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OU EN SOMMES-NOUS CINQUANTE ANS APRES ? 1 – La fête dans la tristesse

20 mai 2012

Nour-Eddine Boukrouh

Contribution : 1962-2012 : 

Par Nour-Eddine Boukrouh
noureddineboukrouh@yahoo.fr
La nouvelle série de contributions que nous entamons aujourd’hui sera consacrée au cinquantenaire de l’Algérie indépendante. Quoi ? L’Algérie ne serait âgée que de cinquante ans ? Non, l’histoire de l’Algérie remonte à plusieurs millénaires, sinon tous les quinquagénaires en vie et plus seraient plus âgés qu’elle, ce qui serait un non-sens.
Ceux qui sont nés en 1962 ont le même âge qu’elle ; ils ont prématurément vieilli et ont le sentiment d’avoir vécu pour rien, tandis que ceux qui les dirigeaient au moment où ils sont nés les dirigent toujours, comme s’ils allaient en rajeunissant. De Gaulle qui, en 1962, était là aussi, a quitté le pouvoir en démissionnant il y a 43 ans, et le président français nouvellement élu est quinquagénaire comme l’était son prédécesseur. C’est à croire que notre mère-patrie n’a enfanté qu’une seule fois, qu’elle n’a mis au monde qu’une portée et que, sitôt venue au monde, celle-ci s’est dépêchée de stériliser la mère génitrice afin que nul ne vienne réclamer une part de l’héritage. En principe, joie et tristesse sont deux états émotionnels qui ne se combinent pas. L’une peut précéder l’autre ou lui succéder, mais il est rare qu’on les ressente en même temps. Il n’y a pas de fête triste ou de tristesse joyeuse, chacune possède ses occasions et son cérémonial, et toutes deux répugnent à être mélangées. Elles ont toutefois quelque chose en commun, les larmes : on pleure en effet quand on est trop triste ou trop heureux. Pourquoi alors ce titre ? Parce que la plupart des Algériens attendent le cinquantenaire de leur Indépendance sans enthousiasme et comme s’ils devaient déférer à un rite tombé dans l’indifférence. A quelques semaines du cinquantenaire, l’ambiance qui prévaut dans le pays n’annonce pas la liesse. Ni chez le peuple ni chez les dirigeants, on ne semble pas avoir le cœur à la fête. Pourtant, il va falloir organiser des festivités pour marquer ce cinquantenaire, ne serait-ce que pour marquer le coup devant l’étranger. On va devoir accrocher des drapeaux neufs partout, passer des programmes spéciaux à la télé, convoquer les troupes folkloriques du pays, mais ces festivités programmées ne suffiront pas à inciter les citoyens à aller danser de joie sur les places publiques. Qui dit festivités ne dit pas forcément fête. La joie n’a rien à voir avec les gestes protocolaires, l’illumination des édifices, les lampions et les feux d’artifice ; elle fuse du cœur, éclate dans la tête, illumine les visages et n’a pas besoin de déploiement de grands moyens pour s’exprimer. On a la face épanouie, la mine rayonnante, l’air détendu et on a envie de sauter au cou des autres, de danser et de rire. La joie authentique n’est pas administrative ; on ne peut pas la commander, l’acheter ou l’importer. C’est une effusion spontanée, un élan naturel vers les autres, un partage et non un air emprunté, des accolades froides et des sourires forcés. Là, on est dans l’hypocrisie, la mise en scène et le préfabriqué. Et quand c’est feint, ça se sent et se voit tout de suite : on rit jaune, on a un rictus à la place du sourire, une mine défaite, un air abattu et on dégage l’impression d’être en berne. Il est plus facile dans le contexte actuel d’organiser des funérailles que des festivités. Les mines sombres s’y prêtent et on n’a pas besoin de se forcer pour paraître affligé ; on l’est tous les jours en sortant de chez soi. Dès qu’on monte dans le transport public ou engage sa voiture dans la circulation, la bonne humeur disparaît. Cette tristesse naturelle est en outre grevée d’un inexplicable sentiment d’angoisse parce qu’on s’attend à tout moment à ce qu’il se produise quelque chose d’absurde. Si le gros des Algériens est triste à l’approche de la fête de l’Indépendance, baptisée aussi «Fête de la jeunesse», ce n’est pas parce qu’ils n’aiment pas l’indépendance ou la jeunesse, mais parce qu’ils ne voient pas quoi fêter. Quand ils plongent dans le passé, ils n’en remontent pas avec la nostalgie de la colonisation, mais avec le sentiment qu’ils ont été privés de quelque chose et que les promesses de leur lutte de libération et de l’indépendance n’ont pas été tenues : où est en effet «l’Etat démocratique et social» inscrit dans la Déclaration du 1er Novembre 1954 ? Où sont la liberté, la dignité, l’égalité, la justice sociale et la démocratie, tant de fois martelées dans les discours ? Où est l’unité nationale quand la nation est divisée et que la guerre contre le terrorisme, commencée il y a vingt ans, se poursuit ? Et lorsqu’ils se projettent par l’imagination dans le futur, ils sont pris de vertige : que deviendra leur pays dans les prochaines cinquante années, lorsqu’il n’y aura plus de pétrole ? Ces cinquante années d’indépendance, ils en ont finalement passé la première moitié à réunir les conditions de la «crise», et la seconde, à en vivre les affres. La liesse, la vraie liesse, c’était celle des premiers jours de l’indépendance immortalisés par les caméras de la presse mondiale et des films comme La Bataille d’Alger. Elle n’a duré que quelques jours car les combats fratricides avaient déjà commencé pour la prise du pouvoir. On n’a jamais revu cette liesse. Quand, plus tard, les foules sont sorties dans la rue, ce n’était pas pour donner libre cours à leur liesse, mais à leur détresse et à la casse. Ça a commencé il y a un quart de siècle et ça ne s’est plus arrêté. Il n’y a pas eu de défilé militaire depuis 1990. Nos commandos n’ont plus paradé sous nos yeux admiratifs sur l’avenue de l’ALN, ils se battent contre les «résidus du terrorisme », crapahutant dans les djebels à la recherche des derniers «égarés» ou déployés le long des frontières où les «résidus» du GSPC, devenus AQMI, ont fait main basse sur des territoires voisins. De toute façon, cela fait longtemps qu’on ne célèbre plus les fêtes nationales. Seules les fêtes religieuses sont encore accueillies avec un semblant de joie, mais elles ne sont pas spécifiques à l’Algérie et à son histoire. La politique, qui a déteint sur elles, les a attristées aussi. Il y a plus de signes extérieurs de religiosité dans la rue que jamais, mais il n’y a pas plus de bien dans la société, plus d’honnêteté, plus d’altruisme ou plus d’amour du pays. Au contraire, il y a moins de bonté, moins de fraternité, moins de tolérance et moins de patriotisme. C’est que l’islamisme ne pousse pas les gens vers leurs prochains, mais à leur rejet s’ils sont jugés différents, et les actes qu’il recommande ne sont pas tournés vers le bien de son prochain ou de son pays, mais dédiés à Dieu en échange de «haçanate». Islamisme et joie de vivre sont incompatibles, et toute manifestation de joie est tenue pour «îb» (indécence). Le 5 Juillet 1962 est le résultat du 1er Novembre 1954. On fête le premier et commémore le second. En 1984, nous commémorions le trentenaire du déclenchement de la Révolution : l’Algérie indépendante était âgée de 22 ans, et non de 50, comme aujourd’hui. Elle était jeune, en pleine possession de ses forces, unie et vivait dans une totale sérénité. A cette occasion, et comme je le fais aujourd’hui à l’approche du cinquantenaire, j’avais publié dans Algérie actualité une série d’articles qui tranchaient avec l’optimisme ambiant et la quiétude générale. Dans «Crimes et châtiments» (18 octobre 1984), j’écrivais : «Bien des responsables ont atteint depuis des lustres leur seuil d’incompétence, mais ils sont toujours là, défraîchis et inconscients de leur anachronisme… Il en est même qu’il a fallu arracher de leur fauteuil presqu’à l’arracheclou. Tel Attila, l’herbe ne repoussait plus là où il passait… Certaines situations généreraient la malvie même sur la Lune. Quand les portes se ferment sans raison ou ne s’entrebâillent que pour laisser passer une ombre furtive, quand tout est motif à dérogation, autorisation et bakchich, il ne faut pas s’étonner que les gens en viennent à escalader les murs, à grimper sur les toits, à passer par les caniveaux, à s’accrocher aux gouttières pour trouver le passage qui les mènera à la solution de leurs problèmes… Qui répondra de ces crimes ? Qui châtier ? Le malheur est qu’il y a un comptable pour tout, un juge pour la moindre faute. En l’occurrence, c’est l’histoire qui nous jugera et nous châtiera, peut-être pas en nos personnes, mais en la personne d’innocents qui ne sont peut-être même pas nés… N’avons-nous pas payé, nous, pour des fautes commises par des générations qui nous ont précédés de plusieurs siècles ? N’a-t-il pas fallu près d’un siècle de révoltes noyées dans le sang, puis sept années de féroces combats qui nous ont coûté le dixième de notre population pour laver notre pays de cette infamie qu’a été la colonisation ? A quelques jours de la célébration de l’anniversaire de notre retour à l’histoire active, à l’histoire assumée, toutes ces réflexions devraient nous fouetter afin que jamais plus notre pays ne sombre dans des tragédies comme celle du colonialisme et du sous-développement» (fin de citation). Huit ans plus tard, notre pays sombrait dans une autre tragédie, la «tragédie nationale», mais celle-là ne m’était pas venue à l’esprit. Le 1er novembre 1984 paraissait «Peuples et Histoire» où je posais cette question : «Que serons-nous dans trente ans, en 2014 ?» Nous y sommes presque. J’y disais ceci : «Dans sa configuration psychique actuelle, le peuple algérien est un peuple aux ambitions élevées, un peuple travaillé par le désir de grandeur, un peuple qui ne veut plus bricoler, mais entreprendre de grandes choses. Il ressent le besoin de se hisser au niveau du monde du troisième millénaire, il ne veut pas rester à la traîne des nations avancées, il a hâte d’en finir avec la dépendance économique, la pauvreté, le sous-développement et tout ce qui rappelle la chute dans le temps, la faillite générale et la colonisation. Il faut lui insuffler l’élan vital… Les peuples qui vont loin, qui tiennent longtemps dans la durée à l’état actif, sont ceux qui se prescrivent des vocations, qui se posent comme devise : «Soyons réalistes, demandons l’impossible»… De tels peuples savent distinguer le simple objectif d’un plan de développement, des tâches historiques. Un objectif, ce peut être la création d’écoles, la multiplication des Souks-El-Fellah ou l’inauguration d’une aire de stockage par un ministre. Mais la tâche historique, c’est la fertilisation d’un désert, l’édification de villes nouvelles sur les Hauts-Plateaux, la conquête du Sud comme d’autres conquirent leur Ouest… Les peuples dans l’histoire ne meurent jamais de mort naturelle, ils se suicident… Que sera l’Algérie dans trente ans, en l’an 2014 du troisième millénaire ? (fin de citation). Quelques semaines après, je revenais sur le sujet dans «L’obligation des vivants» (6 décembre 1984) qui était axé non pas sur les trente années écoulées, mais sur les trente années à venir. J’y posais une autre question qui paraissait alors attentatoire à l’orgueil national : «Avons-nous un avenir ? Aujourd’hui, nous sommes dans cet avenir.» En voici quelques extraits : «Novembre a vécu. Ce mois que nous avons voulu cette année une longue et éblouissante Toussaint en l’honneur de ceux qui ont payé de leur vie la rançon de notre libération est passé. Il laisse les vivants songeurs sur ce qu’il convient de faire pour que l’existence que les martyrs leur ont léguée comme une épreuve ne soit pas une vaine durée physique dans le temps destructeur. Les morts ont tenu parole et accompli leur obligation envers le pays. Le monde entier en est témoin. Les vivants leur sont redevables de tout, et notamment de la fierté qui leur fait lever haut la tête parmi les peuples, et du pétrole qui les a déshabitués de la faim et de la misère. Sortis de leur chronologie, ce mois et son symbolisme vont-ils aussi sortir de leur psychologie, de leur conscience ? Vont-ils, passée la fête, dire adieu à leurs saints et revenir chacun à leurs fins personnelles, ou, au contraire, avoir honte et s’employer à faire plus et mieux à l’avenir pour donner du patriotisme de convaincantes expressions pratiques…? Novembre a été l’occasion d’une revue rétrospective du passé. Mais il peut être aussi celle d’une réflexion sur l’avenir, d’une projection trente années en avant pour essayer d’imaginer ce que nous serons en l’an 2014. Tout le monde connaît le bilan de clôture laissé à la postérité par les morts. Quel bilan laisseront les vivants dans trente ans ? Que sera l’Algérie à l’aube du troisième millénaire grégorien ? … Avons-nous un avenir ? De prime abord, la question choque, indigne. Ce n’est pourtant pas une insulte. Des nations autrement plus fortes et sûres d’elles-mêmes que nous se la posent à voix haute devant des phénomènes ou des défis comme la montée du chômage, le déclassement de leur industrie ou leurs difficultés à opérer les mutations technologiques rendues nécessaires par l’accélération de l’histoire et l’avènement de convives inattendus au banquet de développement…» (Fin de citation). Quelles réponses apporter aujourd’hui à ces questions posées il y a vingt-huit ans ? A-t-on le sentiment d’avoir avancé ou reculé ? La «tragédie nationale» dont on n’est toujours pas sortis n’évoque-telle pas un suicide national ? Ne sont-ils pas majoritaires les Algériens qui pensent que c’était mieux ces années-là, que nous vivions dans une totale sécurité, qu’il n’y avait pas cet étalage de richesses indues, de corruption et de régionalisme, qu’il n’y avait ni islamisme ni terrorisme, et que nous étions mieux considérés dans le monde ? Avant, le pouvoir justifiait son incapacité à résoudre les problèmes de la nation en soutenant qu’il n’avait pas assez de moyens pour faire le bonheur de tout le monde. Aujourd’hui, il a les moyens, il ne sait que faire des excédents de moyens sous lesquels il croule, mais il n’y a toujours pas de travail, de logements, de justice et de « kima» pour tous. Donc pauvre ou riche, avec ou sans moyens, l’Algérie est vouée à être malheureuse. Avec ou sans moyens, l’Etat est incapable de créer une dynamique économique créatrice d’emplois, une dynamique intellectuelle propice à l’amélioration de l’éducation et du civisme chez les citoyens, et une dynamique politique qui aurait instauré la confiance entre les citoyens et leurs institutions et préparé la relève. Pourquoi ? Je me trouvais il y a une dizaine d’années à Mexico en compagnie de notre ambassadeur dans ce pays, l’honorable M. Taffar. Ce jour-là, les Mexicains célébraient leur fête nationale, et notre ambassadeur m’avait emmené sur la gigantesque place où se rassemblent les Mexicains pour fêter les grandes occasions. Des dizaines de milliers de citoyens de toutes conditions affluaient vers cet endroit, chargés de drapeaux et rayonnants de joie. Des orchestres exécutaient des airs qui n’étaient pas de la musique militaire mais des romances qui vous pénètrent l’âme. A un moment, je me sentis submergé de tristesse devant cet étalage si naturel d’amour patriotique et ne pus retenir mes larmes. Je voulais me cacher de notre ambassadeur à qui je n’aurais pu expliquer mon état s’il m’avait interrogé. Cette tristesse qui m’avait fendu le cœur était celle que m’inspirait l’état de mon pays lointain. L’Algérie, c’est un vaste pays, un grand peuple et de considérables ressources naturelles, mais ce n’est encore ni un Etat définitivement stabilisé, ni une société cimentée et homogène, ni une économie aux bases solides. Cela fait deux mille ans que le chantier est ouvert, que des générations de main-d’œuvre se relayent, que les matériaux brûlent au soleil, sans que les travaux aient abouti à un ouvrage définitif. Telle une société en faillite qui voit ses actionnaires se disperser, elle est réduite à sa plus simple expression : des richesses naturelles qui dépérissent, du temps qui s’écoule inutilement et des êtres humains qui déambulent dans la vie désabusés et sans but. Tout le monde est malheureux, se plaint et rechigne ; tout le monde peste contre les dysfonctionnements et les désagréments, mais personne n’admet qu’il est lui-même la cause de l’un ou de l’autre, nul ne reconnaît que sa propre carence est à l’origine de celle des autres, que nous nous valons tous et que nous sommes, dans le mal, les exactes répliques les uns des autres. Parce que nous avons peu fait ensemble au cours des deux derniers millénaires, parce que nous avons été soumis à des influences étrangères disparates, nous éprouvons de la peine dans les temps présents à entreprendre ensemble et à nous trouver des dénominateurs communs. Une réflexion sur nous-mêmes s’impose, exigeant, pour comprendre ce qui nous arrive depuis toujours, de parcourir d’un regard neuf notre itinéraire historique, de scruter les abysses de notre être, de fouiller dans nos mentalités et nos traditions, à la recherche du sens de nos comportements passés et présents car c’est là qu’est nichée l’explication de nos drames anciens et récents. Une réflexion commence par des interrogations. En voici quelques-unes : pourquoi avons-nous été tant de fois colonisés ? Pourquoi sommes-nous si souvent en désaccord entre nous, préférant parfois comme un moindre mal l’arbitrage de l’étranger ? Pourquoi nos plus sûres références ne remontent- elles qu’au 1er Novembre 1954 ? Pourquoi tardons- nous à devenir un Etat permanent, une société homogène et une économie fonctionnelle ? Ces questions essentielles ont été ignorées, éludées ou enfouies sous des montagnes de mensonges et de fard, mais ce que nous avons connu depuis 1988 les a remontées à la surface, réclamant des réponses dont la nécessité est aussi impérieuse qu’une boussole pour un marcheur qui a perdu son chemin. Nous allons proposer, à travers la série inaugurée aujourd’hui, une lecture susceptible de jeter une lueur de clarté sur notre sort à travers les âges. L’histoire, c’est le recensement et la description des faits ; la philosophie de l’histoire, c’est la recherche de leur sens, leur interprétation cohérente. Les idées et les explications qui seront mises en avant dans ce cadre pourront paraître brutales, les mots durs et les jugements sévères, mais ils participent d’une méthode pédagogique destinée à faire apparaître sinon la vérité, du moins le vraisemblable. La thèse générale est que nos problèmes anciens et récents viennent des idées que nous portons, ces idées ont forgé tout au long de notre histoire une psychologie, cette psychologie a déterminé nos comportements, et nos comportements ont créé la réalité qui est la nôtre aujourd’hui.
N. B.
Dimanche prochain :
2) La Mère-patrie et ses enfants.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/05/20/article.php?sid=134406&cid=41

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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2 Réponses à “OU EN SOMMES-NOUS CINQUANTE ANS APRES ? 1 – La fête dans la tristesse”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    1962-2012 : OÙ EN SOMMES-NOUS CINQUANTE ANS APRÈS ? 2 – La mère-patrie et ses enfants Par Nour-Eddine Boukrouh
    27 mai 2012Nour-Eddine Boukrouh
    Contribution :

    noureddineboukrouh@yahoo.fr
    C’est en principe le féminin qui enfante du masculin, mais il y a deux cas au moins où c’est le masculin qui a enfanté du féminin : le premier est celui d’Eve qui, selon les religions, est issue d’Adam, et le second, celui de patrie qui, bien que féminin, est issu du masculin «pater» qui signifie père en latin.
    Le mot mère vient aussi du latin «mater» et désigne la femme qui a enfanté, mais, paradoxalement, la mère-patrie est le «pays des pères». Pourquoi pas le «pays des mères» d’autant, qu’en anglais, on dit «motherland», qu’il existe des sociétés matriarcales, et que la majeure partie des pays porte des noms à consonance féminine ? On ne sait pas. En dehors du machisme, il n’y avait aucune raison de dire «patriote» et «patriotisme» au lieu de «matriote» et «matriotisme». On s’y serait fait. Lorsque Solon rédigea le fameux Code qui porte son nom, on lui demanda pourquoi il n’avait pas inclus parmi les crimes répertoriés pour composer le premier code pénal celui du «parricide». Le législateur grec eut cette réponse : «Parce que j’espère que ce crime ne sera jamais commis.» Personne n’avait jugé utile de l’interroger sur le «matricide». Cette manière de voir révèle, en dehors du sexisme des origines, deux choses : dans le cas d’Adam et d’Eve, l’homme n’est pas supérieur ou égal à la femme, il lui est curieusement antérieur. Dans le cas des nations, le patriotisme est associé à l’homme et la patrie à la femme au foyer qui met au monde de robustes et vaillants enfants qui l’aimeront et la défendront alors que cela n’a pas toujours été vrai. On a beau écrire qu’«on appartient à sa patrie comme on appartient à sa mère», beaucoup d’hommes ont trahi leur patrie ou leur mère, et dans l’histoire de beaucoup de nations des Jeanne d’Arc et des Fatma n’Soumer se sont levées pour incarner et défendre la mère-patrie en péril. Avant le 5 juillet 1962, notre mère-patrie était un ensemble de départements français, et nous des apatrides, car nous n’étions ni français ni algériens. Ce n’était pas la première fois qu’on était orphelins, et les Français n’étaient pas les premiers à nous enlever notre mèrepatrie à notre barbe et sous notre khchem. Les Ottomans et les Romains les ont précédés dans la pratique du kidnapping, et pour des durées beaucoup plus longues : quatre siècles environ pour les uns et les autres. On appelle ce genre de rapt le colonialisme, ses auteurs les colonisateurs, et ses victimes, les colonisés. Mais lorsqu’un de nos compatriotes s’est levé un jour pour émettre l’avis qu’il y avait peut-être un peu de notre faute dans ces serial kidnappings, des «patriotes» le couvrirent d’injures comme si c’était lui qui avait remis les clés du pays aux Romains, aux Turcs puis aux Français. Il avait commis le matricide d’écrire dans un livre paru à Alger en février 1949 ( Les conditions de la renaissance algérienne) : «Pour cesser d’être colonisé, il faut cesser d’être colonisable. » On lui en voulut pour ce blasphème antipatriotique plus qu’aux colonisateurs. C’était pourtant vrai, puisque colonisés nous l’étions, et que colonisables nous cesserons d’être le 1er Novembre 1954 parce que vingtdeux jeunes Algériens l’avaient enfin décidé. La mère-patrie, terre des ancêtres, n’est pas régie par les lois de la biologie mais de l’histoire : elle naît, croît ou stagne, mais jamais ne meurt ; elle peut se porter comme un charme ou rester dans le coma pendant des siècles ; on peut la négliger et la livrer à la colonisation, comme on peut la libérer d’une occupation et la rajeunir. Maternelle, elle se plie aux volontés de ses enfants et subit leurs outrages sans souffler mot comme devant ceux qui, parce qu’ils ont contribué à sa libération, voient aujourd’hui en elle une mineure placée sous leur tutelle. On peut remplacer son nom par un autre (Tamazgha, Numidie, Ifrikya, Régence d’Alger, Al-Djazaïr, Algérie…), la rendre prospère ou misérable, généreuse ou intolérante. Elle peut aussi changer de descendance et adopter une autre progéniture, comme cela s’est vu en Australie, en Amérique ou au Mexique où les premiers habitants étaient noirs ou rouges, et qui sont aujourd’hui pour la plupart blancs et blonds. Le président américain est noir alors que les premiers habitants des Etats-Unis n’étaient ni noirs, ni blancs, ni blonds. La Palestine ne sait plus si elle est juive ou arabe, et les pieds-noirs disaient que l’Algérie leur appartenait parce qu’ils avaient mis en valeur sa terre et construit ses villes modernes. Le Coran dit : «Nous donnons la terre à ceux parmi nos créatures qui y accomplissent des œuvres utiles.» Le critère de la propriété, ici, n’est pas l’héritage, mais l’usage. C’était déjà la philosophie du socialisme algérien et de la Révolution agraire pour ceux qui s’en souviennent. Que doit-il advenir de la terre qu’on ne valorise pas ? Faut-il qu’elle soit perdue pour tout le monde ? Le principe coranique pourrait devenir un jour un principe de politique internationale et être opposé à ceux qui occupent inutilement des terres alors que l’humanité a besoin que tous les espaces de la planète soient exploités et fructifiés pour la survie de l’espèce car les ressources naturelles s’épuisent, tandis que la démographie mondiale croît de plus en plus vite. La mèrepatrie algérienne, notre terre nourricière, a de tout temps été riche par le fait de la nature, ou de la Providence si l’on préfère. Elle l’a bien dotée en lui donnant l’étendue, des terres fertiles, un sous-sol regorgeant de ressources hydriques, minières et fossiles, en diversifiant ses paysages et son climat, et en la pourvoyant d’une longue façade maritime. C’est de ces richesses que nous avons vécu à travers l’histoire sans toujours les mettre en valeur nousmêmes. Notre pays est un don du Sahara, comme on disait de l’Egypte qu’elle est un don du Nil. Mais nous n’avons pas toujours mérité de notre mère-patrie : l’œuvre de la nature était belle, nous l’avons ternie avec nos œuvres laides. Nous l’avons vidée de sa sève sans rien lui donner en retour. Comme d’autres mamans, elle a mis au monde des fils valeureux et des hommes éclairés, mais aussi des enfants indignes et des esprits obscurantistes. Les meilleurs sont morts en voulant la libérer, d’autres l’ont mal guidée et appauvrie, et certains ont même pris les armes contre elle. Elle a aussi été traitée comme une mère-porteuse dont les enfants ont été à d’autres, chérissant une belle-mère adoptive ou une famille d’accueil sur quelque continent. Un hadithdit : «Le Paradis se trouve sous les pieds des mères.» C’est parce que nous n’avons pas mérité de notre mère-patrie que nous avons eu la «tragédie nationale», c’est-à-dire l’Enfer sur terre. Notre mère-patrie nous a donné la vie, elle nous a nourris, instruits et soignés. Ce qu’elle a fait pour nous, elle voudrait pouvoir le faire aux générations à venir, nos enfants et nos descendants, mais elle a besoin pour cela de nous, de notre travail et de notre génie. Y sommes-nous disposés ? On fragilise sa mère-patrie quand on est dépendant de l’extérieur, quand on échange des ressources naturelles contre des produits et des services élaborés à l’étranger, quand on perd son élite, quand le peuple est démotivé, quand la politique, art de gérer les intérêts de la mère-patrie, est pervertie, quand le système éducatif est mauvais, quand on ne pense pas à l’avenir, mais au seul présent. De grandes infrastructures sont récemment venues embellir notre paysage et rendre fluide la circulation des véhicules et le transport des personnes, ou nous alimenter régulièrement en eau potable, mais elles ont été réalisées par des étrangers et payées avec l’argent de la nature, celui du pétrole. Malgré son âge canonique, notre mèrepatrie semble être encore dans les langes. Depuis les premiers Etats numides jusqu’à l’Indépendance, son histoire est jalonnée de luttes et de sacrifices pour combattre une occupation ou essayer d’établir un ordre intérieur. Elle a pu relever des défis comme celui du colonialisme, mais elle n’a pas réussi toutes les mutations nécessaires à une croissance normale, de sorte qu’à ce jour elle donne l’impression de n’avoir pas fini de naître, de vivre perpétuellement les douleurs de la naissance et de devoir à chaque tournant repartir de zéro. Aujourd’hui, elle est encore dans l’épreuve, luttant contre des pulsions de mort surgies de son sein, évoquant d’autres périodes où, après avoir semblé s’approcher du sommet d’une réalisation, ses enfants se hâtaient de rebrousser chemin, laissant en plan l’ouvrage devenu source de discorde. Quels que soient les noms qu’ils ont porté tout au long de leur histoire, et quoique celle-ci soit difficilement dissociable de celle de l’ensemble du Maghreb, les Algériens ont traversé les deux derniers millénaires avec un fonds mental invariable au cœur duquel les historiens ont été unanimes à repérer un certain nombre de caractères permanents comme l’attachement à la liberté, une grande sensibilité à l’injustice et aux inégalités et un sens religieux prégnant. Si ce viatique psychologique leur a suffi pour parvenir au XXIe siècle, il ne leur a pas permis de s’agréger les uns aux autres, d’édifier des systèmes sociaux dépassant les limites agnatiques et tribales, de s’agglomérer dans une structure étatique unitaire, de bâtir une armée nationale, de développer des modes de production collectifs et d’élaborer une culture supérieure. Tout en présentant les contours extérieurs d’une nation par le fait d’avoir en commun un territoire, des caractères psychologiques, une religion et une ou deux langues, ils n’ont que rarement pu les convertir en facteurs de regroupement, en faits de conscience générateurs d’institutions politiques et de systèmes sociaux, en dénominateurs communs et en mouvements d’ensemble. Leurs bonnes dispositions naturelles sont comme restées à l’état de virtualités non écloses et d’énergies éparses. A chaque invasion étrangère notre mère-patrie ne trouvait pas une conscience nationale pour la défendre, mais seulement des tribus valeureuses et des personnalités de premier ordre condamnées cependant à échouer car ne pouvant compter ni sur une mobilisation générale, ni sur une armée nationale, ni sur des structures économiques et sociales capables de soutenir un effort de guerre prolongé. Aussi, ses enfants en étaient-ils réduits à s’allier au nouveau conquérant pour se venger du précédent, aux Vandales pour chasser les Romains, aux Byzantins pour chasser les Vandales, aux Arabes pour chasser les Byzantins et aux Turcs pour chasser les Espagnols, dans un pathétique élan de libération qui se soldait à chaque fois par une nouvelle occupation, sans que les causes qui perpétuaient à l’infini cet engrenage ne soient saisies par leur conscience, rapportées à leur état social, identifiées, puis liquidées une fois pour toutes. En tant qu’individualités, les Algériens se sont de tout temps distingués par leur frugalité, leur générosité, leur courage, leur intelligence et beaucoup d’autres bonnes dispositions. Mais ils ne se sont jamais constitués en société cohérente, et ce stade leur est resté constamment interdit par leur faible inclination au consensus, à la systématisation des actions et au dépassement des contingences. C’est que, bonnes moralement et individuellement, ces qualités avaient, sociologiquement et politiquement, leurs revers. En fait, elles n’eurent à s’exercer positivement que ponctuellement, en tout cas plus volontiers quand il s’agissait de rejoindre un mouvement de révolte comme celui dirigé par Jugurtha, Takfarinas, Mazippa, Firmus, Koceïla, La Kahina, cheikhs Al Mokrani et Al Haddad, Bouamama ou d’autres, que lorsqu’il fallait se mettre au service d’une œuvre de construction comme celle initiée par Massinissa, Juba 1er, Ibn Rostom, Bologhine, Yeghmorassen, Abou Hammou, l’Emir Abdelkader ou d’autres. Les soulèvements dirigés par les premiers, comme les Etats fondés par les seconds, ne duraient en général que peu de temps avant de s’évanouir avec leurs promoteurs sous les coups de boutoir de l’étranger, des luttes intestines ou de la trahison. Les exemples sont nombreux et s’étalent sur les deux mille ans d’histoire connue de notre pays : nomades contre sédentaires, Massyles contre Massesyles, Kotamas contre Rostémides, Zénatas contre Sanhadjas, Zirides contre Hammadites, Almohades contre Almoravides, tribus contre aârouch, assimilationnistes contre nationalistes, harkis contre moudjahidine, et aujourd’hui, modernistes contre islamistes, arabophones contre francophones… Déglingués par les occupations successives, une colonisation chassant une autre, désunis depuis toujours, éparpillés à travers nos immensités, ou agrippés aux flancs de nos montagnes où nous nous sommes exilés pour fuir le conquérant, nous n’avons pas eu la latitude de consolider nos valeurs intrinsèques, systématiser nos aptitudes, optimiser le rendement de nos moyens, tirer de notre générosité ancestrale un «art de vivre d’une vie de nation». Nous avons été partie prenante à des projets généraux, à des travaux publics décidés par des étrangers et non issus de notre volonté. Nous avons aidé les Phéniciens à établir des comptoirs sur nos côtes, les Romains des cités sur nos plaines, les Turcs des forts sur nos collines et les Français une colonie sur nos terres cultivables. Nous avons été respectivement leurs nomades, leurs Barbares, leurs sujets et leurs indigènes. Nous avons contribué, dans la disparité et l’émiettement, à l’œuvre des autres chez nous et quelquefois loin de nos contrées. Dans le domaine intellectuel, Saint-Cyprien, Optat de Milev, Fronton de Cirta, Terentius le Maure, Porphyrien, Arnobe, Apulée de Madaure, Saint- Augustin et d’autres, ont beau être des nôtres, ils ont servi la gloire de la culture romaine et de l’Eglise. Ils ne pouvaient dédier leur génie à rien d’autre et à personne d’autre. Nous n’avons rien fait pour notre propre compte avec notre amazighité, très peu avec l’islam, et rien de décisif avec l’influence occidentale. C’est comme si la tâche historique de nous ériger en nation homogène et indépendante avait chaque fois été remise au lendemain par nos devanciers. D’ailleurs, c’est aux déséquilibres structurels laissés en l’état par les générations qui nous ont précédés que nous sommes confrontés actuellement. Ce qui a de toute évidence manqué aux Algériens pour réussir les grandes mutations intellectuelles, politiques, économiques et sociales qui ont permis à d’autres peuples de se hisser au rang de puissances imposantes et de sociétés homogènes, c’était de réaliser à la faveur des opportunités offertes par l’histoire le passage de l’individuel au collectif, du nomadisme à la sédentarisation, de la tribu à la nation, du raisonnement coutumier à la rationalité, de la quiétude fataliste à la prise en charge consciente et résolue de son destin. Pendant des siècles, ils se sont contentés d’une sorte d’autogouvernement à l’échelle du «aârch» ou de la «dechra», s’accommodant d’un ersatz de démocratie volontariste et informelle à base de vertus morales comme la «djemaâ» et la «touiza », embryons d’institutions inopérantes quelques kilomètres plus loin et totalement hermétiques aux améliorations suggérées par l’évolution. A aucun moment, l’Algérie n’a possédé l’équivalent d’un projet de société prenant en compte tout son territoire, toutes ses populations, toutes ses richesses économiques et culturelles agencés à l’intérieur d’une perception globale de l’Etat et saisis par la conscience générale comme des éléments fondateurs d’une identité collective. C’est comme si notre ADN ne comportait pas d’informations relatives au groupe, de données grégaires, d’hérédité sociale. L’ADN des sociétés c’est leur passé, et le passé, c’est le logiciel renfermant ce qui a été accompli ensemble, la somme des expériences collectives, des habitudes de travailler et de produire en relation les uns avec les autres, amassées tout au long du parcours historique. C’est le bilan, non pas de ce qui a été subi et supporté par tous, mais de ce qui a été réalisé de concert, en connaissance de cause, dans la liberté et la conviction. Ce sont toutes ces choses qui confèrent à une communauté le savoir-vivre ensemble, le savoir-faire historique, le «know-how» collectif qui la distingue des autres communautés. Ce sont ces influences réciproques, ces contraintes de groupe librement consenties, ces pratiques sociales séculaires, qui insèrent l’individu dans la communauté et le particulier dans le général. Ce n’est que lorsque les habitudes d’agir, de penser et de créer ensemble s’incrustent dans l’inconscient collectif et deviennent des mécanismes de symbiose et des institutions efficientes que le rôle de la communauté s’affirme et relativise celui des individualités exceptionnelles et des élites. Les valeurs les plus nobles, les vertus les plus hautes, les qualités les plus généreuses, quand elles ne sont pas activées à des fins générales, ni conditionnées pour devenir des matériaux de construction, quand elles gisent à l’état primaire au fond de l’individu, ou tout au plus au niveau de la tribu, deviennent des handicaps, des défauts, des vices rédhibitoires quand il s’agit d’instaurer des règles d’organisation collective et de fonctionnement général. C’est ce qui explique que notre mère-patrie ait mis au monde davantage de héros libérateurs que de héros civilisateurs, que notre peuple soit plus connu pour ses faits d’armes que pour ses réalisations pacifiques, et que les «défis» nous aient toujours paru plus attrayants que l’invitation à nous engager dans des œuvres de longue haleine requérant assiduité, discipline et synergie. Quand on a trop longtemps vécu sans l’intervention d’une culture associative qui structure et organise les particules élémentaires que sont les individus autour d’une propriété délimitée, d’un travail régulier et d’un code social, quand on a pu traverser les siècles sans ordre politique stable, ni contraintes juridiques d’aucune sorte, quand on n’a été que les spectateurs indifférents d’Etats érigés par des étrangers sur son propre sol, l’idée que des systèmes sociaux et des édifices institutionnels soient indispensables à la vie ne se présente même pas à l’esprit, et le sens collectif ne trouve dès lors ni comment ni où se former. C’est un miracle qu’il ne soit pas arrivé aux Algériens ce qui est arrivé aux Indiens d’Amérique, aux aborigènes d’Australie ou aux civilisations précolombiennes que la persistance dans des modes d’organisation révolus, ajoutée à la cruauté des conquérants européens, ont précipité dans le néant.
    N. B.
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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    1962-2012 : OÙ EN SOMMES-NOUS CINQUANTE ANS APRÈS ? 3 – L’origine de tous nos problèmes Par Nour-Eddine Boukrouh noureddineboukrouh@yahoo.fr
    3 juin 2012Nour-Eddine Boukrouh
    Contribution :

    La Révolution du 1er Novembre 1954 mise à part, les Algériens n’ont pas une mémoire claire et vivante des grandes choses qu’ils auraient entreprises dans le passé. Leur histoire est un feuilleton de soulèvements mais pas une recension de leurs réalisations.
    La liste de nos hommes d’Etat et d’esprit, toutes époques confondues, ne remplirait pas une ou deux pages du dictionnaire Larousse. 99% de nos rues portent des noms de martyrs et chaque commune possède son cimetière de chouhada, mais nous n’aurions pas de quoi remplir un modeste panthéon où reposeraient nos penseurs, nos grands hommes et nos génies scientifiques. C’est au carré des martyrs d’Al- Alia qu’on enterre ceux à qui on veut rendre un hommage exceptionnel, et c’est le plus grand honneur auquel eux-mêmes pouvaient aspirer. On peut d’ailleurs poser la question aux «historiques » et à nos présidents encore en vie. Notre histoire est par ailleurs ponctuée de trop de blancs, de trop de vides, de trop de silences : ils correspondent aux périodes de non-être historique. Nous ne portons pas le sentiment de continuer l’œuvre de quelqu’un d’antérieur à nous ou le souvenir de quelque chose qui évoquerait un courant existentiel ininterrompu ayant sa source au fond des âges. C’est pourquoi tout trahit en nous l’être sans curriculum vitae, le citoyen improvisé, le bounadem imprévisible. Notre antériorité est si courte que nous avons l’air d’être sortis frais émoulus des mains d’une nature retardataire. On dirait que notre inconscient collectif n’a pas stocké assez d’images primordiales, d’archétypes, de mémoire collective pour nous doter de réflexes semblables et permettre à chacun de nous d’y puiser les attitudes, les réactions et les gestes qui le rapprocheraient des autres et le rendraient compatible avec eux. Comment cela aurait-il été possible alors que nous ne nous sommes réunis que fortuitement autour de nos intérêts communs, d’un projet de vie collectif ou d’un dessein général ? L’Algérie a très tôt attisé les convoitises étrangères en raison de son emplacement géographique et de ses richesses, et c’est ainsi qu’elle connut de nombreuses invasions dont la plupart se transformèrent en occupation durable, donc en apports humains, culturels et linguistiques dont les uns furent assimilés et les autres rejetés. N’ayant pas eu le loisir d’être constamment utilisée, et surtout écrite, la langue amazighe se réduisit à des parlers que sauva leur usage régulier par des communautés comme les Touareg, les Mozabites, les Kabyles et les Chaouis. Les Etats érigés par les Romains, les Ottomans ou les Français sur nos terres n’ont ni impliqué ni concerné l’Algérien tout au long des mille ans qu’ils ont duré. Ségrégationnistes, oppressifs, inégalitaires et tournés vers les seuls intérêts de l’occupant, ils l’ont au contraire systématiquement spolié, humilié et dressé contre ses propres frères. L’organisation administrative qu’ils mettaient en place avait principalement pour but le contrôle des voies de communication et la levée de l’impôt avec le concours de chefs de tribus, de caïds, aghas et autres bachaghas que les divers envahisseurs trouvaient à leur service en contrepartie de quelques privilèges dérisoires et signes honorifiques. Autrement, ces institutions n’étaient que des plaquages superficiels sur une psychologie résolument réfractaire à l’étranger et consciente que celui-ci ne cherchait pas le bien des populations locales, mais seulement leur dépouillement et leur asservissement. A l’exception de petites minorités qui ont aspiré quelques fois à l’intégration, le gros des Algériens est resté éloigné des mœurs et des normes administratives imposées, et la haine de l’occupant s’étendait tant et si bien à ses formes d’organisation que lorsque celui-ci disparaissait l’idée négative que s’était fait l’Algérien de la notion d’Etat subsistait en son for intérieur, se muant à la longue en hostilité instinctive et en désaffection chronique à son égard. Privés du droit de cité sous les uns comme sous les autres, relégués au rang d’étrangers dans leur propre patrie, les Algériens croupissaient entre deux occupations dans la misère et l’ignorance en attendant le moment de se soulever derechef pour laver leur honneur et donner libre cours à leur dépit. Les épopées se suivaient ainsi et se terminaient sur les mêmes débâcles. Les mêmes causes engendrant les mêmes effets, et les mêmes idées menant fatalement aux mêmes situations, l’histoire des Algériens allait continuer à dériver et à tanguer entre les récifs au gré des vents et des tempêtes. Nous allions traverser deux longs millénaires sans laisser de traces d’un Etat central fait par et pour nous, sans marquer la nature par des réalisations d’envergure, sans inventer une technique ou faire une découverte scientifique, sans que nos mains ni notre cerveau n’impriment au temps et à l’espace des empreintes indélébiles. Les grands bouleversements, les découvertes capitales, les mutations essentielles apparaissaient ailleurs et nous éclaboussaient par hasard. Ils nous atteignaient par ricochet. Nous ne faisions pas l’histoire, elle nous portait et nous entraînait à vau-l’eau ; nous ne faisions pas des choses, il nous arrivait des choses. Tenus loin des courants de pensée et des débats qui ont provoqué les grandes avancées intellectuelles, scientifiques et technologiques, maintenus à l’écart des crues de l’esprit et des orages de la réflexion politique qui ont doté les autres peuples de lois et d’institutions pérennes, nous sommes demeurés des tribus, des arouch et des zaouïas faits de valeureuses individualités capables de courage et de sacrifice, mais incapables de syntonie. La liberté et l’esprit d’indépendance pour nos ancêtres tétanisés ce fut pendant tout ce temps le repli sous la tente, l’exil en haut des montagnes ou l’errance dans le désert, lieux inexpugnables et peu convoités, préférables en tout cas à la sédentarisation asservissante, aux plaines vulnérables et aux villes édifiées pour l’usage de l’occupant. L’attachement à la liberté porté par chaque Algérien depuis les temps immémoriaux n’a paradoxalement pas débouché sur une résolution collective à demeurer libres, et c’est pourquoi notre pays a passé le plus clair de son temps sous domination étrangère. Faute de pouvoir s’illustrer avantageusement, ce noble sentiment devait fatalement dégénérer en refus viscéral de la norme, de la loi et de l’ordre, quel qu’en fût l’initiateur. A force de s’exercer hors de tout cadre social et d’être ramené à des considérations purement subjectives, le sens de la dignité est devenu un enfermement sur soi, une fierté mêlant vertus et défauts, une opposition à toute considération publique ou civique. Il devint du négativisme alimenté par une culture de la ruse et de l’esquive résumée dans des expressions populaires insensées mais encore en vigueur de nos jours, sources toujours vivifiantes et tonifiantes de l’erreur de jugement et de l’aberration dans tous les domaines de la vie. La femme algérienne sera particulièrement victime de cette valeur subvertie en orgueil désuet, en machisme, en despotisme patriarcal, en infatuation de soi, en taghennante vaille que vaille. A bien y regarder, ce khéchinisme à fleur de peau qui fait se cabrer l’Algérien à la moindre remarque, au moindre reproche, n’est que l’envers d’un authentique sens de la dignité qui n’a pas trouvé les voies de son expression positive. Il cristallise plusieurs sentiments vitalistes caractéristiques de la psychologie algérienne qu’aucun malheur, aucune défaite, aucun aléa n’a pu détruire ou soumettre. L’extrême sensibilité de l’Algérien aux injustices et aux inégalités est une donnée constante de son tempérament et explique qu’il ait été de toutes les révoltes sociales et qu’il n’ait pas hésité à s’engager dans des schismes à vocation égalitaire comme le kharédjisme et le chiisme fatimide. Chaque fois que l’injustice l’a interpellé, à chaque manifestation de la hogra, il a répondu «présent» ! Si l’islam a conquis l’âme berbère à la différence des paganismes carthaginois et romain, du judaïsme et du christianisme, c’était précisément en raison de son adéquation avec les inclinations de nos ancêtres pour la liberté, la justice et les vertus morales. Aucune force n’a obligé les Algériens à croire en Allah, comme aucune n’a pu les contraindre à y renoncer. Voilà, grosso modo, dans quel état moral et social l’Algérien est parvenu au XXe siècle, et voilà sur quel canevas mental est venu se greffer l’Etat algérien issu de la plus grande entreprise jamais réalisée par les Algériens eux-mêmes et à eux seuls depuis l’aube des temps, la Révolution du 1er Novembre 1954. En venant à l’indépendance, en venant au monde en tant que nation et Etat souverain, nous n’avions que nos vertus morales ancestrales et nos réflexes asociaux hérités d’une longue habitude de vivre épars, indépendants les uns des autres, évoluant côte à côte et non les uns avec les autres. Les vertus morales, la solidarité traditionnelle, le volontariat, le militantisme, ne fondent pas les sociétés mais seulement les peuples. Ce sont des bouts de vérité, des morceaux d’institutions, des moments d’efficacité à la fortune du pot, de l’empirisme, mais pas des systèmes de vie résistants et durables. L’ampleur de la crise qui nous a frappés au cours des dernières décennies et les horreurs qu’elle a mises au jour ont dessillé les yeux des Algériens et leur ont fait obscurément prendre conscience que leurs problèmes n’étaient pas de nature économique et politique, comme ils l’ont d’abord supposé, et que la faillite enregistrée dans ces domaines eux-mêmes n’était qu’un nouvel écho, un autre avatar, la lointaine conséquence d’échecs plus anciens : ceux d’une communauté en perpétuelle gestation, ne se relevant que pour tomber de nouveau, et qui n’échappe à un naufrage que pour se mettre à préparer les conditions du prochain. La conscience populaire garde les stigmates de la confusion des premières années de l’Indépendance, et a encore en mémoire les luttes fratricides pour le pouvoir, la course aux biens vacants et le régionalisme. Quant à la « tragédie nationale» qui a commencé en 1992, elle n’est pas un souvenir lointain, un chapitre de notre histoire ou un fait pour illustrer une théorie, elle fauche chaque jour encore de nouvelles vies algériennes. Les problèmes algériens sont anciens, seule leur découverte peut être qualifiée de nouvelle. Au plan politique, les fléaux qui ont attaqué l’Etat algérien à la base et gangréné la fonction publique (clanisme, régionalisme, népotisme, clientélisme) ne sont que des survivances de nos anciens modes de cooptation et de regroupement. Ces germes nocifs ont résisté au temps, et ce ne sont certainement pas quelques décennies d’indépendance qui pouvaient les dissoudre. Aux plans idéologique et culturel, les dissemblances, les dissonances et les incompatibilités qui nous opposent aujourd’hui et nous divisent en visions du monde antagoniques et en «projets de société» inconciliables ne peuvent pas non plus s’être formées en quelques décennies. Leurs causes remontent à notre passé et leurs racines plongent dans les tréfonds de notre inconscient. Elles sont le résultat à long terme, la conséquence différée des anciennes intrusions étrangères dans notre pays, lesquelles, en devenant des colonisations durables, ne se sont pas limitées à l’accaparement de nos terres et de nos richesses, mais ont affecté nos idées, nos mentalités et nos comportements. Lorsqu’on a été longuement exposé à des sujétions physiques et morales de différentes provenances, il est naturel qu’on en garde des séquelles, qu’on perde les bases de sa personnalité, l’usage de sa langue et même sa mémoire. On devient des êtres hybrides, des composés d’influences diverses, des mélanges d’idées et d’idéaux contradictoires, étrangers les uns aux autres. C’est donc un phénomène de déculturation qui est à l’origine de nos déchirements et de nos valses-hésitations entre l’héritage amazigh, l’héritage arabo-musulman et l’héritage occidental. C’est à lui que nous devons principalement nos divergences politiques, et c’est ce qui explique que certains militent pour l’Etat islamique, d’autres pour l’autonomie de la Kabylie, et un plus grand nombre pour un Etat démocratique moderne. C’est à la prégnance de ces influences inégalement réparties sur les uns et les autres que nous devons les différences qui se manifestent à travers nos parlers, nos costumes et nos modes de pensée, et qui expliquent que nous ne soyons ni des Orientaux à part entière ni des Occidentaux accomplis, mais un conglomérat pathologique des deux. Le système d’enseignement mis en place à l’Indépendance n’a pas éteint cette dualité, ni remédié à cette schizophrénie, mais les a consacrées en approfondissant le clivage entre l’enseignement «religieux» et l’enseignement «profane», en envoyant en formation les uns en Orient et les autres en Occident et en mélangeant souci d’authenticité et souci d’efficacité, aboutissant en finalement à un enseignement produisant des arabisants, des francisants, des islamistes et des laïcs, mais pas des citoyens portant les mêmes référents, les mêmes valeurs et les mêmes conceptions de la société et du monde. Normalement, la première mesure conservatoire à prendre dans un tel cas est de ne pas accentuer les divisions et les clivages, de ne se préoccuper de ses différences que lorsqu’on a définitivement assuré le domaine de ses convergences et de ses ressemblances, mais nos instincts ataviques de division ont trouvé dans ces clivages l’occasion de se réactiver. A trop changer de modèle, on finit par ne plus savoir qui l’on est. Aussi le débat d’idées qui s’est ouvert à la faveur de l’adoption de la Constitution du 23 février 1989 ne pouvait-il que dégénérer en affrontements et en malentendus, d’autant qu’il n’avait été préparé ni intellectuellement ni politiquement. Le pouvoir malmené en Octobre 1988 y avait vu l’occasion de se maintenir et le moyen de se faufiler dans l’avenir sous un nouveau déguisement, mais il comptait sans l’extraordinaire force de rejet qu’il avait suscitée chez les uns et les autres, si bien que le «piège démocratique » se referma sur tout le monde. Les premiers partis politiques qui eurent à se constituer le firent en accaparant chacun un morceau de l’Algérie, l’un de l’une de ses langues, l’autre de sa religion, un troisième de la symbolique de Novembre et d’autres de ses travailleurs. Faute de posséder une vision unitaire d’avenir, ils se sont jetés sur le passé et le patrimoine commun pour le déchiqueter et frapper leurs rivaux avec l’organe arraché et le morceau de vérité subtilisé. Cela donna un leader rêvant de devenir un Aguellid, un autre al-Hadjadj, et un troisième Ataturk. Le premier a en mémoire le royaume numide, le second le califat et le troisième l’Etat laïc turc ou français. Ces symboles ont tous eu leur moment de mode dans notre passé, et chacun d’eux a laissé des traces dans l’imaginaire collectif. L’Algérie se trouva alors prise dans un ouragan qui la fit vaciller sur ses fondements. Les institutions artificielles s’effondrèrent d’un coup et le pays ne put compter au plus fort de la tempête que sur les corps constitués fondés sur l’ordre, la discipline et la hiérarchie pour le maintenir debout. La fitna se propagea et les démons du séparatisme affleurèrent. Dans la cohue, des voix s’élevèrent pour en appeler à l’intervention étrangère aux fins d’arbitrer les conflits surgis une fois de plus entre les descendants de Massinissa. De nouveau, les Algériens se retrouvaient en pleine effervescence anarchique, tentés par le retour au «chaos primordial» et au magma des origines. Les liens tissés par la lutte de libération nationale s’étaient effilochés à force d’irrégularités, de démagogie et de déception. Le processus associatif déclenché au lendemain de l’Indépendance s’enraya parce que mené sans prise en considération de la nature psychique et «chimique» des Algériens. La leçon de tout cela, c’est que tant les dirigeants que les dirigés avaient cru pouvoir déroger aux règles de la croissance naturelle des sociétés et leur substituer des méthodes «révolutionnaires» de resquillage. Non seulement ils n’y sont pas parvenus, mais ils ont aggravé leurs problèmes dans la mesure où, aux défauts déjà répertoriés, se sont ajoutées les déformations inculquées par le socialisme populiste. Si les colonialismes romain, turc et français s’étaient évertués à opprimer les Algériens, à les empêcher d’entreprendre, de posséder, de s’exprimer et de s’épanouir, force est de reconnaître que le populisme leur a réservé à peu près le même sort. Ils se sont finalement rejoints dans le résultat : obliger les Algériens à fonctionner clandestinement, à contourner les règles et les obstacles bureaucratiques, à se débrouiller, à recourir à la ruse et à l’astuce pour vivre, toutes habitudes malsaines et aléatoires qui n’annoncent pas la formation d’une société mais son déclin, sa déchéance dans l’encanaillement et la décadence. Nous sommes l’unique peuple dont on entend les membres se définir avec malice comme des «hchicha talba ma’icha», comme s’ils enviaient le sort de la plante et aspiraient à devenir des êtres chlorophylliens, oubliant que même les végétaux remplissent leur devoir dans la Création en transformant industriellement l’énergie qu’ils reçoivent en oxygène, et tiennent une place essentielle dans la chaîne alimentaire sans laquelle il n’y aurait plus de vie sur la Terre. C’est peut-être notre façon de clamer notre besoin d’être pris en charge, de nous en remettre à la nature, à Dieu ou à l’Etat pour nous nourrir. Si le combat pour l’Indépendance, au lieu d’être une guerre, une destruction par tous les moyens des forces et du moral de l’ennemi, avait été une construction comme les pyramides de l’ancienne Egypte, la muraille de Chine ou la fertilisation d’espaces désertiques comme la Californie, c’est-à-dire d’imposantes réalisations collectives requérant la mise en commun des idées, des volontés, des bras et des moyens techniques d’une société, il n’est pas certain que nous les aurions menées avec succès. La preuve ? Nous n’avons rien fait de tel en deux mille ans. Il n’y aucune trace sur l’ensemble de notre territoire d’un seul ouvrage durable construit par nous. On sait où se trouvent les ports phéniciens, les ruines romaines, les forts, les palais et les mosquées turcs, sans parler de ce qu’a laissé la France. Les ouvrages réalisés depuis l’Indépendance comme Maqam ech-chahid, l’autoroute ou la future grande mosquée d’Alger sont l’œuvre d’étrangers et ont été financés avec l’argent de la nature, du pétrole. Ce sont nos représentations mentales, nos conceptions et nos jugements sur nous-mêmes et sur les choses depuis la nuit des temps qui sont à l’origine de tous nos problèmes. C’est sur nos idées de toujours qu’il faut se pencher pour résoudre l’énigme de notre non-croissance sociale, de l’atrophie de notre instinct grégaire, de notre non-développement, car ce sont elles qui ont déterminé nos attitudes et nos actes à toutes les étapes de notre histoire. C’est à elles que nous devons nos tendances naturelles, nos réflexes et nos modes de réaction ; autrement dit, le dispositif mental qui guide nos actions dans toutes les situations d’une génération à une autre, et les oriente dans telle direction plutôt que dans telle autre, vers le désordre plutôt que vers l’ordre, vers la division plutôt que vers le regroupement, vers la guerre civile plutôt que vers l’union sacrée. Quand le «dedans» n’est pas homogène, le «dehors» ne peut qu’être incohérent.
    N. B.
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