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Les pyramides, en oubliant l’obélisque Par Ahmed Halli

2 juillet 2012

Ahmed Halli

Chronique du jour : KIOSQUE ARABE

halliahmed@hotmail.com
Pour les intellectuels égyptiens hostiles à l’idéologie islamiste, l’État dit civil («Al-Dawla Al-Madania»), par opposition à l’État religieux, est ce qui se rapproche le mieux du modèle laïque. En fait, c’est le modèle laïque, mais comme la laïcité est presque synonyme d’athéisme dans le lexique du nouvel Islam imposé par injections de pétrodollars, on évite soigneusement de prononcer le mot. De plus, on peut facilement opposer la «Dawla Madania», État civil ou État des civils, à l’État militaire, ce que l’Égypte n’a pas cessé d’être, en réalité, depuis des millénaires.

Mais il fallait bien attendre l’occasion propice pour tordre le cou à la Révolution de juillet 1952, faite par des militaires. Et je subodore que les Frères musulmans revanchards, ainsi que les monarchies du Golfe, pourvoyeuses de fonds, vont s’y employer à fond. Or, jusqu’à ce discours du samedi 30 juin à l’Université du Caire (là où Obama a envoûté les Arabes), Mohamed Morsi s’était présenté comme un fervent défenseur de la «Dawla Madania». Il a fait tant et si bien qu’il a fini par convaincre les plus sceptiques de ses adversaires qui le voyaient déjà tourner le dos à la confrérie qui l’a fait élire. Or, le «Frère» Morsi a changé la donne, en l’espace d’une journée. Alors que devant les hauts magistrats de la Cour constitutionnelle, il avait prêté serment de défendre «l’Etat civil», il a renouvelé le même serment quelques instants plus tard, mais en faveur de «l’État national» («Al-Dawla Al- Watania»). Ce qui fait une sacrée différence, et même une différence sacrée, pourrait-on dire. Je peux me tromper comme tous ceux qui l’ont fait avant moi en croyant que Dieu envoyait des signaux au laser. Mais dans ce jeu de pistes lexical, Morsi a fait mieux qu’innover, exercice d’ailleurs interdit par son mouvement, il a plongé beaucoup de monde dans la spéculation quand ce n’est pas dans la perplexité. Certes, le nouveau président s’est engagé à respecter et à défendre les libertés, dont la liberté de croyance et de conscience, mais ses références constantes au Coran ne sont pas faites pour rassurer ses compatriotes coptes. Et lorsqu’il affirme que l’Égypte «ne reviendra jamais en arrière », à quelle période du passé fait-il allusion : celle de Moubarak, ou celle de Amr Ibn Al’As? Avant de savoir qui de l’État civil ou de l’Etat national empochera la mise, et l’issue ne saurait tarder, les Égyptiens s’intéressent à la façon dont Morsi y est arrivé, et ce qu’il fera à l’avenir. Pour l’ancien magistrat Saïd Achemaoui, il ne fait aucun doute que le mouvement des Frères musulmans, dont Morsi est issu, a conclu un deal avec le pouvoir militaire. Il rappelle dans sa série sur les évènements d’Égypte «que les responsables islamistes ont commencé par interdire à leurs militants de manifester place Tahrir. Des jeunes militants qui n’ont pas respecté la consigne ont été suspendus, et plus grave encore, des snipers appartenant au mouvement auraient tiré sur la foule des manifestants à partir des terrasses bordant la place, ajoute Achemaoui. Ce n’est qu’après avoir négocié avec l’armée et obtenu des assurances pour l’avenir que les Frères musulmans ont rejoint la révolution. On sait comment ils l’ont noyautée et en ont pris le contrôle au détriment des jeunes qui l’ont déclenchée», note-t-il. L’écrivain Ala Aswani est convaincu lui aussi de l’existence d’un deal entre les Frères musulmans et le Haut Conseil des forces armées qui dirige le pays depuis la chute de Moubarak. Toutefois, il rappelle que le seul objectif des électeurs égyptiens a été de barrer la route à Ahmed Chafik, l’ancien Premier ministre et l’un des piliers du régime honni. «Ce ne sont pas les Frères musulmans qui ont élu Mohamed Morsi, mais l’ensemble du peuple égyptien qui a voté contre Chafik», écrit-il dans sa chronique hebdomadaire sur Al-Misri-Alyoum. Partant de ce constat, note Ala Aswani, le nouveau président devra tenir les promesses de la révolution de juger les anciens dirigeants corrompus, dont Chafik, et ceux qui ont tué des manifestants. Pour le romancier, le président élu devra se libérer de la tutelle du mouvement qui a soutenu sa candidature, un mouvement qui est prêt à tous les compromis, en sa faveur, comme il l’a montré durant des décennies. De fait, la question est de savoir à quel point Mohamed Morsi est l’otage de ses amis politiques qui seront inévitablement tentés de lui arracher des décisions figurant dans leurs programmes. D’ores et déjà, les fondamentalistes (majoritaires avec les «Frères» dans le Parlement dissous) ont fait connaître leurs revendications qui semblent a priori irréalistes, mais on ne sait jamais. Dans un premier libelle publié par les médias égyptiens et sur internet, les fondamentalistes égyptiens ont demandé l’expulsion immédiate des chiites et des bahaïs du pays. Dans un autre texte signé par le cheikh Mohamed Hossein, qui prône la destruction des mausolées et des tombeaux des saints, on fait dire au nouveau président que les chiites «sont encore plus dangereux que les Juifs». Les fondamentalistes exigent, d’autre part, en plus de l’application de la Charia et du hidjab pour les filles, la destruction des pyramides et du sphinx de Gizeh. Les pyramides, c’est féminin quand il y en a plusieurs et le sphinx n’a plus de nez, alors à la trappe ! Et puis, lors de la conquête de l’Égypte, ces monuments historiques ont échappé à la vigilance de Amr Ibn Al’As. S’il les avait vus, disent-ils, il n’aurait pas hésité à les détruire entièrement. Encore un point d’Histoire à éclaircir : le conquérant de l’Égypte a-t-il ou non eu connaissance de l’existence de ces survivances de la période pharaonique ? S’il est vrai que Amr ne savait rien de l’existence des pyramides, il faut vraiment croire que les conquêtes islamiques relevaient du miracle. Sans doute, le temps est-il venu de se rattraper, ou de se racheter, en soustrayant des sites aux regards avides des touristes étrangers. Donc, plus de pyramides, plus de touristes, mais silence prudent sur l’obélisque de Louxor, symbole de la puissance et de la virilité de l’Égypte. Celui-là, ils ne pourront pas dire qu’ils ne l’ont pas vu, ni qu’ils ne savent pas ce qu’il leur rappelle. Toutefois, lorsqu’il s’agit de ces attributs particuliers, il faut savoir faire des accommodements avec l’Histoire, autant qu’avec la foi.
     Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/07/02/article.php?sid=136225&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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