Voxpopuli : Réponse à «l’homme ne descend pas du singe»
En lisant votre article, j’ai été étonné de certaines données qui y figurent ainsi que de la manière dont celles-ci ont été exposées puis associées à des textes religieux qui ne traitent pas de ce domaine, enfin pas directement.
En effet, parler de la théorie de l’évolution comme vous le faites me paraît un peu léger de la part d’un esprit universitaire. Un esprit qui est censé fournir un travail d’objectivation dépouillé de toute appréciation personnelle. Vous citez des exemples d’espèces vivantes, qui, selon vous, n’ont pas changé tout en oubliant – volontairement ou par méprise ? – d’évoquer des données importantes et incontournables. En ce sens, vous faites croire à nos lecteurs que les abeilles n’ont pas changé alors que les recherches les plus avancées et étayées par des faits réels montrent qu’il en existe environ plus de 20 000 espèces. Comment pouvez-vous affirmer la fixité de cette famille d’insecte alors qu’elle s’est déclinée en des milliers d’espèces en l’espace de 100 millions d’années ? La même question vous est posée concernant les chauves-souris, les fourmis et les tortues. Pour ces dernières, vous affirmez qu’elles n’ont pas changé alors qu’il en existe 326 espèces : des espèces marines, aux doigts fusionnés, et d’autres terrestres. Malgré cela, vous persistez et vous dites qu’elles n’ont subi aucune transformation ? Aucune ?! Un autre exemple me paraît également intéressent à évoquer : les loups et les chiens. La théorie de l’évolution explique, avec des arguments solides, que ces deux sous-espèces différentes n’ont pas de barrière d’espèce. Beaucoup de traits physiques les séparent et malgré cela il existe un ancêtre commun. Et vu qu’il n’y a pas de barrière d’espèce, l’interfécondité entre ces deux sous-espèces est possible aboutissant à la naissance de ce qu’on appelle les chiens-loups. Comment, en face de cette simple constatation, de ces transformations, vous ne vous posez pas de questions ? Monsieur, il est tout à fait clair qu’il faut avoir un minimum de raisonnement, comme vous le dites. Mais aller jusqu’à dire qu’il faudrait avoir peur de se transformer en gazelle ou autre chose me paraît n’être qu’un argument vide de profondeur. Il ne s’agit pas ici de transformations d’homme en gazelle ou de vaches en hippopotames. Il s’agit d’espèces qui se transforment en s’adaptant aux caprices de l’environnement qui les entoure. Il s’agit de génomes qui évoluent suivant les signaux perçus de ce même environnement. Enfin, il s’agit d’études sérieuses qu’il ne faut absolument pas prendre à la légère. Les hommes de science, les évolutionnistes, cher Monsieur, savent très bien qu’il y a des espèces qui n’ont pas beaucoup changé, mais ils savent aussi qu’une adaptation d’un organisme vivant peut aboutir à une relative fixité de forme mais pas toujours d’espèce. Aussi, vous citez les dires d’un paléontologue dont on n’a pas le nom pour étoffer votre argumentaire. Permettez-moi d’attirer votre attention sur le fait qu’un argument d’autorité ne fait aucunement office de preuve dans une discipline scientifique. Les dires ne reflètent que la propre conception de ce savant et n’en constituent pas pour autant une preuve scientifique. Par ailleurs, et en outre, j’attire votre attention sur des faits récents mais tout aussi importants à évoquer : les questions qui se posent actuellement en milieu scientifique ne résident pas dans la réfutation de l’évolution, que beaucoup de faits prouvent, mais dans la manière dont celle-ci agit. Le schéma classique que vous évoquez ne correspond pas toujours aux explications qui sont mises en avant au XXIe siècle par les scientifiques en ce sens qu’il existe des espèces qui ont évolué en une période de temps relativement courte pour évoquer une adaptation à l’environnement liée à des mécanismes épigénétiques qui ne peuvent être rattachés au hasard comme l’ont constaté des scientifiques à l’instar d’Ives Coppens. D’autres questions restent, en revanche, en suspens : l’origine de la vie (je parle ici de la première molécule qui a commencé à se répliquer elle-même et donner toute une organisation architecturale remarquable) ne peut être rattachée à un quelconque chaos moléculaire aboutissant à un ordre. En effet, l’un des principes de la thermodynamique, l’entropie, n’explique pas qu’un chaos puisse donner un ordre (la vie). La vie va à l’encontre du hasard. La science nous amène ainsi à des frontières, et celles-ci à des questionnements. Si vous les franchissez, vous foulerez d’autres sols, cher Monsieur, et surtout pas celui de la science. Enfin, sachez que l’honnêteté intellectuelle nous oblige en science à nous arrêter là et à ne pas mélanger un discours scientifique à des assertions théologiques car, comme vous le savez, l’esprit universitaire dont vous vous revendiquez pousse l’homme de science à faire preuve d’objectivation et de détachement quand il s’agit de faire des recherches scientifiques sérieuses. Vous êtes libre de croire à ce que vous voulez, mais vous n’avez pas le droit, absolument pas, de mêler la science à vos convictions personnelles.
Dr Amirouche Sadoun, médecin, praticien en neurochirurgie
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http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/05/14/article.php?sid=134120&cid=49












14 mai 2012
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