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Coopération de l’intérieur : Mon enfance et mon adolescence par Jean FILBET

5 juillet 2012

Jean FILBET

Avant de parler de coopération, je voudrais parler de coexistence ou mieux du «vivre ensemble» à partir de mon expérience personnelle.

Fils d’ouvrier né a Oran dans un quartier populaire européen, et y ayant vécu et suivi ma scolarité élémentaire, j’ai eu, dans mon jeune âge sur les bancs de l’école publique républicaine, peu l’occasion de rencontrer et encore moins de fréquenter ceux que nos parents désignaient par les «petits arabes». L’explication est simple: l’école inscrivait les élèves du « périmètre scolaire», et la population vivant très souvent, par quartier, les classes étaient peu hétérogènes et, par ex, il y avait beaucoup d’enfants juifs dans les écoles de l’enseignement primaire de ce quartier .La situation était différente en zone rurale où bien souvent il n’y avait qu’une seule école pour tout le village. Coopération de l'intérieur : Mon enfance et mon adolescence par Jean FILBET dans Jean FILBET trans

Ma scolarité secondaire se déroula au lycée Lamoricière où à ma connaissance je n’ai rencontré qu’un professeur d’origine arabo berbère, un professeur de sciences naturelles dans les classes de seconde à terminale: Mr Hirèche. Il y avait aussi un enseignement de la langue arabe mais je ne sais qui enseignait ni qui fréquentait ces cours. J’ignorais alors que vingt plus tard, ma fille, élève dans ce même lycée rebaptisé PASTEUR y apprendrait cette langue avec Mr Grandguillaume. En terminale seul un algérien dont hélas j’ai oublié le nom fréquentait ma classe de philo.

Vingt ans passés à vivre cote a cote dans des quartiers différents; même dans les jeux de rue, je ne retrouvais que des enfants d’origine européenne surtout espagnole

DE 1952 A 1958 : INSTITUTEUR

Dans les années 50, titulaire du baccalauréat, le service de remplacement des instituteurs en congé géré par l’inspection académique d’Oran, m’amena à exercer dans différentes écoles de la ville.

Ecole de garçons d’Eckmuhl

Ecole de garçons Pasteur en Ville Nouvelle

Ecole de garçons Lamur où je fus inspecté par Mr Max Marchand

Ma «formation» en particulier pour être le plus efficace possible dans les cours d’initiation où je devais me retrouver si souvent; me fut donnée à l’école Pasteur grâce a l’initiative de son directeur et l’excellente formation effectuée par un collègue qui m’initia à la méthode de langage lié à la lecture mise an point par Mr Ait Ouhaya.

De retour de mon service militaire, je demandais et j’obtins un «poste à l’année», à El Bayadh ex «Géryville» dans le sud oranais; c ‘est là que je préparais et obtins mon certificat d’aptitude pédagogique et que , petite anecdote pour l’histoire j’ai eu l’occasion de rencontrer deux collègues qui a l’indépendance de l’Algérie deviendront des personnalités:

M. Bessaih Boualem

M. Baki Boualem

Mais c ‘est aussi dans cette ville que je rencontrai ma future épouse et le directeur du collège Mr Moura Henri qui m’inciteront à accepter un poste de directeur-adjoint dans le centre de vacances familiales des Houillères du Sud Oranais à Ain-Taya pour m’occuper des enfants.

Je compris très vite qu’il était difficile de passer de la fonction d’instituteur à celle d’animateur et des le mois d’avril 1953 je rencontrai les CEMEA l’organisme laïque responsable de la formation des cadres de centres de vacances.

Ce croisement sur mon itinéraire pédagogique allait tout changer: j’y ai découvert que tous les élèves étaient des enfants si par ailleurs il m’était possible de constater que tous les enfants rencontrés sur mon chemin n’étaient pas des élèves.

Ma deuxième découverte, fut le «vivre ensemble» puisque les stages se déroulaient pendant 8 à 10 jours en internat et qu’ils donnaient lieu à des rencontres de personnes d’origines très diverses dont le seul objectif était de vouloir s’occuper d’enfants en vacances.

Cette vie collective en internat, me fit découvrir de jeunes adultes de toute l’Algérie, très souvent bilingues et avec qui les échanges au cours des activités de formation étaient très importants mais surtout des échanges qui se prolongeaient tout au long de la journée et même en soirée. C’est la raison pour laquelle j’affirme que cette rencontre avec les CEMEA, mouvement pédagogique mais aussi mouvement d’éducation populaire, fut pour moi d’une importance capitale et changea le cours de mon existence.

En effet, quittant pour des raisons familiales El Bayadh pour Sidi Bel Abbes (nommé instituteur a l’école Molière où je pris une classe d’initiation), je me rapprochai d’Oran (80km), et pu ainsi participer aux activités de perfectionnement d’anciens stagiaires des CEMEA que Marie Rose Hydulphe délèguée départementale organisait fréquemment à Bouisseville Trouville ou Ain el Turck.

Lorsqu’en 1958, la section Algérie des CEMEA voulut compléter son équipe et trouver un collègue enseignant pour être «mis à la disposition» des CEMEA d’Oran, je fis partie d’un groupe de trois enseignants invités par Mme Madeleine Parcot, déléguée régionale à venir rejoindre l’équipe .je répondis positivement, je fus choisi et dès la rentrée scolaire 1958 je rejoignis Oran où mon épouse obtint un poste d’adjointe à l’école de filles Charles PEGUY de la Cite du Petit Lac.

D’OCTOBRE 1958 A JUIN 1962

Je participai bien sûr à tous les stages mis en place pour les normaliens d’Oran mais surtout faisant équipe avec Marie Rose Hydulphe sur Oran, nous organisions toutes les activités de formation et de perfectionnement. Je peux témoigner que pendant cette période «des évènements», où la vie entre les communautés européenne et musulmane n’était pas toujours facile, jamais les CEMEA n’ont organisé un stage ou une rencontre basée sur ce clivage. Le «vivre ensemble» de ces moments étaient souvent vécu comme un havre de paix pour tous ceux venus quelquefois de très loin : Tlemcen, Relizane, Mostaganem…

Au cours de ces années des solidarités se sont constituées, des amitiés sont nées et l’été 1962 a été une grande période de déchirement mais aussi de travail en équipe de tous ceux qui se sont investis dans le démarrage de l’Algérie nouvelle : ce fut le «stage des 500» à l’Ecole Normale de Bouzaréah au mois d’août 1962 : dirige par Mohamed Tewfik FARES, son président et Remili Smida son directeur l’Association Algérienne des CEMEA a pendant cet été là participé à la formation des 500 premiers moniteurs de l’enseignement qui allaient permettre de réaliser la première rentrée scolaire en octobre 1962. Elle continuera pendant quelques étés, grâce à des chantiers culturels organisés par l’Education Nationale auxquels elle participera pour conforter la formation de base acquise en 1962 et compléter tout au long de l’année par les IDEN et les directeurs d’école.

SUR UN PLAN ADMINISTRATIF

L’Education Nationale française nous avait demandé au cours des années 60 de choisir un département de rattachement en France métropolitaine «au dessus de la Loire» ou dans la «région parisienne».

Avec mon épouse nous avons opté pour le Val de Marne attire par le caractère champêtre du nom de ce département inconnu pour nous. Pendant les années de coopération c ‘est par l’inspection académique de Créteil que me parvenait à Oran mon traitement mensuel. Mais c ‘est avec l’ambassade de France à Alger que je devais régler les problèmes administratifs. C’est enfin avec l’inspection académique d’Oran que nous avions des relations, au moins annuelles, pour formuler nos vœux, dans le fond, obtenir un contrat à durée déterminée d’un an.

La machine administrative fonctionnait bien mais je n’avais pas complètement intégré que j’étais assis sur une branche que je sciais chaque jour : aussi, dure fut la chute, lorsqu’en 1973 le Ministère Algérien de l’Education Nationale mit fin à mon contrat de coopération.

Je dus rejoindre Créteil et le Val de Marne, en laissant à Oran mes parents, mes frères et sœur qui n’avaient choisi «ni la valise ni le cercueil». ….et bien sûr tout le réseau d’amis que nous avions créé

SUR LE PLAN RELATIONNEL ET PROFESSIONNEL

En octobre 1962 de retour du «stage des 500» je me mis a la disposition de M. l’Inspecteur d’Académie d’Oran M. Hirèche (qui fut mon professeur de sciences naturelles au lycée Lamoricière) ; après étude d’une feuille de route prévisionnelle d’activités pour l’année scolaire 1962-63, il me mit à la disposition de l’AACEMEA. J’en profitais pour développer son action dans et autour de l’école : restauration scolaire, colonies de vacances, semaine de l’école, fonctionnement des FDOCE…

J’ai donc eu de nombreuses occasions de coopérer avec les responsables académiques et ceux de la Jeunesse et des Sports… et il va, sans le dire avec tous les responsables des CEMEA et autres associations

Je pense avoir fais mon travail consciencieusement mais c’est aux autres de le dire. Je n’ai jamais rencontré d’hostilité et j’ai toujours pu travailler efficacement dans une atmosphère d’amitié.

COOPERANT DE L’INTERIEUR

Je sais bien que pour les autorités algériennes, il n’y avait pas de distinction entre les coopérants, sauf peut être entre coopérants techniques et coopérants culturels, distinction que ne faisait pas les willayas puisque nos plaques d’immatriculations automobiles portaient toute en majuscules : CT.

Par contre au quotidien, le terme de coopérant fait penser à «venu de l’étranger pour aider au développement du pays». Certains sont venus avec des idées politiques très affirmées et ont quelques fois été qualifiés de «pieds rouges» venus de France et d’Europe.

Des pays n’ont pas joué le jeu et ont envoyé en Algérie des personnes ayant peu de compétences pédagogiques.

Mais s’il est vrai comme l’écrit Pierre Daum dans son livre «ni valise ni cercueil», que 200 000 européens seraient restés en Algérie (1/5) tous ne sont pas devenus automatiquement des coopérants.

En ce qui me concerne, et cela a été le cas de très nombreux instituteurs, je considère avoir coopérer avec mes collègues d’origine arabo berbère ou juive en apprenant pendant les quelques années ou j’enseignais dans les écoles et les collèges, non seulement les notions techniques ., non seulement un peu d’histoire de l’Algérie: j’ai utilisé le livre de Bonnefin et Marchand et j’ai pu apprendre a quelques élèves que leurs ancêtres n’étaient pas les gaulois mais les almohades et les almoravides, mais aussi et surtout les notions de respect, de confiance, d’écoute de l’autre ,de travail en équipe que je continuai à développer au cours des formations avec les CEMEA.

Il me semble ,mais ce n’est qu’ un vague sentiment , que beaucoup de collègues rencontrés entre 1962 et 1972 marquaient une différence entre ceux qui étaient venus de l’extérieur et ceux qui étaient restés à leur poste pour faire démarrer le pays.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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