis elle retourne ranger la cuisine. Une fois, la pièce propre et rangée, elle se rend au salon et fouille dans le bureau, à la recherche de renseignements.
    Il n’y a que des livres et des revues. Elle voudrait aussi jeter un coup d’œil sur l’ordinateur mais elle n’a pas le mot de passe pour l’ouvrir.
    Elle abandonne et regrette de ne pas pouvoir casser les cadenas des volets. Hadda a pris le soin depuis le début de ne rien laisser traîner.
    Il y a tout à la maison sauf ce qui pourrait lui servir. Même le téléphone, jamais elle ne l’oublie …
    Yamina ne désespère pas. Un jour, Hadda oubliera de fermer ou même les clefs. Elle attendra patiemment cet instant là.
    Plusieurs mois passent, un temps où elle s’est tenue tranquille, pour endormir la méfiance de Hadda. Celle-ci continue à travailler jusqu’à une heure tardive de la nuit.
    Elle dîne parfois à la maison, en compagnie de sa tante. Parfois, elle lui demande de mettre la main à la pâte, de pétrir des galettes ou des beignets en grande quantité, parfois de préparer des plats traditionnels.
    La jeune fille s’exécute sans dire mot, consciente qu’elle n’a pas le choix. Elle ne rechigne pas à la tâche.
    Hadda est capable de tout.
    Après l’avoir séquestrée abusivement, elle ne serait pas surprise de la revoir passer à l’acte si elle la contrarie.
    Depuis cette période-là, il lui arrive d’avoir des malaises.
    Elle n’a plus repris de poids. Mais malgré ça, elle se sent plus forte.
    Plus déterminée que jamais à saisir sa chance, à la première occasion qui se présentera à elle.
    Elle tient à retrouver sa liberté.
    À quoi tu penses ?lui demande Zoubida qui a remarqué son regard lointain. Aux miens, répond-elle. Je me demande si je les reverrais un jour …
    Mais bien sûr que tu les reverras, lui affirme la vieille tante, très confiante. Puisque tu y tiens …
    Et l’occasion se présentera un soir où Hadda recevra des amies. Elle est contrainte à rester avec elles et n’a pas fermé la porte d’entrée à clef. Ses amies auraient trouvé la chose bizarre. À la demande de Hadda, Yamina préparera des glaces.
    Quand elle vient les chercher, elle en profite pour lui ordonner : Monte à ta chambre ! tu feras le reste demain !
    Bien madame !
    En fait, Hadda, toujours très vigilante, attend de la voir monter au premier, pour retourner au salon. Yamina s’efforce à garder la tête froide car c’est le moment ou jamais …

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  34. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 34eme partie

    Par : Adila KATIA

    Elle attend près d’une demi-heure avant de quitter sa chambre, sur la pointe des pieds. En bas, dans le salon, des bruits de conversations et des éclats de rire lui parviennent. Elle est confiante.
    Elle la croit endormie. Elle est avec ses amies sachant que la jeune fille a bien appris sa leçon et n’était pas prête de refaire la même erreur.
    Qu’est ce que tu fais là ?
    Yamina sursaute en entendant la voie de Zoubida.
    Elle se tourne lentement vers elle et sourit, feignant qu’elle ne l’a pas surprise.
    _ J’étais en train de réfléchir, je crois que j’ai oublié de fermer le gaz, j’allais vérifier !
    _ Va vite si non elle va se fâcher !
    Contrainte à le faire pour ne pas réveiller les soupçons de la tante, elle descend et se rend à la cuisine. Hadda la trouve en train de vérifier que le gaz est bien fermé.
    C’est bien…tu peux retourner à ta chambre maintenant !
    Je peux attendre que vos amies soient parties pour nettoyer, propose-t-elle.
    Cela peut attendre demain matin, dit Hadda. Remonte te coucher !
    Yamina obéit et craignant qu’elle n’ait des doutes, quand elle est dans sa chambre, elle se met en robe de chambre. Son intuition ne l’a pas trompée. Moins d’un quart d’heure plus tard, Hadda fait irruption dans la chambre et la fouille même si elle la trouve au lit.
    Je voulais juste voir …
    Elle n’en dit pas plus et retourne d’où elle est venue. Yamina, le souffle retenu, écoute. Le temps lui paraît suspendu. Elle attend d’entendre la clef tourner mais Hadda n’a pas fermé derrière elle. Elle en pleure presque de joie. Elle se lève et se rhabille, sans perdre de temps.
    Sur l’horloge, elle peut lire qu’il est presque 22 heures. Les invitées n’allaient pas tarder à partir. Elle ne doit plus perdre de temps.
    Dépassant sa peur, elle descend. Hadda est occupée avec ses invitées. Elle ne peut pas deviner qu’elle est prête à partir. Elle avance lentement, évitant de faire tomber des choses à son passage qui pourrait alerter Hadda.
    Yamina ouvre doucement la porte d’entrée et lorsqu’elle se retrouve dehors, elle a l’impression d’être giflée par l’air frais de la nuit.
    Elle ferme la porte derrière elle, pour qu’il n’y ait pas de courant d’air. Hadda se douterait vite de quelque chose. Hors de question de lui donner l’occasion de la rattraper.
    La jeune fille se met à courir. Les ruelles sont désertes. Personne ne peut s’étonner de la voir courir comme une voleuse.
    Elle ne s’arrête pas une seconde, ne se donne pas le temps de reprendre son souffle.
    Il en va de sa vie, de sa liberté. Car c’est l’occasion ou jamais …
    Elle ne veut plus être à la merci de Hadda. Elle court sans se soucier des rares personnes qui se retournent à son passage. Elle l’ignore mais elle n’est plus dans le même quartier.
    Quand elle voit un bus s’arrêter, elle y voit comme un signe du destin. Elle monte et s’assoie à l’arrière. Elle n’a pas de quoi payer son ticket. En prenant la fuite, elle n’a pas pensé à ce qui l’attend dehors. Elle n’aurait certainement pas eu de scrupule à voler Hadda mais celle-ci n’a jamais laissé d’argent à la maison.
    Et pour ne pas être découverte, elle descend à la prochaine station. Elle l’ignore mais elle aurait dû rester dans le bus. Un autre danger la guette.

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

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  35. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 35eme partie
    Par : Adila KATIA

    Les gars, voyez ce que le ciel nous envoie ! Yamina ne se retourne pas et prend les jambes à son cou. Mais elle est vite rattrapée par les voyous. Elle prend peur quand l’un d’eux lui arrache son bonnet et la gifle.
    - Qu’est-ce que tu fais dehors, à cette heure de la nuit ? Tu cherches quoi ? Des sensations fortes ?
    Yamina crie.
    - Laissez-moi passer !
    Il lui semble que ces cris sont étouffés et que personne ne les a entendus.
    - Non… Donne ce que tu as !
    La jeune fille tente de les dévisager mais ils sont sous le réverbère. elle ne distingue rien de leurs visages. Elle peut seulement voir qu’ils sont grands et forts. Elle ne pourra jamais s’en sortir seule. Ils ne feront qu’une bouchée d’elle. quand elle voit les couteaux briller, elle manque s’évanouir.
    Elle se met à crier aussi fort qu’elle peut, espérant qu’une âme sensible aurait le courage de venir à défendre.
    - Des bijoux, exige l’un d’eux.
    - Je n’en ai pas, répond-elle. Je vous le jure…
    - Montre voir !
    En reculant, elle trébuche. L’un des voyous se jette sur elle et lui arrache sa veste. Elle tente de se défendre, d’échapper à ses mains qui la fouillent mais il est plus fort qu’elle. Ses deux compagnons se sont rapprochés d’eux. Yamina ne voit plus qu’eux, même plus rien…
    -Je vous en prie ! lâchez-moi ! Lâchez-moi…
    Pour la faire taire, il étouffe de ses mains.
    - Je te tue si tu ne la fermes pas ! La menace-t-il.
    Traînes-la par là !
    Yamina devine leur basse intention et dès qu’il enlève sa main, elle en profite pour crier. S’ils arrivent à l’emmener dans le coin de la rue, c’est fini pour elle. Elle se débat et crie de désespoir. En retour, elle reçoit des coups.
    Hé ! Qu’est-ce que vous faites ?
    - Passe ton chemin, rétorque l’un des voyous. Sinon on va s’occuper de toi !
    -Passer mon chemin, ça n’arrivera jamais ici ! Pars d’ici petit filou !
    La femme s’approche d’eux et pour lui prouver qu’il ne plaisante pas, il lâche le bras de la jeune fille. Ses copains en font de même et elle peut voir Yamina quand elle s’affale sur le trottoir.
    Vous vous en prenez à plus faible que vous ! Bande de bons à rien ! Crie la femme.
    Partez tout de suite !
    C’est toi qui vas partir ! Passe ton chemin sinon tu vas le regretter, l’avertit le voyou, très énervé.
    Mais elle n’est pas impressionnée du tout. Au risque d’être amochée et même d’être tuée, elle s’approche de la jeune fille et l’aide à se lever. Elle lui demande :
    Ça va ? Yamina hoche la tête et recule quand les voyous s’approchent d’elles. La femme dont la peau noire révèle son origine africaine, est bien courageuse. Elle repousse le plus proche d’elle, d’une main ferme, presque provocante. Tu n’as pas honte !
    Elle pourrait être ta sœur ! Ma sœur, crie-t-il, ne traîne pas dans la rue, en pleine nuit.
    Elle à l’âge de ta sœur, réplique-t-elle. Je ne voudrais pas que cela lui arrive aussi ! Pense à la colère de Dieu ! C’est lui qui nous l’envoie ! insiste-t-il. Pousse-toi maintenant !
    Jamais !
    Crie-t-elle. Vous feriez mieux de partir, leur conseille-t-elle. Avant d’intervenir, j’ai appelé la police. Ils vont arriver d’une minute à l’autre !
    Elle ment, dit un autre. Donnons-lui une leçon !
    La prochaine fois, elle ne s’avisera plus à se mêler des affaires des autres ! Une sirène de police qui retentit dans les environs les rend hors d’eux. Ils constatent qu’elle n’a pas menti et ils n’ont que le temps de prendre leurs jambes, à leur cou. Yamina s’évanouit. Elle ne croyait plus au salut…

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  36. Artisans de l'ombre Dit :

    35. Je t’attendais 35eme partie
    Par : Adila KATIA

    Les gars, voyez ce que le ciel nous envoie ! Yamina ne se retourne pas et prend les jambes à son cou. Mais elle est vite rattrapée par les voyous. Elle prend peur quand l’un d’eux lui arrache son bonnet et la gifle.
    - Qu’est-ce que tu fais dehors, à cette heure de la nuit ? Tu cherches quoi ? Des sensations fortes ?
    Yamina crie.
    - Laissez-moi passer !
    Il lui semble que ces cris sont étouffés et que personne ne les a entendus.
    - Non… Donne ce que tu as !
    La jeune fille tente de les dévisager mais ils sont sous le réverbère. elle ne distingue rien de leurs visages. Elle peut seulement voir qu’ils sont grands et forts. Elle ne pourra jamais s’en sortir seule. Ils ne feront qu’une bouchée d’elle. quand elle voit les couteaux briller, elle manque s’évanouir.
    Elle se met à crier aussi fort qu’elle peut, espérant qu’une âme sensible aurait le courage de venir à défendre.
    - Des bijoux, exige l’un d’eux.
    - Je n’en ai pas, répond-elle. Je vous le jure…
    - Montre voir !
    En reculant, elle trébuche. L’un des voyous se jette sur elle et lui arrache sa veste. Elle tente de se défendre, d’échapper à ses mains qui la fouillent mais il est plus fort qu’elle. Ses deux compagnons se sont rapprochés d’eux. Yamina ne voit plus qu’eux, même plus rien…
    -Je vous en prie ! lâchez-moi ! Lâchez-moi…
    Pour la faire taire, il étouffe de ses mains.
    - Je te tue si tu ne la fermes pas ! La menace-t-il.
    Traînes-la par là !
    Yamina devine leur basse intention et dès qu’il enlève sa main, elle en profite pour crier. S’ils arrivent à l’emmener dans le coin de la rue, c’est fini pour elle. Elle se débat et crie de désespoir. En retour, elle reçoit des coups.
    Hé ! Qu’est-ce que vous faites ?
    - Passe ton chemin, rétorque l’un des voyous. Sinon on va s’occuper de toi !
    -Passer mon chemin, ça n’arrivera jamais ici ! Pars d’ici petit filou !
    La femme s’approche d’eux et pour lui prouver qu’il ne plaisante pas, il lâche le bras de la jeune fille. Ses copains en font de même et elle peut voir Yamina quand elle s’affale sur le trottoir.
    Vous vous en prenez à plus faible que vous ! Bande de bons à rien ! Crie la femme.
    Partez tout de suite !
    C’est toi qui vas partir ! Passe ton chemin sinon tu vas le regretter, l’avertit le voyou, très énervé.
    Mais elle n’est pas impressionnée du tout. Au risque d’être amochée et même d’être tuée, elle s’approche de la jeune fille et l’aide à se lever. Elle lui demande :
    Ça va ? Yamina hoche la tête et recule quand les voyous s’approchent d’elles. La femme dont la peau noire révèle son origine africaine, est bien courageuse. Elle repousse le plus proche d’elle, d’une main ferme, presque provocante. Tu n’as pas honte !
    Elle pourrait être ta sœur ! Ma sœur, crie-t-il, ne traîne pas dans la rue, en pleine nuit.
    Elle à l’âge de ta sœur, réplique-t-elle. Je ne voudrais pas que cela lui arrive aussi ! Pense à la colère de Dieu ! C’est lui qui nous l’envoie ! insiste-t-il. Pousse-toi maintenant !
    Jamais !
    Crie-t-elle. Vous feriez mieux de partir, leur conseille-t-elle. Avant d’intervenir, j’ai appelé la police. Ils vont arriver d’une minute à l’autre !
    Elle ment, dit un autre. Donnons-lui une leçon !
    La prochaine fois, elle ne s’avisera plus à se mêler des affaires des autres ! Une sirène de police qui retentit dans les environs les rend hors d’eux. Ils constatent qu’elle n’a pas menti et ils n’ont que le temps de prendre leurs jambes, à leur cou. Yamina s’évanouit. Elle ne croyait plus au salut…

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  37. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 36e partie
    Par : Adila KATIA

    Lorsque Yamina reprend connaissance, elle panique en trouvant un médecin et une infirmière en train de l’examiner.
    Où suis-je ?demande-t-elle.
    À l’hôpital, répond le médecin. Vous vous êtes évanouie … d’après ce que nous a raconté Mme Fati, vous avez eu beaucoup de chance !
    Elle en doute. Maintenant qu’elle est à l’hôpital, ils allaient certainement contacter la police. Elle n’a aucun papier. Elle se voit déjà dans un avion, de retour au village. Tous lui diront qu’elle n’a eu que ce qu’elle mérite. Sa mère lui a toujours prédit une vie malheureuse.
    Elle souffre en constatant qu’elle ne s’est pas trompée. Elle n’en a fait qu’à sa tête. Elle a cru bien faire. Ce soir, après tout ce temps, elle reconnaît, même s’il lui en coûte, qu’elle aurait dû écouter sa mère et sa sœur.
    Elle n’aurait pas dû se froisser avec son beau-père. Elle regrette de ne pas être réconciliée avec lui. Maintenant qu’elle allait être expulsée, elle aurait eu au moins où aller.
    Pourquoi pleurez-vous ?
    Madame Fati qui s’est tenue à l’écart, le temps qu’ils l’examinent s’approche et lui prend la main.
    Tu n’as plus à t’en faire, tu es sauvée … Heureusement pour toi, j’ai terminé plus tard que prévu et ma voiture est tombée en panne! Il fallait que je prenne le bus…Mais docteur, puisqu’elle va bien, est-ce qu’elle peut rentrer ?
    Oui …
    Madame Fati l’aide à se redresser. Yamina essuie ses larmes et se demande dans quelle autre aventure elle allait s’embarquer cette fois encore. Elle se demande si elle ne ferait pas mieux de contacter sa famille. Elle ne se sent pas la force de vivre une autre aventure qui finirait mal.
    Elle a beau être une jeune fille, elle n’attend plus rien de la vie. Elle est fatiguée. En tentant de se sauver ce soir, elle est tombée sur ces voyous. Si la dame n’était pas intervenue, ils auraient abusé d’elle. C’est à croire qu’elle a été mise au monde pour souffrir.
    _ Ne t’en fais pas, lui dit-elle, tout se passera bien !
    Son regard est plein de bonté, il ne trompe pas. La jeune fille accepte le bras qu’elle lui tend. Elle part avec elle, consciente de remettre son sort, à chaque fois, entre les mains d’inconnues. Si sa vie n’est qu’un gâchis, elle en est entièrement responsable.
    Au lieu de prendre exemple sur sa sœur et de poursuivre ses études, sans couper avec la famille, elle a suivi le mauvais chemin.
    Elle a bien des regrets. Mais cela ne change rien à la situation.
    Fati l’emmène chez elle, prenant un taxi, pour plus de sécurité.
    J’habite seule … je suis une vieille fille, comme on dit chez nous, lui confie-t-elle. Au Bénin … mais toi d’où es-tu ?
    D’Algérie, répond Yamina. Je … je tiens à vous remercier … sans vous, j’ignore comment
    Il ne faut plus t’en faire … tout se passera bien à partir de maintenant ! la rassure Fati. Je suis une sans-papiers, lui confie la jeune fille. Ce soir, j’ai repris ma liberté … Mais à quel prix ? Pour être mieux comprise, elle lui raconte son histoire.
    Fati, certainement une envoyée de la providence, lui sera d’une aide précieuse. Celle-ci est bénévole dans une association caritative en plus d’être assistante sociale. Dès le lendemain, après avoir fait réparer sa voiture, elle l’emmène à l’endroit où elle est intervenue. On fait le tour du quartier. Mme Fati l’aide à retrouver le restaurant de Mebrouka. Elle a avec celle-ci une discussion des plus dissuasives. Elle aurait bien porté plainte mais Yamina refusait. Elle ne voulait pas qu’on entende parler de sa mésaventure. Elle ne voulait pas que cela tombe dans les oreilles de sa famille ou des gens de sa région natale. Mme Fati ne portera pas plainte si elle récupère les papiers de la jeune fille. Mebrouka ne se fera pas prier. Le jour même, elle les leur apporte. Elle ignorait que sa sœur l’avait maltraitée. Yamina n’y croyait plus.
    _Maintenant, on va faire ce qu’il faut, pour que tu aies des papiers en règle !
    C’est au bout de trois ans, de démarches administratives qu’elle les obtient. Des années très difficiles à vivre. Entre-temps, elle a fait un stage de coiffure et travaille dans un salon où elle s’est faite des amies.
    Mais cela ne remplace pas sa famille qui lui manque beaucoup. Elle voudrait les revoir. Un soir, elle appelle au village. Son beau-père répond.
    _ Bonsoir, dit-elle. Ça va ?
    _ El hamdou l’illah, répond-il. Mais qui êtes-vous ?
    _ Est-ce que Fathma est là ?
    _ Oui mais qui êtes-vous ?
    Yamina raccroche, consciente qu’on ne pense pas à elle, qu’on n’espère plus de nouvelles d’elle. Elle pleure et maudit le jour où elle est partie. Elle a bien des regrets. Elle a envie de rentrer au pays mais craint leur accueil. Qui sait si elle sera la bienvenue ?

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  38. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 37e partie
    Par : Adila KATIA

    Yamina n’aspire qu’à une chose ; revoir les siens. Mais elle n’ose pas prendre ses papiers et rentrer sans savoir comment elle sera accueillie par sa famille. Elle tente de se faire une raison et remet à plus tard, sa visite. Les années passent. Elle travaille toujours dans le même salon. Un jour, une collègue, Sabrina, lui présente son frère. Tous deux sont nés d’un mariage mixte. Son père est français et sa mère est algérienne d’origine chaoui. Massi, son frère aîné, est agent commercial, dans une agence immobilière. Sabrina lui a demandé de les emmener à une fête. C’est à cette occasion qu’elle le lui a présenté. Yamina lui a tout de suite plu. Elle a vu dans son regard l’intérêt qu’il lui portait. Quand elle se retrouve avec Sabrina, elle lui demande.
    - On aurait pu venir sans lui. Ou avais-tu une idée derrière la tête ?
    - Non, je te le jure ! Les manigances, ce n’est pas mon truc, dit-elle. Pourquoi ? Il te plaît ?
    - C’est un beau garçon, reconnaît-elle. Mais je ne suis pas intéressée…
    Mais le jeune homme se met à la draguer. Elle accepte de le voir. Les sorties se succèdent les unes après les autres. Il finit par lui parler de son amour et de son envie de se marier avec elle. Il a des intentions des plus honorables. Il veut rencontrer sa famille avant. Yamina ne saute pas de joie lorsqu’il insiste. Elle ne lui a pas raconté son passé. Elle n’ose pas lui dire qu’elle a fugué et coupé les ponts avec sa famille depuis des années. Elle n’est pas fière de ce qu’elle a fait. Elle ne lui parle pas de la mésaventure qu’elle a connue aussitôt après avoir faussé compagnie à ses employeurs. Elle a honte. Et pour ne pas être larguée, elle décide de ne plus sortir avec lui. Cela le met hors de lui. Il n’accepte pas la rupture.
    Un soir alors qu’elle est chargée de la fermeture du salon, il l’attend en face, surveillant ses moindres gestes. Il veut reprendre avec elle. Dès qu’il l’accoste, elle s’arrête et elle a un geste de recul. Il est un air mauvais dans le regard. Elle a peur. Elle regarde autour d’eux. Personne. Si elle l’avait vu avant de sortir, elle serait restée dans le salon, par sécurité.
    - Qu’est-ce que tu fais là ?
    - Je veux te parler, dit-il.
    - On n’a plus rien à se dire, réplique-t-elle.
    - Tu ne comprends pas, je t’aime et je tiens à toi ! On ne se séparera jamais…
    Yamina secoue la tête.
    - Tu dois accepter notre séparation, dit-elle en s’efforçant à garder son calme. On n’est pas fait l’un pour l’autre. Un jour, tu rencontreras la femme de ta vie !
    - Tu es la femme de ma vie !
    - Non, oublie-moi !
    Elle décide de poursuivre son chemin mais il l’en empêche.
    - Tu as rencontré quelqu’un d’autre, c’est ça ? lui demande-t-il sèchement. C’est qui ? Il est d’où ?
    - Non, je n’ai rencontré personne… Et puis, c’est fini entre nous ! Je n’ai pas de compte à te rendre.
    - Ce n’est pas toi qui décideras si c’est fini ou pas ! lui dit-il en prenant un air mauvais. J’ai parlé de toi, à ma famille, à mes amis ! J’aurais l’air de quoi quand ils apprendront que tu m’as largué !
    - Ça ne peut pas marcher entre nous ! Il faut que tu acceptes la chose, dit-elle.
    - C’est qui l’autre ?
    - Il n’y a personne d’autre, lui jure-t-elle.
    Mais il refuse de l’écouter. Il ne la croit pas. Elle le découvre suspicieux et jaloux au point de changer de couleur. Son regard est dur.
    - Ne crois pas que je vais te laisser filer le parfait amour, avec lui ! Tu es à moi !
    Il demeure sourd. Quand elle dit “personne”, il s’entête à lui demander :
    - Qu’est-ce qu’il a de plus ? Il est plus riche ? Plus beau ? Qu’est-ce qu’il t’a promis de plus ?
    - Massi, je te le jure ! Il n’y a rien de tout cela… Je te le jure sur ma vie !
    Mais il ne la croit pas. La jalousie le rend aveugle. Il se met à la gifler au point de l’assommer. Il ne s’en rend compte que lorsqu’elle tombe à la renverse et qu’elle ne bouge plus. Il regarde autour de lui, souffle de soulagement en constatant qu’il n’y a pas un chat dehors. Il s’approche d’elle et la tape du pied, dans le ventre. Elle ne crie pas, ne gémit pas. Il lui donne un dernier coup et part, empruntant une ruelle obscure. Il n’a pas un regard pour elle. Maintenant, c’est fini entre eux…

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  39. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 38e partie
    Par : Adila KATIA

    - Ya Kader ! Regarde…
    Ramdhan a posé la main sur le bras de son ami et collègue pour lui montrer une forme humaine, appuyée au coin de l’entrée d’un bâtiment. L’entrée est faiblement éclairée.
    - C’est sûrement un SDF !
    - Une, tu veux dire…
    Ramdhan s’est approché et lorsqu’il l’entend gémir, il fait un signe à son ami.
    - Ce n’est pas une SDF… La malheureuse est mal en point, lui dit-il en allant à elle. Vite, appelle les secours et la police !
    - J’appelle qui ? les secours ou la police ? demande Kader.
    - Les deux… Je pense qu’elle a été agressée…
    - Elle est morte ou vivante ? demande Kader, n’osant pas approcher.
    - J’oubliais tes peurs… Comme si un mort pouvait te faire du mal… Allez, appelle !
    Ramdhan s’accroupit et prend sa main. Il sent le pouls très lent.
    - N’ayez pas peur, lui dit-il lorsqu’elle gémit. Je suis là pour vous sauver…
    Kader a sorti son portable et appelle les secours. Il ne connaît pas le nom de la rue mais leur donne un repère. Il y a une station de bus non loin de l’endroit. Il leur donne le numéro.
    Ramdhan repousse doucement les cheveux qui lui tombent sur le visage. La partie gauche est tuméfiée. Du sang s’est coagulé au coin de son œil et de sa bouche.
    - Quelle horreur ! s’écrie Kader en jetant son sac. Qui l’a amochée ?
    - Un voyou ou un mari jaloux, peut-être… Doucement, dit-il. Ne bougez pas… On a appelé les secours… Avez-vous mal à la tête ? Pressez ma main, pour dire oui… Avez-vous mal à la tête ?
    Yamina presse sa main, très fort, tout en gémissant. Elle a mal, terriblement mal. Elle ne peut pas utiliser sa bouche. Celle-ci est ouverte,
    - Au dos ?
    Comme elle ne presse pas la main, elle poursuit.
    - Vos jambes ? vos bras ?
    Là, elle presse doucement le bras de l’inconnu rentrant de son travail. Des larmes coulent de son œil enflé. Elle est là depuis quand, se demande-t-elle. Ses gémissements perturbent les deux hommes. Ils sont touchés par sa douleur.
    - Le salaud qui lui a fait ça mérite d’aller en prison !
    - Regarde, ils arrivent…
    Kader se met au milieu de la route et fait des signes à l’ambulance dont il ne voit que les lumières du gyrophare. Le chauffeur l’a aperçu. Kader soupire de soulagement. Le médecin urgentiste descend et va vers eux. À la lueur des phares de l’ambulance, l’état de la jeune femme semble plus grave.
    - Bonsoir… C’est vous qui avez appelé ? L’avez-vous touchée ou bougée ?
    - Non, dit Ramdhan. J’avais peur de lui faire mal… Elle a mal, la pauvre !
    Le médecin s’est accroupi près de Yamina et se met à l’examiner. Il voit bien l’œdème qui déforme une partie de son visage.
    - N’essayez pas de parler… je vais vous injecter un calmant, lui dit-il alors que le reste de l’équipe sortait un brancard où elle allait être transportée. On va s’occuper de vous à l’hôpital !
    Yamina gémit. Toute tentative du moindre mouvement de la bouche provoque une douleur insupportable.
    - N’essayez pas de parler… Le calmant va vite faire son effet. Vous avez de la chance qu’ils soient passés par ici !
    La police arrive alors qu’elle est à l’intérieur de l’ambulance. Le médecin leur décrit la gravité de ses blessures.
    - On doit y aller… Vous trouverez mon rapport à la réception !
    L’ambulance démarre aussitôt le médecin monté à l’arrière. Les policiers se tournent vers Kader et Ramdhan pour en savoir plus. Ramdhan leur raconte tout, brièvement.
    - Il n’y a pas grand-chose à dire… On rentrait du boulot quand je l’ai aperçue. J’ai tout de suite vu qu’elle avait été tabassée. J’ai demandé à Kader d’appeler les secours !
    Le policier prend note de leurs numéros de portables et les adresses du lieu où ils habitent et où ils travaillent. Les deux hommes étant en situation régulière et aucune activité louche, rentrent chez eux tranquilles. Ramdhan est soucieux. Il pense à la jeune femme. Il entend encore ses gémissements de douleur. Il se met au lit, avec la ferme intention d’aller la voir à l’hôpital afin d’avoir de ses nouvelles. Il espère qu’ils pourront vite la soulager de ses douleurs…

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  40. Artisans de l'ombre Dit :

    e t’attendais 39e partie
    Par : Adila KATIA

    - Calmez-vous ! Ne pleurez plus… Vous êtes entre de bonnes mains, dit l’infirmière. On va vous faire une radiographie !
    Yamina répond par une plainte douloureuse. Elle fait peine à voir. Son visage est plein d’ecchymoses. Elle a un énorme œdème sur la partie inférieure du visage et une limitation de l’ouverture buccale, avec de fortes douleurs qui déstabilisent l’équipe des urgences. Ce n’est pas la première fois qu’ils ont affaire à ce genre de blessures.
    - Ne bougez pas…
    La radiologue qui s’occupe de son cas se montre patiente avec elle. Elle attend qu’elle ne pleure plus et qu’elle veuille bien écouter ses directives. Elle lui fait une radio de la face.
    - Merci, lui dit-elle en tapant le rapport sur le micro après avoir détecté une fracture au niveau de la mandibule.
    Elle imprime le rapport. Yamina émet un son inaudible. Elle regarde une infirmière rapprocher un fauteuil roulant où elle l’aide à s’asseoir. On l’emmène dans une autre pièce où un stomatologue prendra connaissance du rapport de la radiologue.
    - On va remettre de l’ordre dans tout ça, dit-il très peiné pour elle. Je vous injecte un anesthésiant, comme ça, vous vous sentirez mieux et vous n’aurez pas mal !
    Il attend un moment, le temps que le produit fasse son effet. Il continue de lui parler afin de la détendre et surtout pour qu’elle réalise à quel point elle avait de la chance.
    - Hier, une femme a été agressée par son mari avec qui elle était en instance de divorce ! Ce n’était pas la première fois qu’il s’en prenait à elle ! Mais cette fois, il l’avait abandonnée près d’une voie ferrée alors qu’elle était inconsciente. Lorsque des enfants l’ont trouvée le lendemain, elle était déjà dans le coma ! Aux urgences où elle a été emmenée, ils n’ont rien pu faire pour elle ! Tout ceci pour vous dire que vous avez de la chance, cela aurait pu être plus grave ! Vous auriez pu y laisser un œil ou même la vie ! Ce n’est pas juste ce qui vous est arrivé… Je voudrais vous donner un conseil. Lorsque la police vous interrogera, écrivez-lui le nom de votre ou vos agresseurs !
    Yamina hoche la tête. Il s’occupera d’elle pendant un bon moment.
    Le stomatologue décide de lui faire une réduction par blocage bi-maxillaire qui constitue à mettre en place, sur chacune des deux mâchoires, un système d’arcs métalliques qui permettront de maintenir un articulé dentaire normalisé grâce à des élastiques.
    - La fixation est normalement en place au bout de quatre à six semaines, dit-il. Je vous reverrais régulièrement. Je vais vous prescrire des médicaments contre la douleur, des antibiotiques et des bains de bouche. Vous devrez avoir une alimentation liquide puis molle pendant trois ou quatre semaines. Vous pourrez utiliser une paille… M’avez-vous compris ?
    Yamina cligne des yeux.
    - Ne parlez pas. Arrangez-vous pour avoir toujours un petit bloc-notes afin d’écrire ce que vous voulez dire ! Je ne voudrais pas que vous souffriez davantage… vous comprenez ? Vous restez en observation durant quatre jours. Je passerais vous voir en fin de journée, lui dit-il avant de se tourner vers l’infirmière accompagnatrice. J’en ai fini avec elle pour l’instant ! Monique, vous pouvez l’emmener à sa chambre.
    Elle bouge la tête pour le remercier. L’infirmière l’aide à descendre du fauteuil du chirurgien-dentiste et à s’asseoir dans le fauteuil roulant. Elle la conduit dans une autre aile de l’hôpital dans une chambre à deux lits inoccupés.
    - Vous voulez le lit près de la fenêtre ou celui-ci ?
    Yamina choisit celui près de la fenêtre, le montrant du doigt. Elle se lève du fauteuil, soutenue par l’infirmière et s’étend sur le lit. Elle peut apercevoir les branches des arbres que le vent balance. L’éclairage public lui permet de voir l’entrée des urgences. On sort des blessés de l’ambulance des pompiers. Elle n’est pas la seule victime ce soir.
    - Je vais chercher vos affaires, dit l’infirmière Monique tout en déposant près d’elle, des serviettes en papier. Attendez, je vais vous couvrir…
    Elle l’aide à enlever sa veste et ses chaussures qu’elle range dans un placard avant de la couvrir d’une couette. Yamina salive beaucoup. En étant couchée la tête légèrement en arrière, elle déglutie plus facilement. Mais la douleur est toujours là. Elle a beau tenter de se contrôler mais au moindre mouvement elle ressent un étirement douloureux. Elle ferme les yeux pendant un cours moment. Elle se sent mieux. Elle voudrait dormir, oublier ce cauchemar qu’elle a vécu ce soir.
    Un bruit de pas attire son attention mais elle garde les yeux fermés.
    - Je crois qu’elle s’est assoupie, entend-elle. Voulez-vous patienter dans le couloir ou repasser demain ? propose l’infirmière Monique.
    - Oui, je peux attendre un moment… Qu’a dit l’oculiste ? Et le chirurgien-dentiste ?
    - Son œil est juste tuméfié. Quant à sa mâchoire, il faudra plusieurs semaines pour qu’elle se consolide. Un spécialiste s’est occupé d’elle. Sachez que c’est toujours ainsi lorsqu’il y a une fracture, dit Monique. Vous êtes de sa famille ?
    Yamina entend l’homme toussoter.
    - Non, je ne suis pas de sa famille, répond-il. C’est moi qui l’ai trouvée… Je suis venu aux nouvelles. Est-ce qu’on a cherché après elle ?
    - Je ne crois pas…
    - Si elle avait de la famille, elle se serait manifestée, ne serait-ce qu’en appelant aux urgences, pour se renseigner !
    - Puisqu’elle ne peut pas parler, avez-vous pensé à regarder son portable ?
    - Non, c’est interdit. Seule la police peut se le permettre, dit l’infirmière avant de les apercevoir. D’ailleurs, les voilà !
    Ramdhan se tourne et reconnaît un des policiers vu quelques heures plus tôt, en compagnie d’un autre, de garde à l’hôpital…

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  41. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 40e partie

    Par : Adila KATIA

    - Bonsoir… Mais que faîtes-vous ici ? lui demande l’agent de police.
    - Je me faisais du souci, répond Ramdhan. Avez-vous des nouvelles de sa famille ?
    - Non, nous allons appeler ses contacts sur son portable, dit l’agent. Elle n’est pas en état de parler… Peut-être que nous trouverons le numéro de sa famille… ? Je vais appeler le dernier numéro composé ou entrant… Peut-être qu’on en saura un peu plus sur ce qui lui est arrivé ?
    - Ce serait bien, murmure Ramdhan. Cette agression ne doit pas rester impunie… Il aurait pu la tuer ! Il lui a modifié le portrait !
    Il se retient d’insulter.
    - Si elle le connaît, il faut la forcer à donner son nom, lui dit-il. Elle ne doit pas avoir peur ! S’il reste en liberté, il pourrait recommencer !
    - Lorsqu’elle ira mieux et qu’elle sera en état de parler, de comprendre, je ferais tout pour la convaincre ! répond l’agent. Ne vous en faîtes pas… nous le retrouverons et il sera, ou ils seront, punis !
    - J’ai de la peine, pour elle, lâche Ramdhan. J’étais venu pour avoir de ses nouvelles. Je crois que je ferais mieux de repasser une autre fois !
    - Oui, elle est faible et elle n’est pas en état de parler, dit l’infirmière. Vous devrez tous repasser demain ou après-demain… Elle a vécu un moment très difficile. Laissez-lui le temps de se ressaisir…
    L’agent de police demande à jeter un coup d’œil au contenu de son sac. Il regarde dans ses papiers puis copie les numéros de son portable. Il le garde quand même, décidé à l’utiliser pour informer sa famille. Le reste, il le remet dans le sac à main avant de le confier à l’infirmière qui se charge de le ranger dans un bureau.
    - Prenez soin d’elle, la prie Ramdhan avant de se décider à partir.
    L’agent de police sort de l’hôpital mais ne part pas. Il cherche un coin tranquille d’où il peut appeler. Le dernier numéro reçu provient d’un portable. Il compose le numéro et tombe sur la boîte vocale d’une jeune femme. Il ne laisse pas de message. Il est décidé à la rappeler plus tard. Le second est un numéro de fixe. Il rappelle et se rend compte qu’il s’agit d’une cabine téléphonique.
    Il appelle la centrale et leur demande de situer la cabine. Cinq minutes plus tard, on lui envoie l’adresse. Elle est située dans le quartier où Yamina travaille. Celui qui l’appelait pouvait même la voir. Sans doute était-elle trop occupée pour s’en rendre compte ? Qui pouvait la harceler ?
    Un frère trop protecteur ? Un fiancé ou un mari jaloux ? Pourquoi ?
    Qu’est-ce qui a pu déclencher autant de violence en lui ? Il aurait pu la tuer. Était-ce son intention ? Ou était-ce juste pour lui donner une bonne leçon ?
    L’agent ne retourne pas à l’intérieur de l’hôpital. Il se rend au commissariat pour écrire son rapport avant de rentrer chez lui. Le matin, Didier se rend au salon de coiffure qu’il trouve ouvert. Il trouve Sabrina en train de coiffer une cliente. Après les avoir saluées brièvement, il sort sa carte professionnelle et la lui montre de loin…
    - Je suis à vous, dans cinq minutes, dit-elle. Il hoche la tête. Elle peut prendre son temps. Il jette un coup d’œil dans le salon, remarquant qu’elle ne semble pas tendue ni même gênée par sa présence. Tout est propre, bien rangé.
    Sabrina en a déjà fini de coiffer sa cliente. Celle-ci est surprise par sa présence, ignorant qu’il est policier. Elle prend son temps, pour mettre sa veste, se parfumer avant de sortir son portefeuille. Elle paye puis part après leur avoir dit au revoir.
    La coiffeuse se tourne vers lui.
    - À votre service, lui dit-elle.
    - Vous avez une collègue Yamina ?
    - Oui, répond-elle. Mais elle n’est pas venue aujourd’hui…
    - Cela ne vous inquiète pas ?
    La jeune femme secoue la tête.
    - Non, c’est son jour de repos… On travaille les week-ends, lui apprend-elle. Hier, je suis partie plus tôt que d’habitude, dit-elle. C’est elle qui a fermé…
    - Vous avez de ses nouvelles depuis hier ? l’interroge-t-il.
    - J’ai essayé de la joindre. Elle n’a pas répondu, lui dit-elle.
    - Cela ne vous a pas inquiété ?
    - Non, elle devait être occupée… Mais… pourquoi me posez-vous toutes ces questions ?
    Lui demande-t-elle en pâlissant d’un coup. Il lui est arrivé un malheur ?
    - Elle a été agressée, lâche-t-il d’un coup. Est-ce que vous savez si elle a quelqu’un dans sa vie ?
    - Non…
    - Je voudrais informer sa famille, dit-il. Avez-vous son adresse ?
    - Sa famille vit en Algérie.
    Je crois qu’ici, elle n’a personne !

    - Elle est seule, sans famille, sans ami, conclut-il.
    La victime idéale…

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  42. Artisans de l'ombre Dit :

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  43. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 41e partie
    Par : Adila KATIA

    - Vous êtes sûre qu’elle n’avait pas de petit ami ? Vous ne l’avez jamais vue avec ? insiste le policier. Elle ne recevait jamais de coup de fil, ici, au salon ?
    Sabrina secoue la tête, l’air désolé.
    - Non, non… Elle était très discrète… Est-ce que sa vie est en danger ?
    - Je ne crois pas mais son agresseur l’a tabassée au point de lui fracturer la mâchoire, lui apprend-il. Ce sont des passants qui l’ont trouvée et qui nous ont alertés !
    - Pauvre Yamina, lâche-t-elle dans un soupir. Elle ne mérite pas ce qu’il lui est arrivé ! Je voudrais la voir… Je ne veux pas qu’elle se sente seule !
    Elle prend sa veste et le précède dehors. Elle ferme le salon rapidement. Elle sort les clefs de sa voiture et, à sa grande surprise, il lui propose de l’y emmener.
    - Je dois m’y rendre, lui dit-il. Vous n’avez qu’à venir avec moi !
    Sabrina hésite un instant puis accepte de le suivre. Elle range ses clefs et le suit à sa voiture. Moins d’un quart d’heure après, ils stationnaient devant l’entrée de l’hôpital. À la réception, une infirmière les interpelle.
    - C’est l’heure des soins. Revenez lors des heures de visites, leur dit-elle alors que Didier sort sa carte professionnelle.
    - Nous ne tarderons pas, lui promet-il.
    Ils se rendent au chevet de la jeune femme. Celle-ci était réveillée. Une infirmière lui injectait un médicament lorsqu’ils entrent dans la chambre. Sabrina a un geste de recul lorsque Yamina se tourne vers eux.
    - Oh ! ma chère amie, s’écrie-t-elle en allant prendre sa main. Je suis si heureuse de te voir en vie ! Quand il est venu m’interroger, sur tes fréquentations et qu’il m’a dit que tu avais été agressée, j’ai eu peur pour toi !
    Yamina ferme les yeux, et des larmes coulent. Elle ne peut pas parler. Seule une plainte s’échappe de sa poitrine. Elle est secouée de sanglots.
    - Vous devriez sortir, dit l’infirmière. Elle est encore choquée et très émotive… Laissez-la tranquille !
    - Je dois l’interroger, dit le policier. Son agresseur court encore les rues ! Je ne peux pas repartir sans des réponses, à mes questions !
    Mais l’infirmière ne se laisse pas impressionner.
    - Laisse-la se remettre de ses émotions ! Ce n’est pas facile de se réveiller avec des douleurs et un visage complètement déformé, dit-elle.
    - Je ne repartirais pas sans avoir eu des réponses !
    Sabrine intervient.
    - Si vous voulez, je vais essayer de la calmer ! On se connaît depuis longtemps ! Je suis son amie et collègue, leur dit-elle. Laissez-moi lui parler… Je saurais la convaincre de tout vous raconter !
    - Vu son état, elle ne dira pas un mot, rétorque l’infirmière.
    - Mais elle peut écrire, dit Sabrina. Ecrivez les questions…
    Mais le policier refuse.
    - Je les lui poserais et elle m’écrira les réponses, dit-il. Je vais chercher mon portable… Attendez-moi ici !
    Sabrina reste dans le couloir, en compagnie de l’infirmière. Elle meurt d’envie de retourner à l’intérieur de la chambre et de parler à Yamina. L’infirmière reçoit un appel et s’éloigne un peu afin de discuter sans être entendue. Sabrina profite de ce moment pour aller parler à Yamina. Celle-ci sursaute et écarquille les yeux en la voyant. Elle émet une plainte puis se tait lorsque Sabrina pose la main sur son épaule, s’approchant si près qu’elle lui parle à l’oreille et en arabe.
    - J’ai deviné par qui tu as été agressée, lui dit-elle. Si tu le dénonces et porte plainte, sache que même de prison, il réussira à se venger ! Où que tu ailles, il te trouvera ! Il faut le comprendre, il était jaloux et en colère vu que tu refusais sa demande ! Il n’a pas supporté que tu le rejettes ! Tu comprends, pour t’éviter d’autres ennuis, ne donne jamais son nom ! Tu as compris ? Tu as vu à quel point il peut être violent lorsqu’il est en colère ! Tu sais ce qu’il te reste à faire si tu ne veux pas qu’il recommence…
    - Qu’est-ce que vous faites ici ?
    Sabrina se tourne vers l’infirmière et le policier qui venaient de les rejoindre.
    - Elle m’a fait un signe, elle me demandait de m’approcher…
    - Pour vous demander quoi ? Elle ne peut pas parler, réplique l’infirmière en regardant Yamina avant de lui dire : “Si vous ne voulez pas d’elle ici, clignez-moi des yeux, deux fois !”
    Sabrina évite de la regarder, elle sourit au policier qui ouvre son ordinateur portable.
    - Bien, entend-elle. Puisque vous voulez qu’elle reste…
    Mais l’agent de police lui demande d’attendre dehors. Amie ou pas, elle n’assisterait pas à l’interrogatoire. Avant de sortir, elle lui jette un dernier coup d’œil. Comme un dernier avertissement…

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  44. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 42e partie
    Par : Adila KATIA

    RÉSUMÉ : Sabrina se rend à l’hôpital, en compagnie du policier. Une infirmière termine de la soigner. Yamina devient nerveuse en la voyant. L’infirmière leur demande de revenir plus tard. Mais le policier tient à l’interroger. Pendant qu’il va chercher son portable, elle en profite pour menacer Yamina. Elle n’a pas intérêt à dénoncer son frère…

    Le policier attend que Sabrina soit sortie, pour expliquer à Yamina que pour les besoins de l’enquête, elle devra lui donner le plus de détails possible. Il la rassure comme il peut.
    _ Nous allons tout faire pour le retrouver et pour qu’il soit puni !
    Yamina secoue la tête.
    _ Il vous suffit de nous dire si vous le connaissez ! Si c’est un ami, un petit ami, insiste-t-il. Je vais poser l’ordinateur, sur la table, devant vous…Vous répondrez à mes questions…
    Elle le regarde poser le portable devant elle, ouvrir une page word. Il lui répète la question.
    _ Votre agresseur, est-ce quelqu’un que vous connaissez ? Un ami, un voisin, quelqu’un de votre quartier ?
    Yamina semble hésiter. Elle a les mains sur le clavier mais elle ne tape rien. L’agent de police s’approche et tente encore de la convaincre de lui dévoiler l’identité de son agresseur.
    _ Vous n’avez rien à craindre ! On vous protègera de lui ! Vous ne pouvez pas le laisser libre de recommencer ! Sa place est en prison ! Il aurait pu vous tuer ! Vous ne pouvez pas l’ignorer ! Je vous en prie, aidez-nous à mettre la main dessus !
    Yamina secoue la tête, les yeux larmoyants. Elle écrit: “Je ne le connais pas”.
    Le policier ne la croit pas. Il voit dans son regard de la désolation. Un peu comme si elle abandonnait. Quand elle évite son regard, il en est convaincu.
    _ De quoi avez-vous peur ? Qu’il vous retrouve après sa sortie de prison ? La prison change un homme, dit-il. Son incarcération lui servira de leçon ! Il ne recommencera pas, lui promet-il. Sauf s’il est fou…et qu’il veut retourner en prison ! Je vous en prie, aidez-nous ! Si vous ne voulez pas vous retrouver nez à nez avec lui !
    Yamina secoue de nouveau la tête. Elle a conscience que Sabrina ne plaisantait pas. Même si elle dénonce Massi, il trouvera le moyen de se venger depuis sa cellule de prison. Elle ne veut pas en prendre le risque. Elle a vu combien il est jaloux, combien il n’a pas digéré leur séparation. Si elle l’envoie en prison, elle ignore ce qu’il fera mais il sera terrible.
    Les doigts tremblants, elle tape de nouveau: “Non, je ne le connais pas”, provoquant la colère du policier qui s’efforce de garder son calme.
    _ Bon, vous ne le connaissez pas…Mais vous pouvez me le décrire ? Comment était-il ? Je veux tous les détails qui vous reviennent à l’esprit !
    Yamina tape lentement. Elle décrit Massi, comme il est. Il est grand, mince et beau.
    _ Ça ne nous avance pas beaucoup, dit-il. Il est beau comment ? Est-ce qu’il est type ou genre européen ou beur, hindou ou africain? Je dois savoir !
    “Beur, écrit-elle. Mais il est beau et a de la classe. »
    L’agent de police fronce les sourcils.
    _ Je ne suis pas plus avancé que tout à l’heure ! Essayez de vous rappeler…Etait-il véhiculé ?
    “Non”.
    _ Donc, il est parti à pied ?
    “Je ne sais pas”, écrit-elle. “Je suis fatiguée”
    _ Encore une question, la prie-t-il, après je vous laisse tranquille. Est-ce que vous acceptez de le décrire à un de nos dessinateurs, pour faire son portrait ?
    “Oui”
    _ Dès que vous irez mieux, il viendra vous voir…Je vous laisse vous reposer ! Je vous souhaite de vite guérir, dit-il avant de prendre son portable, d’enregistrer et de l’éteindre. Au revoir !
    Lorsqu’il sort de la chambre, Sabrina qui attendait dans le couloir, va vers lui.
    _ Elle a pu vous aider? lui demande-t-elle. Elle connaît son agresseur ?
    _ Hélas non, répond-il. Mais je garde espoir…Peut-être qu’un détail lui reviendra. 
    _ Espérons…
    Elle voudrait retourner voir Yamina mais l’infirmière sort de la chambre, tirant la porte derrière elle.
    _ Revenez une autre fois, lui dit-elle. Elle a besoin de se reposer…
    _ Venez, je vais vous raccompagner à votre salon…
    Sabrina est forcée d’accepter. Durant le trajet, l’agent de police lui conseille d’être prudente.
    _ Si vous apprenez quoi que ce soit ou si elle se confie à vous, la prie-t-il, n’hésitez pas à m’appeler !
    Il lui remet une carte où figure son numéro de téléphone. Elle le lui promet même si elle n’a aucunement l’intention de le faire. Elle range la carte dans son sac avant de descendre. Elle n’ouvre pas le salon. Elle décide de rentrer à la maison. Elle doit parler à son frère…

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  45. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 43e partie
    Par : Adila KATIA

    Sabrina le trouve en train de ranger ses affaires dans un sac. Massi lui jette un regard noir lorsqu’elle claque la porte.
    -Qu’est-ce qui t’a pris ? Pourquoi l’as-tu tabassée ?
    Massi la regarde de haut.
    -Ne crie pas ! Tu veux ameuter le quartier ?
    -Tu as failli la tuer, dit-elle. Tu devrais avoir honte ! T’en prendre à une femme !
    -Elle se prenait pour qui, pour refuser ma demande en mariage ? réplique-t-il. Je ne suis pas assez bien pour elle ! Ou elle a trouvé mieux ? En tout cas, mieux ou pas, elle va réfléchir à deux fois, avant de s’engager avec un autre !
    -Tu vas la tuer si elle décide de faire sa vie, avec un autre, l’interroge-t-elle. Tu me surprends. Pour un garçon bien éduqué et qui a une situation envieuse, tu es prêt à te retrouver en prison uniquement parce que tu sens humilié !
    -Elle n’a pas intérêt à refaire sa vie, avec un autre que moi, insiste-t-il. Elle le regrettera ! Tu as bien entendu ! Je ne suis pas près de lui pardonner !
    -Et la police ? Tu n’as pas peur qu’elle te retrouve ? D’aller en prison ?
    -Si elle me dénonce, même de la prison, j’aurais le contrôle sur sa vie ! Les potes de la cité garderont un œil, sur elle, dit Massi. Je n’aurais qu’à souffler un mot…et elle se retrouvera avec des dents en moins !
    -Ça ne la ramènera pas à toi, lui dit-elle. Quoi que tu lui fasses, elle ne t’aimera plus ! Elle te verra sous ton mauvais jour, insiste sa sœur. Ce n’est pas à force de coups qu’elle te reviendra !
    -Je m’en fous…
    Massi a fini de ranger ses affaires, dans un sac.
    - Je vais m’absenter quelques jours. Tu diras aux vieux que je suis allé chez un copain !
    -Chez qui ?
    -Tu n’as pas à le savoir…
    -Si la police remonte à toi ? Qu’est-ce que je fais ? Qu’est-ce que je dis ?
    -Rien, tu n’es au courant de rien !
    Elle ne tente pas de le retenir. Elle le regarde partir, prenant de l’argent d’une boîte posée sur le meuble de sa chambre. Massi vit encore avec eux. Si elle ne peut pas s’installer ailleurs, en attendant de fonder foyer, lui est resté non pas parce qu’il aimait sa famille plus que tout mais par économie.
    Tout en se préparant un café, elle réalise qu’elle est en train de le couvrir une nouvelle fois. Sabrina sait qu’il avait déjà eu une petite amie qu’il n’a pas hésité à frapper et à saccager l’appartement lorsqu’ils s’étaient séparés. L’ex-petite amie était enfant unique et comme elle ne s’entendait pas avec sa mère, elle n’avait pas accepté d’écouter ses conseils, entre autres, celui de porter plainte.
    Elle repense à Yamina qu’elle est allée voir. Elle était heureuse et soulagée qu’elle s’en soit sortie avec une mâchoire fracturée. Cela aurait pu être pire. Elle connaît son frère et combien il est rancunier. Ce n’était pas de gaîté de cœur qu’elle est allée la voir à l’hôpital, pour la menacer. Elle aurait pu s’y prendre autrement, être moins dure avec elle, la prier en choisissant ses mots mais elle devait être convaincante. Elle n’avait pas le choix.
    Si elle a menti au policier, si elle a menacé son amie, c’est pour que son frère n’aille pas en prison. Même si elle n’est pas d’accord avec lui, même si elle n’approuve pas sa violence, elle n’a pas la force morale de laisser les choses empirer. En faisant de la prison, il perdrait son boulot et ses amis. Ses parents qui n’ont que lui comme garçon, ne supporteraient pas de le voir derrière les barreaux.
    Sabrina espère que son frère saura apprécier sa chance à sa juste valeur et qu’il ne lèvera plus jamais la main sur une femme. Elle ne comprend pas pourquoi il est devenu violent. Ses parents s’entendent très bien. Son père adorait sa mère. Elle ne se rappelle pas les avoir entendu crier, ne serait-ce qu’une seule fois. Enfin, la seule à crier, c’est sa mère…
    Massi est violent et ce n’est pas sans raison. De l’autre côté de la ville, Yamina se pose la même question. Elle a encore en elle, les cris, les menaces de Massi. Jamais elle n’aurait cru qu’il s’en prendrait à elle. Elle gémit de douleur et des larmes coulent de ses yeux fermés.
    _ Ne pleure pas, tu vas vite te remettre, dit quelqu’un près d’elle, en posant une main réconfortante sur son bras.
    Yamina ouvre doucement les yeux et découvre un inconnu, assis près de son lit. Il doit avoir la cinquantaine. Il a les traits tirés, marqués par la fatigue et les années passées loin de son pays et des siens. Elle se demande ce qu’il fait ici, à son chevet. Toutefois, elle a deviné qu’il s’agit d’un compatriote…

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  46. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 44e partie
    Par : Adila KATIA

    -N’ayez pas peur, lui dit-il. Je suis venu prendre de vos nouvelles, la rassure-t-il. C’est moi qui vous ai découverte…Hamdoullah, vous allez vous en sortir !
    Elle gémit de douleur, comme pour le contredire.
    -Ne bougez pas, lui dit-il. Si vous voulez, j’appelle une infirmière ?
    Mais Yamina lui fait un signe de la main, pour le retenir. Elle n’a pas besoin d’une infirmière. Elle a déjà pris son traitement et elle doit patienter, attendre que la douleur passe.
    Elle lui montre un bloc-notes et un stylo posé sur la table. Il les lui apporte. Elle lui écrit un mot.
    “Merci. Est-ce que je peux vous demander un service ?”
    Ramdhan la rassure :
    -Je ferais tout ce que vous voulez…
    Yamina lui écrit avoir besoin d’affaires, pour son séjour à l’hôpital. Elle voudrait l’envoyer chez elle, pour qu’il lui en prenne. Mais il refuse.
    -Il y a des boutiques, pas très loin, dit-il. Je vais vous acheter tout ce dont vous avez besoin ! Écrivez-moi vos tailles…
    Elle n’insiste pas. Elle lui écrit sa pointure, pour des pantoufles, sa taille pour un pyjama.
    -De quelle couleur ?lui demande-t-il.
    Sans importance, écrit-elle. Pourquoi faites-vous tout cela pour moi ?
    - Parce que…hier soir, j’ai secouru une jeune femme ! Aujourd’hui, j’ai découvert une compatriote, dit-il. J’ignore encore de quelle région tu es mais peu importe, à partir de maintenant, tu as vers qui te tourner en cas de problème ! Connais-tu celui qui t’a agressée ?
    La jeune femme ne répond pas.
    -Sache que tu n’as pas à avoir peur, lui dit-il. Que tu le connaisses ou pas, maintenant, je suis là ! Je comprendrais que par peur, tu n’aies rien dit à la police ! Il mérite d’aller en prison ! Si tu ne l’as pas dénoncé à la police, c’est soit par peur soit parce que tu as d’autres raisons. Je respecte ton choix…Mais sache qu’à partir de maintenant, je serais là pour toi ! N’y vois pas de mal, lui dit-il. Je te protègerais comme un oncle !
    Yamina ferme les yeux un moment. Elle tente de refouler ses larmes qui lui brûlent les yeux. De nouveau, il pose la main sur son bras avant de se lever.
    -Je te laisse te reposer. Je repasserais plus tard, avec ce que tu m’as demandé, dit-il en agitant la feuille où elle lui avait tout noté.
    La jeune femme lui fait un signe de la main tout en hochant la tête. Une fois seule, elle pense encore à tout ce qu’elle a vécu ces deux derniers jours. Elle a l’impression d’être à l’hôpital depuis une éternité.
    Heureusement pour elle, le calmant finit par avoir raison d’elle. Elle dort quelques heures. À son réveil, elle trouve des paquets, sur la table. Ainsi Ramdhan était revenu. Il l’a laissée dormir. Elle sonne, voulant quelqu’un pour l’aider.
    L’infirmière de garde vient la voir.
    -Tu te sens mieux ?lui demande-t-elle.
    Yamina hoche la tête puis prenant le bloc-notes, elle lui écrit vouloir se changer. L’infirmière l’aide à se changer puis elle revient avec son repas du soir, un bouillon de légumes qu’elle prend en utilisant une paille. De même pour son dessert.
    Il en sera tous les jours ainsi, pendant un mois. Chaque jour, Ramdhan est venu lui rendre visite. Il lui apportait des journaux, des livres pour qu’elle ne s’ennuie pas. Yamina apprécie à sa juste valeur sa compagnie et les cadeaux qu’il lui apportait. Ils avaient pris l’habitude de discuter de choses et d’autres, en particulier de leurs familles.
    La jeune femme lui a raconté sa vie, ses erreurs. Elle lui a aussi parlé de ses regrets, de sa famille qui lui manque terriblement. Si elle n’ose pas retourner là-bas, c’est par crainte d’être chassée. Elle comprendrait qu’ils lui en veuillent. Elle a humilié sa famille, chose qu’on ne pardonne pas. Si elle lui avait dit la vérité, c’est parce qu’elle n’en pouvait plus de la garder pour elle. Il était l’unique ami sur qui elle pouvait compter…

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  47. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 45e partie
    Par : Adila KATIA

    Ces confidences ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd. Ramdhan, en homme âgé et consciencieux, décide de l’aider à renouer les liens avec sa famille. Il projetait de se rendre au pays dans deux ou trois mois et de profiter de cette escale pour rendre visite à sa famille. Il ignorait de quel village elle est originaire et méconnaissait le nom de sa wilaya. Il comptait sur la chance. Le nom de famille de Yamina allait lui faciliter les choses. Il redoutait un peu leur réaction. Il imagine qu’après le moment de surprise, de questionnement, sa famille voudrait savoir comment elle va et où elle se trouve. Il y a si longtemps qu’elle était partie, la colère devait être tombée depuis. Elle devait leur avoir manqué.
    À Yamina, il ne lui parle pas de ce projet. Un mois après sa sortie d’hôpital, il décide de réserver une place sur le vol Paris-Alger. Il voyait qu’elle s’était bien remise de son agression.
    Tu es une dure, lui dit-il. Si je n’ai pas vu de mes yeux je ne pourrais pas m’imaginer qu’il y a quelque temps encore tu ne pouvais pas parler ni même bouger ta bouche. Je voudrais savoir ce que tu comptes faire maintenant ?
    Yamina ne semble pas comprendre la question. Elle le regarde avec un air interrogateur.
    De quoi parles-tu ?
    Ramdhan semblait hésiter un court instant. Même s’ils s’étaient liés d’amitié et qu’il a l’âge d’être son père, même s’il pouvait être bon conseiller, il craignait qu’elle prenne mal sa curiosité. Il est inquiet, beaucoup plus qu’il ne le montre. À sa sortie d’hôpital, il lui avait loué une chambre d’hôtel non loin du quartier où il réside. Elle n’avait pas accepté de gaîté de cœur mais avait décidé d’y séjourner quelque temps. Elle avait compris qu’il craignait pour sa vie. Il aurait pu passer son temps à surveiller ses sorties. Son travail l’empêchait de le faire.
    La jeune femme remarque les rides de son front. Elle regrette d’être la cause de ses soucis. Encore une fois, elle lui demande :
    De quoi veux-tu parler ?
    Ramdhan, cette fois, se lance. Il doit lui dire, elle doit comprendre.
    Je sais que tu connais ton agresseur et que tu as refusé de le dénoncer à la police. Yamina, ma fille, tu as eu de la chance. Mais lui, sait-il qu’il te doit la liberté ? Je crains le jour où vous vous retrouverez l’un en face de l’autre ! Quelle sera sa réaction ? Est-ce qu’il te laissera passer comme s’il ne te connaissait pas ? Ou bien s’en prendra-t-il à toi de nouveau ? Peux-tu me répondre à ces questions, la prie-t-il. J’ai besoin de savoir…
    Yamina hausse les épaules puis passe les doigts dans les cheveux comme pour les remettre en place. Elle baisse la tête, une main sur ses yeux, comme pour qu’il ne lise pas en elle toutes ces peurs cachées. Ces questions, au fond d’elle-même, elle se les était posées.
    Je l’ignore, avoue-t-elle. S’il décide de s’en prendre à moi, j’irai trouver de la police ! Je ne me laisserai pas faire, lui promet-elle.
    Mais s’il te surprend, comment feras-tu ? Il est plus fort que toi, et s’il t’en veut à mort, je ne crois pas il te laisse le temps d’alerter la police !
    Que me conseilles-tu de faire ?
    Ramdhan secoue la tête.
    En refusant de donner le nom de ton agresseur, tu te mets en danger ! le conseil que je pourrais te donner, c’est de quitter le quartier et t’aller t’installer ailleurs ! Ailleurs, dans une autre ville où on ne te connaît pas, où il n’a pas d’amis, lui dit-il. C’est l’unique solution pour qu’il ne s’en prenne pas à toi !
    J’avoue que j’y ai aussi pensé, murmure-t-elle. Mais je dois me trouver avant un nouveau studio, un nouvel emploi… Je ne peux pas partir comme ça… à l’aventure ! J’ai souvent agi sans réfléchir, je ne veux pas refaire cette erreur ! Je ne connais personne qui pourrait m’héberger en attendant !
    Ramdhan lui propose de l’envoyer chez un cousin, vivant en famille, à Lyon. Yamina trouve que c’est une bonne idée. Si elle veut donner un nouveau sens à sa vie et se mettre à l’abri du danger que représente son ex, c’est l’occasion. Ramdhan est rassuré. Une fois qu’elle sera à Lyon, il pourra partir au bled, l’esprit tranquille…

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  48. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 46e partie
    Par : Adila KATIA

    - Écoute, inutile de t’encombrer ! Tu pourras faire des achats à Lyon, dit Ramdhan en la voyant sortir de la chambre trois sacs de voyage pleins à craquer. Prends tes papiers, tous tes papiers !
    Yamina regarde autour d’elle, s’arrêtant sur les souvenirs posés sur les meubles et accrochés aux murs. Il y a tant de choses si chères en son cœur. Elle a serré la ceinture pendant des mois pour pouvoir meubler l’appartement et en faire un petit coin de paradis où elle a vécu tranquille et heureuse avant son agression.
    - Et tout ça ? lui demande-t-elle. Qu’est-ce que j’en fais ? Je n’ai pas le cœur à tout abandonner !
    - Si tu veux louer un box ou un garage, je pense que c’est faisable, dit Ramdhan.
    - Je ne sais pas, soupire-t-elle en larmes. Je ne sais plus…
    Elle s’assoie dans le fauteuil et se met à pleurer. Elle n’a pas le cœur à tout abandonner. Combien de fois est-elle partie en fuyant ? En laissant tout derrière elle…
    Yamina donne libre cours à ses larmes. Elle a conscience d’avoir perdu ce qu’elle a de plus cher au monde. Et ce, depuis des années…
    Elle pense à sa mère, à sa sœur, à toute sa famille. Que sont-elles devenues depuis son départ ? Comment vont-elles ? Existe-t-elle encore pour elles ?
    - Ça va ? demande Ramdhan.
    Elle secoue la tête négativement. Rien ne va. Depuis quelques jours, elle hésitait à partir à Lyon. La proposition de Ramdhan était sans mauvaise intention et les gens chez qui il voulait l’envoyer pour qu’elle puisse recommencer à zéro devaient être aussi bons et aussi généreux que lui. Elle a l’impression de revenir à la case départ. À chaque fois qu’il lui a semblé avoir pris la bonne décision, elle s’est engagée dans la mauvaise voie.
    - Je crois que je vais rester, dit-elle en le regardant, légèrement hésitante. Je n’en peux plus de partir avec uniquement mes affaires sur le dos ! Cela fait des années que je suis ici, que je me suis construite ce petit paradis… Je me sens bien ici…Ramdhan prend place en face d’elle. Il a conscience que ce n’est pas facile pour elle.
    - Je comprends… Si tu es restée à l’hôtel, c’est pour plus de sécurité… Ici, le seras-tu réellement ? Est-ce que tu penses à reprendre ton travail ?
    - Non, je vais en chercher un autre. La ville est grande, dit-elle.
    - Mais tu peux tomber sur lui ! lui rappelle-t-il. Pourras-tu lui tenir tête ?
    - Je n’en sais rien… je sais une chose, la jalousie en a été la raison, la cause de tout…
    La jeune femme lui avait raconté une grande partie de sa vie, mais sur son agression, rien.
    - Massi, il s’appelle Massi celui qui m’a frappée, lui dit-elle. Il m’aimait…
    - Drôle de façon de le montrer, ironise Ramdhan.
    - Il voulait me demander en mariage et je ne voulais pas, poursuit-elle. On s’était fréquentés pendant quelques semaines seulement. Il ne savait rien de mon passé… Lorsqu’il m’a parlé mariage, j’ai refusé, poursuit-elle. J’avais honte, je ne pouvais pas lui raconter ma fugue et tout… Lui, il l’a très mal pris. Il a cru que je fréquentais quelqu’un d’autre ! Il n’a pas supporté…
    - Il a fait une crise de jalousie, en conclut Ramdhan.
    - Oui. Ce que tu ignores, c’est que je travaille avec sa sœur… Je vais trouver autre chose ailleurs, dit-elle. D’ailleurs, j’ai des affaires à récupérer là-bas ! Je vais y aller…
    - Tu veux vraiment rester et l’affronter à nouveau ? Tu sais que sa sœur n’hésitera pas à lui apprendre ton retour, l’avertit Ramdhan.
    - J’ai besoin de récupérer mes affaires, qu’elle y soit ou pas ! Qu’il le sache ou pas…
    - Tu veux que je t’accompagne ?
    - Non, tu en as trop fait pour moi ! dit-elle en s’efforçant à sourire. Tu m’as amenée pour prendre mes affaires mais, finalement, je reste ! Je dois apprendre à affronter mes peurs, pour les vaincre et passer à autre chose ! La fuite n’est pas la meilleure des solutions ! Je dois me ressaisir !
    Ramdhan sourit, rassuré, même s’il demeure inquiet.
    - Tu m’appelleras ? Tu me donneras chaque jour de tes nouvelles ?
    Yamina le lui promet. Depuis qu’elle est arrivée chez elle, elle se sent plus forte et plus confiante. Ramdhan ne tarde pas à partir. Elle rentre ses valises dans sa chambre. Elle les déballera plus tard. Elle a plus urgent à faire. Elle prend son sac et ses clefs. Elle ferme derrière elle. Elle a à peine mis un pied hors de la cage d’escalier qu’elle tombe nez à nez avec Massi…

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  49. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 47e partie
    Par : Adila KATIA

    _ Voilà une revenante, s’écrie-t-il. Tu refais surface après tout ce temps ! Où étais-tu ?
    Yamina ne cherche pas à s’enfuir. Elle ne ralentit pas et marche à la même allure. Elle ne répond pas tout de suite. Elle s’efforce de garder son calme même si son cœur bat à tout rompre. Elle ne voit rien de menaçant en lui, même lorsqu’elle se rappelle le fameux soir où il s’en est pris à elle.
    _ C’était qui le vieux ?lui demande-t-il.
    _ Tu me surveillais ?
    Massi hoche la tête.
    _ Je t’attendais, je me disais bien que tu reviendrais chez toi, dit-il. Comme tu l’as sûrement deviné, ma sœur a fouillé dans tes affaires ! C’est comme ça que j’ai eu ton adresse ! Chaque jour, je suis venu ici… alors, qui est-ce ?
    _ C’est un vieil ami, répond-elle. Tu vas encore piquer une crise de jalousie ?
    _ S’il y a plus que de l’amitié entre vous, peut-être ?émet-il. Je suis malade de jalousie. Où étais-tu ?
    _ À l’hôpital, répond-elle, puis dans un endroit où je pouvais me sentir en sécurité ! Normalement, tu ne devrais pas être ici ! Après tout ce que tu m’as fait, je me demande d’où tu tiens cet entêtement !
    _ C’est de famille, dit-il. Où vas-tu maintenant ?
    _ Je voulais récupérer mes affaires, réplique-t-elle tout en se tournant vers lui. Je ne veux plus travailler avec ta sœur !
    _ Pourquoi, t’as trouvé mieux ?
    Yamina trouve la force d’ironiser.
    _ Si c’est le cas, tu m’en colleras d’autres ?
    Mais Massi l’attrape par le bras. Il tente de s’expliquer.
    _ Je suis jaloux, terriblement jaloux, se défend-il. Tu comprends…Je t’aime si fort que je ne supporte pas l’idée que tu puisses voir quelqu’un d’autre !
    Yamina n’en revient pas. Il lui parle d’amour. D’ailleurs, il ne la lâche pas.
    _ Je t’aime, Yamina ! Je sais que tu es fâchée et tu as toutes les raisons du monde de l’être, dit-il. Sache que je regrette…J’ai conscience d’avoir fauté grave ! Je te demande pardon pour tout le mal que je t’ai fait…
    _ Tu es pardonné, Massi !
    _ Alors tu es d’accord, pour nous donner une seconde chance ?
    La jeune femme écarquille les yeux.
    _ Vraiment ?
    _ Je t’aime et tu étais sensible à mon charme, se rappelle-t-il. Avant que je ne te parle de mariage ! Je voudrais comprendre pourquoi tu as refusé et voulu couper court avec moi ! Y-a-t-il quelqu’un d’autre, dans ta vie ?
    _ Tu veux vraiment savoir ?
    _ Bien sûr ! On peut aller s’asseoir, dans le jardin d’enfants, propose-t-il.
    _ Allons dans un salon, dit-elle. On y sera plus à l’aise. J’ai des tas de choses à te raconter…Si tu veux tout savoir sur moi !
    _ Et comment ! s’écrie-t-il.
    Yamina se demande d’où elle puise son calme, pour marcher à ses côtés alors qu’il avait été son bourreau, il n’y a pas si longtemps que ça. Comment peut-elle lui faire confiance ? Même si elle se pose la question, elle veut bien lui accorder un peu de son temps, pour lui raconter, lui expliquer les raisons de son refus.
    Elle sait qu’il tient à elle. S’il a passé des jours à surveiller son retour, c’est parce qu’il l’aime. Elle le voit dans son regard.
    Ils entrent dans le premier salon qu’ils trouvent sur leur chemin. Ils prennent place à une table donnant sur la rue. La serveuse ne tarde pas à venir prendre leur commande. Tous deux commandent du thé à la menthe. En attendant d’être servis, ils se sont mis à l’aise. Ils savent qu’ils sont là pour un bon moment. Yamina a beaucoup de choses à lui raconter.
    Massi ne la brusque pas en lui posant des questions. Il attend qu’elle se confie.
    _ Je vais te raconter le résumé de ma vie, commence-t-elle. J’ai fait des choses dont je ne suis pas fière. J’espère seulement que tu me comprendras ! J’étais jeune et impulsive. Sache que si ma vie était à refaire, j’aurais agi autrement…

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  50. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 48e partie
    Par : Adila KATIA

    -J’ai fugué alors que j’avais seize ans, commence-t-elle. Erreur numéro un, ajoute-t-elle dans un soupir. J’avais eu la chance de trouver un travail, chez des gens bien… Je gardais leurs enfants, partais en vacances avec eux, en plus de mon salaire. Ma deuxième erreur, je l’ai faite le jour où je leur ai faussé compagnie alors qu’on était en vacances, ici ! La suite, je préfère ne pas entrer dans les détails mais je suis tombée sur une femme qui m’a gardée enfermée pendant des mois ! J’étais à sa merci !
    -Elle te forçait à faire des choses ? l’interroge-t-il. C’était une proxénète ?
    -Non, non ! s’écrie-t-elle. Ce n’est pas ce que tu crois, j’étais seulement sa bonne à tout faire et je devais m’occuper de sa tante ! Elle m’avait pris mes papiers… Un soir, je me suis enfuie. Cette fois-là, je dus mon salut à une dame de l’assistance sociale…C’est grâce à elle que j’ai pu m’installer et être en situation régulière !
    -Tu as de la chance…
    -Depuis, poursuit-elle, je me suis tenue tranquille ! J’ai évité tout ce qui pouvait me poser des problèmes…
    -Tu n’as pas jamais fréquenté de garçons ?
    -Non. Personne avant toi, dit-elle. Cela fait longtemps depuis que je travaille avec ta sœur. J’ignorais avant cette fête qu’elle avait un frère et qu’il se passerait des choses entre nous ! Du bon et du mauvais…
    Massi pose la main, sur la sienne.
    -Pardon Yamina, je ne voulais pas…C’est arrivé comme ça ! J’ai cru devenir fou lorsque tu as refusé. Je sais que mes mots ne répareront pas le mal que je t’ai fait sur le coup de la colère et de la jalousie… Je regrette tout ce qui s’est passé ! Je te le jure…
    Il y a de la sincérité dans sa voix. Il lui saute aux yeux que cela lui coûte d’aborder le sujet. Il est troublé.
    -Je t’aime plus que tu ne peux te l’imaginer, poursuit-il. Je tiens à avoir une seconde chance ! Je veux me marier avec toi ! Avec ou sans famille…
    - Que diront tes parents ?
    - Rien ! Ma mère a épousé un Français alors que sa famille était contre ! Elle les avait quittés, un matin, lui raconte-t-il, prenant le train, pour mettre le plus de distance entre eux !
    Yamina n’en revient pas.
    - Sabrina ne m’a jamais rien dit ! Elle est toujours fâchée avec eux ?
    - Non, mais plusieurs années ont passé avant qu’elle ne trouve la force de nous prendre par la main et de nous emmener chez nos grands-parents, lui raconte-t-il. Ils avaient vieilli et tout ce qu’ils souhaitaient, c’était de finir leur vie, le cœur en paix, entouré de toute la famille !
    - J’ignore…
    Elle pense à sa famille qu’elle meurt d’envie de revoir. Si avant elle craignait de partir, depuis la fameuse nuit, elle a souvent pensé à aller les voir. D’ailleurs, si elle voulait récupérer ses affaires, au salon de coiffure, c’est pour ne rien laisser traîner en son absence. Son passeport n’est plus valide depuis des années. Elle devra en avoir un nouveau. Plus elle y pense, plus elle regrette de ne pas être partie avant. Elle n’aurait pas dû laisser les erreurs du passé et le temps qui a vite filé, creusé le fossé entre elle et sa famille, après toutes ses années de silence et d’amertume. En faisant souvent le bilan de sa vie, les regrets l’avaient rendu amère. Mais qui pourrait la comprendre ?
    - Si tu veux renouer avec ta famille, je t’accompagnerais, propose-t-il. Tu pourras compter sur mon soutien…Si tu veux bien devenir ma femme !
    - Je voudrais réfléchir, répond-elle. Crois-tu qu’ils sauteront de joie en me voyant débarquer avec toi ?
    - Si tu crains leur réaction, on se marie avant et tu pars accompagnée de ton mari ! Tu ne seras pas seule pour les affronter…Je serais toujours là, pour te soutenir !
    Massi voit bien qu’elle hésite. C’est compréhensible après tout ce qu’elle a vécu. Après tout ce qu’il lui a fait vivre…
    -Yamina, je te jure que ça n’arrivera plus ! Je ne veux que ton bonheur… Crois-moi, je suis le seul, à pouvoir te rendre heureuse parce que je t’aime…

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  51. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 49e partie
    Par : Adila KATIA

    Yamina voit bien qu’il est sincère. Il est sérieux quand il lui parle de se marier avec elle.
    - On se marie ces jours-ci, le temps que ma famille prépare une petite fête, insiste-t-il. Après, on part ensemble ! Je suis sûr que ta famille sera heureuse et fière de toi ! Tu n’as pas mal tourné…
    - Je suis d’accord sur ce point ! J’aurais pu mal finir !
    - Avec moi, tu verras, tu auras une vie de rêve ! lui affirme Massi. Il suffit que tu dises oui !
    Elle sourit tout en répondant à la pression de sa main. Elle accepte de se marier avec lui. Elle regrette de ne pas lui avoir raconté son passé. Il aurait fait sa demande, en connaissance de cause. Il n’aurait pas piqué une crise de jalousie. Il ne l’aurait pas frappée au point de l’envoyer à l’hôpital, pendant des semaines.
    - J’accepte, murmure-t-elle. C’est une bonne idée que de partir ensemble !
    Massi est fou de joie. Il paye la tournée aux clients présents dans le café. Ils ne finissent pas leur thé. Ils partent mettre au courant Sabrina qui n’en revient pas de les voir ensemble.
    Comme il n’y a pas de cliente au salon de coiffure, ils restent avec elle. Elle ne souffle mot, évitant le regard de Yamina. Elle n’ose pas l’affronter. Elle ne la comprend pas. Après tout ce qui est arrivé, comment a-t-elle pu se remettre avec lui ?
    Massi a beau être son frère, ce qu’il lui avait fait est impardonnable. Comment peut-elle lui faire confiance ?
    - Sabrina, si tu savais comme je suis heureux ! On est venus pour récupérer quelques affaires et t’apprendre une nouvelle…
    - Quoi donc ?
    - Nous allons nous marier ! dit-il d’un coup en prenant la main de Yamina, pour la serrer bien fort. Tu ne peux pas savoir comme je suis heureux ! J’ai envie de le crier au monde entier !
    Sabrina s’efforce à sourire.
    - Tu ne nous félicites pas ?
    - Si, si… Félicitations ! dit-elle. Je suis surprise… J’ignorais que vous… que vous aviez repris ! ajoute-t-elle. Cachottier, tu ne m’as pas dit que tu la revoyais !
    - On s’est revus il y a quelques heures ! répond Yamina.
    - Ah…
    - Je vais prendre mes affaires, dit Yamina en se dirigeant vers son casier personnel.
    Mais elle les a à peine sortis que Sabrina la rejoint. Elle ferme d’un coup le casier, contenant avec peine sa colère, sa déception.
    - Mais pourquoi les prendre ? Pourquoi t’arrêter puisque vous avez repris ? Mais pourquoi as-tu accepté ? T’a-t-il menacée ?
    - Non.
    - Alors pourquoi ? Tu as failli mourir pauvre imbécile ! lui dit-elle. Et tu veux retourner avec lui ? Il risque de t’en faire voir de toutes les couleurs ! l’avertit-elle. Change d’avis avant qu’il ne soit trop tard !
    - Tu insinues que ton frère est un monstre ?
    Sabrina soupire. Elle regarde derrière, voulant s’assurer qu’il n’a pas quitté son fauteuil, pour les écouter.
    - C’est vrai, il t’aime à la folie… il est malade de jalousie ! à la moindre erreur, j’ignore ce qu’il fera de toi ! poursuit-elle en baissant le ton avant de la prier. Yamina, l’autre fois, je t’ai même menacée pour que tu ne portes pas plainte ! Parce que c’est mon frère… Mais si c’était un autre, je te soutiendrais jusqu’au bout ! Yamina, reprends ta liberté…
    - On a tout tiré au clair ! D’ailleurs, il tient à m’accompagner au bled, lui apprend la jeune femme. Après le mariage…
    - Mais il est fou ! Il n’en a pas parlé à maman ! Elle va piquer une crise en l’apprenant ! Elle ne le laissera jamais partir, s’écrie Sabrina. Mais qu’est-ce qu’il lui arrive ? Il est tombé sur la tête, ma parole !

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  52. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 50e partie
    Par : Adila KATIA

    - Sur la tête ou pas, je suis décidé à l’accompagner !
    Massi a surpris sa sœur. Il se doutait bien qu’elles allaient parler de lui. Il s’était approché d’elles afin de les écouter. Ce qui venait de surprendre ne le choque pas. Il s’y attendait.
    Sabrina regarde son frère, toujours aussi surprise. Elle ne comprend pas ce qui arrive, pourquoi il tenait tant à reprendre avec Yamina et c’est envie de l’accompagner en Algérie, le pays natal de leur mère. Elle n’y était jamais retournée pour des raisons qu’ils ignorent. Sabrina est consciente d’une chose, leur mère ne le laissera jamais partir.
    - Arrête de me regarder avec ses yeux là ! J’aime Yamina, je me marierai avec et je l’accompagnerai, que maman le veuille ou non ! Elle a fait sa vie comme elle le voulait. Je te demanderai de la prévenir et si mon choix lui déplaît, je ne veux pas le savoir !
    Yamina est rassurée. À sa façon de parler, elle voit bien qu’il est décidé et que rien ne les empêcherait de se marier. Elle a fini de ranger ses affaires dans un sac.
    - On peut y aller, dit-elle à l’intention de Massi. Ecoute Sabrina, je ne vois pas pourquoi ta mère refuserait ! On partira quelques jours seulement ! On ne tardera pas…
    - Je veux bien te croire mais maman est très possessive ! dit Sabrina. Elle ne le laissera pas partir, même pour une journée…
    - Si elle refuse, je m’installerai chez Yamina et elle ne saura rien de ce que je fais, l’avertit Massi. Je crois que j’ai hérité de son mauvais caractère et de son entêtement !
    - Je sais.
    Comme ils s’apprêtent à partir, elle rattrape son frère et lui saute au cou.
    - Ecoute, je ne veux que ton bonheur… Prends le temps de réfléchir et parles-en à maman, toi-même ! Qui sait ? Peut-être qu’elle ne le prendra pas mal ?
    Massi lui promet de le faire après le dîner. En attendant, il raccompagne Yamina chez elle.
    - Je t’appellerai ce soir ! lui promet-il. Si maman fait la difficile, penses-tu qu’il y ait de la place pour moi ?
    - Oui. Pars le cœur tranquille ! Incha Allah, tout se passera bien !
    - Je t’aime Yamina. Tu ne le regretteras pas…
    Massi lui caresse la joue avant de tourner les talons.
    - À ce soir !
    Yamina referme doucement la porte. Elle pose le sachet à même le sol, enlève ses chaussures et va au salon. Elle s’assoit dans un fauteuil et repense à cette journée chargée en événements. Si on lui avait dit le matin de quoi elle aurait été faite, elle n’y aurait jamais cru.
    En plus d’avoir décidé de rester chez elle, elle s’était réconciliée avec Massi et avait accepté de se marier avec lui. Dans peu de temps, ils partiraient au pays. Elle oublie ses peurs du passé et n’aspire qu’à partir.
    Elle est surprise d’entendre frapper à sa porte. Elle va ouvrir, pensant que Massi a oublié de lui dire quelque chose.
    - Khali Ramdhan ! s’écrie-t-elle, surprise. Tu ne m’avais pas dit que tu allais repasser !
    Elle s’efface pour le laisser entrer. Il a apporté un cabas. Il le dépose dans le couloir et la suit au salon.
    - As-tu eu le temps d’effectuer des achats ? Ou veux-tu que j’aille en faire ? De quoi as-tu besoin ?
    - Je les ferai plus tard, dit-elle. Assieds-toi ! Je voudrais te dire que j’ai repris avec Massi et que nous allons nous marier ! Je voudrais que tu sois présent ce jour-là !
    - Comment ? Tu as repris avec lui, après ce qu’il t’a fait endurer ! Il a fallu des semaines pour que tu te remettes de ces gifles ! Si je ne t’avais pas trouvée, tu serais peut-être morte !
    - On a discuté et on s’est compris, le défend la jeune femme. Ce soir-là, il avait cru que je le quittais pour un autre ! Il ne recommencera plus ! Nous allons nous marier prochainement !
    - Pourquoi prochainement ? Vous avez tout le temps ! s’écrie Ramdhan qui ne se remet pas de la surprenante nouvelle. Tu me dis vraiment tout ? Il ne t’aurait pas menacée ? Tu as toujours peur de lui, n’est-ce pas ?
    - Non, khali Ramdhan. Je te jure avoir dépassé mes peurs ! Rien ni personne ne peut m’effrayer ! Après notre mariage, on ira au pays. Il tient à m’accompagner et à connaître ma famille ! N’est-ce pas merveilleux ?
    - Si tu le dis…
    Mais il ne partage pas son enthousiasme. Il décide de garder un œil sur eux. Il rencontrera Massi, pour lui dire ce qu’il pense de lui et l’avertir que s’il s’en prend encore à elle, à tort ou à raison, il aura à faire à lui…

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  53. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 51e partie
    Par : Adila KATIA

    - Je voudrais le voir et le connaître, dit Ramdhan, à la jeune femme. Si vous devez vous marier, je tiens à représenter ta famille ! Je veux qu’il sache que tu n’es plus seule !
    - Aucun problème ! Je m’arrangerai pour que vous vous voyiez ici, dit Yamina, très touchée. Je te remercie d’être là pour moi !
    Ramdhan repart, rassuré. Ce soir-là, alors qu’elle est en train de ranger les affaires qu’elle avait prises dans la précipitation, Massi l’appelle. Il ne tient pas en place tant il est heureux. Il avait discuté avec sa mère et elle était enchantée pour eux.
    - C’est sincère ?
    - Et comment ! C’est tout ce qu’elle voulait, lui dit le jeune homme. Mais l’idée d’un voyage au bled, tout de suite, elle ne voudrait pas !
    - Qu’est-ce qu’on fera ?
    - Elle finira par nous dire “Allez-y mais ne tardez pas !”, la rassure-t-il. Et puis, elle sait qu’il ne faut pas qu’elle me contrarie ! J’ai son mauvais caractère… Je suis têtu !
    - Si tu le dis.
    - Demain, je vais voir un imam et je voudrais qu’on se marie religieusement la semaine prochaine, dit-il. Qu’est-ce que tu en penses ?
    - La semaine prochaine… C’est dans dix jours, lui rappelle-t-elle. Je dois en parler à khali Ramdhan ! Peut-être qu’il ne sera pas libre.
    - Ne me dis pas que tu as besoin de sa bénédiction ?
    Yamina lui explique pourquoi.
    - Depuis… depuis qu’il m’a sauvé la vie, je le considère comme mon oncle ! Je ne ferai rien sans sa présence ! dit-elle fermement.
    - Bien, bien… Et moi, je le vois quand ?
    Elle est soulagée qu’il y ait aussi pensé.
    - Lui aussi voulait te voir ! Je te dirais quand… J’ai du rangement à faire… Si tu veux, on discute demain ? propose-t-elle.
    - Ok, répond-il. Je t’aime ! Je retourne auprès de maman, de Sabrina et de papa pour discuter de notre mariage…
    - Bonne nuit !
    Ils raccrochent. Yamina tout en retournant à ses rangements a les mains qui tremblent d’émotion. Elle a les yeux larmoyants et le cœur est serré. Elle aurait voulu avoir sa sœur et sa mère auprès d’elle, des amies avec qui partager sa joie. Plus que jamais elle se rend compte de la solitude dans laquelle elle se trouve. Personne à qui se confier, personne à qui demander conseil. C’est le vide autour d’elle.
    Certes, il y a Massi qu’elle vient de retrouver et avec qui elle va se marier. Elle a hâte de revoir sa famille. Toutes ses années sans les voir lui pèsent sur le cœur. Le lendemain, Massi l’accompagne au consulat d’Algérie et elle dépose son dossier et son ancien passeport. Elle repassera dans quelque temps. Ils marchent main dans la main. Yamina est surprise lorsqu’il s’arrête devant une bijouterie.
    - Je voudrais qu’on choisisse nos alliances, dit-il.
    - On a le temps, répond-elle tout en regardant les bijoux exposés.
    - Non, on les achète maintenant… Ici ou dans une autre bijouterie, insiste-t-il. Les achats, on les fait aujourd’hui ! Je te rappelle que je ne pourrai pas toujours me libérer ! Je prendrai un petit congé la semaine prochaine ! Entrons ! Je suis sûr qu’on trouvera des alliances à notre goût !
    Le bijoutier les accueille avec le sourire. Il leur sort plusieurs palettes où les bagues serties de rubis et de petits diamants brillent à mille feux. Yamina et Massi ont l’embarras du choix.
    - Ne regardez pas les prix, leur dit-il. Je vous arrangerai !
    Le bijoutier leur propose d’en essayer plusieurs et de procéder par élimination. Yamina évite les grosses alliances, choisissant une très simple. Elle est dorée et sertie de petits diamants. Massi en choisit une en or blanc. Il lui offre une chaîne en or et un pendentif en forme de cœur.
    - Il représente mon cœur, prends-en soin, plaisante-t-il en l’aidant à la porter.
    - Félicitations ! leur dit le bijoutier avant qu’ils partent.
    Yamina s’accroche au bras de Massi, réprimant l’envie de pleurer. Elle pense à sa mère. Elle donnerait tout ce qu’elle possède pour l’avoir auprès d’elle en cet instant…

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  54. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 51e partie
    Par : Adila KATIA

    - Je voudrais le voir et le connaître, dit Ramdhan, à la jeune femme. Si vous devez vous marier, je tiens à représenter ta famille ! Je veux qu’il sache que tu n’es plus seule !
    - Aucun problème ! Je m’arrangerai pour que vous vous voyiez ici, dit Yamina, très touchée. Je te remercie d’être là pour moi !
    Ramdhan repart, rassuré. Ce soir-là, alors qu’elle est en train de ranger les affaires qu’elle avait prises dans la précipitation, Massi l’appelle. Il ne tient pas en place tant il est heureux. Il avait discuté avec sa mère et elle était enchantée pour eux.
    - C’est sincère ?
    - Et comment ! C’est tout ce qu’elle voulait, lui dit le jeune homme. Mais l’idée d’un voyage au bled, tout de suite, elle ne voudrait pas !
    - Qu’est-ce qu’on fera ?
    - Elle finira par nous dire “Allez-y mais ne tardez pas !”, la rassure-t-il. Et puis, elle sait qu’il ne faut pas qu’elle me contrarie ! J’ai son mauvais caractère… Je suis têtu !
    - Si tu le dis.
    - Demain, je vais voir un imam et je voudrais qu’on se marie religieusement la semaine prochaine, dit-il. Qu’est-ce que tu en penses ?
    - La semaine prochaine… C’est dans dix jours, lui rappelle-t-elle. Je dois en parler à khali Ramdhan ! Peut-être qu’il ne sera pas libre.
    - Ne me dis pas que tu as besoin de sa bénédiction ?
    Yamina lui explique pourquoi.
    - Depuis… depuis qu’il m’a sauvé la vie, je le considère comme mon oncle ! Je ne ferai rien sans sa présence ! dit-elle fermement.
    - Bien, bien… Et moi, je le vois quand ?
    Elle est soulagée qu’il y ait aussi pensé.
    - Lui aussi voulait te voir ! Je te dirais quand… J’ai du rangement à faire… Si tu veux, on discute demain ? propose-t-elle.
    - Ok, répond-il. Je t’aime ! Je retourne auprès de maman, de Sabrina et de papa pour discuter de notre mariage…
    - Bonne nuit !
    Ils raccrochent. Yamina tout en retournant à ses rangements a les mains qui tremblent d’émotion. Elle a les yeux larmoyants et le cœur est serré. Elle aurait voulu avoir sa sœur et sa mère auprès d’elle, des amies avec qui partager sa joie. Plus que jamais elle se rend compte de la solitude dans laquelle elle se trouve. Personne à qui se confier, personne à qui demander conseil. C’est le vide autour d’elle.
    Certes, il y a Massi qu’elle vient de retrouver et avec qui elle va se marier. Elle a hâte de revoir sa famille. Toutes ses années sans les voir lui pèsent sur le cœur. Le lendemain, Massi l’accompagne au consulat d’Algérie et elle dépose son dossier et son ancien passeport. Elle repassera dans quelque temps. Ils marchent main dans la main. Yamina est surprise lorsqu’il s’arrête devant une bijouterie.
    - Je voudrais qu’on choisisse nos alliances, dit-il.
    - On a le temps, répond-elle tout en regardant les bijoux exposés.
    - Non, on les achète maintenant… Ici ou dans une autre bijouterie, insiste-t-il. Les achats, on les fait aujourd’hui ! Je te rappelle que je ne pourrai pas toujours me libérer ! Je prendrai un petit congé la semaine prochaine ! Entrons ! Je suis sûr qu’on trouvera des alliances à notre goût !
    Le bijoutier les accueille avec le sourire. Il leur sort plusieurs palettes où les bagues serties de rubis et de petits diamants brillent à mille feux. Yamina et Massi ont l’embarras du choix.
    - Ne regardez pas les prix, leur dit-il. Je vous arrangerai !
    Le bijoutier leur propose d’en essayer plusieurs et de procéder par élimination. Yamina évite les grosses alliances, choisissant une très simple. Elle est dorée et sertie de petits diamants. Massi en choisit une en or blanc. Il lui offre une chaîne en or et un pendentif en forme de cœur.
    - Il représente mon cœur, prends-en soin, plaisante-t-il en l’aidant à la porter.
    - Félicitations ! leur dit le bijoutier avant qu’ils partent.
    Yamina s’accroche au bras de Massi, réprimant l’envie de pleurer. Elle pense à sa mère. Elle donnerait tout ce qu’elle possède pour l’avoir auprès d’elle en cet instant…

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  55. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 52e partie
    Par : Adila KATIA

    - Mebrouk aalikoum ! Tous nos vœux de bonheur…
    Yamina et Massi se regardent, les yeux pleins d’amour et de joie. Toute la famille et les amis se font la bise. Même l’imam, cheikh Ali, s’est levé et a embrassé la mariée. Il leur souhaite d’être heureux et patients l’un envers l’autre. Si Massi l’avait laissé faire, il aurait poursuivi et donné d’autres conseils.
    - Aujourd’hui, on a seulement besoin de ta bénédiction et de tes vœux de bonheur ! lui dit-il. Sabrina, sers cheikh Ali…
    La jeune fille prend une petite assiette plate et va au buffet, choisit plusieurs gâteaux qu’elle va déposer sur la table basse du salon. Elle lui sert du café, du jus.
    - C’est trop, lui fait-il remarquer.
    - Ainsi, vous avez le choix, répond-elle avant d’aller s’occuper des autres invités.
    Ramdhan prend un jus et s’approche de la mère de Massi. Il voudrait en savoir un peu plus sur elle, sur ses origines.
    - Batna, répond-elle. On est arrivés ici peu de temps après l’indépendance de l’Algérie… Depuis personne n’y est retourné ! Pas même à la mort de mes grands-parents…
    - Pourquoi ? Rien ne vous empêchait d’y retourner ! remarque Ramdhan.
    - Si, le choix de mon père…
    Ramdhan hoche gravement la tête. Il vient de comprendre que son père était un harki. Il se demande si Yamina est au courant. Ainsi, Massi est le petit-fils d’un harki. Le fait que sa mère se soit mariée avec un pied-noir ne l’a pas choqué vu qu’il s’est converti à l’islam. Mais la traîtrise de son défunt grand-père lui reste en travers de la gorge. Jamais il ne se serait douté que Yamina allait se marier avec le petit-fils d’un harki.
    - Oui, khali Ramdhan ! dit-elle en venant à lui, ne se doutant pas de quoi il voulait lui parler. La fête se passe bien… Ils sont adorables, non ?
    - Euh… Je dois te parler seul à seul ! lui murmure-t-il à l’oreille.
    Il la prend par le bras et l’entraîne sur le balcon où il n’y a personne.
    - Qu’est-ce qui se passe ? Tu m’intrigues et m’inquiètes à la fois…
    Ramdhan murmure beaucoup plus qu’il ne parle. Il est encore tout remué par sa découverte. Aura-t-elle une incidence sur la suite de l’événement ? Il se le demande.
    - Sais-tu que son grand-père était issu de la mauvaise graine ? C’était un harki, tu comprends ? Un traître, un collaborateur, un chien à la solde de l’ennemi ! Tu aurais dû me donner du temps pour enquêter sur eux !
    - Massi n’a rien à voir dans la guerre et le choix de son grand-père ! le défend Yamina. Je n’ai rien à faire de ce qui s’est passé il y a cinquante ans ! La guerre est finie, les choix des autres, je ne les discute pas ! C’est la vie ! Que son grand-père ait dénoncé ses frères, qu’il en ait tué, on est qui pour le juger ? Allah s’en est chargé depuis longtemps ! La France et l’Algérie se sont réconciliées, et moi, je devrais mettre fin à mon mariage parce que son grand-père était partisan de l’Algérie française !
    Yamina n’en revient pas.
    - Tout ce que je veux, c’est vivre ma vie tranquille, lui dit-elle. J’ai déjà eu droit à ma part de souffrance… Tu comprends, les vieilles histoires, les vieilles rancunes, la guerre, je ne les laisserai pas gâcher mon bonheur !
    - Moi, je ne pourrais pas les fréquenter ! Pense aussi à la réaction de ta famille, dit Ramdhan. Tu veux les retrouver sans même songer à leur réaction quand ils sauront que tu as épousé le petit-fils d’un harki !
    - C’est entre eux et moi ! réplique-t-elle. Tu aurais été plus tolérant, plus ouvert, que je t’aurais demandé de leur parler ! Mais je connais ton opinion sur le sujet…
    - Yamina, ma fille, je ne t’abandonnerai pas maintenant ! dit-il. Surtout maintenant que je sais de qui ils tiennent !
    Quelques semaines après, ils s’envolent tous trois à destination d’Alger. Yamina qui en a tant rêvé redoute l’instant où elle frappera à la porte de la maison qui l’a vue grandir et partir comme une voleuse…

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  56. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 53e partie
    Par : Adila KATIA

    - Vous m’attendez ici ? demande-t-elle à Massi et à Ramdhan. Je ne tarderai pas, promet-elle en leur remettant la clef de sa chambre.
    Le taxi qu’ils ont loué à l’aéroport les a déposés dans le vieil hôtel de relais du village. La façade extérieure a été rafraîchie par un coup de peinture. à l’intérieur, tout est propre, même si c’est un hôtel de relais où, en général, les routiers et les rares touristes s’arrêtent le temps de quelques heures ou d’une nuit.
    Ils sont entrés dans le restaurant. Si Massi et Ramdhan ont pu déjeuner, elle n’a rien pu avaler. Ils n’en sont pas encore au dessert quand elle s’est levée. Elle est impatiente et nerveuse. Elle redoute l’instant où elle poussera le portail de la cour. Si sa famille décide de la rejeter, elle ne veut pas qu’ils en soient témoins. Mais si tout se passe bien, elle reviendra les chercher…
    - Je ne tarderai pas, dit-elle encore. Mais si c’est le cas, vous demanderez après la maison de Dahmane, le roux… c’est comme ça qu’on l’appelait ici !
    - Tu as ton portable ? lui demande Massi.
    - Oui mais je l’ai bloqué ! Je reviens tout à l’heure… Pas besoin de téléphone aujourd’hui, dit-elle. C’est à cinq minutes d’ici…
    - Inch Allah tout se passera bien !
    Yamina s’efforce de sourire tout en prenant son sac à main. Elle sort de l’hôtel et se dirige vers les ruelles qu’elle a tant de fois traversées. Elle sourit à deux vieilles voisines, mais elle ne s’arrête pas pour les embrasser. Elle pense à le faire une autre fois. Là, elle est pressée d’arriver. Son cœur cogne très fort dans sa poitrine.
    Quand elle arrive devant le portail, elle regarde autour d’elle avant de le pousser. Le jardin où elle avait l’habitude de jouer, avec sa sœur, est complètement abandonné. Les mauvaises herbes ont envahi les fleurs, les pieds des arbres fruitiers et même la petite allée.
    - Y a-t-il quelqu’un ? crie-t-elle tout en se dirigeant vers l’entrée où elle frappe doucement, comme pour ne pas les effrayer. Maman ? Maman ?
    Elle frappe encore mais plus fort. Même si on ne lui répond pas, elle a entendu des bruits de pas. Une jeune femme ouvre d’un coup.
    - Massa el kheir, dit Yamina.
    - Kheir, répond la jeune femme. Vous devez être la nouvelle kinésithérapeute ? Entrez, je ne vous attendais pas avant quatorze heures ! ajoute-t-elle sans lui donner le temps de répondre.
    Yamina entre et elle a le cœur serré en découvrant que tout était comme avant son départ. Rien n’a été modifié. Aucun changement.
    - Tout est resté comme avant, murmure-t-elle avant d’apercevoir une photo d’elle et de sa sœur agrandie et accrochée au fond du salon.
    - Vous êtes déjà venue ici ? demande la jeune femme.
    - Oui, il y a longtemps… Où est…
    - Khalti Fathma est dans la chambre !
    Yamina remarque que la jeune femme la précède dans sa chambre. Elle la suit dans le couloir.
    - Ce n’est pas par…
    Mais elle n’a pas le temps de finir sa phrase. La jeune femme ouvre lentement la porte et parle doucement.
    - Khalti Fathma, la nouvelle kinésithérapeute est arrivée…
    En s’effaçant pour la laisser entrer, Yamina a le cœur qui rate un battement avant de reprendre de plus belle, au point où elle a mal.
    - Maman, sanglote-t-elle. Maman…
    Elle tombe au pied du lit et saisit sa main. Sa mère, sa pauvre mère est méconnaissable. Elle n’a plus que la peau sur les os. Elle a le visage tout ridé, ses yeux brillants sont entrés dans leurs orbites. Ces cheveux qui dépassent du fichu qu’elle porte sont blancs. Et sa main, quand elle la prend, elle la trouve fine, si fine qu’en passant les doigts dessus, elle sent les veines. Yamina la baise doucement, la gardant contre sa joue, la mouillant de ses larmes.
    - Maman…
    Fathma bat des paupières. Elle bouge doucement la main, comme pour la caresser. La jeune femme qui l’avait menée à elle, s’écrie, surprise.
    - Khalti, vous avez bougé la main ! Mon Dieu, c’est un miracle ! Je vais appeler votre fille Nora !
    Alors qu’elle s’empresse de sortir le portable de sa poche, des bruits de pas et des échos de voix la font tourner, pour voir qui est entré.
    - Qu’est-ce qui se passe ici ? Qui est cette femme ?
    - La kiné…
    Yamina a reconnu la voix de sa sœur. Quand elle se lève et se tourne vers elle, celle-ci ne la reconnaît pas…

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  57. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 54e partie
    Par : Adila KATIA

    - Comment ça la kinésithérapeute ? Mais on vient d’arriver ensemble ! réplique Nora sans s’attarder sur sa sœur. Pourquoi voulais-tu me joindre Hakima ?
    - Ta mère… Elle a bougé la main, lui dit celle-ci avant de se tourner vers Yamina. Mais qui êtes-vous ? Pourquoi m’avoir laissé croire que vous êtes la kinésithérapeute ?
    - Je ne vous ai rien dit, répond Yamina. Je suis venue la voir… Vous pouvez me dire ce qu’elle a…
    Nora s’était approchée de sa mère et prenait son pouls. Elle remarque son regard brillant de larmes.
    - Maman… mais tu pleures ! constate-t-elle, bouleversée. Qu’y a-t-il ? As-tu mal ?
    Fathma a un geste nerveux de la main. Yamina manque s’évanouir en l’entendant gémir, essayer de parler. Les mots ne sortent pas, juste des syllabes, des “ya-ya-ya” qui lui donnent la chair de poule.
    - Calme-toi maman ! Calme-toi, dit Nora, en s’asseyant pour la prendre dans ses bras.
    Hakima, faites les sortir !
    Elle prend une serviette en papier et essuie les yeux de sa mère. Celle-ci a un geste de la main, comme pour l’empêcher de le faire.
    - Maman mais qu’est-ce qui t’arrive ? Si seulement je pouvais deviner ce que tu veux dire !
    - Ya…ya…ya…
    Nora la serre contre elle, comme pour la rassurer et l’empêcher de s’étouffer avec ces syllabes.
    - Allez dehors ! les prie-t-elle. Laissez-nous !
    - Non, je reste, lâche Yamina d’un coup en s’asseyant près d’elle, en larmes. Nora… Si toi, tu ne m’as pas reconnue, elle… maman m’a reconnue ! Elle ne m’a pas oubliée !
    Nora écarquille les yeux puis la scrute de la tête aux pieds. Elle secoue la tête, refusant d’y croire.
    - Ce n’est pas possible ! Notre Yamina a disparu depuis longtemps…
    - C’est moi, je te le jure !
    Comme pour confirmer que c’est bien elle, Fathma s’accroche à elle, de sa main valide.
    - Ya, ya…
    Fathma s’était calmée et se reposait entre ses filles. Yamina pleure sur les jambes de sa mère, le cœur déchiré de la retrouver, après toutes ses années, dans cet état. Quand elle sent une main passer sur ses cheveux, elle relève la tête et voit les larmes de sa sœur. Nora l’attire à elle. C’est un moment d’émotion qui bouleverse Hakima qui n’a pas eu le cœur à quitter la chambre. La nouvelle kinésithérapeute aussi les observait, des larmes dans les yeux.
    - C’est vrai, vous avez un air de famille… Hamdoullah, vous voilà enfin réunies ! dit Hakima. Alors vous êtes Yamina !
    - Va préparer du café ! lui demande Nora. Si tu veux aller te rafraîchir, tu sais où se trouve la salle de bains ! Hakima te donnera une serviette propre !
    La jeune femme hoche la tête puis se rend à la salle de bains. La pièce a été agrandie et une baignoire a été installée. Il y a un meuble où sont posés des produits d’hygiène et des couches pour adulte. Yamina se rafraîchit le visage, et quand elle se voit dans la glace, de nouvelles larmes coulent sur ses joues. Elle a mal au fait que sa sœur ne l’ait pas reconnue. Malgré la maladie, sa mère ne l’a pas oubliée. Elle fouille dans le meuble, trouve une serviette propre et s’essuie rapidement. Elle sort de la salle de bains et tombe sur sa sœur qui l’entraîne au salon.
    - As-tu mangé ? Je peux demander à Hakima de te préparer quelque chose, propose Nora en la prenant par le bras, s’asseyant tout près d’elle.
    - Je ne peux rien avaler, répond-elle. Mais raconte-moi ! Qu’est-ce qui s’est passé ?

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  58. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 55e partie
    Par : Adila KATIA

    - Comment te raconter toutes les années passées ? Il me faudrait des jours et des jours, dit Nora. Mais pour résumer le tout, après ta disparition, maman et papa ont eu des problèmes de santé… Papa avait le diabète et maman un problème de tension artérielle… elle suivait un régime tout en prenant un traitement. Mais à la mort de papa, elle a fait un AVC ! Elle a failli mourir… Le temps de l’emmener aux urgences, plus d’une demi-heure avait passé… Ils lui ont fait huit coups de défibrillateur. Quand son cœur est reparti, elle était dans le coma. Pendant toute une semaine. À sa sortie de réanimation, elle ne pouvait plus bouger et parler. On a passé de dures épreuves, tu ne peux pas t’imaginer ! J’étais seule à m’occuper d’elle… Cela fait cinq ans qu’elle est sur le lit ou dans le fauteuil ! Au début, je l’ai emmenée chez moi mais elle ne s’y plaisait pas ! Elle ne dormait pas et elle était tout le temps nerveuse ! Alors je l’ai ramenée ici et j’ai pris Hakima. Elle est infirmière et elle travaille ici à plein temps. Elle voulait dormir dans notre chambre. Elle a conscience des choses, il me semble ! Parfois j’ai l’impression qu’elle veut communiquer et elle s’énerve en ne pouvant pas parler ! Elle répond par des battements de paupières, des hochements légers de la tête. Aujourd’hui, elle a bougé la main, s’est accrochée à toi… Un vrai miracle, tu sais ! Pendant des mois, je l’ai emmenée chez le kinésithérapeute en ville, trois fois par semaine… ça n’a rien donné !
    Alors j’ai demandé à une kinésithérapeute de venir deux fois par semaine. Parfois, je n’en pouvais plus, avoue Nora. Je suis tiraillée entre elle, mes enfants, mon cabinet, ma maison ! J’aurais voulu qu’elle me facilite les choses en restant chez moi… mais elle ne veut pas ! Si la maison était plus grande, on se serait installées ici… Je n’habite pas très loin… dix minutes à pied, moins de cinq en voiture. J’aurais été plus tranquille si elle n’aimait pas autant rester dans notre chambre !
    Yamina allait d’une découverte à une autre. Ainsi, Dahmane n’était plus de ce monde. Sa mère était clouée au lit depuis des années, dépendant d’une infirmière à plein temps. Sa sœur était médecin et avait son propre cabinet. Elle s’était mariée et avait des enfants.
    - Donc j’ai des nièces… ?
    - Non, juste deux neveux, répond Nora. D’ailleurs Dieu a exaucé mes prières, je ne voulais pas de fille !
    - Pourquoi ?
    - Comme ça…
    Yamina devine la raison. Sa fugue et sa disparition ont laissé des traces indélébiles en sa sœur. Par sa faute, la famille a été humiliée. Elle en a souffert pendant qu’elle, elle vivait sa vie là-bas.
    - Je regrette d’être partie, confie-t-elle à Nora. De ne pas avoir été là pour maman… Je voulais revenir mais j’avais peur d’être chassée et reniée… tu comprends ?
    - Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi tu n’as pas cherché à reprendre contact avec nous ? Tu n’as jamais voulu savoir comment on allait… Tu ne peux pas t’imaginer combien maman a souffert de ton départ… On croyait que tu étais morte, qu’il t’était arrivé malheur !
    - Il m’en est arrivé tant que je ne pourrais pas te les raconter en quelques minutes ! soupire Yamina en prenant les mains de sa sœur. Si vous voulez encore de moi, je resterais ici !
    - On ne t’attendait plus mais tu as toujours ta place, ici, dans notre famille, dans nos vies et dans cette maison ! la rassure Nora.
    Deux beaux chérubins font irruption dans le salon et tombent dans ses bras. Ils regardent Yamina, curieux. Leur mère la présente et ils vont l’embrasser avant de sortir aussi vite qu’ils étaient entrés.
    - Allah ibarek ! Ils sont grands !
    - Oui, ils ont vite grandi, reconnaît Nora. Nadhir a six ans et Dahmane cinq ans…
    - Tu l’as nommé Dahmane ? s’écrie Yamina avec une moue. Pourquoi ?
    Nora secoue la tête, n’en revenant pas.
    - Il est né après la mort de papa, alors excuse-moi, mais moi j’ai été heureuse avec lui ! Je n’aurais pu avoir meilleur père ! Allah irahmou ! À ta disparition, il était aussi malheureux que moi et maman ! Mais toi, tu ne l’as jamais aimé !
    Yamina ne peut pas la contredire. Elle ne l’a jamais aimé. C’est plus fort qu’elle. Allah ghaleb…
    Tout ce qui compte maintenant, c’est de soulager sa mère, d’être là… pour elle. C’était à son tour de s’en occuper, de la choyer comme un bébé. Mais le temps est contre elle. À peine le pense-t-elle qu’elles entendent un cri provenant de la chambre…

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  59. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 56e partie
    Par : Adila KATIA

    - Qu’est ce qui se passe ? s’écrie Yamina tout en se levant en même temps que sa sœur.
    Elles accourent dans la chambre. Yamina se fige alors que Nora se précipite vers sa mère. Celle-ci respirait difficilement.
    - Aide-moi ! dit-elle à sa sœur alors que Hakima empêchait les enfants d’entrer dans la chambre.
    Nora retire les coussins sur lesquels repose leur mère. Elle prend une boîte d’un meuble et en sort un appareil à oxygène. Elle place le masque sur la bouche et le nez de sa mère. Celle-ci bouge nerveusement la tête.
    - Du calme, maman ! lui dit-elle doucement. Ça va vite te passer…
    - Mais qu’est-ce qu’elle a ? J’ai si peur de la perdre ! Je croyais qu’elle…
    - Il lui arrive de faire des crises lorsqu’elle est en proie à une forte émotion, dit Nora, se voulant rassurante. Ne t’inquiète pas, cela va vite lui passer !
    Yamina pose les coussins que sa sœur lui avait remis sur un siège. Elle s’approche de sa mère qui regardait du côté de la fenêtre.
    - Maman, je suis là… je ne te quitterais plus, lui promet-elle. Tu m’entends, je resterais ici, avec toi ! Tu m’as tellement manquée !
    Nora pose une main sur son épaule.
    - Laisse-la respirer tranquillement ! Elle ne peut pas parler… tu as tout le temps pour lui raconter ce qui te pèse sur le cœur, ajoute-t-elle. Zappe sur les moments difficiles ! Elle n’est pas assez forte pour pleurer ta malchance…
    - Oui, son malheur lui suffit ! murmure Yamina en essuyant ses larmes. Je les garderais pour moi… D’ailleurs, j’ai une bonne nouvelle… Tu sais maman, je me suis mariée récemment !
    - En voilà une bonne nouvelle ! s’exclame Nora. On donnera un dîner lorsque ton mari viendra ! J’imagine la joie de maman lorsqu’elle saura que tu as fondé un foyer !
    Elle ne peut s’empêcher de pleurer. Leur mère ne peut plus participer à leurs joies. Elle ne peut plus parler, plus bouger. Elle ne peut que les suivre des yeux. Parfois des lueurs brillent en elle, parfois des larmes glissent sur ses joues ridées. Comme si la peine qui emplissait son cœur débordait pour la communiquer aux autres. Pour leur dire qu’elle est conscience des choses qui l’entourent. Qu’elle est aussi touchée qu’eux…
    - Maman, je regrette tant…
    Elle reste auprès d’elle, gardant sa main dans la sienne. Son regard est toujours tourné vers la fenêtre. Elle a le visage impassible. Yamina voudrait rattraper le temps perdu. Elle voudrait avoir le temps de lui dire combien elle l’aime et combien elle regrette de ne pas avoir été là pour elle.
    Elle a conscience d’avoir fait des erreurs de jeunesse qui ont bouleversé sa vie et celles de ceux qui l’aimaient. Son caractère emporté, impulsif et irréfléchi lui aura causé plus de tort qu’autre chose. Elle avait agi à sa guise, ne redoutant pas le qu’en dira-t-on. En fait, elle n’y a jamais pensé. Elle ne s’en était jamais souciée.
    La jeune femme se demande si elle aura le temps de dire à sa mère combien elle lui a manqué ? Combien elle a pensé à elle ? Les regrets l’ont rendue amère.
    Tout en fermant les yeux, elle prie. Elle ne veut pas grand-chose, juste le temps de se racheter une conduite pouvant faire oublier tout le mal qu’elle a semé derrière elle en partant, comme ça, sans raison.
    - C’est normal qu’elle n’ait aucune réaction ? demande-t-elle à sa sœur qui sortait son stéthoscope de son cartable pour écouter les battements de son cœur.
    - Laisse-moi l’examiner.
    Yamina se lève et la laisse l’ausculter. Nora ouvre le col de la chemise de nuit et pose le stéthoscope sur sa poitrine. Yamina voie sa sœur froncer les sourcils, puis prend le pouls de leur mère.
    - Donne-moi le tensiomètre, lui dit-elle.
    - Qu’est ce qui ne va pas ?
    Nora ne répond pas. La tension est basse et les battements de son cœur sont si faibles qu’elle décide de l’évacuer à l’hôpital. Elle sort son portable et compose le numéro de son mari. Elle lui demande de vite venir, sans lui expliquer pourquoi…

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  60. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 57e partie
    Par : Adila KATIA

    - À l’hôpital ? s’écrie Yamina. Qu’est-ce qu’elle a ? Qu’est-ce qui ne va pas ?
    Nora retire doucement le tensiomètre du poignet de sa mère. Elle ferme les boutons de la chemise de nuit.
    - Passe-moi les coussins, dit-elle.
    - Mais qu’est-ce qu’elle a ?
    - Baisse d’un ton, lui intime-t-elle. Elle a une petite tension et son cœur bat lentement…
    Nora a le visage fermé quand elle se tourne vers elle, pour saisir les coussins qu’elle s’efforce de glisser derrière leur mère.
    - C’est dû à quoi ?
    Nora hausse les épaules et se détourne. Elle semble chercher les mots.
    - Ça doit être dû à l’émotion… C’est un miracle que son cœur n’ait pas lâché ! Elle t’a vue et reconnue, dit-elle. Elle a bougé sa main tout à l’heure… ça fait si longtemps qu’elle n’est qu’une poupée entre mes mains et celles de Hakima qui s’en occupe comme si c’était sa mère !
    - Tu penses que… qu’elle ira mieux ? demande Yamina, toute pâle. Je suis venue pour la retrouver… Pas pour la perdre… Je ne veux pas ! Fais ce qu’il faut Nora ! Je t’en prie…
    - C’est ce que j’ai toujours fait ! Je n’ai pas attendu que tu me le demandes aujourd’hui !
    Nora n’en dit pas plus car son mari vient d’arriver.
    _ Qu’est-ce qui se passe ? demande-t-il avant de s’adresser à Yamina. Bonjour… La séance de rééducation s’est mal passée ?
    -Mahmoud, je te présente Yamina, ma sœur ! La kiné ne s’est pas occupée de ma mère aujourd’hui…
    Le mari fronce les sourcils, les regarde puis fait la moue.
    - Je croyais qu’elle…
    - On le croyait tous, dit Nora. Ecoute, il faut qu’on emmène maman à l’hôpital ! Je ne la trouve pas en forme…- C’est normal, non ? Ton cœur ne manquerait pas un battement si tu voyais tu voyais un fantôme ? Sa réaction est tout à fait normale, poursuit-il. Elle a dû avoir un choc… Cela fait des années que vous la croyez morte, alors… 
    Tout comme elle, sa mère a été surprise de la revoir après tout ce temps. Elle trouve qu’elle a bien réagi, au contraire. Quand elle lui en fait part, il n’en croit pas ses oreilles. Mahmoud trouve qu’elle a dû imaginer la chose.
    - Elle a parlé ? Elle a bougé sa main ? Je n’y crois pas… Tu as vu ce que tu espérais voir depuis longtemps, dit-il sans vouloir lui faire de la peine. Je comprends…
    - Mahmoud, je n’étais pas seule ! s’écrie-t-elle. Je ne l’avais pas jamais vue aussi énervée quand j’ai voulu mettre dehors Yamina, car je ne l’avais pas reconnue ! Elle s’est accrochée à elle ! Tu entends, elle s’est même accrochée à elle !
    - Tu devrais être contente, réplique Mahmoud. Elle a bien réagi ! Peut-être que son retour lui sera bénéfique sur tous les plans ! Laisse-lui le temps…
    - J’ai peur Mahmoud… Tu sembles bien prendre la chose, mais moi, je ne suis pas rassurée du tout ! Sa tension a chuté…
    - Je te rappelle que ce n’est pas la première fois. Et ta mère a horreur de l’hôpital !
    Elle ne le sait que trop bien. Même si elle a envie d’écouter son mari, le médecin qu’elle est a déjà tranché. Elle ne prendra aucun risque.
    - On l’emmène quand même ! réplique-t-elle. Aide-moi à lui mettre sa robe de chambre…
    Mahmoud n’insiste pas. Il soulève Fathma et l’aide du mieux qu’il peut à l’habiller. Hakima a apporté un fauteuil roulant. Alors qu’il s’apprête à l’y poser, elle se met à gémir. Mahmoud se redresse, la gardant dans ses bras. Il se tourne vers sa femme.
    - Elle a toute sa conscience… Tu ne vas pas aller contre sa volonté !
    Fathma a cessé de geindre comme pour les écouter. Ses yeux s’accrochent à Yamina, comme si elle ne voulait pas se séparer d’elle…

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  61. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 58e partie
    Par : Adila KATIA

    Nora a la chair de poule en voyant les yeux de sa mère implorants. Elle continue de s’accrocher à Yamina. Elle ne veut pas être séparée d’elle. Le message est clair. Mahmoud repose sa belle-mère sur le lit. N’en déplaise à sa femme, il respectait sa demande, sa prière muette. Fathma était vieille et fatiguée. Le fait de retrouver sa fille après toutes ces années la bouleversait. Sa chute de tension est compréhensive. Que pourrait faire l’hôpital de plus que sa femme ?
    Cette dernière a tout ce dont elle a besoin pour prendre soin d’elle. Il comprend son inquiétude et sa panique mais il comprend aussi sa belle-mère.
    Respecte son choix ! Même si elle ne parle plus, même si elle ne peut plus bouger, son esprit est encore alerte ! Elle sait ce qu’elle veut et je te conseille de l’écouter ! Laisse-la avec ta sœur, tout en gardant un œil sur elle, lui dit-il. Si son état s’aggrave, on l’emmènera à l’hôpital mais pour l’instant, ce dont elle a besoin, c’est d’être entourée de sa famille, et en particulier de la revenante !
    Yamina s’est assise près de sa mère et a pris sa main dans la sienne. Elle la caresse doucement, heureuse de pouvoir rester avec elle, dans cette maison témoin de leurs jours heureux et malheureux. Elle espère que sa sœur se trompe et qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Elle ne voudrait pas la perdre sitôt après l’avoir retrouvée. Elle ne le supporterait pas.
    Bien, répond Nora. J’ai toujours fait ce qu’elle voulait, ce n’est pas aujourd’hui que je vais la contrarier ! Je vais surveiller sa tension et lui éviter de s’énerver ! Je ne veux pas que son état se complique ! Elle a assez souffert…
    Hakima les a rejoints dans la chambre. Elle a apporté une compote de pommes sur un plateau. Elle le pose sur la table et se tourne vers Nora.
    Votre mère n’a pas pris de dessert. Peut-être que ça lui fera du bien de manger un peu ?
    Nora soupire et va s’asseoir. Elle est lasse. Si les premières années, l’inquiétude et la peur de la perdre l’ont souvent empêchée de dormir, ces derniers mois, la stabilité de son état l’a rassurée au point où elle pouvait rentrer chez elle, le cœur tranquille. Elle ignore pourquoi mais elle n’est pas tranquille. Maintenant que sa sœur était rentrée, elle allait pouvoir se reposer sur elle. Elle sourit en la voyant se débarrasser de sa veste et aller prendre le bol de compote. Elle met une serviette sur sa poitrine et entreprend de lui donner à manger. Elle y va doucement, patiemment.
    Le cœur serré, elle remarque que le regard de sa mère est toujours fixé sur celui de sa sœur. Quand celle-ci lui sourit tout en lui essuyant le coin de la bouche, sa mère cligne des yeux, deux fois et un sourire éclaire son visage.
    Elle ne s’en rend pas compte mais elle pleure, bouleversée par le bonheur de sa mère. C’est si évident qu’elle est heureuse d’avoir retrouvé Yamina. Elle réalise qu’elle aurait fait une erreur monumentale en l’emmenant à l’hôpital. Leur mère allait bien. Elle se sent mieux à la maison.
    _ Ça va Nora ? Tu me parais bien pâle !dit son mari en s’accroupissant devant elle. Tu es sûre que ça va ?
    _ Oui, répond-elle en essuyant ses larmes. Je suis émotive, c’est tout…
    Des coups à la porte leur parviennent. Hakima s’empresse d’aller ouvrir. On peut entendre un vieux demander après Yamina. Celle-ci se tourne en reconnaissant la voix de Ramdhan puis celle de son mari.
    _ Ils sont avec moi ! s’écrie-t-elle. Je les avais complètement oubliés… Est-ce qu’ils peuvent entrer ?
    _ Oui, oui… Mahmoud va les accueillir, le prie Nora. Il y a son mari…
    Mahmoud va les introduire à la maison. Ils font connaissance et il les précède dans la chambre. Yamina a posé le bol et s’est levée à leur entrée. La pièce est trop exiguë pour les contenir. Ils restent debout. Yamina leur présente sa sœur et sa mère.
    _ Maman, voici mon mari, lui dit-elle, toute fière. Massi est un garçon adorable… Je sens que tu vas l’aimer…
    Fathma cligne des yeux et son sourire s’accentue.
    _ Assi…assi, murmure-t-elle.
    Mais même si ce ne sont que des murmures, tous les ont entendus. Nora manque s’évanouir. Elle s’accroche au bras de son mari. Elle en a tant rêvé. Sa mère allait mieux. C’est indéniable. Le retour de sa sœur est le remède à tous ces maux. Pourquoi n’est-elle pas revenue avant ?

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  62. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 59e partie
    Par : Adila KATIA

    - Oui maman, il s’appelle Massi ! On s’est mariés peu de temps avant de venir, lui raconte Yamina. Il tenait à te rencontrer…
    - Assi…
    Mahmoud a apporté des chaises et les a posées autour du lit. Ramdhan et Massi prennent place. Yamina s’est assise sur le bord du lit, reprenant la main de sa mère. Elle lui communique son bonheur. Elle veut le partager avec toute sa famille. Fathma a hoché la tête. Nora prend à part son mari. En bonne hôtesse, elle pense déjà au dîner pour fêter le retour de sa sœur et son mariage.
    - On le donne ce soir ou demain ? demande-t-elle.
    - Vous n’aurez pas le temps de préparer, réplique-t-il. Si tu veux que ce soit pour ce soir ou même demain soir, je peux demander au restaurant de tout préparer !
    - Je peux compter sur toi pour le commander ?
    - Bien sûr ! Ne t’inquiète pas, tout se passera bien ! Tu veux qu’ils dînent ici ou au restaurant ? lui demande-t-il. S’ils viennent ici, ils voudront voir ta mère, ta sœur… s’ils vont au restaurant…
    - Je verrais après avec Yamina ! Mais pour ce soir, apporte quelque chose ! Je n’ai pas la tête à cuisiner… Je suis complètement dépassée par les évènements ! J’ai l’impression de me voir… d’être une autre… J’ai tant souhaité, prié pour voir maman se rétablir que maintenant je n’arrive toujours pas à réaliser qu’elle a bougé et même tenté de parler !
    Mahmoud a un sourire, et la prenant par les mains, il lui dit.
    - Allah a entendu tes prières ! Remercie-le !
    - C’est ce que je fais depuis toujours ! Elle aurait pu mourir mais Il me l’a laissée, murmure-t-elle. Et aujourd’hui, elle a bougé, elle a souri, elle a même tenté de dire Massi ! C’est à croire que son gendre lui plait !
    - Tant mieux ! Il a l’air bien, dit Mahmoud. On les invite à s’installer ici ?
    - Oui, oui… Je vais le leur proposer, dit-elle. Tu les emmèneras en voiture…
    Elle s’en va préparer du jus et des fruits qu’elle apporte dans un plateau. Elle les sert puis s’assoie, près de sa sœur.
    - C’est un jour béni, lui dit-elle. Vous allez chercher vos affaires et vous passerez votre séjour ici !
    Ramdhan toussote.
    - C’est très gentil mais ma famille m’attend ! Je tenais à avoir de vos nouvelles, avant de poursuivre mon chemin, lui confie-t-il. Maintenant que je sais qu’ils sont parmi vous, je peux partir tranquille !
    - Vous reviendrez, j’espère ?
    Je vous promets de revenir dans quelques jours avec ma famille, précise-t-il, très touché par l’invitation. Tout ce qui compte, c’est que votre mère aille bien !
    Cela fait des années, lui confie-t-elle, qu’elle n’a pas quitté son lit. Maintenant qu’elle a ses filles autour d’elle, elle ne peut que mieux se porter !
    Elle en a de la chance ! Que Dieu vous la garde !
    Merci ! Mahmoud va vous raccompagner à l’hôtel et vous emmener chez vous, décide Nora. Il est hors de question que vous partiez en taxi !
    Si Ramdhan accepte d’être raccompagné à l’hôtel, il refuse que Mahmoud le ramène à son village. Massi et Yamina s’installent dans la chambre de leurs parents après le départ de ce dernier.
    Yamina n’a pas quitté sa mère un seul instant. Elle s’est occupée d’elle, lui a fait sa toilette et lui a donné à manger comme on nourrit un bébé. Avec autant d’amour, avec autant de patience…
    Fathma semble plus sereine et plus calme. Elle a ce sourire heureux qui met du baume au cœur de sa famille. Même à Massi, elle lui sourit. Il est vite mis à l’aise. Mahmoud, après avoir mis Ramdhan dans un taxi, était revenu et avait proposé à Massi de faire un tour au village. Ils vont prendre un thé à la terrasse d’un café. Mahmoud le présente à ses connaissances.
    Lorsqu’ils rentrent à la maison, Fathma dort déjà. Mahmoud ne reste pas. Il prend les enfants avec lui. Nora lui donne quelques conseils. Elle n’a pas le cœur à rentrer chez elle. Elle veut rester avec sa sœur et tout savoir de ces années passées loin d’eux…

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  63. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 60e partie
    Par : Adila KATIA

    - Allez, viens !
    Nora doit prier sa sœur pour qu’elle accepte de s’asseoir sur le matelas qu’elle a installé en face du lit de leur mère. Ainsi, elles ne lui tourneraient pas le dos pendant qu’elles discuteraient à voix basse. Il y a longtemps qu’elle n’a pas surveillé le sommeil de sa mère. Au début, elle le faisait puis elle a engagé Hakima à plein temps. C’est elle qui s’occupait d’elle et gardait la maison. Ce soir, elle lui a donné sa soirée. Elle est dans la chambre d’amis. Elle s’y est installée depuis des années. Hakima a perdu ses parents dans un accident de la circulation alors qu’elle était au lycée. Un oncle l’a accueillie et aidée dans la vie. Après son échec au bac, elle avait passé un concours en paramédical. Une fois diplômée, Nora l’avait embauchée dans son cabinet. Elles avaient fini par se lier d’amitié. Hakima était devenue une sœur pour elle. Avec ce qui était arrivé à sa mère, Nora lui avait proposé de s’en occuper. Elle faisait son travail avec conscience. Hakima était la seule à qui elle pouvait confier sa mère et dormir tranquille. Cela n’avait pas été facile pour elle au début. Elle avait très mal vécu le fait d’avoir retourné chez elle. Le sentiment de l’avoir abandonnée lui avait causé bien des insomnies.
    Au moindre appel de Hakima, elle paniquait. Mais c’était au début. Sa mère n’avait pas eu de maladie et ne souffrait pas. C’est une chance.
    - Allez, raconte-moi…
    - Il me faudrait plus d’une semaine, plus d’un mois, même une année de temps, pour te raconter tout ce que j’ai vécu, murmure Yamina. Il m’en est arrivé des malheurs que je n’ai pas le cœur à raconter ! Sache seulement que j’ai vécu des moments difficiles et, el-hamdoullah, maintenant tout cela appartient au passé !
    - Tu restes bien mystérieuse, dit Nora qui s’impatientait de connaître de quoi avaient été faites ces années de silence. Yamina, qu’est ce qui s’est passé ? Je suis ta sœur, j’ai le droit de savoir… C’était si dur ? Que t’est-il arrivé ? Tu as mal tourné ?
    - Non… non, la rassure la jeune femme les yeux pleins de larmes. Je t’en prie Nora, un autre jour…
    Yamina se lève et va à la salle de bain. Elle se rafraîchit le visage, ne voulant pas céder à l’envie de pleurer. Elle respire profondément, calmement. Les mauvais souvenirs ne doivent pas lui gâcher le bonheur d’avoir retrouvé sa famille. Le cœur serré, elle regrette toujours de ne pas être rentrée avant que sa mère ait eu sa crise cardiaque. C’est un miracle si elle a tenu toutes ses années.
    Sa sœur a bien pris soin d’elle. Elle voudrait en faire autant qu’elle. Dans l’après-midi, quand sa sœur a paniqué, elle a eu peur qu’il y ait eu une complication. Elle s’en serait voulu à mort d’en être la cause. Même si sa sœur et son beau-frère ont dit que ce n’était pas la première fois, elle n’a pas pu s’empêcher de penser que son retour y était pour beaucoup. Elle a eu un choc en la voyant.
    La fin de la journée l’a rassurée. La tension était redevenue normale, et après le dîner et sa toilette, elle s’était endormie comme un bébé heureux.
    Lorsqu’elle sort de la salle de bains, elle se rend dans la chambre de ses parents. Elle constate que Massi ne dort pas encore. Il écoute une émission de radio, cette même radio qui ne quittait pas son beau-père de son vivant. Il la mettait dans sa poche et elle lui tenait compagnie. Il les avait quittés. Il restait tous ses biens. Elle n’avait pas envie de dormir dans sa chambre.
    - Ça va ? lui demande Massi en la voyant regarder autour d’elle.
    - Oui, oui, répond-elle en s’efforçant de sourire.
    Massi s’est assis sur le lit et lui fait signe de le rejoindre, en tapant dessus.
    - Tu te plais ici ? lui demande-t-elle.
    - Oui, ta famille est adorable, répond-il. Tu en as de la chance !
    - De la chance ? reprend-elle. J’aurais voulu retrouver ma mère en bonne santé ! Pouvoir parler avec elle, lui dire combien je regrette et combien je l’aime ! J’aurais voulu savoir et l’entendre me dire qu’elle me pardonne mes erreurs et … ! Tu comprends ! Il n’y a que cela qui pourra apaiser la douleur qu’il y a au fond de moi !
    - Elle t’a tout pardonné ! Ta mère t’aime ! Même si elle ne peut plus parler, ses yeux te l’ont dit ! réplique Massi avant de lui rappeler qu’elle avait mangé de sa main. Elle aurait pu le recracher mais au contraire, elle a apprécié tout ce qui venait de toi ! Cela devrait te rassurer et chasser à jamais ces idées !

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  64. Artisans de l'ombre Dit :

    e t’attendais 61e partie
    Par : Adila KATIA

    - Tu as certainement raison… Je vais retourner auprès d’elle, décide-t-elle. Je tiens à veiller sur elle…
    Massi comprend.
    - Vas y ! Bonne nuit…
    Yamina retourne auprès de sa mère. Elle trouve Nora en train de l’attendre. Même si elle n’est pas fatiguée, elle prétexte l’être pour ne pas avoir à répondre aux questions de sa sœur.
    - Si tu es fatiguée, je dormirais avec elle. Je voudrais la surveiller cette nuit…
    - Tu sais, elle a un sommeil paisible. Tu n’as pas à dormir ici ! dit Nora. Je vais m’en occuper. Va auprès de ton mari !
    Yamina ne veut rien entendre. Elle dormira dans la même pièce que leur mère.
    - Mais je suis là ! dit Nora. Je la surveillerais…
    - On la surveillera ensemble, réplique Yamina.
    Elle installe le matelas au pied du lit de leur mère. Nora a apporté des draps, des coussins et des couvertures.
    Une demi-heure après, elles étaient couchées. Même si elle ne parvient pas à trouver le sommeil, tout de suite, Yamina feint de l’être pour ne pas discuter avec sa sœur. Elle ne veut rien lui raconter de plus.
    Nora, qui est épuisée, s’est endormie. Yamina, qui attendait cet instant, quitte sa couche et va se glisser dans le lit de sa mère. Elle glisse un bras, sous son cou puis l’attire contre son épaule. Elle la garde dans ses bras comme le ferait une mère avec son enfant. Sa mère toute frêle a la taille d’un enfant. Elle est aussi fragile qu’un enfant. Yamina, le cœur battant très fort, prie pour que Dieu lui prête longue vie. Elles ont tant de choses à rattraper.
    Elle la garde ainsi pendant toute la nuit. Sa mère s’est accrochée à son cou, semblant à l’aise. Et ce, jusqu’au matin…
    Yamina avait fini par s’assoupir. Au petit matin, une légère toux secoue sa mère et la réveille. Yamina tend le bras et allume la lampe de chevet.
    - Nora ! Nora !
    Celle-ci qui dormait à poings fermés, se redresse d’un coup. Elle voie la couche vide de sa sœur et quitte son matelas.
    - Qu’y a-t-il ? demande-t-elle.
    Quand elle l’aperçoit dans le lit, elle manque de s’emporter contre sa sœur.
    - Mais qu’est ce qui t’a pris de dormir avec elle ?
    - J’en mourris d’envie. Mais pourquoi tousse-t-elle ?
    - Redresse toi… Aide moi à l’asseoir !
    Yamina se redresse et la tient assise, contre elle. Nora apporte un verre d’eau. Elle l’aide à en boire un peu. La quinte de toux finit par passer.
    - Hamdoullah, dit Yamina qui a eu chaud. J’ai eu peur… sa toux était si brusque… est-ce que c’est la première fois ? demande-t-elle à sa sœur tout en descendant du lit, lentement, prenant soin de poser doucement sa mère, sur les coussins que Nora avait glissés derrière.
    - C’est déjà arrivé, la rassure Nora. Je vais lui placer le masque à oxygène… Branche l’appareil, s’il te plait !
    Yamina s’exécute. Leur mère lui semble bien calme. Elle respire tranquillement. Rassurée, Yamina s’en va faire sa toilette puis entre dans la chambre où dort son mari, pour se changer. Massi dort encore. Elle fait le moins de bruit possible et sort de la chambre aussi silencieusement qu’elle était entrée.
    Dans la cuisine, elle tombe sur Hakima en train de préparer le petit déjeuner. Elle sourit en la voyant.
    - Svah el-kheir, lui dit-elle. Vous avez passé une bonne nuit ?
    - Oui merci.
    - Café ou lait ?
    - Je prendrais du café, dit Yamina. Mais laisse, je vais me servir ! Tu n’es pas une bonne ! Tu fais partie de la famille… Nora m’a beaucoup parlé de toi, en bien. Je te remercie pour tout ce que tu as fait pour ma mère !
    - Je ne fais que mon devoir, répond Hakima. Et je me suis très attachée à elle…
    Elle lâche les tasses qu’elle a en main lorsque Nora crie. Un cri qui donne la chair de poule et qui dresse les cheveux de la tête. Fathma est morte…

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  65. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 62e partie
    Par : Adila KATIA

    L’enterrement a lieu le jour-même, en début d’après-midi. La nouvelle de la mort de Fathma avait fait le tour des foyers du village et des environs. Ils seront nombreux à y assister. La famille et les proches resteront après l’enterrement, pour soutenir Nora. Ils seront surpris de voir Yamina, après toutes ses années. Ils présentent leurs condoléances, ont des mots de réconfort pour Nora et prennent des nouvelles de Yamina qu’ils auraient aimé revoir dans d’autres circonstances.
    Celle-ci pleure toutes les larmes de son corps. Si Nora était prête mentalement à ce que leur mère les quitte un jour, Yamina aurait voulu avoir plus de temps.
    _ J’ai eu juste une nuit…Je n’ai pas pu me rassasier de sa présence, dit-elle. Je n’ai pas pu parler avec elle. Elle ne m’a rien dit !
    Hakima s’efforce de la réconforter.
    _ Il y a longtemps qu’elle ne parlait plus ! Au contraire, hier, en te voyant, elle a tenté de parler…elle t’a pris la main, lui rappelle-t-elle. Tu te rends compte, elle t’avait reconnue alors que ta sœur allait te mettre à la porte !
    _ Peut-être que c’est à cause de moi qu’elle est morte ?émet Yamina. Toutes ces émotions…
    _ Non, non !l’interrompt Nora. Maman était à bout, c’était un miracle qu’elle ait tenu aussi longtemps ! Ne te mets pas ce genre d’idées en tête, elle était heureuse de te voir ! N’oublie jamais qu’elle t’aimait…
    _ Je suis une fille indigne ! Je l’ai fait souffrir pendant des années ! Je m’en voudrais toute ma vie…Je regrette tant…
    _ Les regrets ne servent à rien. Cela ne changera rien à la situation, dit Nora. Tout ce que tu dois garder en ton cœur, sont les bons souvenirs ! Elle t’aimait, c’est tout ce qui compte !
    Mais les regrets la rongent. Yamina se laisse aller à son chagrin. Ni la présence de sa sœur, de son mari, de leur famille ne parvient à l’en tirer. Si les autres acceptent facilement sa mort, après l’avoir vu dépérir au fil des années, malgré tous les soins prodigués, ce n’est pas son cas.
    Elle était revenue pour être avec elle et non pas pour assister à sa mort. Elle n’a pas eu le temps de s’occuper d’elle comme elle l’aurait voulu. Durant des jours et des jours, elle ne quitte pas le lit de sa mère. Nora avait beau avoir changer les draps, les couvertures, Yamina espérait retrouver un peu de l’odeur de sa défunte mère.
    Plusieurs jours ont passé sans qu’elle ne se ressaisisse. Massi qui doit retourner en France, tente de la raisonner.
    _ Je te rappelle que notre vie est là-bas, lui dit-il. Je dois reprendre mon travail et toi, le tien !
    _ Je n’ai pas envie de bouger ! Je veux juste dormir…Laissez-moi dormir !
    _ Yamina, ton mari a raison, intervient Mahmoud. La vie ne s’est pas arrêtée…ta mère n’aurait jamais approuvé ton comportement ! Souhaite-lui de reposer en paix ! Allah irhamra elle te souhaitait d’être en paix, heureuse où que tu sois…
    Yamina fond de nouveau en larmes.
    _ J’aurais voulu l’entendre de sa bouche, murmure-t-elle. Jamais plus je ne serais tranquille ! J’ai tout gâché dans ma vie…
    Mahmoud tente de la réconforter.
    _ Aucune mère au monde ne peut vouloir ou souhaiter du mal à son enfant, lui dit-il. Qu’il l’ait contrarié ou pas ! Crois-moi Yamina, elle t’aimait et voulait ton bonheur !
    _ Je voudrais tant te croire !
    _ La vie continue, ton mari a raison, tu devrais l’accompagner!
    La jeune femme n’est pas prête à les écouter et encore moins à partir. Son moral est au plus bas. Massi finit par respecter sa douleur et lui laisse le temps de la dépasser. Le lendemain, il repart en France, en compagnie de Ramdhan. Même ce dernier tentera de la réconforter mais ses mots ne l’ont pas touché.
    Tout ce qui importe à Yamina est qu’on la laisse seule, avec sa peine, ses regrets et ses souvenirs…

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  66. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 63e partie
    Par : Adila KATIA

    Plus d’un mois avait passé, Yamina n’était plus que l’ombre d’elle-même. Elle ne quittait pas la chambre et recevait rarement. Hakima était chargée de lui tenir compagnie. Nora qui n’en pouvait plus des crises de larmes et de lamentations de sa sœur, était rentrée chez elle. Ses enfants, son mari et son foyer lui manquaient. Elle avait besoin d’eux, pour renouer avec la vie. Elle aussi pleurait encore leur mère. Mais Yamina était inconsolable. Elle comprend que ses regrets l’empêchent de dormir.
    Elle a acheté une nouvelle puce et un portable qu’elle laissait à Hakima. Massi les appelait chaque jour afin d’avoir des nouvelles de sa femme.
    _ Je suis perdue. Je ne sais pas quoi faire…
    _ Est-ce qu’elle se nourrit au moins ?demande Massi.
    _ À peine une bouchée ou deux…Si elle continue ainsi, je serais forcée de l’hospitaliser, dit-elle. J’ai peur qu’elle ne devienne folle ou qu’elle tombe malade…
    _ Il faudra la forcer à sortir de la maison, dit Massi. Elle ne va pas s’enterrer dans cette chambre ! Il faut trouver le moyen de l’emmener ailleurs…
    _ Je vais réfléchir à la question, promet Nora.
    En fait, elle y pense depuis des jours. Chaque jour, elle va voir sa sœur, lui parler et s’assurer auprès de Hakima qu’il ne manque rien à la maison.
    _ Hier soir, il m’a semblé entendre des petits bruits, comme si on grignotait…
    Nora regarde sa sœur.
    _ Et toi ? Tu as entendu du bruit, la nuit ? J’espère qu’on n’a pas de rongeur à la maison !s’écrie-t-elle qui en a horreur. Moi, je ne peux pas rester ici ! dit-elle en se levant. Yamina, ramasse tes affaires, tu viens avec moi ! Même toi, Hakima…Je demanderais à Mahmoud de placer des pièges !
    Nora s’était rappelée que sa sœur aussi, ne supportait même pas la présence d’un hamster. Alors la présence d’autres rongeurs lui faisait horreur, depuis toujours.
    _ Et les affaires de maman ?
    _ Ecoute, tu ne resteras qu’une nuit chez moi. Demain, si toutes les souris sont attrapées, tu reviendras ici ! Et je vous aide à vérifier les affaires de maman…On doit y mettre de l’ordre et donner ses affaires…
    _ Non. On garde ses affaires, s’écrie Yamina. Personne ne touche à ses affaires, tu comprends ! Personne !
    _ On fera comme tu voudras, promet Nora. Maintenant allons chez moi…
    Yamina veut bien la suivre. Hakima l’aide à s’habiller puis elles s’en vont avec Nora. L’air frais lui donne un frisson et des couleurs aux joues. Nora aurait pu les emmener en voiture mais elle s’était dit qu’un peu de marche leur ferait du bien, en particulier à sa sœur.
    Sur le chemin des gens les saluent. Tous connaissent Nora et veulent prendre des nouvelles de leur médecin. C’est aussi l’occasion de parler à Yamina, de rappeler que leur mère était une femme qui avait fait beaucoup de bien.
    Nora apprécie qu’on ne pose pas de questions indiscrètes à sa sœur. Tous savent et des rumeurs avaient fait le tour du village. Elle craignait que leurs questions ne l’indisposent. Elle leur est reconnaissance de ne pas imposer cette épreuve à sa sœur qui s’est coupée de la vie, depuis la mort de leur mère. Elle doit tout faire pour ramener un sourire, sur son visage.
    _ Nora, je ne me sens pas bien…
    Elle s’accroche à son bras, prise de vertige. Elle respire lentement.
    _ Si tu acceptais de te nourrir convenablement, tu ne serais pas malade !
    _ Mais je ne le suis pas…
    Malade de chagrin, aurait voulu ajouter Nora.
    _ On arrive bientôt. Appuie-toi à moi…
    Il ne reste qu’une centaine de mètres. Près de l’entrée de sa maison, il y a une voisine, el hadja Fatima. Elle les attend et les accueille chaleureusement. Elle les invite à entrer chez elle. Nora prétexte que sa sœur a besoin de se reposer. Une autre fois…
    _ Faites-moi plaisir ! insiste el hadja avant d’ajouter: Ta mère aurait accepté ! Allah irhamha, elle adorait passer du temps avec moi ! Si vous venez, je vous montrerais des photos, des vidéos où on était ensemble !
    Il n’en fallait pas plus pour que Yamina accepte l’invitation, surprenant sa sœur et Hakima…

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  67. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 64e partie
    Par : Adila KATIA

    - Alors, comme ça, vous avez été une de ses amies, s’écrie Yamina lorsqu’elle sort un album photos d’un meuble de son salon. Je suis heureuse de vous connaître… Nora ne m’a pas dit qu’elle avait des amies !
    Nora secoue la tête tout en soupirant. Ses yeux se remplissent de larmes.
    - M’as-tu seulement écoutée ? lui demande-t-elle. Cela fait des jours et des jours qu’on te parle ! Si j’avais su que tu voulais voir des souvenirs de maman, je les aurais sortis ! Je te prie de venir chez moi depuis des semaines ! S’il n’y avait pas des souris à la maison tu ne serais pas sortie de ton trou. On doit leur dire merci ! Elles ont réussi là où on a échoué !
    El-hadja sourit puis se met à appeler.
    - Sakina, on a des invitées ! C’est ma belle-fille, ajoute-t-elle à l’intention de Yamina qui l’interrogeait du regard.
    Sakina entre dans le salon. Le sourire aux lèvres, elle va vers elles et les embrasse sur les joues.
    - Soyez les bienvenues…
    Elle prend de leurs nouvelles, parle en bien de leur défunte mère qu’elle connaissait très bien.
    - Prépare-nous du thé, demande el-hadja.
    - Bien, vous voulez autre chose, propose Sakina, café, jus ?
    - Du thé, c’est bon, répond Nora.
    Sakina se retire à la cuisine. Yamina avait ouvert l’album photos et tournait les pages lentement, cherchant sa mère parmi les visages figés sur le papier glacé. Quand elle tombe sur el-hadja en sa compagnie, elle pleure. Il y en a plusieurs.
    - C’était au mariage de mon fils et de Sakina, lui raconte-t-elle. Elle venait souvent avant d’avoir cette crise… On passait des après-midi entiers dans le jardin, on parlait beaucoup, de tout et de rien !
    - Je regrette, el-hadja, de ne pas avoir été là pour elle, confie Yamina. J’ai conscience de l’avoir déçue et peinée ! Je crois que si je ne réussis rien dans ma vie, c’est parce que je suis maudite !
    El-hadja pose une main affectueuse sur son bras. Sur le ton de la confidence, elle se met à lui confier.
    - Comment peux-tu croire cela ? Ta mère t’aimait beaucoup et elle ne te souhaitait que du bonheur !
    - Si seulement c’était vrai ! soupire Yamina en essuyant ses larmes.
    - Je te jure que c’est la vérité ! Attends, dès que Sakina sera là, elle va te montrer des vidéos du mariage !
    Sakina apporte le thé et des gâteaux sur un plateau. Elle les sert, et avant qu’elle ne s’assoie, el-hadja lui demande d’apporter la cassette vidéo.
    - Montre lui ton mariage… elle veut voir sa mère…
    Sakina va chercher le magnétoscope de sa chambre et le branche à la télévision. Elle cherche dans un tiroir la cassette vidéo de son mariage. Comme il y a plusieurs cassettes, elle doit toutes les essayer. Nora commence à s’impatienter.
    - J’aurais dû mettre des étiquettes sur chacune d’elles, avec une date !
    Elle en essaie deux avant de tomber sur celle qu’elle cherche. Elle la glisse à l’intérieur du magnétoscope et appuie sur la touche lecture…

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  68. Artisans de l'ombre Dit :

    Je t’attendais 65e partie
    Par : Adila KATIA

    RÉSUMÉ : El hadja Fatima a plein de choses à raconter à Yamina. Elle et sa défunte mère étaient amies. Elles passaient beaucoup de temps à discuter. Lorsque Yamina lui confie avoir été maudite par sa mère vu qu’elle les a faits souffrir, el hadja demande à sa belle-fille d’apporter le film de son mariage pour que Yamina le voie. Sakina doit en essayer plusieurs avant de tomber sur le bon…

    - Sakina, on ne peut pas rester deux heures, dit Nora. Si tu peux avancer jusqu’au moment où ma défunte mère est filmée, cela nous arrangerait…
    Sakina appuie sur la touche avance rapide et elles peuvent voir les images du film de son mariage défiler. Dès que Fathma apparaît, elle appuie sur la touche lecture. Il y a un fond de musique, des bruits de conversations, des éclats de rire. On voit des femmes en tenues de fête, aller et venir.
    C’est une jeune fille, la nièce d’el hadja qui filme les grands moments de la fête. Elle s’est arrêtée après des invités, pour discuter avec eux. Tous ont laissé des messages aux mariés, des vœux de bonheur. Elle a tout enregistré. Que de souvenirs…
    _ Khalti, as-tu quelque chose à dire aux mariés ?
    Yamina a le cœur serré en voyant sa mère sourire et répondre spontanément.
    _ Qu’ils vivent heureux, dans la paix, le bonheur et la prospérité. Ma fille Nora est mariée ! J’espère être encore de ce monde lorsque Yamina reviendra ! Je donnerais une grande fête et c’est toi qui filmeras !
    _ Inch Allah…
    _ Sache que je mourrais en paix quand je la verrais ! Si je quitte ce bas monde sans l’avoir vue, je ne trouverais jamais le repos !
    _ Vous ne lui en voulez pas ?
    Fathma secoue la tête.
    _ Jamais ! C’est ma fille ! Je l’aime malgré tout…Inch Allah que je ne mourrais pas sans l’avoir vue ! Je voudrais qu’elle sache que je l’aime et que je n’ai rien à lui pardonner ! Je ne lui en veux pas d’avoir fait ses choix, c’est sa vie ! En tout cas, je l’attendrais…Si Allah veut bien m’accorder une faveur, c’est bien celle-ci ! Je voudrais attendre ma fille…la mort pourra bien m’emporter mais après l’avoir revue ! Je partirais le cœur tranquille !
    Yamina manque s’évanouir tant l’émotion est forte. C’est tout ce qu’elle rêvait d’entendre depuis longtemps. Comme pour s’assurer qu’elle avait bien entendu, elle demande à Sakina, de repasser la partie où sa mère parle d’elle. Elle regarde plusieurs fois pour se convaincre de ne pas rêver éveiller, le temps que les mots parviennent à calmer son cœur et à y ramener la sérénité. Les larmes de peine se transforment vite en larmes de joie. Elle saisit la main de sa sœur et la serre très fort.
    Elle m’attendait, leur dit-elle, toujours aussi émue. Elle m’aimait toujours !
    Elle essuie ses larmes tout en soupirant profondément. Pour la première fois depuis des semaines, elle sourit. Elle est soulagée d’un poids indicible. Sa mère lui a pardonné. Elle l’a attendue pendant toutes ces années.
    Aujourd’hui, le fait de savoir qu’elle l’a toujours aimée, lui permet de se remettre de sa perte et de mieux affronter l’avenir.
    Yamina est retournée en France, emportant avec elle, les photos des vidéos souvenirs pour les visionner lorsque sa mère lui manquera. Au village, on n’était pas surpris de la voir débarquer récemment. Elle veut rattraper le temps perdu avec sa famille, les amis. Grâce aux mots magiques de sa mère, elle a renoué avec la vie, avec tout ce qui la compose. Elle est en paix, elle est heureuse…

    Fin
    A. K.

    Vos réactions et vos témoignages sont les bienvenus : adilaliberte@yahoo.fr

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