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Bachir Hadj Ali et son rêve de fiancées délivrées des transactions secrètes (1/2)

19 mai 2012

Abdelhakim Meziani

Samedi, 19 Mai 2012 10:00

La chronique de Abdelhakim Meziani

Par : Abdelhakim Meziani

En ce mois de mai, je ne peux m’empêcher d’avoir une pieuse pensée pour un être au parcours militant exceptionnel. à un enfant de la Casbah dont le seul crime, si crime il y a bien entendu, était d’avoir osé scruter de ses yeux myopes ses rêves de fiancées délivrées des transactions secrètes, de couples harmonieusement accordés, d’hommes équilibrés en présence de la femme et de femmes à l’aise en présence de l’homme. Il savait de quoi il parlait ce chantre de la culture citadine, ce poète des Mémoires-clairières, blindé de certitudes et dont la résistance physique était décuplée et amplifiée par l’amour de sa femme. Je ne peux qu’être redevable à Bachir Hadj Ali, puisque c’est de lui qu’il s’agit, car il avait su en son temps et mieux que quiconque sanctifier sa foi en l’homme, porté qu’il était par un lointain appel à la prière du soir qui lui rappelait, comme se plaisait à le souligner l’artiste peintre  Mohammed Khadda, la douceur des crépuscules quand il ne l’ancrait pas  davantage à la vie. Ce n’était donc pas sans raisons si Le torturé d’El-Harrach rêvait de danses rythmiques sur les stades, de tournois géométriques inter-lycées, de joutes oratoires entre les crêtes et les vallées, de son peuple valeureux cultivé et bon, d’un pays sans tortures et sans prisons. Dans ses Rêves en désordre, cet enfant terrible de La Casbah éternelle faisait la part belle  aux îlots rieurs et aux criques ombragées de nos écoles buissonnières, aux cités verdoyantes silencieuses la nuit dans le fahs d’Alger, aux villages blanc bleu sans trachome, aux fleuves profonds sagement paresseux et aux sources annonciatrices de ceriseraies des hauteurs du Djurdjura, des monts de Miliana ou de Tlemcen l’emblématique capitale des Zianides. Bachir Hadj Ali était plus qu’un incorrigible barde. Il était, à l’évidence, un visionnaire qui n’hésitait pas à souhaiter à son peuple des usines fuselées et des mains adroites, des bibliothèques cosmiques au clair de lune, une pièce par enfant, une table transparente par famille et une nappe fleurie par table.  Mohammed Khadda me disait, à propos de celui qui rêvait de concerts l’été dans les jardins suspendus, que c’était tout à l’honneur du Parti communiste algérien d’avoir promu au faîte de son organisation le rêve et l’imaginaire, un poète au lyrisme généreux, un homme pudique qui, maintes fois dénudé, avait su dans la dignité se draper d’espoir et opposer l’intelligence et la raison aux vaines turpitudes de la négation. Il ne pouvait en être autrement pour ce mélomane averti, ce poète des cantiques cristallins et du basilic, héritier légitime s’il en est de ces imams-poètes d’Alger qui avaient su, en puisant leur sève fondatrice dans l’Islam de la tolérance et de la quête du savoir, opposer leurs armes à l’invasion française et sauver de la culture de l’oubli des pans importants du patrimoine musical citadin pour que les arceaux de nos Andalousies perdues se remettent à chanter, s’il est permis de paraphraser ainsi un grand ami, l’architecte Abderrahmane Bouchama. S’il est vrai que le travail accompli par votre modeste chroniqueur sur la musique classique algérienne relève de réminiscences remontant au temps où la ville andalouse de Cadix portait le nom des Banou-Meziani et d’une appartenance irréfragable à une somptueuse médina qui a donné de nombreux baliseurs du désert, il n’en reste pas moins que je le dois beaucoup à Cheikh Tahar Meziani, mon père imam féru de l’art cher à Mohammed Sfindja, et aux nombreux écrits de Bachir Hadj Ali sur le patrimoine me tenant à cœur. Comme le disait si bien Roland Rhaïs, quand un Algérois emprunte une ruelle, bleue d’ombre et de chaux, d’Irun, à la frontière franco-espagnole, d’abord il sera saisi d’un dépaysement comme s’il se retrouvait, là, dans sa Casbah natale. à plus forte raison lorsqu’à son oreille monte la voix d’une petite mendiante, une mélopée si identique à l’incantation des meddahine. Mais que fait, là, ce pur sïah, cette complainte algéroise ? Quel message envoie au voyageur la fillette ? La réponse aux questions pertinentes de Roland Rhaïs permettra de mieux situer l’œuvre ethnomusicologique de Bachir Hadj Ali.
(A suivre)
A. M.
zianide2@gmail.com

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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