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Benjamin Stora and CO Par Badr’eddine Mili, écrivain

4 juillet 2012

Non classé

Contribution : 

Avec toute la quincaillerie du monde qui inonde les marchés de notre pays, devrions-nous, aussi, importer notre Histoire ?
Pour nombre d’Algériens, Benjamin Stora constitue une énigme. Comment et pourquoi ce Français, natif de Constantine, est-il devenu, en l’espace de quelques années, l’incontournable spécialiste de l’histoire de la guerre d’Algérie, l’homme qui détient le quasi-monopole sur la question, intervenant sur tous les registres de la recherche universitaire et de la création artistique, produisant des ouvrages, des scénarios, des documentaires audiovisuels, parrainant des thèses de doctorat, animant des séminaires en France et dans notre pays, trustant les plateaux de télévision de l’Hexagone et les colonnes de nos journaux, à longueur d’année ? Qu’est-ce qui explique cette hyperactivité ? Sa parfaite connaissance du dossier ? La grande facilité avec laquelle il accéderait aux sources et aux archives ? La médiocrité et le peu de fiabilité des autres historiens français ou algériens ? Son art de jouer des contradictions et des différends des uns et des autres des deux côtés de la Méditerranée pour prétendre à un rôle d’intermédiaire, une sorte de pongiste français, un «Monsieur bons offices» qui aiderait à enterrer la hache de guerre des mémoires ainsi qu’il l’avait laissé entendre, à l’issue de l’élection de François Hollande à la présidence de la République française alors qu’il défendait le contraire sur France 2 à l’émission de David Pujadas en mars dernier ? Ou bien, plus prosaïquement, une inclination, terre à terre, pour le business qui lui fait prendre l’Algérie pour un juteux fonds de commerce, en cette année de commémoration du Cinquantenaire de l’indépendance ? Si on tente d’ébaucher une première explication, on retrouve un peu de tout cela dans les tenants apparents de sa démarche, mais pas seulement. La frénésie avec laquelle il s’emploie à agiter l’opinion française mais surtout algérienne à laquelle il s’adresse, chez nous, par le biais de certains médias, laisse penser que ses objectifs sont autrement moins superficiels qu’il n’y paraît. Pour peu qu’on examine la chose de plus près, on se rend compte que ce matraquage et cette exposition aux feux de la rampe ne sont pas gratuits. Pourquoi lui et pas les autres car ce ne sont pas les historiens étrangers qui manquent sur le créneau «Algérie» ? Pour ne citer que les plus connus qui font autorité, rappelons les travaux de l’inévitable Charles André Julien, des représentants de la sensibilité communiste René Galissot et Henri Alleg, des bons connaisseurs du Mouvement national et de la Révolution algérienne, Jacques Berque, Charles Robert Ageron, Charles- Henri Favrod, Robert Colonna, André Nouschi, Jean-Luc Einaudi, Gilles Manceron, Gilbert Meynier, avec une mention particulière pour le moins ancien, Olivier Le Cour Grandmaison, sans oublier l’encyclopédiste de l’Antiquité Pierre Salama, les géographes André Prenant et Yves Lacoste et les constitutionalistes Jean Leca et Jean-Claude Vatin. On doit à ces historiens et à ces professeurs en sciences humaines des œuvres très circonspectes qui émargent rarement à l’ésotérisme ou à la prolifération sans raison. Plusieurs d’entre eux se sont acquittés, chacun selon la particularité de son temps et le degré de son équidistance avec le sujet, d’un travail qui, sans avoir totalement rendu justice au combat de la Nation algérienne contre le système du colonialisme – loin de là – a eu, au moins, le mérite de ne pas déborder de l’académisme scrupuleux qu’ils avaient choisi comme méthode de traitement de l’objet de leur recherche. Alors qu’est-ce qui fait la singularité de Stora dont le touche-à-tout tranche avec la tradition de sobriété et de rigueur des grands historiens français comme Henri Miquel ou Jean d’Ormesson, les références de l’histoire de la Résistance française ? Qu’est-ce qui le fait courir, lui et ses sous-traitants algériens ? Pour en savoir plus, il faudrait remonter à ses premiers écrits, ceux par lesquels il s’est fait remarquer, à commencer par le fameux «Dictionnaire biographique de militants nationalistes algériens» décliné comme s’il s’agissait d’une compilation de fiches de renseignements de la DST coloniale. Le commun des citoyens algériens n’aurait pas tout à fait tort de poser la question de savoir dans quel but un tel travail fut effectué, personne n’étant dupe de ce que derrière toute entreprise, se cachent des mobiles que tout auteur s’oblige, naturellement, à masquer au moyen de développements présentés comme autant d’éclairages méthodologiques. Il est vrai que de sous la chape de plomb qui pesait – et pèse encore – sur le tonneau des Danaïdes de l’Histoire algérienne, il aurait été impossible, voire impensable, pour des Algériens du cru, d’élaborer et de faire publier, à cette époque, un tel dictionnaire exposant à la clarté du jour la vie, les faits et gestes historiques de dirigeants et de militants du Mouvement national, frappés d’ostracisme, sans risquer d’encourir les foudres de la censure sinon de la répression. C’est pour cette raison et aussi parce que la nature a, évidemment, horreur du vide que l’historien français s’est engouffré dans la brèche, flairant le bon filon qui allait lui permettre d’asseoir sa notoriété, de tisser de solides amitiés avec les cercles locaux qui avaient des comptes politiques et idéologiques à régler et de préparer, ainsi, le terrain à la diffusion de ses thèses favorites. Une dizaine d’ouvrages, de films et de préfaces, plus tard, on sait, aujourd’hui, au détail près, quelles sont-elles. Il ne s’en cache, d’ailleurs, même plus, assume et va jusqu’à quitter son costume d’historien pour revêtir celui de l’idéologue partisan avec lequel il apparaît, souvent, sur la scène publique. Juste une parenthèse pour préciser qu’on comprendra fort bien qu’il n’entre pas dans ce propos, l’intention de formuler des invectives ad hominem, de dresser un autodafé ou de nier à qui que ce soit, où qu’il se trouve, le droit et la liberté d’écrire ce qu’il veut, à la réserve près, qu’il ne faut pas prendre les Algériens pour des nases prêts à avaler n’importe quelle mystification. Des dizaines d’auteurs américains ont bien publié de nombreux travaux sur la guerre du Viêtnam. Les Français qui les y ont précédés n’ont pas été en reste pour donner leur version sur la guerre d’Indochine ni les Alliés pour minimiser, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les mérites de l’Armée rouge soviétique et les pertes humaines considérables subies par l’ex-URSS. Les guerres sont ainsi faites pour être racontées différemment selon que l’on se trouve dans un camp ou dans un autre, du côté des glorificateurs ou de celui des suborneurs. Dans le cas qui nous intéresse, ce qui pose problème, c’est que Stora et d’autres «historiens» français enjambent, allégrement, les garde-fous scientifiques et éthiques de leur métier pour échafauder des thèses leur permettant de relire les événements historiques, selon leur propre grille, dans le but de leur donner un sens différent. Ils écrivent l’Histoire comme ils écriraient un roman, à la manière d’un Yves Courrière, en convoquant leur subjectivité et leur talent de metteur en scène pour faire passer des faits et des idées pour ce qu’ils n’ont jamais été, avec l’intention arrêtée de reconstruire l’Histoire. Une telle supercherie a un nom : le révisionnisme. Et comme tout révisionnisme n’est pas fortuit, il a un soubassement : l’arrière- pensée politique. Stora a commencé à élaborer ses thèses après qu’il eut été approché par la fille de Messali Hadj afin de suivre la mise en forme de la première partie des mémoires du fondateur de l’Etoile Nord- Africaine. A partir de là, il posa quatre présupposés qui constitueront la charpente de ses démonstrations ultérieures.
1) Pour lui, le peuple algérien aurait pu faire l’économie d’une guerre dévastatrice s’il avait accepté d’écouter le chef du MNA et refusé de se mettre sous la bannière du FLN.
2) La responsabilité de la violence est partagée par les deux camps, le tandem FLN-ALN étant accusé d’avoir commis des massacres et des crimes contre le peuple lui-même, les harkis et les pieds-noirs, «des taches indélébiles» qui discréditeraient, à ses yeux, la Révolution algérienne, au même titre que l’armée française pour ses actes de torture.
3) La Révolution algérienne est ramenée à une concurrence entre chefs et clans, l’engagement, les sacrifices et les pertes humaines et matérielles du peuple se retrouvant réduits à leur plus simple expression.
4) Les causes lointaines de la guerre qui remontent à 1830 sont rarement évoquées et analysées pour éclairer et justifier la lutte légitime de la Nation algérienne pour la restauration de son Etat usurpé. Et Stora, péremptoire, de trancher : «Aux Algériens, l’Histoire de l’héroïsme, aux Français, l’Histoire des pieds-noirs et les harkis !» Conclusion logique de ce raisonnement très spécieux : Exit la repentance, la présentation d’excuses, tout ce qui, selon lui, «insulterait l’avenir des relations entre la France et l’Algérie», feignant d’ignorer que c’est là que réside la pierre sur laquelle ces dernières achoppent et continueront d’achopper tant que l’Etat français s’obstine à ne pas admettre l’évidence. N’importe quel lecteur algérien averti aurait pu répondre, point par point, à ces apriori par trop simplistes.
1) Vouloir vendre le messalisme comme un catéchisme pour novices équivaut à engager une bataille perdue d’avance. Tout en reconnaissant au leader du PPA-MTLD le mérite d’avoir été le premier, avec Radjef et Inal, à revendiquer l’indépendance de l’Algérie, les Algériens se sont fait une religion définitive sur la question : l’image de Messali Hadj a été ternie ad vitam æternam par les positions qu’il eut à défendre à contre-courant de la Révolution armée et personne ne peut en restaurer le lustre originel sans être rappelé à l’ordre par la vérité historique qui est au-dessus de tous et de toute considération sentimentale. Ali Yahia Abdenour a eu raison de ces tentatives de dévoiement dans un article, sans concession, publié après le colloque organisé à Tlemcen, au printemps 2012, en hommage à l’illustre personnage. Le débat, imprudemment rouvert, a été recadré et clos, de sorte que plus aucune faille ne subsiste désormais qui permette d’entretenir un doute quelconque sur la légitimité du choix de la lutte armée décidée par les instances de la Révolution algérienne, appuyées, sans réserve, par la majeure partie du peuple.
2) Le renvoi dos à dos des protagonistes de la guerre est un blasphème contre l’Histoire. La violence révolutionnaire opposée à la violence coloniale était une violence juste qui répondait à une violence première injuste. Qui a oublié que la population algérienne qui comptait 8 millions d’habitants en 1830 s’était retrouvée au même stade démographique en 1962, en raison du génocide qu’elle avait subi, durant 132 ans, suite aux tueries collectives de Constantine en 1837, de Sétif en 1945, de Skikda en 1955, à la prise de la Smala, aux enfumades du Dahra, à la Bataille d’Alger, aux exécutions, aux expropriations, au déplacement de populations, à l’émigration, à la conscription dévoreuse de chair à canon …
3) L’engagement du peuple algérien pour le triomphe de sa cause n’a jamais fait l’ombre d’un doute. Exception faite de la minorité de féodaux et d’auxiliaires alliés du colonialisme qui tentent précisément, aujourd’hui, par l’intermédiaire de leurs héritiers de classe, de travestir leur rôle véritable durant l’occupation, le peuple a entretenu une résistance de masse ininterrompue de 1830 jusqu’à la délivrance finale le 5 Juillet 1962. «Un seul héros, le peuple» n’a pas été un slogan creux, confondant tous ceux qui avaient vu dans la Révolution une affaire de chefs et de clans, ce qui a fait dire à Hocine Aït-Ahmed, à juste raison : «Nous récusons le terme “d’historiques”, le seul “historique”, c’est le peuple.»
4) Les causes fondamentales de l’insurrection de 1954 tirent leur force de l’agression perpétrée, en 1830, par Charles X contre l’Algérie, un pays prospère, pacifique où rivalisaient universités et écoles prestigieuses, réduit en quelques années en un pays soumis, délesté de ses terres, vidé de ses ressources, déculturé, interdit de religion, des crimes que Stora considère comme des broutilles inaptes à expliquer le soulèvement du 1er Novembre. Qu’un «historien» reclus dans une sorte de solitude insolente se trompe, à ce point, on peut, à la limite, en admettre l’éventualité, tout en le débusquant et en le démystifiant mais quand le phénomène dépasse les frontières de la singularité pour revêtir la forme d’un mouvement organisé, ramifié, le réflexe de la conscience patriotique est d’alerter et de s’opposer, avec force et détermination, à ce type d’entreprises pleines de périls. «L’Histoire de l’Algérie, décrète, Benjamin Stora, sera écrite par la diaspora algérienne.» Autrement dit, par les groupuscules d’hybrides auxquels des organismes français spécialisés accordent des bourses «d’études et de recherches», assorties d’un cahier des charges imposant une ligne éditoriale, politiquement orientée, pour produire des œuvres de dissimulation, de dissipation et de diversion. Pour ainsi dire, des machines de guerre des mémoires. Un danger sur lequel certains milieux politiques et médiatiques semblent fermer, pudiquement, les yeux, découvrant, par ailleurs, au nouveau concept «d’Histoire partagée» qui court ces derniers temps les rues de Paris et d’Alger, les vertus d’une lessive magique fabriquée pour laver plus blanc et niveler l’Histoire par le bas. Il est fort regrettable que des intellectuels algériens, par ailleurs, acteurs – certes, secondaires — de la Révolution, aient consenti à s’associer à ces attelages brinqueballants, joignant leurs voix à celles de ces faux amis de l’Algérie. Il est, tout aussi, navrant que des moudjahidate, des universitaires et de hauts responsables se déplacent à Paris comme on se rendrait à Canossa pour «parlementer» avec les porte-parole de nos anciens bourreaux, les Bernard-Henri Lévy et consorts alors qu’ils auraient été mieux inspirés de mobiliser les ressources juridiques et judiciaires internationales disponibles pour faire asseoir le sinistre Aussaresses dans le box de la TPI occupé, aujourd’hui, par Ratko Mladic. Hier Chirac et récemment Hollande ont refusé, pour des considérations de politique intérieure, de parler avec les leaders du Front national, un parti pourtant légal et disposant d’un capital électoral de 6 millions de voix. C’est pour vous dire ! Parce que, en République, on ne transige pas sur la question des principes et des valeurs. Il est vrai que, pour être juste, la «légende» raconte que le président Houari Boumediène avait quitté la salle de projection du cinéma «Algeria», pour protester contre une des scènes d’un film algérien montrant Larbi Ben M’hidi en train de dialoguer avec le colonel Bigeard, ce tortionnaire auquel un «journaliste» avait ouvert, à l’époque de Chadli Bendjedid, les colonnes d’ Algérie Actualitéspour une interview de la honte. Pourquoi en est-on arrivé à cette inconfortable et très gênante situation ? Abstraction faite de toutes les tares accumulées, par l’écriture officielle, conformiste, linéaire, sans éclat, dont le procès commence par être instruit, de façon un peu désordonnée, certains milieux algériens ont cru, depuis longtemps, pouvoir faire du lobbying auprès des autorités françaises en actionnant ce type de leviers étrangers représentés par des journalistes, des historiens et des animateurs d’associations d’amitié qui, en plus d’être d’insatiables budgétivores, sont de peu de poids dans la balance et l’architecture de la décision de l’Etat français. Une des preuves les plus récentes de ce genre d’inconséquences, imputable, celle-là, aux milieux médiatiques, le peu recommandable Robert Menard qui vient de se fendre d’un «Vive l’Algérie française », un autre ouvrage «d’histoire» à la gloire de la colonisation ! On se souvient, tous, que ce personnage qui sévit aujourd’hui dans les studios des chaînes de télévision revanchardes, en faisant chorus avec l’ultra Eric Zemmour et le sirupeux Jean-Pierre El- Kabbach, était, il n’y a pas si longtemps, accueilli à bras ouverts, en sa qualité de secrétaire général de Reporters sans frontières, invité à nous donner des leçons de morale et de démocratie. Combien sommes-nous naïfs de penser que nous avons affaire à des Edgar Snow ou à des Jean Lacouture, des hommes de conviction, au-dessus de tout soupçon, susceptibles d’appuyer et de relayer nos légitimes requêtes alors que nos ragondins ne sont que des seconds couteaux, juste capables de servir de vulgaires propagandistes relayeurs des idées fascistes et racistes des Maurras et Deroulède, leurs modèles et référents idéologiques ! Si le lobbying et la manipulation avaient pu être féconds, on l’aurait su, depuis 1962, et si tel avait été le cas, la loi française glorifiant le colonialisme n’aurait jamais vu le jour. Alors basta ! Toutes choses étant par ailleurs égales, l’opinion algérienne est en droit de demander : «Et que font nos historiens, nos élites pour faire pièce à cette imposture et écrire, en sortant de ce tête-à-tête imposé avec la France, tant il est vrai que «ceux qui ont le privilège de savoir ont le droit d’agir», ainsi qu’Einstein le clamait sur tous les toits. En vérité, ce n’est pas à eux qu’on devrait jeter la première pierre. D’abord parce qu’ils ont produit, en temps voulu, des œuvres courageuses qui ont été, délibérément, enfouies ou combattues, ensuite, parce que, gagnés par le doute ou la crainte du prince du moment, ils ont baissé les bras ou sont disparus prématurément. L’Algérie a compté et compte encore des historiens de renom et lorsqu’on sépare le bon grain de l’ivraie, nous pouvons, nous aussi, consulter, avec la chance de beaucoup apprendre, les travaux de sommités comme Moubarek El-Mili, l’auteur de la première Histoire contemporaine de l’Algérie publiée en arabe, en 1930, l’année de la commémoration du Centenaire ; Mahfoud Keddache, généraliste et en même temps spécialiste de la période ottomane ; Belkacem Saâdallah, généraliste et en même temps spécialiste de la période arabe ; Chérif Sahli, le brillant signataire de Décoloniser l’Histoire ; Mouloud Gaïd, Mohamed Teguia, Abdelhamid Benzine, Daho Djerbal, Slimane Chikh, Abdelmadjid Méziane, Mahfoud Bennoune, Abdelhamid Zouzou qui a écrit une épaisse et instructive histoire des Aurès. Ceci sans parler des dizaines d’essaystes, d’acteurs-témoins comme Ferhat Abbas, Benyoucef Benkhedda, Réda Malek, Ahmed Taleb El- Ibrahimi, Belaïd Abdeslam, Mostefa Lacheraf, Frantz Fanon, Sadek Hadjeres, Boualem Bourouiba, Mohamed Farès, Ahmed Akkache et j’en oublie involontairement. Ceci dit, nous mentirions si nous prétendons que tout est net chez nos élites. Nombre de leurs épigones petit-bourgeois – pas tous heureusement – ont choisi de s’aligner sur les positions révisionnistes de leurs mentors français, par intérêt de classe, comme relevé, plus haut, parce que l’Histoire – qu’on le veuille ou non – est un champ de bataille social et politique qui prolonge celui de la guerre, en quelque sorte, une troisième mi-temps que les vaincus veulent faire jouer, de force, pour gagner le match. Certains d’entre eux en sont, encore, à courir après une chimérique «Nation en construction» ou à lancer des avis de recherche sur «le centre réel du pouvoir», de la même façon qu’avait cru devoir le faire Michel Jobert, le ministre français des Affaires étrangères, envoyé à Alger, à la fin des années 1970, par Georges Pompidou pour s’en enquérir. Pour sûr que tout cela est déplorable et qu’il y a mieux à faire ! A commencer par agir :
1) En se rapprochant du peuple, au lieu de se cloîtrer dans les tours d’ivoire d’où lui sont, régulièrement, envoyées bulles et encycliques papales.
2) En libérant l’écriture de l’Histoire et en la nettoyant des scories et des gloses qui l’ont pétrifiée depuis 50 ans.
3) En écrivant chacun, à son niveau, au poste qu’il occupe et avec le matériau dont il dispose l’histoire multiple de notre Nation, l’histoire politique, l’histoire militaire, l’histoire économique, l’histoire diplomatique, l’histoire des partis, l’histoire du renseignement et des transmissions, l’histoire des camps de concentration et de regroupement, l’histoire de l’émigration, l’histoire de la conscription… afin de réhabiliter le peuple qui en avait été l’alpha et l’oméga.
4) En responsabilisant l’Etat, à travers ses institutions exécutives, législatives et judiciaires, dans l’action de criminalisation du système colonial et de récupération des archives stockées à Aix-en-Provence et Vincennes.
5) En mobilisant la société civile pour inciter à la restauration de la dignité nationale face aux compromissions des classes possédantes et des puissances de l’argent informel avec les tenants du révisionnisme.
6) En mettant un terme définitif à l’importation de notre Histoire au moyen d’une politique d’encouragement moral et matériel à l’écriture dont la cheville ouvrière devrait être, en grande partie, au plan logistique, un ministère de la Mémoire.
Dans cette perspective, les institutions concernées devront se ressaisir et corriger leurs erreurs pour qu’à titre d’exemple une moudjahida de la stature de Djamila Bouhired ne soit plus réduite à mendier ses soins et pour que des médailles du mérite national ne soient plus distribuées, à droite et à gauche, à des footballeurs étrangers, alors qu’un moudjahid de la trempe de Si Salah Boubnider est parti sans qu’on la lui accorde. De ce point de vue-là, et c’est, peut-être, anecdotique mais très parlant, les drapeaux algériens qui sont brandis par nos jeunes sur les tribunes de nos arènes et de plusieurs stades européens, en lieu et place des drapeaux canadiens et italiens d’il y a vingt ans, renseignent sur l’amour que les nouvelles générations portent à leur patrie et partant sur leurs pressantes attentes. Envoyez-leur un message fort qui les rassure ! Enfin, pour conclure et mettre en garde, encore une fois, contre les faux amis de l’Algérie, j’invite à méditer cette «auguste» pensée d’un politologue bien en vue dans le microcosme parisien, en l’occurrence Pierre Rosanvallon qui a déclaré à une chaîne de télévision, il y a quelques semaines, à propos de la crise qui secoue le Vieux Continent depuis 2009 que «l’Europe doit racheter la Seconde Guerre mondiale, le communisme à l’Est, le nazisme, le fascisme, les dictatures militaires en Grèce, au Portugal et en Espagne, tout ce qui avait sali son passé pour construire une Nation conçue comme un espace de redistribution fédéral où les partenaires partageraient risques et bénéfices financiers, à la condition de se défaire du populisme extrémiste de gauche et de droite, le seul facteur de déstabilisation sur lequel elle bute actuellement…», une très belle et généreuse déclaration sauf que cet autre habitué des colonnes des médias algériens oublie, lui aussi, dans la foulée, de rappeler que l’Europe coloniale et pro-sioniste, France en tête, doit également racheter, pour se refaire une conscience morale propre, le sionisme et toutes les guerres impitoyables qu’elle a livrées aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine aux 19e et 20e siècles. Mais chassez le naturel, il revient au galop ! Les nouveaux intellectuels européens et surtout français s’intéressent, plutôt, à remettre au goût du jour la politique du bâton. L’incorrigible BHL se vante, ainsi, dans un grotesque et pitoyable bis-repetita, de ce que la violence soit devenue la véritable profession de foi du philosophe au contraire de la sagesse, la vertu périmée de Socrate. Il en a fait un argument de marketing pour lancer, au dernier Festival de Cannes, son film Le serment de Tobrouk dont l’affiche met en exergue sa photo, debout, à l’ombre d’une grande croix de Lorraine, le symbole de la croisade de l’Otan contre le peuple libyen. Et dire que cet agitateur avait failli, dans les années 90, tourner, à l’invitation d’un «responsable» algérien, un film sur l’Algérie en crise dans la région de Aïn Defla et Chlef. Avec ce petit soldat de plomb en froc noir, ça commence toujours avec un film et ça se termine par un autre. Heureusement que votre serviteur, de là où il était, avait mobilisé toutes les énergies nécessaires pour faire avorter le projet. Avec le recul, je me réjouis d’avoir fait prendre par qui de droit – merci Si Liamine Zeroual ! – une décision qui, a posteriori, honore notre pays. A quand le tour des autres ?
B. M.

P. S. 1 :
Jean-Pierre Foucault, l’animateur de TF1, est remonté dans l’estime de beaucoup d’Algériens pour avoir refusé, dans son livre L a couleur des souvenirs, paru la semaine dernière, d’incriminer le FLN dans l’assassinat de son père, venu à Alger en février 1962, un mois avant le cessez-le-feu, inspecter une des succursales de sa société basée à Marseille où il résidait. Il a plutôt imputé ce crime aux associés de son père, soupçonnés d’avoir détourné des fonds alors que les ultras de l’OAS auraient voulu qu’il en fasse porter la responsabilité aux fidaïne algériens. Comme quoi, l’honnêteté finit toujours par avoir raison du mensonge.
P. S. 2 :
Jusqu’à quand devrions-nous subir ces pages de publicité «patriotiques» régulièrement insérées, sur les médias, lors de nos fêtes nationales, par certaines compagnies étrangères, installées ici, et qui puent l’hypocrisie mercantile ?

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/07/04/article.php?sid=136311&cid=41

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À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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