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Le FLN, parti ou bien appareil ? par Abdelkader Leklek

28 juin 2012

Abdelkader Leklek

A une encablure de fêter le cinquantenaire de l’indépendance du pays, un retour sur l’histoire des artisans de cette extraordinaire épopée

semblait opportun.

Le principal concepteur déclencheur de cette glorieuse entreprise étant le FLN. Alors à tout seigneur de son temps bienvenue. Sans jeu de mots et sans remonter au déluge, ni évoquer la genèse, du mouvement, notons qu’en ce moment au FLN, c’est plutôt la tour de Babel, et la confusion des langages. Les discours sont tellement, troubes, brouillés et changeants, que dès que l’on entreprend de percer leurs mystères, ils s’épaississent, et redeviennent, pour une personne normalement constituée, absolument inintelligibles. Ils sont ambigus et plurivoques. Ainsi les mots, les locutions et les expressions perdent tout leur sens. Les actions quant à elles, se résument à l’affrontement et au pugilat entre frères ennemis. Alors qu’au commencement, ce fut l’appel au peuple algérien à travers la déclaration du premier novembre 1954. Acte fondateur d’une révolution, prélude à la formation de l’Etat national contemporain, avec pour but : l’indépendance nationale par :-1- la restauration de l’Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques. Et -2-le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions.

Mais avant que ces nobles affirmations créatrices ne soient rendues publiques, se sont, une équipe de jeunes responsables et militants, qui déclaraient, pour annoncer d’une part, la rupture d’avec les anciennes approches, et de l’autre, que le mouvement national avait atteint sa phase de réalisation. Ils exposaient ensuite leur programme, le sens de leur action, le bien fondé de leurs vues, en concluant, que le but ultime demeure l’indépendance nationale, dans le cadre nord-africain. Ils voulaient que le peuple auquel ils s’adressaient comprenne qu’ils ne sont ni des agents administratifs, ni des politicailleurs. Après ces raisons justifiant leur entreprise, ils proclamaient que leur mouvement de rénovation se présente sous l’étiquette de Front de Libération Nationale. Selon Mohamed Harbi, dans son ouvrage : le FLN mirage et réalité, éditions naqd/enal 1993, page 118, les créateurs du parti : » s’opposaient aux messalistes, qui voulaient trancher les divergences politiques avant de s’engager dans l’action armée, et aux centralistes, qui estimaient, l’insurrection prématurée, leur programme était d’agir d’abord. Les problèmes de direction et les questions politiques ne se poseront à eux que plus tard ». D’ailleurs les promoteurs de ce mouvement révolutionnaire, mentionnaient dans la déclaration du premier novembre 1954, ceci : ‘’ Nous tenons à cet effet à préciser que nous sommes indépendants des deux clans qui se disputent le pouvoir ». Où en sommes-nous de tous ces principes fondateurs ? Cependant, là n’est pas l’objet de la présente chronique, si ce n’est cette sensation, ces relents et ces parfums, de climat et d’ambiance, d’avant novembre 1954.

Alors comment est-on arrivé là ? Il n’est de richesse sur terre que les hommes et les femmes qui la peuplent. Car si l’eau du ciel contenue dans les nuages, appartient à toute l’humanité, ce sont les vents et d’autres éléments climatologiques qui font qu’il pleuve à tel endroit et pas à tel autre. Donc, il est à se questionner, comment à partir de cette hypothétique prévision, ne pas se disputer le pouvoir, à priori, pas à l’ordre du jour, le premier novembre 1954, est née depuis 1962, une hégémonie, qui a tellement officié toute seule sans contre pouvoirs, qu’elle s’est crue indispensable, et s’était en conséquence, tout permis. Elle avait tout régulé, tout contrôlé, jusqu’au moindre détail du quotidien des gens, des institutions, et toutes les formes d’organisation. Du politique, du social, du cultuel, du culturel, de l’économique, et de l’idéologique. Tout cela était érigé en dogme dont les démiurges doctrinaires, relayés par les thuriféraires, veillaient à la stricte observance. Sinon ils lançaient les anathèmes, des lettres de cachet pour la marginalisation. Chemin faisant le parti révolutionnaire, c’est-à-dire le rassemblement baptisé front, regroupant des patriotes, né contre un ordre établi, pour le révolutionner, l’ébranler le bouleverser et le remplacer, par un autre, qui sera son contraire à tout point de vue. S’était fonctionnarisé, en introduisant dans son organisation par essence dynamique, ouverte et rassembleuse, des méthodes de fonctionnement propre aux structures administratives lourdes et hiérarchisées.

Dès lors tous les titulaires de mandats, à tous les niveaux et à tous les échelons du schéma organique du parti avaient des prépondérances au fonctionnarisme, cette doctrine qui consiste en la paralysie, en l’inhibition et en l’entrave de toutes les initiatives et toutes les activités individuelles. C’était le temps de la censure et des interdits. Tous ceux d’une génération se souviennent de l’exclusivisme instauré par l’article 120 des statuts du FLN, post-révolutionnaire. Cet article édictait que chaque algérien postulant à un poste de responsabilité dans les organigrammes des structures de l’Etat, devrait avant toutes autres conditions, être encarté au parti. Depuis cette époque le parti s’était transformé, plutot transfiguré, en un appareil. D’ailleurs le grand chef de l’organisation en ce temps là, était nommé, le responsable de l’appareil central du parti. Oui parce qu’il y avait, tout un ensemble de structures périphériques, régionales et locales, qui encadraient en un maillage bien tissé, tout le territoire national. Dans son mimétisme illimité, voulant surpasser le modèle, l’appreil du parti, reproduisit du moins dans les apparences, le parangon administration, dans tous ses attributs extérieurs.

Le mouhafedh du parti, concurrençait le wali, dans tous les secteurs. Il avait un siège parfois plus imposant voire plus opulent jusqu’à l’intimidation du visiteur. Bien entendu, il logeait dans une résidence, qui n’avait rien à envier à celle où était logé le représentant de l’Etat et de la république. Et pour pas faire de jaloux, les deux personnalités, avait le même véhicule de fonction, avec chauffeurs enveloppés dans un costume de même type, coupé dans le même drap, et griffé Sonitex. C’était la mode de la limousine Mazda 929 de couleur noire. Les pendants administratifs s’équivalaient.

Le conseil exécutif de wilaya, qui regroupe sous l’autorité du wali, représentant du gouvernement et de chacun des ministres, les responsables de chaque ministère dans chaque wilaya, possédait sa réplique à la mouhafadha du parti. Pareillement sous l’autorité du mouhafedh pontifiait le bureau de la mouhafadha, constitué d’adjoints au mouhafedh, chacun d’eux chargé d’un ou de plusieurs secteurs ayant trait à la gestion du quotidien des citoyens. Cela allait du responsable de l’organique, c’est-à-dire, du contrôle des troupes, au chargé des organisations des masses, les courroies de transmission du parti, en passant par l’adjoint chargé des affaires socio-culturelles. Et bien entendu, tous ces responsables étaient servis par un personnel administratif pléthorique. En 1991, après l’avènement du multipartisme proclamé par la constitution de 1989, tous ces personnels avaient été reversés dans différentes administrations locales et centrales. Si ce redéploiement avait protégé les droits de ces travailleurs, cette réversion causera des dégâts dans le fonctionnement des institutions qui avaient accueilli ces hommes et ces femmes.

Ces agents n’avaient reçu aucune formation les habilitant à exercer des taches et des missions administratives parfois complexes. Cela s’est fait au détriment de la qualité de la prestation de service public, rendu au citoyen. Le mouhafedh était aussi membre de conseil de coordination de wilaya, qui regroupait, le wali, les différents services de sécurité, et le commandant du secteur militaire. Hormis les décisions sécuritaires pointues, il avait le magistère de la prééminence sur toutes les questions. Son avis était déterminant, il était le garant de l’idéologie du parti. Le FLN historique, ce mouvement révolutionnaire, qui avait pour sa survie et également, pour son enracinement populaire, inventé, durant les sept années que dura la guerre de libération, les institutions propres à un Etat moderne. Comme le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, son instrument exécutif, et le Conseil National de Révolution Algérienne, son organe législatif, ses ministères, son état-major général, sa justice, son état civil, qui enregistrait les naissances, les mariages, ses wilayas. Avait-il envisagé cette mutation, post-indépendance, et toutes ses retombées. La plate forme de la Soummam, qui contient l’exposé de la fondation des institutions algériennes, avait par contingence stratégique placé le FLN dans une centralité sine qua non, et une axialité nodale.

De ces héritages révolutionnaires, qui à l’époque se justifiaient, et avaient toute leur légitimité impérieuse, motivant cette démarche révolutionnaire, qu’est-il advenu ? Ce parti politique conjoncturellement, et par nécessiter absolue, omnipotent jusqu’à l’indépendance du pays, ne s’en était pas à tors ou à raison défait, après l’affranchissement des crocs colonialisme. Par la suite, cette dévolution successorale, enfanta le Parti-Etat, dont certains feront le concept difficilement saisissable de Parti-Nation. Soit. Cependant ses atavismes, qui étaient portés par des hommes et des femmes, qui en possédaient les propriétés, ont présidé à tout ce qu’avait entrepris les pays, et en bonne place, c’est-à-dire, décisive jusqu’au 5 octobre 1988.

Malgré toutes les conséquences induites par cette remise en cause de l’ordre établi, qui n’était pas une pluie d’été, l’aggiornamento des personnes et consécutivement, celui des structures, n’a pas été réalisé, au sein des instances de ce parti. Plusieurs, d’entre ces personnes, sont restées coincées dans les carcans de l’ère de l’unicité de pensée, constitutionnellement entérinée. Le titre II, chapitre premier de la constitution de 1976, est consacré à la fonction politique. Et tout le contenu de ses 9 articles, est dédié au FLN.

Dans ce mélange des genres et dans cette confusion des vocations, que formule la deuxième mouture de la loi fondamentale du pays, l’article 98, énonce péremptoirement ceci : «La direction du pays est l’incarnation de l’unité de direction politique du Parti et de l’Etat». Et de poursuivre en son alinéa deuxième: «Dans le cadre de cette unité, c’est la direction du Parti qui oriente la politique générale du pays». En matière d’hybridité institutionnelle, on n’en fait pas mieux. En tout état de cause cela avait donné de l’infécondité à tous les paliers des espaces publics, et des sphères privées. Quant à la pérennité de la prééminence du parti, elle est encadrée par l’article 102 de la même constitution, qui proclame pour officialiser la démarche, ceci :«Les fonctions déterminantes de responsabilité au niveau de l’Etat sont détenues par des membres de la direction du Parti». C’est cet article sera en fait le géniteur du fameux article 120 des statuts du FLN, à partir de 1981.

Ce canevas de gouvernance, est l’image d’un état des lieux, qui perdure, après tant de réformes, et qui forcement, appelle des observations. L’impact et la perception du même FLN, ne peuvent logiquement être les mêmes pour des générations qui n’ont pas découvert, n’ont pas connu, et n’ont pas vécu ce parti aux mêmes époques. Pour ceux et celles des algériens qui avaient enduré et souffert dans leur chair les affres du système colonialiste. Le parti FLN évoque la lutte de libération, l’indépendance du pays, et leurs libertés, comme couronnement.

Pour ceux et celles nés après 1962, dans leur grande majorité, le cigle de ce parti, décrit et représente le règne et l’hégémonie du parti unique, de l’arbitraire, de la censure et de l’exclusion. Toutefois, à travers cette représentation, les deux versions sont d’une aveuglante évidence, pour tout le monde. Sauf pour ceux qui y sont à différents échelons, depuis 1962, après 1988, et à l’entame du siècle nouveau, aux commandes de l’appareil. En dépit de la crise institutionnelle d’octobre 1988, il s’avère difficile, pour ces personnels, voire insurmontable, de se défaire de vieux réflexes, qui contiennent en eux même leurs propres maux. Serait-ce là, une manifestation du syndrome de l’enfant sevré et presque adolescent, qui refuse de se séparer de sa mère, en l’occurrence l’Etat ? Si je m’arrête à ce constat, se serait d’un coté de ma part choisir la facilité dans cette tentative de revisiter un pan de l’histoire contemporaine de mon pays.

De l’autre, il serait, pour les mêmes raisons irrévérencieux, réducteur et infantilisant, pour les hommes et les femmes qui étaient les acteurs, et les confectionneurs de cette grande histoire. Cette tenace et opiniâtre insistance de maintenir la situation en l’état, révèle une volonté à creuser encore et encore dans les alliages de ce filon, qui drainent des avantages et procurent des prérogatives, mais qui dérange aussi.

Le FLN historique est un des éléments constitutifs du mouvement national algérien, avec l’aura d’en être le principal levain. Cependant cette particularité, a tant été raclée, travaillée, et minée jusqu’à ne plus en pouvoir, c’est-à-dire, jusqu’à l’assèchement de sa sève originelle. Alors, cette originalité, depuis longtemps disparue, procurerait-elle encore, à ceux qui en ont hérité, tant de latitudes ? Comment qualifier les attitudes des gens d’un parti qui récoltent la majorité absolue, après élections, à la chambre basse, la représentation nationale, la veille, et qui le lendemain, s’étripent pour organiser une réunion du comité central de leur parti, en l’espèce le FLN, version 2012 ? En conclusion, le parti FLN, aura toujours besoin de l’appareil comme combustible pour perdurer. Et l’appareil FLN, aura continuellement besoin du parti, comme carburant pour fonctionner. Alors ai-je répondu, à ma question de présentation ? Il est clair qu’il y aura des oui, des non et des peut-être. Aussi, à toutes les algériennes, à tous les algériens et à tous les amis de l’Algérie, bonne fête du 5 juillet.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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