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Tacle des lendemains de scrutin Par Ahmed Halli

14 mai 2012

Ahmed Halli

Chronique du jour : KIOSQUE ARABE

halliahmed@hotmail.com
L’Algérie a donc voté le 10 mai : des islamistes peu convaincants, mais accrédités, ont perdu. Des islamistes convaincus et subrogés (le barbu et le barbant) ont gagné. L’Alliance verte, installée à demeure, a vaincu la tempête verte soufflée par le «printemps arabe». Il n’y a pas à dire, l’Algérie n’est pas un pays comme les autres, et encore moins un pays arabe comme les autres. Ce qui n’est pas fait pour rassurer, loin de là, et qui renvoie sine die le débat autour de l’urgence d’édifier un musée pour contenir le FLN et ses turpitudes. 
Quant au choix de société, il suffit de lire quelques titres de la presse arabophone pour s’en convaincre. Comme tout ce qui rassemble et divise, le football est un excellent indicateur des tendances du moment. Il se joue devant des millions de téléspectateurs, et ceux qui le pratiquent sont des modèles, à défaut d’être des idoles. Prenons deux journaux arabophones au hasard, celui qui fait bien les choses : le joueur algérien Ghillas a fêté samedi dernier l’accession de son club, Reims, en Ligue 1, la première division française. L’occasion était propice aussi pour étrenner son titre de meilleur joueur et meilleur buteur de la Ligue 2, et saluer sa sélection chez les Verts. Normalement, un tel évènement aurait dû susciter la satisfaction, faute de fierté, mais pas au pays où le parti du FLN a décrété l’amnésie autour de ses fondamentaux, comme la proclamation du 1er Novembre et la plateforme de la Soummam(1). Au lieu de cela, il a eu droit à un tacle violent et dangereux qui vise sans doute à remettre en cause sa sélection en équipe nationale. Ghillas devra donc jouer les prolongations pour se qualifier puisqu’il a été montré, avec photos à l’appui, comme le joueur indigne qui a fêté l’accession de son club avec une bouteille de vin. Il est heureux que l’autre journal ait gardé quelques réminiscences vinicoles puisqu’il précise que la bouteille que Ghillas tenait contenait du champagne. Mais il rappelle tout de même que le vin est l’impureté des impuretés et la malveillance des malveillances. Il aurait pu ajouter que le choix était tout à fait normal puisque la ville de Reims est située en Champagne, la région qui a donné son nom à la boisson préférée des riches Levantins(2). Si j’étais un apôtre tardif de la tempérance agressive, j’aurais ajouté qu’à force de marquer des buts dans la lucarne adverse, là où habite le diable paraît-il, il était fatal qu’il en subisse la riposte. Comme la formule a marché avec M’bolhi, et deux ou trois jours de l’EN, la tentation était facile de récidiver avec les nouveaux capés. Les voilà avertis : ils pourront courir la gueuse après les matchs, mais à l’abri des photographes. Comme tout Algérien, Ghillas est autorisé à prendre de la bouteille, mais jamais en la tenant par le goulot, ce qui renvoie à une relation illicite et compromettante. Boire et forniquer en cachette, ou se faire attraper et traiter de mécréant, il faut choisir ! Ghillas jouera certainement en équipe nationale, mais gare à lui s’il rate un but tout fait, comme on dit dans le jargon sportif(3). Voilà pourquoi il me paraît avoir le profil idéal pour être la première victime collatérale des élections du 10 mai 2012, et sans l’avoir cherché, du brumeux et équivoque printemps arabe. Celui qui semble avoir été une autre victime collatérale du fatidique printemps, c’est le fameux Cheikh Al- Obéïkane, théologien émérite du royaume d’Arabie saoudite et «djihadiste» repenti. Il est surtout connu comme l’auteur de la fatwa autorisant les femmes employant ou fréquentant des adultes mâles à leur donner le sein, afin que s’établisse une relation de mère à enfants. Malgré l’indignation et la réprobation suscitée par cette fatwa, Al- Obéïkane n’avait pas été inquiété ni démis de son poste de conseiller théologique du cabinet royal. Il est vrai qu’il avait de qui tenir, en tant qu’élève de l’incontesté «Al-Ibn-Albaz», et qu’il produisait de surcroît un Hadith, authentifié, appuyant sa fatwa. Mais, à l’heure où l’Arabie saoudite s’apprête à intégrer le Bahreïn, menacé par la contestation chiite, dans son giron, il y a des priorités. Al-Obéïkane a simplement reproché à de hauts responsables saoudiens de s’éloigner de l’orthodoxie wahhabite et de favoriser la mixité homme femme. Ce qui revenait à accuser les grands du royaume d’avoir des idées derrière la tête au sujet des femmes. Comme il croit férocement en l’existence des mondes invisibles et des combats titanesques qui s’y déroulent, Al-Obéïkane a mis en cause l’action des «djinns» occidentaux. Il y a quelques années, dans une tribune publiée par un grand journal saoudien de Londres, il avait donné du corps à cette théorie en autorisant à utiliser la magie pour vaincre les forces maléfiques. Ce qui avait autorisé un confrère à reprendre à son compte le jugement de Bernard Lewis, selon lequel la place du wahhabisme dans l’Islam est semblable à celle qu’occupe le Ku Klux Klan dans la chrétienté. Cette fois-ci, Al- Obéïkane n’a pas seulement mobilisé les médias officiels contre lui, mais il a aussi attisé l’ire des théologiens du royaume. Touché sans doute lui aussi par le virus des ayatollahs, il a appelé les religieux saoudiens à ne plus être seulement des théologiens au service du pouvoir. Ce qui n’est pas très adroit, au moment où ses employeurs essaient de mobiliser l’opinion arabe et internationale contre le danger iranien qui est bien plus visible et pressant.
A. H.

(1) Les contempteurs de la plateforme de la Soummam (très minoritaires) ont rejeté la plateforme issue du congrès, parce qu’ils n’y étaient pas. Ils ont fait marcher l’Histoire à leurs pas. Que dira l’Histoire de la fête du 10 mai 2012 à laquelle plus de la moitié des convives n’a pas participé ?
(2) Un fabricant français sachant l’engouement pour la boisson qui pétille et pour les pétillantes jouvencelles qui vont avec, fabrique du champagne sans alcool, pour permettre aux nantis arabes de jouer les sybarites en toute bonne conscience.
(3) Je ne veux pas jouer les trouble-fête, mais je me dois de rappeler qu’il y a une différence entre le «péché de chair», plus difficile à commettre qu’il n’y paraît, et le «pêcher de chaire», que tout opportuniste et imposteur a le loisir de pratiquer en toute sécurité et impunité. Il y en a qui souffrent plus dans leur «chaire» perdue, que dans leur chair, protégée celle-là par une carapace imperméable.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/05/14/article.php?sid=134162&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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