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Hammam Sokhna, la perle du Sétifois par Farouk Zahi

1 juin 2012

Farouk Zahi

S’il est des agglomérations urbaines qui peuvent se targuer d’avoir surgi du néant, Hammam Sokhna doit certainement détenir la première place du podium.

Cet ancien minuscule groupement humain était jadis, constitué autour d’une antique source thermale et d’un moulin à grains. Connu pour ses eaux chaudes, ce lieu traditionnel de cure était rattaché avec l’agglomération secondaire de Taya, à la commune coloniale dénommée Pierre Curie qui fut débaptisée au lendemain de l’Indépendance pour prendre le nom d’Oum Laadjoul. Produit de la défunte Révolution agraire, cet ancien village agricole inauguré en 1983 par le Président Chadli Bendjedid, prit une courbe fulgurante de développement au fur et à mesure qu’il changeait de statut administratif. Erigé dès 1990 en chef lieu de Daïra, ce centre urbain a rendu la RN 75 (ex CW 112) plus attrayante à parcourir. Par où faut-il aborder cette halte thermale ? Située à l’extrême sud- est de Sétif, elle y est distante de 55 kms, au sud d’El Eulma, elle n’y est qu’à 22 kms. Au nord-ouest de Batna, elle peut être ralliée à partir de cette dernière en moins d’une heure de roulage, soit une distance de 75 kms. Et c’est, en ce samedi 26 mai, à partir de la capitale des Aurès, que nous décidions de rejoindre Sétif, via Hammam Sokhna.

La tentaculaire agglomération de Batna à qui ses propres habitants reprochent quelques petites tares, dont celle du flux automobile, n’en demeure pas moins une ville moderne même si parfois elle est turbulente. La veille du départ, Rachid et Chaabane, des amis autochtones, et moi-même devisions en cette fin de journée printanière sur un banc des Allées mythiques Ben Boulaid. Bien en face de nous, le buste en bronze de l’illustre chahid, comme s’il nous prenait à témoins, semblait dire « Vous voyez : A cœur vaillant, rien d’impossible !.. J’avais donc raison ! ». Avait-il de son vivant pensé que son nom, sera porté par cette large avenue entourée, jadis de casernements militaires ? Le hasard a fait qu’un carrousel d’autobus des transports urbains, marque l’arrêt au pied de la stèle qui lui est dédiée. Le puissant freinage fait faire à ces engins une sorte de révérence à cet ancien transporteur. Prospère, ce père de famille n’avait aucune raison matérielle pour prendre le maquis. Ce personnage de légende, n’avait certainement pour seule arme, que la foi de l’idéal d’émancipation de ses congénères qui fit de lui, un des notables seigneurs de la guerre de la deuxième moitié du siècle dernier. Les Aurès- Nememcha n’ont-ils pas constitués le spectre fantomatique d’un Dien Bien Phu et dont les armées de Leclerc en voulait laver l’affront subi, en mai 1954 dans le marécage indochinois ? C’est dire, le mérite de cet homme qui sous le déluge de feu d’une armée suréquipée, a su fédérer des hommes de la trompe de Abbas Leghrour, Ladjel Adjoul, Chihani Bachir et bien d’autres, tous, trempés dans le même tempérament que leur chef.

Nous quittions, non sans regret, cette radieuse ville aurasienne. Fesdiss à la périphérie nord, change d’accoutrement à chaque visite. Fière, certainement, de son nouveau pole universitaire elle se met au goût du jour. Ses belles constructions rivalisent avec les belles demeures du chef lieu. A une encablure de là, l’échangeur qui enjambe la route à double voie menant à Constantine, fait aboutir à la RN 75 menant vers l’aéroport international de Batna situé pourtant dans la commune de Ain Yagout. Comme pour affirmer son appartenance Massyle et le lustre du royaume de Massinissa qui rivalisa avec l’Empire romain, 3 siècles avant J.C, l’architecture de l’aérogare est une réplique du mausolée d’Imedghassen (Medracen). La belle route à l’enrobée prend, carrément, possession de la plaine qui s’étend sur plus de cent kilomètres. Le renouveau rural est visible à travers des maisonnettes qui essaiment à perte de vue. Sur le bord de la chaussée, de petits éleveurs proposent les produits de la ferme. Le terroir, jadis, laminé par les Aswek de sinistre mémoire, renait de ses cendres et ce n’est qu’un juste retour des choses. L’animalerie, va de la poule au lapin et de l’oie au canard. Les œufs de ferme à profusion, réintroduisent un plaisir du palais que les moins de quarante ans n’ont certainement pas connu

Ain Djasser, agglomération relevant administrativement de Batna, sortie elle aussi du néant, expose fièrement ses articles de couchage. Spécialisée dans la couverture, elle fait dans le tapis industriel et devient du coup, la plaque tournante de ce commerce florissant. On y vient de toute part pour les trousseaux de mariages et autres babioles.

L’agglomération de Sokhna en plein platitude est écrasée par un soleil de plomb, particulièrement réverbérant en cette fin de mai. L’accès au village se fait, soit par la route nationale ou par une légère bifurcation à droite vers une pinède verdoyante abritant le complexe. Nous supposons qu’il s’agit du complexe thermal. L’allée ombragée mène directement vers la station thermale communale. Des bungalows de la Mutuelle des services de l’habitat et de la construction, joliment peints occupent une superficie très aérée. A la réception de l’hôtel communal, la réceptionnaire, une dame d’un certain âge, affalée sur son siège ne semblait pas emballée par la venue de clientèle. Elle annonce d’un air désabusé, la disponibilité de chambres sans faire l’effort de susciter l’interet. Nous quittons les lieux, convaincus que cet état d’esprit est un particularisme du service public qui aura, malheureusement, de beaux jours devant lui. Les anciens thermes, blottis dans un coin d’ombre présentent, encore, leurs services à la population. Les allées semblent être pavoisées par des oriflammes qui flottent au vent. Il s’agit en fait d’une grande exposition à la vente de serviettes de bain. Les trottoirs, proposent des articles et des objets en relation avec l’objet des lieux. En quittant la petite placette, un hôtel de standing respectable offre, le gite, les bains et la restauration. A une centaine de mètres plus loin, un autre offre les mêmes services avec un espace récréatif fait, d’une cafétéria jouxtée d’une tente nomade où l’on sert des rafraichissements. Le clou de l’endroit est ce petit cheptel de chameaux gardé dans un enclos. Il semblerait que le premier couple de camelins, ramené du Sud, s’est acclimaté en donnant une nombreuse descendance. D’ailleurs, l’une des chamelles était sur le point de mettre bas. Le petit chamelon viendra ainsi, renforcer le clan. Les prix des prestations sont, apparemment, à la portée de toutes les bourses comparativement aux prix pratiqués par beaucoup de stations thermales étatiques et dont la qualité est bien moindre. Deux autres hôtels avec stations thermales bordent le boulevard principal dans sa sortie sud. L’après midi tirait à sa fin, une escapade en ville nous permis de découvrir ce joyau urbanistique de Sokhna. Le large boulevard principal, véritable épine dorsale de la cité pulse à la vie. La prospérité est visible à travers les commerces, les kiosques à journaux, les restaurants et les terrasses de cafés. La restauration installée aux deux bouts de la ville, au rez de chaussée d’immeubles modérément hauts, n’encombre pas la chaussée par les véhicules de la clientèle. Les équipements publics, intelligemment, agencés participent avantageusement à la bonification du bâti. Que ce soit le siège de la commune ou celui de la Daira, le souci esthétique est présent. Il en est de même, pour les sièges des services de Sécurité publique ; bien visibles, ils évitent aux usagers d’inutiles pérégrinations. Le centre culturel et le centre de formation professionnelle qui se jouxtent presque, donne l’illusion d’un campus à la dimension de la petite cité. Le sanctuaire des martyrs blotti dans un coin d’ombre, inspire la quiétude et rappelle aux vivants que leur sacrifice, n’a pas été vain en dépit des réducteurs et autres dénégateurs. Le soir, la féerie de lumières et les clameurs font veiller tard la nuit cette ancienne bourgade rurale. L’initiative privée, canalisée par les pouvoirs publics à l’écoute, ne peut que réussir. Le développement local n’est pas exclusivement industriel ou manufacturier; il peut être, ingénieusement, généré par les services. Les eaux thermales, véritable providence pour cet ancien lieu dit, sont à l’origine de ce boum économique; la route et les services ont fait le reste. Nous souhaitons aux autres agglomérations similaires de trouver le filon et de croire aux vertus du labeur.

Sur le chemin du retour vers Sétif, une immense colonne de fumée noire pollue l’horizon. Le ciel de R’Mada, petite agglomération voisine de Sokhna, est anormalement bas. Se dissipant mal, les colonnes de fumée créent au-dessus de la plaine un véritable smog. Quelconque, le tissu urbain est loin d’égaler la ville que nous avions quittée. Le hideux spectacle fumigène est, nous le supposons, crée par des carrières ou des fours à chaux. Cette nuisance aura, probablement, des répercussions négatives sur l’environnement.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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