A longueur de journée, et Dieu sait combien elles sont longues et pénibles les journées chez nous, certains continuent à aiguiller des explorateurs de fortune égarés, sans bouger de leurs bureaux et sans se départir de leurs portables. D’autres, haletant, ne cessent de courir après un croûton qui s’éloigne en chantant : «Jri ya guellil, jri». Le soir, lorsqu’ils sont fatigués de courir, lorsqu’ils n’en peuvent plus de lutter contre la vie pour lui enlever une croûte de t’mermid, et lorsqu’ils ne peuvent plus retenir leur envie de hurler à la face de cette indifférence aristocrate et trop bourgeoise qu’on appelle humanité, alors ceux qui dormaient sursautent et crient au scandale. A l’ingratitude. A la trahison.
Les chiens n’hésitent pas à accourir et les fenêtres, jusque-là éclairées, plongent soudain dans l’obscurité. Il paraît que les bougies de nos jours s’éteignent au premier cri de la rue et que ceux qui se targuent de les tenir ont peur de se brûler. C’est que ces messieurs tenaient les bougies non pas pour éclairer, mais pour être vus.














17 mai 2012
El Guellil