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À M’HAMED EL KHATHIR ET TOUS LES ANONYMES QUI ONT FAIT LA RÉVOLUTION DU 1er NOVEMBRE 1954

16 mai 2012

Contribution

Voxpopuli : 50e ANNIVERSAIRE DE L’INDÉPENDANCE
À M’HAMED EL KHATHIR ET TOUS LES ANONYMES QUI ONT FAIT LA RÉVOLUTION DU 1er NOVEMBRE 1954

L’indépendance de l’Algérie a été chèrement payée par les Algériens, et surtout par ces anonymes non reconnus à ce jour par la Patrie. Ceci pour désavouer ceux qui prétendent que c’est de gré que le général de Gaulle avait offert sur un plateau d’argent ce pays qu’on continue de citer sur l’autre rive sous l’appellation du «Paradis perdu». 
Je connais El Hadj M’hamed peut-être plus qu’il ne se connaît lui-même, mais je n’avais jamais pensé à lui rendre un tel hommage. D’ailleurs, je ne cessais de me chamailler avec lui, lorsque rarement il évoquait, les larmes aux yeux, la torture qu’il avait subie lors de sa détention au niveau des camps de concentration. Malgré les supplices qu’il avait endurés, sa devise était : «Nous n’avons rien fait pour la Révolution en comparaison de ce qu’ont fait les Hommes.» Marqué à vie par les atrocités de la torture, à la seule prononciation du triste nom du capitaine Mathieu – ou Matti – de la ferme Germain, El Hadj sursaute et serre les dents. Il ne peut regarder un film qui traite des faits de la Révolution sans verser un torrent de larmes. Et si quelqu’un oserait lui dire que la France est le pays des «droits de l’Homme», il déverserait sur lui tous ses vomissements. Il m’était proche de par sa complicité avec mon défunt père qui avait subi les mêmes supplices et peut-être pire que lui. A cette époque, mon père était adulte dépassant la trentaine, tandis que l’El Hadj M’hamed n’avait qu’à peine 16 ou 17 ans, donc mineur, normalement protégé par la loi du pays des «droits de l’Enfant» qu’est la «Grande France». Mais ce qui m’a poussé à rendre hommage à M’hamed El Khathir, c’est la brève discussion que j’avais eue ces derniers jours avec Alilou, son benjamin. De passage devant le commerce que tient El Hadj à Zemmouri, je rencontre son fils Alilou ; bien avant que je demande les nouvelles de son père, Alilou me précède après le salut d’usage :
- Khali Amar, tu es venu voir El Hadj ; je sais qu’il est ton fidèle ami.
- Oui, ton père est non seulement un ami, mais pour moi il est un «zaïm».
- Je sais pourquoi tu parles ainsi de lui ; il y a quelques jours, El Hadj m’avait demandé d’appliquer une lotion sur son dos. C’était la première fois où je voyais le torse nu de mon père. C’était lamentable ! Tout son corps était «décoré» de traces qui gardent intact le genre de tortures qu’il avait endurées pendant la guerre de la Révolution. – C’étaient des brûlures au chalumeau, et tu n’as rien vu mon fils, car tu n’as vu que le torse. M’hamed El Khathir, de son vrai nom Gouri M’hamed, est né en 1942 pendant la Seconde Guerre mondiale. Quoi de plus triste que de naître en pleine guerre et de surcroît dans un pays colonisé par une puissance étrangère qui avait installé un ordre social diamétralement opposé, où l’indigène n’avait que des devoirs et le colon que des droits sur ce dernier ? El Hadj a mené donc une enfance d’indigène dans le dénuement, loin de l’école, privilège des nantis du système colonial. Cette catégorie d’enfants habitant des mechtas et des douars ne pouvait être qu’une matière première destinée à alimenter les besoins de la révolution du 1er Novembre 54. Ainsi, les paras avaient un argument de taille, et avec la complicité des hommes politiques français, ils se sont comportés avec ces mineurs comme s’ils avaient en face des «Fellaga» et non des enfants. Aucune circonstance atténuante n’a été accordée à El Hadj M’hamed qui – comme ses deux frères adultes – avait choisi le camp de la révolution armée à celui de «notre mère Patrie la France». Ce choix ne peut être innocent, c’est un choix d’adultes avec toutes ses conséquences heureuses et malheureuses. En contrebas du djebel Boudhar est niché le douar Ouled Youcef d’où est natif El Hadj M’hamed et d’où tout a commencé, les adultes se préparaient à la Révolution et se réunissaient fréquemment à l’appel du FLN – El Djebha – au lieudit Sidi Yahia, nom d’un saint, que porte le cimetière de cette contrée. Tout a commencé donc dans un cimetière peuplé de morts qui, pour la circonstance, avaient été forcément les témoins depuis l’Audelà. Si les vivants de ce monde n’ont pas daigné témoigner au profit de ces anonymes tels que l’Hadj M’hamed, il viendra le jour où ces morts qui avaient assisté d’une manière invisible à ces assemblées remettront les pendules à l’heure avec leur témoignage impartial. Toi l’homme qui n’as connu ni enfance, ni jeunesse sans inquiétude, et qui as dévoué sa vie entière pour la noble cause, tu mérites bien les égards pour ton sacrifice. Mon cher El Hadj, aucune compensation matérielle ne pourrait égaler le prix des souffrances que tu as endurées. Tu as subi les atrocités les plus méprisables : la gégène, la baignoire, le chalumeau, la bouteille, la pendaison, la cuve, l’indignation… toutes sortes d’atrocités où même les organes intimes n’ont pas été épargnés. Mon père m’a tout raconté, il avait beaucoup de peine pour toi car tout jeune tu as été entraîné dans une cause dont tu ne connaissais pas la gravité des actes. Tu as perdu deux êtres qui te sont très chers, tes frères Rabah et Ahmed. Et pour atténuer cette première souffrance, tu as donné les prénoms de tes frères chahid à deux de tes enfants. Ce message codé est un signe significatif de lutte contre l’oubli de ceux qui se sont sacrifiés afin que vive l’Algérie souveraine et indépendante. Malgré que tu n’aies obtenu aucune reconnaissance officielle pour services rendus à la Révolution, tu demeures le véritable Militant Révolutionnaire par ton engagement et ton amour pour la Patrie.
Amar Benbourenane

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/05/15/article.php?sid=134179&cid=49

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À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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