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LE ROMAN LA PARFUMEUSE SORT AUJOURD’HUI À ALGER Les yeux d’Emma

5 juillet 2012

Non classé

Culture :

Le roman La parfumeuse de Mohamed Benchicou sort aujourd’hui à Alger (Editions Koukou) et son auteur ne cache pas qu’il a voulu ainsi célébrer à sa manière le 50e anniversaire de l’indépendance algérienne dont il veut rappeler qu’elle fut, avant tout, le fruit d’un élan internationaliste puissant et généreux, avant que le mouvement national ne sombre dans une vision étroite et exclusiviste, sous l’effet de différentes fractions opportunistes, étrangères ou algériennes et qui ont perverti le rêve initial, celui qui germa un soir de 1923 dans une chambre mansardée du quartier de père Lachaise, à Paris. Là où tout a commencé.
L’histoire d’amour entre un garçon de Tlemcen et une jeune fille de Lorraine qui rêvait de devenir une autre Coco Chanel mais qui restera, dit Mohamed Benchicou, pour nous Algériens, la femme sans laquelle rien n’aurait été possible, ni l’Etoile nord-africaine, ni le PPA, ni tout ce qui est venu après. Bref, une histoire que ne raconteront pas les historiens parce qu’elle échappe à la raison, aux rigueurs de l’esprit et aux chronologies froides.

Emma, la compagne de Messali Hadj, entre dans le roman en fin de vie, victime d’un accident cardio-vasculaire, clouée sur sa chaise, dans un jardin à l’abandon, parlant à son chat, un chat de gouttière recueilli, seule, avec sa fidèle mulâtresse, dans la solitude de sa maison désertée de Bouzaréah, à Alger. Le roman se veut un voyage à la fois émouvant et instructif dans le parcours atypique de cette Lorraine qui sait ce que veut dire «aller au charbon». Il est construit, rythmé sur les trois derniers jours d’Emma de l’hiver 1953 qui cadrent les chapitres eux-mêmes composés de courtes parties dans lesquelles le présent, le passé, l’espoir et le désespoir, la lutte et les trahisons, la vie et la mort, cœur palpitant du récit. Plus qu’une biographie romancée qui, souvent, se plie à la chronologie historique, le récit, par la voix d’Emma, bouleverse le temps entre une succession de courts flash-back mêlant l’histoire intime de ce couple qu’on eût cru étrange, surprenant même, et l’histoire moderne et palpitante d’un pays, l’Algérie qui naît, dans cette union, dans une mansarde d’un quartier pauvre de Paris, Père Lachaise. 1953 : dimanche 20 septembre, mardi 22 septembre et mercredi 23 septembre. Ces trois jours, les derniers d’une vie entièrement vouée à la cause de l’indépendance de l’Algérie, dans ses balbutiements, ses tâtonnements, ses errements au sein de l’Etoile nord-africaine avant de se libérer, prendre son envol, s’affirmer, dans une Europe ravagée par le fascisme, non seulement foncièrement antifasciste et anticoloniale, mais surtout revendicative de la libération de l’Algérie du joug colonial. Le geste paysan de Messali jetant une poignée de terre au dessus de l’assistance, à Alger, début des années 1930, rendu dans sa pleine symbolique par une brève parole prophétique. «Cette terre n’est pas à vendre», a été si puissant par sa symbolique qu’il a frappé les esprits et trouvé sa puissance de frappe dans le texte fondateur du Manifeste du parti du peuple algérien auquel le pharmacien de Sétif, Ferhat Abbas a souscrit, reconnaissant auprès de Messali Hadj ses erreurs quand bien même elles seraient justifiées par Le Contrat social de Rousseau par l’esprit duquel se défend le futur président du GPRA, trahi lui aussi aux premières heures de l’indépendance. Mais cette Etoile, ce «geste fort», ce Manifeste, vidés de leur substantifique moelle, déshumanisés en quelque sorte par l’histoire, morts pour ainsi dire dans les archives, retrouvent dans ce roman leur épaisseur humaine car ils (re)naissent de leurs cendres, dans la passion primesautière de deux exlus de leurs pays respectifs, qui eurent été broyés par la survie alimentaire, exploités comme des forçats, anonymes. Si Emma, une Lorraine élevée dans la suie du charbon paternel, parmi les mineurs maghrébins, si Hadji exilé, débarqué à Paris, de Tlemcen, dans un accoutrement clownesque, l’air gauche, couvant une enfance maladive et tardive, dans cet appartement d’une ancienne amie de la famille du nouvel émigré sans pays, ne s’étaient reniflés, Emma plus que Hadji, à l’ancienne, sans effusion de sentiments, de déclarations d’amour, mais plutôt dans un jeu d’aimantation secret, irrésistible, de leurs territoires respectifs qui ne font qu’un, fait d’exploitation, de misère, d’exclusion, mais aussi d’une prise de conscience aiguë de cette condition infra humaine qui n’est point une fatalité. Mais ils ne sont pas venus à l’histoire dans un duo à armes égales, comme Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, Aragon et Elsa, Bachir et Lucette Hadj-Ali (mais qui sait en l’absence de leur vérité enfouie dans leur vie secrète respective ?) Si le roman historique humanise, histoire des trajectoires de leaders, d’icônes, de chefs charismatiques, il les révèle, aussi, à rebours de leur mythe. Mohamed Benchicou, fort de l’expérience de la démystification fictionnelle de l’histoire figée et du héros statufié à l’œuvre dans Le Mensonge de Dieu, a su trouver l’équilibre entre l’intime et «l’extime» du couple. D’abord, en arrachant à l’oubli, à la froideur de l’histoire, Emma, la compagne de Messali Hadj exclue de la biographie du «père fondateur du nationalisme algérien», seulement lui, sur les devants de la scène d’une historiographie misogyne. C’est, donc, par elle, par sa voix, alors tutoyant la mort en ses trois derniers jours de sa vie, que le lecteur, la découvrant pour la première fois sans doute, découvre également un autre Massali Hadj, celui qu’elle a toujours appelé, par affection et amour, «Hadji» hors des idées reçues et des images fabriquées a postériori. Entre Emma et son «Hadji» les rôles sont pour ainsi dire «inversés». Emma, forte, protectrice, frondeuse, ne s’avouant jamais vaincue au plus fort du désespoir et un Hadji orphelin, hésitant, doutant de soi, resté prisonnier de son enfance. C’est à travers Emma, moins la stature de l’homme politique, le meneur de foule, voire l’idéologue de l’arabo-islamisme de son temps, que l’on rencontre au fil des pages, des évocations d’Emma clouée sur sa chaise, confidente de son chat mort un jour avant elle, qu’un Hadji, fragile, encore enfant aux pieds nus, sevré de tendresse, qui raffole de chocolat, mais de cette fragilité même, ses carences affectives, sa condition d’enfant attardé, Emma en fera une personnalité singulière à force de ténacité, de persévérance et de dévouement à toute épreuve. Pas seulement par amour pour lui, mais aussi, pour un idéal, un combat qu’elle portait en elle et qu’elle a trouvé, comprimé, en Hadji et qui ne demandait qu’à être libéré en même temps que leur enfance jumelée, manquée, les habillant d’innocence et de luttes acharnées pour l’indépendance d’un pays, l’Algérie, pour lequel ils ont scellé leur union. Hadji, pour Emma, n’est pas l’Algérie, mais une possibilité d’Algérie indépendante, libérée de la colonisation, qui n’a pas de répit, à la différence d’une France dans laquelle elle ne cherche pas ce qu’il y a de meilleur en elle, y compris par ses aïeux communards, pour condamner cette autre France des massacres coloniaux. Car, bien qu’elle n’ait pas fait d’études, elle a développé au contact des réalités sordides vécues par son père Lucien, français victime de la France, un sens inné de la justice hors de la race, des religions, des langues. Son parti pris pour l’indépendance de l’Algérie n’est donc pas venu de sa rencontre avec Hadji. Elle l’a affermi. Dans la brièveté tragique de ces trois derniers jours de sa vie, alors que son Hadji est condamné à résidence à Niort, dans cette France qui les a vus s’aimer, lutter, veiller corps à corps dans cette mansarde pour écrire tel discours, préparer telle rencontre, trouver la formule qui fera mouche lors de la rencontre de Hadji avec Abdelkader Hadj Ali de l’Internationale socialiste, communiste algérien, l’intimidant par sa culture politique, son savoir encyclopédique, ou encore avec le syrien Chakib Arslane, l’idéologue de l’islam des pauvres, ou pour préparer ce fameux «geste d’Alger» parti de cette mansarde. Quand Emma se retourne vers le passé, dans ce jardin défraîchi, redevenu friche, comme son combat, tous ces illustres noms sortent de ses souvenirs, dans leur réalité humaine, leur contradiction, leur faiblesse, leur traitrise, bref, leur vérité. La voilà, donc, esseulée, jetée dans le rebus de l’histoire après avoir fait de son enfant, Hadji, traîné de prison en bagne, déporté dans un camp du sud algérien, puis dans une prison doré de Niort, après avoir cru un moment, libéré par les forces alliées, à la chute d’Hitler, à cette possibilité d’Algérie libérée de la colonisation, ouverte, démocratique, tolérante. Mais ce n’est pas seulement cette France libre qui se retourne contre lui, son parti éclaté, ses militants dispersés, mais aussi les Algériens qui l’ont adulé et qui découvrent que celui qui se bat pour l’indépendance de l’Algérie vit avec une «roumia» et permet à sa fille, Jenny, lui, qui prétendait défendre l’islam, de porter des jeans moulants en se pavanant à Alger. Victime de l’intolérance des «siens» et de la répression de l’autre, Hadji, par la voix d’Emma, a résisté aux bagnes mais pas à la trahison des siens. Sur ses pas, grâce à ses «pieds» dont Emma disait «c’est mon affaire» en les libérant de cette paire de «ces chaussures marron à tige haute qui lui donnaient l’allure d’un fantassin », ridicules grâce aussi à son corps frictionné aux parfums de sa compagne, entre deux discours au sein du «petit peuple» devenu grand, qui a relevé la tête, a déployé le drapeau algérien d’Emma, cousu dans ce réduit de père Lachaise au moment où le couple, dans le sens inverse des géographies de l’histoire, ne se reverra plus jamais. Emma, morte, à Bouzaréah, loin de sa Lorraine natale et Hadji, en «liberté surveillée» à Niort, en France, si loin de Tlemcen, de l’Algérie qu’ils ont fait naître, tous les deux, à la conscience d’elle-même. Un roman attachant, vrai, dans lequel Messali Hadj n’est pas qu’un personnage historique. Il revit dans un territoire féminin, celui d’Emma et dans un autre territoire tout aussi féminin : l’indépendance de l’Algérie. Il revient, 50 ans après l’indépendance du 5 juillet 1962 qu’il réclamait 40 ans plus tôt, emboîtant le pas à l’ancêtre Belaïd dans Le Mensonge de Dieu, dont il semble partager la sentence : se battre pour la patrie, garantit-il la liberté ? Sur le plan purement esthétique, l’évolution des évocations d’Emma va d’une épaisseur émotionnelle remarquable de densité à une sorte de chroniques épistolaires dans lesquelles l’histoire reprend ses droits. 

 

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/07/05/article.php?sid=136335&cid=16

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À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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Une réponse à “LE ROMAN LA PARFUMEUSE SORT AUJOURD’HUI À ALGER Les yeux d’Emma”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour vous procurer le roman « La parfumeuse »

    Le livre « La parfumeuse », biographie romancée du journaliste et écrivain Mohamed Benchicou, dont la livraison grand public n’est prévue que le 16 août prochain, est néanmoins disponible depuis hier à Paris chez l’édireur Riveneuve et « ouvert à la vente », c’est-à-dire que tout libraire peut en faire commande auprès du diffuseur Inter Forum. L’écrivain et l’éditeur ont tenu à faire entorse à l’agenda du distributeur afin d’être au rendez-vous du 50è anniversaire de l’indépendance algérienne dont Emilie Busquant est considérée comme la première mère.
    Les lecteurs intéressés peuvent s’adresser à :
    Riveneuve Editions
    editionsriveneuve.presse@gmail.com
    75 rue de Gergovie
    75014 Paris
    +33.1.45.42.23.85
    +33.9.62.17.41.67
    http://www.riveneuve.com

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